‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 3)Chapitre 133 sur 176 · TÉRÉBINTHACÉES. — BAUME DE LA MECQUE · texte numérisé non relu

TÉRÉBINTHACÉES. — BAUME DE LA MECQUE

suave que l’on recueille à part et qui est réservée pour l’usage des dames turques ; en continuant l’ébullition, il s'élève à la surface de l’eau une huile plus épaisse et moins odorante, qui est destinée au commerce.

Pendant longtemps, ainsi que je l’ai dit ailleurs (1), je n’ai pu énoncer que d’une manière vague ou douteuse les véritables caractères du baume de la Mecque, faute d'en avoir eu à ma disposition un échantillon authentique; mais, en 1838, M. Benjamin Delessert, ayant bien voulu me permettre de puiser dans un flacon qui avait été rapporté d’Égypte par M. le professeur Delile, j’ai pu dire alors à quels caractères on peut reconnaître la pureté de ce produit célèbre, et qui est d’un prix très-élevé, môme dans les contrées qui nous le fournissent.

Le baume de la Mecque de M. Delessert était renfermé dans un flacon sphérique, bouché en cristal ; il pouvait y en avoir 900 grammes. Renfermé dans ce vase depuis la glorieuse expédition d’Égypte, ce baume s’était séparé en deux couches : une supérieure, liquide, mobile et presque transparente ; une inférieure, opaque, épaisse et glutineuse. Ayant môlé le tout par l’agitation, le baume a pris la consistance uniforme et la demiopacité qu’il doit avoir lorsqu’il est récent.

Ce baume offre alors la consistance et presque l’aspect du sirop d’orgeat, mais avec une teinte fauve que ne doit pas avoir le sirop. Il a une odeur très-forte, analogue à celle de quelque plante labiée que je ne puis déterminer; cette odeur s’affaiblit promptement à l’air, et alors elle devient suave, tout à fait particulière, e't ne peut plus être comparée qu’à elle-même. La pureté et la suavité de cette odeur affaiblie forment déjà un bon caractère du baume de la Mecque. Sa saveur est très-aromatique, amère cl finit par devenir âcre à la gorge.

Une gouttede baume de la Mecque liquide, que l’on fait tomber dans un vase plein d’eau, pénètre d’abord dans le liquide à une certaine profondeur, puis remonte à la surface et s'y étend aussitôt instantanément et complètement en une couche très-mince et nébuleuse , qui , vue à la loupe , présente une infinité de petits globules uniformément répartis sur toute la surface. Cette couche de baume, touchée avec un poinçon, s’y attache et s’enlève avec lui, comme le ferait une térébenthine. En attendant quelques instants, le baume devient assez solide, à cause de la prompte évaporation de son essence, pour que le tout s’enlève en une seule masse consistante. Ce caractère, indiqué par Prosper Alpin (2), est d’une grande

(1) Guibourt, Observations de pharmacie, de chimie et d'histoire naturelle, Paris, 1 -i 3S .

(2) P. Alpin, Dialogue du baume, traduction d’Antoine Collin, Lyon, 1819, p. 61.

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exactitude et un des meilleurs pour reconnaître la pureté du baume. J’ai pu l’observer sur un baume très-ancien, presque épaissi en consistance de térébenthine, et d’une couleur un peu brunâtre; seulement le baume reste un peu longtemps sous l’eau et est un peu de temps à s’étendre à la surface.

Une goutte de baume liquide, versée sur un papier collé, s’y étend un peu, mais ne pénètre pas le papier et ne le rend pas translucide. Après douze heures d’exposition à l’air, le baume est devenu assez consistant et assez tenace pour que, en pliant le papier en deux, on ait peine ensuite à le séparer sans déchirure.

5 grammes de baume, traités par 30 grammes d’alcool à 90 degrés, forment un liquide blanc comme du lait, qui ne devient transparent qu’après un repos de huit à dix jours. Alors on trouve au fond du liquide un dépôt glutineux, formé par une résine insoluble dans l’alcool et qui est analogue à celle de Yhymenœa cour-baril. Cette résine se dessèche promptement sur un papier collé, sans le traverser et sans le rendre transparent.

Enfin le baume de la Mecque, trituré avec un huitième de son poids de magnésie calcinée, ne se solidifie pas, comme le font la térébenthine des pins et des sapins et plusieurs baumes de copahu. Tels sont les caractères du vrai baume de la Mecque.

Ce baume, à Tétât de pureté, est rare, mais n’est pas introuvable. J’en avais vu antérieurement chez plusieurs pharmaciens et droguistes, et, après avoir connu celui de M. B. Delessert, j’en ai acheté deux fois du semblable, renfermé dans des bouteilles carrées en plomb, de la contenance de 2d0 grammes environ. Mais il faut dire que la plupart des droguistes n’en ont que de falsifié, et que plusieurs même vendent, de bonne foi, de la térébenthine de Chio ou du baume du Canada pour du baume de la Mecque. Antérieurement à 1838, j’avais moi-méme acheté d’un brocanteur une grande bouteille en plomb de baume de la Mecque, que je regardais comme bon et qui était cependant altéré avec de l’huile, ainsi que je l’ai reconnu depuis. Comme il peut être utile d’en exposer les coraclères, les voici :

Ce baume est semblable, pour la consistance sirupeuse et la demiopacité, à celui de M. Delessert; mais il aune teinte jaune verdâtre que n’offre pas ce dernier.

Dans le vase en plomb qui le renferme, il présente une odeur forte qui tient un peu du romarin. En vieillissant dans un flacon de verre en vidange, fermé en liège et quelquefois ouvert, l’odeur s’affaiblit et se rapproche beaucoup de celle du baume vrai ; cependant on y découvre quelque chose de rance, et le bouchon blanchit, comme cela a lieu avec les huiles rances.

La saveur en est aromatique, âcre et amère.

Une goulle versée sur l’eau s’y étend inégalement comme le fait l’huile; elles yeux ou les dessins formés sur l’eau sont miroitants et transparents, au lieu d’etre nébuleux et opaques. La couche résiueuse

TEREBINTIIACEES. — BAUMIER DE LA MECQUE.

ne peut ê!re soulevée avec un poinçon, môme après vingt-quatre heures d’exposition à l’air.

Une goutte versée sur du papier collé le pénètre après quelque temps et le rend translucide. Le baume ne s’y dessèche pas, même après plusieurs jours d’exposition à l’air, et les deux moitiés du papier, pliées et appliquées l’une contre l’autre, se séparent sans effort et sans déchirure.

Ce baume, traité par l’alcool rectifié, le blanchit comme le véritable; mais le dépôt qui s’y forme à la longue est un liquide épais, gras au toucher, et qui tache le papier à la manière d’une huile grasse.

Cette huile n’existe dans le baume qu’en petite quantité, niais elle suffit pour lui imprimer des caractères bien tranchés de celui qui est pur de tout mélange (1).

Fruit du Baumier de la Mecque, ou Carpobalsamum.

Ce fruit est d’un gris rougeâtre, gros comme un petit pois, allongé, pointu par les deux bouts, et marqué de quatre angles plus ou moins apparents. Il est composé d’un brou desséché et rougeâtre, d’une saveur très-faiblement amère et aromatique ; d’un noyau blanc, osseux, convexe d’un côté, marqué d’un sillon longitudinal de l’autre, et insipide; enfin, d’une amande huileuse d’un goût agréable et aromatique. Ce fruit entier n’a pas d’odeur sensible; il ressemble un peu au cubèbe, ou poivre à queue ; mais celui-ci est plus arrondi, plus foncé en couleur, plus ridé, non ligneux, et jouit d’une saveur âcre, amère, trèsaromaticjue, tout à fait différente. Le fruit du baumier entre dans la thériaque.

Buis de Baumier, OU Xylobalsamum.

Ce bois, tel qu’on le trouve dans les droguiers, se compose de petites branches.longues de 16 centimètres, épaisses comme de petites plumes à écrire, marquées alternativement de tubercules ligneux qui sont un reste des petites branches secondaires fort courtes, qui portent les fleurs mâles (i fi g . 717 «). L’écorce est d’un brun rougeâtre et marquée de stries longitudinales régulières; le bois en est blanchâtre, dur, d’une odeur douce trèsfaible et d’une saveur nulle, ce qui ne doit pas surprendre, vu l’ancienneté de cette substance dans les droguiers, et la facilité avec laquelle elle perd son odeur première, d’après Prosper

(t) Il est possible que cette petite quantité d’huile provienne de l’amande du fruit du baumier. On lit dans quelques auteurs, qu'on altère le baume de la Mecque en y mêlant le produit oléo-résineux et aromatique provenant de l’expression du carpobalsamum.

fî 10 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

Alpin (I). Cette substance est exactement représentée dans Matthiole (2).

J’ai trouvé dans le commerce deux autres substances vendues comme Xylobalsamum. La première est formée de petits bouts de branches longs seulement de 11 à 14 millimètres, épais de 2 millimètres au plus, couverts d’une écorce rougeâtre, très-rugueuse et à stries transversales et non longitudinales. Cette substance a une saveur aromatique un peu amère et une odeur douce et agréable, lorsqu’elle est en masse. Froissée dans la main, elle développe une odeur forte, analogue à celle du romarin. Cette substance appartient aux petites branches secondaires de Findividu mâle (fiy. 7 18). Elle est évidemment préférable aux rameaux inodores que j’ai décrits d’abord.

L’autre dernière substance, trouvée dans le commerce, est composée de petits fragments grisâtres, anguleux, d’une odeur de genièvre, qui sont en effet l’extrémité des rameaux du genévrier commun.

Myrrhe.

La myrrhe est une gomme-résine dont l’usage, comme aromate et comme médicament, remonte à la plus haute antiquité. Elle est prescrite dans Y Exode (3), sous le nom de mur, la première des substances aromatiques les plus exquises qui doivent composer l’huile sainte. Les Grecs la nommaient Smyrna ou Myrrha , et la supposaient produite par les pleurs de la mère d’ Adonis, après que les dieux compatissants l’eurent changée en arbre pour la soustraire à la vengeance de son père Cyniras.

La myrrhe découle en Arabie et en Abyssinie d’un arbuste épineux que l’on a longtemps pensé pouvoir être un acacia, mais que Forskal avait regardé antérieurement comme un végétal térébinthacé, voisin de son Amyris kataf. Cette dernière opinion a été confirmée par MM. Ehrenberg et Hemprich, naturalistes prussiens, qui, dans un voyage dans le Dongolah et l’Arabie, ont rapporté des spécimens de l’arbre à la myrrhe.

[L’herbier de Ehrenberg contient deux plantes très-voisines, dont l’une a été décrite par Nees d'Esenbeck sous le nom de Balsamodendron myrrha , indiquée comme la vraie plante à la myrrhe, et acceptée pendant longtemps comme telle. Ce n’est que vers 1863 que ü. Berg étudiant les exemplaires de Ehrenberg s’aperçut que la plante, indiquée par Ehrenberg lui-même comme laissant découler cette substance, n’appartenait pas à

( J \ prosper Alpin, Dialogue du baume. Traduction, p. 76.

(2) Matthiole, Édition de G. Bauhiu, p. 60.

(3) Exode , ch. xxx, 23.

TÉRÉBINTHACÉES. — MYRRHE.

>*) t, rameau fructifère du Balsamodendron E hrenbergianum (arbre produisant la Myrrhe) (de grandeur naturelle) ; 2, capsule uniloculaire et monosperme (par avortement) ; 3, coupe transversale de la capsule et de la graine ; 4, embryon à cotylédons foliacés.

5-9, Balsamodendron Gileadense. b, fleur mâle (grossie) ; 6, coupe (grossie) de la Heur mâle d’ovaire y existe, mais à l’état abortif) ; 7, grain de pollen (grossi) ; 8, Heur femelle (les étamines y existent, mais à l’état abortif) ; 9, coupe de l'ovaire (à 2 carpelles, à 2 loees bi-ovulées).

Pig. 719 — Dessiné par Germain de Saint-Pierre d'après Berg et Schmidt (*).

DICOTYLÉDONES CALIC1FLORES.

l'espèce décrite par Nees, mais bien à une espèce voisine à laquelle il a donné le nom de Balsnmodendron Ehrenbergianum{\) et dont nous donnerons la figure (fig. 719 a) d’après cet auteur (2). Ce Bohamodendron présente des rameaux inermes ; les plus jeunes sont répandus çà et là sur les branches, très-raccourcis, et portent à leur extrémité deux ou trois feuilles composées ternées, pétiolées, recouvertes de poils fins, à folioles entières obovales, la terminale pétiolulée, souvent obeordée. Le fruit ressemble au carpobalsamum, à cela près qu’il est terminé par le style persistant et recourbé : il est solitaire sur un pédoncule plus court que lui. Le B. myrrha de Nees diffère de cette espèce par ses rameaux terminés en pointe aiguë, ses feuilles glabres sessiles, ses folioles dentées au sommet, dont les deux latérales sont beaucoup plus petites que la terminale (3).]

La myrrhe choisie, et telle que les pharmaciens doivent l’employer, est sous forme de larmes pesantes, d’un volume trèsvariable, rougeâtres, irrégulières, comme efflorescentes à leur surface, demi-transparentes, fragiles, brillantes et comme huileuses dans leur cassure. Les plus gros morceaux offrent, dans leur intérieur, des stries opaques et jaunâtres, demi-circulaires, qui paraissent dues à une dessiccation moins parfaite, et que l’on a comparées à des coups d’ongle, d’où est venu à cette myrrhe le surnom de unguiculée. Les uns et les autres ont une saveur amère, âcre, très-aromatique, et une odeur forte et aromatique toute particulière. On doit rejeter la myrrhe qui est en masses agglomérées, noirâtres, mélangées d’écorces de l’arbre qui la produit ou d’autres impuretés. On prépare avec la myrrhe plusieurs teintures alcooliques. Elle entre dans la thériaque, la confection de safran composée (ci-devant d’hyacinthes), le baume de Fioravcnti, et dans l’élixir de Garus, auquel elle communique l’odeur qui y domine.

Suivant l’analyse de Brandes, la myrrhe est composée de :

Huile volatile

Résine molle

— sèche

Gomme soluble

— insoluble

Sels à base de potasse et de chaux

Impuretés

Perte

(1) Berg, Darstellung und Beschreibung der offizinellen Gewiichse. Leipzig, 1843, IV, pl. xxxix, d.

(2) M. Oliver {Flora of tropical Africa, 1368) regarde le B. Ehrenbergianum de Berg comme ia môme espèce que le B. opobalsamum , Kunt.

(3) Voir sur le siège de la myrrhe dans les tiges de Balsamodendron : Léon

TÉRÉBINTHACÉES. — BDELLIUM. 513

M. Bonaslre (1) a signalé l’existence de plusieurs substances qu’il nomme myrrhe nouvelle ou fausse myrrhe, mais qu’il ne me paraît pas avoir nettement distinguées. L’une de ces substances est celle qui sera décrite tout à l’heure sous le nom de Bdellium de l'Inde , caractérisée par sa couleur brunâtre, sa cassure inégale, résineuse, molle et collante par places, sa saveur très-amère et térébinthacée. Une autre est celle que je nomme Bdellium opaque , reconnaissable à son opacité blanchâtre et cireuse, et à sa saveur amère, un peu gommeuse, nullement âcre à la gorge. La troisième est une espèce de myrrhe jaunâtre, en grosses larmes d’une transparence imparfaite, toujours amère, mais surtout d'une très-grande âcreté à la gorge. Toutes ces substances peuvent être attribuées, sans invraisemblance, à diverses espèces de Balsarnodendron, voisines de celles que j’ai déjà nommées. y

Bdellium.

Suivant Dioscoride, le bdellium est une larme produite par un arbre du pays de Saracène, en Arabie, qui est amère, trans-

I lucide, ayant l’aspect de la colle de taureau, grasse en dedans, se liquéfiant au feu, et répandant une fumée odorante. On en connaît une autre sorte apportée de l’Inde, qui est noire, sale, agglomérée en gros morceaux, d’une odeur d’aspalathe. Enfin on en trouve une dernière espèce qui tient le second rang pour la bonté, qui est résineuse, livide, venant de Pétra (Arabie).

Le commerce d’aujourd’hui nous offre aussi trois sortes de bdellium, qui paraissent être les mêmes que celles de Dioscoride.

Bdellium d’Afrique. Ce bdellium est probablement la première sorte de Dioscoride. Je lui donne le nom de bdellium d Afrique, parce qu’on le trouve toujours mêlé en petite quantité à la gomme du Sénégal, et qu’on l’a quelquefois fait venir séparément de cette contrée et de la côte de Guinée; mais il en vient aussi d’Arabie qui paraît être de même nature. Il est en larmes arrondies, de 25 à 30 centimètres de diamètre, d’un gris jaunâtre, ou rougeâtre, ou verdâtre, demi-transparent, d’une cassure terne et cireuse; en vieillissant il devient tout à fait opaque et comme farineux à sa surface. Il a une odeur faible qui lui est particulière et une saveur amère. [M. Fliickiger (2) en

Marchand, Sur l'origine, la provenance et la production de la myrrhe : lu à la Société linnêenne de Paris, le 31 aoiit 18GG.

(1 ) Bonastre, Journal de pharmacie, t. XV, p. 281 .

(2) Fliickiger, Gummi und Bdellium vom Sénégal ( Schweizer . Voschenschrift fur Pharmacie , 1 809, n°*G, 7 et 8. — M. Fliickiger pense que l’analyse de Pelletier, donnée par Guibourt dacq la 4' édition, ne se rapporte pas au vrai Bdellium.

Guibocrt, Drogues, 6« édition.

T. ÎH. — 33

DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

ri 1 4

a retiré par l’alcool bouillant 70,3 de résine; le reste est une gomme complètement soluble dans l’eau, mais qui diffère de l’arabine en ce qu’elle n’est précipitée de sa dissolution ni par le chlorure de fer ni par le borax. Il n’existe que des traces inappréciables d’huile essentielle.]

Ce bdellium est produit au Sénégal par un arbrisseau épineux haut de 3 mèt/es, et de ia famille des Térébinthacées, qu’Adanson avait désigné sous le nom de Niottout, et que Richard et Guillemin (I) ont décrit sous le nom de Heudelotia africcina.

Il appartient au genre Balsamodendron, et porte aujourd’hui le nom de Balsamodendron africanum. La seule circonstance qui paraissait contraire à cette origine, c’est que les larmes de bdellium recueillies par M. Perrottet sur cet arbrisseau n’étaient guère plus grosses que des pois, et il fallait, ou que le bdellium du commerce fût produit par une espèce différente, ou que le niottout put devenir un arbre plus fort et plus élevé que M. Perrottet ne l’avait vu. Cette objection a été levée par M. Caillé, qui a trouvé le niottout dans l’intérieur de l’Afrique, sous la forme : d’un arbre élevé et d’une grosseur proportionnée. 11 a également été trouvé dans le royaume d’Adel ; d’où il est probable qu’il traverse l’Afrique de part en part, et rien n’empêche de penser qu’il ne croisse également en Arabie.

Bdellium de l’Inde. Cette substance est en masses noirâtres, souvent salies de terre à l’extérieur, et mélangées de tiges ligneuses et d’une écorce feuilletée comme celle du bouleau; elle a une cassure terne ou brillante, et presque toujours l’une et l’autre à la fois, offrant comme un suc résineux, poisseux et brillant, qui exsude par gouttes d’une masse gommo-résineuse terne. Exposée entre l’œil et la lumière, elle paraît translucide et d’un gris brunâtre; elle a une odeur assez forte et une saveur trèsamère et âcre, accompagnée tantôt d’un léger arôme de myrrhe, tantôt d’un goût fortement térébinthacé . Cette substance se rapproche de la myrrhe et est vendue par les droguistes sousle nom de myrrhe de l'Inde. C’est elle également que M. Bo- ) naslrc a décrite sous le nom de myrrhe nouvelle première espèce (2).

Il est extrêmement probable, ainsi que l’a pensé M. Royle, >1 que le bdellium de l’Inde est produit par YAmyris commiphora , Roxb. ( Balsamodendron Boxburghii Arnott), qui porte dans l’Inde le nom de googool , googul ou googula. En effet Roxburgh dit (3) que le tronc et les principaux rameaux de cet arbre sont

(1) Richard et Guillemin, Flore de Sénégambie.

(2) Bonastre, Journal de pharmacie, t. XV, p. 273.

(3) Roxburgh, Flora indica, t. II, p. 245.

TÉRÉBINTIIACÉES. — ENCENS. 515

couverts d’une pellicule légère etcolorée, comme celle du bouleau, qui s’exfolie de temps en temps, en laissant à nu une enveloppe verte et unie qui, successivement, produit de nouvelles exfoliations : on vient de voir que le bdellium de l’Inde présenleun débris d'écorce tout à fait semblable. A côlé du Balsamodendron Roxburghii, il faut placer le Balsamodendron Muckul Hooker du Scinde, qui donne une gomme-résine, semblable au Bdellium de l’Inde et porte de même dans le Béloutchistan le nom de googul (I).

Bdellium opaque. Je désigne ainsi un suc gommo-résineux, d'origine inconnue, que j’ai sous forme d’une larme ovoïde, large de 4 centimètres et longue de près de 8 centimètres; il est I jaunâtre comme de la cire jaune à moitié décolorée, uniformément laiteux, presque opaque, d’une saveur très-amère un peu aromatique, et nullement âcre à la gorge.

Olibau, OU encens.

L’oliban est une gomme-résine qui a été apportée de tous temps de l’Arabie, où elle est produite par un arbre encore inconnu, assez semblable au lentisque. On a cru pendant longtemps, mais à tort, que cet arbre était le Juniperus Lycia, L. On sait maintenant que ce sont des arbres de la famille des Burséracées, le Bosivellia papyrifera de Hochstetter et peut-être le B. sacra de Flückiger, qui fournissent l’encens soit de l’Arabie, soit des côtes nord-est de l’Afrique.

Le premier de ces arbres, qui est Y Amyris papyrifera de Del il le, le Bosvellia (loribunda de Royle, le Plœsslea floribunda d’Endlicher, forme, avec les acacias, le fond des forêts des réj gions du Somal et de toute la vallée du Nil bleu jusqu’au Kordofan. Son aspect est très-remarquable : son tronc, haut d’une vingtaine de pieds, de la grosseur d’un homme à sa base, n’ayant au sommet qu’un pied de diamètre, porte de longs jets minces recouverts de fleurs en décembre, de fruits mûrs en avril et seulement de juin en octobre d’un petit nombre de feuilles composées, pinnées, à folioles lancéolées. Les couches extérieures de l’écorce présentent la particularité, qui a fait donner son nom à l’espèce, de se diviser en un grand nombre de couches minces ressemblant â du papier huilé.

Le Boswellia sacra se trouve dans la partie de l’Arabie qui a été regardée depuis longtemps comme le vrai pays de l'encens :

(l) Voyez Stokes, On two Balsam-trees from Scinde (TF. Hooker Journal of Bolany and new Gardens , II, 1850).

DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

il s’étend depuis le pays de Marah sur la côte sud-est de l’Arabie jusque dans le grand désert central. M. Fliickiger le distingue du B. papyrifera par ses folioles crépues, ovales-obtuses, par son inflorescence plus simple, par son fruit plus comprimé, enfin par la circonstance qu’il porte en même temps des feuilles, des fleurs et des fruits.

C’est à ces arbres et peut-être aussi à quelques autres Bosivellia qu’il faut rapporter la production de l’encens. On a admis jusqu’à ces derniers temps qu’une partie de l’encens, celui qui nous arrive sous le nom d’encens de l’Inde était produit dans ce pays par le Bosivellia serrata , découvert en 1809 par Colebrooke : mais on sait maintenant que cette espèce donne en effet une gomme- j résine aromatique, employée en guise d’encens dans le pays, | mais qui n’est jamais venue en quantité considérable dans le commerce européen. L’encens qui arrive en Europe découle tout entier des arbres d'Arabie ou d’Abyssinie. Une partie nous arrive directement d’Afrique par la mer Rouge : l’autre passe d’abord par l’Inde. De là les deux sortes d’encens qu’on connaît dans le commerce sous le nom d’encens d’Afrique et d’encens de l’Inde, et qui diffèrent, non par leur nature, mais par leur qualité (I).

Encens d’Afrique. Cet encens est formé d’un certain nombre de larmes jaunes, mêlées d’une quantité plus considérable de larmes et de marrons rougeâtres. Les larmes les plus pures sont oblongues ou arrondies, la plupart d’un petit volume, d’un jaune pâle, peu fragiles, à cassure terne et cireuse, non transparentes. C’est ce défaut de transparence qui les distingue du mastic, auquel elles ressemblent beaucoup. Mises dans la bouche, elles se ramollissent sous la dent comme le mastic, et offrent une saveur aromatique faiblement âcre; elles jouissent d’une odeur assez marquée, analogue à celle de la résine de pin et de la résine tacamaque réunies.

Les marrons sont rougeâtres, faciles à ramollir entre les doigts, ïj d’une odeur et d’une saveur beaucoup plus fortes que les lar- j mes, souvent mêlés de débris d’écorce, et, ce qui les distingue i surtout, contenant une quantité assez considérable de petits i cristaux de spath calcaire (carbonate de chaux) dont plusieurs u sont d’une régularité parfaite (M. Marchand). On trouve également de ces cristaux isolés dans le menu des ballots; il est * très-probable qu’ils ont été ajoutés par fraude à la résine.

Les larmes rougeâtres tiennent le milieu pour la couleur, la

(1) Voir sur cet article Flückiger, Lehrbuch der Pharmacognosie, page 31.

'•.) DcCandolle, Prodromus , t. II, p. 7G.

TÉRÉBINTIIACÉES. — ÉLÉMI. 317

saveur et l’odeur, entre les larmes jaunes et les marrons; elles ne sont pas à dédaigner sous le rapport des propriétés ou de l’usage qu’on en peut faire comme aromate.

Encens rte l’Inde. Cet encens arrive en caisses d’un poids r considérable; il est presque entièrement formé de larmes jaunes demi-opaques, arrondies, généralement plus volumineuses que celles de l’encens d’Afrique; les plus grosses larmes sont à peine rougeâtres et contiennent peu d’impuretés; il jouit d’une saveur parfumée et d’une odeur forte qui tient beaucoup plus de tacamaque que de la résine de pin. Cet oliban est, avec raison, plus estimé que le premier.

L’oliban n’est qu’en partie soluble dans l’eau et l’alcool; il se fond difficilement et imparfaitement par la chaleur, brûle avec une belle flamme blanche lorsqu’on l’approche d'une bougie, enfin donne une petite quantité d’huile volatile à la distillai tion.

D’après l’analyse de M. Braconnot, 100 parties d’oliban sont : composées de : résine soluble dans l’alcool, 56,0; gomme . soluble dans l’eau, 30,8; résidu insoluble dans l’eau et dans l’al- : cool contenant probablement une résine insoluble dans ce dernier, 5,2; huile volatile et perte, 8,0 (1).

On distingue dans les anciens traités de drogues simples deux . sortes d’oliban ou d’encens : l’un mâle, l’autre femelle. Le premier se compose des larmes les plus nettes, les mieux déta- ■ chées, les plus pures; le second, des larmes moins sèches, ordinairement irrégulières et soudées ensemble. Ces noms ridicules peuvent être oubliés.

L’oliban a, de toute antiquité, été brûlé dans les temples, en l’honneur de la divinité. Cet usage, qui a passé dans l’église catholique, tire son origine de l’habitude où ont été presque tous les peuples de sacrifier des animaux, ce qui remplissait leurs temples d’émanations désagréables, souvent putrides, et nécessitait l’emploi des vapeurs aromatiques, le seul moyen qu’ils connussent d’y remédier.

En pharmacie, l’oliban fait partie de la thériaque, de l’alcoolat de Fioravenli, de différents emplâtres, etc. /

Ù 11 ésiue élvmi.

On adonné d’abord le nom d 'élémi à plusieurs résines d’Amérique, jaunes et très-odorantes, produites par différents arbres de la tribu des Burséracées et de celle des Amyridées. Ensuite et

(1) Braconnot, Ann. chim., t. LVIII, p. CO.

DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

assez récemment, lorsque la résine élémi est sortie du domaine de la matière médicale pour entrer dans celui des arts industriels, on a fait venir des résines plus ou moins analogues de toutes les parties du monde, et notamment de la côte occidentale d’Afrique, de Madagascar, de l’Inde, des îles Malaises et des Philippines. Enfin, on apporte des mêmes pays, et surtout d’Amérique, un grand nombre d’autres résines nommées chibou ou cachibou , tacamahaca ou tacamaque, alouchi, aracouckini, car a que, etc., toutes retirées d’arbres des mêmes tribus et jouissant de propriétés plus ou moins semblables, ce qui rend l’histoire de ces produits et leur distinction fort difficiles à faire.

Geoffroy distinguait deux sortes d’élémi :une vraie ou 6* Ethiopie, en masses cylindriques souvent enveloppées de feuilles de roseau ou de palmier; et une fausse ou d'Amérique , en masses considérables, de couleur blanchâtre, jaunâtre, verdâtre, etc., produite par un arbre du Brésil, nommé icicariba . Ces deux sortes d’élémi existent toujours dans le commerce, mais toutes deux viennent d’Amérique; et celle du Brésil, que Geoffroy nommait fausse , est aujourd’hui la plus estimée et est considérée comme le vrai type de la résine élémi. Il ne vient pas d’élémi d’Éthiopie; l’erreur de Geoffroi était causée par l'idée que l’on avait eue d’abord que cette résine n’était autre chose que la gomme d’olivier mentionnée par les anciens, et qui avait disparu du commerce. Il est possible même que ce soit lâ l’origine du mot élémi , dont la racine paraît être à'Aatoç, nom grec de l’olivier.

I. Résine élémi «lu Brésil. L’arbre qui produit cette résine a été décrit par Pison et Marcgraff sous le nom d 'icicariba ( Icica icicariba , DC.). La résine en découle abondamment, à la suite d’incisions faites au tronc. On la récolte vingt-quatre heures après, et on la renferme dans des caisses qui peuvent en contenir 100 à 150 kilogrammes. Elle est molle et onctueuse, mais elle devient sèche et cassante par le froid ou par la vétusté. Elle est demitransparente, tantôt d’un blanc jaunâtre assez uniforme, mêlé de points verdâtres ; tantôt formée de parties larmeuses dont la couleur varie du blanc jaunâtre au jaune et au vert jaunâtre. En vieillissant, elle prend une teinte jaune plus foncée et plus uniforme. Elle a une odeur forte, agréable, analogue à celle du fenouil, et due à une essence qu’on peut en retirer par la distillation. Comme elle doit en partie ses propriétés à cette essence, il faut la choisir récente, pas trop sèche et bien odorante. Elle a une saveur très-parfumée, douce d’abord, mais devenant très-amère après quelque temps de mastication. Elle est soluble, en partie seulement, dans l’alcool froid, entièrement soluble dans l’alcool bouillant, à l’exception des impuretés qu’elle peut contenir, et

TÉRÉBINTI1ACÉES. — ÉLÉMI. 519

Ila dissolution bouillante et concentrée laisse déposer, par le refroidissement, une résine aiguillée, blanche, opaque, très-lé- ; gère, inodore et insipide, qui a reçu le nom d ’élémine (t).

I La résine élémi contient, suivant M. Bonastre :

Résine transparente, soluble dans l’alcool froid CO

Élémine 24

Essence 12,50

Extrait amer 2

Impuretés 1,50

La résine élémi du Brésil est quelquefois falsifiée avec du gali-

!pot ou de la poix résine, qui se reconnaissent à leur odeur propre, et par la solubilité beaucoup plus grande du mélange dans l’alcool.

II. Résine élémi en pains. Cette résine est en masses triangulaires et aplaties, du poids de 500 à 1000 grammes, enveloppées ! dans une feuille de palmier. Elle parait avoir été plus molle et plus coulante que l’élémi du Brésil; elle est d’une substance plus i homogène, d’une transparence plus marquée, et d’une teinte verdâtre uniforme. Elle offre çà et là des parcelles de matière ligneuse rougeâtre. Son odeur et son amertume sont celles de l’élémi du Brésil.

J’ai trouvé dans le commerce, à deux fois différentes, une résine semblable à la précédente, non en pains et venue probablement dans des caisses. Elle était tout à fait récente, très-huileuse, presque coulante, mélangée d’une assez grande quantité de petites écailles rougeâtres.

S’il faut s’en rapporter à l’autorité de Lemery, la résine élémi en pains serait apportée du Mexique; [mais elle provient en réalité de la Nouvelle-Grenade, où elle est produite par VIcicacaraha,] H. B. K. Dans tous les cas, cette résine diffère d’une autre sorte d’élémi importée de Mexico en Angleterre, et qui parait due à une espèce d 'Elaphrium.

f Résine élémi du Mexique. Cette résine a été importée directement de Mexico en Angleterre, avec des parties de l’arbre qui ont permis à M. Royle d’y reconnaître une espèce d 'Elaphrium qu’il a nommée Elaphrium elemiferum (2). La résine porte au Mexique le nom de copal, qui est appliqué, suivant ce que j’ai dit, à toutes les résines odoriférantes usitées comme parfums. Cette résine, lorsque je l’ai reçue il y a quelques années, était très-

(t) Voir G. Planchon, Sur l’origine de " élémi en pains { Bulletins de la Société botanique de France , XV, 16. 1868).

(2) Royle, A Marnai of mater ia medica. London, 1847.

DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

molle, presque transparente et d’un gris verdâtre; elle est devenue aujourd’hui dure, sèche et friable, tandis que la résine élémi en pains, et la môme résine reçue en caisse, conservent leur mollesse depuis beaucoup plus longtemps ; de plus, l’élémi du Mexique présente, sous la friction des doigts, une odeur plus forte que celle de l’élémi en pains ou du Brésil, tenace, peu agréable et tenant de celle du cumin. Elle est dépourvue d’amertume. Cette résine diffère donc véritablement des deux précédentes,

") IY. Copai «le Santo «le Giiatimaia. Résine sous forme d’une boule brune, luisante, vernissée, ayant une odeur et une saveur de galipot : elle est produite par un sumac voisin du Rhus copallinum (i).

Y. itésine élémi «le Manille. En 1821, M. Maujean, pharmacien, fut chargé d’examiner, pour la Société linnéenne de Paris, une résine récoltée par M. Perrottet, aux îles Philippines, sur un grand arbre térébinthacé du genre Canarium. Cette résine était molle, verdâtre, faiblementamère, d’une odeur defenouil très-prononcée et très-analogue à celle de rélémi du Brésil. Elle a fourni à M. Maujean (2) la môme résine cristallisable que M. Bonastre a retirée de l’élémi.

La résine élémi de Manille est arrivée, depuis, dans le commerce; elle est en masses molles d’un vert noirâtre ou blanchâtre à l’extérieur; grises, opaques, et d’une consistance de cire à l’intérieur; l’odeur et la saveur sont semblables. M. Baup (3) en a retiré, par des dissolvants variés, les matières suivantes : 1° huile essentielle, incolore, plus légère que l’eau, d’une odeur agréable de 7 V2p. 100; 2° de Vamyrine (sous-résine de MM. Maujean et Bonastre), substance blanche, brillante, cristalline, trèssoluble dans l’éther, dans l’alcool à chaud, insoluble dans l’eau; 3° une résine amorphe; 4° de la bréine en cristaux prismatiques transparents, insolubles dans l’eau, solubles dans 70 parties d’alcool à 85 centièmes, très-soluble dans l’éther; 5° de la bryoïdine en filaments blancs, soyeux, d’une saveur légèrement amère et âcre; donnant par l’élévation de la température une vapeur qui produit une sensation d’astriction et de sécheresse â la gorge ; 6° de la bréidine en cristaux transparents solubles dans 260 parties d’eau, dans l’alcool, et un peu dans l’éther, donnant une vapeur piquante et qui provoque la toux.

VI. Itésine «lela UtouYelle-Cîiiiiiée, à odeur d’«'îlémi. Cette Sub-

(1) Journ. pharm., t. XX, page 523.

(2) Maujean, Journ. pharm., t. IX, p. 47.

(3) Voir Baup, Sur les résines de l’arbol-a-brea et de V élémi ( Journal de Pharm • et de Chim., 3e série, XX, p. 321, 1851).

TÉRÉBINTHACÉES. — ÉLÉMI. 521

stance a élé rapportée par M. Lesson, de son voyage autour du monde : elle est en une masse d’un blanc jaunâtre, recouverte d’une efflorescence blanche, qui est de nature résineuse comme le reste. Cette masse est solide, mais paraît avoir été molle pendant longtemps, et se ramollit encore facilement dans les doigts, en acquérant une élasticité très-marquée. Elle a une odeur peu sensible à froid ; mais par la chaleur ou la simple trituration, elle en acquiert une presque semblable à celle de la résine élémi. Cette odeur et la mollesse habituelle de cette substance pourraient faire croire que c’est celle que Rumphius a décrite sous le nom de résine canarine , produite par le Canarium zephyrinum , lequel appartient à un genre térébinthacé très-voisin des lcica. Sans oser décider la question, je rapporterai ici la description de Rumphius :

« Ces arbres (les Canarium commune ci zephyrinum ), qui croissent « à Céram et dans les autres grandes îles environnantes, produi- « sent une résine si abondante, qu'elle pend, en gros morceaux et « en grosses larmes coniques, du tronc et des principales branci ches. Cette résine est d’abord blanche, liquide, visqueuse; en- « suite elle jaunit et se durcit comme de la cire. Elle ressemble « tellement, par son odeur et sa couleur, à la résine élémi, qu’elle « pourrait passer piour elle. »

Au reste, la résine de la Nouvelle-Guinée ne ressemble pas autant à l’élémi d’Amérique que la résine rapportée des Philippines par Perrottel; car, lorsqu’on la traite par l’alcool, elle laisse pour résidu une substance molle très-élastique, soluble dans l’éther, et qui conserve longtemps à l’air de la mollesse et de l’élasticité; on pourrait presque considérer cette substance comme une sorte de caoutchouc (l).

VII. Résine élémi du Bengale. Cette résine a été importée en France, de Calcutta, antérieurement à l’année 1830. Elle est blanchâtre, molle et douée d’une odeur forte qui devient très -suave lorsqu’elle est affaiblie à l’air; mais cette odeur est tout à fait distincte de celle de l’élémi du Brésil . Quand elle se dessèche à l’air, la résine devient jaune et friable. Elle est contenue dans des tronçons de tige de bambou, longs de 33 centimètres et de 68 millimètres de diamètre. Cette çpsine ayant été présentée par Pereira au docteur Wallich, ce savant botaniste crut y reconnaître une résine molle, nommée dans l’Inde yuggul ou googgula, produite par YAmyris agullocha, Roxb. Mss.; mais maintenant qu’il paraît certain que le guggui est le bdellium de l’Inde, produit par

(l) On trouvera d’assez longs détails, extraits de Rumphius, sur les nombreuses résines des Canarium , dans mon Mémoire sur les résines dammar , etc. (Revue scientifique, t. XVI, 1 8 i 4).

DICOTYLÉDONES CALIC1FLORES.

YAmyris commiphora , R., qui paraît être le même que YAmyris agallocha , Roxb. Mss., il vaut mieux considérer cette synonymie comme non avenue et déclarer que nous ne connaissons pas l’origine de la résine élémi du Bengale. M. Pereira dit avoir reçu de M. Chrislison la résine odoriférante du Canarium balsamiferum ,W. (. Boswellia glabra , Roxb.), cultivée à Geylan. Je ne sais si cette résine se rapporte à celle qui fait le sujet de cet article.

Résines île g'ommart.

Le gommart, Bursera gummifera,L. {fi g. 720) est un grand arbre d’Amérique, répandu depuis la Guyane jusqu’au Mexique et dans toutes les Antilles. Il fournit une grande quantité d’une résine

Fig. 720. — Résine de Gommart.

jaunâtre et aromatique qui arrive souvent sous des noms différents et avec des caractères particuliers, ce qui m’oblige à en donner plusieurs descriptions.

I. Résine chibou ou caciiihou. Cette résiné arrivait anciennement de la Guyane ou delà Colombie, en massesaplaties du poids de 130 à 140 grammes, enveloppées chacune dans une feuille de Maranta lutea, entière et plusieurs fois roulée sur elle-même; et comme ce Maranta porte, en langage caraïbe, le nom de chibou ou cachibou, le même nom a été donné à la résine et même à l’ar-

TÉRÉBINTHACÉES. — GOMMART.

bre qui la produit. Cette résine, telle que je l'ai, et fort ancienne, est en masses aplaties, dures, sèches, un peu translucides, d’un blanc jaunâtre, d’une odeur très-forte et peu agréable, d’une saveur immédiatement amère. L’étiquette en carte blanche, que j’ai renfermée dans le bocal, a pris une teinte brunâtre. La résine, traitée par l’alcool, est composée d’élémine et de résine soluble, de même que la résine élémi.

II. Il y a quelques années qu’il est arrivé une quantité considérable d’une résine en masses assez volumineuses, à la surface desquelles on aperçoit des restes de feuilles d’une plante monocotylédone, différente du Maranta lutea. J’ai reçu deux échantillons de cette résine : l’un sous le nom de résine élémi de /’ Aguyara, l’autre sous la désignation de résine d'un arbre nommé tacamahaca, à Caracas. Tous deux étaient vendus comme résine élémi. Celle résine présente à l’intérieur l’aspect uniforme, translucide et d’un blanc un peu verdâtre de l’élémi en pains. Cependant on y trouve quelques larmes jaunes et opaques. Elle a une odeur forte, moins désagréable que celle de la résine précédente et se rapprochant un peu plus de celle de l’élémi. Elle a une saveur amère; elle se durcit promptement; enfin, l’un et l’autre échantillon, enfermés dans deux bocaux séparés, ont également communiqué au papier de l’étiquette une couleur brune très-marquée.

III. Tacamaque jaune terne de V Histoire abrégée des drogues simples. Cette résine est en larmes ou en plaques opaques, d’un jaune blanchâtre assez uniforme, et ressemble assez à du galipot. Beaucoup de larmes sont volumineuses, aplaties, creuses à l’intérieur et comme formées d’une lame résineuse mal roulée sur elle-même. Cette résine, lorsque je l’ai eue, était vendue sous le nom de tacamaque ; je l’ai trouvée dans l’ancien droguier de l’École sous celui de résine de gommier , Bursera gummifera , et le papier de l’étiquette était bruni et tombait par parcelles, comme s’il avait été altéré par un acide. Enfin, ayant placé de cette même résine dans une des montres de l’École, et deux étiquettes sur la résine, le papier en a été promptement bruni, et cet etfet s’est étendu, jusqu’à une certaine distance, aux étiquettes des substances voisines. Cette coloration, due à un principe volatil émané delà substance, forme donc un caractère propre à distinguer la résine du Bursera de l’élémi, qui ne le possède pas.

IV. Tccomajaca «le Guatimaia. Cette résine, apportée en 1834. par M. Bazire, a la forme d’une masse aplatie, jaune, à demi opaque, à cassure en partie terne, en partie brillante, recouverte d’une couche mince tout à fait opaque, blanche du côté de la

DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

résine et noire au dehors ; elle acquiert par la friction une odeur forte, peu agréable. Cette résine présente la plus grande analogie avec les précécentes. On peut raisonnablement l’attribuer au tecomahaca d’Hernandez (p. 55), qui pourrait bien être une espèce de Bursera à feuilles simples, ovales-lancéolées et dentées, non connue des botanistes.

Y. Ré sim» «1e gommart «l’Afrique. En 1840, le navire français le Brésilien a rapporté de la côte occidentale d’Afrique une partie considérable d’une résine à laquelle je trouve tous les caractères de celle de Bursera . Elle est en stalactites ou en morceaux de toutes formes, couverts d’une couche noire, opaque, en partie blanchie par le frottement, ce qui lui donne l’aspect de morceaux de plâtre noircis. Elle est à l’intérieur d’une teinte uniforme, d’un blanc verdâtre ou jaunâtre, translucide et d’un aspect un peu glacé. Elle se durcit promptement à l’air. Elle a la saveur amère et l’odeur forte et fatigante de la résine du Bursera; enfin elle brunit le papier qui se trouve renfermé avec elle.

VI. Résine «le Madagascar. On a trouvé en 1844, dans une caisse de copal dur de Madagascar, une quantité assez grande d’une résine stalactiforme, formée de couches superposées de différentes nuances de jaune et de transparence ou d’opacité variables. Cette résine présente une saveur très-amère et une odeur forte, non désagréable, qui tient un peu du citron. Je dois à l’obligeance de M. Ménier une stalactite de cette résine qui, quoique rompue, est encore longue de 35 centimètres, large de 10 à 12 et pèse 1200 grammes. Cette résine brunit le papier de son étiquette. Je suppose qu’elle peut être produite par une des deux espèces de Bursera trouvées par Commerson à l’île de France, où ils portent le nom de bois de colophane , et qui doivent habiter également Madagascar. L’un de ces arbres est le Bursera paniculata, Lam. ( Colophoniamauritiana , DC.) ; l’autre est le Bursera obtusi folia, Lam. ( Marignia obtusi folia , DC.).

VII. Résine «le gomma rt lialsamifère. On trouve .dans les Antilles un grand arbre très-voisin des Bursera , dont Persoon a fait une espèce sous le nom de Bursera balsamifera, mais qui avait été décrit précédemment par Swartz sous celui d’Iledioigia balsamifera , aujourd’hui adopté. Cet arbre diffère du gommart par son bois rougeâtre, par ses feuilles à folioles longues et étroites; par ses fleurs dont les 4 pétales sont soudés dans leur moitié inférieure, et par son fruit drupacé, à 2, 3 ou 4 osselets volumineux, renfermant une amande grasse et amère (1).

Cet arbre porte dans les Antilles le nom de sucrier de montagne ,

(1) Le gommart (Bursera gummifera) a le bois blanc, les folioles ovales,

TÉRÉBINTHACÉES. — TACAMAQUES. 52ü

soit à cause de la pulpe sucrée de son fruit, soit parce que son bois sert à faire des douves pour les tonneaux à sucre. On le nomme aussi bois cochon, d’après l’opinion que les cochons marrons entament son écorce avec leurs défenses, dans la vue de frotter leurs plaies avec le suc balsamique qui en découle, lorsqu’ils ont été blessés par les chasseurs. Ce suc, quand il n’a pas été solidifié à l’air, est liquide, rougeâtre, d’une consistance semblable à celle du copabu, dont il offre aussi un peu l’odeur et la saveur. Il a été analysé par M. Bonastre, qui en a retiré :

Huile volatile 12

Résine soluble dans l’alcool froid 74

— insoluble dans l’alcool (bursérine) 5

Extrait très-amer 2,8

Matière organique combinée à la chaux 8

Sels à base de potasse et de magnésie 4

Perte 5

On trouve dans les forêts de la Guyane un grand arbre à bois rouge foncé, qu’Aublet a décrit sous le nom de onmiri Hbalsamifera, intermédiaire pour les caractères entre la famille des Méliacées et celle des Aurantiacées, et qui fournit par incisions un suc résineux rouge et liquide, qui doit avoir beaucoup d’analogie avec le précédent. Cependant Aublet dit qu’on ne peut mieux en* comparer l’odeur qu’à celle du styrax et qu'il est dépourvu d’âcreté, ce qui suffira pour le distinguer du suc résineux de l’ Hedwigia.

Résines tacamaques, ou tacamaliaca.

Suivant Monardès (1), on apporte de la Nouvelle-Espagne une résine nommée tacamaliaca par les Indiens, et par les Espagnols qui lui en ont conservé le nom. On l’obtient par incisions d’un arbre grand comme un peuplier, très-aromatique, à fruit rouge comme la semence de pivoine. La résine a la couleur du galbanum avec des larmes blanches ; elle est douée d’une odeur forte, au point qu’elle calme sur-le-champ les femmes qui ont des suffocations de matrice, étant jetée sur des charbons ardents et approchée des narines.

Cette description, la plus ancienne de toutes, a porté Linné à croire que la résine tacamaque était produite par un peuplier, et

pointues, cordiformes par le bas ; les pétales distincts, le fruit drupacé, ovale, triangulaire, arrondi, assez semblable à une pistache, ordinairement réduit à un seul noyau monosperme par l’avortement des deux autres.

(I) Monardès, chap. u.

DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

il a indiqué son Populus balsamifera , croissant dans l’Amérique septentrionale et en Sibérie, dont les bourgeons laissent découler une résine liquide, très-odorante. Cette opinion avait cependant contre elle deux fortes objections, tirées de la différence de contrées et de celle des fruits ; aussi est-elle tou t à fait abandonnée aujourd’hui.

Jacquin est venu ensuite, qui a cru pouvoir attribuer la résine tacamaque à son Elaphrium tomentosum (. Fagara octandra , L.). Cet arbre concorde avec la description de Monardès par son fruit, qui consiste en une petite capsule verdâtre, presque globuleuse, contenant une semence enveloppée à sa base par une pulpe rouge; mais il ne s’élève qu’à la hauteur de G à 7 mètres, et, sous ce rapport, ne peut être comparé à un peuplier. Nonobstant celte objection, l’opinion de Jacquin a été adoptée par Bergius et par Murray. Bergius décrit d’ailleurs deux espèces de résine tacamaque : une solide, en morceaux volumineux, à peine transparente, brune, marbrée de taches jaunâtres ou rougeâtres, fragile, friable, à cassure plane et brillante ; une molle, verdâtre, sous-diaphane, un peu grasse, tenace aux doigts, renfermée dans des calebasses.

Alex, de Humboldt, Bonpland et Kunth ont décrit (1), sous le nom d ’ïcica tacamahaca, un arbre térébinthacé peu différent de Vicie a lieptaphylla d’Aublet, qui s’élève à plus de 10 mètres, et dont le fruit, capsulaire et déhiscent, renferme de 2 à 4 osselets entourés d’une pulpe rouge. On pourrait croire encore que cet arbre est celui dont a voulu parler Monardès, d’autant plus qu’on ne peut douter qu’il ne fournisse, conjointement avec ses congénères, la plus grande partie des résines tacamaques que l’on trouve aujourd’hui dans le commerce; mais il faut remarquer que ces tacamaques ne répondent pas à la description de la tacamaque donnée par Monardès et Bergius, et qu’elles ont été décrites, au contraire, par ces deux auteurs, sous le nom d’animé ; il reste donc douteux qu’aucun des iciquiers qui les produisent soit l’arbre de Monardès. Au reste, voici mes conclusions : 1° la résine tacamaque décrite par Monardès et Bergius, et attribuée par ce dernier à X Elaphrium tomentosum , ne fait pas habituellement partie de celle du commerce ; 2° la tacamaque du commerce actuel a été décrite par Monardès et Bergius sous le nom d'animé , et est produite par les iciquiers d’Amérique; 3° il existe dans les droguiers d’autres résines tacamaques dont l’origine est moins certaine, et qu’il convient peutêtre de rapporter à des Calophyllum. Je vais décrire successivement toutes ces résines.

(I) De Humboldt., Bonpland et Kunth, Nova généra.

TÉ RÉBINTIIAGÉ ES- — TACAMAQUES.

Résines tacamaques provenant des iciquiers.

I. Tacamaque jaune huileuse. Cette résine est celle que nous avons reçue de Hollande comme Tacamaque et comme animé , et que presque tous les auteurs ont décrite comme résine animé (t); elle se présente sous deux formes qu’il convient de distinguer.

A. La première est en larmes ou en morceaux irréguliers, qui varient en grosseur depuis celle d’une aveline jusqu’à celle de 55 à 80 millimètres en tous sens. Ces morceaux sont ou un peu opaques, ou transparents, souvent recouverts d’une poussière blanche : ils sont jaunes, quelquefois un peu rougeâtres ; leur odeur, que je trouve très-agréable, quoique forte, acquiert par la chaleur quelque chose du cumin . La résine a une saveur douce et agréable, devenant cependant un peu amère par une mastication prolongée; elle se fond très-facilement par la chaleur, donne de l’huile volatile à la distillation ; enfin se dissout promptement dans l’alcool, à l’exception d’un petit résidu blanc, composé d’une gomme soluble dans l’eau et d’une résine insoluble dans l’alcool et l’éther.

B. Cette résine ne ditfôrc de la précédente que parce qu’elle paraît avoir fait partie de bâtons cylindriques de 45 millimètres de diamètre. Ces bâtons sont généralement opaques, friables et comme micacés à la circonférence, transparents et mous à l’intérieur ; de sorte que leur friabilité et leur opacité paraissent dues à l’évaporation de l’huile volatile qui primitivement imbibait la résine. Aussi la résine a-t-elle une odeur un peu moins forte que la précédente; mais c’est absolument la môme. Cette résine doit cristalliser avec une grande facilité.

(1) L’animé est de couleur blanche, tournant à celle de l’encens, plus huileuse que le copal ; ses larmes ressemblent à celles de l’encens, mais sont plus grosses, et d’un jaune de résine à l’intérieur : elles ont une odeur très-agréable et trèssuave, et sont facilement consumées sur les charbons (Monardès).

11 faut choisir la gomme animé blanchâtre ou jaunâtre, en larmes, huileuse, jaune en dedans, d’une odeur très-excellente et d’un goût fort agréable. Elle doit se fondre facilement sur les charbons : elle se dissout dans l’huile et dans l’espritde-vin bien rectifié. (De Meuve.)

Résine blanche, sèche, friable, de bonne odeur, se consumant facilement sur les charbons. (Lemery.)

Geoffroy répète la description de Monardès.

L’animé est une résine d’un jaune blanchâtre, comme farineuse à sa surface, mais brillante et transparente dans sa cassure ; elle est en morceaux isolés et friables ; elle a une odeur résineuse et une saveur presque nul.e. Elle se ramollit entre les dents, s’enflamme par l’approche d’une bougie, brûle presque entièrement sur les charbons, en répandant une odeur agréable ; elle se dissout en entier dans l’esprit-de-vin : elle donne un peu d’huile volatile par sa distillation avec l’eau. (Murray.)

Toutes ces descriptions se rapportent à la tacamaque jaune huileuse.

528 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

II. Tacamaque huileuse Incolore. Vers 1’annGG 1832 OU 1833, il est arrivé une résine qui a été vendue comme élémi, bien qu’elle eût une forme et une odeur toutes différentes. Cette résine était en bâtons demi-cylindriques, longs de 16 à 22 centimètres, larges de 27 à 34 millimètres, amincis aux extrémités; elle était incolore, opaque à l’intérieur par l’interposition d’un peu d’humidité naturelle, mais elle devenait transparente et s’agglutinait à la surface. Elle avait une odeur très-forte, semblable à celle de la résine précédente, et elle contenait une si grande quantité d’huile volatile, que ce principe se condensait en gouttelettes tout autour du vase qui la renfermait. Sa saveur était très-parfumée et devenait un peu amère par une mastication prolongée. Cette même résine m’a été remise par un employé supérieur de la colonie de Cayenne, sous le nom d’encens «le Cayenne. Elle est donc produite par Y Icica heptaphylla ou par Vlcica cjuianensis d’Aublet, qui paraissent devoir constituer une seule espèce à laquelle on réunira probablement Y Icica tacamahaca, H. B. Ces arbres laissent en effet couler un suc limpide, d’une odeur de citron, qui se dessèche promptement en une résine blanchâtre connue sous le nom d’encens (Aublet). Quant à la tacamaque jaune huileuse, elle doit être produite par les mêmes arbres, à moins qu’on ne préfère l’attribuer à Y Icica decandra, dont le suc résineux, balsamique, blanchâtre, liquide, d’une odeur qui approche de celle du citron, devient, en se desséchant, une résine jaune, transparente, qu’on trouve en morceaux plus ou moins gros sur l’écorce et au bas du tronc (Aublet).

III. Tacamaque jaune terreuse. Cette résine est abondante dans le commerce, où elle se vend presque seule aujourd’hui comme résine animé. Elle est en masses assez considérables, la plupart aplaties, ayant à l’extérieur l’apparence de morceaux de plâtre noirci; ce qui tient encore plus à une sorte d’efflorescence résineuse qui les recouvre qu’à une vraie matière terreuse. L’intérieur est jaune, de différentes nuances disposées par couches, et ayant assez l’apparence de l’arsenic jaune artificiel, à la couleur près, qui est beaucoup plus pâle. Cette résine est opaque, friable, ayant une odeur analogue à celle de la racine d’arnica, et une saveur peu sensible, qui ne devient un peu amère que par une mastication prolongée. Elle est entièrement soluble dans l’alcool, et se fond facilement par la chaleur.

Cette résine partage avec la tacamaque du Mexique de M. Bazire, et la résine d’Afrique attribuée à un Bursera , la propriété de se couvrir à l’air d’une couche noire, pulvérulente et opaque. [C’est la substance présentée à l’Exposition universelle de Paris, en 1867, par M. Triana, dans la section de la Nouvelle-

TÉRÉB1NTIIACÉES. — TACAMAQUE. 529

Grenade, et attribué par lui à Ylcicci heptaphylla. Il est évident d’ailleurs qu’il existe une grande ressemblance entre toutes ces résines, et que leur distinction en élémi , résines de gommart, tacamuques, etc., est quelquefois assez incertaine.

IV . Tacamaque rougeâtre. Je n’ai pas encore décrit cette résine que j’ai trouvée, postérieurement à l’année 1836, mélangée en assez grande quantité à la tacamaque jaune huileuse. Je ne suis pas éloigné de croire que c’est elle qui est la tacamaque de Monardès et la première tacamaque de Bergius, attribuée par lui à VElaphrium tomentosum. Elle est en larmes détachées, dont les plus petites ressemblent encore un peu, par leur couleur jaune un peu rougeâtre, à la tacamaque jaune huileuse ; mais elles ressemblent encore plus, par cette même couleur et par leur cassure

« terne, à l’oliban d’Afrique. Les grosses larmes sont très-irrégulières et les plus volumineuses ont été réduites, par la cassure, au : volume de l’extrémité du pouce. Ces larmes sont grisâtres et farineuses à leur surface, brunâtres à l’intérieur, non transparentes et d’une cassure terne. Au total, cette résine ressemble beaucoup,

■ soit à l’oliban d’Afrique, soit au bdellium, et je présume qu’elle doit contenir une quantité notable de matière gommeuse. Elle a i une odeur forte, agréable cependant, analogue, mais non semblable à celle de la tacamaque jaune huileuse.

Tacamaques non produites par les iciquiers.

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