TÉRÉBINTIIACÉES. — BAUME DE LA MECQUE
Les étamines sont au nombre de 8, insérées sous le disque annulaire. Ovaire sessile, biloculaire, surmonté d’un style très-court et d’un stigmate quadrilobé. Drupe gobuleux ou ové, à noyau osseux à deux loges; ou uniloculaire et monosperme par avortement. Feuilles non ponctuées.
Deux espèces très-voisines, et qui ne sont plutôt que deux variétés d’une même espèce, fournissent le baume de la Mecque: l’une, nommée Balsamodendron gileadense,
Kunth ( Amyris gileadensis, L., p<j. 778), est un petit arbuste à rameaux grêles et divergents, dont les feuilles sont alternes, pétiolées, très-petites, composées seulement de trois folioles très-rapprochées, glabres, entières, ovales ou obovées, dont celle du milieu est plus grande que les deux autres. Les pédoncules sont uniflores, portés à l’extrémité de petits rameaux, seuls ou plusieurs ensemble.
L’autre espèce, ou variété, nommée Balsamodendron opobalsamum , ne diffère de la première que par ses feuilles composées de une ou deux paires de folioles sessiles, avec une impaire.
Ces arbustes sont très-rares, difficiles à cultiver, et ont successivement disparu de diverses contrées qui ont été indiquées pour le posséder. C’est ainsi que la Judée, qui le produisait anciennement, aux dires de Théophraste, de Dioscoride, de Pline, de Justin et de Strabon, en est complètement privée depuis longtemps.De la Judée, qu’il ait été transporté en Égypte, ou qu’il y ait été apporté d’Arabie, comme cela est beaucoup plus probable, toujours est-il qu’à partir du xie siècle jusqu’au xvie ou au xvue, l’arbre du baume était cultivé auprès du Caire, dans un lieu nommé Matarée , enclos de murs et gardé par des janissaires. Mais, lors du voyage de Belon au Caire (en 1550), et malgré plusieurs importations successives de baumiers de la Mecque, il n’en restait que neuf à dix pieds, presque privés de feuilles et ne donnant plus aucune quantité de baume ; le dernier pied est mort en 1615, dans une inondation du Nil. Ce n’est donc plus dans la Judée, ni en Égypte, qu’il faut chercher l’origine du baume de la Mecque; c’est dans 1: Arabie Heureuse, et dans les environs de Médine et de la Mecque, où l’arbre croît naturellement et où il n’a pas cessé d’exister.
Fig. 718.— Baume de la Mecque.
506 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
Abd-Allatif, médecin de Damas, qui a vécu de 1161 à 1231, a donné sur l’extraction du baume, au jardin de la Matarée, des détails que je crois devoir reproduire ici.
« Le baumier a deux écorces : l’une, extérieure, qui est rouge et mince; l’autre, intérieure, verte et épaisse. Quand on mfiche celle-ci, elle laisse dans la bouche une saveur onctueuse et une odeur aromatique. On recueille le baume vers le lever de la canicule, de la manière suivante : après avoir arraché de l’arbre toutes ses feuilles, on fait au tronc des incisions avec une pierre aiguë, en prenant garde d’attaquer le bois. Lorsque le suc en découle, on le ramasse avec le doigt que l’on essuie sur le bord d’une corne. Quand la corne est pleine, on la vide dans des bouteilles de verre ; ce qu’on continue sans interruption, j usqu’à ce qu’il ne coule plus rien de l’arbre. Plus l’air est humide, plus la récolte est abondante; au contraire, elle est médiocre dans les années de sécheresse. On prend à mesure les bouteilles et on les enfouit dans la terre, jusqu’à ce que l'été soit dans toute sa force ; alors on les retire de terre et on les expose au soleil. Chaque jour on les visite et l’on trouve l’huile qui surnage sur une substance aqueuse mêlée de parties terreuses. On retire l’huile surnageante, et l’on remet les bouteilles au soleil, ce qui se répète alternativement jusqu’à ce qu’il ne se sépare plus d’huile. Alors on prend toute l’huile, et l’homme qui est chargé de ce soin la fait cuire secrètement, sans souffrir que personne assiste à cette opération ; ensuite il la transporte dans le magasin du souverain. La quantité d’huile pure que l’on relire du suc monte, quand elle est passée, à un dixième du total. On m’a assuré qu’on recueillait annuellement environ 20 rôtis d’huile (7 kil ., 25 gram.) (1). »
Si j’osais modifier quelque chose à la description précédente, je dirais qu’il me paraît peu probable que le baume huileux, épuré par le procédé décrit par Abd-Allatif, et qui était réservé pour le souverain, fût soumis à une cuisson quelconque, qui ne pouvait qu’en altérer la qualité. Je suppose que cette cuisson était appliquée plutôt au produit impur et mêlé d’eau, d’où le premier avait été séparé, et qu’il pouvait en résulter un baume de qualité inférieure, destiné à être versé dans le commerce.
Augustin Lippi, cité par Geoffroy (2), indique un autre procédé usité pour obtenir deux autres qualités de baume de la Mecque. Ce procédé consiste à remplir une chaudière de feuilles et de rameaux de baumier, à y verser de l’eau jusqu’à ce qu’elle les surpasse, et à chauffer jusqu’à l’ébullition. Lorsque le liquide commence à bouillir, il vient surnager une huile limpide et
(1) Le jardin d’Aïn-Scliems, on de la Matarée, avait 7 feddans d’étendue (plus de 9 arpents}. Extrait d’ Abd-Allatif, Relation de l’Égypte, traduite par Sylvestre de Sacy, Paris, 1810.
(2) Geoffroy, Matière médicale.