CANTHARIDE
4° La matière noire, parfaitement privée de matière jaune par l’action réitérée de l’alcool employé bouillant, ne conserve rien de vésicanl.
5° La matière jaune, caractérisée par sa solubilité dans l’alcool et dans l’eau, perd sa propriété vésicante au moyen de l’éther sulfurique, qui en sépare une substance particulière, insoluble dans l’eau et dans l’alcool froid, soluble dans l’alcool bouillant, et qui s’en précipite, par le refroidissement, en paillettes cristallines.
6° Cette dernière substance, absolument séparée de toutes les autres qu’elle a laissées inertes, se trouve soluble en toutes proportions dans les huiles, qu’elle rend éminemment caustiques. On doit la considérer comme le véritable principe vésicant des cantharides. (Depuis on lui a donné le nom de cantharidine ; elle n’est pas azotée et a pour formule C10H6O4.) Elle se présente sous forme de petites lames incolores, inodores, répandant des vapeurs à 125° et se volatilisant vers 2t0°.
7° L’infusion des cantharides fraîches contient du phosphate de magnésie qui s’y trouve dissous par deux acides : l’un, l’acide acétique; l’autre, l’acide urique.
Substitutions. Quoiqu’il existe un assez grand nombre de coléoptères parés d’une couleur verte dorée, plus ou moins semblable à celle des cantharides, il y en a peu qui puissent être confondus avec elles, à cause de leur grandeur ou de leur forme dill'érente, et des caractères tirés de leurs antennes ou de leurs pattes. Si l’on admet cependant que ces insecles soient privés de leurs appendices, alors la confusion deviendra possible et l’on pourra prendre, par exemple, un cailichrôme musqué (1), pour une cantharide un peu forte. Cet insecte est commun sur les saules vers le mois de mai ; il appartient aux coléoptères tétramères et à la famille des longicornes ; il est long de 27 millimètres, a les antennes filiformes et plus longues que le corps, les cuisses des pieds postérieurs allongées, les jambes très-comprimées. Il exhale une odeur de rose très-marquée. Privé de ses appendices et comparé à une cantharide, il en diffère encore par son thorax beaucoup plus volumineux et arrondi, presque du même diamètre que l'abdomen, et par ses élylres un peu coniques et plus larges à la partie antérieure qu’à l’autre extrémité, tandis que les élvtres de la cantharide sont d’égale largeur partout, et présentent la forme d’un rectangle long, arrondi aux angles. L’euchiore «le la vigne (2), le «liphucéphale soyeux (3), le mélyre xert (i),
(1) Atlas du Règne animal de Cuvier, pl. LXV, fig. S.
(2) Ibid., pl. XL1II, fig. 7. — (3) Ibid., fig. 3. — (4) Ibid. , pl. XXXII, fig. 18.
LES INSECTES
n’ont qu’une ressemblance plus éloignée avec les cantharides, et d’ailleurs ne s’y trouvent jamais mêlés; mais la cétoi ne dorée (1) s y rencontre souvent et en quantité assez considérable, quoique sa forme ramassée et ovalaire la rende très-facile à distinguer (2). Elle est longue de 16 à 22 millimètres et large de 10 à 12. Sa tête est très-petite, unie immédiatement à un corselet conique dont la base est aussi large que les élylres, et est accompagnée d’un écusson triangulaire très-apparent. Les élytres portent une nervure saillante près de leur bord interne, et sont marquées de quelques petites lignes transversales blanches dans leur partie postérieure. Le test vert qui recouvre la tête, le corselet et les élytres, est partout marqué de très-petites piqûres ou de petites cicatrices, qui me paraissent analogues à celles qui, sur les anneaux du ventre et sur les membres, donnent naissance aux poils roux dont ces parties sont garnies. Cet insecte, qui n’est nullement vésicant, appartient à la famille des lamellicornes, des coléoptères pentamères; on le voit par toute l’Europe sur les (leurs de rosier, de sureau, de sorbier, d’ombellifères, etc.; lorsqu’on le saisit, il laisse échapper par l’anus une liqueur fétide.
[D’autres espèces de cantharides ont des propriétés analogues, qui les ont fait utiliser comme vésicants. Nous citerons en particulier la Cantharide pointillée ( Lytta adspersa, Klug) de Montevideo, qui vit sur le Beta vulgcuds, var. Cicla. On la trouve en abondance du mois de décembre au mois de mars. Elle a 13 à 16 millimètres de longueur; elle est recouverte d’une sorte de poussière grise, et marquée d’un grand nombre de petits points noirs. Ses antennes sont noires et ses pattes rougeâtres. M. Courbon, qui a observé l’action de celte espèce, lui attribue une innocuité complète sur les organes genito-urinaires.]
llylabrc tle la Chicorée (fig. 878).
11 est d’autant plus probable que cet insecte est celui qui a été désigné par Dioscoride comme la meilleure espèce de cantharide, qu’il n’a pas cessé d’être employé comme épispastique dans tout l’Orient et jusqu’en Chine. 11 appartient, comme la cantharide, aux coléoptères hétéromères trachélides. Il se distingue génériquement des cantharides par ses antennes un peu terminées en massue, et par ses couleurs ternes ou non métalliques, et variées. Le mylabre de la chicorée est long de 14 à 16 millimètres, large de 5; son corps est cylindrique, bombé et
(1) Atlas du Règne animal de Cuvier, pl. XLV, fig. G.
(2) Voy. Gory et Percheron, Monographie des cétoines. Paris, 1833.