SUCS ASTRINGENTS DU COMMERCE
Je placerai ici l’histoire des sucs astringents du commerce; d’abord parce que le plus grand nombre d'entre eux appartient à la famille des Légumineuses, ensuite parce que les autres ont avec les premiers des rapports de composition et d’emploi trop évidents pour qu’on puisse traiter des uns sans parler immédiatement des autres.
Suc d’acacia d’Égypte.
Le vrai suc d’acacia est extrait des fruits de Y Acacia nilotica (pag. 390, fig. 683), cueillis avant leur maturité. On les pile dans un mortier de pierre, et on en exprime le suc, que l’on fait ensuite épaissir au soleil. Lorsque ce suc a acquis une consistance convenable, on en forme des boules du poids de 123 à 230 grammes,
(1) Virey, Journ. de pharmacie, t. XII, p. 296.
et on l’enferme dans des morceaux de vessie, où il achève de se dessécher.
Le suc d’acacia, suivant les caractères que lui donnent les auteurs, et qui sont exacts, caron les retrouve dans un échantillon qui a été rapporté d’Égypte par Boudel oncle, le suc d’acacia, dis-je, est solide, d’une couleur brune tirant sur celle du foie, d’une saveur acide, styptique, un peu douceâtre et mucilagineuse. J’y ajoute ceux-ci : traité par l’eau froide, il s’y dissout assez promptement, mais donne une dissolution imparfaite, trouble, ayant la couleur et l’apparence d’une décoction de quinquina gris. La liqueur filtrée est rouge, rougit très-fortement le tournesol, forme un précipité bleu-noir très-abondant parle sulfate de fer, forme avec la gélatine un précipité tenace, et élastique, précipite fortement l’émétique et l'oxalate d’ammoniaque, précipite également par l’alcool et les carbonates alcalins. La portion du suc d’acacia insoluble dans l’eau se dissout dans l’alcool, auquel elle communique une couleur très-foncée, une saveur très-astringente, non amère, et la propriété de précipiter en bleu foncé le sulfate de fer. Ces essais indiquent dans le suc d’acacia un acide libre d’une forte acidité, une espèce de tannin analogue à celui de la noix de galle, et un sel calcaire très-abondant.
Le vrai suc d’acacia est très-rare dans le commerce, ou, pour mieux dire, depuis fort longtemps il ne s’y trouve plus. On donne à sa place une autre matière nommée Acacia nostras, extraite en Allemagne des fruits non mûrs du prunier sauvage ( Prunus spinosa, L.). On exprime le suc de ces fruits, et on lui donne la forme du vrai suc d’acacia. Suivant Lewis, il est plus dur, plus pesant, plus brun, plus âcre que ce dernier, presque également soluble dans l’eau et dans l’alcool. Voici les caractères de celui que je possède; il est entièrement sec et dur, d’un brun rouge, d’une saveur de pruneaux. Il est peu soluble dans l’eau, et laisse, après avoir été traité par ce liquide bouillant, une matière abondante qui a l’apparence de l’albumine coagulée ; il est insoluble dans l’alcool. Cette substance doit êlre, avec d’autant plus de raison, rejetée par les pharmaciens, qu’il leur est très-facile de préparer aujourd’hui le véritable suc d’acacia avec les fruits de bablah, que l’on trouve abondamment dans le commerce. ©
- Cachou.
Le cachou est une substance astringente dont l’emploi est trèsancien chez les peuples qui habitent les contrées méridionales et orientales de l’Asie, et qui leur sert principalement à composer un masticatoire dont l’usage est aussi général que celui du tabac
LEGUMINEUSES. — CACHOUS.
dans d’autres parties du globe. Ce masticatoire, formé de cachou, de noix d’arec et d’un peu de chaux, le tout enveloppé d’une feuille de bétel, rougit fortement la salive et colore les dents d’une manière désagréable ; mais il paraît être utile dans ces cli- I mats, pour remédier au relâchement des gencives et à la débilité des organes digestifs. Le cachou est aussi très-utile dans l’Inde comme médicament et pour la teinture.
Beaucoup d’auteurs ont admis, après Gardas ab Ilorto, que le cachou avait été connu des anciens Grecs, et que c’est le Lrjcium de l'Inde de Dioscoride. Malgré l’avis contraire du savant M. Royle (I), il m’est difficile de ne pas partager l’avis de Gardas; mais, quel que soit le parti que l’on prenne dans cette discussion, il convient de reconnaître que le cachou n’a été connu dans l’Europe moderne que vers le milieu du xvne siècle, et qu’il a été mentionné d’abord par Schrader, dans un appendice à sa pharmacopée, sous le nom de Terra japonica ou de Catechu. Pendant longtemps il n’a été employé que pour la médecine, et la consommation en était assez bornée; mais en 1829 on a commencé de l’appliquer en France à la teinture des étoffes, et dès lors l’importance s’en est accrue d’une manière tellement extraordinaire que d’une importation moyenne de 282 kilogrammes, pendan les années 1827 à 1831, elle s’est élevée, en 1898, à 348,783 kilogrammes; cependant elle a baissé depuis, mais elle était encore, en 1843, de 223,342 kilogrammes.
Suivant Murray (2), le nom catechu , qui a passé presque sans altération dans plusieurs langues européennes, est tiré de cate \ nom de l’arbre, et de chu qui signifie suc dans la langue du pays.
J’ignore de quelle langue Murray a voulu parler, mais je n’ai ■ trouvé ces mots dans aucun des idiomes de l’Inde. Garcias i nomme l’arbre au cachou hacchic , et c’est le cachou lui-même i qu’il appelle cate (3). Garcias décrit d’ailleurs très-imparfaitement l’arbre au cachou, bien qu’il soit très-probable qu’il ait m voulu parler d’un acacia. D’après lui, c’est un arbre hérissé d’é- ; pines, de la grandeur d’un frêne, à feuilles très-petites et persistantes, à bois dur, compacte et incorruptible. Pour en extraire le cachou, on pile les rameaux de l’arbre et on les fait bouillir dans l’eau. On y ajoute quelquefois de la raclure d’un certain bois noir croissant au môme lieu et de la farine de nachani , qui est une semence noire et menue de la saveur du seigle et propre à faire du pain (4). Le produit de la décoction, concentré, sert à
(1) Royle, Annales des sciences naturelles, 183 J; Botanique, t. II, p. 183.
(2) Murray, Apparatus medic., t. II, p. 540.
(3) Garcias, Arom., cap. x.
(4) J’ai trouvé que le nacliani est V Eleusine cjrac ma, tic la famille des Graminées.
Guiuourt, Drosues, 6^ édition. I • HL -1,
DICOTYLEDONES CALICIFLORES.
faire des pastilles ou des tablettes qui constituent le cachou.
Sans répéter ici tout ce qui a été écrit sur la nature, l’origine et la préparation du cachou, et sur l’espèce d’arbre qui le produit, je me bornerai à dire qu’après beaucoup de discussions, les opinions parurent fixées par Antoine de Jussieu (1), qui, se fondant principalement sur des renseignements fournis par un chirurgien français résidant à Pondichéry, soutint l’opinion que tout le cachou, quelle qu’en soit la forme, en boules , en manière dJ ccorce d'arbre, ou en masses aplaties, était extrait par infusion dans l’eau des noix d’arec coupées par tranches. Mais cette opinion a été renversée lorsque Kcrr, chirurgien anglais, eut fait publier (2) une description exacte de Y Acacia catechu et de la manière d’en extraire le cachou: à partir de ce moment, et surtout à mesure qu’on oubliait davantage ce qui avait été écrit antérieurement, Kerr fut regardé comme l’auteur de la découverte de la véritable origine du cachou. Quant à moi, il ne me paraît pas plus exact de dire que le cachou soit exclusivement tiré de V Acacia catechu que de VAreca. Car si la première extraction est pratiquée dans les provinces septentrionales de l’Inde, la seconde est incontestablement usitée dans les contrées du midi. Enfin, autant pour donner une idée plus exacte de cette question que pour rendre à chacun la justice qui lui est due, je traduirai ici par extrait un mémoire d’Herbert de Jager, bien antérieur à ceux de Kerr et d’Antoine
On entend, dans les Indes, sous le nom de khaath (que les nôtres i nomment catsjoe et Gardas cale), tout suc astrigent retiré par décoction de fruits, racines ou écorces, et épaissi, lequel, étant mâché avec du bétel et de l’arec, colore la salive en rouge.
« Ce suc desséché ne provient pas d’un seul arbre ; mais on le retire de presque toutes les espèces d’acacia qui sont pourvues d’une écorce astringente et rougeâtre et de beaucoup d’autres plantes; et tous portent le nom de khaath , quoiqu’ils diffèrent, en vertu et en bonté. Il y a cependant un arbre qui produit le meilleur et le plus estimé. On nomme cet arbre kheir en langage hindou et de Decan, et khadira dans la langue sanscrite. Les forts rameaux sont pourvus d’une écorce cendrée, tandis que les pétioles des feuilles ailées sont couverts d’un épiderme rougeâtre, et sortent extérieurement du rameau entre deux épines opposées entre elles et recourbées. Les feuilles sont semblables à celles de l’acacia, quoique plus petites, ce qui me le fait ranger parmi les acacias. Suivant ce qui nia été rapporté, c’est de cet arbre, soit seul, soit mêlé à d’autres, que l’on confectionne au Pégu le khaath, qui est tellement célèbre qu’on le distribue par toutes les Indes. Mais il y a encore un autre
de Jussieu
(1) Antoine de Jussieu, Mémoires de l'Académie des sciences, 1720, p. 340.
(2) Kerr, Medical observations and inquiries , t. V, p. 151.
(3) Herbert de Jager, Miscellanea curiosa, 1624, p. 7.
LÉGUMINEUSES. — CACHOUS.
arbre épineux du genre de l’acacia, et à feuilles très-petites, qui est nommé en langage tellingoo driemmi et en sanscrit siami, duquel, suivant ce que j’ai entendu dire, le cachou est également retiré par l’intermède du feu. Cet arbre est tout hérissé d’épines courtes et élargies à la base. L’écorce des forts rameaux est raboteuse et d’une couleur jaune rougeâtre foncée ; les rameaux sont assez disposés sans ordre et entremêlés ; deux ou trois rejetons sortent d’une même branche et portent de petites folioles oblongues arrondies, d’un vert blanchâtre ; de çà et de là sortent, d’entre les feuilles et vers l’extrémité des rameaux, de petits fruits un peu arrondis ; à peine oserai-je dire lequel de ces deux arbres a été indiqué par Gardas (1).
« Enfin, autour des monts Gâte qui, commençant au cap Comorin, enferment tout le Malabar, le Canara, le Caucan et encore d’autres contrées plus septentrionales, on fabrique une grande quantité de cachou par un autre procédé qui m’a été communiqué par un gymnosophiste qui avait parcouru toutes ces provinces. Suivant cet homme, la noix d’arec, étant encore verte, est coupée par morceaux et mise à bouillir dans l’eau, avec un peu de chaux, pendant trois ou quatres heures, au bout desquelles il se dépose une matière épaisse et féculente comme une bouillie, laquelle seule peut servir à fabriquer le kliaath ; mais, afin de rendre le produit meilleur, on y ajoute de l’écorce de tsjaanra ou acacia précédemment décrit, et de celle de Y épine noire d'Égypte, toutes deux récentes et macérées pendant trois jours dans de l’eau, laquelle est ensuite versée sur le dépôt précédent et bouillie pendant une heure. La matière épaissie est exposée au soleil, sur des nattes, jusqu’à ce qu’elle devienne presque dure. Alors on la réduit en petites masses qui sont transportées partout sous le nom de kliaath. Mais ce produit n’est pas toujours pur, et la plupart du temps on y ajoute de l’argile ou du .sable pour en augmenter la masse. »
Yoici la description donnée par Kerr pour l’extraction du cachou de Y Acacia catechu (2).
« Le cachou est préparé avec la partie interne du bois qui est d’un brun pâle, ou d’un rouge foncé, et même noir par place ; la partie externe, qui est blanche, est rejetée. On divise le bois intérieur en copeaux et on en remplit un vase de terre à ouverture étroite, que l’on emplit d’eau jusqu’à la partie supérieure. Cet eau étant diminuée à
(1) Si, comme on n’en peut guère douter, l’arbre nommé hacehic par Garcias est un acacia, il est extrêmement probable que c’est celui qui sert principalement à la préparation du cachou, c’est-à-dire le kheir ou khadira d’Herbert de Jager, ou Acacia catechu des botanistes. Quant au second acacia épineux nommé par Herbert de Jager driemmi ou siami, je suis tout à fait porté à croire que c’est l’Acacia farnesiana, sur l’autorité de Roxburgh qui rapporte à cette espèce un végétal dont il est question dans les Recherches asiatiques sous le nom de s ami. Enfin Herbert de Jager indique plus bas, sous le nom d'épine noire d'Égypte, une troisième espèce d’acacia, qui concourt quelquefois à la fabrication du cachou de l’arec. Cette épine noire d'Égypte ne peut être autre chose que V Acacia arabica.
(2) Acacia catechu, Willd. Car. Spec. .‘épines stipulâmes d’abord presque droites, mais se recourbant avec l’âge ; feuilles pinnées à 10 paires de piunules por-
DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
moitié par la coction, on la verse dans un vase de terre plat, et on l’épaissit jusqu’à ce qu’il en reste seulement la troisième partie. Alors la matière étant reposée pendant un jour, dans un lieu frais, on la fait épaissir à la chaleur du soleil, en l’agitant plusieurs fois pendant le jour. Lorsque la masse a acquis une consistance suffisante, on l’étend sur une natte, ou sur un drap saupoudré de cendre de bouse de vache, et on la divise en morceaux quadr angulaire s , dont on achève la dessiccation complète au soleil. Afin que l’extraction se fasse plus facilement, on se sert de fourneaux très-simples, consistant principalement en une voûte de terre cuite, placée sur un foyer creusé en terre, et percé de trous qui reçoivent les vases à extraction. Plus le bois est foncé en couleur, plus l’extrait obtenu est noir et de moindre qualité. On prend donc le bois d’un brun pâle, d'où résulte un extrait plus léger et blanchâtre.
« Cet extrait n’est pas préparé au Japon, d’où l’épithète de japonica ne lui convient pas. 11 est apporté du Malabar, de Suratte, de Pégu et d’autres contrées de l’Inde ; mais sa plus grande provenance paraît être de la province de Bahar. »
lloyle a vu préparer le cachou avec le bois de Y Acacia catechu, dans les passes de Kheree et de Doon. Seulement il ajoute que le suc épaissi est versé dans des moules d’argile qui sont généralement d’une forme carrée. Ce cachou est de couleur rouge pâle.
tant de 40 à 50 paires de foliotes linéaires, très-petites et pubescentes ; une glande déprimée à la base du pétiole commun, et deux ou trois autres entre les dernières
Fig. 693. — Acacia caléchu.
pinnules ; fleurs jaunes, polyandres, à 5 divisions et à 20 étamines, disposées en épis cylindriques, sortant au nombre de I à 3 de l’aisselle des feuilles ; légume lancéolé, plane, renfermant de 3 à G semences.
LÉGUMINEUSES. — CACIIOUS.
Il suit la voie ordinaire du commerce par le Gange et nous arrive par Calcutta. L’échantillon de ce cachou que M. Royle a rapporté ressemble exactement à celui que j’ai décrit sous le nom de cachou terne et parallélipipède, ou cachou en écorce d'arbre. d’Antoine de Jussieu, dont l’origine se trouve ainsi définitivement constatée.
J’ai déjà rapporté, d’après Herbert de Jager, la fabrication du cachou de YAreca catechu , qui diffère de celle mentionnée par Antoine de Jussieu, parce que, suivant ce dernier, la noix d’arec servirait seule à la fabrication de l’extrait ; tandis que, suivant Herbert de Jager, on y ajouterait souvent une infusion de bois d’acacia. Yoici une nouvelle description de cette fabrication, due au docteur Heyne, qui nous apprend que dans le Mysore on prépare deux sortes de cachou avec la noix d’arec.
« Avec des semences de l’arec, on prépare un extrait qui constitue au moins deux des espèces de cachou des pharmacies. Cet extrait est préparé en grande quantité dans le Mysore, aux environs de Sirah, et de la manière suivante. Les noix d’arec étant prises telles qu’elles viennent sur l’arbre, sont mises à bouillir pendant quelques heures dans un vaisseau en fer. Elles sont alors retirées, et la liqueur est épaissie en continuant l’ébullition. Ce procédé fournit le kassu ou le cachou le plus astrigent, lequel est noir et mêlé de g lûmes de riz et d’autres impuretés. Après que les noix sont séchées, elles sont mises dans de nouvelle eau et bouillies de nouveau, et celte eau, étant épaissie comme la première, fournit la meilleure et la plus chère espèce de cachou, nommée coury. Celui-ci est d’un jaune brun d’une cassure terreuse, et sans mélange de corps étrangers. (D’après ces caractères, il me paraît certain que le coury et le kassu sont les deux premières sortes de cachou que j’ai décrites sous les noms de cachou en boules, terne et rougeâtre , et de cachou brun noirâtre , orbiculaire et plat.)
Le gambir est une substance tellement semblable au cachou par sa composition et ses propriétés, qu’on lui en donne le nom dans le commerce et que je l’ai moi-même décrit comme une sorte de cachou, avant que de le connaître sous son véritable nom. Une fois ce nom connu, celui du végétal qui le fournit le devenait également. Il est en effet certain, d'après les renseignements fournis par Kœnig, Hunter, Roxburgh, etc., que le gambir est extrait des feuilles de Y (Jncaria gambir, Roxb. (1). Je me bornerai aux extraits suivants :
de l’arec.
Gamliir.
(1) Uncaria gambir , Roxb.; Nauc/ea gambir , Huât. (fig. 693). Les Uncana
DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
Extrait des observations de Hanter sur la plante qui produit le Gutta go.mbeer (1). « Deux procédés sont employés pour extraire le Gutta gambeer des feuilles du Nauclea gambir. Suivant le premier, on fait bouillir dans l’eau les feuilles complètement privées de tige. On évapore la liqueur en consistance sirupeuse et on la laisse se solidifier par refroidissement. On la coupe alors en petits carrés que l’on fait sécher au soleil, en ayant soin de les retourner souvent.
« Le gambir préparé par ce procédé est de couleur brune; mais on en apporte de la côte malaise et de Sumatra, qui est sous forme de petits pains ronds, presque blancs. Selon le docteur Campbell de Bencoolen, cette sorte de gambir se prépare en faisant infuser dans l’eau, pendant quelques heures, les feuilles et les jeunes rameaux incisés. La liqueur étant passée laisse déposer une fécule qui est épaissie à la chaleur du soleil et façonnée en petits pains ronds.
« Le plus fréquent usage du gambir est d’ôtre mâché avec les feuilles de bétel, de la môme manière que le /cuit ou cachou, dans les autres parties de l’Inde. On choisit, à cet effet, la sorte la plus belle et la plus
blanche. Le gambir rouge, étant d’un goût très-fort, et abondant, est exporté pour la Chine et Batavia, où il sert au tannage et à la teinture.
<< Dans File du prince de Galles, les fabricants de gambir l’altèrent souvent avec de la fécule de sagou, qu’ils y mêlent intimement ; maison peut découvrir cette fraude par la solution du gambir dans l'eau. »
Extrait de Roxburgh (2).
« Uncariagambier. Gambiere st le nom malais d’un extrait
sont des arbrisseaux sarmenteux, très-répandus dans l’Inde et principalement dans toutes les îles de la Malaisie. Ils appartiennent à la famille des Rubiacées et à la même tribu que les Cinchona , dont ils se distinguent principalement parce que leurs fleurs sont sessiles et réunies en capitules, Fig. 694. — Gambir. Sïir des pédoncules sortant de
l’aisselle des feuilles. VUncarin gambir a les feuilles ovées-lancéolées, courtement pétiolées, lisses sur les deux faces ; les stipules sont ovées,les pédoncules florifères sont solitaires et opposés dans l’aisselle des feuilles supérieures; ils sont bractéolés au milieu de leur longueur et sont accompagnés à la base, d’une épine recourbée en crochet, provenant d’un autre pédoncule avorté.
(1) Hunter, Transact. oftlie Linnean Society, IX, p. 218.
(2) Roxburgh, Flora indica, t. I, p. 518.
LÉGUMINEUSES. — KINOS.
i préparé avec les feuilles de celte plante, et qui joint à quelque douceur un principe astringent plus prononcé que dans le cachou. La préparation en est simple : les jeunes liges et les feuilles sont hachées et bouillies avec de l’eau, jusqu'à ce qu’il se dépose une fécule. Celle-ci est évaporée au soleil en consistance de pâte et jetée dans des moules de forme circulaire. C’est ainsi que se fait le gambir, d’après le docteur Campbell; mais, dans d’autres parties du golfe de Bengale, les feuilles et les jeunes pousses sont bouillies dans l’eau, et la liqueur est évaporée sur le feu et à la chaleur du soleil, jusqu’à ce qu’elle soit assez épaissie pour être étendue mince et coupée en petits pains carrés. »
Suivant M. Bennett, la méthode usitée à Singapore pour faire le gambir cubique consiste à faire bouillir deux fois les feuilles avec de l’eau, dans un chaudron nommé qualie , fait en écorces d’arbres cousues, avec un fond en fer battu. Les feuilles épuisées et égouttées servent de fumier pour les plantations de poivre. La décoction est évaporée en consistance d’extrait ferme, lequel est d’un brun clair, jaunâtre et comme terreux. On place cet extrait dans des moules oblongs dans lesquels il se solidifie. Ensuite on le divise en cubes et on le lait sécher au soleil sur une plate-forme élevée. Hunter dit que cet extrait est quelquefois mélangé de sagou ; mais M. Bennett nie que cette falsification se pratique à Singapore. Le meilleur gambir est apporté de Rhio, dans i’île de Bintang. Le meilleur ensuite est celui de Lingin. 0
O Kinos.
On donne aujourd’hui le nom de kino à un certain nombre de sucs astringents qui proviennent de végétaux et de pays très-différents. Ces sucs ont avec les cachous et le gambir une assez grande analogie de propriétés ; cependant ils sont généralement plus solubles dans l’alcool et pourvus d’un principe colorant d’un rouge de sang, qui manque aux premiers.
J’ai cherché pendant longtemps et sans succès l’origine du mot kino, que l’on trouve pour la première fois dans Murray, comme synonyme de la gomme astringente de Gambie, dont la première mention a été faite par Fothergill en 1757. Voici comment on peut expliquer ce nom aujourd’hui : malgré l’importance donnée à la gomme astringente de Gambie par Fothergill, et les démarches faites pour se procurer de nouveau cette substance, elle n’a jamais reparu dans le commerce ; bien qu’on sache parfaitement qu’elle est produite par un arbre d’Afrique nommé pau de sangue, qui est le Pterocarpus erinaceus de Lamarck. Néanmoins, par suite du mémoire de Fothergill, la gomme rouge de Gambie n’ayant pas cessé d’ôtre demandée, on a délivré en son lieu et place d’autres sucs analogues arrivés de toutes les parties du monde, de l’Inde, des Moluques, de la Nouvelle-Hollande, de
40y DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
la Jamaïque, du Mexique, de la Colombie, etc. , qui tous, jusqu’à ce que leur origine ait été découverte, ont été confondus avec la première. Or, parmi ces substances, il y en a une, produite en abondance par le Butea frondosa, et qui porte dans l’Inde le nom de kueni. Il est probable, ainsi que le pense Pereira, que c’est là l’origine du nom kino, que l’on a étendu depuis à tous les sucs rouges et astringents fournis par le commerce.
Après avoir donné ces détails préliminaires sur les cachous, les gambirs et les kinos, je vais décrire les principales sortes que l’on en trouve dans le commerce. Je renverrai pour les autres, ainsi que pour tous les détails dans lesquels je ne puis entrer ici, au mémoire que j’ai publié sur les sucs astringents , nommés cachous , gambirs et kinos (1).