HYMÉNOPTÈRES. — ABEILLE DOMESTIQUE
Les abeilles fournissent trois produits à la pharmacie et aux arls, la propolis, le miel et la cire.
La propolis est de nature résineuse ; elle est rougeâtre, odorante, soluble dans l’alcool, et saponifiable par les alcalis. On s’en sert dans les arts pour prendre des empreintes, et on l’emploie quelquefois en médecine sous la forme de fumigation, ou appliquée à l’extérieur comme résolutive. Elle présente la plus grande analogie, par son odeur, avec la matière résineuse qui recouvre les bourgeons de peuplier.
Le miel et la eire sont d’un usage bien plus étendu. La récolte s’en fait dans les mois de septembre et d’octobre ; pour cela on frotte intérieurement de miel une ruche vide, on la renverse auprès de la ruche pleine que l’on \ eut couper, et l’on glisse celle-ci dessus de manière à recouvrir l’autre exactement ; on retourne les deux ruches, de manière que la pleine se trouve en bas et renversée, et l’on frappe légèrement dessus. Les abeilles en sortent et se portent dans la ruche supérieure que l’on place ensuite sur l’appui. Alors, on coupe â l’aise la moitié ou les deux tiers au plus des rayons, et, cette opération faite, on remet les abeilles dans leur ancienne ruche de la même manière qu’on les en avait retirées.
Pour séparer le miel de la cire, on expose les gâteaux sur des claies au soleil. Le miel en découle, et est reçu dans des vases placés au-dessous ; ce miel, qui est le meilleur de tous, se nomme miel vierçje.
On soumet ensuite les gâteaux à la presse, et l’on obtient une quantité de miel plus coloré, d’une saveur et d’une odeur moins agréables. Enfin, on fond les rayons dans de l’eau pour les priver du restant du miel, et l’on coule la cire dans des vases de terre ou de bois.
Le miel le plus estimé vient de Narbonne, dans le département de l’Aude. Il est blanc, très-grenu, aromatique et d’un goût trèsagréable. Quelques personnes, cependant, n’aiment pas son parfum, et il a l’inconvénient, lorsqu’il est mis au sirop, desecandir au bout de quelque temps.
Le miel le plus estimé, après celui du Languedoc, est celui du Gâtinais (I) ; il est plus uni que celui de Narbonne, moins aromatique, communément blanc; c’est celui qu’on doit préférer pour
(1) Câlinais , ancienne province de France, dont la partie septentrionale, appartenant à l’Ile-de-France et nommée Gâtinais français , comprenait tonte la partie du département de Seine-et-Marne située au sud delà Seine, et dont la partie méridionale, faisant partie de l’Orléanais et nommée Gâtinais ortéanais, comprenait les arrondissements de Pitliiviers, de Montargis et de Gien, dans le département du Loiret.
LES INSECTES
mettre en sirop. Presque toutes les autres provinces de France donnent aussi des miels, mais qui ne sont pas renommés, si ce n’est ceux de Bretagne, par leur mauvaise qualité: ils sont en général très-colorés, coulants et pourvus d’une saveur résineuse désagréable, attribuée au sarrasin, que l’on cultive en abondance dans cette province.
Le miel, quoique élaboré par les abeilles, a conservé toute son origine végétale; il est formé : 1° d’une grande quantité de sucre grenu ou glucose , semblable au sucre solide de raisin et au sucre solide qui résulte de l’action d’acides sur le sucre de canne ou l’amidon, et, comme eux, faisant dévier vers la droite le plan de la lumière polarisée; 2° d’une petite quantité de sucre de canne , qui dévie également vers la droite le plan de la lumière polarisée, mais dont l’action sur ce plan est intervertie vers la gauche par les acides, ce qui n’a pas lieu pour le glucose concrélionné ; 3° de sucre incnstallisable, analogue au sucre non cristallisable qui provient de l’action des acides sur le sucre de canne ou l’amidon, mais exerçant une déviation à gauche beaucoup plus marquée sur la lumière polarisée (1) ; 4° d’un acide libre ; 3° d’un principe aromatique; 6° de cire, dont il contient d’autant moins qu’il a été obtenu avec plus desoin. Le miel de Bretagne contient, enoutre, du couvain, qui en détermine la prompte fermentation et la destruction.
Falsification du miel. Depuis quelques années, le miel est souvent falsifié avec du glucose solidifié. Une apparence male particulière et une saveur plus ou moins étrangère au miel, indiquent déjà cette sophistication ; mais on ne peut en devenir certain qu’en constatant la présence du sulfate de chaux, qui accompagne toujours le glucose, tandis que le miel n’en contient pas. Pour faire cet essai, on fait dissoudre, à froid, un peu de miel dans l’eau distillée. Si le miel est de belle qualité et que la liqueur soit transparente, on peut l’essayer immédiatement parle nitrate de baryte et l’oxalate d’ammoniaque, qui ne doivent pas la troubler. Mais lorsque le miel est de qualité inférieure, quoique non falsifié, il fournit une liqueur trouble; alors il faut la filtrer préalablement à travers un papier pur, qu’on lave d’abord soimême avec de l’acide chlorhydrique affaibli d’abord, et ensuite avec de l’eau distillée. Ce lavage préliminaire est nécessité par la propriété que possède le miel de dissoudre avec une grande avidité tous les sels calcaires; en sorte que, si le papier en contenait les moindres traces, le miel les dissoudrait, et pourait paraître falsifié lorsqu’il ne l’est pas.
La cire est la matière qui compose les rayons dans lesquels
(1) Soubeiran, Journal de chimie et de pharmacie, t. XVI, p. 252.