DICOTYLÉDONES C AL 1 CI FLO RES
Cetîe classe renferme les végétaux dicotylédonés dont la corolle et les étamines sont portées sur le calice, que ce calice soit libre on soudé avec l’ovaire ; elle pourrait être scindée naturellement en deux sousclasses, dont la première tiendrait aux corolliflores par ses corolles gamopétales et dont la seconde se lie aux thaiamiflores par ses fleurs polypétales. C’est dans la première sous-classe que se trouve l’immense groupe des plantes à fleurs composées ou synanthérées ; mais, avant d’y arriver, on rencontre une quinzaine de familles moins importantes, dont trois seulement devront nous arrêter : ce sont les Pyrolacées, les Éricacées et les Lobéliacées.
FAMILLE DES PYROLACÉES.
Ce petit groupe, démembré des Éricacées, nous offre deux plantes assez actives dont les caractères feront connaître ceux de la famille.
Pyrole à feuilles rondes, ver«lure-<l‘ hiver, Pyrolci rotundlf olia , L. Cette plante croît dans les bois, à l’ombre, en France, en Allemagne, dans le nord de l’Europe et de l’Amérique. Ses racines produisent plusieurs tiges hautes de 21 à 27 centimètres, munies à la base de feuilles arrondies longuement pétiolées, persistantes. Les tiges sont nues sur leur longueur, terminées par une grappe simple de fleurs dont le calice est très-petit, à 5 divisions aiguës et réfléchies; la corolle est formée de 5 pétales arrondis, blancs et ouverts ; les étamines sont en nombre double des pétales et non soudées avec eux ; les anthères sont biloculaires et s’ouvrent
DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
par deux pores au sommet; l’ovaire est libre, porté sur un disque hypogyne, à 5 loges, surmonté d’un style long, cylindrique, courbé en S, terminé par S stigmates pourvus d’un anneau à la base; le fruit est une capsule à 5 côtes arrondies, pourvue du calice réfléchi à sa base, et du style persistant au sommet; elle est à 5 loges, à 5 valves loculicides, et contient dans chaque loge un grand nombre de semences très-menues, renfermées dans un arille celluleux. Celle plante était autrefois très-employée en médecine comme vulnéraire et surtout comme astringente, dans les hémorrhagies, la leucorrhée, la diarrhée.
Pyrole ombelle, Pyrolaumbellatu Chimaphila unibcllata, Nutt.
Cette plante se trouve aussi en Europe; mais elle est beaucoup plus fréquente dans l’Amérique septentrionale, où on lui donne les noms de winter-green et de pippisewa, qui sont la traduction ou l’équivalent des noms français ver dure- d’hiver et lier be-à- pisser. Ses tiges sont rougeâtres, ramifiées, presque ligneuses, hautes de 8 à 11 centimètres, garnies de feuilles oblongues-lancéolées, atténuées en pointe intérieurement, dentéesen scie, régulièrement verticillées par 4 ou 6; les fleurs sont rougeâtres, portées en petit nombre à l’extrémité d’un pédoncule terminal, disposées en ombelle ou en corymbe et assez longuement pédicellées. Le style en est très-court et caché dans l’ombilic de l’ovaire. Les feuilles de winter-green sont astringentes, corroborantes et surtout très-diurétiques, étant prises en infusion. On les emploie contre l’hydropisie. Elles ont été bien représentées par Lamarck (1). q
•f* FAMILLE DES ÉRJCACÉES.
Famille très-nombreuse el très-nnturelle, quoique difficile à bien circonscrire en raison de la déhiscence variable des fruits, et de l’ovaire qui peut être libre ou adhérent au calice. Elle renferme des arbrisseaux ou sous-arbrisseaux à feuilles persistantes, souvent roides, entières ou dentées, articulées sur la tige, privées de stipules. Les fleurs sont complètes, régulières, pourvues d’un calice à 4, 5 ou 6 divisions, libre ou adhérent à l’ovaire. La corolle est insérée sur un disque soudé au calice, demi-supôre ou supôre, gamopétale ou presque polypétale, marcescente ou tombante ; les étamines suivent l’insertion de la corolle et sont en nombre égal ou double de ses divisions, à filets libres ou plus ou moins soudés ; les anthères sont sagittées ou bicornes, à 2 loges s’ouvrant par des pores terminaux ou par des sutures longitudinales, et quelquefois munies à leur base d un appendice dorsal, filiforme.
L ovaire est pluriloculaire, contenant un grand nombre d’ovules fixés sur une colonne centrale qui se continue en un style indivis, terminé
(l) Lamarck, Illustrations de genres de l'Encyclopédie, pl. CGCIAVII, fig. 2.
ERICACEES.
par un stigmate arrondi ou pelté, souvent entouré à la base d’un indusium annulaire. Le fruil est charnu dans les genres à ovaire infère, plus souvent capsulaire dans les autres. Les semences sont solitaires ou nombreuses dans chaque loge, pourvues d’un arille réticulé, d’un volume bien plus considérable que celui de la semence.
M. Endlicher a divisé celle famille en trois sous-familles ou tribus.
1. Éririnées. Anthères nautiques ou pourvues d’un appendice dorsal ; ovaire libre ; fruit capsulaire à déhiscence loculicide, rarement bacciforme ; feuilles très-souvent dures et piquantes, rarement planes ; bourgeons nus. Genres Blœria, Erica, Andromeda , Oxidendron, Clelhra, Gaultlieria , Arbutus, Arctostaphylos, etc.
2. Vacciniées . Corolle tombante, anthères toujours bipartites, trèssouvent appcndiculées ; ovaire infère, fruit bacciforme ou drupacé ; feuilles planes ; bourgeons couverts d’ccaillcs imbriquées, rarement nus. Genres Oxycoccos , Vaccinium, etc.
3. H hodode mirées. Corolle tombante, anthères nautiques ; ovaire libre ; fruit capsulaire à déhiscence seplicide ; feuilles planes, bourgeons squammeux, strobiliformes. Genres Azalea, Rhododendron, Lcdum, etc.
(/ Le genre le plus important de cette famille est le genre Erica (bruyère), composé de plus de 400 espèces dont le plus grand nombre, originaires de l’Afrique méridionale, sont de très-jolis arbrisseaux bien propres à faire l’ornement de nos serrreset denos ardins. Leur tige, très-rameuse, s’élève depuis 1 décimètre jusqu’à 1 ou 2 mètres ; leurs feuilles sont presques toujours verticillées, très-petites, linéaires, dures au toucher, à marges roulées en dessous ; leurs fleurs sont axillares ou terminales, pédicellées, presque toujours accompagnées de 3 bractées ; le calice est à 4 parties, la corolle est en cloche, ovale ou cylindrique, à 4 divisions et marcescente. Les anthères sont au nombre de 8, terminales, pourvues de deux soies dorsales, ou nautiques. Le fruit est une capsule à 4 loges, à 4 valves septifères, à graines petites et ordinairement très-nombreuses . Les bruyères sont générale, ment amères et astringentes, quelquefois résineuses et aromatiques, mais complètement inusitées aujourd’hui dans l’ait médical.
Les Andromèdes, très-voisines des bruyères, dontelles diffèrent par leurs Heurs pentamères, ont dû leur nom à ce que leurs jolies fleurs, exposées par la nature sur les plages désertes de la Laponie, ont été comparées par Linné à la belle fille de Cassiopé exposée nue sur un rocher; mais ce genre, après avoir contenu plus d’une centaine d’espèces, se trouve aujourd’hui presque réduit à Y Andromeda polifolia de Linné, que sa vertu narcotico-âcre rend très-pernicieuse aux moutons.
L ’ Andromeda mariana ) L. (Leucothoe mariana , DC.), de l’Amérique
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septentrionale, possède la même qualité délétère; Y Andromeda arborea , L. ( Oxidendrum arboreum , DC.), nommée vulgairement en Amérique sorrel-tree ou saur-tree , possède des feuilles acides et un peu austères, usitées en décoction comme antiphlogistiques.
Gaalthérie couchée.
Gaultheria procumbens , L., Lam. (1). Petit arbuste dont les tiges sontlongues de 16à22centimètres, lisseset couchées; les rameaux sont courts, nombreux, légèrement pubescents, garnis de feuilles presque sessiles, alternes, ovales-mucronées, dentées enscie, longues de27 millimètres, vertes, souvent teintes de pourpre àla base ; les fleurs sont rouges, pédonculées,axillaireset pendantes, souvent réunies par bouquets de 3 à 5 ; les calices sont pourprés à la base, à 3 divisions, entourés de 2 bractées; la corolle est ovale, à limbe réfléchi à 5 dents. Les anthères sont au nombre de 10, incluses, à filets velus, à anthères bifides au sommet, pourvues chacune de 4 soies. L’ovaire est libre, entouré à la base par 10 écailles, et surmonté d’un style filiforme et d’un stigmate obtus. Le fruit est une capsule globuleuse déprimée, à 5 sillons, embrassée par le calice accru et devenu bacciforme. La capsule s’ouvre en 5 valves septifères; les semences sont nombreuses, petites, à testa réticulé.
La gaulthérie couchée croît abandamment du Çanada à la Virginie, sur les montagnes boisées et sablonneuses. Elle y est nommée communément montain-tea, partridge-berry ou box-berry. Elle est douée d’une odeur très-agréable, surtout lorsqu’elle est desséchée, et est employée en infusion théiforme. On en retire par la distillation une huile volatile qui est connue en parfumerie sous le nom d 'essence de tvinter-green, bien que le nom de winter-green soit plus spécialement appliqué à la pyrole ombellée. Cette essence est plus pesante que l’eau et bout à 224 degrés. M. Cahours l’a trouvée formée de C16H806, ce qui est exactement la composition du salicylate d’éther méthylique, puisque Cl4H505 -f- C2H30 — C16H806, Alors, pour confirmer ce rapprochement, M. Cahours a préparé le salicylate d’étlier méthylique en distillant un mélange d’acide salicylique, d’esprit de bois (alcool méthylique) et d’acide sulfurique, et il a vu qu’en effet ce composé était identique avec l’essence de Gaultheria procumbens. Tous deux, traités par la potasse ou la soude caustique, se transforment instantanément en cristaux solubles dans l’eau et dans l’alcool, et qui regénèrent l’essence par l’addition d’un alcali; mais si on attend
(1) Lamarck, Illustrations , tabula CCCLXVII.
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BUSSEROLE.
vingt-quatre heures, la dissolution aqueuse, traitée par un acide, fournira, au lieu d’essence de Gaultheria , de l’acide salicylique (1).
Arbousier, Arbutus unedo, L. Petit arbre commun dans les bois arides de l’Europe méridionale et de l’Orient, muni de feuilles alternes, oblongues-lancéolées, dentées en scie, rigides, glabres, brillantes, d’un beau vert et persistantes. Les fleurs sont disposées en grappes paniculées; elles sont formées d’un calice trèspetit à 5 divisions, d’une corolle en grelot, à 5 dents obtuses et réfléchies, de 10 étamines incluses dont les anthères s’ouvrent par deux pores au sommet et sont munies de deux soies réfléchies. Ovaire posé sur un disque hypogyne à 5 loges polyspermes; 1 style, 1 stigmate obtus. Le fruit est une baie globuleuse terminée par le style persistant, divisée intérieurement en 5 loges polyspermes. Ce fruit est tout couvert de granulations d’une belle couleur rouge, ce qui lui donne l’apparence d’une fraise et a fait donner à l’arbousier le nom de fraisier en arbre. Ce fruit est assez fade et passe pour indigeste. Les feuilles sont très-astringentes et servént en Orient au tannage des peaux. M. Loze, pharmacien à Bordeaux, a retiré de la racine d’arbousier un extrait semblable û celui de rataniha. &
-i liusserole ou raisin-ti’ours. ,, , j , f>
Arbutus uva-ur si, L.; Arctostaphylosuva-ursi, Spreng. ( fig . 547). Ce petit arbrisseau croît dans les pays montagneux, surtout en Italie, en Espagne et dans le midi de la France; ses liges sont rondes, rougeâtres, couchées, longues de 25 à 35 centimètres. Scs feuilles sont alternes, coriaces, persistantes, obovées, trèsentières, brillantes, d’une saveur très-astringente; ses fleurs sont disposées en petites grappes inclinées, blanches, légèrement purpurines à l’ouverture. Ces fleurs présentent tous les caractères des arbousiers, à cela près que l’ovaire est entouré à la base de 3 écailles charnues. Le fruit est une baie globuleuse, unie, d’un beau rouge, de la grosseur d’un grain de groseille, terminée par le style persistant, divisée intérieurement en 5 loges monospermes. Ce fruit, dont le goût est âpre et un peu acide, est recherché par les oiseaux et par les animaux sauvages, ce qui a fait donner à la plante le nom de raisin- et ours ou d ’Uva-ursi. Le nom de busserole, qui veut dire petit-buis, lui vient de la ressemblance de ses feuilles avec celles du buis.
Les feuilles de busserole ont joui d’une certaine célébrité contre la gravelle et sont encore usitées aujourd’hui comme diu-
1) Cahours, Journ. de pharm. et chim ., t. 111, p. 3G1.
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rétiques. M. Harris, docteur américain, lésa préconisés comme agent obstétrical. Mais, ainsi que nous l’a fait remarquer anciennement M. Braconnot, on les remplace souvent dans le commerce par les feuilles de l’aireiieponctuée ( Vacciniurn vitù-uiœa,
Fig. 547. — Busserole.
Fig. 54 S. — Airelle ponctuée.
L.), petit arbrisseau de la tribu des Yacciniées (fig. 548), trèsabondant dans les Yosges. Yoici à quoi on peut les distinguer.
Les feuilles de busserole sècbes sont toujours d’un beau vert, épaisses, très-entières, obovées (1), sans nervures transversales saillantes, comme chagrinées sur les deux faces. En examinant la face inférieure à la loupe, on y distingue un réseau très-fin, rougeâtre, dû à la division extrême des nervures transversales. Cette face est encore verte et luisante, quoiqu’elle le soit moins que la supérieure. La saveur des feuilles d ’Uva-ursi sècbes est trèsastringente; leur odeur assez forte, désagréable et analogue à celle de bryone desséchée (2). En les triturant avec un peu d’eau
(1) C’est-à-dire ovales, mais plus larges vers la partie supérieure qu’à la base qui est terminée en pointe.
(2) Cette odeur est due à un principe volatil qui, lorsque les feuilles sont renfermées dans un bocal avec un papier, jouit de la propriété de colorer ce papier en une couleur bistrée. Le même phénomène a lieu avec un certain nombre de substances qui ne sont pas, à proprement parler, aromatiques, telles sont les feuilles de pyrole, les racines de dentelaire et de carline.
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