LÉPIDOPTÈRES. — BOMBYX DU MURIER
avoir changé de peau, leur faim redouble et la quantité de feuilles qu’ils consomment augmente prodigieusement. On compte que, pour les larves provenant d’une once ou de 31 grammes de graine, il faut de 3 à 4 kilogrammes de feuilles mondées, pendant le premier ûge; 10 à i l kilogrammes pendant le deuxième âge; 33 kilogrammes pendant le troisième; 105 kilogrammes pendant le quatrième, et de 6 à 700 kilogrammes pendant le cinquième (1). C’est le sixième jour de ce dernier âge qu’a lieu leur plus grande faim, ou ce qu’on appelle la grande fr'eze. Les vers dévorent alors de 100 à 150 kilogrammes de feuilles dans un jour et font, en mangeant, un bruit qui ressemble à une forte averse. Le dixième jour, le ver à soie cesse de manger et s’apprête à subir sa première métamorphose. Il se vide d’excréments et grimpe sur des branchages qu’on a eu soin de placer au-dessus des claies où il était resté jusqu’alors ; il cherche une place convenable à son établissement, et pose d’abord, çà et lâ, quelques fils forts qu il multiplie dans tous les sens de manière à former un lacis, auquel on donne le nom de banc, de banne ou de bourre de soie. C’est alors que, suspendus au milieu de ce lacis, ils construisent leur cocon, en tournant continuellement sur eux-mêmes en divers sens, et en agglutinant les unes contre les autres, en allant toujours nécessairement du dehors au dedans les diverses parties du fil qui sort de leur filière. Le résultat de cette manœuvre est la formation d’une enveloppe assez ferme, et de forme ovoïde ou elliptique plus ou moins allongée, souvent un peu rétrécie par le milieu (fig. 891). Cette enveloppe est formée par un seul fil qui a
Fig. 891. — Cocon. Fig. 892.— Chrysalide.
plus de mille mètres de longueur (2), et qui est tellement ténu qu’il en faut à peu près 3,750 mètres pour peser un gramme. Ce fil si ténu n’est cependant pas un fil simple; il est formé par la soudure de deux fils provenant des deux réservoirs intérieurs colla-
(i) La figure 889 représente le ver à soie parvenu à son cinquième âge.
(V) Le fil retiré d’un cocon n’a guère plus de G à 800 mètres ; mais cela tient à ce que ce fil devient d’autant plus fin qu’on approche plus du centre, et qu’il se rompt bien avant que le cocon soit entièrement dévidé.
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téraux, et qui se sont réunis avant d’arriver au seul et unique conduit aboutissant à la lèvre inférieure de l’animal.
Le ver à soie emploie trois à quatre jours pour filer son cocon ; presque aussitôt après, il éprouve des changements successifs qui déterminent la séparation de la peau et de ses annexes d’avec la chrysalide formée en dedans. Enfin la peau est rejetée tout entière à l’extrémité postérieure, et la chrysalide paraît à nu {fig. 892), d’une couleur presque blanche d’abord, devenant bientôt d’un rouge brun. A travers son enveloppe, on voit se dessiner la tête, les antennes, les ailes et les pattes du papillon. Enfin, au bout de 16 à 18 jours, le papillon, étant complètement formé, sort de la chrysalide et songe à percer le cocon. A cet effet, il en humecte une extrémité, avec une humeur particulière qu’il dégorge et qui a la propriété de ramollir ou de dissoudre la soie. Il heurte ensuite la tête contre le point ramolli, le perce et passe peu à peu à travers l’ouverture. On a remarqué que les papillons mâles sortaient en plus grand nombre dans les 2 ou 3 premiers jours, et les femelles en plus grand nombre dans les jours suivants, de telle sorte qu’il y a en totalité un peu plus de femelles que de mâles. La femelle est plus forte (fig. 893), et son ventre est surtout très-volumineux en raison des œufs qu’il renferme.
Fig. 893. — Papillon femelle. Fig. 894.— Papillon mâle.
Elle est lourde, peu empressée de quitter sa place et ne vole pas ; elle a les ailes blanches, les antennes peu développées et d’une couleur pâle. Le papillon mâle (fig. 894) est plus petit; son ventre est plus allongé et pointu ; ses ailes colorées par un dessin plus prononcé, ses antennes plus grandes et noirâtres. Il ne vole pas dans les pays où la température n’est pas assez élevée ; mais il est cependant très-vif et très-alerte. Il court en agitant ses ailes avec beaucoup de vivacité, surtout lorsqu’il sent une femelle. Il s’en approche avec ardeur, se place parallèlement à son côté, saisit avec les crochets dont son anus est armé l’extrémité du ventre de la femelle et s’y cramponne. Il se retourne alors et se place sur la même ligne, la tête diamétralement opposée à celle de la
lepidoptèhüs.
femelle. L'accouplement dure quelquefois 3 et 4 iours- mais
ordinairement il se termine dans la même iournée ' r , ’ T on l’ahrpop • , umc jouinee , d autres lois
I a femelle ne , d’ï , T'"' mâle à plu*ieurs accouplements.
cupe de sà nonfe Pu" daPrèS <|L‘’el'e eslséparée du s'occupe de sa ponte. Elle déposé ses œufs humides et envisoués
f0“"en7sC0S,le ‘rtlenaCe <|ui lus »»* corps solides qui renie maie elfe ni 6 6 P!>nd P'US de Cln<l cenls œ"fs- De même que
,„e fois’ arrivé XT? ;ucunennouri'Uure; leur seule fonction, ne lois ai rive» a 1 état de papillon, est d’assurer la reproduction
e leur espece Une fois ce grand but de la nature rempli ils dé-
penssent, se dessèchent et meurent tous en quelqueHours Les
œufs se conservent à l'air, naturellement ou artific ellement jusqu’au printemps suivant. eiiement,
Pour utiliser la soie des cocons, il faut empêcher l’insecte d’en sortir car, le trouuue fois fait, il devient impossible de les d vide Dans les magnaneries, on ne laisse donc vivre que fe nombre dé chrysalides nécessaires pour assurer la récolte des œufs (1) ()„ ne les autres en plaçant les cocons dans un four médiocrement
où ils ’soni renfe ™Ut da"S appareil " ommèétouffoir,
ou ils sont renfermés dans des caisses chauffées au moyen de lé
P ri: ÏÏÆ" COCOn eSl f0™é' l^vocs dil
par un seul fil d une longueur immense et d’une finesse extrême qn II faut dévider. Pour faciliter cette opération on est oblfeé dé tremper les cocons dans de Peau chaude, afin dé ramollir if ma Hère gluante qui colle entre eux les divers tours de re fi reunit plusieurs de ceux-ci en un seul Seau Jï'l TSe
de machines appropriées, est enroulé autour d’mi ’dévidofr et constitue un seul brin de snip T • ueviaoir,
nom d 'organsin se compose de trois ou quatrTde ces"^^^^8 ^ et tordus, et, dans la soie appelée trame , on fait entrer ordinaire* ment depuis huit jusqu’à vingt de ces fils dans le même brin foute la coque ne peut se dévider de la sm-m ivn a- • '
retire que 500 grammes de soie de 5 à 6 lu logrammes" de' cocon?
II reste ensuite des pellicules que l’on carde avant de les filer et qui donnent ainsi diverses matières, connues dans l’indl, ’ les noms de filoselle, de fantaisie, elc. ,nd",r,° S0US
On connaît deux espèces principales de soie : celle qui est ni u Tellement blanche et la jaune. Nous possédons celle-ci dennis
P f'e 2e"? Slècles : 0,1 la blanchit en la soumettant au déc.lusage, opération qui consiste à lui enlever de la cire une m,TiI
colorante et la substance glutincuse qu’elle contien’t; mais cette GuiDOL'BT, Drogues, 6e édition. T ,Y
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opération, si bien faite qu’elle soit, donne du blanc moins durable que celui delà soie blanche native^ eide plus altère beaucoup la force de la soie : aussi accorde-t-on la préférence à la soie blanche native dontles Chinois ont eu longtemps l’exclusive possession : ce qui lui a fait donner le nom de soie sina.
Il n’y a guère que quatre-vingts ans que le gouvernement français, frappé des avantages qui résulteraient de l’importation du ver à soie sina, en fit venir de la graine de Chine, et la distribua à différents propriétaires. Cette opération parut manquée, quand on apprit, en 1808, que l’espèce s’était conservée chez quelquesuns d’entre eux ; la culture en fut encouragée ; et aux différente* expositions des produits de l’industrie française, on a pu se convaincre que l’éducation de celte précieuse espèce était definilivement établie en France (1).
La soie, distillée dans une cornue, donne une huile ammoniacale très-fétide, qui fait la base des gouttes céphaliques d' Angleterre.