‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 2)Chapitre 90 sur 162 · HYMÉNOPTÈRES. — ABEILLE DOMESTIQUE · texte numérisé non relu

HYMÉNOPTÈRES. — ABEILLE DOMESTIQUE

l’abeille dépose ses œufs et le miel qui doit servir à sa nourriture pendant l’hiver. On a cru longtemps, d’après Réaumur, qu’elle était le produit du pollen des fleurs récollé par les abeilles ouvrières, rapporté par elles à la ruche dans les petits cuillerons dont sont muniesleurs pattespostérieures, et avalé alors par d’autres ouvrières qui, bientôt après, le rendaient sous la forme d’une bouillie liquide, avec laquelle elles construisaient leurs rayons. Cependant, dès l’année 1768, Bonnet, de Genève, annonça, d après une Société de Lusace, que la cire était le produit d’une sécrétion qui s’opérait sous les anneaux du ventre; et Hunter (1), en 1791, avait déjà consigné la découverte qu’il avait faite des organes destinés à cette sécrétion. Depuis, Huber a vérifié cette découverte, et a d’ailleurs prouvé directement que le pollen des fleurs était inutile à la production de la cire, en renfermant un nouvel essaim d’abeilles, pendant cinq jours, dans leur ruche, et leur donnant seulement à discrétion du miel et de l’eau; au bout de ce temps, elles avaient fabriqué cinq rayons de la plus belle cire, d’un blanc parfait et d’une grande fragilité.

J’ai exposé précédemment commenton vidait les ruches, et les moyens de séparer le miel et la cire. Celle-ci, fondue dans l’eau, pour la priver du miel qu’elle retient encore, est coulée dans des vases de terre ou de bois. On la nomme cire jaune.

On doit choisir la cire jaune d’un jaune pur et sans mélange de gris, ce qui est dû à du dépôt qui n’en a pas été séparé: mais il est indifférent que le jaune en soit pâle ou foncé ; car souvent on lui donne celte dernière nuanceartifieiellement, et elle nelui communique d’ailleurs aucune bonne qualité. Il faut aussi que cette cire, mâchée dans la bouche, n’offre ancun goût de suif; elle doit, au contraire, avoir un léger goût aromatique assez agréable. Échauffée dans les doigts, elle s’y ramollit assez pour y être facilement pétrie; mais elle doit conserver de la ténacité entre ses parties, et ne pas se diviser en grumeaux, qui adhèrent aux doigts, ainsi que cela a lieu quand elle est mélangée de cire de myrica.

Delpech, pharmacien à Bourg-la- Reine, a signalé une autre falsification que la cire jaune subit assez souvent dans le commerce. Ayant fait dissoudre de cette cire altérée, dans de l’huile de térébenthine, elle a laissé un résidu blanc et pulvérulent, qui s’est trouvé être de la fécule de pomme de terre, dont la quantité s’élevait au tiers du poids de la cire employée. Cette cire était d’une couleur jaune terne, moins onctueuse et moins tenace que la cire pure ; mais le meilleur moyen de s’assurer de la bonne qualité d’une cire consiste à la traiter par l’essence de térébenthine, qui doit la dissoudre entièrement.

(1) Hunter, Philosop/tical Transactions, 1791.

LES INSECTES

La cire jaune doit sa couleur, son odeur et une certaine onctuosité qui lui reste encore, à des corps qui lui sont étrangers et qui proviennent des principes colorants et aromatiques des plantes ; de même que certains principes végétaux amers, résineux, colorants ou aromatiques, communiquent leurs propriétés à plusieurs de nos humeurs, et même à nos solides. On débarrasse la cire de ces propriétés étrangères en la fondant à une douce chaleur, et la faisant tomber par filets sur un grand cylindre plongé horizontalement dans l’eau, et tournant continuellement sur son axe. De cette manière, la cire se divise en grenailles ou en rubans; on l’expose, ainsi divisée, sur un pré, à un pied d’élévation de terre, et étendue sur des châssis de toile. On l’arrose légèrement tous les soirs, et on la laisse ainsi exposée au soleil et à la fraîcheur des nuits, jusqu’à ce qu’elle soit parfaitement blanche. Elle est alors très-sèche et friable. On la fond en y ajoutant un peu de suif, pour lui restituer le liant qu’elle a perdu, et on la coule en petites plaques rondes . Il faut toujours choisir celle qui, par sa fragilité et l’absence de toute saveur de suif, paraît être la plus pure. La cire pure est blanche, solide, cassante, presque sans odeur et saveur ; elle est un peu plus légère que l’eau, et pèse 0,966. Elle devient molle et ductile à une chaleur de 35 degrés, se fond à environ 70 degrés, et se congèle à 62,75, sans offrir aucune cristallisation. Elle se volatilise, et se détruit en partie à une chaleur approchant de la chaleur rouge.

La cire blanche est aujourd’hui très-souvent falsifiée avec de l’acide stéarique; on reconnaîtceltefalsifîcation par l’alcool bouillant, qui dissout, presque en toutes proportions, l’acide stéarique, et qui le laisse cristalliser en grande partie par le refroidissement, tandis que la cire est très-peu soluble dans l’alcool bouillant; de plus, en trempant un bon papier de tournesol bleu dans la dissolution alcoolique, et le laissant sécher à l’air, il arrive un moment où l’acide stéarique rougit le tournesol ; la cire pure ne produit pas cet effet.

La cire est entièrement insoluble dans l’eau ; elle est soluble dans les huiles fixes en toutes proportions, soluble dans les huiles volatiles à l’aide de la chaleur. L’alcool très-rectifié bouillant en dissout 0,0486 de son poids, d’après Boullay, et seulement 0,01, suivant M. Chcvrcul; il l’abandonne en se refroidissant. L’éther bouillant en dissout 0,25, qu’il abandonne de même en trèsgrande partie. D’ailleurs, la cire paraît formée de deux principes différents qui peuvent être isolés parle moyen de l’alcool. Lorsqu’on traite, en effet, la cire blanchepar unegrande quantité d’alcool bouillant, elle laisse environ 0,3 d’une substance qui est du palmitate de myricile (C92II2904), et donne par l'évaporation de

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