‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 2)Chapitre 86 sur 162 · HYMÉNOPTÈRES. — FOURMIS · texte numérisé non relu

HYMÉNOPTÈRES. — FOURMIS

comme le font plusieurs fourmis ; mais presque toujours la petite poche au venin communique avec un aiguillon destiné à verser le liquide délétère dans la plaie faite par l’instrument. Les mâles sont toujours privés de cette arme ; mais les femelles, et souvent les individus stériles, en sont pourvus, et sa piqûre détermine une inflammation douloureuse.

Les hyménoptères térébrants contiennent, dans la petite tribu des gallicoles, le genre Cynips, dont plusieurs espèces produisent les nombreuses galles de chêne, que j’ai décrites (1). Ces insectes paraissent comme bossus, ayant la tête petite et le thorax gros et élevé. Leur abdomen est séparé du corselet par un étranglement très-prononcé; il est comprimé en carène à sa partie inférieure, et tronqué obliquement à son extrémité. Il renferme, chez les femelles, une tarière formée d’une seule' pièce longue et très-déliée, roulée en spirale à sa base, et en partie logée entre deux valvules allongées, qui lui forment un demi-fourreau. L’extrémité de cette tarière est creusée en gouttière, avec des dents latérales qui servent à élargir les entailles que l’insecte fait au végétal pour y placer ses œufs. Les sucs de la plante s’épanchent à l’endroit qui a été piqué et y forment une tumeur ou excroissance, dont j’ai décrit plusieurs espèces. On trouve des galles analogues sur un grand nombre d’autres végétaux, tels que le rosier sauvage, le lierre terrestre, le chardon hémorrhoïdal, etc. Mais toutes les galles ne sont pas dues à des cynips : telles sont celles de l’orme, du térébinthe et du Rhus semialata (2), qui sont produites par des pucerons ( aphis ), de l’ordre des hémiptères.

Les hyménoptères porte-aiguillon, indépendamment de l'aiguillon de trois pièces, caché et rétractile, dont sont ordinairement pourvus les femelles et les neutres, ont les antennes toujours simples et composées de treize articles dans les mâles et de douze dans les femelles; les palpes sont ordinairement filiformes et les quatre ailes toujours veinées. L’abdomen, uni au thorax par un pédicule, est composé de sept articles chez les mâles, et de six chez les femelles. Les larves n’ont pas de pieds, et vivent des aliments que les femelles ou les neutres leur fournissent. On en forme quatre familles; savoir : les hétérodynes (ex. : les fourmis), les fouisseurs (ex. : les scolies), les diploptéres (ex. : les guêpes), et les mellifères (ex. : les abeilles).

Les fourmis vivent en société, et nous offrent trois sortes d’individus, dont les mâles et les femelles sont ailés, et les neutres privés d’ailes ; leurs antennes sont coudées, et celles des femelles

(I) Tome II, page 289-299.

(2 j Tome III, pag. 498, 503.

Güibourt, Drogues, 6e édition.

LES INSECTES

et des neutres, qui ne sont que des femelles incomplètes, vont en grossissant vers l’extrémité; la longueur de leur premier article égale au moins le tiers de la longueur totale. Les mâles et les femelles ont trois yeux lisses, disposés en triangle sur le sommet de la tête; ces yeux manquent chez les neutres, qui se font en outre remarquer par la grosseur de leur tête et par la force et la longueur de leurs mandibules.

Les fourmis neutres, que bon nomme aussi ouvrières , constituent la partie la plus nombreuse de la société à laquelle elles appartiennent, et sont seules chargées des travaux nécessaires à la prospérité générale. Les unes se creusent une demeure souterraine, au bas d’un mur exposé au soleil, ou au pied des vieux arbres, tandis que d’autres réunissent en commun une masse énorme de débris ligueux, de feuilles desséchées, ou d’autres matières recueillies sur les végétaux, pour en construire une sorte de ville, où sont pratiquées une infinité de routes et de ruelles, avec des carrefours ou des places publiques. Les mâles et les iemelies ne participent pas aux travaux, ne restent même dans la tourmilièie que fort peu de temps lorsqu’ils sont parvenus à leur état parfait, et les premiers périssent aussitôt qu’ils ont fécondé les femelles. Celles-ci quittent la demeure commune en même temps que les mâles; mais, après avoir été fécondées dans les airs, et s être dépouillées de leurs ailes, elles sont ramenées dans la fourmilière par les ouvrières, et placées dans les chambres les plus retirées, où elles sont nourries par leurs gardiennes (1). Dès qu elles pondent un œuf, une ouvrière s’en empare et le transporte dans une autre chambre. Les larves reçoivent aussi, de la part des ouvrières, les soins les plus assidus ; lorsque le temps est beau, on voit ces nourrices actives porter leurs élèves hors de la fourmilière poui les exposer au soleil, les défendre contre leurs ennemis, les rapporter dans leur nid à l’approche du soir, et les entretenir dans un état de grande propreté. Pendant que certaines ouvrières s’occupent de ces soins, d’autres vont récolter des sucs sucrés sur les fleurs et sur les fruits ; mais elles sont surtout avides d un suc particulier, qui suinte du corps des pucerons. Quelquefois même elles ne se contentent pas de prendre la gouttelette sucrée que le puceron leur abandonne lorsqu’il se sent caressé par leurs antennes; souvent elles portent ces insectes dans leur demeure, et les y élèvent comme une sorte de bétail. Enfin, il y a des fourmis qui, non contentes d’avoir un bétail, se font aussi des esclaves, en allant prendre de force, dans d’autres fourmilières,

(I) Les fourmis femelles périssent aux approches de l’hiver; il n’y a que les ouvrières qui passent cette saison engourdies sous la terre et qui, au printemps, assurent le salut de la nouvelle génération.

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