PAPAVÉRACÉES. — SANGUINAIRE DU CANADA
I tra formosa ou Corydalis formosa ) de l’Amérique du Nord, dont les tubercules globuleux, de la grosseur d’une graine de moutarde ou d’un petit pois sont employés comme anliscrofuleux et antisyphilitiques (I).
FAMILLE DES PAPAVÉRACÉES.
Plantes herbacées, très-rarement sous-ligneuses, à feuilles alternes, entières ou plus ou moins profondément découpées. Leurs fleurs sont pourvues d’un calice à 2, très-rarement à 3 sépales concaves, très-caducs; la corolle est à 4 pétales (très-rarement 6), planes, chiffonnés avantleur épanouissement. Les étamines sont libres et très-nombreuses (très-rarement définies); l’ovaire est libre, ovoïde ou linéaire, à une seule loge, contenant un grand nombre d’ovules attachés à des trophospermes pariétaux, saillants à l’intérieur sous forme de lames ou de fausses cloisons. Le style, très-court ou presque nul, se termine par autant de stigmates qu’il y a de trophospermes. Le fruit est une capsule ovoïde, couronnée par les stigmates, ou une capsule linéaire, si- I i qu i forme, s’ouvraul en deux valves ou se rompant transversalement par des articulations. Les graines sont ordinairement fort petites et accompagnées d'une caroncule charnue ; l’embryon est très-petit, placé à la base d’un endosperme charnu.
Les Papavéracéés sont pourvues d’un suc laiteux, blanc ou jaune, âcre, amer, d’odeur vi reuse, et de propriétés diverses. Dans les pavots, ce suc se fait remarquer par une propriété for-
Itement narcotique, et c’est lui qui, obtenu par des incisions faites aux capsules d’une des espèces, constitue l’opium. Nous traiterons de ce produit d’une manière toute spéciale, après avoir décrit quelques plantes moins importantes, mais pouvant cependant rendre des services â l’art médical. <7
Sanguinaire «lu Canada.
Sanguinaria canctdensis, L. Cette jolie plante fait l’ornement des bois dans l’Amérique septentrionale, depuis le Canada jusqu’à la Floride. Elle est pourvue d’une racine de la grosseur du doigt, presque horizontale, d’un rouge sanguin. Du collet de la racine sort une feuille, quelquefois deux, entourées par la base de plusieurs spathes membraneuses. Ces feuilles sont longuement péliolées, arrondies, profondément échancrées en cœur du côté du pétiole, incisées sur leur contour à la manière des feuilles de figuier. Elles sont vertes en dessus, d’un blanc bleuâtre en dessous,
(1) Voir Bentley, P/iarm. Journ ., Se série, IV, 353.
DICOTYLEDONES TIIALAM1ELORES.
avec des veines rouges. Les fleurs sont blanches, solitaires à l’extrémité d’une ou de deux hampes de la môme longueur que les pétioles. Ces fleurs présentent un calice diphylle très-caduc, une corolle à 8 pétales dont les 4 intérieurs, alternes et plus étroits, ne sont sans doute que des anthères transformées. Les étamines sont au nombre de 24, à anthères linéaires. Le fruit est une capsule ovale-oblongue, amincie en pointe aux deux extrémités, couronnée parle stigmate persistant. Les semences sont portées sur deux trophospermes épais et persistants. Elles sont rouges, accompagnées d’une caroncule blanche.
La racine de sanguinaire est nommée par les Indiens puccoon , et par les Anglo-Américains turmeric , c'est-à-dire curcuma. Elle est pourvue d’un suc rouge sanguin, qui teint la salive de la même couleur; elle a une saveur âcre, brûlante, et agit comme émétique, étant, desséchée et pulvérisée, à la dose de 10 à 20 grains (0gram,647 à lgram,295). Le docteur Dana en a extrait en 1824 une substance alcaline qui a reçu le nom de sanguinannc , mais qui parait être de même nature que la chélérythrine extraite de la chélidoine. Dans tous les cas, le nom de sanyuinarine, étant le plus ancien, devra être préféré (I).
Grande chélidoine, OU éclaire.
Chelidoninm mpjus, L. ( fig . 701). Cette plante se rencontre fréquemment dans les haies etuu pied des murs, par toute l’Europe. Sa racine est fibreuse et donne naissance à plusieurs tiges rameuses, hautes de 35 à 60 centimètres. Ses feuilles sont pinnalisectées, à segments arrondis, dcntés-lobés. Ses fleurs sont jaunes et portées sur des pédicelles qui sont réunis en nombre variable et comme ombellés à l’extrémité d’un pédoncule opposé aux feuilles. Les pétales sont jaunes et cruciformes ; les étamines sont, très-nombreuses. Le fruit est une silique bivalve, s’ouvrant de bas en haut, pourvue de deux trophospermes qui se réunissent à l’extrémité en un stigmate bilobé, et dont l’intervalle est libre de fausse cloison. Les semences portent sur l’ombilic une ciête granuleuse, comprimée.
Toutes les parties de la grande chélidoine exhalent une odeur forte et nauséeuse, et il en découle, à la moindre blessure, un suc propre abondant, d’un jaune foncé, amer, âcre et même caustique. Ons’cn sert pour détruire les verrues ; il a même été usité autrefois pour faire dispaiaître les taies qui se forment sur les
(1) Voir Liebig , Traité de chimie organique, l. III, p. 603; Bentley, l’harm. Journ., I V, 203.
PAPAVÉRACÉES. — PAVOT CORNU. 697
veux, et c’est de là que lui est venu le nom d 'éclaire ; mais son
application doit exiger les plus grandes précautions.
M.Probst paraît avoir découvert dans le suc de la grande chélidoine un acide particulier auquel il a donné le nom d’acide chélidonique, et deux alcaloïdes azotés nommés chélidonine et chélérythrine (1).
Un donne à la plante que nous venons de décrire le nom de grande chélidoine pour la distinguer d’une autre plante plus petite, mais d’apparence assez semblable, nommée ficaire ou petite chélidoine ( Ficaria ranunculoides , Mœnch. ; Ranunculus Ficaria , L., famille des Renonculacées).
Pavot cornu OU glaucier jaune.
Glaucium flavum, Crantz ( Chelidonium Glaucium, L.). Racine fusiforme, vivace. Tige cylindrique, lisse, rameuse dans sa partie supérieure, haute de 35 à 50 centimètres, glauque comme toute la plante. Feuilles radicales allongées, pinnatifides, dentées, rétrécies en pétiole à leur base ; les supérieures sont amplexicaules, simplement sinuées en leurs bords. Les Heurs sont d'un beau jaune d’or, larges de 30 à 35 centimètres, solitaires sur de courts pédoncules opposés aux feuilles supérieures. Le fruit est une silique linéaire, tuberculeuse, un peu rude au toucher; il est long de 14 à 22 centimètres, courbé en forme de corne, s’amincissant insensiblementen allanlversl’extrémilé et terminépar un stigmate épais et granuleux. Cette silique s’ouvre en deux valves, en allant du sommet à la base, et présente des semences nues, scrobiculées, nichées dans les cellules de la cloison spongieuse qui sépare le fruit en deux loges.
Le pavot cornu croit dans les lieux caillouteux et sablonneux des rivages de la mer, des lacs et des fleuves, dans l’Europe moyenne et méridionale. Par sa couleur glauque et par la forme
(1) Liebig, Traité de chimie, t. Il, p. 603 et 605, et t. III, p. 503.
DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
de ses feuilles supérieures, il a tout a fait le port d’un pavot; mais il s’en distingue par la couleur jaune de ses pétales et par la forme si remarquable de son fruit. Il est rempli d’un suc jaune, âcre, caustique etvénéneux. Sa racine contient, d’après M.Probst, les deux mêmes alcaloïdes dont il a conslaLé la présence dans la chélidoine.
On trouve dans les mêmes lieux une autre espèce de pavot cornu ou de glaucier, assez semblable au précédent, mais en différant par ses pétales d’un rouge pâle: c’est le Gluucium fulvum de Smith. IJne troisième espèce plus petite, le Glauciurn corniculutum , a les feuilles pinnatifides-incisées, les fleurs d'un rouge écarlate et les siliques couvertes de poils, ainsi que toute la plante.
Arg^inone «lu lle\i<|iie.
[Argemone maxicana, L. Celte papavéracée, originaire du Mexique et de quelques régions voisines de l’Amérique septentrionale, a été étudiée par M. Charbonnier (I). 11 a retiré de ses semences 26 pour 100 d’une huile siccative, dont l’industrie pourrait tirer parti, et qui pourrait aussi être employée comme médicament. Elle purge en effet à la dose de lo à 30 gouttes.
Les tiges, les feuilles et les capsules contiennent un suc jaune laiteux, d’une odeur vireuse et d’une saveur amère, dans lequel M. Charbonnier a constaté la présence de la morphine.]
S*aiot IiIhiic.
Pctpaver album , Lob. ; Papaver somniferum a, L. (fîg. 762) (2). — Car. gén. : 2 sépales concaves, très-caducs; 4 pétales; étamines indéfinies; ovaire ovoïde, stipité ; style nul; stigmates au nombre de 4 à 20, scssiles, appliqués sur l’ovaire comme un disque terminal, radié et persistant. Capsule oblonguc ou arrondie, uniloculaire, offrant à l’intérieur, sous forme de cloisons incomplètes, autant de trophospcrmes pariétaux qu’il y a de stigmates
(I) Charbonnier, Recherches pour servir à V histoire botanique , chimique et physiologique de T Argemone mexicana (Thèse de l’école de pharmacie de Paris, 1868).
a. î ) Regardant les caractères différentiels du pavot blanc et du pavot noir comme suffisants pour en former deux espèces, et ne sachant pas qu’on ait pu les faire passer de l’un à l’autre par le semis ou la culture, je les désignerai spécifiquement par leurs noms communs, déjà employés par Lobel, Papaver album et Papaver nigrum. Les noms de Papaver officinale, G mel. et de Papaver somniferum , L., admis par Nées dans ses plantes médicinales, sont moins exacts : d’abord parce que le pavot blanc n’est pus la seule espèce officinale; ensuite parce que le nom Papaver somniferum, L. appartient également aux deux espèces, et convient d’autant moins au pavot noir que ce n’est pas lui qui est usité comme somnifère. [Les deux espèces admises ici par Guibourt sont regardées parla plupart des botanistes comme de simples variétés du Papaver somniferum, L.J.
PAPAVERACEES. — PAVOT.
rayonnes. Semences très-nombreuses, très-petites, réniformes, à surface réticulée.
Le pavot blanc est une plante annuelle, haute de 1 à 2 mètres, dont la tige est ronde, lisse, ramifiée à la partie supérieure, et munie de feuilles amplexicaules oblongues, ondulées, irrégulièrement divisées en lobes dont les dents sont obtuses. Les fleurs
Fig. 762. — Pavot blanc.
Fig. 763. — Pavot.
sont solitaires à l’extrémité de la lige et des rameaux. Elles sont penchées tant qu’elles sont renfermées dans leur calice diphylle; mais elles se relèvent en s’épanouissant. Les pétales sont d’une belle couleur blanche, grands, étalés, orbiculaircs avec un onglet très-court, quelquefois laciniés et doublés par la culture. La capsule est ovoïde, complètement indéhiscente, d’abord verte et succulente, puis sèche, blanchâtre et très-légère. Elle est séparée par un stipe court d’un bourrelet formé par le torus qui portait les étamines, et couronnée par un disque sessile, assez étroit, offrant de 10 à 18 rayons étalés, dont les extrémités sont moins élevées que le centre (fig. 757 et 758). Les dimensions de ces capsules sont très-variables; les plus ordinaires ayant 8 centimètres de longueur sur 5 centimètres de diamètre, et d’autres acquérant lî centimètres sur 7. A l’intérieur, les capsules sont spongieuses, très-blanches et présentent des trophospermes pariétaux, sous forme de lames longitudinales, régulièrement espacées,
DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
minces, jaunâtres, et dont chacune répond à un des stigmates linéaires du disque rayonné. Ces trophospermes portent un nombre très-considérable de semences très-petites, réniformes, d’un blanc jaunâtre, translucides, dont la surface est marquée d’un réseau proéminent ( voir la figure 758 a, qui représente la semence grossie). Linné a trouvé qu’une forte tête de pavot pouvait contenir 32000 graines, et comme un pied donne un certain nombre de têtes, on a calculé qu’au bout de peu d’années, si toutes les semences produisaient, la descendance d’une seule plante couvrirait la surface de la terre.
Les semences de pavot blanc ont été usitées de tout temps comme aliment, en Perse, dans la Grèce et en Italie. Tournefort rapporte qu’à Gênes les dames mangent ces graines recouvertes de sucre. Suivant Matthiole, on les mêle en Toscane à des pâtisseries qui portent le nom de paverata. Les oiseaux en sont trèsfriands. Ces semences n’ont rien de narcotique, et l’on pourrait en extraire de l’huile (1), pour la table, comme on le fait avec la semence de pavot noir. Mais leur usage alimentaire et médicinal s’y oppose pour la plus grande partie.
Les têtes de pavot blanc sont d’un usage excessivement commun en médecine, comme calmantes; mais elles doivent être employées avec prudence, surtout pour les jeunes enfants qui ont été plusieurs fois victimes de l’abus qu’en font les nourrices pour les endormir. Elles contiennentévidemment de la morphine, puisqu’elles sont susceptibles de fournir de l’opium par incision; mais elles ont une activité très-variable suivant l’âge auquel elles ont été récoltées. [Il résulte des observations de M. Buchner (2) que les capsules mûres sont plus riches en alcaloïdes que les capsules vertes, dans la proportion de 50 à 100. Le pavot récolté à sa maturité complète est donc plus actif que celui qu’on récolte à l’état vert.]
Pavot blanc à capsules déprimées ( Papaver album depressum). Les pavots blancs que l’on emploie en médecine, à Paris, provenaient déjà, du temps de Pomet, de la plaine d’Aubervilliers ; non-seulement cette culture n’a pas cessé depuis, mais elle a pris une grande extension et s’est propagée jusqu'à Gonesse, dont le territoire contribue aussi aujourd’hui à l’approvisionnement du commerce d’herboristerie de Paris. Mais, depuis un certain nombre d’années, il s’est opéré dans la forme et la grosseur des capsules du pavot un changement remarquable qui, ayant été adopté par le commerce, tend à devenir de plus en plus général, les cultivateurs n’employant plus que la semence de la nouvelle
(1) Elles en fournissent de 42 à 45 pour 100 de leur poids.
(2) Buchner, Journal de harmacie et de chimie , «ie série, XXil, 48.
PAPAVÉRACÉES. — PAVOT.
variété (I), à laquelle je donne le nom de P a paver album depressum {fig. 764 et 763). La plante porte des pétales complètement blancs, comme la variété première. La différence réside dans la capsule, qui est plus ou moins déprimée, de manière à devenir souvent beaucoup plus large que haute. Le bourrelet inférieur, formé par
Fig. 764. — Pavot blanc. Fig. 765. — Pavot blanc à capsules déprimées.
le torus, est très-gros et le plus souvent rentré dans un sinus profond, creusé à la base de la capsule. Celle-ci présente souvent des sillons longitudinaux répondant aux trophospermes de l’intérieur, et la capsule offre alors une singulière ressemblance avec le fruit de YHuracrepitans. Les capsules ont souvent, dans ce cas, 10 centimètres de diamètre sur 5 centimètres seulement de hauteur; mais elles ont plus ordinairement 9 centimètres de diamètre sur 6 de hauteur. De meme que la base, le sommet en est déprimé et creusé en un sinus qui renferme plus ou moins les stigmates, et ceux-ci présentent un centre très-déprimé et creusé, tandis que les rayons sont au contraire redressés en forme de couronne, parallèlement à l’axe. Les capsules me paraissent plus épaisses, plus compactes, plus chargées de suc que celles de la première variété. Les trophospermes sont plus larges, d’un jaune plus foncé, et sont munis de chaque côté, à la base, d’une petite aile plus marquée que dans la variété oblongue. Les semences ne présentent aucune différence appréciable.
I*etit pavot blanc «l’Arménie. M. H. Gaultier de Claubry (2) fait mention de quatre espèces ou variétés de pavots qu’il distingue par leurs semences blanches , jaunes.noires ou bleu de ciel. Les graines blanches produisent des (leurs d’un blanc de lis; les
(1) Cette variété n’est nouvelle que relativement au commerce de Paris; car c’est elle qui se trouve figurée par Blackwell {Herbarium, tab. 48 4), bien que la capsule ne présente pas toute la dépression qu’elle est susceptible d’acquérir.
(2) H. Gaultier de Claubry, Note sur ta culture de l’opium en Arménie {J ourn. pharm. et chim., t. XIII, p. 105).
DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
jaunes donnent des fleurs rouges, les noires des fleurs noires; enfin les semences bleu de ciel donnent des fleurs d:un pourpre foncé assez vif. [M. Maltass indique également des variétés analogues, à semences de couleurs variées comme donnant l’opium d’Anatolie (I ).]
Les graines blanches ou bleu de ciel produisent de grosses capsules oblongues; les graines jaunes ou noires produisent des têtes petites et complètement rondes.
Les fabricants d’huile se servent souvent des graines blanches qui sont très-oléagineuses, quoique de médiocre grosseur. Elles sont préférées parles cultivateurs.
Ces quatre espèces ou variétés de pavots paraissent .servir à l’extraction de l’opium, quoique la note ne soit pas explicite à cet égard ; mais les capsules qui ont été remises à M. H. Gaultier de Claubry, avec une incision circulaire qui indique qu’elles ont servi à l’extraction de l’opium, étant des capsules de pavot blanc, il est probable que c’est cette espèce surtout qui sert à l’extraction
Fig. 766. — Capsule de pavot blanc Fig- Capsule de pavot noir,
d’Arménie. grandeur naturelle.
de l’opium en Arménie. Les semences sont très-petites, blanches et translucides ; les capsules sont fort petites, très-blanches, trèsminces et probablement très-peu productives en suc. J’en ai fait représenter une ( fig . 766), de grandeur naturelle.
Pavot noir.
Papaver nigrum , Lob. Ce pavot ressemble au précédent, saut
(1) Voir Maltass, On the production of opium in Asia Minor ( Pharmaceut . Journ ., t. XIV, 1855, p. 395).