‹ Histoire naturelle des crustacésChapitre 43 sur 258 · À 258 HISTOIRE NATURELLE · texte numérisé non relu

À 258 HISTOIRE NATURELLE

celle du thorax , aussi est-il presque lamelleux, et estil toujours reployé sous le plastron sternal (1). Il se compose essentiellement de sept anneaux, mais souvent un certain nombre d'entre eux s'unissent plus ou moins intimement, et alors cette partie du corps ne présente plus que cinq, quatre ou même trois pièces bien distinctes; ce nombre varie suivant les sexes et les genres,et, dans plusieurs cas, on voit qu'il diflère, même dans les espèces les plus voisines (2). En général, l'abdomen est beaucoup plus large chez les femelles que chez les mâles; chez les premières il est ordinairement de forme ovalaire et chez les derniers plus ou moins triangulaire, Les membres qui sy insèrent sont également peu développés; l’avantdernier anneau n’en porte jamais, même à l’état de vestiges, et chez le mâle on n’en voit que sur les deux premiers segmens (3). Ces organes ont toujours la forme de stylets simples et plus ou moins aigus (4); ceux de la première paire sont plus grands que ceux de la seconde , et présentent en général une gouttière destinée à recevoir ces derniers ; enfin, leur base est en rapport avec les verses, et ils paraissent servir uniquement à la copulation. Chez les femelles il existe , au contraire, toujours quatre paires de membres abdominaux insérés aux quatre segmens qui suivent le premier anneau (5); ces organes se composent chacun d'une tige longue, grêle et articulée, et d’un appendice flabelliforme à peu près de même longueur qui naît du côté ex-

G) PL 3, fig. 2,5 et 6.

(2) Dans le genre Doclée, par exemple.

(3) PL 3, fig, 6.

(4) PL. 5, fig. 15 et 16.

(5) PL 3, fig. 5 et 14,

DES CRUSTACÉS. 269 terne de l’article basilaire de la tige ; l’une et l’autre de ces espèces de branches sont garnies de poils, et leur usage est de maintenir les œufs sous l'abdomen ; jamais ces membres n’ont la forme de fausses pates nataltoires.

À l'intérieur, le système tégumentaire des Brachyures présente aussi plusieurs particularités qu'il est essentiel de noter. La voûte des flancs est toujours dirigée très-obliquement en haut et en dedans, de manière à former avec le plastron sternal un angle qui n'excède guères 45 degrés (r). Les cellules situées audessous sont dirigées transversalement; les deux rangées qu'elles forment sont superposées , et leur ouverture, qui donne insertion à la patecorrespondante, est dirigée en dehors. La cavité viscérale, que les flancs et leurs cellules laissent entre eux, est toujours bornée en arrière par une selle turcique sur laquelle s’insère l'abdomen, et cette espèce de voûte est soutenue par un apodème médian. Enfin, il n'existe jamais de canal sternal proprement dit.

La centralisation du système nerveux ganglionnaire des Brachyures est porté très-loin ; ce système consiste toujours en deux masses médullaires seulement, l’une céphalique, et l’autre thoracique (2). Ce dernier, qui se compose de tous les ganglions thoraciques, présente tantôt la forme d’un anneau, tantôt celui d’un disque solide, et tient au premier par le collier œsophagien ; enfin, la portion abdominale de cet appareil n’est représentée que par un nerf impair qui nait, comme tous ceux du thorax, du centre médullaire

LS RE me ee Le ou

(HN PI area 10, et PES, fie. 3;

(a)SPI TT Re 0,

dont nous venons de parler, et qui n'offre aucune trace de renflemens ganglionnaires.

L'appareil digestif de ces Décapodes ne présente aucune particularité très-remarquable : nous rappellerons seulement que les appendices cœcales qui naissent derrière le pylore sont longs et filiformes, que l’appendice situé entre l'intestin grêle et le gros intestin naît à peu de distance de l'estomac (1), et que les deux foies sont souvent réunis par un lobe médian (2).

Le cœur est presque quadrilatère; et l'artère abdominale, qui naît à l’origine de la sternale, est extrêmement grêle (3). Le système des sinus veineux , situés près de la base des pates, est très-développé; et, sur laligne médiane du corps, il n'existe pas de réservoirs semblables (4).

Les branchies ont toujours la forme des pyramides fixées par leur base , et composées d’une double série de lamelles empiléesles unes sur les autres (5). On n’en compte jamais plus de neuf de chaque côté du corps, et quelquefois il n’en existe que sept; une ou deux des premières , fixées aux pates-mâchoires externes, sont toujoursrudimentaireset cachées sousles autres(G); mais les cinq ou sept dernières sont très-développées, couchées sur la voûte des flancs, et constamment insérées sur une même ligne; les trois, quatre ou cinq premiers naissent de l'articulation des membres cor-

(CPL 4 féir

(2) PL. 4, fig. 5.

(3) PL. 5, fig. 1.

(4) PL 6, fig. a et 4.

(5) PI. 10, fig. 2 et 8.

(6) PI. 3, fig. 8 et 9, 4.

respondans ; savoir : un au-dessus de la paté-mâchoire de la seconde paire, deux au-dessus de la pate-mächoire externe , et deux au-dessus de la pate thoracique de la première paire. Les deux dernières branchies naissent au contraire d’une ouverture pratiquée dans la voûte des flancs (1) et correspondent ordinairement aux pates de la seconde et de la troisième paire ; quelquefois il n'existe pas de branchie au-dessus de la troisième paire de pates; enfin les deux derniers anneaux du thorax n’en portent jamais. Le fouet , qui naît de la pate-mâchoire externe, et celui de la seconde pate-mâchoire passent entre ces organes et la voûte des flancs, et lappendice analogue, appartenant à l1 pate-mâchoire de la première paire, se recourbe sur la face supérieure et externe des branchies ; mais jamais ces derniers organes ne sont séparés entre eux par des fouets. Enfin, la cavité respiratoire n'est ouverte qu'à sa partie antérieure; et la partie latérale de la carapace vient s'appliquer exactement contre le bord inférieur de la voûte des flancs ; aussi l’eau ne parvient-elle aux branchies que par une ouverture spéciale qui se voit en général au devant de la base des pates de la première paire, mais qui est quelquefois remplacé par un canal qui s'ouvre dans le cadre buccal à côté du conduit efférent du même appareil.

L'appareil de la génération présente, chez les femelles , une disposition particulière qui est très-remarquable,et qui consiste dans l’existence d’une grande poche copulatrice placée près de l'ouverture de chacun des oviductes. Ces poches recoivent les verges du mâle pe OR

(1) PL 5, fig. 3.

265 HISTOTRE NATURELLE

pendant la copulation, et servent évidemment comme des réservoirs pour la liqueur destinée à féconder les œufs à fur et à mésure de leur passage vers le dehors. Les vulves; comme nous l'avons déjà dit, occupent toujours le plastron stérnal ; elles sont situées sur l'anneau qui porte les pates de la troisième paire, et sont cachées par l'abdomen. Les organes de la génération du mâle viennent en général aboutir à une ouverture creusée dans l’article basilaire des pates de la cinquième paire; mais dans la famille des Catométopes, les verges sortent presque toujours par des trous pràtiqués sur le plastron sternal lui-même.

La section des Brachyures comprend un très-grand nombre de Crustacés sur la classification desquels les auteurs ne sont pas d'accord. MM. Leach et Desmarest les ont rangé d’après le nombre des pièces distinctes dont l’abdomen se compose, soit chez le mâle, soit chez la femelle. Gette méthode est très-simple et d’une application extrêmement facile; mais elle à le grand inconvénient d'être tout-à-fait artificielle ét d’éloigner souvent les Brachyures qui ont entre eux le plus d’analogie ; il est des cas où, d’après ce système, des espèces appartenant à un même genre naturel seraient dispersées dans des familles différentes; nous né pouvons par conséquent l’adopter.

M. Latreille a eu recours à deux méthodes principales pouf la distribution des Brachyureés ; l’uñe fondée sur la forme générale du corps et la disposition des pates, l’autre basée sui cés mêmes considérations, ainsi que sur la forme de la bouthe ét quelques autrés caractères. Dans la première de ces classifications, ce célèbre entomolosiste divise les Brachyuüres en sept familles ; savoir: les Nageurs , les Arqués ,les Quadri-

DÉS CRUSTACÉS. 263 latères, les Orbiculaires, les Triangulaires, les Cryptopodes et les Natopodes ; et, dans la seconde , 1] réunit les Nageurs aux Arqués, et modifie un peu la composition de ces groupes, ainsi que de celui des Orbicu laires.

Cette dernière classification m'a paru bien plus naturelle que toutes celles qu'on avait proposées jusqu'alors ; mais une étude approfondie de la structure des divers Brachyures et de la valeur des caractères employés pour leur distribution méthodique, m'a conduit à en modifier quelques points, et à diviser la section des Brachyures seulément en quatre grandes familles qu'on peut distinguer à l’aide des caractères suivans :

Page 1