‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 3)Chapitre 104 sur 176 · I. Cacliou eu houles, terne et rougeâtre. Ce CacllOU est en · texte numérisé non relu

I. Cacliou eu houles, terne et rougeâtre. Ce CacllOU est en

masses du poids de 90 à 125 grammes, qui ont dû être arrondies d’abord, mais qui ont pris une forme plus ou moins anguleuse et irrégulière pendant leur dessiccation, ou par leur tassement réciproque. Il est d’un brun rougeâtre à l’extérieur et offre souvent des glumes de riz, reconnaissables à leur épaisseur et à leur face extérieure, marquée d’un réseau à mailles carrées. Ces glumes ont dû servir à empêcher l’adhérence des pains avec le plan qui les supportait pendant leur dessiccation; mais, en outre, ce cachou présente souvent à sa surface, et quelquefois à l’intérieur, deux autres enveloppes de graminée. L’une, qui est assez rare, est brunâtre, luisante, et cependant finement rayée longitudinalement. Elle doit appartenir au tégument propre du fruit de Veleusine corcicana. L’autre, qui est bien plus abondante, rouge, trèspolie et brillante, peut se rapporter à l’enveloppe extérieure du même fruit. A l’intérieur, le cachou en boules offre généralement deux couleurs et deux consistances : près de la surface il est dur, d’un brun foncé, lin peu brillant dans sa cassure; au centre, il est d’un gris rougeâtre, friable et d’une apparence terreuse; et comme la séparation des deux couches n’est ni complète ni régulière, il en résulte que la fracture des pains est souvent veinée et marbrée de gris terne et de brun rougeâtre. La substance terreuse étant délayée dans l’eau et examinée au microscope, paraît entièrement formée d’aiguilles ou de prismes très-aigus, et la partie brune et compacte en offre elle-même une grande quantité. Ce cachou est friable sous la dent, se fond entièrement dans

(1) Guibourt, Sur les sucs astringents nommés cachous, gambirs et kinos ( Journal de pharmacie et de chimie, t. XI et XII, 1 84 7) .

LÉGUMINEUSES. — CACHOUS.

la bouche, et y produit une saveur très-astringente et un peu amère, suivie d’un goût sucré fort agréable. La poudre a la couleur de celle du quinquina gris.

Le cachou en boules, traité par l’alcool à 90 degrés, fournit les trois quarts de son poids d’extrait. Le résidu, épuisé d’abord par l’eau froide, puis traité par l’eau bouillante, ne cède «à cette dernière qu’une minime quantité d’amidon colorable par l’iode.

' Le même cachou, traité d’abord par l’eau froide, forme une liqueur trouble comme une décoction de quinquina. La liqueur filtrée est peu colorée. Après plusieurs traitements successifs, les liqueurs évaporées ont fourni 33 parties d’extrait pour 100. Le résidu non dissous, traité par l’alcool, a fourni 33 parties d’un nouvel extrait d’un beau rouge, et 7 parties de résidu paraissant formé principalement de glumes de graminées. La nature de ce résidu explique suffisamment la petite quantité d’amidon trouvée plus haut, et l’on peut dire que le cachou en boules n’en contient pas dans sa propre substance, qui est principalement formée d’acide cachulique cristallisé, et qui est entièrement soluble dans l’eau et dans l’alcool, employés l’un après l’autre.

Le cachou en boules était bien plus commun autrefois qu’aujourd’hui. C’est, sans aucun doute, la seconde sorte que Lernery dit être plus poreuse, moins pesante et plus pâle que la première. C’est le cachou en boules d’Antoine de Jussieu, et le coury de Ilevne. C’est lui qui était employé dans les bonnes pharmacies de Paris de 1803 à 1813, et c’est le seul qui fut reçu à cette époque pour le service delà pharmacie centrale des hôpitaux civils de Paris. Mais, à partir de 1816, il a disparu peu à peu, et, depuis longtemps déjà, il est impossible de s’en procurer. Quant à l’arbre qui le produit, il me paraît indubitable que la semence de YAreca catechu est employée à sa fabrication, soit seule, soit avec addition d’écorce d’acacia. Je dois dire cependant que je n’ai jamais trouvé dans ce cachou, comme dans les deux sortes suivantes, de débris de bois d’acacia. Une fois j’y ai trouvé un fragment de myrobalan citrin, fruit astringent qui pourrait très-bien servir à la fabrication du cachou; mais comme ce fait ne s’est pas représenté, je suis porté à le croire accidentel. En résumé, je crois que le cachou en boules terne et rouyeàtre , ou coury de Heyne, est tiré des semences de YAreca catechu.

2. Cachou brun noirâtre orbiculaire et plat, île Cejlan. Je ne connais ce cachou que par un fragment qui m’a été envoyé par M. Christison, professeur à Edimbourg. Il est connu *en Angleterre sous le nom de cachou de Colombo ou de Ceylan. Il paraît être en pains ronds et plats de 3 ou G centimètres de diamètre, sur 15 à 18 millimètres d’épaisseur. Il est couvert, sur ses deux

DICOTYLEDONES CAL1CIFL0RES.

faces, de glumes de riz, sans mélange de nachani. Il a une cassure nette, brillante et d’un brun noirâtre. Il est translucide dans ses lames minces, et homogène dans sa masse. Il se broie facilement sous la dent, et offre une bonne saveur de cachou. Délayé dans l’eau et examiné au microscope, il paraît tout formé d’aiguilles agglutinées par une matière gommeuse, dont quelques parties seulement se colorent en bleu par l’iode. Enfin M. Christison en a retiré par l’éther 57 pour 100 d’acide eachutique, ce qui justifie l’épithète d 'excellente qualité que lui donne Pereira.

3. Cachou brun noirâtre amylacé. On trouve dans le commerce français deux variétés de ce cachou. La première (A), que j’y ai toujours vue, a été décrite dans ma troisième édition sous le nom de cachou brun noirâtre orbiculaire et plat. Je la désigne aujourd’hui sous le nom de cachou brun et plat amylacé. Il est en pains ronds et très-plats, de 5 ou 6 centimètres de diamètre et du poids de 30 à 60 grammes. Une des deux faces surtout présente une grande quantité de glumes de riz et de nachani. L’intérieur est brun, compacte, dur et pesant, mais à cassure très-inégale et médiocrement brillante. Délayé dans l'eau et vu au microscope, on y découvre encore des aiguilles d’acide eachutique, mais en petit nombre. La presque totalité de la matière est sous forme de masses gélatineuses, dont une grande partie se colore en bleu foncé par l’iode. Ce cachou donne par l’eau un extrait gélatineux, évidemment amylacé. Épuisé par de l’alcool à 56 degrés centésimaux, il laisse 52 pour 100 d’un résidu, partie blanc, partie rouge, dont la décoction aqueuse filtrée bleuit très-fortement par l’iode. On y trouve quelquefois de petits copeaux de bois d’acacia.

B. Cacliou brun noirâtre amylacé, intermédiaire (1). J’ai VU pour la première fois ce cachou à Paris, vers l’année 1836. Il est de la même nature que le précédent, et n’en diffère que par sa forme qui le rapproche un peu du cachou en boules n° 1 .

Il est en masses dont le poids varie de 30 à 120 grammes. Quelques-unes sont plates ; mais la plupart sont épaisses et arrondies, ou plutôt sont un peu cylindriques, les pains offrant souvent une surface supérieure aplatie comme l’inférieure. La face supérieure est généralement propre et privée de balles de riz ou d’autres corps étrangers. Mais la face inférieure en est fortement couverte, et offre souvent, en outre, des éclats de bois d’acacia et des fragments de brique rouge. Ce cachou est, du reste dur, compacte, pesant, et présente une cassure presque noire, inégale et peu brillante.

Cent parties de ce cachou, épuisées par l’alcool rectifié, ont

(1) Dark catechu in balls, coverecl with paddij husks. (Pereira.)

LEGUMINEUSES. — CACIIOUS.

produit o0,8 d’extrait sec et 46 de résidu fortement amylacé. Ce résidu a fourni par la calcination 2,9 d’une cendre rougeâtre principalement formée de sulfate de chaux, d’alumine et d’oxyde de fer. Les sels solubles ont dû se trouver dans l’extrait alcoolique.

Analyse du cachou brun noirâtre amylacé intermédiaire. — Cent grammes de ce cachou pulvérisé ont été traités par de l’éther sulfurique dans un entonnoir à déplacement. La liqueur filtrée et verdâlre n’offre pas de séparation de couches; évaporée, elle a fourni 11,70 d’un produit sec, jaune verdâtre, dur et grenu.

Ce produit, traité par l’eau, augmente de volume en s’hydratant et forme une masse solide. J’ai étendu d’une plus grande quantité d’eau, passé à travers un linge et exprimé (I). La liqueur filtrée précipite le sulfate de fer en vert noirâtre, et la gélatine en blanc jaunâtre caséeux ; évaporée, elle a fourni 2,25 d’un extrait sec, rouge, Iransparent, et d’une forte saveur astringente. La matière blanche exprimée, ayant été traitée par 75 grammes d’eau portée à l’ébullition, s’est dissoute incomplètement. La liqueur filtrée, étant renfermée dans une fiole bouchée, a fourni en quelques jours un abondant précipité d’une matière grenue et opaque, que l’on doit considérer comme l’acide cachutique pur, mais hydraté.

La portion de la matière blanche exprimée, qui ne s’était pas dissoute dans l’eau bouillante, est une substance grasse et cireuse, de couleur verte, qui tache le papier comme un corps gras.

Lorsqu’on veut purifier l’acide cachutique en l’altérant le moins possible, il faut prendre une fiole qui contienne environ sept fois autant d’eau que l’on a d’aride. On verse cette eau dans un petit matras avec l’acide, on fait bouillir un instant et l’on filtre au-dessus de la fiole, qui se trouve ainsi parfaitement remplie. On bouche la fiole et on laisse refroidir; après plusieurs jours, on jette le tout sur un linge, on exprime et on fait sécher.

L’acide cachutique se dissout avec une grande facilité dans l’ammoniaque. Le dissoluté, qui est d’abord d'un jaune pur, prend bientôt la couleur d’une forte teinture de safran, c’est-à-dire rouge en masse et jaune sur les bords. A cette époque, elle teint encore en jaune, mais ce jaune passe au nankin rougeâtre par le contact de l’air.

En évaporant le soluté ammoniacal à siccité, le résidu .est en partie rouge et en partie noir, non entièrement soluble dans l’eau et dans l’alcool, mais très-soluble dans l’ammoniaque. La liqueur est d’un rouge très-foncé. Après deux nouvelles solutions et deux évaporations à siccité, la matière est devenue noire en masse, mais toujours rouge orangé dans ses lames minces. Elle est alors complètement insoluble dans l’eau et dans l’alcool, toujours très-soluble dans l’ammoniaque.

La potasse caustique en dégage de l’ammoniaque, ce qui montre que cette matière insoluble est composée d’alcali volatil et de l’un des

(Il Le linge qui a servi à l’expression s’est teint en un beau jaune qui paraît résulter de la combinaison directe du tissu avec l’acide cachutique très-faiblement oxygéné.

DICOTYLEDONES CALICIFLORES.

acides formés par l’oxygénation de l’acide cacliulique, peut-être de tous les deux.

Les 100 grammes de cachou, qui avaient été épuisés par l’éther, ont été traités par l’alcool rectifié. L’épuisement a été difficile, l’extrait alcoolique sec pesait 31 grammes et donnait avec l’eau un soluté trouble. La liqueur filtrée forme avec la gélatine un précipité couleur de chair, et avec le sulfate de fer au médium un précipité vert noir. Ce précipité, étendu d’eau distillée, forme une liqueur verte transparente; étendue d’eau ordinaire, elle prend la couleur bleu-noire du fer et ne devient pas transparente.

Le cachou épuisé par l’alcool a été traité par l’eau, toujours par déplacement; mais l’écoulement du liquide devenant bientôt impossible, on a étendu de beaucoup d’eau, décanté la liqueur trouble et filtré à travers un papier poreux. Le liquide évaporé a fourni 12, S d’un extrait sec de nature gommeuse et amylacée.

Le cachou, après avoir été traité deux fois par l’eau froide, a été étendu de 1 kilogramme d’eau et soumis à l’ébullition. La liqueur forme une couenne à sa surface, comme le ferait de l’amidon. Il est impossible de la passer autrement qu’à travers une toile claire et en l’exprimant; mais alors presque tout passe au travers. La liqueur évaporée a fourni 31,7 grammes d’un produit sec de nature amylacée.

Voici les résultats de l’analyse :

(obtenus par l’éther.

Acide cachutique. ....

Matière grasse (

Extrait alcoolique rouge et astringent

Produit gommeux, par l’eau froide

Produit amylacé

Perte sur les deux derniers produits principalement.

Origine des trois cachous précédents. Il me paraît certain que ces trois cachous répondent également au kassu de Heyne ; mais il faut établir une grande différence, par rapport à la qualité, entre le premier et les deux autres. Le cachou de Colombo est un produit pur et bien préparé, et qui est tiré exclusivement de VAreca catechu, puisque V Acacia catechu ne croît pas à Ceylan. Mais il est évident que ces deux arbres concourent à la fabrication du cachou brun noirâtre amylacé : car, d’une part, la matière grasse que l’on y trouve me paraît une preuve de l’emploi de la noix d’arec ; et, de l’autre, la présence fréquente d’un bois brun et dur indique l’usage de Y Acacia catechu. Alors, résumant et comparant tous les documents acquis, voici, suivant ce que je pense, quelle est l’origine du cachou brun noirâtre amylacé.

Ainsi que l’indique Herbert de Jager, dans toutes les provinces occidentales de l’Inde on fabrique une grande quantité de cachou avec la noix d’arec. On en fait probablement plusieurs décoctions, et lesliqueurs réunies, étant refroidies et reposées, donnent, lieuà

LEGUMINEUSES. — CACHOUS.

un abondant dépôt d’acide cachutique, qui sert à fabriquer le coury ou cachou en boules terne et rougeutre ; car il est certain que celui-ci provient des mômes contrées que le cachou brun amylacé. Mais, le dépôt étant séparé, il n’est nullement probable qu’on jette comme inutile la liqueur surnageante. On peut presque affirmer, au contraire, qu’on cherche à l’utiliser; et c’est alors sans doute qu’on y fait bouillir du bois d’acacia et qu’on y ajoute, sur la tin, une matière amylacée, afin de donner à l’extrait une consistance qui le rende moins coulant et plus facile à sécher. Je ferai remarquer que l’analyse des cendres de ces deux sortes de cachou s’accorde bien avec le mode de préparation que je leur attribue. Le coury, étant fabriqué avec un dépôt qui ne renferme qu’une petite partie du liquide dans lequel il s’est formé, doit contenir très-peu de sels solubles; tandis que le kassu, qui provient de la concentration des liqueurs surnageantes, contient non-seulement les sels solubles du végétal, mais encore ceux de l’eau; aussi ces cendres contiennent-elles beaucoup de chlorure, de sulfate et de carbonate alcalins.

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