‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 2)Chapitre 2 sur 162 · ANIMAUX VERTÉBRÉS · texte numérisé non relu

ANIMAUX VERTÉBRÉS

PREMIÈRE CLASSE

« Les mammifères doivent élre placés à la tôle du règne animal, nonseulement parce que c’est la classe à laquelle nous appartenons nousmêmes, mais encore parce que c’est celle de toutes qui jouit des facultés les plus multipliées, des sensations les plus délicates, des mouvements les plus variés, et où l’ensemble de touLes les propriétés paraît combiné pour produire une intelligence plus parfaite et plus susceptible de perfectionnement (t).

« Les mammifères sont en général disposés pour marcher sur la terre, et pour y marcher avec force et continuité: quelques-uns cependant peuvent s’élever dans l’air au moyen de membres prolongés et de membranes étendues; d'autres ont les membres tellement raccourcis, qu’ils ne se meuvent aisément que dans l’eau, mais ils ne perdent pas pour cela les caractères généraux de la classe.

« Ils ont tous — la mâchoire supérieure fixée au crâne, l’inférieure composée de deux pièces seulement, articulée par un condvle saillant à un temporal fixe ; — le cou de sept vertèbres, hors une seule espèce qui en a neuf ; — les côtes antérieures attachées en avant, pur des parties cartilagineuses, à un sternum formé d’un certain nombre de pièces à la file. Leur extrémité de devant commence par une omoplate non articulée, mais seulement suspendue dans les chairs, s’appuyant sou veut sur le sternum par un os intermédiaire nommé clavicule ; celte extrémité se continue par un bras, un avant-bras et une main formée elle-même de deux rangées d’osselets appelés poignet ou carpe; d’une rangée d’os nommée métacarpe, et de doigts composés chacun de deux ou trois os nommés phalanges .

« Si l’on excepte les cétacés, ils ont tous la première partie de l’extrémité postérieure fixée à l’épine et formant un bassin qui, dans la jeunesse, se divise en trois paires d’os : Y iléon qui lient à l’épine, le pubis qui forme la ceinture antérieure, et Y ischion qui forme la posté -

(1) Voyez A. E. Brehtn, la Vie des animaux. Mammifères. Paris, 1870, 2 vol. iu-8.

LES MAMMIFÈRES

rieuie. Au point de réunion de ces trois os est la fosse où s’articule la cuisse , qui porte elle-même la jambe, formée de deux os, le tibia et le péroné ; celle extrémité est terminée par le pied, lequel se compose de parties analogues à celles de la main, savoir : d’un tarse, d’un métatarse et de doigts.

« La tête des mammifères s’articule toujours par deux condyles sur leur atlas ou première vertèbre. Leur cerveau se compose toujours de deux hémisphères, réunis par une lame médullaire dite corps calleux, renfermant deux ventricules, et enveloppant les quatre paires de tubercules appelées corps calleux, couches optiques, nales et testes. Entre les couches optiques est un troisième ventricule qui communique avec le quatrième situé sous le cervelet ; les jambes du cervelet forment toujours sous la moelle allongée une proéminence transverse appelée pont de Varule.

« Leur œil, toujours logé dans un orbite, préservé par deux paupières et le vestige d’une troisième, a son cristallin fixé par le procès ciliaiie, et sa sclérotique simplement celluleuse.

« Dans leur oreille, on trouve toujours — une cavité nommée caisse, qui communique avec l’arrière-bouche par un canal nommé trompe, qui est fermée au dehors par une membrane nommée tympan, et contient une chaîne de quatre osselets appelés marteau, enclume, lenticulaire et étrier ; — un vcstdjule sur l’entrée duquel appuie l’étrier et qui communique avec trois canaux semi-circulaires ; — enfin un limaçon qui donne par une de ses rampes dans la caisse, par l’autre dans le vestibule.

« Leur ci âne se subdivise comme en (rois ceintures, formées : l’antérieure par les deux os frontaux cl l’ethmoïde ; l’intermédiaire par les pariétaux et le sphénoïde ; la postérieure par l’occipital. Entre l’occipital, lespariétaux et le sphéneade, sont intercalés les temporaux, dont une partie appartient à la face.

« Leur face est essentiellement formée par les deux os maxillaires, entre lesquels passe le canal des narines, et qui ont, en avant, les deux inlermaxillaires, en arrière les deux palatins ; entre eux descend la lame impaire de l’ethmoïde, nommée voincr ; sur les entrées du canal nasal sont les os propres du nez ; à ses parois externes adhèrent les cornets antérieurs ; les cornets supérieurs appartiennent à l’ethmoïde ; le jugal unit de chaque côté l’os maxillaire au temporal et souvent au frontal ; enfin le lacrymal occupe l’angle interne de l’orbite et quelquefois une partie de la joue. Ces os, de même que ceux du crâne, présentent des subdivisions plus nombreuses dans l’état du fœtus.

« Leur langue est toujours charnue cl attachée à un os appelé hyoïde, composé de plusieurs pièces, et suspendu au crâne par des ligaments.

« Leurs poumon?, au nombre de deux, divisés en lobes, composés d’une infinité de cellules, sont toujours renfermés sans adhérence dans une cavité formée par les côtes et le diaphragme, et tapissée par la plèvre , l’organe de la voix est toujours à l’extrémité supérieure de la trachée-artère ; un prolongement charnu, nommé voile du palai<, établit une communication directe entre leur larynx et leurs arrièrenarines.

LES MAMMIFÈRES

« Leur cœur présente quatre ca\ilés dont deux nommées ventricules et deux oreillettes. Ils ont la circulation du sang complète, c’est-à-dire que la totalité du sang qui revient des extrémités du corps passe par le poumon avant de retourner aux extrémités pour les vivifier de nouveau.

« Les mammifères, à l’exception des cétacés, qui vivent entièrement dans l’eau, ont la peau garnie de poils ; leur cavité abdominale est tapissée d’une membrane nommée péritoine, et leur canal intestinal est suspendu à un repli de ce péritoine nommé mésentère; l’urine, retenue pendant quelque temps dans une vessie, sort dans les deux sexes, à un très-petit nombre d’e.xceplions près, par les orifices de la génération.

« Dans la presque totalité des mammifères, la génération est essentiellement vivipare, c’est-à-dire que le fœtus, immédiatement après la conception, descend dans la matrice, enfermé dans ses enveloppes, dont la plus extérieure est nommée chorion, et l’intérieure amnios ; il se fixe aux parois de la matrice par un ou plusieurs plexus de vaisseaux, appelés placenta , qui établissent entre lui et sa mère une communication d’où il lire sa nourriture. La conception exige toujours un accouplement effectif, pendant lequel le sperme du mâle est lancé dans la matrice de la femelle. Les petits se nourrissent pendant quelque temps, apiès leur naissance, d’une liqueur particulière nommée lait, produite par les mamelles. Ce sont ces mamelles qui ont valu à la classe le nom de mammifères , attendu que, lui étant exclusivement propres, elles la distinguent mieux des autres classes qu'aucun autre caractère extérieur (1). »

Division des mammifères en ordres. « Les caractères qui établissent les diversités essentielles des mammifères entre eux sont pris des organes du toucher , d’où dépend leur plus ou moins d'babilelé ou d’adresse, et des organes de la manducation, qui déterminent la nature de leurs aliments, et entraînent après eux non-seulement tout ce qui a rapport à la fonction digestive, mais encore une foule d'autres différences, relatives môme à l’intelligence.

« La perfection des organes du toucher s’estime d’après le nombre et la mobilité des doigts, et d’après la manière plus ou moins profonde dont leur extrémité est enveloppée dans l 'ongle ou le sabot. Un sabot qui enveloppe tout à fait la partie du doigt qui louche à terre y émousse le tact et rend le pied incapable de saisir. L’evtrôme opposé a lieu quand un ongle, formé d’une seule lame, ne couvre qu'une des faces du bout du doigt et laisse à l’autre face toute la délicatesse du toucher.

« Le régime se juge par les dents màchelières ou molaires, à la forme desquelles répond toujours l’articulation des mâchoires.

« Four couper de la chair, il faut des màchelières tranchantes comme une scie, et des mâchoires serrées comme des ciseaux qui ne puissent que s’ouvrir et se fermer.

« Pour broyer des grains ou des racines, il faut des màchelières à couronne plate, et des mâchoires qui puissent se mouvoir horizontalement ; il faut encore, pour que la couronne de ces dents soit toujours

(I) Tous ces caractères et les suivants sont extraits presque textuellement de Cuvier. Règne animal.

LES MAMMIFÈRES

inégale comme une meule, que sa substance soit formée de parties inégalement dures, et dont les unes s’usent plus vile que les autres.

« Les animaux à sabot sont tous de nécessité herbivores ou à couronnes de mâchelières plates, parce que leurs pieds ne leur permettraient pas de saisir une proie vivante.

« Les animaux à doigts pourvus d’ongles, ou onguiculés , étaient susceptibles de plus de variétés: il y en a de tous les régimes, et, outre la forme des mâchelières, ils diffèrent encore beaucoup entre eux par la mobilité et la délicatesse des doigts. On a surtout saisi à cet égard un caractère qui influe prodigieusement sur l’adresse et multiplie leurs moyens d’industrie : c’est la faculté d’opposer le pouce aux autres doigts poursaisirlespluspetites choses, ce qui constitue la main proprement dite ; faculté qui est portée à son plus haut degré de perfection dans l’homme, où l’extrémité antéiieure tout entière est libre et peut être employée à la préhension.

ii Ces diverses combinaisons, qui déterminent rigoureusement la nature des divers mammifères, ont donné lieu à distinguer les ordres suivants :

«Parmi les onguiculés, le premier, qui est en même temps privilégié sous tous les autres rapports, Yhomme, a des mains aux extrémités antérieures seulement; ses extrémités postérieures le soutiennent dans une situation verticale.

« L’ordre le plus voisin de l’homme, celui des quadrumanes, a des mains aux quatre extrémités.

« Un autre ordre, celui des carnassiers, n’a point de pouce libre et opposable aux extrémités antérieures. Ces trois ordres ont d’ailleurs chacun trois sortes de dents, savoir: des mâchelières, des canines et des incisives.

«Un quatrième ordre, celui des rongeurs, dont les doigts diffèrent peu de ceux des carnassiers, manque de canines et porte en avant des incisives disposées pour une sorte toute particulière de manducation .

« Viennent ensuite des animaux dont les doigts sont déjà fort gênés, fort enfoncés dans de grands ongles le plus souvent crochus, et qui ont encore cette imperfection de manquer d’incisives. Quelques-uns manquent même de canines, et d’autres n’ont pas de dents du tout. Nous les comprenons tous sous le nom d 'édentés.

« Celle distribution des animaux onguiculés serait parfaite et formerait une chaîne très-régulière, si la Nouvelle Hollande ne nous fournissait pas une petite chaîne collatérale, composée des animaux à bourse ou marsupiaux, dont tous les genres se tiennent entre eux par l’ensemble de l'organisation, et dont cependant les uns répondent aux carnassiers, les autres aux rongeurs et les troisièmes aux édentés, par les dents et par la nature de leur régime.

« Les animaux à sabots ou ongulés, moins nombreux, ont aussi moins d’irrégularités.

« Les ruminants composent un ordre très-distinct par ses pieds fourchus, sa mâchoire supérieure sans vraies incisives, et ses quatre estomacs.

LES MAMMIFÈRES

« Tous les autres quadrupèdes à sabots se laissent réunir en un seul ordre que j’appellerai pachydermes ou jumenta , excepté l’éléphant, qui pourrait taire un ordre à part, et qui se lie par quelques rapports éloignés avec l’ordre des rongeurs.

«Entin viennent des mammifères qui n’ont point du tout d’extrémités postérieures, et dont la forme de poisson et la vie aquatique pourraient engager à faire une classe particulière, si, pour tout le reste, leur économie n’était pas la même que dans la classe où nous les laissons. Ce sont les poissons à sang chaud des anciens, ou les cétacés , qui, réunissant à la force des autres mammifères l’avantage d’être soutenus par l’élément aqueux, comptent parmi eux les plus gigantesques de tous les animaux. »

Voici le tableau de celte division des mammifères en neuf ordres :

MAMMIFERES.

Ayant

des mains et Véritablement! un système

Ayant

des ongles, ou

onguiculés.

vivipares; 1 les petits 1 naissant avec j leurs organes,/ déjà formés, et ne se | greffant pas a la tétine ] de leur mère.l

dentaire

complet.

N’ayant pas de mains, le pouce n’étant pas opposable au* autres doigts.

Aya. t

deux paires de membres et la peau couverte de poils.

Des mains aux mem- ' bres thoraciques seulement ; station verticale.

Des mains aux mem- ' bres thoraciques et ah- .

dominaux ;

Système dentaire ' complet, ou trois sor- (

tes de dents

Manque des | canines.

Manque des

incisives et quelquefois des autres dents.

les petits naissant dans

Système

deutaire

^incomplet.

Imparfaitement vivipares

un grand état d’imperfection, et, en général, se dé \ \eloppant dans une poche extérieure, où ils sont \fixés à la tétine de la mère

IMode de digestion directe ; les aliments parvenus dans l’estomac, qui est simple, ne remontent pas dans la bouche pour subir une seconde mastication.

Mode de digestion compliqué ; les aliments, tombés dans un premier estomac, remontent dans la bouche pour être ruminés, et redescendent ensuite

dans les autres cavités stomacales

Ayant les membres tout à fait oblitérés; nageoire horizontale à l’extrémité de la queue ; peau nue.

Bimanes.

Quadrumanes.

Carnassiers.

Rongeurs.

Édentés.

:■ Marsupiaux.

Pachydermes.

Ruminants.

Cétacés.

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