PA PAVE RACE ES: — PAVOT NOIR
qu’il ne s’élève qu’à 1 mètre ou lin,20, que ses feuilles sont d’un vert plus prononcé, que ses pétales sont d’un rouge violacé pâle, avec une tache noirâtre à la base, et que ses capsules sont arrondies, plus petites, plus nombreuses, couronnées par un large disque rayonné, et contiennent des semences noires, opaques, réniformes, dont un des lobes est manifestement plus petit que l’autre et un peu aigu. Mais le caractère principal de ce pavot résulte de ce que, au moment de la maturité des graines, le disque stigmatifère se sépare de la capsule et s’élève à une petite distance, par suite de l’allongement des lames qui unissent les trophospermes aux stigmates. Il en résulte, dans l’intervalle de deux stigmates, une petite fenêtre répondant aune fausse loge de l’intérieur, et par laquelle les semences s’échappent et se dispersent (voir fig . 761).
Le pavot noir est cultivé dans les jardins, où il se sème de luimême à l’automne, pour paraître au printemps suivant, en quantité considérable qu’on a beaucoup de peine à détruire. On en cultive aussi des variétés à grandes ileurs, simples ou doubles, à pétales entiers ou laciniés. Enlin, en Allemagne, dans le nord de la France et dans la Belgique, on cultive très en grand, dans les champs, le pavot noir, pour l’extraction de son huile, qui esL trèsusitée sous le nom d’huile d’œillette (1) dans la peinture, comme siccative, et dans le commerce de l’épicerie, pour falsifier ou pour remplacer l’huile d’olive. On a cru pendant longtemps en France que celte huile était narcotique, et des peines sévères menaçaient, sans beaucoup les atteindre, ceux qui la substituaient à celle d’olive. Aujourd’hui cette substitution se fait presque partout; si elle ne nuit pas à la santé de ceux qui usent de l’huile comme aliment, elle n’en constitue pas moins une tromperie à leur égard, puisqu’ils payent comme huile d’olive un produit d’une valeur bien inférieure. Cette substitution est encore plus préjudiciable à ceux qui voudraient appliquer l’huile, sans le savoir, à la fabrication des savons et des emplâtres ; les savons et les emplâtres formés avec l’huile d’œillette étant d’une grande mollesse et siccatifs à l’air, en même temps qu’ils y acquièrent une rancidité fort désagréable. J’ai indiqué (2) les moyens de reconnaître la pureté de l’huile d’olive.
(1) Ce nom est la traduction du mot italien o/ietto (petite lmile). La semence vendue par les grainetiers de Paris, sous le nom de semence d'œillette, n’est cependant pas celle du pavot noir figuré ci-dessus. Cette semence est plus grosse, toujours opaque, mais d’un gris bleuâtre, et non noire. Elle se rapporte probablement aux semences bleu de ciel d'Arménie.
(I) T. II, p. 683 et suiv.
DICOTYLÉDONES TIIALAMIFLORES.
I'aïot roug'e gainage, OU Coquelicot.
Papaver Rhœas, L. Racine annuelle, fibreuse, pivolante. Tige droite, feuillue, plus ou moins rameuse, haute de 35 à 60 centimètres, chargée, ainsi que les feuilles, de poils rudes. Feuilles d’un vert foncé, étroites, profondément pinnatifides, â lobes allongés, incisés-dentés, aigus. Les Heurs sont larges de 8 centimètres et plus, portées ù l’extrémité de la lige et des rameaux sur de longs pédoncules. Les sépales du calice sont velus ; les pétales sont d’un rouge éclatant, avec ou sans tache pourpre noirâtre à la base.
La culture peut doubler les coquelicots, et les faire passer par toutes les nuances depuis le rouge-pourpre jusqu’au blanc. Les capsules sont fort petites, glabres, obovées ou turbinées, couronnées ou plutôt couvertes par un large disque à 10 rayons; elles s’ouvrent par des trous qui se forment au-dessous du disque. Les semences sont très-peti tes et presque noires.
Le coquelicot croît par toute l’Europe dans les champs de blé, où il produit un bel effet en juin et juillet, par le rouge éclatant de ses pétales. Ceux-ci sont récoltés et séchés pour l’usage de la médecine. [Ils contiennent un alcaloïde particulier, trouvé par Hesse et désigné par lui sous le nom de rhœndïne (I). Ils doivent être conservés dans un endroit très-sec ; car ils sont très-hygrométriques et se détériorent promptement. Ils sont mucilagineux, adoucissants et calmants; ils sont très-utiles dans la coqueluche, les rhumes, les irritations intestinales, etc. On les emploie en infusion aqueuse, sous forme de sirop ou en extrait.
i*avot d’Orient, Papaver orientalis , L. Cette belle espèce de pavot a été découverte dans l’Arménie par Tournefort, et depuis ce temps elle est cultivée dans les jardins de l’Europe. Sa racine est grosse comme le doigt, pivotante, très-vivace et peut durer, à ce qu’il paraît, un grand nombre d’années. Elle produit tous les ans une ou plusieurs tiges hautes de 50 à 70 centimètres, munies de feuilles pétiolées, grandes, profondément pinnatifides, â lobes oblongs, dentés et pointus; elles sont toutes couvertes de poils rudes, ainsi que les tiges, les pédoncules et les calices. Chaque tige est terminée par une fleur longuement pédonculée, d’abord renfermée dans un calice à 2 ou 3 sépales ; les pétales développés sont au nombre de 4 ou 6, très-grands, d’un rouge foncé, avec une tache pourpre noirâtre à la base ; les étamines
(1) Voir Hesse, Neu Repert. pharm., XV, 139, d’après Journal de pharmacie et de chimie, IV, 80.
PAPAVÉRACÉES. — OPIUM.
sont très-nombreuses, terminées par des anthères d’un violet noirâtre; l’ovaire est turbiné, vert, lisse, terminé par un large disque à 12 ou 16 stigmates linéaires, d’un violet foncé. Capsule turbinée, déhiscente; semences noires.
Le nom de pavot d'Orient , que porte cette plante, a fait supposer à quelques personnes que c’était elle qui produisait l’opium. Mais Tournefort dit positivement que les habitants n’en tirent pas d’opium, quoiqu’ils lui en donnent le nom ( apfiion ), et que ses capsules, qui sont d’une grande âcreté, soient mangées par les Turcs, probablement dans le but de produire un effet narcotique analogue à celui de l’opium.
D’aprèsM. Petit, pharmacien à Corbeil (I), ce pavot contient de la morphine dans ses différentes parties, et surtout dans sa capsule. lût) parties d’extrait alcoolique de ces capsules vertes en ont fourni 5 de morphine.
On cultive dans les jardins un pavot presque semblable au précédent, mais plus grand dans toutes ses parties, à folioles plus nombreuses et plus aiguës, à fleurs accompagnées de bractées, ce qui lui a fait donner le nom de Papaver bracteatum. Il paraît originaire des contrées asiatiques et méridionales de l’empire russe.
Opium.
L’opium est un suc épaissi fourni par les capsules du pavot. Celui que nous employons est tiré surtout de la Natolie et de l’Égypte ; mais il en vient aussi de la Perse et de l’Inde; enfin, on peut récolter de l’opium dans beaucoup d’autres pays, et plusieurs personnes en ont obtenu en France et en Angleterre, par l’incision des capsules de pavot, qui était peu inférieur à celui du commerce. Cependant les essais tentés jusqu’ici n’ont guère servi qu’à constater l’identité des produits, le prix du terrain, la main-d’œuvre et la petite quantité du suc obtenu, faisant revenir l’opiumindigène à un prix au moins aussi élevé que celui du commerce.
L’opium est connu depuis un grand nombre de siècles. Les anciens en distinguaient de deux sortes : l’un extrait par des incisions faites aux capsules de pavots, qu’ils nommaient proprement opium (2); l’autre, beaucoup plus faible, obtenu par la contusion et l’expression des capsules et des feuilles de la plante : ils l’appelaient méconium (3). Beaucoup d’auteurs modernes ont prétendu qu’on n’en préparait plus de la première sorte, et que le
(1) Petit, Mémoire sur le pavot (l’Orient ( Journ . pharm ., t. XIII, p. 183).
l'2) 'Otuov, de ôito;, suc.
(3) Dioscoride, lib. IV, cap. lx.
Guibourt, Drogues, 6e édition.
DICOTYLEDONES TIIALAMI FLOUES.
seul opium que nous eussions était le méconium. D’autres, en admettant que l’on prépare encore de l’opium par incision, pensent que cet opium est entièrement consommé par les riches du pays, et que, par conséquent, nous n’avons toujours que le méconium des anciens; mais il n'en est pas ainsi: non-seulement parce qu’un extrait obtenu avec le suc de la plante, évaporé au feu, n’aurait en aucune manière l’odeur vireuse de l’opium du commerce, mais encore parce que tous les voyageurs s’accordent à faire récolter l’opium par incision, comme l’indique Dioscoride.
Ainsi, d’après cet ancien auteur, le matin, après que la rosée s’est évaporée, on fait aux capsules des pavots des incisions obliques et superficielles ; on ramasse avec le doigt le suc qui en découle et on le reçoit dans une coquille. Peu de temps après on y retourne pour ramasser le nouveau suc écoulé. On mêle dans un mortier le suc obtenu tant de cette fois que le jour suivant, et l’on en forme des trocbisques.
D’après Kæmpfer (1), en Perse, la récolte de l’opium se fait dans le courant de l’été, en incisant superficiellement les capsules des pavots proches de leur maturité (il remarque, comme Dioscoride, que les incisions ne doivent pas pénétrer dans l’intérieur de la capsule). On se sert à cet effet d’un couteau à cinq lames, qui fait d’un seul coup cinq incisions parallèles. Le suc est enlevé le lendemain avec un racloiret reçu dans un vase supendu à la ceinture de l’opérateur. Alors on incise une autre face de la capsule, afin d’en recueillir le suc de la même manière. Cette opération se répète plusieurs fois sur le même champ, à mesure que les pavots arrivent au point convenable de maturité.
La préparation de l’opium en Perse consiste principalement à l’humecter d’un peu d’eau, afin de pouvoir l’agiter et le pétrir dans un vase de bois aplati, jusqu’à ce qu’il acquière la consistance et la ténacité de la poix ; alors on le malaxe dans les mains, et l’on en forme de petits cylindres qui sont exposés en vente.
Suivant Belon (v2), l’opium se récolte principalement dans la Paphlagonie, la Cappadoce, la Galatie et la Cilicie, provinces de l’Asie Mineure. Là on sème des champs de pavots blancs, comme nous faisons pour le blé ; et, quand les têtes sont venues, on y fait de légères coupures, d’où sortent quelques gouttes de lait qu’on laisse un peu épaissir. Tel paysan en recueille 5 kilogrammes, l’autre 3, plus ou moins. Un marchand assura à Belon qu’il n’y avait pas d’années qu’on n’en enlevât la charge de cinquante chameaux, pour transporter en Perse, aux Indes et en Europe.
(1) Kæmpfer, Amœnit., p. 04 3.
(2) Belon, Singularités, liv. 111, ch. xv.
PAPAVÉRACÉES. — OPIUM. 707
Le meilleur opium, dit toujours Belon, est fort amer, chaud, et âcre au goût; il est de couleur fauve et formé de petits grains de diverses couleurs; car ces grains ne sont autres que les larmes recueillies sur les pavots, lesquelles se sont soudées ensemble en une seule masse.
Olivier (1) rapporte l’extraction de l’opium de la môme manière que Belon. D’après lui, à Aphioum Kara-Hissar, ville de l’Asie Mineure, on obtient l’opium en faisant des incisions successives aux capsules de pavot blanc, avant leur maturité. Ces incisions ne doivent pas pénétrer dans l’intérieur du fruit. On recueille le suc à mesure qu’il s’échappe et se concrète.
Un autre voyageur français, M. Charles Texier, a encore décrit l’extraction de l’opium presque dans les mêmes termes (2). Seulement M. Texier ajoute qu’on pile le suc épaissi en crachant dessus, les paysans assuranlquc l’eau le fait gâter.
[M. Bourlier (3) donne des détails analogues sur la récolte de l’opium. D’après lui, on ne fait qu’une incision horizontale à la capsule, au tiers de sa hauteur; et c’est le meilleur moyen d’obtenir la plus grande quantité d’opium dans le moins de temps possible. — Quand le suc épaissi est recueilli, on crache dessus, et on le malaxe avec le couteau de manière à donner à la masse une consistance homogène. [
Comme on le voit, les auteurs les plus recommandables s’accordent à dire que l’opium du commerce est obtenu par des incisions faites aux capsules des pavots; mais de ces auteurs, Dioscoride, Kæmpfer, M M. Texier et Boulier, font piler ou malaxer l’opium, ce qui doit en former une masse homogène; tandis qu’Olivier, et Belon surtout, font sécher le suc directement, puisque ce dernier décrit l’opium comme formé par l’assemblage des petites larmes recueillies sur les capsules. Nous allons retrouver ces deux caractères dans les différents opiums du commerce, ce qui montrera à la fois l’origine et l’exactitude des descriptions citées.
On trouve dans le commerce français trois sortes d’opiums qu’il importe de savoir distinguer, à raison de leur valeur bien différente en morphine et en propriétés médicales : ce sont les opiums de Smyrne, de Constantinople et d'Egypte. J’y joindrai la description des opiums de Perse et de l’Inde. Quant à ceux qui ont été récoltés à différentes reprises à Naples, en France, en Suisse et en Angleterre, à part l’odeur forte et vireuse et la sali) Olivier, Voyage dans l’empire ottoman.
(2) Journ. de phurm ., t. XXI, p. 197.
(3) Voir Journal de pharmacie et de chimie, 3e série, XXXIII, p. 99.
DICOTYLEDONES THALAM1FLORES.
veur amère des opiums du Levant, ils n’ont pas de caractère de forme particulière qui puisse les faire reconnaître.
Opium de Smyrne. Cet opium est en masses presque toujours déformées et aplaties, à cause de leur mollesse primitive. Sa surface est tout à fait irrégulière, grossièrement granuleuse, et otfre des fissures qui indiquent la réunion de plusieurs masses en une seule. Elle présente quelques restes de feuilles de pavot, mais elle est surtout couverte de semences de Rumex , qui souvent sont passées à l’intérieur par la soudure et la confusion en une seule de masses plus petites et d’abord isolées. Cet opium, d’abord mou et d’un brun clair, noircit et se durcit à l’air ; il a une odeur forte et vireuse, et une saveur amère, âcre et nauséeuse.
[Cet opium est récolté dans un certain nombre de localités distantes d’eau moins 8 à 10 lieues de Smyrne: la plus grande partie vient de 10 à 18 journées de marche. Chacune des localités d'où on le retire lui donne des formes particulières, etc’està Smyrne, que les pains primitifs sont remaniés et prennent à peu près les caractères qu’on leur voit dans le commerce. C’est là aussi qu’ils risquent surtout de subir les falsifications nombreuses, qu’on a occasion de signaler (1).]
L’opiumde Smyrne est, àn’en pas douter, l’opium de Belon, qui a été tiré par incision des capsules, et séché sans aucune opération intermédiaire; car, lorsqu’on le déchire avec précaution quand il est encore mou, et qu’on l’examine à la loupe, on le voit tout formé de petites larmes blondes ou fauves, transparentes, agglutinées ensemble comme celles du sagapénum, dont elles présentent l’aspect. C’est donc là l’opium le plus pur que l’on puisse trouver ; c’est aussi celui qui donne le plus de morphine et qui est le plus estimé.
[11 est cependant des sortes d’opium arrivant par Smyrne qui n’ont pas ce caractère, et présentent, au contraire, une pâte homogène bien liée (2).]
Je pense que c’est à l’opium de Smyrne qu’il faut rapporter les principaux travaux chimiques qui ont été faits sur cette substance et les résultats qui en ont été obtenus. Quelles que soient la simplicité du procédé par lequel on se l’est procuré, et l’homogénéité apparente de la matière, sa composition est des plus compliquées; puisque, en réunissant les travaux de Derosne, Séguin, Sertuerner, Robiquet, Pelletier, Couerbe, Merck, Hinterberger,TcllI. Smith, etc., on ne trouve pas moins d’une vingtaine de
(1) Voir sur ce sujet : Lnnderer, Neues Archiv fur P/iarm., I, 473, et Journal de pharm. et de clam , XXIII, 233, et surtout le Jahresbericht do Wigyers et llusemann pour 1867, p. 106 et suiv.
(2) Voir Juliresbericht de Wigyers et Husemunn, loc. cil.
PAPAVÉRACÉES. — OPIUM. 709
principes, dont six cristallisables, azotés et pins ou moins alcalins, ont reçu les noms de morphine, codéine , pseudomorphine , paramorphine ou thébaïne , narcotine , nurcéine , papavérine , opianine , rhœadine; un autre, également cristallisable, non azoté, nommé méconine; trois acides, les acides acétique mécanique et t hébolac tique ; une /izn/e fixe , une huile volatile, une résine, du caoutchouc, un e matière ] extractive , de la gomme, des sulfates de potasse et de chaux, etc. On peut croire cependant, en raison de la facilité bien reconnue avec laquelle les principes organiques se transformentles uns dans les autres, que tous ces corps n’existent pas simultanément dans un même suc végétal, et que plusieurs d’entre eux réultent du procédé qui a servi â les en extraire.
[Les nombres suivants, obtenus par MM. T. et H. Smith, d’Édimbourg, donneront l’idée des proportions des divers principes contenus dans un bon opium ordinaire :
Morphine 10 p. 0/0
Narcéinc 0,02
Codéine 0,30
Papavérine 1 ,00
Thébaïne . 0, 1 5
Narcotine 6,00
Méconine 0,01
Acide méconique 4,00
Acide thébolactique. 1 ,25
L’opium de Smyrne bien divisé, traité par l’eau froide, donne une liqueur fauve rougeâtre, qui s’éclaircit facilement par le dépôt de son résidu insoluble, lequel possède une propriété glutineuse très-marquée lorsqu’on le malaxe entre les doigts. La liqueur filtre avec une grande facilité : elle rougit fortement le tournesol, devient d’un rouge de sang par l’addition d’un sel de sesquioxyde de fer (réaction due à l’acide méconique), et forme avec l’ammoniaque un abondant précipité blanchâtre caillcbotlé, principalement composé de morphine. Elle produit avec le nitrate de baryte un précipité abondant de sulfate de baryte, et devient seulement louche par l’oxalate d’ammoniaque, en raison de ce que l’acide sulfurique se trouve combiné dans l’opium, principalement à la morphine et à la potasse, et fort peu à la chaux, qui n’y existe qu’en minime quantité.
L’opium de Smyrne, devenu sec à l’air, bien épuisé par l’eau froide, fournit de 58 à 61 pour 100 d’extrait sec et cassant; mais cet extrait, étant redissous dans 15 parties d’eau froide et ramené à siccité, se trouve réduit à 55 ou 57. Le résidu insoluble desséché, réuni à celui du premier traitement, pèse 37 ou 38 pour 100; d’où l’on voit qu’en moyenne, l’opium de Smyrne sec fournit :
710 DICOTYLÉDONES TUALAMIFLORES.
Extrait aqueux purifié 5G,0
Résidu insoluble. 3’, 5
Eau et perte G, 5
L’extrait purifié qui précède, étant redissous de nouveau dans l’eau froide et additionné d’ammoniaque en très-léger excès, fournit de 23 à 26 de précipité sec, pulvérulent et de couleur fauve, de morphine impure. Ce précipité, lavé d’abord à froid avec de l’alcool à 40 degrés centésimaux, puis traité deux fois par de l’alcool ù 90 degrés bouillant, fournit facilement de 15 à 17 pour 100 du poids de l’opium brut, de morphine cristallisée. Ce qui revient à 28 pour 100 du poids de l’extrait purifié.
[ De nouvelles analyses faites par M. Guibourt sur une douzaine d’opiums de Smyrne lui ont donné une moyenne de 12,40 pour 100 de morphine pour les échantillons mous, contenant par conséquent une certaine quantité d’eau ; 13,57 pour les échantillons devenus durs; 14,66 pour les mômes échantillons desséchés à 100° (I )•] 4~
Opium »ie Constantinople. Je présume que cet opium est tiré des parties les plus septentrionales de la Natolie et qu’il est apporté des ports de la mer Noire à Constantinople. Il y en a deux sortes bien distinctes.
L’un, que je nommerai opium de Constantinople en boules ou en gros pains, est en pains assez volumineux dont les plus gros, pesant de 250 à 350 grammes, ont été mis sous forme de boules; mais ils ont pris, en se tassant réciproquement, la forme de pains carrés et un peu coniques. Les autres, du poids de 150 à 200 grammes, sont aplatis, allongés et déformés à la manière de l’opium de Smyrne, mais ils le sont beaucoup moins. Tous sont entourés d’une feuille de pavot presque entière, ont une surface propre et assez unie, et ne présentent qu’un petit nombre de semences de Rumex. Ces pains, ayant été formés avec un opium beaucoup moins mou que l’opium de Smyrne, ne se soudent pas entre eux; à l’intérieur ils sont formés de petites larmes agglutinées, comme l’opium de Smyrne, mais d’une couleur plus foncée, quelquefois pures, d’autres fois mélangées, surtout dans les gros pains arrondis, de raclures de tôles de pavot. Cet opium se rapproche donc beaucoup de l’opium de Smyrne, et bon nombre de commerçants à Paris l’achètent ou le vendent sous ce nom ; mais il lui est inférieur en qualité. Traité de la même ma-
(1) Voir Guibourt, Mémoire sur le dosage de l'opium ( Journal de pharmacie et de chimie, novembre 1 SG I ).
PAPAVÉRACÉES. — OPIUM. "/Il
nière que l’opium de Smyrne, il m’a donné, après que l’extrait a été redissous dans l’eau el ramené à siccité :
Extrait aqueux purifié 51,88
Résidu insoluble desséché 38,05
Eau et perte 10,07
L’extrait, redissous dans l’eau et précipité dans l’ammoniaque, a fourni 1 6; 37 de morphine brute, d’où j’ai retiré 10,9 de morphine cristallisée.
[Merck en a obtenu 15 pour 100 de morphine pure, M. Christison 14 pour 100 de chlorhydrate de morphine (1), enfin M. Guibourt (2) a trouvé dans un échantillon de cet opium dur 15,72 pour 100 de morphine cristallisée, et dans un autre 14,23 pour 100. On voit donc que certains opiums de Constantinople sont d’aussi bonne qualité que ceux de Smyrne, et on ne s’en étonnera pas si l’on songe que c’est presque des mômes lieux que viennent ces opiums'. Le grand avantage de Smyrne sur Constantinople, c’est « d’avoir un marché régulier, et régulateur (3) », où il est plus facile de s’éclairer sur la bonne qualité des produits achetés.]
Opium tle Constantinople en petits pains. — Cet Opium est en petits pains aplatis, assez réguliers, de forme lenticulaire, larges de 55 à 80 millimètres et du poids de 80 à 90 grammes. Il est recouvert d’une feuille de pavot dont la nervure médiane partage le disque en deux parties; il a une odeur semblable aux deux opiums précédents, mais plus faible. Quelques personnes pensent que cet opium a été remanié et altéré à Constantinople ; mais peut-être a-t-il été préparé en Asie môme, en ajoutant au produit de l’incision celui de l’expression des pavots. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’il est plus mucilagineux que l’opium de Smyrne et qu’il contient beaucoup moins de morphine. Dans un essai fait anciennement, cet opium, traité par infusion dans l’eau, m’a donné 00,94 d’extrait non purifié, lequel, redissous dans l’eau et précipité par l’ammoniaque, n’a produit que 11,68 de morphine impure, répondant, d’après les essais précédents, à 7 ou 8 pour 100 de morphine cristallisée. [Depuis lors M. Guibourt (4) est arrivé à 13,32 et 14,57 pour 100 dans des échantillons de cet opium, amenés à l’état dur.]
(1) Voir Pereira, Materia medica, 1855, Il part., ii, 600.
(2) Guibourt. Mémoire cité, p. 16.
(3) Voir Délia Suda, Monographie des opiums de l'empire ottoman envoyés à l'Exposition universelle de Paris. Paris, 18G7.
(4 1 Guibourt, Mémoire cité.
DICOTYLEDONES TIIALAM1FLORES.
Opium «l’lig-ypte. — Il est probable qu’autrefois l’opium venait principalement d’Égypte, comme l’indique le nom d 'opium thé baïque qu’on lui donne encore aujourd’hui dans la pratique médicale. Mais cette sorte avait pendant très-longtemps disparu du commerce, lorsqu’elle y reparut il y a de vingt à vingt-cinq ans. Je me rappelle avoir assisté à l’ouverture de la première caisse qui en vint à Paris. Cet opium me surprit par son aspect tout particulier; je le crus cependant de bonne qualité, et j’en pris une certaine quantité; mais, l’ayant essayé, comparativement avec l’opium de Smyrne, je vis qu’il contenait moins de morphine : on doit donc le rejeter.
L’opium d’Égypte est en pains orbiculaires aplatis, larges de 8 centimètres environ, réguliers, très-propres à l’extérieur, et paraissant avoir été recouverts d’une feuille dont il ne reste que des vestiges. Cet opium se distingue de celui de Smyrne par sa couleur rousse permanente, analogue à celle de l’aloès hépatique ; par une odeur moins forte, mêlée d’odeur de moisi; parce qu’il se ramollit à l’air libre au lieu de s’y dessécher, ce qui lui donne une surface luisante et un peu poisseuse sous les doigts; enfin, parce qu’il est formé d’une substance unie et non grenue, ce qui indique qu’il a été pisté ou malaxé avant d’être mis en masses, comme l’ont indiqué trois des auteurs précités.
Je n’ai fait anciennement qu’un seul essai sur l’opium d’Égypte, qui, tout en montrant que cet opium était inférieur à celui de Smyrne, le plaçait au-dessus de celui de Constantinople. J’avais trouvé, en effet, que 100 parties de cet opium fournissaient, par infusion dans l’eau, 61 parties d’extrait non purifié, et cet extrait, redissous dans l’eau et précipité par l’ammoniaque, m'avait donné 14,72 de précipité que je supposais contenir proportionnellement la même quantité de morphine que les autres, ce qui faisait environ 9,5 pour 100 du poids de l’opium.
Ce résultat a été contredit implicitement par d’autres chimistes. D’après M. Berthemot, la solution aqueuse d’opium d’Égypte contiendrait de l’acide acétique libre qui dissoudrait toute sa narcotine; de sorte que ce principe, au lieu de rester en grande partie dans le marc, comme cela a lieu avec l’opium de Smyrne, se trouverait dans la liqueur et ferait partie du précipité formé par l’ammoniaque. D’autres n’admettent que 3 ou 4 pour 100 de morphine dans l’opium d’Égypte ; mais M. Merck en a retiré 6 à 7, et M. Christison a obtenu du même opium 10,4 de chlorhydrate de morphine très-pur, ce qui répond à 8,43 de morphine cristallisée.
[M. Gastinel attribue au mauvais procédé de culture et d’arrosage la proportion très-faible de morphine dans les opiums obte-
PAPAVÉRACÉES. — OPIUM. 713
nus des pavots cultivés en Egypte : par une culture convenable il est arrivé à faire produire à ces mêmes pavots un opium contenant 10 à 12 pour 100 de morphine (1).]
A 1 occasion de l’opium d'Égypte, je vais revenir sur l’espèce de pavot cpii doit fournir l’opium. 11 est remarquable que tous les auteurs, jusqu’à Belon, aient annoncé que l’opium était tiré du pavot noir. Dioscoride et Pline le disent pour l’opium en général ; Avicenne, Abd-AUatif, Ebn-Beilar, et Prosper Alpin l’énoncent spécialement pour l’opium d’Égypte. J’avais cru trouver là la cause de l’infériorité de cet opium; mais il paraît, d’après un renseignement qui m’a été fourni par M. Ilassan- Hachim, élève égyptien de notre école, que c’est le pavot blanc qui sert à l’extraction de l’opium d’Égypte. M. Hassan-Itachim m’a dit avoir vu au Caire les capsules de pavot qui y sont apportées en très-grande quantité de la haute Égypte, à cause de l’usage que l’on fait de leurs semences comme aliment. Ces semences sont blanches, et les capsules portent l’empreinte des incisions qui ont servi à l’extraction de l’opium.
Opium «le Perse. Cet opium parait venir par la voie de Trébizonde : tel que je l’ai reçu de M. Morson, de Londres, il est en bâtons cylindriques ou devenus carrés par leur pression réciproque; il est long de 95 millimètres, épais de 11 à 14, enveloppé d’un papier lustré, maintenu avec un iil de coton. Chaque bâton pèse environ 20 grammes; la pâte en est fine, uniforme, offrant cependant encore à la loupe l’aspect de petites larmes agglutinées, mais bien plus petites et plus atténuées que dans l’opium de Smyrne. Cet opium est bien celui dont la préparation a été décrite par Kæmpfer : il a la couleur hépatique de l’opium d’Égypte, une odeur semblable, c’est-à-dire vireuse, mêlée de l’odeur de moisi, une saveur très-amère. Il se ramollit également à l’air humide. Cet opium diffère beaucoup par sa nature de celui de Smyrne; il ne contient pas de sulfate de chaux et ne renferme que très-peu d’un autre sulfate soluble. Il fournit par l’eau froide 80,55 d’extrait, qui se réduisent à 78,76 par une seconde solution dans l’eau. Les deux résidus solubles réunis ne pèsent que 18,26 : il ne reste que 2,78 pour l’eau et la perte.
L’extrait, redissous dans l’eau et additionné d’ammoniaque, n’a fourni que 4,95 de précipité contenant de la morphine; mais le temps m’a manqué pour terminer l’essai, et je n’ai pu le reprendre depuis. M. Merck a obtenu avec peine, du même opium, 1 pour 100 de morphine et une trace de narcotine.
(1) Voir Journal de pharmacie et de chimie, 4e série, I et MI, *37. — Voir aussi Figary Bey, note (id. , VII, 37).
Tl 4 DICOTYLÉDONES TI1ALAMIFLORES.
[M. Réveil (1), qui a étudié cet opium de Perse, y a trouvé 8,15 pour 100 de morphine et 4,15 de narcoline : en même temps une quantité considérable de glucose, 15 pour 100 environ.
L’opium de Perse se présente aussi sous d’autres formes variées, en pains sphériques, en masses irrégulières, etc., etc., mais dans tous les cas il est remarquable par l’homogénéité de sa substance et par son hygroscopicité très-marquée. M. 1 (éveil a constalé dans tous les échantillons qu’il a étudiés une certaine quantité de glucose, qui peut s’élever jusqu’à 31,6 pour 100. L’origine de ce sucre se trouve, d'après Guibourt(2), expliquée parle passage suivant de Kæmpfer : « La masse (de l’opium) est souvent très à propos additionnée non d’eau, mais de miel, dans le but d’en tempérer non-seulement la siccité, mais encore l’amertume ; cette préparation est appelée spécialement bæhrs (3). »]
Lorsqu’on évapore la solution d’opium de Perse, elle forme pendant l’évaporation un dépôt blanc cristallin, et, vers la fin, elle se présente comme un miel grenu, de couleur orangée.
/ Opium «le l’Inde. On lisait dans plusieurs ouvrages que l’Inde fournit à l’Angleterre une immense quantité d’opium; mais quand je me suis adressé à Pereira, à Londres, pour avoir de l’opium de l’Inde, il m’a répondu que cet opium était extrêmement rare en Angleterre, et que le seul échantillon qu’il en eût (et qu’il voulut bien partager avec moi) lui avait été envoyé de Bombay pur un de ses élèves (4). L’Inde cependant produit une grande quantité d’opium; mais celui qui n’y est pas consommé passe tout entier aux îles de la Sonde, en Chine et dans les autres contrées orientales de l’Asie, où l’usage de fumer l’opium est généralement répandu (5).
On connaît d’ailleurs dans l’Inde trois sortes principales d’opiums, savoir : ceux de Mahva, de Patna et de Bénarès. L’opium de Malwa passe à Bombay, ceux de Patna et de Bénarès sont transportés à Calcutta et constituent V opium de Bengale des commerçants anglais. Ces deux derniers opiums, récoltés dans deux contrées limitrophes, sur le bord du Gange, sont en effet presque semblables ; l’opium de Malwa seul est différent et paraît se rapprocher de celui de Perse, par sa nature et sa préparation.
Opium de Malwa (Pereira). Masse uniforme, ovale-allongée,
(1) Voir Réveil, Sur les opiums de Perse {Journal de pharmacie et de chimie , 3e série, XXXVIII, 101 1.
(2) Guibourt, Mémoire cité, page 3G.
(3) Kæmpfer, Arncenilaf.es , G '• 4.
(4) Journ. de pharm., t. XVII, p. 71G.
(5) En 1827 ou 1828, l’exportation de l’opium de l’Inde pour la Chine a été de 550,706 kilogrammes; en 1833 elle était de 1397,887 kilogrammes. 11 est probable qu’elle est encore plus forte aujourd’hui.
PAPAVÉUACÉES. — OPIUM. 715
aplatie, pesant moins de 30 grammes; extérieur propre, sans feuilles ni semences; intérieur d’un brun noirâtre, assez mou, luisant comme un extrait; saveur piquante, très-amère, laisant un goût nauséeux. Odeur de fumée un peu vireuse, bien différente de celle de l’opium du Levant. Cet opium, traité par infusion dans l’eau, m’a donné 57,12 pour 1 00 d’extrait, lequel, redissous dans l’eau, et précipité par l’ammoniaque, a produit 8,33 de morphine impure, répondant à 5,5 de morphine cristallisée. C’est ce môme opium qui, traité anciennement par le professeur Thompson, lui a fait dire que l’opium de l’Inde ne contenait que le tiers de morphine de celui de Turquie. C’est lui encore qui a fourni à M. Smyttan, inspecteur de l’opium à Bombay, de 3 à 5 centièmes de son poids de morphine. Un opium de quali té supérieure, mais non commercial, obtenu dans le jardin de culture, a fourni de 7,75 à 8,25 de morphine pour 100 (1).
Depuis l’envoi de cet opium, M. Pereira (2) a décrit une autre sorte d’opium de Malwa consistant en un pain rond et aplati, du poids de 10 onces qui semble avoir été enveloppé dans une poudre grossière faite de pétales de pavot broyés. La consistance de cet opium est celle de l'opium de Smyrne moyennement dur , son odeur est semblable ; sa substance intérieure paraît homogène. O Opium de Pallia OU de Iténarès. Cet Opium, dont je dois UI1 bel échantillon â M. Chrislison, est sous forme d’une boule grosse comme une tète d’enfant pesant 3 livres 1/2 avoir-du-poids, ou 1587 grammes. Cette boule est enfermée dans une enveloppe solide, épaisse de près de 1 centimètre, formée de, pétales de pavot serrés et agglutinés entre eux, et pesant à elle seule une demilivre (227 grammes) comprise dens les 3 livres 1/2 cidessus. Dans l’état d’altération où sont ces pétales, il est difficile de décider s’ils appartiennent au pavot blanc ou noir. Cependant beaucoup paraissent bancs, ce qui s’accorde avec un passage de Roxburgh, qui se borne à dire que la variété blanche de Papaver somniferum, à semences blanches, est cultivée sur une très-grande échelle dans plusieurs parties de l’Inde (3). A l’intérieur, la masse est molle, d’un brun très-foncé, possédant une odeur et un goût forts et purs d’opium.
M. Smyttan annonce n’avoir retiré de l’opium du Bengale que 2 ou 3, et jamais plus de 3, 5 de morphine pour 100. Mais d’après M. Morson, chimiste et pharmacien très-distingué de Londres, l’opium de Bénarès contiendrait environ moitié de la quantité de morphine trouvée dans les bonnes sortes d’opium
(1) Smyttan, Journ. phnrm., t. XXI, p. 544.
(2) Pereira, Mnteria rnéflica. 2' édition.
(H) Koxburgh, Flora indien , II, 571.
DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
de Turquie. [M. Guibourt(1)y a trouvé depuis 5,758 de morphine pour 100 d’opium pur.]
Opium du jardin de Patna. Cet opium m’a été donné par M. Christison sous le nom d 'opium de Malwa, etje l’ai décrit sous ce nom dans ma dernière édition, tout en le distinguant soigneusement de l’opium de Malwa envoyé par M. Péreira. Postérieurement, M. Christison m’a appris que cet opium, non commercial, avait été préparé dans le jardin de Patna, par les ordres de M. Fleming, dans la vue de trouver les moyens de remédier à la mauvaise qualité des opiums de l’Inde; on peut donc considérer ce nouveau produit comme indiquant le degré de supériorité que l’opium de l’Inde peut acquérir. Ce produit présente la forme d’un pain carré, de 7 centimètres de côté et de 1e, 5 d’épaisseur. Il est enveloppé dans une lame très-mince et transparente de mica, et a l’aspect lisse et homogène d’un extrait pharmaceutique bien préparé. Traité par l’eau froide, il a produit 63,89 d’extrait sec, qui se sont réduits à 61,11 par une nouvelle solution à froid. Le marc insoluble pesait 36 11; il était huileux et graissait le papier. L’extrait, redissous dans l’eau, lui donnait la couleur rouge d’un bain de bois de teinture. Précipité par l’ammoniaque, il a fourni 10,07 de morphine impure, de laquelle j’ai retiré 6,7 de morphine cristallisée. M. Christison a obtenu du même opium 9,5 pour 100 de chlorhydrate de morphine très-pur, une quantité considérable denarcotine, et, suivant M. Pereira, 8 pour 100 de codéine; mais ce dernier nombre est sans doute entaché d’erreur. M. Merck a retiré du même opium 8 de morphine, 3 denarcotine, 0,5 de codéine, 1 dethébaïne, des traces de méconine et 0,5 d’un nouvel alcaloïde auquel il a donné le nom de porphyroxine. Enfin, c’est encore le même opium qui a fourni à M. Mouchead 10,5 de morphine et 10,7 à M. Payen (2).
Opium indigène. C’est Belon qui a conseillé le premier de préparer en Europe, et spécialement en France, de l’opium, en employant le procédé usité dans la Natolie. Ceux qui s’en sont le plus occupés sont MM. Cowlcy et Staines en Angleterre; \roung en Écosse, Petit et le général Lamarque en France, Hardy et Simon en Algérie. Le plus beau de ces opiums m’a été envoyé d’Angleterre par M. Pereira : il a la forme d’un pain aplati, dont la cassure est très-homogène, luisante et de couleur hépatique brune; il offre une odeur assez forte d’opium de Smyrne et une saveur très-âcre et très-amère. Je ne doute pas qu’il ne soit d’une excellente qualité et supérieur à celui de MM. Cowley et Staines, qui n’a fourni à M. Hennel que 7,57 de morphine pour 100.
(1) Guibourt, Mémoire cité p. 40.
(2) Payen, Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. XVII, p. 849.
PAPAVÉRACÉES. — OPIUM. 717
Un opium préparé aux environs de Provins a donné à M. Petit, de Corbeil, 16 à 18 pour 100 de morphine (1), ce qui le montre égal au meilleur opium de Smyrne, et M. Caveutou paraît avoir obtenu un résultat analogue.
U’opium récolté parle général Lamarque, à Eyrés (département des Landes), n’a pas la belle apparence de l’opium anglais décrit plus haut, étant en grumeaux agglomérés auxquels on n’a pas cherché à donner la forme d’une masse homogène; mais il est également d’une trèsbonne qualité. M. Caventou annonce, en effet, en avoir extrait, en 1828, plus de 14 de morphine pour 100 (2), et Pelletier, en employant la précipitation à chaud par le carbonate d’ammoniaque (ce qui est un mauvais procédé), en a retiré 10,3 de morphine. Le résultat le plus singulier de l’analyse faite par Pelletier, c’est qu’il n’a pas trouvé Je nareotine dans l’opium d’Eyrès (3).
Je ne puis passer sous silence les tentatives faites de 1843 à 1 S 4 o , par M. Hardy et par M. Simon, pour récolter de l’opium en Algérie, tentatives qui ont été l’objet de plusieurs rapports faits par M. Payeu à l’Académie des sciences (4). L’opium récolté en 1843 par M. Hardy, directeur de la pépinière d’Alger, paraissait être de bonne qualité ; mais il n’a rendu que 5 de morphine pour 100, ce qui n’est que la moitié de la quantité fournie par les opiums moyens du commerce et le tiers de ce que produisent les qualités supérieures.
M. Simon, directeur du jardin des Plantes de Metz, a eu l’idée de renfermer l’opium recueilli par lui à Alger dans des capsules de pavot vides, ce qui donne au produit une forme spéciale qu’il serait facile de faire admettre dans le commerce. Cet opium, analysé par M. Ilerpin, pharmacien en chef de la Pharmacie centrale, à Alger, a fourni 12 pour 100 de morphine, qui s’est réduite à 10,73 par la purification que M. Payen lui a fait subir. Mais cette bonne qualité ne s’est pas soutenue en 1843, où l’opium récolté par M. Simon n’a offert que 3,74 à 3,84 de morphine, et celui de M. Hardy 4,84 à 4,94. On ne voit pas la raison, cependant, pourquoi on n’obtiendrait’ pas en Algérie un opium aussi bon que celui récolté en France, à moins que la chaleur du climat ne soit nuisible à sa qualité.
Enfin signalons l’extrait d’un mémoire de M.Aubergier (o)surla récolte de l'opium, qui mérite une sérieuse attention, à part les faits que l’auteur a crus nouveaux et qui étaient connus depuis longtemps. Ainsi son couteau à quatre lames, pour abréger l’opération de l’incision des pavots, est surpassé par celui à cinq lames décrit par Kæmpfer et rappelé par Geoffroy et par moi-même (fi). Pareillement Kæmpfer et Geoffroy, d’après lui, ont fait connaître que « la larme que l’on recueille la
(1) Petit, Journ. pharm ., t. XIII, p. 183.
(2) Caventou, Comptes rendus, t. XVII, p. 1075.
(3) Journ. pharm . , t. XXI, p. 571.
(4) Pajen, Comptes rendus, t. XVII, XVIII, XX et XXII.
(5) Aubergier, Comptes rendus de l’Académie des sciences, t. XXII, p. 838. — Voyez aussi Aubergier, de la Culture du pavot en France pour la récolte de l'opium ( Mém . de l’ Acad, de médecine, Paris, 1855, t. XIX, p. 49).
(6, Guibourt, Histoire des drogues simples.
DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
première, nommée gobaar, est d’un jaune pâle et la plus calmante ; que la seconde, qui est le plus souvent d’un roux noirâtre, n’a pas autant de vertu et n’est p is aussi chère; enfin que quelques-uns font une troi sième opération, de laquelle on retire une larme très-noire et de peu de vertu. » 11 n’en est pas moins intéressant de voir ce fait confirmé par l’analyse chimique. Ainsi le pavot blanc à capsule ronde (var. depressa) ayant été exclusivement cultivé par M. Aubergier en 1815, le premier opium qu’il en a obtenu a donné G, 63 de morphine, le deuxième 5,53, le troisième 3, 27. Un autre fait important à mentionner et à véiifier consiste en ce que le premier opium récolté en 1844, ayant fourni 8,75 de morphine, au lieu de 6,63 donné par le premier opium de 1845, M. Aubergier attribue cette différence à ce que l’opimn de 1844 provenait d’un mélange de pavots à tètes longues et à tètes rondes, tandis que celui de 1845 avait été fourni exclusivement par cette dernière variété; d’où il résulterait que la variété à tète longue, quoique donnant moins de suc, devrait être préférée, en raison de la supériorité du produit.
M. Aubergier mentionne également un pavot pourpre qui a fourni, en 1814 et 1845, un opium variant de 10, 5à 11,2 de morphine; et un pavot blanc à graine noire , très-productif pour la semence, mais à coque tellement mince, qu’on ne peut l'inciser sans pénétrer dans l’intérieur. Celui-ci a fourni un opium de première récolte, produisant 17,83 pour 100 de morphine très-pure, et un opium de seconde récolte produisant 1 4,78. Nous retrouvons encore là la richesse des opiums de Smyrne de la première qualité.
Opium falsifié. Selon plusieurs auteurs, l’opium du Levant, quand il arrive à Marseille, y est ramolli, incorporé avec des substances étrangères et remis ensuite dans le commerce. Je n’ai vu, quant à moi, que quelques morceaux d’opium qu’on pouvait supposer avoir subi une semblable falsification, reconnaissable à leur cassure qui n’offrait pas la netteté et la pureté des bons opiums de la Natolie, et qui présentait, au contraire, des aspérités dues au mélange a’une substance étrangère. Mais j’ai été à même d’examiner deux opiums falsifiés d’une nature différente, et dont voici la description.
Le premier, qui n’aurait pu être vendu seul, en raison de sa dureté et de sa densité comparables à celles d’une pierre, a été trouvé mélangé dans de l’opium de Smyrne dont il représente exactement l’aspect extérieur; mais à l’intérieur il était composé d’une matière siliceuse pulvérisée et de marc d’opium épuisé par l’eau, le tout incorporé au moyen d’un mucilage.
Le second opium faux paraît avoir été fabriqué à Londres en 1836 ou 1837, sur une grande échelle, avec le résidu glutineux de l’opium qui avait servi à l’extraction de la morphine. Cet opium faux présentait si bien, à l’extérieur, l’apparence de l’opium de Smyrne ou de celui de Constantinople en gros pains, et, à l’intérieur, l’aspect de petites larmes brunes, agglutinées, mais non entièrement confondues, ainsi que les olfrent les bons opiums, qu'il était très-difficile de l’en distinguer; mais il avait, sous la pression des doigts, une consistance élastique qui appelait sur lui l’attention ; alors voici ce qu’on découvrit.
NYMPHÉACÉES. 71f)
Cel opium n’offrait qu’une faible odeur vireuse et une saveur mucilagineuse dépourvue d’amertume et d’àercté; il blanchissait par le contact de l’eau ou de la salive, comme le fait la scammonée; traité par l’eau froide ou chaude, il s’y délayait facilement et formait une sorte d’émulsion mucilagineuse, qui filtrait très-difficilement. Le liquide évaporé fournissait un peu plus de la moitié du poids de la substance employée, de môme que cela a lieu avec le bon opium ; mais cet extrait, redissous dans l’eau, ne rougissait pas le tournesol, précipitait fortement par l’alcool et ne se troublait pas par 1 ammoniaque, toutes propriétés contraires A celles du véritable opium. Enfin, le résidu insoluble dans l’eau était gras au toucher et tachait comme une huile le papier sur lequel on le faisait sécher. Tous ces essais m’ont convaincu que ce prétendu opium était un mélange de marc d’opium, d’un extrait végétal quelconque, de gomme, et d’une petite quantité d’huile qu’on y avait ajoutée très-habilement pour rompre la continuité de l’extrait et lui donner l’apparence de petites larmes à moitié agglutinées. Par suite du rapport qui fut fait sur ce faux opium, des quantités considérables en ont été saisies chez plusieurs commerçants de Paris et dans la maison entrepositaire du Havre qui le leur expédiait. Par suite d’une condamnation prononcée, toute la quantité saisie a été détruite par le feu.
O FAMILLE DES NYMP1IÉACÉES.
Grandes et belles plantes qui nagent à la surface des eaux et dont la tige forme une souche souterraine de forme variée. Leurs feuilles sont alternes, entières, orbiculées, portées sur de très-longs pétioles. Leurs fleurs sont grandes, solitaires, portées également sur de longs pédoncules qui les élèvent jusqu’à la surface de l’eau. Leur périanthe est composé d’un grand nombre de parties disposées sur plusieurs rangs; les plus extérieures, au nombre de 4 ou 6, sont de la nature des sépales, vertes au dehors et consistantes ; les intérieures sont pétaloïdes et diversement colorées. Les étamines sont très-nombreuses, insérées sur plusieurs rangs au-dessous de l’ovaire, ou même sur le contour de l’ovaire, de même que les pétales les plus intérieurs, qui ne sont sans doute que des étamines transformées. L’ovaire est libre et sessile au fond de la fleur, ou soudé avec le calice; il est surmonté d’un disque sessile à stigmates rayonnants, et divisé intérieurement en autant de loges qu’il y a de stigmates sur le disque. Le fruit est charnu, indéhiscent, à plusieurs loges polyspermes. Les graines sont formées d’un tégument épais, contenant un gros endosperme farineux, surmonté d’un deuxième endosperme beaucoup plus petit, qui renferme un embryon à deux cotylédons.
La nature, en formant les êtres organisés, paraît n’avoir eu qu’un but, celui de les pourvoir d’organes propres à les faire vivre ; ou plutôt, peut-être, parmi le nombre infini d’êtres qu’elle a pu créer, ceux-là seuls ont vécu dont les pariies se sont prêtées à la permanence de la vie. Or que sont nos classifications auprès de l’innombrable variété des combinaisons nées de la fécondité de la nature?
Les Nymphéacées sont un des nombreux exemples de l’impuissance
DICOTYLÉDONES TIIALAMIFLORES.
de nos méthodes. Les botanistes ne peuvent s’accorder sur la place qu’elles doivent occuper dans la méthode dite naturelle. Les uns, se fondant sur les deux colylédons de l’embryon, les rangent dans les d icolylédones, et alors leur place doit être auprès des Lapavéracées ; les autres, considérant la structure endogène du rhizome et le port général des plantes, les mettent dans les monocolylédones, auprès des Hydrocharidées. Le fait est qu’elles participent des caractères de ces deux grandes divisions du règne végétal, et qu’elles ne peuvent appartenir exclusivement ni à Lune ni à l’autre.
Les Nymphéacées ne comptent qu’un petit nombre de genres partagés en trois tribus. Dans la première, composée des genres Euryala et Victoria, l’ovaire est adhérent au calice et les pétales sont distincts. Dans la seconde tribu, formée des genres Nymphœa et Nuphar, le calice est libre et les pétales distincts. Dans la troisième, ne contenant que le seul genre Barclaya , le calice est libre et la corolle est gamopétale, portée sur le sommet d’un torus.
Le genre Victoria, dédié par M. Lindley à la reine d’Angleterre, ne comprend que deux espèces, dont une nommée Victoria reyia, est une plante magnifique et tout à fait extraordinaire par l’énorme grandeur de ses feuilles et de sa fleur, qui viennent s’étaler sur les bords du fleuve des Amazones et de la rivière Berbice, dans la Guyane anglaise. Les genres Nymphœa e t Nuphar, autrefois réunis et formant aujourd’hui la tribu des Nymphées, comprennent ensemble une trentaine d’espèces dont deux croissent naturellement en Europe et deux autres en Egypte, où elles ont été l’objet d’une sorte de culte religieux, comme tout ce qui tenait au Nil, à litre de produit ou d’attribut.
Nénuphar blanc.
Nymphœa alba, L. (fig. 768). — Car. gén. : calice coloré à 4 folioles; corolleà 16-28 pétales, insérés surtout autour de l’ovaire et sur plusieurs rangs ; étamines nombreuses insérées sur l’ovaire au-dessus des pétales; ovaire ovoïde, couronné par un stigmate large, orbiculaire, étoilé; capsule sphérique, couverte de cicatrices, charnue, divisée en 16 à 20 loges, contenant chacune plusieurs graines attachées aux cloisons. — Car. spéc. : feuilles en cœur, arrondies, très-entières; stigmate à 16 rayons ascendants.
Le nénuphar blanc croît dans les étangs et dans les eaux tranquilles. Son rhizome esc cylindrique, un peu comprimé, charnu, jaune à l’intérieur, moins gros que le bras, couché horizontalement au fond de l’eau; il est muni de radicules fibreuses qui s’enfoncent dans le sol, et est presque complètement recouvert par des écussons de couleur noire. Ses feuilles sont flottantes à la surface de l’eau, très-grandes, cordiformes-arrondies, ou mieux peltées-orbiculaires, mais échancrées d’un côté jusqu’au pétiole. Les fleurs, qui viennent aussi s’épanouir sur l’eau, sont larges
NYMPHÉACÉES. — NÉNUPHAR BLANC. 721
de 8 à 11 centimètres, très-belles, d’un blanc éclatant, et lui ont mérité le nom de lis d eau ou de lis des étangs. Ces fleurs sont usitées pour faire un sirop que l’on croit être calmant et réfrigérant. Le rhizome passe pour avoir la même propriété ; mais il n’est pas usité, parce que l’idée qu'on se fait de sa blancheur prétendue est cause qu’on emploie à sa place le rhizome du nénuphar jaune ( Nuphar lutea) , qui est blanc, tandis que celui du nénuphar blanc est jaune à l’intérieur et rendu presque noir à l’extérieur, par la grande quantité de tubercules foliacés ou radicaux qui le recouvrent.
Ces deux plantes étaient connues des anciens , et Dioscoride les a bien décrites. Mais elles n’ont pas égalé en réputation lesdeux nvmphæas du Nil , dont l’un, nommé lotos, a la racine tubéreuse, oblongue, grosse comme un œuf de poule, noirâtre extérieurement, jaune en dedans, d’une saveur douce. Ses feuilles sont cordiformes, ovales, dentées sur le bord, à 16 ou 20 pétales. Scs fruits sont arrondis, de la grosseur d’une petite pomme, entourés à la base par les divisions du calice, un peu allongés en pointe à 1 extrémité. Les Égyptiens mangent encore aujourd’hui la racine de cette plante, après l’avoir fait cuire dans l’eau ou autrement, et font une sorte de pain avec ses graines, ainsi que l’usage en existait déjà au temps d’Hérodote et de Théophraste. Cette plante est le Nymphœa lotus, L.
L autre nymphœa du Nil (Nymphœa cerulea, Sav.) a la racine tubéreuse, pyriforme; les feuilles arrondies échancrées à la base, et les fleurs d’une belle couleur bleue. On la cultive en France en la tenant toute l’année dans la serre chaude, placée dans une terrine, au milieu d’un grand baquet d’eau. Elle y fleurit trèsbien. Cette plante porte en arabe le nom de linoufar ou niloufar, d où nous avons fait nénuphar.
Fig. 768. — Nénuphar blanc.
Guibourt, Drogues, 6e édition.
T. lit. — 40
DICOTYLÉDONES TIIALAMIFLORES.
Nénuphar jaune.
Nuphar luteum , DC. ; Nymphœa lutea, L. Cette plante croît dans les mômes lieux que le nénuphar blanc et dans les eaux courantes. Elle se distingue du nénuphar hlanc par son rhizome blanc à l’intérieur, jaunâtre à l’extérieur, portant à sa surface, sous forme d’écussons, des écailles trapézoïdales brunâtres, assez régulièrement espacées et disposées en spirale. Ses feuilles sont
oblongues, échancrés du côté interne jusqu’au pétiole, qui est triangulaire. Ses fleurs sont formées d’un calice à 5 sépales et de 10 â 18 pétales, beaucoup plus petits que les sépales, jaunes, tous insérés sur le réceptacle, ainsi que les étamines, de sorte que l’ovaire est complètement libre, et que le
Fig. 769. — Nénuphar jaune. fruit ( fi(J . I 09) est ÜSSe à la
surface et dépourvu de cicatrices. Il est aminci en pointe à la partie supérieure et terminé par le disque qui porte les stigmates ; il est divisé intérieurement en loges rayonnantes remplies par une pulpe au milieu de laquelle sont nichées les semences. Ainsi que je l’ai dit plus haut, c’est cette plante qui fournit la racine de nénuphar employée en pharmacie; de sorte que les parties connues en médecine sous les noms de fleur et de racine de nénuphar appartiennent à deux plantes différentes : la fleur appartient au Nymphœa alba, la racine au Nuphar luteum.
M. Morin, de Rouen, quia fait l’analyse de cette racine, en a retiré beaucoup d’amidon, du muqueux, du tannin, du sucre incristallisable , de la résine, une matière azotée, différents sels, etc. (I). La quantité de tannin est assez grande pour que la racine puisse servir à la teinture en noir.
FAMILLE DES NÉLUMBIACÉES.
On a établi cette famille pour un genre de plantes très-peu nombreux en espèces, dont le type a été fourni par une plante qui croissait autrefois dans le Nil, d’où elle a complètement dis-
(1) Morin, Journ. de pharm., t. VII, p. 450.
NÉLUMBIACÉES.
— fève d’égypte.
paru aujourd’hui; mais elle a été retrouvée dans l’Inde par Rheede, et dans les îles Moluques par ftumphius, ce qui a permis de vérifier l’exactitude des descriptions que les anciens, et principalement Théophraste, nous en ont laissées.
Cette plante est la fève d’i^ypte (xuaaoç odyuTmoç, Théoph. ; Nelurnbium speciosum, Willd. ; Nelumho nucifera , Gærtn. ; Nymphœa nelumbo, L.). C’est autrement le lo tos sacré qui surmonte le tète d’Isis et d’Osiris, et le tamarama de la mythologie indienne, quisert de conque flottante à Vichnou et de siège à Brahma.
Pour les modernes, c’est toujours une des plus belles plantes qui ornent la surface des eaux. Sa racine est longue, charnue, rampante, munie de distance en distance de nodosités d’où s’élèvent les longs pétioles des feuilles ou les pédoncules des fleurs, les uns et les autres couverts d’épines courtes. Ses feuilles sont peltées ou en forme de bouclier, creusées au centre, larges de 60 à 70 centimètres. Les fleurs sont deux fgis grandes comme celles d’un pavot, formées d’un calice à 4 ou 5 sépales et d’une corolle a 16-28 pétales roses. Les étamines sont très-nombreuses, multisériées, insérées sur le réceptacle, à filament prolongé en appendice au-dessus de l’anthère. Au centre de la fleur se trouve un torus charnu, turbiné, tronqué supérieurement et creusé , à la face supérieure, de 20 à 30 alvéoles dans chacun desquels est placé un ovaire uni-ovulé, surmonté d’un style court et d’un stigmate.
Fig. 170. — Fève tl’Kgvpte.
Les fruits sont ovoïdes, de la grosseur d’une petite noisette, et leur sommet excède un peu la surface du torus accru et présentant la forme conique d’un guêpier ou d’une pomme d’arrosoir (fxg. 770). Chaque fruit contient, sous un double tégument, un embryon sans endosperme, épais, charnu, renversé, entier par la partie supérieure, divisé en deux parties inférieure-
DICOTYLEDONES TIIALAMIFLORES.
ment, contenant, sous une membrane mince, une plumule descendante, diphylle, germant dans l’intérieur du fruit. Les anciens mangeaient ce fruit récent ou desséché et réduit en farine; ils mangeaient aussi la racine cuite.
[On emploie aussi dans l’Amérique du Nord les rhizomes du Caulophyllum thalic froides, Michaux, du Podophyllum peltatum , L. et du deffersonia diphytla (Podophyllum diphyllum).
Là première de cette espèce est regardée comme stimulant de l’iitérus et sert à faciliter l’accouchement. »Son principe actif paraît être une matière résineuse qu’on distingue sous le nom de caulophyllin , et qui n’est probablement qu’un mélange impur d'un alcaloïde incolore et d’une grande quantité de saponine (1).
Le Jeffersonia dipbylla est utilisé comme purgatif; mais c’est surtout le Podophyllum peltatumqu'i est préconisé comme tel.]
l’odoplijllum pelfatiim, L.
Le Podophyllum peltatum a été regardé par un grand nombre d’auteurs comme appartenant à la famille des Renonculacées. C’est une plante herbacée, de 8 à 12 pouces de haut, portant sur sa tige des feuilles longuement pétiolées-peltées, à 5 ou 7 lobes oblongs, et une fleur blanche solitaire, formée de 3 sépales, 6 à 9 pétales, plusieurs étamines, et donnant un fruit indéhiscent surmonté parle stigmate pelté.
Les rhizomes, quisont la partie employée, se trouvent dans le commerce en fragments de 8 à 10 centimètres, d’aspect un peu différent suivant leur âge. Les plus vieuxsont cylindriques', un peu aplatis, plus gros qu’une grosse plume d’oie, lisses à leur surface, portant seulement de distance en distance des impressions circulaires obliques; leur couleur est d’un brun noirâtre; leur texture est compacte. Chacun des fragments porte un ou deux renflements aplatis, creusés d’une concavité vers la partie supérieure, d’où s’élevait la tige aérienne, et portant à sa partie inférieure un certain nombre de racines lisses, de la même couleur que le rhizome, ou bien de petites cicatrices blanchâtres, résultant de la chute de ces racines. Les fragments plus jeunes sont beaucoup plus minces, d’une couleur plus claire, d'une texture plus lâche : ils sont fortement ridés longitudinalement à leur surface parsuite de la dessiccation, et portent souvent sur leur tubérosité la plus jeune le bourgeon, qui devait se développer en tige aérienne.
(I) Voir Pharm. Journal , 2e série, IV, 51*.