‹ Histoire naturelle des crustacésChapitre 5 sur 258 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

siècle, on ajouta beaucoup à nos connaissances sur les Crustacés des pays lointains ; mais les zoologistes ne suivirent pas, dans l’étude de ces animaux, une marche meilleure que celle adoptée par leurs devanciers ; ils publièrent des espèces nouvelles et en donnèrent des figures plus ou moins exactes; mais ils continuèrent à les décrire d’une manière trop superficielle pour les faire reconnaître , et ils n'indiquèrent jamaisles particularités d'organisation ou caractères zoologiques propres à les distinguer des autres espèces. Il en résulta que ces travaux ne contribuèrent pas autant aux progrès de la science qu’on aurait pu s’y attendre, et qu'aujourd'hui la plupart d’entre eux ne sont de presque aucune utilité pour l'entomologiste. Nous ne pouvons cependant les passer sous silence.

Ruupx, qui habita Java pendant une longue suite d'années, et qui y perdit la vue en se livrant sans ménagement à l'étude de l'histoire naturelle, publia en 1705 un ouvrage assez étendu sur la z00logie et la minéralogie de cette partie des grandes Indes. 11 y figura une trentaine de Crustacés que l'on peut en général très-bien reconnaître, et qui, pour la plupart, étaient tout-à-fait nouveaux pour les naturalistes ; de ce nombre était le Birgus latro des zoologistes modernes et plusieurs autres espèces curieuses (1).

marin

(1) D'Amboinsche Rariteitkamer , etc. (Cabinet de curiosités d'Amboine), par G.-E. Rumpuivs, 1 vol. in-fol. Amster. 1705.

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Periver reproduisit bientôt après les figures publiées par Rumph, et fit connaître aussi plusieurs Crustacés des Antilles (1). Sloane , dans son voyage à Madère , a donné la figure de quelques autres espèces du même pays, et notamment de la petite Grapse qu'on voit si fréquemment en mer flottant sur des fucus, et dont la rencontre a été pour Colomb un indice utile du voisinage des terres lorsque son équipage était sur le point de le forcer de retourner en Espagne et de renoncer à la découverte du nouveau monde (2).

On voit aussi des figures assez bonnes de plusieurs animaux de cette classe dans le grand ouvrage de Catesby sur l'histoire naturelle de la Caroline du sud (3).

Un recueil de figures d'animaux divers, bien plusriche que ceux dont il vient d’être question, fut publié, vers le milieu du dix-septième siècle, par Seba, pharmacien hollandais, qui employa de grandes richesses à former des collections immenses et à en donner la description. Cet ouvrage forme quatre gros volumes in-folio et renferme un très-

Après la mort de l'auteur, on publia les mêmes planches avec un texte plus abrégé, en latin, sous le titre de Z'hesaurus imaginum, etc. 1 vol. in-fol. Leyde, 1911, et La Haye, 1739.

(1) Gazophylacii natureæ et artis. — Musei Petiveriani ; de animalibus Crustaceis , etc.

(2) À voyage to Madera Barbadoes Jamaica, etc. by Hans Sloane, 2 vol. in-fol. Londres 1505-1525.

(3) The natural history of Carolina, Florida and the Bahama ms 2 vol. in-fol, Londres, 1531-1743.

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grand nombre de belles planches , mais le texte qui les accompagne ne peut être consulté avec fruit, car non-seulement il est écrit sans jugement et sans critique, mais aussi il donne quelquefois sur la patrie des espèces figurées les renseignemens les plus erronés. Dans le troisième volume on trouve un assez grand nombre de Crustacés, dont quelquesuns n’ont encore été représentés que là; aussi ne peut-on se dispenser d'y avoir quelquefois re- Cours.

Tel était l’état de nos connaissances relativement aux animaux dont nous faisons l'histoire, lorsque le célèbre Linné (1) imprima une nouvelle impulsion aux études zoologiques, et changea, sous certains rapports, la marche qu'on avait suivie jusqu'alors. Comprenant toute l'utilité des classifications , il fixa l'attention sur les caractères propres à faire distinguer les différens groupes formés par les animaux, et à faire reconnaître chacune des espèces qui s'y rapportent. Le service qu'il rendit ainsi à la science fut immense, car, lorsqu'on ne possède pas de moyens pour arriver facilement à la détermination des êtres que l’on veut étudier, l'histoire naturelle devient presque inabordable, et une foule d’observations curieuses se trouvent perdues, parce qu'il

(1) Sesa Locupletissimi rerum naturalium Thesauri accurata descriptio, 4 vol. grand in-fol. Amsterd. 1734-1765. C’est le troisième volume qui renferme les Crustacés. Une nouvelle édition de cet ouvrage se publie actuellement à Paris par les soins de M. Guérin.

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est souvent impossible de connaître avec certitude quelle est l’espèce qui y a donné lieu. La classification de Linné était artificielle, c’est-à-dire fondée seulement sur certains caractères choisis arbitrairement, et n'ayant point pour base l’ensemble de l'organisation et les affinités naturelles des animaux , aussi a-t-elle subi de grandes et d’heureuses modifications; mais il n’en est pas moins vrai qu'on doit y attribuer en majeure partie les progrès immenses que la zoologie a faits depuis un demi-siècle.

C'est principalement sous ce rapport que Linné contribua à l’avancement de la Carcinologie; dans son catalogue systématique des animaux , il indiqua les traits distinctifs les plus remarquables de la plupart des espèces de Crustacés alors connus, et cet exemple fut suivi par presque tous les naturalistes qui, depuis la publication du Systema naluræ (1), ont écrit sur ce sujet. Quant à la manière dont il classa ces animaux , elle était très-défectueuse; mais, comme nous aurons l’occasion d’en parler dans la suite de cet ouvrage, nous ne nous y arrêterons pas ici.

Les travaux de Linné sur les Crustacés ne furent

(1) La première édition du Systema naturæ de Linné parut à Leyde en 1735. Pendant la vie de l’auteur, cet ouvrage eut douze éditions, dont la derniére fut i imprimée à Holme en 1766.

Après 1 mortde Linné, Gmelin en publia une treizième édition

(Leïipsic, 1788).

XIV INTRODUGTION.

pas bornés à la classification de ces animaux ; on Jui doit aussi la description détaillée d’un assez grand nombre d'espèces, soit nouvelles, soit peu connues (1).

Un autre naturaliste, dont les travaux généraux sur l'histoire naturelle des Crustacés contribuèrent aussi d’une manière puissante aux progrès de cette branche de la zoologie, fut Jean-Chrétien Fabricius, élève et émule de Linné. Ses travaux sur l'organisation de la bouche des Crustacés et des Insectes enrichirent la science d’une foule de faits importans, et fournirent un des élémens dont on s'est servi plus tard pour la classification naturelle de ces animaux. Enfin, c'est à lui que lon doit ‘établissement de la plupart des divisions encore admises aujourd'hui parmi les Crustacés, soit comme genres, soit comme tribus ou familles.

Divers de ses ouvrages traitent de la classification de ces animaux, et renferment l'indication des caractères d’un grand nombre d’espèces nouvelles, mais elles ne sont désignées que par une phrase linnéenne dont l'application est souvent très-incertaine, comme nous aurons plus d’une fois loccasion de le montrer (2).

(1) Museum Ludovicæ Ulricæ reginæ (in-80. 1764)! Museum

Adolphi Frederici regis (in-fol. 1754 Jérete: (2) Voici la liste de ces ouvrages :

Systema entomologiæe, un vol. in-8. 1775.

Species insectorum , un vol. in-8. 1781.

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