‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 2)Chapitre 93 sur 162 · LÉPIDOPTÈRES. — BOMBYX DU MURIER · texte numérisé non relu

LÉPIDOPTÈRES. — BOMBYX DU MURIER

par les phalènes de Linné, est aujourd’hui divisée en un grand nombre de genres, parmi lesquels nous citerons le genre saturnie, dont une belle espèce, nommée le grand paon de nuit (, Saturnin pa-

Fig. 890. — Papillon podalyre ( Papilio podalyrius).

vonina), est le plus grand des lépidoptères d’Europe ; nous y trouvons aussi le bombyx du mûrier , si connu sous le nom de ver à soie , et la pyrale de la vigne , qui produit de si grands dégâts dans les pays de vignobles. Nous nous bornerons à faire l’bistoire du bombyx du mûrier.

Ilomliyx du mûrier.

Bombyx mori, L., insecte lépidoptère delà famille des nocturnes, dont les ailes sont blanchâtres, avec deux ou trois raies obscures transversales, et une tache en croissant sur les ailes supérieures. Il est originaire des provinces septentrionales de la Chine (la Sérique des anciens), où la manière de l’élever et celle d’en utiliser la soie sont connues depuis très-longtemps (I). Deux moines grecs en apportèrent les œufs à Constantinople, sous le règne de Justinien : à l’époque des premières croisades, la culture s'en répandit en Sicile et en Italie ; mais ce ne fut guère que du temps de Henri IV que celte branche d’industrie acquit quelque importance dans nos provinces méridionales, dont elle forme aujourd’hui l’une des principales richesses.

(1) D’après les chroniques chinoises, la femme de l’empereur Ho ang-ti, nommée Si-ling-chi, chargée par ce prince de faire des essais pour utiliser le fil des vers à soie, trouva non-seulemem la façon d’élever ces insectes, mais encore la manière de dévider leur soie et de l’employer pour la fabrication des étoffes. Cette découverte se faisait il y a environ 4540 ans.

LES INSECTES

Les œufs du bombyx du mûrier sont désignés, par les agriculteurs, sous le nom de graine de vers à soie. Ils sont un peu ovales ou ellipsoïdes et lenticulaires; ils se déssèchent à l’air, s’aplatissent encore davantage, et peuvent se conserver pendant assez longtemps en bon état, pourvu que la dessiccation n’ait pas été trop forte et qu’on les préserve aussi de l’humidité. Leur poids est donc variable et n’est pas exactement le même pour les différentes races; cependant, en moyenne, il en faut environ 1350 pour peser un gramme, ou 44,000 pour faire une once métrique de 31gr,25. Ces œufs sont d’un jaune jonquille lorsqu’ils viennent d être pondus; dans l’espace de8 jours, ils deviennent bruns rougeâlres, puis d un gris cendré, couleur qu’ils conservent jusqu’au moment où commence le travail de l’incubation, qui alieu ordinairement du 15 avril au 15 mai, suivant la température moyenne du lieu où elle se fait.

Dans le midi de la France, on appelle les vers à soie magniaux, magnums ou magnans , d où est venu le nom de magnaneries donné aux établissements dans lesquels on les élève. Les diverses maladies des vers à soie, et particulièrement la pébrine ou gatline, qui sévit actuellement dans tous les pays séricicoles, ont été l’objet d’un grand nombre de travaux, parmi lesquels nous citerons particulièrement ceux de MM. Gornalia, Pasteur, de Quatrefages, Ghavannes (de Lausanne), Béchamp, etc. Je me bornerai à dire ici que les œufs, pour éclore, doivent être placés dans une étuve dont on élève progressivement la température de 15 à 27 ou 28 degrés, et où l’air est maintenu à un degré convenable d’humidité. Après huit ou dix jours de chaleur croissante, les œufs deviennent blanchâtres et bientôt après les larves commencent à en sortir. Elles ont environ deux millimètres delongueur, pèsent moinsque l’œuf qui leur a donné naissance et sont d’abord d’une couleur brune foncée et presque noire.

Le premier soin que réclament les petits vers à soie est celui d’être séparés de leurs cotjues. A cet effet, on les recouvre d’une feuille de papier criblée de trous, à travers lesquels les vers passent pour arriver à leur nourriture, qui consiste en feuilles de mûrier blanc, placées au-dessus. Ils vivent, â l’état de larve, environ 34 jours pendant lesquels ils augmentent rapidement de poids et de volume, et changent quatre fois de peau. A l’époque de chaque mue (1), ils s’engourdissent et cessent de manger; mais après

(I) Chaque mue constitue un nouvel âge pour le ver à soie. Le premier âge, depuis la naissance jusqu’à la première mue, dure ordinairement 5 jours; le second âge, de la première mue à la seconde, dure 4 jours; le troisième âge, 7 jours; le quatrième âge, 7 jours; le cinquième et dernier âge, 9 à 11 jours. Cette durée peut être abrégée ou retardée par des circonstances dépendantes de la température, de la nourriture et d’autres causes.

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