‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 3)Chapitre 117 sur 176 · EXTRAIT · texte numérisé non relu

EXTRAIT

<ie

RATANHIA.

Rouge de sang.

Rouge-brun.

Ronge de vin de Bourgogne.

Rouge.

Rouge foncé.

Rougit.

Rougit.

Troublé fortement.

Précipitéflocon-

neux.

Précipité.

i'récipité brunâtre.

Précipité couleur de chair.

Précipité lie de vin .

Précipité rougeâtre très-abondant.

Précipité abondant.

Précipité abondant , orangé rouge.

Précipité abondant, orangé rouge.

Précipité abondant .

Précipité rouge cendré.

Précipté rougeâtre.

Précipité rougeâtre abondant.

Précipité couleur de chair.

Précipité noirâtre.

Précipité gris noirâtre.

Précipité vertnoir.

Précipité vert noirâtre.

Précipité gris noirâtre.

Précipité rougeâtre.

Précipité rougeâtre.

Précipité rou geâtre trôsabondnnt.

Précipité grisfauve.

Précipité rosé très abondant.

Précipité gris rosé très-abondant.

Précipité rouge rosé.

Précipité.

Très-trouble.

Précipité rougeâtre abondant.

Précipité.

Précipité.

Précipité rougeâtre.

Précipité coloré très-abondant.

faible et désagréable. Le résida est fort peu considérable et d’un brun noirâtre.

* 3° Toutes les liqueurs précipitées par le sulfate de fer, étant étendues d’eau aérée, passent au bleu, surtout celles des nos 12 et 34.

DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

que 9,8 pour 100 de matière insoluble. La dissolution est d’un rouge brun très-foncé, épaisse , et filtre très-difficilement. Traité par l’eau, il donne seulement moitié de son poids d’extrait et laisse un peu moins de résidu qui est presque complètement soluble dans l’alcool. On voit que ces propriétés sont celles dukino de la Colombie et du kino de l’Inde.

45. i& i h o de la Vera-Cruz. Cette substance a été apportée de la Vera-Cruz en 1837. Elle est en fragments généralement plus petits que la semence de Psyllium , mélangés de beaucoup de poussière rouge et de débris atténués d’une écorce blanchâtre. Elle possède une saveur très-astringente et une odeur d’iris ou de campêche très-marquée. Les petits fragments, examinés à la loupe, sont presque transparents, d’un rouge hyacinthe, et paraissent tous avoir fait partie de petites larmes arrondies ou stalactiformes; de sorte que cette matière est très-certainement un produit d’exsudation naturelle.

Le kino de la Véra-Cruz ne se dissout qu’en partie dans l’eau froide. La liqueur est rouge et présente des réactions qui ont été comprises dans le tableau suivant, présentant l’essai comparé des principales sortes de cachou, de gambir et de kino ; j’y ai compris également l’extrait de ratanhia, qui peut bien être considéré comme une espèce de kino. Les liqueurs ont été préparées en traitant une partie de suc astringent par 24 parties d’eau bouillante. (Voir pages 436, 437.) a vg

Gommes de Légumineuses.

(lioiuinc arabique.

On nomme ainsi une gomme à cassure vitreuse, transparente, entièrement soluble dans l’eau, qui était autrefois apportée d’Arabie ou tout au moins d’Égypte ; mais depuis très-longtemps on la tire en très-grande partie du Sénégal, qui en fait un commerce considérable. 11 en vient toujours cependant des deux pays que j’ai nommés d’abord, qui se distingue de celle du Sénégal par quelques caractères particuliers.

Cette gomme découle naturellement de plusieurs espèces d’Acacia dont les principales sont :

[1° L’ Acacia nilotica, Del. Cet arbre croît dans toute la vallée du Nil ; c’est lui qui produit lebablah d’Afrique et le véritable suc d’acacia; mais la gomme qu’il produit est de qualité si inférieure qu’elle ne peut former une sorte commerciale (1);

(1 ) Voir, pour cet acacia et pour tous les autres de la vallée du Nil : Scliweinfurt, Aufzahlung und Besclireibung der Acacien- Arien der Nilgebiels. ( Linnæa , 18G7, t. I, p. 309.)

LÉGUMINEUSES. — GOMME ARABIQUE. 439

2° L ’ Acacia tortilis, Hayne, habitant toute la partie aride de ’Égypte, la Nubie, leSinaï, l’Arabie Pétrée et l’Arabie Heureuse, le Sénégal. On lui attribue une partie de la gomme arabique, ainsi qu’à

3° L'Acacia Erhenbergiana, Ilayne, qu’on trouve dans toute la Nubie, dans la haute Égypte et sur les bords de la mer Rouge;

4° L 'Acacia arabica , arbre de l’Arabie et surtout de l’Inde, où il produit le bablabde l’Inde et la gomme de l’Inde;

5° L'Acacia Adansonii de la Flore de Sénégambie, qui produit une gomme rouge amère assez abondante, qui fait partie de celle du Sénégal ;

6° L'Acacia Seyal de Delile et de la Flore de Sénégambie, produisant une gomme en larmes blanches, dures, vitreuses et vermiculées, qui fait également partie de celle du Sénégal;

7° L’Acacia Verek de la Flore de Sénégambie , qui habite l’Afrique, depuis le Sénégal jusqu’au cap Blanc; c'est lui surtout qui constitue la forêt de Sahel, la plus voisine du Sénégal, et qui fournit la vraie gomme du Sénégal, en larmes vermiculées, ovoïdes ou sphéroïdes, ridées à la surface, mais transparentes et vitreuses à l’intérieur; on le trouve aussi dans la Nubie australe et dans le Kordofan, où il produit la meilleure gomme blanche qui vienne des régions du Nil dans le commerce (1).

8° L'Acacia albida, Del., qui croît dans la vallée du Nil et au Sénégal et auquel on attribue la production de la gomme appelée Salci-breda ou du haut du fleuve.]

9° L’Acacia gummifera de Willdenow, dont le fruit submoniliforine, cotonneux et blanchâtre, paraît ressembler à celui de V Acacia arabica. Cet arbre croît en Afrique, près de Mogador, et fournit très-probablement la gomme de Barbarie ;

10° L'Acacia decurrens de Willdcnow, croissant aux environs du port Jackson, dans la Nouvelle-Hollande, et fournissant une gomme soluble, différente de celle du Sénégal.

Caractères 'particuliers des gommes du commerce.

Comme arabique vraie. Cette gomme est blanche ou rousse ; mais on ne trouve guère à Paris que la blanche ; elle y porte le nom de gomme turique, et est en petites larmes blanches et transparentes, qui, jouissant cependant de la propriété de se fendiller en tous sens à l’air, paraissent opaques étant vues en masse. Elle se divise très-facilement en petits fragments ; elle est entièrement et facilement soluble dans l’eau, d’une saveur pour ainsi dire nulle.

(I) Voir Schweinfurt, toc. cit., p. 376.

440 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

Pomet et Lemery donnent le nom de gomme tunque à la gomme arabique récoltée dans le temps des pluies, qui s’est agglutinée en masses plus ou moins considérables, claires et transparentes. Ce nom de gomme turique , appliqué ainsi à deux variétés de la gomme arabique, paraît tiré de celui de Tor, ville et port d’Arabie, non loin de l’isthme de Suez. Plusieurs auteurs iont également mention d’une gomme jedda ou g edda, du nom d’un port appelé Djeddah , situé proche de la Mecque ; mais je n’ai jamais pu savoir au juste ce que c’était que la gomme gedda.

Gomme «lu Sénégal (I). On connaît dans le commerce deux sortes de gomme du Sénégal : 1° celle «lu lias du fleuve; 2° celle du haut «i u fleuve (2). La gomme du bas du fleuve est la plus estimée. Lorsqu’elle est privée par le triage d’une petite quantité de gommes particulières et de quelques autres substances qui s’y trouvent mêlées, elle se compose, soit de larmes sèches, dures, non friables, peu volumineuses, rondes, ovales ou vermiculées, ridées à l’extérieur, vitreuses et transparentes à l’intérieur; d’une couleur jaune et très-pâle ou presque blanche; soit de morceaux plus gros, sphériques ou ovales, pesant quelquefois jusqu’à 500 grammes ; moins secs, moins cassants, toujours transparents etd’une couleur jaune ou rouge. Les uns et les autres ont une saveur douce, qui paraît un peu sucrée ou moins fade dans les grosses boules rouges, et ils sont entièrement solubles dans l’eau. Leur soluté, peu épais, en comparaison de celui des gommes d’acajou et de prunier, rougit le tournesol, se trouble abondamment par l’oxalate d’ammoniaque et est entièrement précipité par l’alcool.

[La gomme blanche du bas du fleuve est produite par V Acacia Verek ; les morceaux plus foncés sont attribués àl 'Acacia Néboued de la Flore de Sénègarnbie. — A ces deux sortes se trouvent souvent mêlés des morceaux de la gomme Gonaké , Gonakié ou Gonaté, produite par V Acacia Adansonii. Cette gomme, de qualité bien inférieure, est plus rouge que la gomme de Y Acacia Neboued , et se distingue surtout par sa saveur amère.

La gomme «lu haut «lu Active, Sadra-breida OU Salahreda,

est en morceaux beaucoup moins réguliers que la précédente, souvent anguleuse ou brisée, mêlée de menus fragments, et offrant à cause de cela un brillant que n’a pas la gomme du bas

(1) Consulter sur les gommes du Sénégal les renseignements résumés par • L. Soubeiran ( Journal de pharmacie et de chimie, 3e série, t. XXX, p. 53), et Flückiger, Gumrni und Bdellium rom Sénégal ( Schweiz . Wochenschrift fur

( Pharmacie , 1 809, n°* fi, 7 et 8).

(2) La gomme du haut du fleuve est désignée par Guibourt sous le nom de Gomme de Galam. M. Soubeiran, d’après des auteurs plus récents, applique ce nom à la gomme du bas du fleuve, et celui de Salabreda à la gomme du haut.

LEGUMINEUSES. — GOMME.

du fleuve. Souvent aussi les morceaux, vitreux et transparents à l'intérieur, sont recouverts d’une couche fendillée et opaque. Tous ces caractères sont dus à ce que cette gomme se rapproche de la nature de celle d’Arabie, et se fendille et devient friable à l’air, quoiqu’à un moindre degré. On l’attribue d’ordinaire à Y Acacia albida (I); cependant ni Schweiufurth ni les auteurs de la Flore de Sénégambie n’attribuent à cette espèce une exsudation gommeuse.

La gomme du Sénégal offre constamment un certain nombre de substances étrangères, qui sont : 1° des semences et quelquefois des fruits entiers du Balanites œgyptiaca de Delile, arbre qui paraît accompagner les acacias, des bords du Nil au Sénégal ;

2° du bdellium , gomme-résine dont il sera parlé plus tard; 3° de la gomme kutera ; 4° une petite quantité d’un e gomme molle, d’une acidité bien marquée; 3° de la gomme pelliculée ; 6° de la gomme verte ; 7° de la gomme luisante et mamelonnée ; 8° de la gomme lignirocle. Je dirai quelques mots de ces quatre dernières substancès. /

if Gomme pelliculée. Je désigne ainsi une gomme quelquefois blanche, le plus souvent d’un jaune rougeâtre et d’une transparence moins parfaite que la gomme du Sénégal. Ce qui la distingue surtout est une pellicule jaune, opaque, qui recouvre presque toujours quelques points de sa surface. Cette pellicule, examinée au microscope, présente des cellules hexagones et doit être considérée comme un épiderme végétal. Cette gomme se fond difficilement dans la bouche et s’attache fortement aux dents : un gramme, ayant été traité par 50 grammes d’eau, s’v est dissous moins promptement que les sortes précédentes, et a laissé un résidu insoluble ayant conservé la forme des morceaux de gomme, et cependant peu considérable. La liqueur filtrée rougissait faiblement le tournesol, et précipitait abondamment par l’oxalate d’ammoniaque^^-

-f Gomme verte. Cette sorte est d’un vert d’émeraude qui se détruit à la lumière ; alors elle devient d’un blanc jaunâtre. Sa surface est ordinairement luisante et mamelonnée, et l’intérieur vitreux et transparent. Elle jouit des mêmes propriétés que la gomme pelliculée, c’est-à-dire qu’elle est tenace sous la dent, difficilement et incomplètement soluble dans l’eau.

Gomme 1 Misante et mamelonnée. J ai VU quelquefois dans le commerce des quantités considérables d’une gomme à peine colorée et de belle apparence, que l’on vendait comme gomme du Sénégal, et dont le bon marché séduisait. Mais cette gomme était en général en morceaux irréguliers, allongés, souvent creux

(1) Voir L. Soubeiran, toc. cit., et te Catalogue de; produits des Colonies françaises à l'Exposition universelle de 1SG7, p. 70.

4*2 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

a l’intérieur, toujours d 'une apparence glacée et à surface mamelonnée. Or, ces deux caractères indiquent presque avec certitude une gomme en partie insoluble dans l’eau, et qui doit être rejetée du laboratoire du pharmacien. 11 me paraît probable que ces trois gommes, pelliculée, verte et mamelonnée, ont une origine commune, différente de celle de la vraie gomme du Sénégal.

Gomme lignirode. Cette substance est commune dans la gomme du Sénégal et porte dans le commerce le nom de marrons. Elle mérite quelque attention par la singularité de sa formation. Elle est quelquefois jaunâtre, mais généralement d’une couleur brune foncée et noirâtre; elle est assez terne dans son aspect, opaque et raboteuse à la surface. Traitée par l’eau, elle lui cède de la gomme soluble semblable à la gomme arabique, et laisse un résidu de bois rongé. Or, en examinant ces marrons, j’ai observé dans la plupart une large cellule ovoïde qui avait servi de demeure à la larve d’un insecte ; d’où j’ai conclu que cette sorte de mastic avait été pétrie par l’insecte lui-même, comme on sait que le font plusieurs espèces des ordres des névroptères et des hyménoptères. [Cependant ni M. Fliickiger (1), ni M. Guibourt lui-même n’ont trouvé des traces de cette larve.] La gomme de l’Inde présente des marrons semblables, qui ont l’apparence du galipo.t, jointe à une couleur rouge assez prononcée.

Gomme de Barbarie. Cette gomme vient de Mogador, dans le royaume de Maroc. Elle est sans doute produite y&e Y Acacia gunimifera, Willd. Telle que je l’ai, elle est en larmes irrégulières, assez chargées d’impuretés, d’une couleur terne et un peu verdâtre, d’une transparence imparfaite. Elle paraîtrait souvent luisante et glacée à sa surface, sans la poussière grise qui la recouvre. Elle est très-tenace sous la dent, imparfaitement soluble dans l’eau, et de la même nature par conséquent que les gommes insolubles du Sénégal.

Gomme de Sicile. On m’a donné sous ce nom une gomme qui a tous les caractères de celle de nos arbres fruitiers et qui doit provenir des mêmes végétaux. Elle est en larmes généralement globuleuses, agglutinées ensemble et chargées d’impuretés. Elle se divise dans l’eau en particules isolées, anguleuses et qui occupent un volume considérable. Le liquide filtré est coloré, mais ne conlient que des traces de gomme.

Gomme de France. Cette gomme est produite par les arbres fruitiers de notre pays, qui appartiennent à la tribu des Amvgdalées, de la famille des Rosacées. Elle a été décrite page 294.

(1) Fliickiger, loc. cit.

LÉGUMINEUSES. — GOMME

Somme île l’Inde. Pereira (I) dit avoir reçu de Bombay trois sortes de gomme : une marquée Maculla best gum arable, très-semblable à la gomme de Galam ; une seconde, étiquetée Mocha and Barbary gum, en grosses larmes rouges et rugueuses; une troisième, dénommée Surat inferior gum arable , en petites larmes brunâtres.

Quant à moi, la seule chose que j’aie connue pendant longtemps, sous le nom de Gommede l’Inde, est une gomme brune, formée de larmes molles qui se sont soudées en une seule masse, laquelle ensuite a été cassée en morceaux anguleux, à peu près de la grosseur de la gomme du Sénégal (2). Cette gomme, paraissant avoir conservé longtemps sa mollesse à l’air, s’est chargée d’impuretés et de sable; mais les parties pures sont transparentes, et offrent une grande variation de couleur, depuis le jaune pâle jusqu’au rouge foncé; effet dû à ce que le suc coloré de l’arbre, qui a coulé en môme temps que la gomme, s’y est inégalement réparti. Cette gomme est molle et glutincuse sous la dent, et d’une saveur douce; à part les impuretés qu’elle contient, elle est entièrement et facilement soluble dans l’eau. Je suppose quecette gomme est produite par V Acacia arabica.~f~

@ Gomme de l’Inde peiiicuiée. Il est arrivé de l’Inde, en 1843, une quantité considérable d’une gomme fort distincte de la précédente et composée de trois substances différentes : 1° une petite quantité d’une gomme-résine aromatique, assez semblable à l’oliban, en petites larmes demi-opaques et jaunâtres; 2° une quantité plus considérable d’une gomme pure, entièrement soluble dans l’eau, en larmes presque blanches, rondes ou vermiculées, comparable â la plus belle gomme du Sénégal; 3° une gomme peiliculée, formant la plus grande partie de la masse. Cette dernière gomme est en larmes le plus souvent irrégulières, stalactiformes ou convexes d’un côté, aplaties ou concaves de l’autre, et munies, très-souvent, sur les deux faces, d’un feuillet d’épiderme jaune et opaque. Celte gomme est généralement d’un jaune de miel, brillante et transparente dans sa cassure; mais elle se ternit à l’air et présente un aspect général nébuleux et comme un peu nacré. Elle est dure, tenace, difficile à fondre et en partie insoluble dans l’eau, comme la gomme pelliculée du Sénégal; mais elle s’en distingue par une odeur d’oliban qui la suit dans les préparations où on la fait entrer; de sorte; qu’elle est tout à fait impropre aux usages de la pharmacie.

Somme éléphant! ne. Cette gomme, dont je dois un échantillon

(1) Pereira, Materia médica.

|2) Cette gomme répond assez bien à la description de la gomme turique donnée par Pomet et Lemery.

444 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

à M. le docteur Pereira, est produite, dans l’Inde et dans l’île de Geylan, par des incisions faites à l'écorce du Feronia elephantum, arbre de la famille des Aurantiacées. Elle recouvre l’écorce sous la lorme d’un enduit brillant, comme vernissé, devenu très-fragile par la dessiccation, et se brisant facilement en fragments brillants et transparents. Elle est incolore ou d’un jaune doré, très-facilement soluble dans la bouche et dans l’eau. Enfin, elle i ressemble beaucoup, par son apparence et ses propriétés, à la véritable gomme arabique, produite par Y Acacia nilotica. Elle ne paraît pas être très-abondante.

Gomme «le l'Australie méridionale, South austrulian Gum, Pereira. Cette gomme paraît être produite par Y Acacia decurrens , Wild. Il en est arrivé 50 caisses à Londres en 1844; et c’est probablement la même que M. Ménier a présentée à la Société de pharmacie de Paris, en 1849, et sur laquelle il a fait quelques essais d’application. Elle est en larmes assez volumineuses, tantôt stala'ctiformes et à surface luisante, tantôt globuleuses et à surface très-rugueuse ou comme gercée. Cette gomme présente une teinte générale violacée qui la fait reconnaître. Celte teinte violacée est surtout bien apparente dans les larmes globuleuses, qui présentent, en outre, une poussière blanche dans le fond des gerçures. Cette gomme se dissout très-facilement dans l’eau ; mais la dissolution est trouble et laisse déposer une matière floconneuse insoluble. Enfin, à poids égal, cette gomme communique à l’eau une consistance bien moins épaisse et moins visqueuse que la gomme arabique. Elle est donc de nature différente, et pourra difficilement la remplacer, même dans les arts.

Gomme de Madagascar. Il est arrivé en France, il y a quelques années, une quantité assez considérable de cette gomme, qui m’a paru être de la nature de la gomme d’acajou dont il sera parlé plus loin (famille des Térébinthacées).

Gomme du cap de Bonne-Espérance. Depuis plus de vingt ans, cette gomme forme l’objet d’une importation considérable en Angleterre. D’après M. Burchell, elle est produite par une espèce

Acacia fort ressemblante à VA. nilotica, et qu’il nomme A. capensis.

M. Pereira ayant bien voulu m’envoyer le fruit de cet acacia, venu du Cap avec la gomme, j’en donne ici la figure de grandeur naturelle (fig. 696 et 697), de laquelle il résulte que cet acacia a de très-grands rapports avec V Acacia seyal de Delile. Nonobstant l’assertion de M. Burchell, qui prétend que la gomme du Cap n’est pas inférieure à celle de Y Acacia nilotica, il paraît qu'elle est considérée par les marchands de Londres comme une sorte trèsinférieure; mais ceux qui s’attachent plus à la qualité réelle des choses qu’à leur extérieur, donneront probablement raison à

LÉGUMINEUSES. — GOMME

M. Burchell. La gomme du Cap possède, en effet, tous les caractères de la gomme du Sénégal, dite du haut du fleuve, laquelle,

Fig. 696. — Gomme du cap de Bonne- Kspdrance. Fig. 697. — Gomme du Cap.

malgré sa friabilité qui la brise pendant le transport, doit être considérée comme une gomme pure et de la meilleure qualité.

[M. Lape (I) attribue cette gomme à Y Acacia horrida, Willd.] Gomme sapote du Chili. Importée au Havre, en 1841. Le nom que porte cette gomme ne prouve pas qu’elle soit due à un arbre de la famille des Sapolées, ce nom étant donné, au Chili et au Pérou, à des arbres de familles différentes. La gomme est en larmes arrondies, souvent d’un volume considérable, d’un brun noirâtre et opaque vu en masse, mais brune, vitreuse et transparente dans l’intérieur. Souvent la larme brune et transparente est recouverte d’une couche de grains de gomme, d’une couleur moins foncée, qui paraissent s’y être agglutinés. Le caractère principal de cette gomme consiste dans une odeur et dans une saveur assez fortes, animalisées, que l’on peut comparer à celles d’un jus de viande un peu altéré. Mise à tremper dans l’eau, elle s’y gonfle beaucoup et s’y divise par l’agitation en particules anguleuses insolubles. Une petite partie seulement de la gomme se dissout et peut être précipitée par l’alcool. Sous ce rapport, elle ressemble beaucoup à la gomme de prunier, mais elle est un peu plus soluble.

D'après des échantillons du droguier Guibourt, apportés par M. Gaudichaud, elle doit être attribuée à une capparidée, le Destrugesia scabrida.

Gomme attrapante.

La gomme adragante exsude dans l’Asie Mineure, en Arménie

(1) Voir Pharmaceut. Journ., t. X, p. 520.

DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

et dans les provinces septentrionales de la Perse, d’une espèce d’astragale qui a été décrite, par Olivier, sous le nom d 'Astragalus verus. Cet arbrisseau [fig. 698), appartient à la section des astragales dont les stipules sont soudées avec le pétiole, et dont le pétiole persiste et durcit après la chute des folioles, en prenant

la forme , d’une longue épine. Les fleurs sont sessiles et rapprochées au nombre de 2 à 5, dans l’aisselle des feuilles; les folioles sont linéaires, velues, disposées sur 8 ou 9 rangs.

Cet arbrisseau, cependant, n’est pas le seul qui produise de la gomme adragante. L 'Astragalus creticus, Lam., observé par Tournefort surje mont Ida de Crète, et par Sibtorp en Jonie, en produit également; de même V Astragalus Paymassii, de Grèce; et diverses autres espèces d’Asie Mineure : A. microcephalus , Willd . ; A. aristatus , etc. ; mais V Aslragcilus tr agaçant ha, L., qui est VA. massiliensis , Lam., n’en produit pas. Quant à 1 ’Astragalus gummifer, que Labillardière a vu exploité sur le mont Liban, il ne produit qu’une gomme de qualité inférieure qui sera décrite ciaprès sous le nom de gomme pseudo- adragante, dans les parties centrales de la tige, la moelle et les rayons médullaires, d’où elle sort avec effort.

La gomme adragante existe dans les astragales. Elles est en lanières ou en filets minces, contournés ou vermiculés. Elle est blanche ou jaune, et opaque. Elle est peu soluble dans l’eau;

LÉGUMINEUSES. — GOMME

mais elle s’y gonfle considérablement, en absorbe une grande quantité, et forme un mucilage tenace et trés-épais. Elle est trèsusitée pour donner de la consistance aux loochs, et pour lier les pâtes que l’on destine à la préparation des pastilles.

On trouve dans le commerce deux sortes de gomme ndragante, dont l’une est en filets ou en rubans déliés et vermiculés, plus souvent jaunes que blancs. L’autre sorte, plus récemment connue, est en plaques blanches, assez larges, arquées d’élévations marquées ou concentriques. La différence entre ces deux sortes tient peut-être à ce qu’elles ne proviennent pas du même astragale (I) ; mais elle doit aussi être attribuée, au moins en partie, au mode d’extraction : la gomme vermiculée s’étant fait jour naturellement à travers l’écorce, tandis que la gomme en \ plaques doit avoir été obtenue par des incisions. Pour m’assurer d’ailleurs si, indépendamment de la forme, il existait quelque autre différence entre elles, j’ai mis une partie de chacune en contact avec 48 parties d’eau. La gomme vermiculée s’est gonflée presque aussitôt et a bientôt occupé tout le volume de l’eau. Le lendemain la gomme en plaques, quoique gonflée, avait conservé sa forme, et n’était pas mêlée à l’eau; mais, par l’agitation, elle n’a pas tardé àformer un mucilage presque aussi épais que l’autre. Cependant il y a une différence entre les deux : le mucilage de la gomme en plaques est presque transparent, plus lié et plus tremblant que l’autre, comme s’il contenait plus de gomme soluble ; enfin, il se colore â peine par l’iode; tandis que le mucilage de gomme vermiculée prend une teinte bleue très-manifeste par ce même réactif. Du reste, les deux mucilages, étendus de trois fois plus d’eau, conservent encore une certaine consistance gélatineuse uniforme, et les liqueurs filtrées jouissent des propriétés suivantes :

Teinture de tournesol ; rien.

Teinture d'iode ; rien.

Oxalate d' ammoniaque ; trouble.

Alcool; y forme un précipité floconneux qui se rassemble en une seule masse opaque et muqueuse. Ce précipité, tout à fait distinct de celui que présente en pareil cas la gomme du Sénégal, montre que c’est bien de la gomme adragante elle-même qui s’est dissoute dans l’eau, et non une portion analogue à la gomme du Sénégal qu’elle pourrait contenir, comme cela a lieu pour la gomme d’acajou.

Eau de chaux ; rien.

(1) D’après M. Th. Martius, lagomme vermiculée viendrait de Morée et serait produite par 1 ’Astrngalus creticus ; la gomme en plaques serait tirée de Smyrne et serait due à l’ Astragalus ver us.

448 DICOTYLÉDONES CAL1CIFLORES.

Eau de baryte; la gomme est précipitée en flocons distincts et privés d’eau.

Acétate de plomb ; rien.

Sous-acétate de plomb ; il se Forme deux précipités : l’un pulvérulent, l’autre muqueux comme celui formé par l’alcool.

Proto-nitrate de mercure ; précipité muqueux. >

Quelle que soit la quantité d’eau froide que l’on emploie pour délayer la gomme adraganle vermiculée, il en reste toujours environ la moitié qui ne se dissout pas, et cette partie insoluble bleuit fortement par la teinture d’iode. A la chaleur du bainmarie on obtient encore le même effet, c’est à-dire une liqueur qui ne bleuit pas par l’iode et un résidu qui bleuit fortement; à l’aide de l’ébullition on obtient une dissolution plus avancée mais non complète de la gomme ; la liqueur alors bleuit par l’iode, mais la partie insoluble conserve toujours la même propriété dans un degré très-intense. Quant à la gomme adragante en plaques, une ébullition suffisante dans une grande quantité d’eau la dissout presque en totalité.

[Des observations de MM. HugoMohl (1), Wigand (2), etc., ont montré la véritable nature de la gomme adragante. Cette gomme n’est pas une sorte <le sécrétion s’écoulant et se concrétantà l’air, mais une véritable transformation des cellules du tissu de la moelle 'et des rayons médullaires. On peut sur un rameau d’astragale suivre tous les passages depuis les cellules à l’état ordinaire jusqu’à celles qui sont devenues complètement mucilagineuse. On voit les premières formées de parois simples de cellulose, puis les parois deviennent plus épaisses et formées d’un nombre considérable de couches concentriques: ensuite on voit ces parois se transformer de la périphérie au centre en une matière mucilagineuse, se confondre ensemble, et former par leur réunion une espèce de globule susceptible de se gonfier beaucoup par l’humidité, et dans lequel il ne reste que quelques couches non altérées, situées sur le centre du globule. Le chlorure de zinc iodé permet de suivre facilement les progrès de la transformation : il colore en effet en violet les couches de cellulose, et laisse sans coloration les parties gommeuses.

Les observations précédentes permettent de comprendre l’apparence que donne la gomme adragante vue au microscope. Line petite plaque mince, gonflée dans l’eau, présente en effet un mucilage anhysle, renfermant une grande quantité de cellules, à parois épaisses gélatineuses, dans lesquelles le chlorure de zinc

(1) H. Molli, Dolanische Zeitung, 1857, p. 33.

(2) Wigand, Ueber die Désorganisation der Pflanzenzelle [Jarbücher fur wissensch . Botamk. von Pringsheim, t. 111, p. 115, 18(11).

LEGUMINEUSES.

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