ORDRE DES CHÉLONIENS
Les reptiles qui composent ce premier ordre ont une forme tellement semblable et caractérisée, que tout le monde leur donne, en commun, le nom de tortues, et que Linné n’en a formé qu’un seul genre sous le nom latin testudo. Tous ont un cœur composé de deux oreillettes et d’un ventricule à deux chambres inégalesquicommuniquent ensemble. Le sang du corps entre dans l’oreillette droite ; celui du poumon dans la gauche ; les deux sangs se mêlent plus ou moins en passant par le ventricule.
« Ces animaux se distinguent au premier coup d’œil par le double bouclier dans lequel leur corps est renfermé, et qui ne laisse passer au dehors que la tête, le cou, la queue et les quatre pattes.
« Le bouclier supérieur, nommé carapace, est formé par leurs côtes, nu nombre de huit paires, élargies et réunies par des sutures dentées n’étant unies entre elles qu’avec des plaques adhérentes à la portion annulaire des vertèbres dorsales, en sorte que toutes ces parties sont privées de mobilité. Le bouclier inférieur, nommé plastron , est formé de pièces qui représentent le sternum, et qui sont ordinairement au nombre de neuf. Un cadre composé de pièces osseuses auxquelles on a cru trouver quelque analogie avec la partie sternale ou cartilagineuse des côtes, entoure la carapace et réunit toutes les parties qui la compe-
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^ent. Les vertèbres du cou et de la queue sont les seules mobiles, et les deux enveloppes osseuses étant recouvertes immédiatement par la peau ou par les écailles qui la représentent, l’omoplate et fous les muscles du bras et du cou, au lieu d’élre attachés sur les côtes et sur l’épine, comme dans les autres animaux, le sont par-dessous ; il en est de même des os du bassin et des muscles de la cuisse, ce qui fait que la tortue peut être appelée, à cet égard, un animal retourné.
« Les poumons sont fort étendus et dans la même cavité que les autres viscères. Le thorax étant immobile dans le plus grand nombre, c’est par le jeu de la bouche que la tortue respire, en tenant les mâchoires fermées et en abaissant et élevant alternativement son os hyoïde. Le premier mouvement laisse entrer l’air par les narines ; et la langue, fermant ensuite leur ouverture intérieure, le deuxième mouvement contraint cet air à pénétrer clans le poumon. »
Les tortues n ont point de dents ; leurs mâchoires sont revêtues de corne comme celles des oiseaux, excepté dans les ehélides, cù elles ne sont garnies que de peau ; leur estomac est simple ; leurs intestins sont de longueur médiocre et dépourvus du cæcum. Elles ont une fort grande \essie. Le mâle a une verge simple et considérable ; la femelle produit des œufs revêtus d’une coque dure, qu’elle enfonce dans le sable, où la chaleur du soleil suffit pour les faire éclore. Les tortues sont très-vivaces ; on en a vu se mouvoir sans tête pendant plusieurs semaines. 11 leur faut très-peu de nourriture, et elles peuvent passer des mois entiers sans manger.
Los toi lues de Linné, ou les chéloniens, ont été divisés en cinq genres, qui sont : les tortues de terre , ou tortues proprement dites; les tortues cl eau douce , ou émydes; les tortues de mer, ou chélonées ; les tortues molles , ou trionyx ; et les tortues à gueule , ou ehélides.
Les TOinuES de terre, ou vraies tortues, ont la carapace bombée, toute solide et souciée par la plus grande partie de ses bords au plastron. Les jambes sont comme tronquées, à doigts fort courts et réunis de très-près jusqu’aux ongles ; elles peuvent ainsi que la tête, être retirées entièrement entre les boucliers Les pieds de devant ont cinq ongles gros et coniques ; ceux de'dcrnère, quatre. L’espèce la plus commune en Europe est la tortue grec«iue( Testudo grceca, L.). Elle vit en Grèce, en Italie en Sardaigne et tout autour de la Méditerranée. Sa carapace’ est latge, également bombée, â écailles relevées, granulées au centre striées au bord, marbrées de jaune et de noir. Elle atteint rare-
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Z ê mlairn°U m6diCa1’ aïCC ,a t0rlllc boorbeusê et la to rtuc ronde, mais elle passe pour donner un bouillon préférable, et
REPTILES
c’est elle principalement que l’on tire de Barbarie pour cet usage. Diverses parties de la tortue, telles que la bile, le sang, les œufs, la graisse, étaient autrefois préconisées conlre un grand nombre de maladies. Le bouillon seul, fait avec la chair, est encore usité comme analeptique, restaurant, dépuratif, sudorifique, rafraîchissant, etc., etc. On connaît un grand nombre d’espèces ou de variétés de tortues terrestres : telles sont la tortue géométrique, qui atteint à peu près la grandeur de la tortue grecque, et qui a la carapace noire et chacune de ses écailles régulièrement ornée de lignes jaunes rayonnantes, parlant d’un disque de même couleur; et la tortue «le l’Inde, qui a plus de 1 mètre de longueur, et dont la carapace, comprimée en avant, a le bord antérieur relevé au-dessous de la tête.
Les tortues d’eau douce, ou les émydes, ont la carapace généralement plus aplatie que celle des tortues de terre; leurs doigts sont plus séparés, mobiles, terminés par des ongles plus longs, et leurs intervalles sont occupés par des membranes. On leur compte de même cinq ongles aux pieds de devant et quatre à ceux de derrière. La forme de leurs pieds accuse des habitudes plus aquatiques. Ce genre, qui est très-nombreux en espèces, a été divisé en deux sections : dans la première, le plastron est d’une seule pièce et immobile, de même que dans les tortues de terre; dans la seconde, le plastron est divisé par une charnière en deux battants, dont un seul ou tous les deux sont mobiles. Je citerai la tortue ronde et la tortue bourbeuse , comme exemples de la première section, et la tortue close , comme exemple de la seconde.
La tortue ronde, OU émyrtc d’Europe ( Emys europæa , Dum. ; Testudoorbicularis, L. ; Testudo europæa , Schn.), est répandue dans tout le midi et l’orient de l’Europe, jusqu’en Prusse, dans les eaux bourbeuses et les marais. Sa carapace est ovale, peu convexe, longue de 22 centimètres, large de 14; elle est assez lisse, noirâtre, toute semée de points jaunâtres disposés en rayons; elle a cinq doigts onguiculés aux pieds de devant et quatre à ceux de derrière. Elle vit dans les eaux bourbeuses et dans les marais, où elle se nourrit d’insectes, de mollusques, de petits poissons et d’herbes. On la vend sur quelques marchés en Allemagne, à cause de l’usage que l’on fait de sa chair, soit comme nourriture, soit pour l’usage delà médecine.
La tortue bourbeuse (^Einys lutcina , Dum. ; festudo lutaria, L.) est assez commune dans les eaux marécageuses de l’Europe méridionale, et on l’élève en domesticité dans beaucoup de jardins du midi de la France, qu’elle purge de limaçons, de vers de terre et d’insectes nuisibles. Sa carapace est un peu aplatie, noirâtre,
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longue de 22 centimètres, large de H. Les plaques dorsales sont in égul ici ement sillonnées et faiblemen t point il lées dans le ccn trc. La plupart des individus n’ont pas d’ongle au doigt extérieur des pieds de devant. La peau du cou est nue, plisséc et épaisse ; celle des pattes est écailleuse; la queue est longue et comme annelée, toujours roidc et dirigée horizontalement en arrière.
L éinyde close ( Emysclausa ) (fig. 839 eL 8,‘Ji) habite les maraisde 1 Amérique septentrionale, etprincipalement delà Caroline. Elle a la carapace très-solide, et l’on dit qu’elle peut supporter un poids
l'g. 833. — émyde close, vue de dos.
de oOO livres sans cesser de marcher; mais il y a probablement erreur ou exagération dans le fait, car l’animal n’a guère que IG à 19 centimètres de longueur.^!! a les doigts presque palmés, cinq ongles aux pieds de devant, quatre seulement à ceux de derrière; la carapace brune, marbrée de jaune, fortement carence. Le plastron est divisé en deux parties, dont l’antérieure seule est mobile, et peut être serrée avec assez de force contre la
carapace pour étouffer les serpents, dont l’animal se nourrit en partie.
Les tortues DE mer, ou ciiélonées, ont leur enveloppe trop petite pour recevoir leur tête et leurs pieds, qui sont très-allongés (surtout ceux de devant), aplatis en nageoires, et dont tous les ( 01g s sont réunis et enveloppés dans une même membrane. Les deux premiers doigts de chaque pied ont seuls des ongles pointus, les autres sont terminés par des lames écailleuses aplaties. Les pièces de leur plastron ne forment pas une plaque continue, mais sont dentelées et laissent entre elles de grands intervalles occupes par du cartilage. La queue est fort courte, conique, °.. lVe’ colnci te d écailles; 1 œsophage csl armé de pointes car- 1 acineuses dirigées vers l’estomac. Elles se nourrissent de
REPTILES
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plantes marines et de mollusques. L’espèce la plus commune est la tortue franche, OU tortue verte, qui surpasse toutes les autres par la grandeur de sa taille et par son poids, car elle a souvent pl us de 2 mètres de long, et elle pèse de 35U à 400 kilogrammes. Sa carapace est formée d’écaill es verdâtres, ni imbriquées, ni carénées, dont celles du milieu figurent à peu près des hexagones réguliers. Sa chair fournit un aliment précieux et salutaire aux navigateurs, dans tous les parages de la zone torride, et leur graisse, qui est liquide et très-abondante, sert d’huile à biûler. Celte tortue paît en grandes troupes les algues au fond de la mer et vient rarement à terre. L’accouplement a lieu dans la mer, et dure, d’après Catesby, plus de quatorze jours. Les femelles viennent faire leur ponte sur le rivage et déposent leurs œufs, en nombre considérable, dans un trou creusé dans le sable, au-dessus de la ligne de la plus haute marée. C’est alors qu’on s’en empare facilement en les renversant sur le dos. Les œufs sont ronds, volumineux, enveloppés d’une membrane molle, semblable à du parchemin mouillé; ils sont très-bons à manger. L’écaille est peu estimée et n’est pas employée.
Une autre espèce non moins importante est le caret ( Chelonm imhricato. , Brongn. ; Testudo imbricata, L.), quoiqu’il soit moins grand que la tortue franche (il pèse rarement plus de 100 kilogrammes), et que sa chair soit désagréable et malsaine ; mais scs œufs sont très-bons à manger, et sa carapace fournit la plus belle écaille dont on se sert, de temps immémorial, pour fabriquer des coffrets, des étuis, des peignes, des manches de couteaux, des garnitures de meubles, etc. Le caret a le museau plus allongé que la tortue franche, les deux mâchoires dentelées, les écailles du dos lisses et se recouvrant par leur bord postérieur comme les tuiles d’un toit. Ces écailles sont transparentes, brunes-noirâtres, avec des taches irrégulières, blondes ou roussâtres. On les détache de la carapace en mettant du feu par-dessous ; elles se soulèvent d’elles-mêmes. Elles peuvent prendre le plus beau poli, et on leur donne la forme que l’on veut en les soumettant â la presse, entre des moules, dans l’eau chaude. On peut même en fondre les fragments et les rognures, de manière à en former de V écaille fondue , que l’on emploie aux mêmes usages que la naturelle, mais qui est moins belle, non transparente, et difficile à polir.
Le caret se trouve principalement dans l’océan Atlantique, proche des côtes de l’Amérique, et dans tout le golfe du Mexique. On le rencontre aussi sur les côtes de Guinée et dans la mer des Indes.