‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 2)Chapitre 21 sur 162 · RUMINANTS. — CI1EVR0TAIN PORTE-MUSC. CI · texte numérisé non relu

RUMINANTS. — CI1EVR0TAIN PORTE-MUSC. CI

bilité, ce qui leur permet de gravir les rochers avec agilité. On en connaît deux espèces, le guanaco et la vigogne . Celle-ci est grande comme une brebis et couverte d’une laine fauve d’une finesse et d’une douceur admirables. On en fabrique des étoiles précieuses. L’autre espèce est de la taille d’un cerf et présente deux variétés, le lama proprement dit et l 'alpaca. Le premier sert de bôte de somme au Pérou, mais son poil grossier est peu estimé; le second est couvert de poils laineux foit longs et d line grande finesse, qui servent à la fabrication des étofles.

Le troisième groupe de ruminants sans cornes est celui des cueyrotains. Ces animaux, indépendamment de l’absence des cornes, dillèrent des ruminants ordinaires par une longue canine, qui, dans les mâles, sort de la bouche de chaque côté de la mâchoire supérieure, et parce qu’ils ont dans le squelette un péroné qui n’existe pas même dans les chameaux. Ils habitent tous les pays chauds de l’ancien continent. M. Alph. Milne Edwards (1) les a divisés en deux familles, les mosehidées et les trogulidées. La première nous intéresse spécialement. Elle ne contient qu’une seule espèce, le chevroiain porte-musc ( Moschus moschiferus, L.), qui fournit à la pharmacie et à la parfumerie la substance connue sous le nom de musc. Cet animal habite les montagnes les plus escarpées du Thibet et de la Chine. 11 est très-craintif, tiès agile, et vit presque isolé, si ce n’est à l’automne où il se rassemble par troupes. II se nourrit d’écorces d’arbres, de racines et de feuilles. Il produit spécialement les muscs les plus estimés, nommés musc de la Chine et musc tonquin. C’est lui pareillement, ou une \ ariéle peu distincte, qui, parcourant tout le vaste plateau de la grande Tartarie jusqu’aux frontières de la Sibérie, fournit le musc inférieur nommé musc de Russie ou musc kabardin.

Le porte-musc est de la grandeur d’une chèvre. Celui dont je donne ici la figure (fig. 804) d’après Buffon (2) a vécu trois ans en France, dans un parc, auprès de Versailles. Il avait 73 centimètics de longueur, 54 centimètres de hauteur au train de derrière et 53 centimètres au train de devant. « Il est vif, trèsléger à la course et dans tous ses mouvements; scs jambes de derrière sont considérablement plus longues et plus fortes que celles de devant, et il saute en courant à peu près comme un lièvre. Il est armé, à la mâchoire supérieure, de deux défenses dirigées en bas et recourbées en arrière, tranchantes sur leur bord postérieur et finissant en pointe; elles sont de couleur

(1) Ap!i. Milne- Edwards, Recherches anatomiques, zoologiques et pa/éonto oyjques sur la famille des cheorotains , Paris, 1864, Thèse soutenue à l'École

6 T,inrrnacie Tans {Annales des sciences naturelles , 186 i'.

(2) Buffon, Suppl , t. VI, pl. XXIX.

LES MAMMIFÈRES

blanche, cl leur substance est une sorte d’ivoire. Les yeux sont grands à proportion du corps ; le bord des paupières et les naseaux sont noirs; les oreilles sont longues de 4 pouces (11 centimètres), larges de 2 pouces 4 à 5 lignes (63 à 65 millimètres), garnies en dedans de longs poils d’un blanc grisâtre, et au-dessus

Fig. 804. — Chevrotain porte-musc.

de poils noirs roussâtres mêlés de gris, comme celui du front et du nez. Le poil du corps est noirâtre, mélangé de fauve et de roussâtre et de couleur variable d’ailleurs, suivant le sens dont on le regarde, parce que les poils ne sont colorés en brun ou en fauve qu’à l’extrémité, et que le reste est blanc et paraît plus ou moins, sous différents aspects. Scs pieds sont petits ; ceux de devant ont deux ergots qui touchent à terre. Les sabots des pieds de derrière sont inégaux, l’intérieur étant beaucoup plus .long que l’autre ; il en est de même des ergots, dont l’interne est aussi bien plus long que l’externe. Les uns et les autres sont de couleur noire. Il n’a pas de queue apparente. »

La poche qui contientle musc est particulière au mâle, située sur la ligne médiane du ventre, entre l’ombilic et la verge, et beaucoup plus près de celle-ci. D’après Brandtet Ralzêburg (I ), dans l’état de repos, la verge (a) est en grande partie renfermée dans le ventre et repliée sur elle-même; elle n’a qu’un seul corps caverneux et un gland mince et aplati ( e ), au delà duquel se prolonge l’urètre filiforme (c), formant une saillie de 14 millimètres . Sur le devant, la verge est entourée d’un canal préputial, garni à son orifice (?) de poils nombreux, de couleur rousse, saillants sous la forme d’un pinceau. Ce canal est appliqué contre la face postérieure de la poche au musc et semble faire corps avec elle,

(1) Brandt et Rafzcburg, Medizinische Zoologie. Berlin, 1829.

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