‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 2)Chapitre 20 sur 162 · ORDRE DES RUMINANTS · texte numérisé non relu

ORDRE DES RUMINANTS

Cet ordre est peut-être le plus naturel et le mieux déterminé de la classe des mammifères ; car les ruminants ont l’air d’être

presque tous construits sur le même modèle, les chameaux seuls présentant quelques exceptions aux caractères communs.

Le nom de ruminants indique la faculté singulière que possèdent ces animaux de mâcher une seconde fois leurs aliments, qu’ils ramènent dans la bouche après une première déglutition, faculté qui tient à la structure de leurs estomacs. Ils en ont tou-

(*) e, œsophage ; g , point où se trouve la gouttière œsophagienne ; f, feuillet ; py , pjlore ;

duodénum ; c, caillette; b, bonnet; p, panse.

RUMINANTS

jours quatre ( fig . 803), dont les trois premiers sont disposés de façon que les aliments peuvent entrer à volonté dans l’un des trois, parce que l’œsophage aboutit au point de communication. Le premier et le plus grand se nomme la panse ; il reçoit en abondance les herbes grossièrement divisées par une première mastication. Elles se rendent de là dans le second, appelé bonnet, dont les parois ont des lames semblables à des rayons d’abeilles. Cet estomac, fort petit et globuleux, saisit l’herbe, l’imbibe et la comprime en petites pelotes qui remontent ensuite successivement à la bouche pour y être remâchées. L’animal se tient en repos pour cette opération, qui dure jusqu’à ce que toute l’herbe, avalée d'abord et remplissant la panse, l’ait subie. Les aliments, ainsi remâchés, descendent dans le troisième estomac nommé feuillet , parce que ses parois ont des lames longitudinales semblables aux feuillets d’un livre, et de là dans le quatrième ou caillette , dont les parois n’ont que des rides, et qui est le véritable organe de la digestion, analogue à l’estomac simple des animaux ordinaires. Pendant que les ruminants teltent et ne vivent que de lait, la caillette est le plus grand de leurs estomacs. La panse ne se développe et ne prend son énorme volume qu’à mesure qu’elle reçoit de l’herbe. Le canal intestinal est fort long et peu boursouflé ; le cæcum est de môme long et assez lisse.

Les ruminants n’ont d’incisives qu’à la mâchoire inférieure, presque toujours au nombre de huit. Elles sont remplacées en haut par un bourrelet calleux. Entre les incisives et les molaires est un espace vide où se trouvent, seulement dans quelques genres, une ou deux canines. Les molaires, presque toujours au nombre de six partout, ont leur couronne marquée de deux doubles croissants dont la convexité est tournée en dedans dans les supérieures, en dehors dans les inférieures. Les quatre pieds sont terminés par deux doigts et par deux sabots qui se regardent par une face aplatie, en sorte qu'ils ont l’air d’un sabot unique qui aurait été fendu. Derrière le sabot sont quelquefois deux vestiges de doigts latéraux. Les deux os du métacarpe et du métatarse (os de la main et du pied) sont réunis en un seul qui porte le nom de canon. Quelques espèces présentent des vestiges des métacarpiens et métatarsiens latéraux.

Les ruminants forment quatre groupes dont les caractères distinctifs se tirent de l’absence ou de la présence des cornes, qui sont deux proéminences plus ou moins longues des os frontaux, et qui ne se trouvent dans aucune autre classe d’animaux.

A. Les ruminants sans cornes; ils ont des canines aux deux mâchoires. Ils comprennent les chameaux, les lamas et les

LES MAMMIFÈRES

chevrolains, au nombre desquels est l’animal qui porte le musc.

B. Les ruminants à cornes rameuses et osseuses, caduques chaque année : par exemple, les cerfs.

C . Les ruminants à proéminences coniques persistantes, toujours recouvertes d’une peau velue; cette section ne comprend que la girafe..

D. Les ruminants à cornes creuses, non caduques, élastiques, croissant par couches sur des proéminences osseuses. Ex : les bœufs , les moutons , les chèvres et les antilopes.

Les chameaux ont non-seulement deux canines aux deux mâchoires, mais encore deux dents pointues implantées dans l’os incisif supérieur. Ils n’ont que six incisives à la mâchoire inférieure et dix-huit ou vingt molaires seulement. Au lieu du grand sabot fendu et aplati du côté interne, qui enveloppe la partie inférieure de chaque doigt et détermine la forme fourchue ordinaire du pied des ruminants, ils ont deux petits sabots distincts, renfermant seulement la dernière phalange des doigts, et ceux-ci sont réunis en dessous (h l’exception de cette dernière phalange qui reste libre) par une semelle commune, de nature cornée, qui pose à terre dans toute son étendue. Ce sont des animaux de haute taille que leur lèvre supérieure fendue, leurs yeux saillants, leur long cou arqué, leur dos chargé de une ou deux énormes loupes graisseuses, leur train de derrière affaibli, rendent difformes et très-disgracieux; mais leurs membres sont loin d’être aussi faibles qu’ils le paraissent. Les chameaux sont très-robustes; ils ont les sens délicats et sont renommés par leur extrême sobriété et par la faculté qu’ils ont de pouvoir passer plusieurs jours sans boire, ce qui les rend d’une extrême utilité, comme bêtes de somme et de transport, pour voyager à travers les déserts sablonneux de l’Asie et de l’Afrique. On connaît deux espèces ou deux races de chameaux : celle à deux bosses , qui porte plus spécialement le nom de chameau , et qui est originaire du centre de l’Asie; celle à une bosse , ou dromadaire , qui est plus répandue dans les contrées d’Asie voisines de l’Arabie et dans toute l’Afrique, depuis la Méditerranée jusqu’au Niger. La chair des jeunes chameaux paraît être très-bonne à manger. Leur poil, qui est tin et moelleux, sert à faire des étoffes; il se renouvelle tous les ans par une mue complète.

Les lamas représentent les chameaux dans le nouveau monde, comme le tapir y est un diminutif de l’éléphant et du rhinocéros. Mais, s’ils n’ont pas la force et la taille des chameaux, ils n’en offrent pas non plus la laideur. Ce sont, au contraire, des animaux assez sveltes, sans bosse sur le dos, et dont les doigts, n'étant pas réunis par une semelle cornée, conservent leur mo-

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