‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 3)Chapitre 13 sur 176 · I. GÉNÉRALITÉS · texte numérisé non relu

I. GÉNÉRALITÉS

§ Ier. Historique. — Les premières notions botaniques sur les arbres h quinquina datent du commencement du xvme siècle. Le médicament était cependant connu depuis longues années. En 1638, il avait guéri d’une fièvre rebelle la comtesse d’El Chinchon, femme du vice-roi du Pérou, et cette cure célèbre avait commencé sa réputation. La vice-reine n’avait pas manqué d’apporter avec elle, lors de son retour en Espagne, la poudre salutaire à laquelle elle devait la santé; elle l’avait fait connaître autour d’elle, et bientôt le médicament s’était répandu sous le nom de Poudre de la comtesse. Plus tard, les Jésuites en avaient augmenté la vogue, en le distribuant sur une plus grande échelle, et le nom de Poudre des Jésuites avait remplacé la dénomination primitive. La véritable origine du précieux remède restait cependant une énigme pour les médecins. Ce ne fut qu’en 1579,

(1) Guibourt, Histoire naturelle des drogues simples , 4e édition. Paris, 1849, t. III, p. 95.

(2) Weddell, Histoire naturelle des quinquinas. Paris. 1849, 1 vol. in- fol . avec 32 pl.

(3) Elliott Howard, Illustration of the Nueva Quinologia of Paron. London, I8G2, gr. in-fol. avec pl.

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lorsque Louis XIV eu eut acheté le secret d’un Anglais, nommé Talbot, qu’on connut enfin en France l’écorce officinale, mais sans avoir pour cela des données satisfaisantes sur l’arbre qui la produit.

La Condamine donna le premier sur cet arbre des détails scientifiques. Envoyé au Pérou, avec Godin et Bouguer, pour mesurer un degré du méridien, le savant académicien profita de son voyage pour voir de près les quinquinas. Il partit pour Loxa, avec les renseignements de Joseph de Jussieu, adjoint à l’expédition en qualité de botaniste; il y décrivit sur place le premier Cinchona et donna, d’après nature, le dessin de scs principaux organes. L’année suivante (1738), il publiait son travail (I).

Joseph de Jussieu n’avait pas suivi les astronomes de l’Académie, lors de leur retour en Europe. Tenté par l’attrait des découvertes qu’il ne pouvait manquer de faire dans un pays tout nouveau pour la science, il parcourut la plus grande partie du Pérou, atteignit môme la Bolivie, et ne revint en France qu’en 1771, mais, par malheur, dans un état de santé qui ne lui permit point de donner à ses observations la publicité qu’elles méritaient (2).

Cependant le gouvernement français n’avait pas renoncé à l’exploration des riches contrées de l’Amérique méridionale. En 1776, Dombey fut chargé de récolter les plantes du Pérou ; mais l’Espagne, dont l’agrément était nécessaire pour une pareille entreprise, ne voulut point rester en arrière de la France, et retarda le départ de Dombey jusqu’au moment où elle put elle-même organiser une expédition dirigée parles deux botanistes Ruiz et Pavon. Dombey partit avec eux, visita plusieurs localités à quinquina, entre autres le district de Huanuco, pénétra dans le Chili, et revint enfin en Europe en 1783, avec une immense collection, dont une partie seulement est arrivée au Muséum d’histoire naturelle de Paris, à travers mille obstacles élevés par le gouvernement espagnol. Les mesquines jalousies du même gouvenement empêchèrent Dombey de publier les résultats de son voyage.

Ruiz et Pavon récoltèrent aussi de nombreux matériaux, et, lorsqu’il durent retourner en Espagne, en 1789, il laissèrent, pour continuer leur œuvre, deux de leurs disciples, J. Tafalla et

(1) J. de Jussieu, Mémoires de l'Académie des sciences. 1738.

(2) On a publié quelques extraits de ses observations dans les Réflexions sur deux espèces de quinquina découvertes nouvellement aux environs de Santa-Fé, dans l' Amérique méridionale ( Histoire de la Société royale de médecine, année 1 779, p. 252). — M. Weddell, qui a pu consulter la totalité de ses manuscrits, en a également fait quelques extraits intéressants.

DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

Juan Manzanilla, qui expédièrent en Europe les fruits de nouvelles explorations.

Plusieurs ouvrages importants furent le résultat, de cette expédition scientifique : la Quinologie de Ruiz (1), publiée en 1792, et qui fut augmentée en 1801 (2) d’un suplément de Ruiz et Pavon; le Flora Peruviana et Chilensis (1798-1802) (3), qui donna la description et la figure de douze espèces de quinquinas ; enfin une Quinologie de Pavon, et Nueva Quinologia », œuvre longtemps inédite dont M. Howard vient tout récemment de faire profiter la science (4). Ces mémoires originaux et les collections sur lesquelles ils sont fondés servent encore de nos jours à la solution de bien des questions obscures.

Tandis que Ruiz et Pavon exploraient les provinces du bas Pérou, au nord de Lima, l’expédition botanique de la Nouvelle- Grenade recherchait dans la parLie septentrionale de la Cordillère les espèces officinales auxquelles le gouvernement espagnol attachait tant de prix. Mutis qui, en 1760, avait suivi dans le pays, en qualité de médecin, le vice-roi don Pedro Messia de la Cerda, avait déjà trouvé, en 1772, aux environs de Santa-Fé, une des espèces aujourd’hui officicinales de quinquinas (5). On le choisit, en 1782, pour diriger les explorations, et il ne tarda pas à annoncer la découverte de plusieurs écorces aussi efficaces que celles des environs de Loxa (6).

Une discussion fort vive s’est élevée entre les auteurs du Flora Peruviana et les élèves de Mutis, Caldas et Zea, qui, après sa mort, continuèrent son œuvre. Mutis avait cru devoir identifier les espèces néo-granedines avec celles de Loxa, et il n’avait pas hésité à donner au quinquina de Santa-Fe le nom de Quina primitiva, d’après l’idée que c’était l’espèce décrite par La

(1) Ruiz, Quinologia 6 Tratado del drbol de la quina 6 cascarilla. Madrid, 1792.

(2) Ruiz et Pavon, Supplemento d la Quinologia. Madrid, 1801.

(3) Ruiz et Pavon, Flora Peruviana et Chilensis , t. II, 1 799, in-fol.

(4) John Elliott-Howard, Illustrations of lhe Nueva Quinologia of Pavon with Observations on the liarks. London, 18G2, in-fol., voit h coloured plates.

(5) Bien longtemps avant, en 1755, dont Miguel de Santesteban avait vu aux environs de Popayan une espèce de quinquina, probablement le Pitayensis ; mais sa relation était restée ignorée dans les papiers de la vice-royauté.

(G) L’ouvrage que Mutis avait préparé sur les quinquinas, et qui est resté longtemps égaré dans le Musée d’histoire naturelle de Madrid, a été retrouvé depuis quelques années. M. Triana l’a étudié avec soin et a pu établir la synonymie des diverses espèces indiquées par Mutis. M. Rampon a fait photographier le manuscrit et les belles planches qui l’accompagnent et peut ainsi offrir aux quinologistes l’avantage de consulter à Paris une copie rigoureusement exacte do ce précieux document : enfin M. Markham en a publié le texte avec des annotations deM. J. E. Howard. Nous regrettons que l’important travail préparé depuis longtemps par M. Triana sur ce sujet intéressant au point de vue de l’histoire ne soit pas encore publié. Nous avons eu du moins l’avantage d'en prendre connaissance, et nous serons heureux de pouvoir le citer chaque fois que nous en aurons l’occasion. »

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Condamine, la première découverte. Ces prétentions, soutenues parles disciples avec plus d’opiniâtreté que par le maître, provoquèrent des dénégations violentes de la part de Ruiz et Pavon : « Nous sommes forcés, dirent-ils (1), pour la défense de notre œuvre, de réfuter les allégations de M. Zea, et, pour le bien de l’humanité, nous nous trouvons dans l’obligation de prévenir le public que les quinquinas de Santa-Fé sont des espèces bien différentes de celles de Loxa, reconnues comme excellentes et supérieures dans l’emploi médical Le premier quinquina de la

Quinologie est reconnu par tous les cascarilleros de Loxa qui exploitèrent la province de Huanuco, comme l’espèce supérieure et la plus estimée dans le commerce et en médecine... Il nous paraît également impossible que l’Amérique septentrionale (c’està-dire au nord de la ligne) puisse produire des quinquinas de bonne qualité comme ceux du Pérou. »

Nous aurons l’occasion de discuter cette question litigieuse ; pour le moment, bornons-nous à constater qu’elle peut provoquer des réponses différentes suivant la manière dont elle se pose. S’il y a, sur l’identité spécifique des quinquinas de Santa-Fé et de ceux de Loxa, des doutes qui provoquent presque une réponse négative, on ne saurait nier, d’autre part, que plusieurs écorces officinales de Mutis ne renferment beaucoup plus de quinine que les quinquinas de Loxa ; aussi, quelles que soient les conclusions à tirer de l’examen comparatif de ces formes végétales, on ne peut partager le dédain de Ruiz et Pavon pour les produits de l’hémisphère septentrional (2).

(1) In Supplément à la Quinologie, cité par Delondre et Bouchardat, Quinologie. Paris, 1854, p. 5.

(2) Mutis paraît avoir très-bien compris la valeur thérapeutique des diverses écorces de la Nouvelle-Grenade, et n’avoir accordé des effets fébrifuges qu’à celles qui les possèdent en réalité. C’est du moins ce qu’on peut conclure du tableau suivant, extrait d’une des publications de Mutis dans Pape/ periodico de Santa-Fé de Bogota.

« Ecorces officinales de la 'Nouvelle-Grenade.

En la botanica. — Cinchona.

Lancifolia, Oblongifolia, Cordifolia, Ovalifolia.

Quina.

Hoja de lanza, Hoja oblonga, Hoja de corazon, Hoja oval.

En EL COMERCIO .

Naranjadaprimitiva, Roxasuccedanea, Amarillasubstituida, Blancaforastera.

Aromatico,

Balsamica,

Antipyrectica,

Antidota,

Nervina,

Febrifuga.

En Austero, Astringente, Antiseptica, Polycresta, Muscular,

— Amargo.

Puro,

Acibarada,

Cathartica,

Ephractica,

Humoral,

LA MED1CINA.

Acerbo.

Xabonosa.

Rbyptica.

Prophilactica.

Viscéral.

Indirectamente febnfugus.

HO DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

Mutis vivait encore à Santa-Fé, lorsque deux illustres voyageurs entreprirent l’exploration de la région des quinquinas. Humboldt et Bonpland, partis d’Europe en 1799, avaient consacré l’année 1800 à parcourir le bassin de l’Orénoque; en 1801, ils prenaient terre à Garthagène, recevaient à Bogota l’hospitalité de Mutis, traversaient toute la Nouvelle-Grenade, le royaume de Quito, les provinces septentrionales du Pérou, pour continuer à travers le Mexique l’un des voyages les plus féconds de notre époque. De nouvelles espèces de quinquinas découvertes et décrites, la distribution géographique de ce groupe naturel bien indiquée pour la première fois, de nouveaux matériaux pour l’élude des écorces officinales: tels furent, en ce qui concerne spécialement notre question, les résultats de cette exploration fructueuse. On les trouve consignés dans les divers ouvrages de botanique (1) consacrés à la description des plantes du voyage, et dans un mémoire de M. de Humboldt sur les forêts à quinquinas de l’Amérique du Sud (2).

Nous ne pouvons citer en détail toutes les explorations entreprises depuis lors dans les diverses portions de la région des quinquinas: celles de Goudot, Hartweg, Purdie, Warscewitz, Linden, Funk, Scldim, Triana, etc., dans la Nouvelle-Grenade; de Pôppig, Lechler, etc., dans le Pérou et le Chili. Les collections de ces voyageurs renferment presque toutes de nouveaux matériaux pour l’histoire de nos espèces, mais la question des quinquinas ne les a pas assez spécialement préoccupés, pour que nous fassions de leurs explorations une mention particulière. Il n’en est pas de même de l’entreprise de M. Weddell, conçue dans le but d’éclaircir la question qui nous occupe, et qui a enrichi d’un magnifique ouvrage la littérature quinologique (3).

Jusqu’en 1848, on avait recherché les espèces officinales de la Nouvelle-Grenade, de l’Équateur et du Pérou, mais la Bolivie restait inexplorée. Ni Joseph de Jussieu, qui avait pénétré jusque dans ces régions, ni Taddæus Hænke, « dont les rudes labeurs sont restés proverbiaux dans le pays de Cochabamba où il résidait (2) », n’avaient laissé de traces de leurs découvertes. Tout restait donc à faire pour cette partie de la chaîne des Andes, d’où provient cependant l’écorce la plus riche en quinine. M. Weddell,

(1) Surtout Humboldt et Bonpland, Plantes équinoxiales. Paris, 1808-181 G, et Kunth, Nova Généra et Species plantarum , quas collegerunt Bonpland et Humboldt, t. III. Paris, 1818.

(2) Alex, von Humboldt , Ueber die China-Walder in Süd Amerika

(.1 lagazin der Gesellschaft naturforschender Freunde. Berlin, 1807).

(3) H. -A. Weddell, Histoire naturelle des quinquinas. Paris, 1849, in-fol. avec 34 planches.

(4) Weddell, loc. cit ., p. 3.

RUBIACEES. — QUINQUINAS.

il 1

après s’être séparé de l'expédition de M. de Castelnau, dirigea ses investigations de ce côté; il pénétra ensuite dans la province péruvienne de Carabaja; enfin, remontant la chaîne jusqu’à Cuzco, il étendit le champ de ses observations jusqu’aux régions explorées parles quinologistes précédents. Il rapporta de ce voyage une ample moisson de faits. Huit espèces nouvelles de Cinchona vrais sont décrites avec soin dans son Histoire naturelle des quinquinas, qui renferme en outre les caractères et la distribution systématique des espèces alors connues. L’étude microscopique des organes occupe une place importante dans ce livre classique; elle y devient même un moyen précieux de diagnose en même temps que de classification pour les écorces officinales ; enfin, les limites de la région cinchonifère, jusque-là fort indécises du côté du sud, sont nettement indiquées dans une belle carte qui termine l’ouvrage.

Le voyage de M. Dclondre, entrepris à la même époque, dans le but spécial de fournir à l’industrie un approvisionnement plus facile des quinquinas riches en alcaloïdes, nous a valu un livre intéressant(l) où sontdécrites et très-bien figurées les principales écorces du commerce actuel.

Du côté de la Nouvelle-Grenade, le docteur Karsjen rassemblait, depuis 1844, de nombreux matériaux, en vue d’une future publication actuellement commencée, sous le titre de « Flora Columbiœ (2) » . Les quinquinas de cette partie de l’Amérique étaient plus particulièrement l’objet de ses recherches : il en étudiait la valeur thérapeutique et les caractères distinctifs, ainsi que la constitution intime de leurs tissus (1).

Une circonstance spéciale est venue puissamment aider au progrès des études quinologiques. Tous les voyageurs qui avaient pu juger par eux-mêmes des procédés d’exploitation du quinquina, avaient signalé les dévastations produites par les cascarilleros , et manisfeté l’appréhension qu’on ne se trouvât plus tard privé de ce médicament héroïque. Le gouvernement hollandais comprit le premier qu’il y avait quelque chose à faire pour conjurer ce danger et entreprit d’introduire ces espèces précieuses dans diverses localités de Java, où elles sont régulièrement cultivées. Le docteur Hasskarl fut envoyé dans le Pérou et la Bolivie, avec cette mission spéciale de récolter et de transporter vivantes, dans la colonie holandaise, diverses espèces de quinquinas. L’Angleterre entra bientôt dans la même voie; elle donna successivement des instructions analogues à MM. Markham, Pritchett et Spruce, afin

(1) Delondre et Bouchardat, Qnimlogie . Paris, 1854, avec 23 pl.

(2) Karsten, Flora Cotumbiœ. Berol., 1801.

(3) Karsten, Meclicinische Chmarinden Neu-Granada’s. Berl., 1858.

{ 1 2 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

d’établir des quinquinas à Ceylanet sur le continent indien. Tous ces, explorateurs ont apporté de nouveaux matériaux à la quinologie ; grâce à eux, l’identification des espèces botaniques et des écorces commerciales, question jadis si compliquée, est devenue beaucoup plus facile, si bien que le magnifique ouvrage de M. Howard, Illustrations of Nueva Quinologia, que nous avons déjà indiqué en passant, ne laisse maintenant sans solution que bien peu de questions de ce genre.

Nous n’avons presque mentionné jusqu’à présent que les ouvrages résultant directement des explorations personnelles de leurs auteurs : il n’entre pas dans notre plan de donner ici la liste de tous ceux qui ont traité la question des quinquinas ; nous nous bornerons à citer les meilleures sources à consulter, celles qui ont fait successivement autorité dans la science. Ce sont, 1° pour la partie botanique : le Systema de Linné, le Prodromus de De Candolle, les Illustrations du genre quinquina de Lambert (1), les Plantœ Hartwegianœ de Bentham, le Généra d’Endlicher, le Repertorium de Walpers et les observations de Klotzsch (2) ; 2° pour la partie médicale : les articles de Laubert, pharmacien militaire des armées d’Espagne (3), la Monographie de Bergen (4),

Y Histoire des produits pharmaceutiques de Gobel et de Kunze (5),

Y Histoire des drogues simples de Guibourt, et particulièrement sa quatrième édition, la Matière médicale de Pereira (6), les travaux de Berg et Schmidt (7), et] M. le docteur Flückiger de Berne (8). Ces matériaux nous permettront d’aborder les principaux traits de l’histoire des quinquinas.

.§ II. Histoire botanique des quinquinas. — Caractères du genre Cinchona. — Le genre Cinchona fut établi par Linné sur les caractères donnés par La Condamine au quinquina de Loxa, qui prit dès lors le nom de Cinchona officinalis. De bonne heure, l’auteur du Systema natures donnai ce genre des limites trop étendues en plaçant à côté de l’espèce caractéristique un type relativement

(1) Lambert, An Illustration of tlie genus Cinchona. London, 1821.

(2) Klotzsch, in Hayne’s Arzneigewüchse , XIV. Berlin. — Klotzsch, Abhandlungen der Akademie des Wissenschaft. Berlin, 1857.

(3) Laubert, Mémoire pour servir à l’histoire des différentes espèces de quinquina ( Bulletin de pharmacie, II, Paris, 18 10). — Recherches botaniques , chimiques et pharmaceutiques sur le quinquina ( Journal de médecine, de chirurgie et de pharmacie militaires, II. Paris, 1810, p. 145). — Dictionnaire des sciences médicales. Paris, 1820, art. Quinquina.

(4) Bergen, Vcrsuch einer Monographia der China. Hambourg, 1820.

(5) Gobel et Kunze, Pharmaceutische Waarenkunde. Eisenach, 1827-1829, t. I.

(6) Pereira’s Materia medica. London, 1853, vol. II.

(7) Berg und Schmidt, Darstellung und Beschreibung sàmtlicher in der Pharmacopœa borussica aufgeführten offizincllen Gewiichse. Leipzig, 1859. II.

(8) Flückiger, Lehrbüch der Pharmacognosie des Pflanzenreiches. Berlin, 1867.

RUBIACÉES. — QUINQUINAS. 113

éloigné, le Cinchona caribœa , aujourd’hui Exostemma caribœum. Les botanistes qui vinrent après lui n’imitèrent que trop son exemple, et ce ne furent pas seulement les plantes voisines de la région cinchonifère, celles du Brésil, des Antilles, ou même de l’Amérique septentrionale, qu’ils firent entrer dans ce groupe ; l’ancien Monde eut aussi ses quinquinas : trois types bien distincts de l’Inde et de Bourbon prirent ce nom, devenu célèbre.

De Candolle, après quelques autres botanistes, s’efforça de mettre un peu d’ordre dans cette confusion, et de fixer la formule définitive du genre (1). 11 donna pour caractères distinctifs de ce groupe ceux que nous admettons encore aujourd’hui, à savoir : Rubiacées à deux loges polyspermes et à graines ailées, ayant : 1° les étamines cachées dans le tube de la corolle ; 2° les carpelles déhiscents de bas en haut par dédoublement de la cloison ; 3° les graines dressées et imbriquées les unes sur les autres; 4° le limbe du calice denté seulement jusqu’au tiers ou à la moitié de sa longueur, et persistant au sommet de la capsule.

L’auteur du Prodromus n’appliqua pas toujours exactement dans la pratique la règle qu’il avait posée. Il admit dans les vrais Cinchonas plusieurs espèces dont la capsule s’ouvre de haut en bas. Ce furent ces formes qu’Endlicher groupa plus régulièrement et dont il fit son sous-genre Cascarillci. Cette section fut bientôt élevée par Klotzschà. la hauteur d’un véritable genre, nommé par lui Ladenbergia (2). M. Weddell l’a adopté, avec quelques restrictions, sous le nom de Cascarillci, que nous emploierons avec la plupart des botanistes français, bien qu’il y ait quelque inconvénient à appliquer ainsi aux faux quinquinas une dénomination réservée par la langue usuelle aux véritables écorces officinales.

Ainsi défini, le genre Cinchona comprend des arbres d’une taille élevée ou de simples arbrisseaux [fg. 590 et 591). Leurs feuilles opposées, comme dans toutes les Rubiacées, sont toujours entières, mais très-variables dans leurs dimensions, leur forme et leur pubescence. Elles ont entre elles des stipules bien marquées, généralement libres et se détachant de bonne heure des rameaux. Les fleurs sontdisposées en cymes parfois corymbiformes, mais qui prennent le plus souvent l’aspect de panicules. Elles sont blanches, roses ou pourprées et d'une odeur agréable. Elles présentent, de l’extérieur à l’intérieur : un calice turbiné, soudé avec l’ovaire, à limbe 5-denté ; une corolle hypocratériforme, à tube cylindrique ou anguleux, à lobes lancéolés, garnis sur leur bord de poils lai-

(1) De Candolle, Mémoire sur les écorces officinales prises pour des quinquinas ( Bibliothèque universelle de Genève, sciences etarts, t. XLI, p. 144. Genève, 1829).

(2) Klotzsch, Hayne’s Arzneig , XIV, ad not., ad. t. XV.

Guiboubt, Drogues, 6e édition. T. III. — 8

neux blanchâtres ; cinq étamines incluses ou presque exsertes, à anthères linéaires plus ou moins longues que le filet ; un ovaire infère, à deux loges, contenant de nombreux ovules anatropes, attachés à des placentas linéaires, axiles ; un style simple et stigmate bifide. Le fruit estime capsule ovoïde, oblongue ou linéaire lancéolée, couronnée par le limbe du calice et s’ouvrant de bas en haut en deux valves, pour laisser échapper des graines nombreuses, bordées d’une aile régulièrement denticulée.

Les organes reproducteurs d’une même espèce de Cinchona présentent, dans leur longueur relative, des variations sur lesquelles M. Weddell a attiré l’attention, et qu’il est, en effet, trèsimportant dénoter. On pourrait sans cela se laisser aller à une illusion assez naturelle; et distinguer comme deux types distincts deux formes d’une seule et même variété. Tantôt les stigmates apparaissent à la gorge de la corolle, et alors les étamines sont très-courtes et cachées profondément dans le tube. Tantôt ce sont, au contraire, les étamines qui montrent au dehors l’extrémité supérieure de leurs anthères, tandis que les stigmates, portés sur un style extrêmement réduit, atteignent à peine la moitié de la hauteur de la corolle. Ces différences ne sont pas, du reste, les

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seule? ; il en est de plus appréciables à l’œil, et que savent apercevoir les cascarilleros ; bien qu’ils ne songent certainement pas à regarder aux détails de la fleur, ils distinguent les arbres d’une même espèce en males et femelles. Il semble, en effet, que le développement des étamines coïncide avec une vigueur plus grande de l’individu, avec une coloration plus marquée des feuilles, une épaisseur plus considérable de l’écorce. On sait, du reste, que cette prépondérance d’un verticille sur l’autre n’est point particulière aux Cinchona. Le genre Danais a dû son nom à cette espèce d’étouffement de l’un des sexes par l’autre ; les Luculia, les Rogiera, etc., dans les Rubiacées ; les primevères, les lins, les jasmins, offrent tous des particularités analogues.

Les Cinchona forment un genre très-naturel, dont les diverses formes passent souvent de l’une à l’autre par des transitions insensibles. Il en résulte, pour la distinction et le groupement des espèces, des difficultés qu’il n’est guère possible de surmonter par l’examen des échantillons toujours imcomplets d’un herbier. Les auteurs qui ont eu le privilège de voir les Cinchona vivants, et qui ont pu les étudier sous tous leurs aspects, sont loin de s’accorder eux-mêmes sur ce point délicat. Pavon, d’après les étiquettes d’herbier écrites de sa main, et dans sa « Nueva Quinologia » , multiplie tellement les espèces, que Klotzsch lui-même, qu’on n’accusera certainement pas d’exagérer la synthèse, se croit obligé d’en regarder plusieurs comme de simples variétés. M. Weddell (1) les réduit, au contraire, à un très-petit nombre. Devant des autorités aussi compétentes et avec des matériaux incomplets, nous n'osons prendre un parti définitif ; nous avouons cependant que toutes nos sympathies sont pour la méthode de M. Weddell. Sauf certains cas, où nous pousserions l’analyse plus loin que ce judicieux observateur, nous admettrons volontiers les couples spécifiques qu’il a établis ; mais, pour ne rien négliger et ne rien perdre des nombreux renseignements de la Nouvelle Quinologie de Pavon, nous passerons en revue tous les éléments qu’elle renferme, en les faisant entrer de la manière qui nous paraîtra la plus logique dans les cadres systématiques de M. Weddell.

Distribution géographique. — Les vrais quinquinas occupent, dans l’Amérique méridionale, une zone bien déterminée, dont nous allons indiquer les limites.

Si l’on jette les yeux sur une carte des régions tropicales de l’Amérique, on s’aperçoit tout d’abord que la Cordillère des Andes y forme deux chaînes qui, au sud, sont presque parallèles :

(I) Weddell, Histoire naturelle des quinquinas . Paris, 1849, in-fol.

ne»

DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

l’une est la Cordillère maritime ou Cordilera de la Costa: l’autre plus élevée est la Cordillère orientale ou seconde Cordillère . Après s’être rapprochés dans la république de l’Équateur, les deux cordons s’éloignent en divergeant dans la Nouvelle-Grenade et laissent place entre eux à une troisième chaîne, la Cordillère centrale : eux-mêmes prennent les noms de Cordillère orientale et Cordillère occidentale , en rapport avec leurs positions relatives.

C’est sur ces longues chaînes que s’étend la zone des quinquinas, sous la forme d’une vaste courbe à concavité tournée vers le Brésil, et qui semble servir de point de départ aux nombreux affluents du fleuve des Amazones. L’extrémité méridionale de la zone correspond au 19e degré de latitude australe, la pointe septentrionale au 10e degré de latitude nord. La célèbre localité de Loxa occupe ù peu près le milieu de la courbe, en même temps que son point le plus rapproché du littoral.

Cette longue bande est quatre fois interrompue à des distances inégales. Le premier tronçon, qui est aussi le plus considérable, occupe le revers oriental de la seconde Cordillère sur une partie de la Bolivie et toute la longueur du Pérou. Elle renferme les localités k quinquinas Calisaya, celles qui fournissent les écorces dites de Cuzco ; enfin les forêts de Huanuco, où se récoltent les quinquinas gris de Lima.

La seconde portion s’appuie d’abord sur la chaîne maritime pour regagner bientôt les flancs orientaux de la seconde Cordillère ; elle appartient presque tout entière à la République de l’Équateur, et fournit particulièrement les écorces de Loxa.

Les deux dernières bandes dépassent de très-peu les limites de la Nouvelle-Grenade: l’une d’elles occupe les deux versants de la Cordillère centrale: Popayan et Pitayo en sont les localités bien connues. L’autre s’étend au nord de Santa-Fé, le long de la vallée de Cauca, sur la pente ouest de la Cordillère orientale, coupe cette dernière chaîne à la hauteur de Pamplona, sous le 7e degré de latitude, pour se perdre peu à peu dans la direction de Caracas, dans le Venezuela.

La zone des quinquinas n’est pas moins bien limitée dans le sens vertical qu’en longueur et en largeur. Les espèces de ce genre ne peuvent vivre à toutes les altitudes. Ni les chaleurs tropicales de la plaine, ni le froid excessif des régions supérieures ne sauraient leur convenir; c’est à une élévation moyenne générale de 1600 à 2400 mètres qu’elles se plaisent d’ordinaire. Le niveau varie naturellement suivant l’éloignement de l’équateur, et aussi suivant les espèces. Aux extrémités de la zone, certains quinquinas peuvent descendre à 1200 mètres, tandis que M. de Humboldt en a vu s’élever jusqu’à 2980, et Caldas jusqu’à 3270

RUB1ACÉES. — QUINQUINAS. 117

mètres. L’aspect des cinchonas paraît varier suivant les hauteurs. Supérieurement, ilss’étendent au-dessus des forêts jusqu’à la région des gentianes, et y prennent la forme d’arbustes et d’arbrisseaux; dans la partie moyenne, ils sont associés à la végétation luxuriante des forêts tropicales, et atteignent la taille des arbres les plus élevés. Ils disparaissent au contact des premières plantes de la région basse.

§ 111. étude des écorces. — Les propriétés amères des quinquinas n’appartiennent pas exclusivement aux écorces; elles se retrouvent, bien qu’à un moindre degré, dans les feuilles et les tleurs, qu’on pourrait à la rigueur utiliser. Mais, dans la médecine européenne, nous n’avons guère à notre disposition ces organes délicats de la plante: les écorces seules nous arrivent parla voie du commerce, et c’est sur elles que doit se concentrer notre étude.

Depuis que Pelletier et Caventou ont retiré des quinquinas un principe auquel ils ont attribué les propriétés héroïques du remède, la richesse comparative des écorces a pu être très-approximativement calculée et leur valeur thérapeutique indiquée avec certitude. L’un des points les plus importants de l’étude des quinquinas s’est trouvé résolu: le pharmacien a eu dans les mains un moyen infaillible de vérifier l’efficacité de son médicament.

Mais d’autres questions, et des plus obscures, restaient encore à résoudre. L’origine des principales écorces du commerce, l’influence de Lexposilion, du sol, de toutes les conditions météorologiques sur la production des principes actifs, le siège de ces principes dans les organes du végétal et les modifications apportées par le développement de la plante: tous ces problèmes intéressants restent encore trop souvent sans réponse, malgré les travaux considérables des vingt dernières années.

Cet état imparfait de la quinologie se trahit par l’absence de classification rationnelle pour les écorces officinales. « Si, toutes les fois qu’une écorce se présente à nos yeux, nous connaissions les traits principaux de son histoire, rien ne serait plus simple que de lui assigner la place qu’elle devrait ocuper dans l’échelle de nos connaissances, elle irait tout naturellement se placer à côté de l’arbre qui la produit (1). » C’est là la seule classification naturelle, la seule qui puisse être définitivement admise dans la matière médicale, et, malgré les nombreuses difficultés qu’elle offre encore, c’est celle que nous croyons devoir adopter dans 1 étude spéciale que nous aurons à faire des quinquinas.

Mais c est seulement de nos jours que les travaux des quinolo-

(I) Weddel loc. cit., p. 22.

DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

gistes, et particulièrement ceux de M. Howard, ont rendu possible une pareille tentative. Auparavant, la plupart des renseignements nécessaires pour l’identification des espèces botaniques et des écorces commerciales faisaient trop souvent défaut, et c’était dans les écorces elles-mêmes ou dans quelque circonstance particulière de leur histoire quJon devait chercher les hases d’une classification. De là un certain nombre de systèmes, que nous devons brièvement rappeler, parce qu’ils ont été généralement admis et ont contribué à donner aux écorces leur dénomination usuelle.

Dès l’origine, les quinquinas ont été divisés en gris, rouges, jaunes et blancs, et c’est sous ces noms qu’ils sont encore connus dans le commerce. Voici, d’après M. Guibourt, les caractères de ces différentes classes :

« Les quinquinas gris contiennent, en général, des écorces roulées, médiocrement fibreuses, plus astringentes qu’amères, donnant une poudre d’un fauve grisâtre, plus ou moins pâle, contenant surtout de la cinchonine et peu ou pas de quinine.

« Les quinquinas jaunes peuvent offrir un volume plus considérable, sont d’une texture très-fibreuse et d’une amertume beaucoup plus forte et plus dégagée d’astringence. Ils donnent une poudre jaune ou orangée, et peuvent contenir une assez grande quantité de sels à base de chaux et de quinine pour précipiter instantanément la dissolution de sulfate de soude.

«Les quinquinas rouges tiennent le milieu, pour la texture, entre les gris et les jaunes : ils sont à la fois très-amers et astringents; leur poudre est d'un rouge plus ou moins vif; ils contiennent à la fois de la quinine et de la cinchonine.

«Les quinquinas blancs se distinguent par un épiderme naturellement blanc, uni, non fendillé, adhérent aux couches corticales. Ils contiennent, soit un peu de einchonime, soit un autre alcaloïde plus ou moins analogue, lis sont peu fébrifuges et ne peuvent guère compter au nombre des quinquinas médicinaux (1). »

Nous n’avons pas à critiquer ici ce système, qui a les qualités et les défauts d’une classification tout artificielle. Insistons seulement, à son occasion, sur un fait maintenant bien établi et qu’il est important de ne pas méconnaître. Dans un pareil groupement, les écorces provenant d’un même arbre peuvent se trouver très-éloignées les unes des autres dans des classes différentes, tandis que des produits d’espèces très-différentes se rencontrent

(1) Guibourt, Histoire naturelle des drogues simples, 4e édit. Paris, 1850, t. 111,

RUBIACËES. — QUINQUINAS. 119

i souvent côte à côte. «Presque constamment, nous ditM. Weddell, les quinquinas gris ne sont que les jeunes écorces des mêmes arbres qui donnent les quinquinas jaunes et rouges. »

; Quelques auteurs ont groupé les quinquinas d’après leur pays d’origine: Bolivie, Pérou, Équateur et Nouvelle-Grenade, distinguant encore les principales localités cinchonifères de ces divers États. Tel est l’ordre suivi parPereira (1) et par MM. Delondre et Bouchardat.(2) En réalité, ils n’ont fait que généraliser un système partiellement employé dans les ouvrages classiques ; depuis longtemps on donnait à certains groupes de quinquina le nom de localités célèbres : Loxa, Huanuco, Cuzco, Jaen ou Huamalies, etc., etc.

(Enfin, M. Weddell (3) a proposé, en attendant mieux, une classification fondée sur la structure anatomique des écorce#; il a, de cette manière, ouvert la voie de recherches intéressantes qui ont, plus que toutes les autres, conduit à la véritable méthode de classement.

Lorsqu’on veut comparer deux écorces entre elles, celle d’un arbre vivant, par exemple, avec une espèce commerciale, il ne suffit pas de regarder aux caractères extérieurs ; il faut encore s’assurer, avant d’identifier les deux espèces, qu’il n’y a pas de différence radicale dans leur structure intime. Ceci nous amène à traiter une question importante, que nous avions jusqu’ici réservée : l’étude microscopique des écorces de quinquina. De nombreux auteurs s'en sont occupés après M. Weddell : MM. Berg (4), Schleiden (3), Klotzsch, Earsten, Howard, Phœbus, etc. (6). Résumons brièvement le résultat de leurs recherches. j—

Etude microscopique. — Il est impossible de juger de la structure d’une écorce adulte par les échantillons d’herbier. L’âge amène de tels changements dans ces organes, qu’un rameau tout jeune ne saurait donner une idée de la constitution intime des branches ou du tronc. 11 faut donc, pour se faire une idée exacte de ces productions d’âges différents, les examiner séparément l’une après l’autre.

Un jeune rameau de Cinchona ovatci (fig. 593) a présenté à M. Weddell (7) :

(1) Pereira, Matériel medica.

(2) Delondre et Bouchardat, Quinologie.

(3) Weddell, toc. cit. , p. 23.

(4) Voir Berg et Schmidt, toc. cit., XV, a-b.

(5) Schleiden, Handbuch derbolan. Pharmacognosie. Leipzig, 1857.

(G) Philipp Pliœbus, Die Delondre- Bouchardatschen Chinarinden. Giessen, 1 8 (î 4 . (7) Weddell, loc. cit., 18.

DICOTYLÉDONES CALÏCIFLORES.

1° En dehors, une rangée de cellules épidermiques brunâtres, souvent à moitié détruites ou confondues avec des thallus de lichens.

2° Plusieurs rangées de cellules oblongues, comprimées de dehors en dedans, d’un brun foncé, ne devenant pas transparentes dans l’alcool ; elles constituent le cercle résineux, bien connu des marchands de quinquinas, et caractérisent nettement les jeunes écorces de certaines espèces. Ce n’est au fond qu’une simple modification du suber, mais assez marquée pour avoir mérité un nom spécial.

3° La tunique ou enveloppe cellulaire , ou encore enveloppe herba- . cée, formée de cellules oblongues, comprimées de dehors en de-

Fig. 5P3. — Coupe transversale d’une très-jeune écorce de C. ovata, destinée à montrer la disposition des différentes couches qui peuvent constituer une écorce de cinchona, avant que les progrès de la végétation soient venus les modifier (*).

dans; les extérieures contiennent de la chlorophylle, les autres se remplissent de matières résineuses ou de grains de fécules.

4° Une ou deux séries de lacunes analogues aux vaisseaux laticifères.

5° Quelques fibres corticales éparses, au milieu d’un tissu cellulaire tout jeune, dont les cellules deviennent plus tard régulièrement polygonales et se gorgent de matières résinoïdes.

A mesure que la branche devient plus âgée, le nombre des fibres corticales augmente, les lacunes tendent à disparaître, certaines cellules de la couche herbacée se modifient ; il se forme enfin dans le suber des couches très-denses de cellules tabulaires, isolant les parties extérieures des portions vivantes de l’écorce, et amenant fatalement leur mortification. Ces couches extérieu-

( ) ep, restes de 1 épiderme ; s ia tunique subéreuse ou cercle résineux ; cc, l’enveloppe cellulaire; la, lacunes gorgées, de même que les cellules de la couche précédente, de matières résineuses dont il faut les vider pour apercevoir leurs parois; l, liber; fl' fibres corticales (Weddell, Quinquinas, pl. lI,Jig. 42).

RUBIACÉES. — QUINQUINAS. 121

res, où les sucs ne circulent plus, se détachent très-facilement et ne sont que rarement conservées dans les échantillons des grosses, branches ou du tronc. M. Weddell a donné à leur ensemble le nom de périderme ; c’est Yépiderme de beaucoup d’auteurs, Venves des cascarilleros ( Dedeckung des Allemands). Ce périderme varie beaucoup d’épaisseur et de structure, suivant que les bandes de suber tabulaire, qui le limitent, pénètrent plus ou moins profondément dans les couches vivantes de l’écorce. Parfois ces bandes n’isolent et n’éliminent que quelques minces couches subéreuses ; d’autres fois elles pénètrent dans les couches herbacées ; parfois même elles entament le liber de manière à ne laisser au-dessous d’elles que cette portion intérieure de l’écorce. Ce qui reste au-dessous du périderme a été appelé derme par M. Weddell.

Dans une écorce du commerce encore recouverte de son périderme, nous pouvons distinguer trois zones principales, qui sont, de l’extérieur à l’intérieur : les couches subéreuses, l’enveloppe cellulaire ou herbacée, les couches du liber.

Nous n’avons rien à ajouter à ce que nous avons dit des couches subéreuses.

La couche cellulaire présente au contraire quelques particularités qui méritent attention. Parmi les cellules du parenchyme, il en est qui se font remarquer par une multitude de petits granules grisâtres solubles dans les acides nitrique et chlorhydrique. A un grossissement plus considérable, ces granules présentent toute l’apparence de cristaux. Les cellules qui les contiennent prennent de cette circonstance le nom de cellules à cristaux ( Cristalzellen des Allemands, cristal-cells des Anglais). Elles n’appartiennent pas exclusivement aux couches herbacées, on les rencontre aussi quelquefois au milieu des fibres du liber. On trouve aussi dans les mêmes zones d’autres cellules à parois ligneuses plus ou moins épaisses, qui contiennent dans leur cavité une matière d’un brun rougeâtre d’apparence résineuse ; on les a nommées cellules à résine ( Harzzellen des Allemands; Saftzellen, Berg et Schmidt; resin-cells des Anglais). Quand les couches incrustantes sont assez nombreuses pour remplir toute la capacité de la cellule, on donne à ces cellules le nom de cellules pierreuses ( Steinzcllen , Berg et Schmidt).

Les lacunes ou vaisseaux laticifères ( Milchsaftzellen , Phœb.; Saftfasern, Schleiden; Saftrœhren, Berg et Schmidt; sap-cells des Anglais), que nous avons vus exister entre le liber et la couche herbacée, persistent quelquefois pendant toute la vie de la plante; mais ils sont, dans tous les cas, moins développés que dans le jeune âge.

DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

Les fibres corticales sont entourées d’un tissu cellulaire analogue à celui de l’enveloppe herbacée, au milieu duquel pénètrent des rayons médullaires de dimensions très-diverses., Ces rayons traversent quelquefois toute la zone intérieure, pour*pénétrer et se perdre dans le parenchyme de l’écorce moyenne. Outre les fibres corticales, complètement développées ( Bastzellen ou Bastfasern des Allemands), le liber contient çà et là des cellules fibreuses ( Faserzellen ) longues et étroites, à parois moins épaisses, qui ne sont probablement que des fibres corticales en voie de formation.

Les divers éléments que nous venons de passer en revue peuvent servir de base à autant de systèmes de classification pour les

Fig. 594. — Coupe transversale d’une très-petite portion du Fig. 695. Coupe longitudinale du liber du liber du C. Calisnya , vue sous un grossissement très- Calisaya, parallèle à la direction ( fort rayons médullaires rm' {**).

écorces officinales, mais tous n’ont pas à ce point de vue la même valeur ; il en est de plus importants les uns que les autres, et, pour les choisir, le seul moyen est de chercher ceux qui fournis-

(«) rW!j rayons médullaires prolongés dans l’écorce; fl, fibres corticales; — cc, tissu cellu laire (Weddell, Quinquinas, pl. II, fig. 33).

(**) Weddell, Quinquinas, pl. II, fig. 36.

RUBIACÉES. — QUINQUINAS. 123

| sent les caractères les moins variables dans les divers échantillons ' d’une même espèce.

Les recherches de M. Pliœbus (1) me paraissent laisser peu de i doutes à ce sujet ; elles établissent que les fibres corticales sont | l’élément qui doit être mis en première ligne ; viennent ensuite, ; dans l’ordre de leur importance, les vaisseaux laticifères, les cellules à résine et à cristaux, enfin les fibres corticales en voie de i formation, les Faserzellen.

Aussi M. Weddell a-t-il (2) été bien inspiré en fondant sur la ( considération des fibres corticales la caractéristique des trois types principaux autour desquels peuvent se grouper tous les r quinquinas, o—

Les espèces choisies comme types sont les Cinchona Calisaya, C. scrobiculçita , C . pubescens.

1° Une grosse écorce de Calisaya , telle que nous l’offre le commerce, est privée de son périderme et présente une texture fibreuse sur ses deux faces. La coupe transversale (fig. 594) montre au microscope une trame parfaitement homogène, composée de fibres de grosseur sensiblement égale, réparties assez uniformément au milieu d’un tissu cellulaire gorgé de matières résineuses. Sur la coupe longitudinale (fig. 595), ces fibres paraissent courtes et fusiformes, et à peine adhérentes par leurs extrémités avec les fibres qui les avoisinent.

2° Telle n’est point la structure du Cinchona scrobiculata. Dans une écorce de cette espèce, également dépouillée de son périderme, les deux faces sont de nature toute différente ; l’intérieure restant toujours fibreuse, l’extérieure est de texture celluleuse. La coupe transversale (fig. 596) montre des fibres corticales nombreuses et rapprochées à la partie interne de l’écorce, mais diminuant de nombre dans la partie moyenne et disparaissant complètement à la périphérie. Ces fibres sont d’ailleurs deux fois plus longues (fig. 597) que celles du Calisaya, et leurs extrémités sont complètement soudées avec celles qui les avoisinent.

3° Les écorces du C. pubescens présentent une structure tout aussi spéciale (fig. 598 et 599). Comme dans le cas précédent, la surface interne est fibreuse, l’externe celluleuse ; les fibres corticales forment des séries irrégulières et concentriques dans la moitié interne de l’écorce; elles sont enveloppées d’un tissu cellulaire abondant; leurs dimensions sont très-considérables, trois ou quatre fois plus que celles des types précédents, ce qui résulte de ce que plusieurs d’entre elles sont soudées ensemble et réunies en faisceau.

(J) Pliœbus, loc. cit., p. 17-28.

(2) Weddell, loc. cit., p. 23.

vu

DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

Ces trois types forment le centre d’autant de groupes encore incomplètement déterminés, mais qui, dans leur ensemble, ne cadrent pas trop mal avec la distribution systématique des Cinchôma. Les recherches des micrographes paraissent du moins au-

Fig. 596. — Coupe transversale d’une petite portion du liber du Fig. 597. — Coupe longitudinale d

C. scrobiculata, vue sous le même grossissement que les su- du C. scrobiculata (*‘).

jets des figures 594 et 59 5 (*).

toriser cette conclusion, et c’en est assez pour que la botanique systématique ne néglige point cette nouvelle source de caractères, où elle pourra sûrement puiser de précieux renseignements.

Ce qui paraît en tout cas bien démontré pour le moment, c’est que, dans les diverses portions d’une même écorce, la disposition des fibres corticales est foncièrement la même. Il en résulte un moyen de juger presque à coup sûr de l’identité spécifique de deux échantillons. Aux caractères trop souvent variables de la co- (*) (**)

(*) Pour obtenir des préparations qui aient le degré de netteté que l’on observe dans les figures 594, 596 et 599, il faut débarrasser l’écorce des matières résineuses qui engorgent ses cellules. Il suffit pour cela de baigner dans un peu d’alcool les parties que l’on veut examiner sur le porte-objet du microscope. Si c’est une coupe transversale que l’on veut étudier, il faut avoir soin d’humecter un peu l’écorce avant de la diviser et de se servir d’un instrument bien tranchant, sans quoi les tissus se mettent en poussière, et il devient impossible de saisir leurs rapports (Weddell, pl. II, fig. 35).

(**) Les sujets des figures 595, 597 et 599, de même que ceux des figures 594, 596 et 598, ont été grossis du même nombre de diamètres (Weddell, Quinquinas, pl. II, fig. 38).

RUBIACÉES. — QUINQUINAS. 125

loration et des apparences extérieures, vient se joindre un signe d’une tout autre valeur, qui tient à la constitution même du sujet à classer. On conçoit quelle a dû être l’utilité d’un pareil moyen

pour la recherche des origines botaniques des divers produits commerciaux.

Le C. Calisaya et le C. pubescens sont les plus caractérisés de ces types : ils forment pour ainsi dire les deux pôles opposés du genre Cinchona. Autour du premier se groupent les espèces qui représentent le mieux ce genre, les Cinchona vrais, riches en alcaloïdes ; autour du second, au contraire, se trouvent les espèces les plus inférieures, ne contenant que très-peu de principes actifs. Ces dernières confinent au genre Cascarilla, qui ne fournit aucune espèce vraiment officinale. La structure anatomique indique bien ce rapprochement. « On remarquera, dit M. Weddell, que les écorces des Cascarilla se rapprochent, par leurs caractères anatomiques, des écorces de Cinchona de qualité inférieure, (*) (**)

(*) Weddell, Quinquinas, pl. II, fig. 34

(**) Weddell, Quinquinas, pl. II, fig. 3'

DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

à cela près que, dans ces dernières, la soudure des fibres du liber n’atteint jamais le même degré que dans une écorce de Cascarilla (1). »

Malgré les rapports bien évidents de ces espèces inférieures avec les Cascarilla , le genre Cinchona reste parfaitement limité. Les caractères anatomiques, d’accord avec les résultats des analyses chimiques, légitiment, en effet, la séparation en deux types distincts d’espèces qu’on dirait au premier abord congénères, et qui ne diffèrent dans leurs traits extérieurs que par une particularité bien peu essentielle en apparence, le mode de déhiscence de la capsule. M. Karsten (2) a indiqué avec détails ces différences anatomiques entre les deux genres; elles peuvent se résumer en quelques lignes.

l°Les cellules fibreuses restent souvent incomplètement développées et présentent toujours une lumière beaucoup plus large dans les Cascarilla que dans les Cinchona ; 2° les lacunes ou vaisseaux laticifères persistent beaucoup plus longtemps dans les Cascarilla; les espèces vraiment officinales de quinquinas n’ont jamais de pareils vaisseaux dans les branches de vingt ans et plus; 3° les cellules à cristaux sont beaucoup plus rares dans les quinquinas que dans le genre voisin; 4° enfin, et c’est le caractère qui paraît le plus important après celui des fibres corticales mentionné par M. Weddell, tandis que les cellules à résine existent dans l’écorce interne des Cinchona, c’est surtout dans les couches externes des Cascarilla qu’elles se développent. C’est ce caractère, sur lequel paraît insister l’auteur de Y Histoire naturelle des quinquinas dans la note suivante : « Comme conséquence de cette soudure des fibres corticales entre elles, on voit le tissu cellulaire interposé aux fibres du liber beaucoup moins abondant et surtout moins gorgé de sucs résineux dans les faux que dans les vrais quinquinas. D’un autre côté, la tunique cellulaire des Cascarilla est généralement imprégnée d’une matière gommo-résineuse plus abondante et plus tenace que dans la couche analogue de l’écorce des Cinchona. Elle doit même à la présence de ces sucs une telle dureté, qu’à ce seul signe on peut souvent reconnaître avec certitude un faux quinquina (3).

Nous pourrions montrer encore ici les relations qui unissent la structure anatomique à la richesse des écorces en alcaloïdes ; mais il nous paraît plus convenable d’étudier auparavant ces produits eux-mêmes.

(1) Weddell, loc. cit., note de la page 78.

(2) Karsten, Medic. Chinarenden Neu-Granada's , p. 41-49. — Ex How., loc. cit.

(3) Weddell, loc. cit., note de la page 78.

RUBIACEES. — QUINQUINAS.

Principes immédiats des quinquinas. — L’analyse chimique des diverses espèces de quinquinas a fait connaître, jusques à aujourd’hui, les principes suivants : quinine , cinchonine , quinidine , einchonidine , aricine , acides quinique , cinchotannique et quinovique , rouge de quinquina , matière colorante jaune, matière grasse de couleur verte , amidon , gomme et cellulose. Sans insister sur ces produits, nous allons indiquer brièvement les principaux traits de leur histoire.

1° Quinine. — Isolée pour la première fois en 1820, par MM. Leli letier et Caventou, cette substance a pris depuis lors une importance énorme. Obtenue du sulfate de quinine au moyen de l’ammoniaque, elle forme une masse blanche, poreuse, friable et amère. Sa formule est C40H24Az2O4; on l’obtient en masse résineuse en la dissolvant dans l’alcool et laissant évaporer spontanément la liqueur.

La quinine se dissout dans 240 parties d’eau bouillante, 400 parties d’eau froide, 2 parties d’alcool bouillant et 00 parties d’éther.

Elle produit un grand nombre de sels, en se combinant avec les acides. Ces sels, facilement cristallisables, ont d’ordinaire un aspect nacré; ils sont très-amers et plus ou moins solubles dans l’eau, l’alcool et les éthers. Ils forment deux séries parallèles, l’une contenant les sels neutres (1 équivalent d’acide pour \ équivalent de base), l’autre contenant les sels acides (2 équivalants d’acide pour 1 de base).

Le plus important de tous ces sels est le sulfate, qui sert à la préparation de la quinine et de tous ses composés. Il est blanc, cristallisé en petites houppes soyeuses. Il s’effleurit à l’air, en perdant 12 parties de son eau de cristallisation. Il faut 740 parties d’eau froide et 30 parties d’eau bouillante pour le dissoudre. Il abandonne en bouillant deux équivalents d’eau.

Le sulfate acide ou bisulfate de quinine est beaucoup plus soluble dans l’eau, et à cause de cela beaucoup plus employé dans la pratique médicale. Il se forme immédiatement par l’addition d’une certaine quantité d’acide sulfurique au sulfate neutre, et c’est ainsi qu’on le prépare très-souvent au moment même de l’administrer, en ajoutant quelques gouttes d’eau de Rabel à la potion de sulfate neutre.

La quinine forme encore d’autres sels, employés en médecine, et dont l’usage se répandra probablement de plus en plus : ce sont des laclates, valérianates, tannates, tartrales, oxalates, etc., etc.

2° Cinchonine. — La cinchonine est, après la quinine, la base la plus importante. Elle est connue depuis 1810, époque à iaquelle

128 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

Gom^s l’obtint à l’état de pureté, mais sans constater ses caractères basiques. Elle existe surtout dans les quinquinas gris. Précipitée lentement de sa dissolution alcoolique, elle se présente en cristaux blancs, anhydres, formés de prismes quadrilatères terminés par des facettes obliques. Sa saveur est amère, moins cependant que celle de la quinine. Elle est moins soluble dans Peau et l’alcool, à peine soluble dans l’éther. Sa formule est C*°H1 2*Az202.

Elle forme avec les acides une série de sels correspondant à ceux de la quinine, et dont les plus importants sont le sulfate neutre et le sulfate acide.

3° et 4° Quinidine e, t Cinchonidine. — Sous le nom de quinidine, MM. Henry et Delondre avaient signalé en 1833 un alcaloïde particulier, qu’ils reconnurent plus tard n’être qu’un état d’hydratation de la quinine. Après eux, d’autres chimistes donnèrent ce nom à des produits différents, et il devint bientôt difficile de se reconnaître au milieu des divergences et même des contradictions dont cette base était l’objet. Ce ne fut qu’en 1833 que M. Pasteur débrouilla ce chaos. Il démontra que les quinidines des divers auteurs étaient des mélanges en proportions différentes de deux alcaloïdes distincts « ayant des formes cristallines, des solubilités et des pouvoirs rotatoires très-différents » (1). « L’une des bases, dit M. Pasteur, à laquelle je conserve le nom de quinidine, est hydratée, efflorescente, isomère avec la quinine, dévie à droite le plan de polarisation et possède, à l’égal de son isomère la quinine, le caractère de la coloration verte par addition successive du chlore et de l’ammoniaque. L’autre base, à laquelle je donne le nom de cinchonidine, est anhydre, isomère de la cinchonine , exerce à gauche son pouvoir rotatoire, et ne possède pas le caractère précité de la coloration verte. C’est elle qui est aujourd’hui la plus abondante dans les échantillons commerciaux. Il est toujours très-facile, en exposant à l’air chaud une cristallisation récente de cinchonidine, de reconnaître si elle renferme de la quinidine. Tous les cristaux de cette dernière base s’effleuriront immédiatement en conservant leurs formes, et se détacheront en blanc mat sur les cristaux de cinchonidine demeurés limpides. On peut également recourir au caractère de la coloration verte par le chlore et l’ammoniaque (2). » La quinidine et la cinchonidine, engagées dans une combinaison saline et soumises à l’action de la chaleur, se trans-

(1) Pasteur, Note sur la quinidine [Journal de pharmacie et de chimie, 3* série, t. XXIII, )853).

(2) Pasteur, Comptes rendus de l' Acad, des sciences, 1853, p. 110.

. RUBIACÉES. — QUINQUINAS. 129

forment en des produits isomères de ces bases, que M. Pasteur a appelés quinicine et cinchonicine ; ces alcaloïdes, très-amers et fébrifuges, s’obtiennent aussi par un traitement analogue sur la quinine et la cinchonine, de telle manière que « des quatre bases principales renfermées dans les quinquinas : quinine, quinidine, cinchonine, cinchonidine, les deux premières peuvent être transformées, poids par poids, en une nouvelle base, la quinicine, ce qui prouve qu’elles sont elles-mêmes forcément isomères; et les deux autres, dans les mêmes conditions, se transforment en une seconde base, la cinchonicine, ce qui prouve que de leur côté elles sont elles-mêmes forcément isomères (1). »

5° Aricine ou Cinchovatine. — Pelletier et Gorriol ont donné le nom d’ aricine à une substance blanche cristallisant en aiguilles rigides comme la cinchonine, et dont le principal caractère est de se colorer fortement en vert par l’action de l’acide nitrique concentré. Cette base a été découverte dans un quinquina d’Arica. M. Manzini avait aussi signalé dans le quinquina de Jaen un nouvel alcaloïde, qu’il avait nommé cinchovatine, mais qui n’est pas autre chose que V aricine, trouvée par M. Bouchardat dans la même écorce.

6° Acide quinovique. — Cette substance a été découverte par Pelletier et Gaventou dans le Quinquina nova, oh elle est probablement combinée à la chaux. Elle existe aussi dans certaines écorces très-riches en quinine, le Calisaya et le quinquina rouge, par exemple. Elle est blanche, amorphe, insoluble dans l’eau, soluble dans l’alcool et l’éther. Sa formule est Cl2H903. L’acétate de plomb, le bichlorure de mercure et les sels de cinchonine forment un précipité dans une dissolution de quinovate de magnésie.

7° Acide quinique. — Cet acide, dont la formule est C7H404 2HO, existe dans les écorces de quinquina en combinaison avec la quinine, la cinchonine et la chaux.

Les sels qu’il forme avec les deux premières bases sont trèssolubles dans l’eau, insolubles dans l’alcool à 36°, mais se dissolvent bien dans l’alcool plus faible.

8° Rouge cinchonique insoluble. — Ce corps, obtenu par Schwartz, est inodore, insipide, d’un rouge brunâtre, presque insoluble dans l’eau froide, peu soluble dans l’eau bouillante, davantage dans l’alcool et les alcalis : les acides favorisent sa dissolution dans l’eau. Les solutions alcalines sont d’un rouge intense. Berzélius et Schwartz regardent cette substance comme

(I) Pasteur, ibid.

Guibourt, Drogues, 6' édition.

130 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

le produit de l’oxydation du rouge cinchonique soluble (acide cinchotannique).

9° Rouge cinchonique soluble {acide cinchotannique). — Le rouge cinchonique soluble de MM. Pelletier et Caventou est une espèce d’acide tannique différant de celui de la noix de galle en ce qu’il forme un précipité vert avec les sels de sesquioxyde de fer, et en ce que, sous l’influence des alcalis, il absorbe très-facilement l’oxygène de l’air. Ses sels sont plus solubles que les tannates ordinaires.

10° Huile volatile de quinquina. — Cette huile, préparée d’abord par Fabroni, puis par Tromsdorf, s’obtient en distillant une solution de quinquina dans l’eau. L’huile vient flotter à la surface du liquide distillé; elle est butyreuse et a l’odeur particulière de l'écorce (1).

Ces divers produits sont loin d’avoir la même importance pour la pharmacie ; les seuls auxquels on ait attribué quelque valeur thérapeutique sont : la quinine, la cinchonine, la quinidine, la cinchonidine et les principaux sels de ces bases, enfin l’acide cinchotannique et le rouge de quinquina.

La quinine est trop connue comme fébrifuge pour que nous insistions sur ses propriétés ; ses sels et particulièrement le sulfate sont employés journellement à ce titre.

La cinchonine et ses combinaisons salines paraissent aussi douées des mêmes vertus, mais à un moindre degré; les doses de cette substance doivent être deux fois plus fortes que celles de la quinine.

Les propriétés de la quinidine sont beaucoup plus sujettes à discussion. Les inductions tirées à priori des rapports de cette base avec la quinine ne peuvent suffire à établir sa réputation. Il faut pour cela que l’expérience décide dans le même sens. Or les observations qui semblent indiquer son efficacité contre les fièvres intermittentes sont encore trop isolées pour qu’il soit permis d’en rien conclure de définitif. Pereira (2) dit avoir administré cet alcaloïde dans un hôpital de Londres, avec le même succès que le sulfate de quinine. M. Rampon m’assure, dans les notes qu’il a bien voulu me transmettre, que la quinidine est aussi efficace que sa congénère. « Pendant notre séjour dans la Nouvelle-Grenade, nous avons, dit-il, très-souvent employé l’écorce de ce quinquina (quinquina à quinidine, quinquina rouge et rosé de Mutis , d’après Delondre et Bouchardat) contre toute espèce de fièvres d’accès, toujours avec un

(1) Pereira, Materia medica , p. 1G51.

(2) Id. , ibid., p. 1666.

RUBIACEES. — QUINQUINAS.

plein succès, et quelquefois dans des cas où le sulfate de quinine pur avait échoué (1). »

Nous devons faire les mêmes réserves pour la cinchonidine, qui compte également quelques observations en faveur de son efficacité. Ce qu’il y a surtout de bien remarquable, c'est qu’elle existe en abondance dans l’écorce qu’on suppose avoir guéri la comtesse d’El Chinchon; la cure qui avait fait la réputation du quinquina devrait donc lui être en grande partie attribuée. INI. Howard (2), qui fait cette curieuse observation, croit pouvoir assigner à l’action du même alcaloïde un très-grand nombre de guérisons de fièvres intermittentes, traitées par le docteur Cullen à l’hôpital de Philadelphie.

A côté des principes fébrifuges des alcaloïdes du quinquina, mentionnons les substances astringentes et toniques, qui concourent puissamment aux effets salutaires de l’écorce. Ce sont surtout les deux variétés de l’acide tanni que auxquelles on a donné le nom de rouge de quinquina soluble et insoluble. Les effets des acides quinovique et quinique sont très-peu connus. Le premier est un amer qui doit participer des propriétés toniques de la plupart des éléments du quinquina.

Les diverses écorces de quinquina sont loin de contenir ces principes en égales proportions. Les unes sont principalement riches en quinine, d’autres en cinchonine, d’autres enfin en principes astringents ou aromatiques. Ces variations dans la richesse des écorces tiennent à deux circonstances principales : ï°à la valeur de l’espèce botanique qui fournit le quinquina ; 2° aux conditions dans lesquelles ont vécu les individus.

Les espèces qui se rangent autour du Calis<nja sont généralement regardées comme les plus riches en alcaloïdes ; ce sont principalement des arbres à feuilles lisses, glabres, luisantes, de dimensions moyennes, souvent scrobiculées : les espèces à feuilles grandes et pubescentes se rapportent le plus souvent au type du Cinclionu pubescens, inférieur au point de vue des produits officinaux.

La structure anatomique des écorces paraît être aussi un indice de leur richesse en quinine ou en cinchonine. C’est du moins ce que semblent prouver les recherches microscopiques de M. Weddell (3), confirmées par celles de M. Phœbus sur les écorces décrites par MM. Delondre et Bouchardat. Les espèces les plus riches en quinine sont celles qui se rapprochent le

(1) Rampon, noies inédites.

(2) Howard, l oc.cit ., Sub. Chaliuarguera.

(3) Weddell, loc. cil., 21-25.

132 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

plus dans leur structure anatomique du type Calisaya, et dont la fracture transversale est par suite courtement fibreuse sur toute son étendue. Les écorces à fracture filandreuse à l’intérieur, subéreuse à la partie externe, répondant par conséquent au type scrobiculata, sont moins riches en alcaloïdes; enfin, les plus pauvres en principes actifs et particulièrement en quinine, sont celles dont la fracture, cellulaire à l’extérieur, ligneuse dans les couches internes, rappelle celle du C. pubescens.

Ces faits paraissent actuellement bien établis. Ce qui l’est peut-être moins, c’est le siège des alcaloïdes dans l’écorce. Sur ce point important, deux opinions diamétralement opposées sont en présence.

M. Weddell a résolu la question de la manière suivante : « La quinine a de préférence son siège dans le liber, ou, pour parler plus exactement, dans le tissu cellulaire interposé aux fibres du liber, et la cinchonine occupe plus particulièrement celui qui constitue la tunique ou enveloppe cellulaire proprement dite (t). » Cette assertion repose sur ce que les écorces les plus riches en quinine sont celles qui ne contiennent que les couches du liber, tandis que celles où prédomine l’enveloppe cellulaire contiennent surtout de la cinchonine. Cette opinion a été adoptée et soutenue par plusieurs auteurs, et entre autres par M. Karsten (2). Des expériences directes semblent cependant la contredire ou lui enlever du moins le caractère de généralité qui lui est attribué. C’est M. Howard (3) qui a entrepris les recherches curieuses que voici :

Une écorce de Cinchona lanrifolia a été divisée en deux portions : l’une extérieure, contenant la couche cellulaire et quelques fibres corticales ; l’autre intérieure, uniquement formée des couches du liber. L’analyse chimique des deux portions a donné

les résultats suivants :

Pour la portion extérieure :

Quinine 1,18 p. 100.

Cinchonine et cinchonidine 1,02

Total 2,20

Pour la portion intérieure :

Quinine 0

Cinchonine et cinchonidine 0,93

Total 0,93

(t) Weddell, ibid.

(2) Karsten, Mémoire sur les écorces officinales de la Nouvelle-Grenade. ^3) Howard, Microscopicals observations, p. 4-5.

RUBIACEES. — QUINQUINAS.

Cette expérience, dont les conséquences sont tout à fait contraires aux idées de MM. Weddell et Karsten, s’est trouvée confirmée par une autre, faite sur les écorces de la même espèce.

Les écorces toutes jeunes, qui ne contiennent guère que l’en-

veloppe cellulaire, ont donné :

Quinine 1,07 p. 100.

Cinchonine et cinchonidine 0,88

Total 1,95

Les morceaux enroulés, d’un quart de pouce de diamètre :

Quinine 1

Cinchonine et cinchonidine 0,90

Total 1,90

Ceux d’un demi-pouce de diamètre, avec un liber très-développé :

Quinine 0,71

Cinchonine et cinchonidine 1,03

Total 1,74

Les mêmes expériences faites avecle quinquina rouge ont donné des résultats analogues.

Une circonstance que les derniers voyageurs ont surtout remarquée, pouvoit du reste faire prévoir une pareille solution du problème. Les conditions climatériques qui paraissent les plus favorables à la production des alcaloïdes sont les plus contraires au développement des fibres corticales. Les troncs qui ont prospéré dans les vallées chaudes des Andes, sont remarquables par la prédominance de leurs fibres sur les autres tissus : ils renferment peu de principes actifs. Les individus de la même espèce, sous l’iniluence des froids tempérés des hauteurs, deviennent au contraire riches en alcaloïdes, tandis que le tissu du liber cède la place aux zones cellulaires.

Celte influence de l’exposition et de la hauteur sur la richesse des écorces paraît bien constatée (1) pour plusieurs espèces, les C. lancifolia , C. Pitayensis, C. succirubra, etc., etc., et il est probable que les observations ultérieures ne feront que confirmer et étendre les résultats de ces premières recherches.

§IV. Commerce des quinquinas. — Le quinquina est l'un des articles les plus importants du commerce de l’Amérique tropi-

(I) Voir Howard, ibid., et passim.

134 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

cale. Le seul État de la Bolivie a donné, d’après M. Weddell (1), trois millions de livres d’écorce en deux ans (1850-1851), malgré les restrictions apportées à la récolte par le gouvernement; les autres régions cinchonifères ne sont pas moins productives.

Comment cette écorce est-elle récoltée? Quelles préparations subit-elle après sa séparation de l’arbre? Par quelles voies arrivet-elle jusqu’à nous? Ce sont tout autant de questions intéressantes qui méritent de nous arrêter quelques instants.

Rien n’est plus curieux que la récolte des quinquinas, telle que nous l’a dépeinte M. Weddell. Les difficultés de tous genres que rencontrent les cascarilleros à la recherche de ces espèces précieuses, sont au-dessus de toute idée, et elles font de cette première partie de l’opération commerciale le privilège presque exclusif des indigènes. Les quinquinas vivent rarement en groupe, le plus souventils setrouventisolésau milieu des forêts vierges : leurs troncs, chargés de lianes ou entourés d’une végétation luxuriante, échappent facilement à l’œil. Il faut, pour reconnnaître leur présence, savoir profiter du plus léger indice. «Souvent les feuilles sèches que rencontre le cascarillero, en regardant à terre, suffisent pour lui signaler le voisinage de l’objet de ses recherches, et, si c’est le vent qui les a amenées, il saura de quel côté elles sont venues. Un Indien est intéressant à considérer dans un moment semblable, allant et venant dans les étroites percées de la forêt, dardant la vue au travers du feuillage ou semblant flairer le terrain sur lequel il marche, comme un animal qui poursuit une proie, se précipitant enfin tout à coup, lorsqu’il a cru reconnaître la forme qu’il guettait, pour ne s’arrêter qu’au pied du tronc, dont il avait deviné pour ainsi dire la présence. Il s’en faut de beaucoup cependant que les recherches du cascarillero soient toujours suivies d’un résultat favorable; trop souvent il revient au camp les mains vides et ses provisions épuisées; et que de fois, lorsqu’il a découvert sur le flanc de la montagne l’indice de l’arbre, ne s’en trouve-t-il pas séparé par un torrent ou par un abîme ! Des journées peuvent alors se passer avant qu'il atteigne un objet que, pendant tout ce temps, il n’a, pour ainsi dire, pas perdu de vue (2) . n

Arrivé au pied de l’arbre, le cascarillero le coupe aussi près que possible de la racine ; il le débarrasse ensuite des arbres voisins qui le soutiennent, ou des lianes qui l’entourent. Alors seulement le tronc et les branches principales sont accessibles, et la décortication peut commencer. L’écorce, débarrassée du

ilJWeddel, Voyage dans la Bolivie. Paris, 1 8 i 9 , in-8. (2) Weddell, Hist. nat. des quinquinas , p. 10.

RUBIACÉES. — QUINQUINAS. 135

périderme par un massage préalable, est profondément incisée jusqu’au contact des couches ligneuses; des lignes longitudinales circonscrivent de longues planchettes rectangulaires ; le couteau pénètre ensuite dans la couche génératrice et sépare peu à peu l’écorce des parties profondes. La même opération est répétée sur les branches et sur les rameaux, avec la seule différence que le périderme est conservé dans ces portions plus jeunes de la plante.

Les écorces doivent ensuite être séchées, et c’est un des points importants de leur traitement; car leur qualité peut varier du tout au tout, suivant le soin qu’on aura mis à cette opération. Les grosses écorces doivent rester plates, et, pour leur conserver cette forme, « après une première exposition au soleil, on les dispose les unes sur les autres en carrés croisés, comme sont disposées les planches dans quelques chantiers, et, sur la pile quadrangulaire ainsi composée, on charge quelque corps pesant. Le lendemain, les écorces sont remises pendant quelque temps au soleil, puis de nouveau rétablies en presse, et ainsi de suite; on laisse enfin se terminer le dessèchement dans ce dernier état (1).» Ce sont les écorces en plancha ou tabla. Les écorces des jeunes branches ( canutos ou canutillos) sont en cylindres creux, et elles prennent d’elles-mêmes cette forme par la simple exposition au soleil.

Toutes ces opérations terminées, il reste encore au cascarillero la tâche la plus difficile : il doit transporter lui-même son fardeau à travers les sentiers de la forêt que, libre, il a déjà eu tant de peine à parcourir. «Il y a tel district où il faut que le quinquina soit porté de la sorte pendant quinzeo u vingt jours avant de sortir des bois qui l’ont produit (2). »

Le cascarillero est d’ordinaire au service d’une compagnie, et il rapporte son butin à un majordome chargé de veiller à la récolte. Ce dernier s’établit au voisinage de la forêt et reçoit les écorces qui lui arrivent de divers côtés. 11 les choisit et en fait des espèces de bottes, enveloppées et cousues dans un gros canevas de laine, qu’il expédie à dos d’homme ou de mulet dans les dépôts voisins. Les écorces sont alors emballées dans des caisses, ou enveloppées d’un cuir frais qui se dessèche sur elles; ces derniers ballots portent le nom de surons et serons. C’est sous ces deux formes que sont expédiés les quinquinas par les différents ports du Pacifique ou de l’Atlantique.

Le centre le plus ancien d’exploitation est sans contredit celui

(1) Weddell, Hist. nat. des quinquinas .

(2) Weddell, ibid.

136 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

de Loxa, dans la république de l’Équateur. C’est de cette localité que provenait probablement le quinquina qui guérit la comtesse d’El Chinchon ; c’est là que La Condamine rechercha la première espèce de Cinchona, et déjà à cette époque elle y était devenue rare. Des écorces d’apparences diverses en ont été successivement exportées : la forme primitive [old crown bark) a été depuis longtemps remplacée dans le commerce par des formes très-voisines, désignées sous le même nom générique, et qui appartiennent comme elles à la classe des quinquinas à base de cinchonine. Toutes nous arrivent d’ordinaire par le port de Payta, soit en caisses, soit en surons.

C’est dans le même port que s’embarquent les quinquinas de Jaen, bien moins célèbres que les précédents et dont l’époque d’introduction dans le commerce est très-incertaine. Jaen est de la même zone à quinquina que Loxa et relativement peu éloigné de cette localité.

La région voisine du Chimborazo, qui s’étend sur le revers oriental de la chaîne maritime depuis cette haute montagne jusqu’à PAssuay, est la patrie du quinquina rouge, si apprécié de nos jours par sa richesse en principes actifs. L’arbre provenant de ce district était probablement exploité dès la seconde moitié du xvme siècle. En 1779, le commerce en reçut des écorces pour la première fois. Leur aspect tout nouveau inspira d’abord de la méfiance; mais bientôt les négociants anglais en apprécièrent toute la valeur, et dès lors les demandes ont été toujours en augmentant. Les quinquinas de cette espèce arrivent par la voie de Guayaquil en caisses et en surons; leur exploitation paraît relativement bornée, à en juger par la rareté des écorces et leur prix excessif.

Jusqu’en 1776, les quinquinas de l’Équateur furent les seuls répandus dans le commerce. Mais, à cette époque, don Francisco Renquifo découvrit de nouvelles espèces à Cuchero et à Huanuco, dans le bas Pérou, et cette partie des possessions espagnoles commença dès lors à fournir son contingent à la médecine. Les écorces connues sous le nom de quinquina gris de Lima ou de quinquina de Huanuco, se répandirent surtout vers 1785 et furent en grande réputation jusqu’en 1815. Depuis lors, elles n’arrivent que rarement dans le commerce, et le district de Huanuco produit principalement des écorces plates sans épiderme, qui rentrent dans la catégorie des quinquinas jaunes. Callao, port de Lima, a toujours été le point d’embarcation de ces produits péruviens.

En même temps que le Pérou, la Nouvelle- Grenade offrait au gouvernement espagnol de nouvelles richesses. Au milieu d’é-

RUBIACÉES. — QUINQUINAS. 137

corces très-inférieures en qualité, ce pays envoyait à la métropole des quinquinas jaunes dont la valeur ne saurait être aujourd’hui contestée ; mais diverses causes, et probablement la juste défaveur jetée sur quelques produits provenus de la même source, discréditèrentces espèces et les firent rejeter du commerce espagnol. Les Anglais, les Allemands, les Italiens en firent plus de cas, et, depuis vingt ans environ, «ces quinquinas ont acquis une telle vogue, qu’ils entrent aujourd’hui pour plus de moitié dans la consommation générale, et que leurs prix rivalisent avec ceux des Calisaya et leur sont même supérieurs.

« Leurs principaux marchés sont Londres, Paris et New-York. Ils sont surtout appliqués à la fabrication du sulfate de quinine, et l’on ne saurait en évaluer en moyenne à moins de 12,000 balles l’exportation annuelle.

« Ils viennent en général en sacs de cuir connus sous le nom de surons ou serons , du poids de 50 ü 60 kilogrammes, quelquefois en sacs de grosse toile d’aloès, jamais en caisses.

« Les principaux ports d’exportation sont Sainte-Marthe ou Savanilla, plus rarement Carthagène sur la mer des Antilles, et Buenaventura sur le Pacifique (1). »

Vers la fin du dernier siècle s’ouvrait également au commerce européen un centre important d’exploitation. Les forêts de la Bolivie fournissaient une écorce d’une valeur supérieure, longtemps méconnue à cause de l’engouement général pour les écorces de Loxa et du Pérou, mais qui devait cependant se faire une des premières places parmi les produits de l’Amérique méridionale. C’était le quinquina Calisaya, dont la concurrence devint redoutable pour les autres espèces, quand l’analyse chimique eut démontré, en 1820, qu’il l’emportait sur toutes en principes actifs. Dès lors, les cascarilleros se répandirent dans les forêts de la Bolivie, et menacèrent par leurs exploitations de faire disparaître tous les C . Calisaya. Le gouvernement dut prendre des mesures, régler la coupe des arbres, et finalement monopoliser la récolte, en traitant directement avec une compagnie, seule autorisée à l’exploitation. C’est par cet intermédiaire que les écorces arrivent en Europe, Elles sont en surons et s’embarquent à Arica, sur la côte du Pérou. Une tentative récente, faite par M. Rada, permet d’espérer que ces quinquinas si importants

(1) Rampon, notes inédites. (Les notes inédites que M. Rampon avait bien voulu nous fournir en 1864 pour notre travail sur les Quinquinas, ont été reprises avec de nouveaux développements dans Y Annuaire de thérapeutique de M. Bouchardat pour l’année 1866.)

DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

pourront nous arriver plus facilement et à moins de frais par la voie de l’Amazone et de ses affluents (1).

A part ces produits importants, il s’en est introduit dans le commerce un grand nombre de qualités inférieures, exportés quelquefois comme espèces distinctes, mais le plus souvent mêlés aux écorces actives. Tels sont par exemple les quinquinas Huamalies, arrivant d’ordinaire avec les quinquinas gris, depuis la fin du dix-huitième siècle ou le commencement du dix-neuvième ; les écorces de Cuzco, qui ont paru en 1829 à la fois à Bordeaux, à Hambourg et en Angleterre, et qui servent trop souvent aujourd’hui à falsifier le quinquina Calisaya; enfin le quinquina de Maracaybo, qui ne contient que très-peu d’alcaloïdes , et se trouve probablement depuis une vingtaine d’années dans le commerce européen.

§ Y. Introduction des quinquinas a java et dans les indes anglaises (2). — A côté de ces centres d’exploitation qui s’épuisent à fournir l’Europe de quinquinas, nous pouvons heureusement signaler un certain nombre de points où, grâce à la prévoyance de gouvernements éclairés, sont établies ces espèces précieuses, et où elles ont toutes chances de se multiplier toujours davantage. La Hollande, d’une part, l’Angleterre, de l’autre, ontla gloire de cette grande entreprise, que la France, à la sollicitation de M. Weddell, avait tentée la première, et dont elle a fourni aux autres puissances les premiers matériaux. C’est en effet des serres du muséum, et des graines apportées parM. Weddell, que sont sortis les premiers plants de Cinchonas qui ont été plantés comme essai dans les Indes hollandaise et anglaise (3).

Le gouvernement hollandais a le premier mis sérieusement la mainàl’œuvre. EnI8o2, le ministre des Colonies proposa lui-même la culture des quinquinas dansl’îlede Java, et sa proposition fut approuvée. M. Charles Hasskarl, antérieurement attaché au Jardin de Buitenzorg, à Java, fut chargé de cette mission difficile. Il partit presque aussitôt pour Lima, traversa les deux Cordillères, et arriva dans la province de Jauja; mais ce fut surtout vers le district de Carabaya qu’il poussa ses investigations. Il fit dans cette province une provision de jeunes plants de Calisaya, et, après les

(1) Voir Howard, Journal of bolamj brilish and foreiyn , n° lxxi, novembre 1808, p. 323.

(2) Nous engageons toutes les personnes qui désireraient avoir sur ce sujet des détails plus nombreux que ceux que nous pouvons donner ici à lire l’intéressant rapport de MM. Léon Soubeiran et Augustin Delondre : De l'introduction et de l'acclimatation des Cinchonas dans les Indes Néerlandaises et dans les Indes Britanniques (Bulletin de la Société impériale d'acclimatation, années 1807-1868).

(3) Voir Weddell, sur la culture des quinquinas ( actes du congrès international de botanique , 1867).

RUBIACEES. — QUINQUINAS.

avoir soigneusement empaquetés, de façon à les garantir à la fois des froids excessifs des hautes régions et de la chaleur tropicale de la plaine, il retourna vers la côte, chargé de ce riche butin. Une frégate l’attendait au port d’Islay, sur laquelle étaient préparées des caisses à la Ward. Grâce à ces précautions, les quinquinas arrivèrent à Batavia en décembre 1854, sans avoir trop souffert de leur trajet. Une forêt de Liquidambar Altingiana avait été détruite pour leur faire place, et c’est sur ce nouveau sol, à cent milles environ de Batavia, qu’ils furent d’abord transplantés. On s’aperçut bientôt que cette position ne leur convenait guère. Le niveau était trop peu élevé, et par suite les chaleurs trop fortes pour les quinquinas. Un champignon (espèce de Rhizomorphd) se développait entre l’écorce et le bois et menaçait de compromettre tous les plants ; un ennemi d’un autre genre, un insecte du genre Dermestes ou un Bostrischus attaquait profondément le bois, de telle sorte que toute la récolte du docteur Hasskarl aurait été bientôt perdue si l’on n’avait changé les conditions d’existence des jeunes arbres, en les transportant dans un endroit plus frais et plus élevé.

Deux espèces, de valeur très-inégale, formaient le fond de cette récolte : le C. Calisaya , et une espèce nouvelle décrite par M. Howard sous le nom de Pahudiana , pauvre en principes actifs. C’est cette dernière qui s’est le mieux trouvée des conditions climatériques de Java. En 1859 elle ne comptait pas moins de 98, 838 pieds jeunes ou déjà en pleine terre de C. Pahudiana, et seulement 3, 201 Calisaya ; à ces deux espèces principales, il fallait joindre alors :

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