BIMANES. — HOMME
les doigts en sont courts et peuvent à peine se ployer; le pouce, plus long et plus gros que les autres, est placé sur la même ligne et ne leur est pas opposable; les muscles qui retiennent le pied et la cuisse dans l’état d’extension sont plus vigoureux que chez aucun autre mammifère, et forment les saillies du mollet et de la fesse; le bassin est plus large, ce qui écarte les cuisses et les pieds, élargit la base du corps et en facilite l’équilibre; la tête, dans celle situation verticale, est en équilibre sur le tronc, parce que son articulation est alors sous le milieu de sa masse.
L’homme doit se tenir sur ses pieds seulement; il conserve l’entière liberté de ses mains pour les arts, et ses organes des sens sont situés le plus favorablement pour l’observai ion.
« Aucun animal n’approche de l’homme pour la grandeur relative et les replis des hémisphères du cerveau, c’est-à-dire de la partie de cet organe qui sert d'instrument principal aux opérations intellectuelles; la partie postérieure du même organe s’étend en arrière de manière à recouvrir le cervelet; la forme même du crâne annonce cette grandeur du cerveau, comme la petitesse de la face montre combien la partie du système nerveux affectée aux sens externes est peu prédominante (t).
« L’homme a une prééminence particulière dans les organes de la voix; seul des mammifères, il peut articuler des sons; la forme de sa bouche et la grande mobilité de ses lèvres en sont probablement les causes : il en résulte pour lui un moyen de communication bien précieux, car des sons variés sont, de tous les signes que l’on peut employer commodément pour la transmission des idées, ceux que l’on peut faire percevoir le plus loin et dans plus de directions à la fois.
d L’homme paraît fait pour se nourrir principalement de fruits, de racines et d’autres parties succulentes de végétaux ; ses mains lui donnent la facilité de les cueillir; ses mâchoires courtes et de force médiocre, d’un côté, ses canines égales aux autres dents, et ses molaires tuberculeuses, de l'autre, ne lui permettraient guère ni de paître de l’herbe ni de dévorer de la chair, s’il ne préparait ses aliments par la cuisson; mais, une fois qu’il a possédé le feu, et que ses arts l’ont aidé à saisir ou à tuer de loin les animaux, tous les êtres vivants ont pu servir à sa nourriture, ce qui lui a donné les moyens de multiplier infiniment son espèce.
« Ses organes de la digestion sont conformes à ceux de la mas-
(!) Voyez Leuret et Gratiolet, Anatomie comparée du système nerveux considéré dans ses rapports avec l'intelligence. Paris, 1839-57, 2 vol. et atlas.
LES MAMMIFÈRES
licalion; son estomac est simple, son canal intestinal de longueur médiocre, ses gros intestins bien marqués, son cæcum gros et court, augmenté d’un appendice grêle; son foie est divisé seulement en deux lobes et un lobule; son épiploon pend audevant des intestins jusque dans le bassin.
« Pour compléter l’idée abrégée de la structure anatomique de 1 homme, nous ajouterons qu’il a 32 vertèbres, dont 7 cervicales, 12 dorsales, 5 lombaires, 5 sacrées et 3 coccygiennes. De ses côtes, 7 paires s’unissent au sternum par des allonges cartilagineuses,
et se nomment vraies côtes ; les 3 paires suivantes sont nommées fausses côtes.
Son crâne (ftg. 784), à l’état adulte, a huit os, savoir : un occipito-basilaire, deux temporaux, deux pariétaux, un frontal, un ethmoïde et un sphénoïdal. Les os de la face sont au nombre de quatorze : deux maxillaires, deux jugaux, dont chacun joint le temporal au maxillaire du même côté par une espèce d’anse nommée arcade zygomatique ; deux nasaux, deux palatins en arrière du palais, un vomer entre les narines, deux cornets du nez dans les narines, deux lacrymaux aux côtés internes des orbites, et l’os unique de la mâchoire inférieure. Chaque mâchoire a 16 dents, à savoir : 4 incisives tranchantes, au milieu; deux canines pointues, à la suite; et 10 molaires à couronnes tuberculeuses aux extrémités, 3 de chaque côté : en tout 32 dents, qui sont de longueur sensiblement égale. L’omoplate a, au bout de son épine ou arête saillante, une tubérosité dite acromion , à laquelle s’attache la clavicule, et, au-dessous de son articulation, une pointe nommée bec coracoïde , pour l’attache de quelques muscles. Le radius (os antérieur de l’avant-bras) tourne complètement sur le cubitus, à cause de la manière dont il s’articule avec V humérus. Le carpe a huit os, quatre pour chaque rangée ; le tarse en a sept. Ceux du reste de la main et du pied se comptent aisément d’après le nombre des doigts (l). » Quoique l’espèce humaine paraisse unique, puisque tous les individus peuvent se mêler indistinctement et produire des individus féconds, on y remarqne cependant, suivant les pays et les climats, des différences qui se transmettent indéfiniment par la
(1) Vcy. Beaunis et Bouchard, Nouveaux éléments d'anatomie descriptive. Paris, 1 8GS. (*)
(*) o, os occipital; t, os temporal; p, os pariétal; f, os frontal; n, os nasal; j, os jugal ou os de la pommette; ms, os de la mâchoire supérieure; mi, os de la mâchoire inférieure.
BIMANES. — IIOMME.
génération, tant que les races ne se mêlent pas : aussi ne peut-on passe refuser à admettre dans cette espèce unique plusieurs variétés distinctes (1 ).
Les peuples qui habitent l’ancien monde paraissent appartenir à trois variétés principales, désignées sous les noms de race blanche ou caucasique , race iaune ou mongolique , et race noire ou ét hiopique.
La race canrasique se distingue par la beauté de 1 ovale que forme la tête, par le développement de son front, la position horizontale de ses yeux, le peu de saillie de ses pommettes et de scs mâchoires, scs cheveux longs et lisses, et la couleur blanche rosée de sa peau. Elle occupe toute l’Europe, l’Asie occidentale jusqu’au Gange et la partie septentrionale de l’Afrique; mais on la croit originaire des montagnes du Caucase, ce qui lui a valu son nom.
La race mongolique a la face aplatie, le front bas, oblique et carré, les pommettes saillantes, les yeux étroits et obliques, la barbe grêle, les cheveux droits et noirs, et la peau olivâtre. Elle paraît originaire des monts Altaï, d’où elle a envahi toute la Sibérie orientale, le Kamtschatka, les îles Aloutiennes, l’Amérique russe, la Chine, la Corée, le Japon, les îles Mariannes et les Philippines. Elle s’est étendue aussi dans les régions glacées de l’ancien hémisphère depuis l'embouchure de la Léna jusqu’au cap Nord, et paraît avoir produit les peuples abâtardis connus sous les noms de Samoïèdes et de Lapons. Répandue au midi dans les îles Moluques, mais mélangée sans doute à la race blanche, elle a produit la grande famille malaise, qui diffère â quelques égards de l’une et de l’autre.
La variété nègre, ou éthiopique, est caractérisée par son crâne comprimé, son nez écrasé, ses mâchoires saillantes, ses lèvres lippues, ses cheveux laineux et crépus, et sa peau plus ou moins noire. Elle est confinée en Afrique au midi de l’Atlas, et paraît se composer de plusieurs races distinctes, telles que la mozambique, la boschirnanne et la hottentote.
La population primitive de l’Australie et d’une partie des archipels de l’Océanie est aussi une race noire qui a beaucoup de rapports avec la mozambique.
Enfin les peuples indigènes de l’Amérique, quoique généralement remarquables parleur teint cuivré, leur nez saillant, leurs yeux grands et ouverts, leurs cheveux longs et leur barbe rare, paraissent dérivés de deux races différentes, dont l’une, prôve-
(1) Voy. J. C. Pridiard , Hist. nnt. de l'homme , traduit par Roulin. Paris, 1843, 2 vol. in-8. — Ornai i us d’Haüoy, Des races humaines , ou Éléments U' ethnographie. Paris, 18i5, 1 vol. in-8.
nant de la Mongolie, aurait suivi, du nord au sud, la côte occidentale du nouveau continent jusqu’au centre de l’Amérique méridionale, et dont l’autre, arrivée par le nord est, et plus rapprochée de la race caucasique, se serait étendue du fleuve Saint-Laurent à la Floride et de l’océan Atlantique jusqu’aux montagnes Rocheuses, à travers le vaste bassin du Mississipi.
Les médicaments que l’on tirait autrefois de l’homme sont tombés en désuétude. On employait le crâne pulvérisé contre l’épilepsie, et la graisse dans les douleurs arthritiques. Le lait de femme est encore quelquefois recommandé comme analeptique ; l’urine sert dans l’art de la teinture et pour la préparation de l’orseille et des tournesols.
ORDRE DES Qll AD U MANES
Les quadrumanes se rapprochent beaucoup de l’homme par leur cerveau à trois lobes de chaque côté, dont le postérieur recouvre le
cervelet; par leur fosse temporale séparée de l’orbite au moyen d'une cloison osseuse (fig. 785); par leurs yeux dirigés en avant, leur système dentaire, leur canal intestinal, leurs mamelles au nombre de deux seulement et placées sur la poitrine; enfin par leur verge pendante; mais ils s’en distinguent par leurs pieds de derrière dont le pouce est libre et opposable à des doigts longs et flexibles comme ceux de la main, ce qui leur permet de monter sur les arbres avec une grande facilité, tandis qu’ils ne se tiennent et ne marchent debout qu’avec peine, leur pied ne posant alors que sur le Iranchant extérieur et leur bassin étroit ne favorisant pas l’équilibre. Ils s’éloignent d’ailleurs de notre forme par degrés, en prenant un museau de plus en plus allongé, une queue, une marche plus exclusivement quadrupède ; néanmoins la liberté de leurs avant-bras et la conformation de leurs mains leur permettent à tous beaucoup d’actions et de gestes semblables à ceux de l’homme. On les divise en trois familles comprenant les singes, les ouistitis et les ma/us.
Les singes ont à chaque mâchoire 4 dents incisives droites, et des ongles plats â tous les doigts; leurs molaires n’ont, comme les nôtres, que des tubercules mousses, et ils vivent essentiellement de fruits ; mais leurs canines, dépassant les autres dents, leur fournissent une arme qui nous manque, et exigent un vide dans la mâchoire opposée, pour s’y loger quand la bouche se
(*) o, os occipital ; I , os temporal ; p, os pariétal ; f , os frontal ; j, os jugal ; ms, os de la mâchoire supérieure; mi, os de la mâchoire inférieure.
Fig. 7tb. — Tète de guenon callitriche (‘).
CARNASSIERS. \~i
l'erme °n les divise en deux tribus, sous la désignation de sm- 9 ce ancien continent et de singes du nouveau continent. Les premiers ont le môme nombre de molaires que l’homme, ont pres-
dCS ,Call°SitéS 3UX fesses’ jamais de ^ueue Prenante, et souvent des abajoues ou poches creusées dans les joues et
communiquant avec la bouche. Cette tribu comprend les singes
;™r?n!Je pIuS à l homme» comme le chimpanzé du o° e ( e la Guinée, 1 orang-outang de la Cochinchine et de orneo, et le gibbon, de l’archipel Indien. On y trouve égale-
“ ^UTn9, 011 fingeS à qneue non Prenante, à fesses
* ajaJ°ues, les macaques, les magots, les c y nocephdl6§ 6t ICS mamlrilleg.
Les singes du nouveau continent ont A mâchelières de plus que les autres, ou trente-six dents en tout, la queue longue pas d abajoues, les fesses velues et sans callosités, les narines percées aux côtés du nez et non en dessous. Les uns ont la queue prenante, c’est-à-dire que son extrémité peut s’entortiller autour des corps pour les saisir comme le ferait une main ce qui leur permet de se suspendre aux branches des arbres de s’v balancer et de se lancer d’un arbre à un autre. On leur’ donne
n.n, T ! ,ne? de Sapaj0US‘ Ceux dont la 0ueue n'est pas prenante portent les noms de sagouins et de sakis
Les ouistitis forment une petite famille longtemps confondue
avec les makis dont ils offrent la tête ronde, le visage plat les
narines latérales les fesses velues, etc.; mais ils n’ont que 20
de dèvant'sV mG, i SlngGS dG 1,anCien COntinent’ et ïeurs pouces
,’nnno r °nt SI pcu des aulres doigts qu’on hésite à leur
uonnei le nom de quadrumanes.
Les MAKIS ou lémuriens ont les quatre pouces bien développés et opposables aux autres doigts; mais ils présentent dans kmr système dentaire des caractères qui les rapprochent des insecti-
vores ou des édentés. Ils comprennent les makis proprement dits les loris et les tarsiers. 1 ’