MALVACÉES. — BOA-TAM-PAIJANG
Itoa-tam-paij ang1.
Celte semence, nommée aussi boochgaan-tam-paijang , a été rapportée de l’Inde, il y a une dizaine d’années, par un ofTicier belge. Il lui attribuait de grandes propriétés médicinales, et spé-
Ecialement celle d’être un spécifique certain contre la diarrhée et la dyssenterie. Ayant été présentée à l’Académie de médecine, dans la vue d’obtenir une récompense du gouvernement, elle a
Iélé essayée à l’hôpital Beaujon,par M. Martin-Solon, qui ne lui a trouvé aucune propriété, dans les deux affections précitées, qui ne puisse être expliquée par l’action réunie du repos , de la diète et d’une boisson mucilagineuse. La conclusion du ' rapport fut donc négative ; ce qui n’empêche pas que plusieurs : médecins, entraînés par l’attrait de l'inconnu, ne prescrivent le tam-paijang à leurs malades, qui ont l’avantage de payer fort cher un médicament dont les équivalents indigènes (racine de grande consolide, semences de lin et de psyllium) ne coûtent presque rien .
Le tam-paijang a généralement une forme ovoïde , un peu renflée au milieu, quelquefois amincie en pointe aux deux extrémités. Mais le plus ordinairement il est aminci seulement du côté du pédoncule, où il offre une cicatrice oblique, souvent partagée en deux par une ligne proéminente. Il est long de 25 à 27 millimètres et épais de 12 à 14. Sa surface est plus ou moins ridée par la dessiccation et d’un gris jaunâtre ou brunâtre, avec une teinte verdâtre. Dessous l’épiderme, se trouve une partie charnue
(desséchée, brun noirâtre, mince, légère, brillante par places dans sa fracture, soudée avec une pellicule interne .
Les cotylédons sont droits, ovoïdes, épais, charnus, réduits : par la dessiccation à l’état de deux lames concaves laissant i entre elles un espace vide : ils sont alors durs, difficiles à rompre i et comme gorgés d’un suc desséché; ils offrent à la partie inférieure une radicule très-courte et turbinée.
Le boa-tam-paijang est éminemment gommeux et très-faiblement astringent. La graine entière surnage l’eau; quand on la laisse macérer dans ce liquide, la substance se gonfle, et paraît I sous la forme d’une gelée transparente que l’on peut comparer i â celle qui recouvre la glaciale, et qui est de même nature. Après i quelques heures de séjour dans l’eau, on trouve l’enveloppe extérieure réduite en une masse gélaliniforme.
D’après l’analyse que j’en ai faite, le boa-tam-paijang est composé des substances suivantes :
DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
Dans l'amande :
Matière grasse
Extrait salé et amer,
Amidon
Tissu cellulaire
Dans le périsperme :
Huile verte
Bassorine
Matière brune astringente
Mucilage
Ligneux et épiderme
[Le boa-tam-paijang a été regardé tout d’abord par Guibourt comme un fruit de Sapindus ; plus tard il l’avait attribué à une sapotée, Vlsonandra gutta ; enfin, il l’a étiquetée dans le droguier de l’Ecole Scctphium scapbigerum ( Sterculia scaphigera, Wall.). C’est en effet à cette espèce que les échantillons apportés au musée des colonies françaises permettent de rapporter ces semences.
C’est aussi au groupe des Sterculiacées, au Sterculia acuminata, Pal. de Beauv. [Cola acuminata , Rob. Brown) que se rapportent les grosses graines connues dans l’Afrique occidentale, de la Sénégambie au Gabon, sous le nom de noix de Kola. Ces semences sont fort employées comme masticatoire; elles laissent dans la bouche une saveur âpre, qui a l’avantage de donner aux aliments et aux boissons , même à l’eau saumâtre , un goût agréable. M. Daniell y a soupçonné la présence d’un principe analogue à la théine, et M. Attfield a confirmé cette hypothèse par l’analyse chimique. Il y a trouvé 2,13 pour 100 de ce principe (1)].
Cacao.
Le cacao est la semence d’un arbre peu élevé de l’Amérique, nommé Thcobroma Cacao , L. (fïg. 743), appartenant à la sousfamille des Byttnériacées. Ses caractères génériques, assez différents de ceux des Malvacées propres et des Bombacées, consistent dans des feuilles simples et entières, dans un calice coloré, à cinq divisions profondes, régulières, aiguës, tombantes. Corolle à 5 pétales liypogynes, formé par une sorte de cornet ou de capuchon qui se termine en une languette élargie en spatule au sommet. Le tube staminal est très-court et à 10 divisions, dont cinq, alternes avec les pétales, sont linéaires-subulées et stériles, et dont les 3 autres, plus courtes et opposées aux pétales, portent
(1) Voir Pharm. Journ., VI, 450 et 557.
Fig. 745. — Cacao.
oblong, coriace ou ligneux, indéhiscent, à 5 loges remplies par un nombre considérable de semences nichées dans une pulpe peu abondante, aigrelette. Les semences sont pourvues d’un épisperme chartacé, fragile, et contiennent un embryon formé de 2 cotylédons épais, bruns, huileux, plissés et lobés, entre les plis et les lobes duquel on n’aperçoit que des traces d'endosperme, sous forme d’une membrane blanche, très-mince et lustrée. La radicule est cylindrique, placée à l’extrémité la plus grosse de la semence, proche du hile.
Plusieurs espèces de Theobroma, distinguées par la forme et le volume de leurs fruits, paraissent propres à fournir leurs semences au commerce. Telles sont les suivantes :
I. Theobroma Cacao , L. ( I). — Cet arbre croît au Mexique et dans les provinces de Guatémala et de Nicaragua; cultivé également dans la Colombie et dans les Antilles, il paraît produire la plus
MALVÀCÉES. — CACAO. G47
| chacune 2 anthères biloculaires cachées sous le capuchon du pétale. L’ovaire est sessile, à o loges, terminé par un style simple, portant 5 stigmates disposés en étoile. Le fruit est ovale ou
(l) De Tussac, Fl. Antilles, vol. I, pl. 13 ; Nees, Fl. médic., tab. 419.
6 18 DICOTYLÉDONES TIIALAM1FLORES.
grande partie du cacao du commerce. 11 a le fruit ovale, glabre, jaune, long de 14 à 18 centimètres, épais de 9 à 10 centimètres; il est un peu piriforme du côté du pédoncule, et s’amincit en une pointe obtuse du côté opposé. Il est obscurément pentagone, et présente, à l’état récent, dix côtes un peu proéminentes qui laissent souvent, après sa dessiccation, dix bandes assez également espacées, légèrement tuberculeuses. Le péricarpe, qui paraît être charnu à l’état récent, présente, à l’état sec, la forme d’un parenchyme demi-ligneux, recouvrant un endocarpe ligneux, solide, mais très-mince.
II. Cacao minor de Gærtner (1), Tournefort (2), Blackw. (3). — Fruit glabre, fusiforme, long, à l’état sec, de 20 centimètres sur 0,5 à 7 centimètres d’épaisseur. La pointe du côté du pédoncule est arrondie et un peu piriforme ; celle de l’extrémité opposée est prolongée en forme de rostre pointu, souvent recourbé. Le fruit est obscurément pentagone, et présente, très-près des angles, deux bandes tuberculeuses qui, ainsi rapprochées, paraissent n’en former que cinq à la première vue. Le péricarpe est moins épais que dans l’espèce ou la variété précédente, mais il est formé des mêmes parties.
III. Theobroma sylvestris , Aubl. (4). — Fruit ovoïde, un peu allongé en poire du côté du pédoncule; uni, sans arêtes, couvert d’un duvet roussâtre. Il est long de 14 centimètres sur 8 centimètres d’épaisseur.
IV. Theobroma guianensis , Aubl. (5). — Fruit ovoïde-arrondi, couvert d’un poil ras et à surface unie, à l’exception de cinq arêtes arrondies et saillantes. Dimensions, 12 centimètres sur 7.
Y. Theobroma bicolor , H. B. (6). — Fruit ovoïde, long de 16 à 22 centimètres, épais de 11 à 14, offrant extérieurement dix côtes peu marquées.
Il est formé d’un brou soyeux au dehors, n’ayant pas plus de 2 millimètres d’épaisseur, appliqué et modelé sur une capsule épaisse de 9 à 14 millimètres, ayant la dureté du bois et marquée à l’extérieur de cavités oblongues et irrégulières.
La récolte du cacao se fait de la manière suivante : à mesure que les fruits sont mûrs, on les abat avec de petites gaules, on coupe les capsules en deux (ces capsules portent le nom de cabosses), et l’on en retire la pulpe et les semences que l’on dépose dans des auges en bois, couvertes de feuilles de balisier. Sous
(Il Gærtner, tab. 1 22.
(2> Tournefort, Inst., tab. -444.
(3) Blackwell, tab. 373.
(4) Aublet, Guiane, pl. 27G.
(5) Aublet, pl. 275.
(G) Ilumboldt et Bonpland, Plant, équin., vol. I, pl. 30.