‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 3)Chapitre 2 sur 176 · AIRELLE MYRTILLE · texte numérisé non relu

AIRELLE MYRTILLE

dans un mortier de porcelaine, il en résulte une liqueur trouble jaunâtre, qui, fdtrée, forme sur-le-champ un beau précipité bleu par le sulfate de fer au médium ; la liqueur reste entièrement décolorée. Cet essai y indique la présence de beaucoup d’acide gallique et de tannin; aussi ces feuilles sont-elles employées dans divers pays pour tanner les peaux.

Les feuilles d’airelle sont d’un vert brunâtre, moins épaisses que celles d ’Uva-ursi , moins entières (c’est-à-dire quelquefois légèrement dentées), à bords toujours repliés en dessous. Leurs nervures transversales sont très-apparentes, et leur face inférieure qui, à part les nervures, est unie et blanchâtre, est de plus parsemée de points bruns très-remarquables, auxquels l’arbuste doit son nom d’airelle ponctuée. Ces feuilles, triturées avec de l’eau, donnent une liqueur qui, filtrée et essayée par le sulfate de fer, devient d’un beau vert, reste d’abord transparente, forme ensuite un précipité vert et conserve la même couleur.

On pourrait encore risquer quelquefois de confondre les feuilles d ’Uva-ursi, avec celles de buis, Buxus sempervirens, L. ; mais les feuilles de buis sont ovalcs-oblongues, le plus souvent échancrées au sommet, et non chagrinées; leur face intérieure est marquée d’une nervure longitudinale et de nervures transversales très-nombreuses, parallèles, non ramifiées et non saillantes, mais rendues très-apparentes par le duvet blanc très-court qui les recouvre. Ces feuilles, triturées avec de l’eau, donnent une liqueur dans laquelle le sulfate de fer ne forme qu’un précipité gris-verdâtre peu abondant.

[Kawalier a extrait des feuilles de YArbutus uva-ursi, une substance amère, soluble dans l’eau bouillante, moins soluble dans l’eau froide et dans l’alcool, presque insoluble dans l’éther, cristallisant en aiguilles incolores groupées en faisceaux. Celte substance appartient au groupe des glucosides et M. Strecker a obtenu son dédoublement en (jlucose et en hydroquinon (I).]

Airelle myrtille, Vaccinium rnyrtillus , L. Arbrisseau de 50 à 00 centimètres, croissant dans les bois, en France, en Allemagne, en Angleterre; il a les rameaux verts et anguleux, les feuilles ovées, dentées, très-glabres, assez semblables à celles du myrte, ce qui lui a valu son nom; elles ne sont pas persistantes ; les pédoncules sont uniflores et solitaires; les fleurs sont formées d’un calice adhérent à l’ovaire, dont le limbe est libre et à 5 dents peu marquées ou milles; la corolle est urcéolée ; les étamines

U) Voir Journal de pharmacie et de chimie, 3e série, XL, page 15G. Voir aussi, sw les principes immédiats contenus dans lu famille des Êricinées, un travail de M. Rochleder et ses élèves, résumé par l’auteur dans le Journal de pharm. et de chimie, 3e série, XXIII, p. 4 7G .

DICOTYLÉDONES CALIC1FLORES.

sont au nombre de 10, incluses, insérées comme la corolle sur le limbe du calice; les anthères sont bifides par haut et par bas, munies sur le dos de deux arêtes redressées; le fruit est une baie globuleuse couronnée par le limbe du calice, à 5 loges polyspermes. Ces baies sont d’un bleu noirâtre (blanches dans deux variétés), très-recherchées des coqs de bruyère. Elles sont acidulés, rafraîchissantes, et servent à faire un sirop et des confitures sèches. On les emploie aussi dans la teinture et pour colorer le vin.

L’airelle canneberge ( Vaccinium oxicoccus , L.; Oxicoccus palustrist Pers.) rampe dans les marécages sur la grande espèce de mousse nommée sphaigne ; ses feuilles sont persistantes, ovales, pointues, à bords roulés en dessous, blanchâtres à la face inférieure; ses baies sont rouges, ovoïdes, d’une saveur acide.

Les rosages, que l’on désigne plus ordinairement sous leur nom linnéen Rhododendron , sont des arbrisseaux ou des arbres dont quelques espèces ( Rh . ferrugineum, hirsutum , chamæcistus ) croissent sur les montagnes alpines de l’Europe; les autres appartiennent à l’Asie ou à l’Amérique septentrionale; presque toutes sont cultivées dans les jardins, à cause de la beauté de leurs fleurs. Ce sont des végétaux généralement dangereux et doués d’une vertu narcotico-âcre. Ou prépare en Piémont, avec les bourgeons du Rhododendron ferrugineum , vulgairement nommé laurier-rose «les Alpes, une huile par infusion (élæolé) connue sous le nom A' huile de marmotte , employée contre les douleurs articulaires. Les feuilles du Rhododendron chrysanthum de la Sibérie sont usitées comme astringentes et narcotiques; à dose trop élevée, elles causent des tremblements et des vertiges.

Le Ledum palustre, L., croissant dans le nord de l’Europe et de l’Asie, nommé vulgairement romarin sauvage, à cause de ses feuilles linéaires, à bords roulés en dessous, possède une odeur vireuse, un goût amer et astringent et une vertu narcotique, un peu émétique. On en obtient par la distillation une huile volatile plus légère que l’eau, pourvue d’une saveur aromatique brûlante, réaction acide due à des acides gras libres et un acide huileux odorant l 'acide lêdumique (1). Les feuilles du Ledum palustre de l’Amérique septentrionale, vulgairement nommées thé «lu Labrador, sont recommandées contre la toux. $

(I) Voir Frœhde, Journal prakt. chemie, t. LXXXII, p. 181. — Voir aussi Journal de ph. et de chimie , â* série, XLI, p. 251.

LOBÉLIACÉES.

-f FAMILLE DES LOBÉLIACÉES.

Les Lobéliacées faisaient auparavant partie des Campanulacées (I), dont elles diffèrent par leur corolle irrégulière, leurs anthères syngénèses et leur stigmate entouré d’un godet membraneux, entier ou cilié. Ce sont des plantes herbacées, ou sousfrutescentes, ordinairement pourvues d’un suc laiteux, très-âcre et fortement vénéneux ; à feuilles alternes, dépourvues de stipules; à fleurs complètes ou très-rarement dioïques par avortement, formées d’un calice soudé avec l’ovaire, et d’une corolle insérée sur le calice, gamopétale, à 5 lobes inégaux, souvent fendue profondément en dessus et comme bilabiée. Les étamines sont au nombre de 5, insérées sur le calice; les filets sont souvent séparés par le bas, mais toujours soudés par le haut en tube qui entoure le style ; les anthères sont introrses, biloculaires, réunies de même en un tube qui entoure le style. L’ovaire est infère ou demi-supère, couronné par une disque glanduleux, d’où s’élève un style terminé par 2 stigmates entourés par un anneau cilié. Le fruit peut être charnu et indéhiscent, ou capsulaire à 2 ou 3 loges polyspermes et à déhiscence loculicide.

Les lobélies, qui ont donné leur nom à cette famille, forment un genre très-nombreux dont quelques espèces seulement sont indigènes à l’Europe. Le plus grand nombre des autres vient de l’Amérique septentrionale, ensuite de la Nouvelle-Hollande, de l’Afrique et de l’Asie. Plusieurs d’entre elles ont mérité, par la beauté de leurs (leurs, disposées en une grappe ou épi terminal, d’être cultivées pour l’ornement des jardins. Telles sont principalement :

/ La lobélie «lu Chili, Lobelia tupa, L., dont les fleurs, longues de 40 à 33 millimètres, sont d’un rouge vif. Toutes les parties delà plante sont fortement vénéneuses, et l’odeur seule des (leurs paraît très-dangereuse.

La lobélie à longues fleurs , Lobelia longiflora , L. Les (leurs sont blanches, longues de 8 à I I centimètres, solitaires dans l’aisselle des feuilles; originaire de la Jamaïque et des Antilles.

La lobélie car«iinaie, Lobelia cardinalis, L. Originaire de la Virginie et de la Caroline; cultivée depuis très-longtemps en Europe

(1) Je ne dirai rien delà famille des Campannlacées, malgré l’importance numérique de son principal genre (Campanula)eX le nombre assez considérable d’espèces qui sont cultivées dans les jardins; mais leurs propriétés médicales sont à peu près nulles, et l’on ne peut guère citer pour leur utilité que les Campanula rapuneufus, rapunculoïdes, edulis, adenop/iora lilifolia, phyteuma, spicatum, dont les racines, connues sous le nom de raiponces, forment une nourriture dure et peu sapide.

DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

dans les jardins, où elle peut passer l’hiver en pleine terre. Ses (leurs sont grandes et d’an rouge pourpre éclatant. b La lobélie de Surinam, Lobelia surinamensis, L. ; arbrisseau de la Guyane, de 2 à 3 mètres de hauteur, d’une végétation vigoureuse et d’un très-bel effet lorsqu’il est pourvu de ses grandes fleurs rouges. On le cultive en serre chaude.

Une espèce de lobélie, très-usitée dans la médecine des États- Unis, est le Lobelia inflata , L., plante annuelle dont la lige est rameuse à la partie supérieure, garnie de feuilles irrégulièrement dentées, un peu velues; les fleurs sont petites, courtement pédicellées, disposées en grappes spiciformes augmentées de petits rameaux à la base; le tube du calice est glabre et ovoïde, à lobes linéaires-acuminés égalant la longueur de la corolle qui est d’un bleu pâle ; la capsule est ovoïde et renflée . Cette plante est récoltée, tige, feuilles et fleurs mêlées, par les quakers du New-Lebanon, et mise sous forme de carrés longs, fortement comprimés et du poids d’une demi-livre ou d’une livre. Elle est d’un vert jaunâtre, d’une odeur un peu nauséeuse et irritante, et d’un goût âcre et brûlant semblable à celui du tabac. Elle paraît contenir un principe âcre analogue à la nicotine, un acide particulier, de la résine, du caoutchouc, de la chlorophylle, de la gomme, etc.

On emploie également en Amérique, comme antisyphilitique, la racine du Lobelia syphilitica . Cette plante est cultivée depuis assez longtemps en France, où elle est connue sous le nom de cardinale bleue , à cause de la couleur bleue de ses fleurs. Elle s’élève à la hauteur de 30 à 65 centimètres. Sa tige est simple, munie de feuilles ovées, pointues des deux côtés, irrégulièrement dentées ; les fleurs sont portées sur des péd icelies axillaires, plus courts de moitié que les feuilles, à calice velu, dont les lobes lancéolés acuminés sont auriculés à la base et à bords réfléchis.

La racine de lobélie, telle que le commerce me l’a présentée, mais sans que je puisse assurer si elle était véritablement produite par le Lobelia syphilitica (1), est grosse comme le petit doigt, d’un gris cendré au dehors, et marquée de stries superficielles, circulaires et longitudinales, disposées régulièrement de manière à donner à l’épiderme une certaine ressemblanceavec la peau d’un lézard. Sa cassure transversale est jaune, comme feuilletée, et offre beaucoup decellules rayonnantes ; sa saveur est légèrement sucrée; son odeur, un peu aromatique, se rapproche de celle des aristoloches. Cette racine a été analysée par M. Boissel (2) .

(1) On m a dit que cette racine venait des Alpes, ce qui pourrait faire supposer qu elle serait produite par le Lobelia laurentia , L. ( Luurentiu Michel xi, DC,).

(2) Boissel, Journ. de pharm., t. X, p. G23.

SYNANTHEREES.

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