ORDRE DES ARACHNIDES TRACHÉENNES
Dans les arachnides trachéennes les organes respiraloires consistent en trachées qui reçoivent l’air par deux stigmates, et le distribuent dans tout l'intérieur du corps, atin de suppléer au défaut de circulation du sang; les yeux sont au nombre de deux ou de quatre, ou manquent tout à fait. On divise cet ordre en trois familles, sous les noms de faux scorpions, de phalangites et d ’acarides. Ces derniers seuls vont nous occuper.
Les acarides ou les mites ont le thorax et l’abdomen réunis en une seule masse, sous un épiderme commun; le thorax est tout au plus divisé en deux, par un étranglement; leur bouche est conformée en suçoir, et leurs organes de mastication sont plus ou moins enfermés dans une gaîne ou une sorte de cuiller formée par la lèvre inférieure. Les palpes maxillaires sont libres, et leur extrémité est ordinairement armée d’un crochet ou d’une petite pince. Les uns ont quatre ou deux yeux ; d’autres un seul ; et plusieurs en sont tout à fait privés. Ils naissent en général avec six pattes, et n’en acquièrent une quatrième paire qu’après leur première mue. La plupart de ces animaux sont très-petits etpresque microscopiques ; ils sont ovipares et pullulent beaucoup. Les uns sont errants sous les pierres, les feuilles, les écorces d’arbres, dans la terre, sous l’eau, partoutoùil peut se trouver des matières organiques en décomposition, et principalement dans la farine, sur la viande, les animaux desséchés dans les collections, le fromage, les vieux ulcères, etc. D’autres vivent en parasites sur la peau ou dans la chair des animaux vivants, et peuvent les affaiblir beaucoup par leur excessive multiplication. D’autres encore paraissent être la cause première de maladies contagieuses. Des habitudes aussi variées devaient amener de grandes différences d’organisation dans des êtres que leur petitesse rend en apparence assez semblables; aussi le nombre de ceux qui sont connus est-il déjà fort considérable. Je mentionnerai seulement :
I. La tique des chiens, que les Latins nommaient ricinus, et le$ Grecs, croton (xpoiuv). Lalreille aurait mieux fait de prendre
ARACHNIDES TRACHÉENNES. — ARGAS.
l’un ou l'autre de ces noms comme appellation générique, que de former le mot ixode (visqueux), qui n’a aucun rapport avec celte petite arachnide. M. Duméril la nomme Croton ricinus /elle habite les arbustes peu élevés, dans les bois, et s’attache aux oreilles des chiens, aux fanons des bœufs et aux chevaux; elle engage tellement son suçoir dans leur chair qu’il faut un assez grand effort pour l’en détacher : elle était auparavant très-aplatie avec les pattes fort distinctes; mais quand elle a été fixée pendant quelque temps comme parasite, son corps se gonfle comme une vessie; elle ressemble alors à une verrue arrondie ou ovale, portée sur un court pédicule, formé par la réunion de toutes les pattes insérées près du suçoir. Les piqueurs lui donnent le nom de louvette.
2. Le lepte rouget, qui est très-commun au mois d’août sur les graminées et d’autres plantes; on l’observe souvent aussi dans les jardins, au sommet des mottes de terre, au haut des échalas, sur
les pommes des caisses d’orangers, etc., où il attend le moment de pouvoir s’accrocher aux passants. Il est â peine visible à la vue, lorsqu’il est isolé; sa bouche consiste seulement en une sorte de bec sans mâchoires; il cause des démangeaisons fort vives et même de l’inflammation à la peau. L’alcool et le vinaigre camphré, et les préparations mercurielles le font périr. [L’ammoniaque liquide paraît être le meilleur remède contre les démangeaisons qu’il produit.
Ce petit animal n’est que l’état d’une espècede Trombidium , le Tr. autumnale. Dans cette période, il n’a que 3 paires de pattes, une quatrième paire existe chez l’insecte parfait.
3. Argas de Perse (fig. 921 ),Argas Persicus, Fisch. Cet animal est commun dans la ville de Miana en Perse, d’où le nom de punaise de Miana qu’on lui donne. Il n’a qu’une ressemblance Irès-éloignée avec notre punaise. Son corps est beaucoup plus bombé, la partie antérieure est très-obtuse, il n’a pas de tête distincte, entin
Fig. 919. — Tique
Fig. 920. — Rouget
LES ARACHNIDES
il a huit pattes au lieu de six. Son corps est granuleux et chagriné d’un rouge sanguin. Il attaque l’homme et produft des piqûres très-douloureuses, qu’on accuse même, probablement 6 tort, d’amener la consomption et la mort.]
3. Mite domestique ( Acarus domeslicus), de Geer (1). Mite blanche à deux taches brunes, à corps hérissé de longs poils, ovale avec un rétrécissement au milieu, à pattes égales (fig. 922).
Ce petit être microscopique et le suivant auraient peu d’intérêt pour nous s’ils ne se trouvaient mêlés, jusqu’à un certain point, à l’histoire de la gale humaine. Il vit en grande quantité sur le vieux fromage, sur la viande sèche ou fumée, sur les oiseaux et les insectes desséchés des cabinets d’histoire naturelle; on l’aperçoit à peine, à la vue simple. Il est d’un blanc sale, avec de ix taches brunes internes, que l’on distingue à travers le corps. Sa partie antérieure est conique et se termine
par une petite tête à peine distincte du reste, munie d’un très-petit bec composé de deux pièces dentelées, et accompagné, à la base, de deux tentacules dirigés en avant. Les deux paires de pattes antérieures sont dirigées vers la tête et les deux autres vers le côté opposé ; les unes et les autres sont articulées, de longueur à peu près égale, munies à l’extrémité d’une petite pelote ovale, qui sert à l’insecte à se maintenir sur les corps étrangers, dans toutes les positions. Il court avec beaucoup d’agilité : c’est lui que j’ai trouvé dans la vermoulure ces cantharides nouvelles (2).
4. Mite de la farine ( Acarus farinœ), de Geer (3). Mite allongée,
(I) Geer, InsecL, t. VII, pl. V, fig. l à 8.
(?) Guibourt, Journ. de chimie mêdic t. III, 1827, p. 4 40, second insecte.
(3) Geer, Imect., t. VII, pl. V, fig. 15.
ARACHNIDES TRACHÉENNES. — SARCOPTE.
blanche, à tôle roussétre, à grosses paltes coniques égales, roussâlres.
Cet acarus est plus petit que le précédent, à corps ovale et allongé ; sa tête est grosse, conique, et s’avance en forme de museau. Ses pattes diminuent peu à peu de volume et se terminent en pointe mousse, sans pelote transparente, mais avec un petit crochet à l’extrémité; les côtés du corps et les pattes sont garnies d’un certain nombre de poils assez longs, et celui qui sort de l’avant-dernière articulation de chaque patte est plus fort que les autres. Cet acarus a une démarche trèslente ; je l’ai observé, en quantité innombrable, dans des cantharides qui avaient été mouillées d’acide pyroligneux, dans le but de les conserver (I). Il se répand avec une grande facilité sur le corps humain, sans y produire la gale. Supposant anciennement que cet acarus était le même que celui trouvé par Galès, dans les vésicules de la gale, j’en avais conclu qu’il n’était pas essentiel à la production de celte maladie, laquelle pouvait exister sans lui. J’ajoutais que, si on le suppose amené d’ailleurs, il s’attachera aux pustules et s’y multipliera, comme dans tous les lieux humides où se trouvent des matières animales en décomposition. Je regarde encore cette conclusion comme l’expression de la vérité ; seulement il faut y ajouter que, indépendamment de cet acarus accidentel, il en existe un autre essentiel à la production de la gale humaine, qui avait été vu avant Galès, qui lui a échappé, et que d’autres, plus habiles, ont retrouvé depuis.
5. Mite rhomboïdale. Puisque je me suis trouvé amené à parler des mites développées dans les cantharides vermoulues, je donnerai ici les caractères et la figure de la troisième espèce mentionnée dans le Mémoire précité, p. 441 ; ne l’ayant pas trouvée décrite dans de Geer ni ailleurs, je puis supposer qu’elle est nouvelle (2). Mite parfaitement visible à la vue simple, munie de huit pattes semblables à celles du sarcopte de Galès, ou de la mite de farine; mais elle a une marche bien plus rapide, sans cependant avoir la vélocité de l’acarus domestique. Elle est presque entièrement dépourvue de poils ; sa tôle, qui est très-mobile {fig. 923), est armée de deux forts tentacules, semblables à des pieds courts, épais, contractiles et [terminés chacun par un doigt mobile et par un autre appendice plus petit, qui en forme une sorte de main. Dans sa jeunesse, cette mite n’a que six pieds. Ses deux tentacules, qui sont alors presque soudés avec la tôte, sont très-peu mobiles.
6. Sarcopte tle la gale, de Galès. Je reviens sur cet acarus dont l’histoire se trouve liée à celle de la gale humaine. Galès, qui était à la fois pharmacien en chef de l’hôpital Saint-Louis et docteur en médecine, a publié, en 1812, une dissertation sur la gale (3), accueillie d’abord avec une grande faveur ; mais qui l’a laissé en butte, plus tard,
(j) Guibourt, Journ. de chimie médic., t. III, p. 438-140.
(2) Bory de Saint-Vincent ( Annales des sciences naturelles. Paris, 1828, t. XV, p. 126) a décrit un acarus assez semblable à celui-ci, mais d’une espèce évidemment distincte. D’ailleurs les circonstances dans lesquelles l’acarus de Bory de Saint-Vincent a été observé sont essentielkment différentes: il naissait par milliers sur le corps d’une femme qui avait l’apparence de la santé, mais qui mourut quinze jours après.
(3/ Galès, Essai sur le diagnostic de la gale, etc. Paris, 1812, in-4°.
LES ARACHNIDES
la plus grave des accusations. Dans cette thèse, après avoir rendu pleine justice aux observateurs qui l’avaient précédé, et principalement à Abynzoar, médecin arabe du douzième siècle ; à Moufel, naturaliste anglais ; à Cestoni, à Linné et à de Geer, Galès rend compte de ses pro-
Fig. 923. - Mite rliomboïdale. Fig. 924. - Sarcopte de-ia gale, d’après Galès.
près observations sur l’insecte de la gale, et annonce en avoir plus de 300, ayant constamment la même forme, à cela près de la grosseur et du nombre des pattes, qui était tantôt de six, tantôt de huit. Galès n’a donné aucune description de l’insecte observé par lui, et s’est borné à en faire dessiner la figure que je reproduis ici 924). Il est évident que cet insecte diffère totalement de celui décrit par tous les auteurs, et l’on trouve également qu’il offre la plus grande ressemblance avec la mile delà farine décrite et figurée par de Geer.
7. Mite de la gale, ou Acarus scabiei de de Geer; Acarus exulcerans, L.; Acarus bwnanus subcutaneus, Geoffr.
« Dans les ulcères produits par la gale sur les mains et les autres parties du corps humain, on trouve de très-petites mites qui sont l’unique cause de cette maladie. Linné, qui d’abord leur avait donné le nom d’ Acarus bumanus subcutaneus, mais qui ensuite les a regardées à tort comme ne formant qu’une espèce avec celles de la farine et du vieux fromage, en parle de cette manici e . « Cette mite habite sous la peau humaine, où elle cause « la gale; elle y produit une petite vésicule d’où elle ne s’éloigne « guère. Après avoir suivi les rides de la peau, elle se repose et « excite une démangeaison. Celui qui y est accoutumé peut la « voir à l’œil simple, au-dessous de l’épiderme, et il est facile de « l’ôter avec la pointe d’une épingle. Elle est très-petite, de 'i foi me arrondie, et sa tête n est presque pas visible ; la bouche “ et les pattes sont rousses ou jaunâtres ; le ventre est ovale,
« d’apparence aqueuse ; le dos est marqué de deux lignes cour- « bes brunes. »
a Les huit pattes de notre mite sont en général assez courtes ; les pattes antérieures sont grosses, de figure conique, divisées en