MALVACÉES. — BAOBAB
ton, mais beaucoup plus court, ce qui doit rendre très-difficile leur application à la fabrication des tissus. Deux arbres de ce genre sont surtout cités pour leurs fruits cotonneux. L’un est YOchroma lagopus de Swartz ( Bombax pyramidale , Cavan.), arbre élevé des Antilles dont les capsules sont cylindriques, à 5 cannelures, longues de 30 centimètres et plus, s’ouvrant en 5 valves septifères linéaires. Celles-ci, en se roulant en dehors sur elles -mômes, se trouvent entièrement recouvertes par le duvet court et fauve sorti des loges, de sorte que le fruit, ainsi modifié, présente une ressemblance assez grande avec un pied de lièvre d’où lui est venu le nom de Lagopus , qui signifie pied de lièvre. Le second est un arbre des îles Moluques, nommé capock , qui a été décrit par Rumphius sous le nom d ’ Eriophorus javana, nommé par Linné Bombax pentandrum, par Gærtner Ceiba pentandra, et par Decandolle Eriodendron anfractuosum. Le fruit est une capsule ovoïde , amincie en pointe aux extrémités, longue de 12 à 16 centimètres, à 5 loges, et s'ouvrant, du côté du pédoncule en 5 valves septifères. Les loges sont remplies par un nombre considérable de semences arrondies, un peu terminées en pointe d’un côté, entassées régulièrement les unes sur les autres, et entourées d’un duvet soyeux et lustré formant autour de chaque semence un globule à peu près sphérique. Il est fâcheux que ce duvet soit trop court pour être filé, car on en ferait des étoffes qui imiteraient la soie. Mais il peut remplacer l'édredon, duvet d’un prix très-élevé, enlevé, dans lescontrées du Nord, aux nids de l’eider ( Arias mollissima, L.).
Baobab (1).
Adansonia digitata, L. — Le baobab est un arbre monstrueux qui croît au Sénégal et dans les pays environnants. Son tronc, à partir de terre jusqu’aux branches, n’a que 4 à 5 mètres de hauteur; mais il acquiert jusqu’à 25 mètres et plus de circonférence, ou 8 à 9 mètres de diamètre. Ce tronc se divise à son sommet en un grand nombre de rameaux fort gros, longs de 10 à 20 mètres, dont les plus inférieurs s’étendent horizontalement et touchent quelquefois, en raison de leur poids, jusqu’à terre ; de manière que, cachant la plus grande partie de son tronc, cet arbre paraît former de loin une masse hémisphérique de verdure, de 40 à 50 mètres de diamètre, sur une hauteur de 20 à 24 mètres.
Aux branches de cet arbre répondent des racines aussi considérables et beaucoup plus longues : celle du milieu forme un pivot qui s’enfonce perpendiculairement à une grande profondeur; les autres s’étendent horizontalement à fleur de terre, et Adanson en a mesuré une qui avait
(1) Voy. pour les figures, Adanson, Mémoires de /’ Académie des sciences , année 1761, et Tussac, Flore des Antilles , t. lit, pl. 33 et 3t.
DICOTYLÉDONES THALÀMIFLORES.
35 mètres de longueur clans sa partie découverte, et qui pouvait se prolonger encore de 13 à 10 mètres sous le sol.
Les feuilles du baobab ressemblent, pour la forme et la grandeur, à celles du marronnier d’Inde ; mais elles sont alternes, accompagnées de 2 stipules à la base, lisses et sans aucune dentelure sur le contour des folioles. Les fleurs répondent par leurs dimensions à celle de l’arbre qui les porte; elles sont larges de 16 centimètres, solitaires et pendantes cà l'extrémité d’un pédoncule cylindrique long de 30 et quelques centimètres. Le calice est évasé en forme de soucoupe, à 5 divisions recourbées en dessous et caduques. La corolle est à 5 pétales blancs, orbiculaires, très-étalés, soudés entre eux par le bas des onglets et avec le tube des étamines. Ce tube est épais, cylindrique, divisé à la partie supérieure en un nombre très-considérable de filets filiformes (plus de 700 d’après Adanson), très-étalès, terminés chacun par une anthère réniforme. L’ovaire est sessile, libre, velu, à 10 ou 15 loges, surmonté d’un style longuement exserte, flexueux, terminé par 10 à 15 stigmates rayonnants. Le fruit, d’après Adanson, est une capsule ligneuse, ovoïde, amincie en pointe aux deux extrémités, longue de 35 à 50 centimètres, large de 11 à 16 centimètres, marquée de 10 à 14 sillons dans le sens de sa longueur ; mais tous ceux de ces fruits que j’ai vus, venant des Antilles, étaient plus arrondis, longs de 18 à 29 centimètres seulement, épais de 12 à 15 centimètres, et à surface très-unie. Ce fruit est revêtu extérieurement d’un duvet dense, un peu rude et de couleur verdâtre, formé de poils courts et couchés. Sous ce duvet se trouve une coque noire, ligneuse, épaisse de 5 à 7 millimètres, divisée intérieurement en 10 à 14 loges, toutes remplies d’une pulpe fibreuse et aigrelette, qui est bonne à manger et très-rafraîchissante. Cette pulpe, en se desséchant, devient friable et se sépare d’elle-même en petites masses polyédriques renfermant chacune une «emenee réniforme, portée à l’extrémité d’un long funicule.
Toutes les parties du baobab abondent eu mucilage et ont une vertu émolliente. Les nègres font sécher ses feuilles et les réduisent en une poudre nommée lalo, dont ils font un usage journalier dans leurs aliments, et à laquelle ils attribuent la propriété d’exciter une transpiration abondante et de calmer la trop grande ardeur du sang. Adanson luimême en a éprouvé les bons effets, et la tisane de ces mêmes feuilles l’a préservé des diarrhées, des fièvres inflammatoires et des ardeurs d’urine, maladies auxquelles sont fréquemment en proie les Français qui résident au Sénégal. En 1848, M. le docteur Duchassaing, médecin à la Guadeloupe, a préconisé l’écorce de baobab comme succédanée du quinquina et du sulfate de quinine, et il ne paraît pas douteux que la qualité émolliente de cette écorce ne puisse la rendre utile dans les cas spécifiés par Adanson, et dans d’autres qui prendraient également leur source dans un état phlegmasique des intestins; mais il est moins certain qu’on doive reconnaître à l’écorce de baobab une propriété anlipériodique analogue à celle du quinquina. Combien d’illusions de ce genre n’ont pas été détruites par un examen ultérieur!