COLÉOPTÈRES. — MÉLOÉ SCARABÉE
comme bossu, couvert d’éty très jaunes, avec trois bandes transversales, faites en zigzag et de couleur noire. La première bande est assez près du corselet et est quelquefois réduite à l’état de taches isolées ; la seconde dépasse la moitié des ély très, et la troisième est placée à l’extrémité. Les autres espèces de mylabre sont peu différentes de celle-ci.
M. Léon Ferrer a constaté la présence de la cantharidine dans un certain nombre de mylabres, entre autres dans le Mylabris
fjunctata , de Pondichéry, qui a donné sur 30 grammes de poudre (0,066 de cantharidine) ; le Mylabris punctum , du même pays (0,029 du principe actif pour 15 grammes de matière) ; les Mylabris Lavaterœ, Sidœ, Cichorii, variabilis, maculata, etc. (i).^
o lléloé proscaralïée.
Meloe proscarabœus, L. ( fig . 879). Insecte coléoptère, hétéromère, trachélide, pourvu d’antennes à articles grenus et arrondis comme des grains de chapelet, et amincies en pointe à leur extrémité. La tête est plus large que le corselet, qui est carré ; les élvtres sont molles, courtes et ne recouvrent qu’une petite partie de l’abdomen qui est renflé ; les ailes manquent.
Cet insecte est long de 28 millimètres, large de 11, de forme ovoïde-oblongue, d’un noir violet ; il marche péniblement, à cause du poids de son abdomen. 11 serait très-exposé, en raison de sa nudité presque complète, à la voracité des oiseaux et de quelques mammifères ou reptiles, s’il ne faisait suinter de ses articulations, au moment du danger, une humeur onctueuse, probablement caustique et d’une odeur repoussante, qui éloigne ses ennemis par le dégoût qu’elle leur inspire.
[Les meloés ont des métamorphoses extrêmement curieuses, dont les observations de Newport et de M. Fabre, d’Avignon,
(1) L. Ferrer, Essai sur les insectes vésicants. Thèse soutenue à l’Ecole super, de pharmacie de Paris, 1859.
LES INSECTES
nous ont fait connaître les principaux détails. Avant d’arriver à 1 état de. nymphe, la larve passe par quatre formes différentes. Telle qu elle sort de l’œuf, elle est coriace, svelte, pourvue de 6 pieds terminés par trois ongles crochus, et de mandibules acérées {fi g. 880) A cet étal, elle s’accroche aux poils de certains hyménoptères, et a été prise pour une espèce de poux, qu’on a décrit sous le nom de pou de la Mellite ou de triongulin.
L abeille la transporte avec elle jusqu’au moment delà ponte ; h ce moment la larve descend sur le petit œuf qui nage au milieu du miel, s’y établit comme sur un radeau, en perce les enveloppes et se nourrit du contenu. Elle subit alors une transformation : elle devient molle, prend des formes lourdes, perd ses yeux, ses pattes et ses cirrhes : ses mandibules acérées s’excavent en cuiller de façon à pouvoir puiser le miel : elle vit ainsi pendant un temps assez long aux dépens de la provision amassée par l’hyménopfère. Une nouvelle modification extérieure se produit ensuite : elle devient une sorte de chrysalide, immobile, revêtue de téguments cornés sur lesquels se dessinent un masque céphalique, et des indices de pattes. Puis, cette enveloppe extérieure se rompant, il en sort une nouvelle Larve de méloé. larve assez semblable à la seconde forme. Pendant ces diverses transformations l’organisation intérieure s’est très-peu modifiée : il n’y a pas eu de métamorphose profonde : mais, à partir de ce moment, la larve devient une véritable nymphe, dans laquelle se forment et se développent les organes de l’animal, qui n’a plus qu’à sortir de sa dernière enveloppe pour devenir insecte parfait (1).]
Le méloé proscarabée et le méloé «le mai ont été autrefois employés en médecine. On en composait des exutoires et on les administrait à l’intérieur. Quoique moins active que celle des cantharides, leur action ne laissait pas d’être dangereuse. On a prétendu qu’ils étaient efficaces contre la rage.
Coccinelle.
Quelques coccinelles ont été recommandées comme antiodontalgiques, particulièrement la coccinelle à sept points, Coccinella
(1) Voir Fabre, Hypennétamorphose, et mœurs des méloïies (Ann. des Sciences natur. Zoologie, t. VII, pag. 298).
COLÉOPTÈRES. — TRÉHALA
septempunctata {fuj. 881). Cet insecte, connu sous le nom de bête à bon Dieu , replie ses pieds contre son corps lorsqu’on le saisit et fait sortir par les jointures de ses cuisses et de ses jambes une humeur jaunâtre d’odeur désagréable.
Tréliala.
Parmi les substances qui formaient la collection de matière médicale de f M. Délia Sndda, à l’exposition universelle de 1855, l’une de celles qui ont le plus fixé mon attention a été la malièrenommée tréhala ou trikalu, qui était supposée venir de Trikala en Roumélie (1) , mais, sui\ant Fig. 8S 1 . — Coccinelle à 7 points. M. Bourlier, pharmacien aide-major, qui a profité de sou séjour à Constantinople pour se livrer à l’étude des productions naturelles de l’Orient, le tréhala (seul nom véritable) ne provient pas de la Roumélie, et serait originaire de Syrie. Il est aussi commun en Orient et d’un usage aussi répandu que le sont en France le salep et le tapioka : on s’étonne alors que cette substance alimentaire, remarquable à plus d’un litre, nous soit restée jusqu’ici complètement inconnue.
Le tréhala est une coque creuse évidemment maçonnée par un insecte. Il est de forme ronde ou ovale, du volume d’une grosse olive, plus ou moins, et présente, du côté interne, une couche de matière blanche, compacte, à surface intérieure unie, quelquefois rougeâtre, assez semblable, pour l’aspect, à l’endocarpe d’une pistache. Cette couche compacte est couverte, du côté extérieur, de grains grossièrement agglomérés qui donnent au tréhala une surface tuberculeuse et le font ressembler à une praline blanche. Les plus petites coques, qui sont aussi les plus arrondies, paraissent presque entièrement fermées ou n’offrent qu’une fente longitudinale ; mais les plus grosses sont largement ouvertes par un bout et présentent alors quelque ressemblance avec la cupule tuberculeuse d’un gland. Ajoutons que ces capsules sont souvent fixées sur un rameau grêle d’une plante demi-ligneuse, ou entremêlées de débris d'une feuille trèscotonneuse appartenant à une carduacée ; disons enfin que, bien que la plupart des coques soient privées de l’insecte qui
(1) Voir le Catalogne de cette Collection dans le Journal de Pharmacie el de Chimie, année 1850, t. XXIV, p. 300, n. 145.
LES INSECTES
les a construites ou habitées, un certain nombre le renferment encore. Cet insecte est un coléoptère tétramère voisin des charançons, et qui appartient comme eux à la famille des curculionides ou des rhynchophores.
Le tréhala n’a jamais paru en France avant l’Exposition de 1855 ; mais on le trouve décrit sous le nom de schakar el ma-ascher dans la pharmacopée persane de frère Ange, de Toulouse. La description, quoique suivie de celle d’un arbre impossible et dans laquelle plusieurs végétaux sont confondus, est assez exacte dans ce qui regarde le produit lui-même, pour qu’il ne reste pas de doute sur son identité avec le tréhala.
Je ne suivrai pas le frère Ange dans ce qu’il rapporte du fruit de l’arbre qui ressemble à un estomac d’homme et qui s’ouvre pour donner naissance à une lleur bleue, d’un aspect admirable ; ni du suc de l’arbre, laiteux et caustique, qui tue à la dose de 3 drachmes ; ni de l’opinion que cet arbre est le rhododaphné, c'est-à-dire le laurier-rose. La seule chose réelle, suivant la détermination que M. le professeur Decaisne a bien voulu en faire, c’est que la plante qui porte le tréhala appartient par ses feuilles, dont les débris se trouvent fixés aux coques, et par ses capitules, dont j’ai pu lui remettre un fragment, au genre Echinops de la tribu des Cynarées. Cette plante, ou une espèce très-voisine, encore inédite, se trouve dans l’herbier du Muséum d’histoire naturelle. Elle a été récoltée par Olivier entre Ispahan et Téhéran ; elle ne porte aucune marque de la présence du tréhala. Quant à l’insecte, c’est, ainsi que je l'ai dit plus haut, un coléoptère de la famille des rhynchophores, à laquelle appartient la calandre, qui cause de si grands dommages dans les greniers à blé ; mais bien différent de celle-ci qui, renfermée dans le grain de blé qu’elle dévore, n’en laisse à l’homme que le son, l’insecte du tréhala récolte des quantités considérables de matière amylacée dont il construit sa demeure et qu’il abandonne à l’homme après sa mort. Les entomologistes les plus habiles, à Paris, MM. H. Lucas et Chevrolat ; à Londres, M. Saunders, comprennent cet insecte dans le genre Larinus dont plusieurs espèces sont déjà connues pour vivre sur des plantes synanthérées, ce qui leur a valu les noms de Larinus cynaræ, onopordinis, cardopatii, scolymi , etc. Mais aucune des larves de ces espèces ne manifeste l’instinct d’extraire l’amidon de la plante pour en construire sa demeure (1).
(1) J’ai longtemps hésité à croire qu’une aussi grande quantité d’amidon pût être tirée d’une plante à rameaux grêles et demi-ligneux ; mais, en examinant les fragments des rameaux qui accompagnent le théhala, j’ai vu que presque tous, indépendamment de la perte probablement accidentelle de leur écorce cotonneuse, sont rongés d’un côté jusqu’au centre, et qu’ils offrent à l’intérieur les
COLÉOPTÈRES. — TRÉIIALA. 219
Cette circonstance suffit pour établir que le Larinus du tréhala est une espèce nouvelle pour laquelle M. Chevrolat a proposé provisoirement le nom de Larinus subrugosus. Je me permettrai de proposer celui de Larinus nidificans (1), emprunté au premier des vers dans lesquels Virgile plaint les animaux de travailler pour l’utilité de l’homme bien plus que pour eux-mêmes :
Sic vos non vobis nidificatis, aves.
Ce qui peut aussi s’appliquer à l’insecte qui produit le tréhala.
Je reviens au tréhala: quoique les Persans lui donnent le nom de sucre des nids et qu’il renferme en effet un sucre cristallisable très-remarquable par ses propriétés, néanmoins le tréhala est de nature principalement amylacée, ainsi que le montre un commencement d’analyse que j’en avais faite, avant que M. Marcellin Berthelot se fût chargé de l’examen du sucre, dont personne mieux que lui ne pouvait établir les propriétés.
Le tréhala mis en contact avec l’eau se ramollit, se gonfle et finit par se convertir en une bouillie épaisse et mucilagincuse. En ajoutant beaucoup d’eau, la liqueur surnageante est faiblement sucrée; le dépôt, au lieu d’être pulvérulent et mobile comme une fécule pure, a toujours l’apparence d’une bouillie mucilagineuse. En examinant au microscope un peu de cette bouillie délayée dans l’eau et additionnée d’iode, on y trouve les parties suivantes :
1° Un nombre considérable de globules très-petits, sphériques, transparents, incolores, analogues à ceux qui constituent en partie les tubercules d’or c/us.
2° Des amas de granules amylacés, de moyenne grandeur, opaques, colorés en bleu-noir par l’iode, tenus réunis par un mucilage, sans aucun indice de cellule végétale.
3° D’autres granules amylacés, isolés, toujours opaques et comme composés eux-mêmes d’une matière grenue inégalement
restes d’une moelle blanche devenant d’un bleu noir par l’iode. La larve du Larinus entame donc les rameaux de l’ E chinops pour se nourrir du sucre, de la gomme et de l’amidon qu’ils contiennent; mais la plus grande partie de celle-ci est dégorgée pour servir à la construction du nid.
(1) Avant de savoir que M. Chevrolat avait nommé l’insecte du tréhala, ayant remarqué la disposition particulière des lignes ponctuées qui décorent les élytres, j’avais pensé à proposer le nom de Larinus lineopunctatus ou de Larinus decies punctalus. Les élytres sont oblongues, de la même largeur que le corselet qu’elles ne dépassent pas; elles recouvrent exactement la partie postérieure de l’abdomen et sont chacune terminées par une pointe mousse un peu courbée vers la ligne médiane du corps. Chacune des élytres est marquée de dix lignes ponctuées qui, partant du bord antérieur, suivent le contour de l’organe et se joignent en un circuit fermé avant d’arriver A l’extrémité ; autrement dit, ce sont cinq lignes circulaires qui se doublent en parcourant les deux côtés de l’élytre, et comme cet
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LES INSECTES
colorée en bleu par l’iode. Ces granules ont un diamètre égalé celui des gros grains d’amidon de blé ; mais le bord en est rarement nettement circulaire, un peu ovale ou un peu elliptique; le plus souvent le bord est irrégulier, et d’autres fois encore les granules sont déchirés en fragments irréguliers, toujours opaques et d’un bleu noirâtre (4).
J’ai pris quelques granules d’amidon du tréhala et je les ai fait bouillir dans une grande quantité d’eau distillée, pendant une demi-heure. Ils ont été peu altérés dans leur forme et se coloraient toujours en bleu noirâtre par l’iode.
Après deux heures d’une nouvelle ébullition, presque tous les granules étaient divisés par fragments très-irréguliers, toujours denses et se colorant en bleu foncé par l’iode.
L’amidon contenu dans la moelle de YEchinops est en tous points semblable à celui du tréhala et se comporte de même par une longue ébullition dans l’eau.
La fécule de pomme de terre, que l'on traite de la môme manière, se dissout et disparaît complètement; l’amidon de blé ne laisse qu’un tlocon léger que l’iode colore faiblement d’une teinte violacée.
L’amidon de VEchinops et du tréhala diffère donc beaucoup de la fécule de pomme de terre et même de l’amidon de blé, qui sont formés de couches concentriques dont les intérieures sont facilement solubles dans l’eau bouillante et dont les plus extérieures, quoique plus résistantes, finissent cependant par disparaître entièrement ou presque entièrement.
Mais il est analogue aux amidons d’orge, de sagou des Moluques et surtout de gomme adragante, qui, plus ou moins, sont formés d’une matière très-dense qu’une longue ébullition dans l’eau ne peut pas complètement diviser et encore moins dissoudre.
Je me hasarde à établir une certaine relation entre la nature
organe est allongé, les lignes intérieures, se rapprochant de plus en plus, finissent par ne plus laisser entre elles qu’un espace tout à lait linéaire. J’ai préféré cependant, aux noms dérivés de ces lignes ponctuées qui peuvent appartenir à d’autres espèces, un nom basé sur l’industrie instinctive de l’insecte.
(1) J’ai trouvé parmi ces granules : 1° Un œuf coloré en jaune, pourvu de deux enveloppes au moins, dont l'extérieur était en partie lacéré. Cet œuf avait la forme d’un citron allongé, terminé en mamelon à l’un des bouts.
2° Le squelette transparent d’un insecte, ou mieux d’un arachnide à 6 pattes trapues partant du centre de la face inférieure du corps, comme les pattes d’un jeune sarcopte. Chacune de ces pattes avait 4 articles et portait à l’extrémité une longue soie. Le corps était en forme de fuseau, terminé antérieurement par un rostre conique. Cet arachnide est probablement celui qui détruit le larinus mort dans sa coque; car il est rare qu’on l’y trouve entier. Dans nos collections, ce n’est plus un acaride qui attaque le théhala, où il ne reste plus de matière animale à dévorer ; c’e6t un anthrène dont le camphre nous débarrasse facilement.
COLÉOPTÈRES. — TRÉUALA. 221
de l’amidon de VEchinops et la production du tréhala. Si cet amidon était facilement attaquable par l’eau ou, ce qui en est une conséquence presque nécessaire, s’il était facile à digérer, il est probable que le tréhala n’existerait pas. Mais cet amidon n’étant pas digéré par la larve du Larinus, celle-ci doit ou ne pas l’avaler ou le rejeter par une sorte de dégorgement. De là a pu naître l’industrie d’en fabriquer un nid.
Je termine en faisant connaître approximativement les quantités d’amidon, de sucre et de gomme que contient le tréhala.
50 grammes de cette substance ont été traités à froid par la quantité nécessaire d’eau distillée : l’amidon lavé autant que possible et séché pesait 33,27.
La liqueur filtrée a été réduite à un petit volume et étendue de deux fois autant d’alcool à 88 centièmes. La gomme précipitée, lavée à l’alcool et séchée, pesait 2,33.
La liqueur alcoolique a été évaporée en consistance de sirop épais: après plusieurs jours, elle avait formé des cristaux durs et transparents d’un sucre queM. Berthclot a bien voulu se charger d’examiner.
Le sirop surnageant possédait une amertume assez marquée : évaporé jusqu’à former une masse solide et transparente, il s’est transformé, plusieurs jours après, en une masse cristalline et demi-opaque, à la manière du sucre d’orge. Il est certain que cette masse était encore formée, en grande partie, de sucre cristallisé. Le tout réuni pesait 14,40.
Le tréhala est donc composé approximativement de :
Amidon 06,54
Gomme peu soluble 4,66
Sucre et principe amer ?R.80
Il faut déduire des nombres précédents une quantité assez considérable de composés inorganiques représentés par 4,60 d’une cendre composée de:
Sels solubles 3,0
Sels insolubles 1,4
Sable siliceux .... 0,V
Les sels solubles sont composés de carbonate, chlorure et sulfate alcalins en quantités approximativement égales, et d’une moindre quantité de phosphate.
LES INSECTES
La cendre insoluble dans l’eau, mais soluble dans l’acide chlorhydrique, était formée de carbonate de chaux et d’une petite quantité de fer probablement phosphaté.