‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 3)Chapitre 175 sur 176 · D ] COTYLÉDON KS T II A LA M I FLO H ES · texte numérisé non relu

D ] COTYLÉDON KS T II A LA M I FLO H ES

sont blanches, disposées en panicule terminale, à 4 ou 5 sépales. Les fruits sont orbiculaires, comprimés, glabres, surmontés d’un long style plumeux.

Clématite odorante, Clematis Flammula, L. Sa tige est grimpante, longue de 4 à 7 mètres. Ses feuilles sont une ou deux fois ailées, à folioles ovalcs-lancéolées. Ses fleurs sont blanches, plus petites que dans la première espèce et d’une odeur très-agréable; elles sont disposées sur des pédoncules rameux, de manière à former une petite panicule. Les styles deviennent des aigrettes plumeuses. Celle plante croît naturellement dans le midi de la France, et on la cultive dans les jardins pour en couvrir des berceaux, des murs, etc.

Clématite bleue, Clematis Viticella , L. Ses liges sont des sarments anguleux, longs de 3 à 4 mètres ou plus. Feuilles composées de 5 pinnules, divisées elles-mêmes en 3 folioles ou 3 lobes ovales ou lancéolés, glabres ; les pétioles s’entortillent comme des vrilles autour des objets environnants. Fleurs bleues, longuement pétiolées, solitaires à l’extrémité des rameaux ou dans leur bifurcation; les pétales sont élargis au sommet et les pistils sont glabres.

J’ai distillé autrefois, sur l’invitation de Chaussier, une certaine quantité de fleurs de clématite odorante, et j’en ai obtenu une eau distillée limpide et incolore, qui, en quelques jours, a formé un dépôt blanc, pulvérulent, très-abondant. Ce dépôt avait une saveur d’abord amylacée, puis âcre. Il était insoluble dans l’eau, l’alcool et l’éther. En redistillant dessus l’eau qui l’avait laissé précipiter, l’eau passait seule et la matière restait dans la cornue, ayant acquis par l’ébullition une couleur jaune sale, et s’étant rassemblée en une masse, comme l’albumine ouïe gluten. Mais cette madère diffère essentiellement de ces deux corps en ce qu’elle redevient pulvérulente par la dessiccation. Elle est un peu soluble dans l’ammoniaque et dans la potasse caustique bouillante; enfin elle brûle à une chaleur inférieure à la chaleur rouge, sans se fondre ni se contracter, et en scintillant comme le ferait de l’amadou imprégné d'une très-petite quantité de nitre. Cette singulière substance m’a paru azotée. Je n’ai pas eu lieu de m’en occuper depuis.

A ii«‘inonvg.

Car. (jén. : invol ucre distant de la fleur, à 3 feuilles diversement incisées ; calice à 5-13 sépales pétaloïdes ; corolle nulle ; étamines nombreuses; carpelles nombreux, monospermes, tantôt surmontés d’une longue queue barbue, tantôt nus. Plantes vivaces

RENONCULACÉES. — ANÉMONES.

herbacées, à souche tubéreuse à la manière des Cyclamen , tantôt horizontale et rampante, d’autres fois fibreuse. Feuilles radicales, p étiolées, simples, plus ou moins divisées. Tige destituée de vraies feuilles, portant l’involucre foliacé au-dessous du sommet.

Toutes les anémones sont âcres et rubéfiantes à l’état récent; mais elles perdent leur qualité dangereuse par la dessiccation; ce qui permet de croire qu'elles doivent cette qualité à un principe qui se volatilise pendant la préparation de leur extrait, ou passe à la distillation avec l’eau. Les principales espèces sont :

L’anémone «les fleuristes, Anemone coroTuirtci, L. Feuilles à trois divisions multiüdes et à lobes linéaires et mucronés; celles de l’involucre sont sessilcs, multifides ; les sépales sont au nombre de six, ovales, rapprochés, souvent multipliés par la culture. Les fruits sont dépourvus de plumet. Cette plante fait l’ornement des parterres, mais elle est inusitée en médecine.

La pulsatille, OU coque-

lourtie, Anemone PuUatilla ,

L. (fi g. 778). Feuilles pinnées-divisées, à segments multipartites. Fleur peu- ' chée, à 0 sépales ouverts; fruits munis d’une queue plumeuse. Cette plante fleurit au printemps, dans les terrains secs et montagneux.

L’anémone «les prés,

Anemone pratensis, L. Celte plante diffère de la précédente, par sa fleur plus Fig 178 - Anémone des fleuristes,

petite, foncée en couleur

et penchée; par ses sépales plus aigus, connivents à la base et réfléchis au sommet. Toutes deux, distillées avec de l’eau, donnent une eau limpide ou laiteuse qui laisse déposer, après quelque temps de préparation, une substance blanche, cristalline, volatile et inflammable, pourvue d’une assez grande âcreté, ni acide ni alcaline (1). L’anémone des bois, ou Sylvie ( Anemone ncmorosa , L.), donne un produit semblable, auquel on a cru recon-

(1) Journ. de pfiarm., t. VI, p. 229.

DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

naître une propriété acide, et qui a été nommé acide anémonique (I).

Renoncules.

Car . gén. : calice à 5 sépales herbacés, tombants ; corolle à 5 pétales, rarement à tO, arrondis, portant une petite écaille h la base de l’onglet. Étamines et ovaires très-nombreux. Fruits comprimés, secs, indéhiscents, monospermes, disposés en capitule globuleux ou cylindrique, terminés chacun par une corne à peine plus longue que l’acbaine.

Les renoncules sont des plantes herbacées, vivaces ou annuelles^ racines fibreuses, fasciculées ou grumeuses. Leurs tiges sont cylindriques, dressées ou couchées, ou quelquefois radicantes. Leurs feuilles sont entières, dentées ou multitides, la plupart radicales, les autres situées sur la tige, â l’origine des rameaux ou des pédoncules. Les fleurs sont jaunes ou blanches, très-rarement pourpres, presque toutes inodores. Les plantes fraîches sont presque toutes âcres et rubéfiantes à l’extérieur et plus ou moins vénéneuses à l’intérieur; mais elles perdent la plus grande partie de leurs propriétés dangereuses par la dessiccation. Les principales espèces sont:

La renoncule «les jardins, Ranunculus asiaticus, L. — Car. spéc. : feuilles découpées-ternées ou biternées; segments dentés ou incisés-tri fiel es. Tige droite, simple ou rameuse par le bas. Calice ouvert et ensuite réfléchi. Les fruits sont disposés en épi cylindrique. Originaire d’Orient ; cultivée dans les jardins.

La grande douve, Ranunculus JLingua , L. — Car. spéc. .'feuilles indivises, lancéolées, sous-dentées, sessiles, demi-amplexicaules. Tige droite et glabre. Fleurs jaunes; racine fibreuse et vivace- Cette plante croît sur le bord des étangs et des fossés aquatiques,, parmi les roseaux.

La renoncule-flamme OU petite douve, Ranunculus Flummula, L- — Car spéc.: feuilles glabres, linéaires-lancéolées, les inférieures péliolées. Tige déclinée un peu radicanle; pédoncules opposés aux feuilles. Fleurs jaunes. Fruits lisses. Croît dans les prés humides.

La renoncule scélérate, Ranunculus scelcratus, L. — Car. spéc. r feuillcs découpées , glabres : les radicales triparti Les, à lobes trilobés, sous-incisés ; les supérieures tri parti tes, h lobes oblongslinéaires entiers; lesflorales oblongues. Fleurs jaunes. Fruits trèspetits, disposés en épis oblongs. Q. Croît dans les marais, par toute l’Europe ; très-vénéneuse.

(1 ) Journal de pharmacie , t. XII, p. 222.

RENONCULACEES. — ELLÉBORE NOIR. 749

La renoncule âcre, OU boulon «l’or, Ilanunculus ÙCris, L. —

Car. spéc. : feuilles un peu pubescentes, à divisions palmées, à lobes incisés-dentés, aigus; celles du sommet linéaires. Tige droite sous-pubescente ; pédoncules cylindriques. Fleurs jaunes; calice un peu velu. Fruits terminés par une pointe roide. if. Croît dans les prés et les pâturages.

La renoncule bulbeuse, OU ^renouillette, RanunculuS bulbosus. — Car. spéc. : feuilles radicales pétiolées, partagées en trois parties, à segments trilides, incisés-dentés, celui du milieu comme pétiole. Tige droite, à collet bulbeux. Fleurs jaunes; calices réfléchis. Jf. Commune dans les prés, le long des haies et dans les jardins. Q

Ellébore noir.

Les anciens ont donné le nom d'ellébore à plusieurs plantes très-dangereuses ou suspectes qui appartiennent à deux familles très-différentes, celle des Colchicacées, ou Mélanthacées, et celle des Renonculacées. Ils en distinguaient deux espèces, le blanc et le noir. Il n’v a aucun doute à élever sur le premier, qui est le Veratrumalbum de la famille des Colchicacées (1); mais on est incertain si l’ellébore noir des anciens était Y Helleborus niger , L., de la famille des Renonculacées, ou une espèce voisine trouvée par Tournefort dans l'île d’Antioyre, et nommée Helleborus orientalis; ou si, enfin, cet ellébore noir n’était pas plutôt la racine du Veratrum nigrum, L., dont la propriété fortement drastique peut seule expliquer celle qui avait été attribuée à la racine des Helleborus.

Quoi qu’il en soit, l’ellébore noir de Dioscoride, auquel il donne aussi le nom de Melampodium, est certainement une racine d’ Helleborus. Le nom de Melampodium lui a sans doute été donné à cause de la couleur noire de sa racine : suivant d’autres, ce nom serait celui d’un berger nommé Melampus , qui, ayant observé que ses chèvres étaient purgées lorsqu’il leur arrivait de manger de l’ellébore, imagina de s’en servir pour guérir de leur folie les filles de Prœtus, roi d’Argos. Le meilleur ellébore noir croissait dans l’île d’Anticyre et sur la côte de Thessalie. Tournefort, qui a parcouru ces contrées, n’y a trouvé que l’espèce d’ellébore nommée depuis Helleborus orientales, dont les feuilles radicales sont très-larges, épaisses, à 7-9 divisions pédalées; les feuilles de la tige sont plus petites, à 3 5 divisions palmées. La tige est haute de 35 à 50 centimètres, simple par le bas, rameuse dans sa partie supérieure, terminée par un petit nombre de fleurs larges de 40

(!) T. II, p. 150.

750 DICOTYLÉDONES TIIALAM1FLORES.

à 55 millimètres, pédonculées, penchées, d’un vert brunâtre. La racine est grosse comme le pouce, dure, ligneuse, placée transversalement dans la terre et munie de radicules à sa partie inférieure. On ne peut douter que celte espèce ne constituât une des sortes d’e lie bore noir des anciens. Nous possédons, quant â nous, et nous employons sous le môme nom, la racine de deux ellébores indigènes qui sont Y Helleborus niger et V llelleborus viridis, L. Voici leurs caractères respectifs :

llelleborus niger, L. (fig. 779). Celte plante croît dans les lieux rudes et montagneux d’une partie de l’Europe ; elle est cultivée

dans les jardins, où elle porte le nom de rose de Noë /, à cause de la forme de sa Heur et de l’époque de l’année où elle fleurit ordinairement. Elle pousse de sa racine des feuilles longuement pétiolées, à divisions très-profondes et pédalées, fermes, luisantes et d’un vert très -foncé. Ses fleurs, d’une belle couleur incarnate, sont portées au nombre de 1 ou 2 sur une hampe de 16 à 19 centimètres. Ces fleurs sont composées d’un calice persistant à 5 sépales arrondis, de 8 à 10 pétales très-courts et formés en cornet, cachés entre le calice et les étamines; de 30 à 60 étamines, et de 6 à 8 ovaires supères qui deviennent autant de capsules folliculeuses, polyspermes.

La racine de V Helleborus niger est entièrement noire au dehors et blanche en dedans. Elle se compose d’un tronçon principal très-court, muni d’un certain nombre de radicules tendres et succulentes, noires au dehors également, blanches en dedans, n’offrant aucun meditullium ligneux, devenant très-cassantes par la dessiccation. Toute la racine a une saveur astringente, douceâtre, amère, un peu âcre, nauséeuse, fort désagréable. Suivant beaucoup d’auteurs, cette racine, séchée et pulvérisée, purge à la dose de 30 centigrammes à 1 gramme, mais cause de violentes irritations qui

RENONCULACÉES. — ELLÉBORES. 751

doivent en faire proscrire l’usage. J’ai dit que ces propriétés appartiennent seulement aux racines de Veratrum, tandis que la racine de Y Helleborus niger , séchée et pulvérisée, ne possède presque aucune propriété purgative, ainsi que Rayer s’en est assuré.

[M. Bastick (l) en a retiré une substance cristall isable blanche, soluble dans l’eau, l’éther et l’alcool ; amère au goût et produisant sur la langue la même impression que la racine. Elle est sans action sur le papier de tournesol, et ne se combine ni avec les acides ni avec les bases. L’acide sulfurique la dissout et la décompose en se colorant en rouge ; l’acide nitrique concentré la dissout et l’oxyde.]

La racine de Y Helleborus niger ne se trouve pas dans le commerce à Paris; pour se la procurer, il faut la faire venir d’Allemagne.

Ellébore à fleurs vertes, Helleborus viridis, L. Cette espèce produit de sa racine des feuilles palmées-divisées, longuement pétiolées, et des tiges faibles, droites, glabres, hautes de 15 à 30 centimètres, garnies de quelques feuilles sous-sessiles ; les tiges sont comme dichotomes à la partie supérieure. Les fleurs sont peu nombreuses, à divisions du calice ouvertes et d’une couleur herbacée. La racine de cette plante est formée de plusieurs tronçons d’un brun noirâtre, très-irréguliers, accolés les uns aux autres, d'où partent un grand nombre de longues radicules. Cette racine, desséchée, est plus dure et plus ligneuse que celle de Y Helleborus niger , ce qui tient à ce qu’elle est vraiment vivace et dure plusieurs années ; tandis que la racine d 'Helleborus niger est au plus bisannuelle, et se détruit à mesure qu’une nouvelle racine et une nouvelle plante se forment à côté de la première. Ses radicules desséchées sont donc ligneuses dans leur intérieur, tandis que celles de Y Helleborus niger ne le sont pas. Cette racine sèche était vendue autrefois, â Paris, sous le nom d 'ellébore noir; mais elle ne s’y trouve plus depuis longtemps. Ses longues radicules étaient tressées à la manière de celles de l'angélique de Bohême. Elle a une odeur forte, nauséeuse, et une saveur trèsamère. Celte amertume, mentionnée aussi par Murray, doit être regardée comme un des caractères de cette espèce.

Ellébore fétide, ou pied-tie-ffriflToii, Helleborus fœtidus, L .(fig. 78Ü). Cette plante est pourvue d’une lige droite, haute de 30 à 50 centimètres, rameuse et comme paniculée â la partie supérieure. Les feuilles inférieures sont pétiolées, d’un vert noirâtre, coriaces, partagées jusqu’à leur base en Sou 10 digitations pédalées

(1) Pharmac. Journal, XII, 274.

loi

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aiguës dentées en scie. Les feuilles supérieures, servant de bractées aux fleurs, sont d’un vert pâle et jaunâtre, presque réduites àl’étatd’un pétiole dilaté et membraneux. Les fleurs sont paniculées, verdâtres, bordées de rouge. Toute la plante, telle que nous la voyons dans nos contrées, dans les pâturages, sur la lisière des

bois et sur le bord des routes qui les traversent, est pourvue d’une odeur nauséeuse et fétide. Ses feuilles sont très-amères et très-âcres; séchées et pulvérisées, elles ont été vantées comme un anthelminthique puissant. Sa racine sert quelquefoisà entretenir les sétons des chevaux: elle est formée d’un tronc principal pivotant, d’un gris noirâtre, ligneux, muni d’un grand nombre de radicules ligneuses qui se ramifient elles-mêmes en un chevelu très-fin. Cette racine possède, quoique séchée, une odeur fort désagréable; mais je la trouve à peine âcre et nullement amère.

Fausse racine «l’ellébore noir «lu commerce. J ai dit qu anciennement on trouvait dans le commerce de l’herboristerie, à Paris, sous le nom d 'ellébore noir , la racine de YElleborus viridis. Mais, vers l’année 1836, ayant voulu me procurer de nouveau cette racine, je n’en ai trouvé que chez un seul droguiste, et encore était-elle brisée, mêlée de racine d’aconit napel, et d’une autre racine inconnue, longue de plusieurs pouces, réduite à l’état de squelette fibreux et d’une saveur amère fort désagréable. Chez tous les autres droguistes ou herboristes, je n’ai plus trouvé, sous le nom d 'Ellébore noir , qu’une autre substance

RENONCULACÉES. — ELLÉBORES.

apportée du Midi, laquelle, au lieu d’être une véritable racine, est plutôt une souche rameuse ou articulée, longue de 6 à 14 centimètres, brunâtre ou rougeâtre au dehors, presque toujours privée de ses radicules, terminée supérieurement, et à chaque articulation, par un tronçon de tige creuse, et présentant sur toute sa longueur des impressions circulaires, qui sont les vestiges de l’insertion des feuilles. Cetle souche est rougeâtre à l’intérieur, avec un cercle de fibres blanches et ligneuses placées immédiatement sous l’écorce. Les radicules, quand elles existent, sont également ligneuses. La souche offre une saveur purement astringente, avec un léger goût aromatique non désagréable. Celte môme odeur aromatique se manifeste pendant la pulvérisation. La poudre, administrée à la dose de 4 à 6 grammes, n’a produit aucun effet appréciable.

Murray dit que la seule racine vendue en France comme ellébore noir est celle de 1 ’Actœci spicata , ou herbe «le Saint- Christophe, et Bergius, dans sa Ma.te.ria medica , donne à la racine de l 'Actœa racemosa, plante américaine peu différente de la première, des caractères de forme et de texture qui sont bien ceux du faux ellébore noir du commerce ; enfin, la racine de Y Actœa spicata, que je me suis procurée au Jardin des Plantes de Paris, offrant bien la texture fibreuse et les tiges radicantes rougeâtres du faux ellébore, il paraissait naturel d’en conclure que cette dernière racine était bien celle de Y Actœa spicata. Cependant, comme la racine récoltée au Jardin des Plantes présentait l’odeur désagréable des ellébores, et une saveur trèsamère et nauséeuse, j’ai cru pouvoir en conclure, dans ma dernière édition, que ce n’était pas elle qui était vendue à Paris comme ellébore noire, et j’ai avoué ne pas connaître la plante qui produit celle-ci. L’année d’après, je m’assurais que cette racine était produite par l’ellébore fétide, et c’est un exemple frappant des différences d'aspect et des propriétés que peuvent offrir les plantes, suivant les contrées où elles croissent.

Dans notre pays, dans les lieux humides et ombragés, le piedde-griffon offre une couleur verte foncée et presque noire, et une odeur fortement nauséeuse; sur les Alpes de la Savoie, oîi je l’ai observée en 1837, toute la plante présente une teinte générale rougeâtre, une odeur non désagréable, et la souche desséchée présente exactement la forme, la teinte rougeâtre, l’odeur aromatique et la saveur de la racine du commerce; de sorte que je crois avoir trouvé là l’origine de la fausse racine d’ellébore du commerce.

(I) Murray, Apparatus merlicaminum, III, p. 48. GiiiBorRT, Drogues, 6e édition.

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Nigelles.

Les nigelles, ou nielles, sont de jolies plantes annuelles dont plusieurs sont cultivées dans les jardins. Leurs feuilles sont pinnaliseclées, à divisions multifîdes et capillaires. Leurs fleurs sont solitaires à l’extrémité de la tige et des rameaux, formées d’un calice à 5 sépales pétaloïdes, ouverts, le plus souvent de couleur bleue, et d’une corolle à 5 ou 10 pétales très-courts bilabiés. Les ovaires sont au nombre de 5 ou 10, plus ou moins soudés à la base, terminés par de longs styles simples et persistants. Les capsules sont plus ou moins soudées, déhiscentes du côté intérieur, polyspermes. Leurs semences sont presque toujours noires, ce qui a valu aux plantes leur nom grec de Melanthium, et le nom latin de Nigella , dérivé de niger.

Xi gel le des champs, nigella arvensis, L. Tige droite, haute de 22 à 28 centimètres, glabre comme toute la plante, simple ou divisée en rameaux divergents. Feuilles 2 fois pinnatifides, à lobes linéaires. Fleurs dépourvues de collerette, portant cinq sépales étalés, d’un bleu clair, quelquefois blancs, ayant leurs onglets longs et très-élroils ; les pétales sont au nombre de huit, d’un bleu plus foncé, rayés de brun en travers. Les cinq ovaires deviennent des capsules allongées, renfermant des graines noirâtres qu’on peut comparer à de grosse poudre à canon. Ces semences sont triangulaires, amincies en pointe à l’extrémité ombilicale, comme chagrinées à leur surface. L’embryon est très-petit, droit, placé près de l’ombilic dans un endosperme huileux.

Cette semence possède une odeur aromatique qui devient plus forte par l’écrasement, en acquérant de l’analogie avec celle du carvi et non du cumin, à laquelle on l’a comparée ; d’où lui est venu le nom de cumin noir qu’on lui a donné anciennement. Pour la distinguer des suivantes, j’ajouterai qu’elle est d'un gris noir foncé, mais non complètement noire ; qu’elle offre des angles très-marqués et un peu marginants; que ses surfaces sont planes, un peu enfoncées et seulement chagrinées, sans indice de plis transversaux proéminents ; enfin, qu’elle est moins aromatique.

Xigelle cultivée, OU nigelle romaine, cumin noir également; Nigella sativa , L. Tige droite, légèrement pubeseente, haute de 30 centimètres, ramifiée. Feuilles sessiles, deux fois pinnalifides, à folioles linéaires, aiguës. Les fleurs sont bleues ou quelquefois blanches, solitaires à l’extrémité de la tige ou des rameaux, dépourvues de collerette. Les pistils et les capsules sont

RENONCULACÉES. — NIGELLES. 75o

chargées de petits points tuberculeux. Les semences sont noires, excepté dans une variété dite citrina, qui les a jaunes.

La nigelle cultivée ordinaire a les semences noires, triangulaires, amincies en pointe du côté de l’ombilic; leurs surfaces sont planes, plus profondément rugueuses que celles de la nigelle des champs, et offrent quelques indices des plis transversaux proéminents ; leur odeur est forte, agréable et tient à la fois du citron et de la carotte. La variété citrina a les semences semblables, sauf leur couleur jaune grisâtre et leur odeur encore plus forte, qui tient du poivre et du sassafras.

On trouve dans l’Inde une nigelle nommée par Roxburg Nigella indica, mais avec l’indication qu’elle est à comparer au Nigella arvensis ; elle est nommée par Ainslie Nigella saliva , et est rangée par De Candolle parmi les variétés de cette dernière espèce. Cette plante porte dans l’Inde le nom de hala-jira , et j’ai raconté (page 70) comment ses semences, arrivées en France par la voie du commerce, avaient été prises pour celles du Vernonia anthelminthica. Ces semences ne diffèrent pas de celles du Nigella sativa a et fi, non plus que d’autres venues d’Égypte sous les noms de graine noire et de suneg.

Nigelle «le Damas , Nigella damascena, L. Cette espèce diffère de la précédente par l’involucre polyphylle, multifide et capillacé qui est situé immédiatement sous la fleur et qui l’entoure presque complètement, et parla singulière disposition de ses 5 capsules qui, étant soudées jusqu’au sommet, ^ont chacune divisées intérieurement en deux loges concentriques : l’une intérieure, séminifère ; l’autre extérieure, vide, paraissant résulter de la séparation del’épicarpe, accru et tuméfié, d’avec l’endocarpe. Les semences sont un peu plus grosses que les précédentes, complètement noires, triangulaires, mais à faces bombées, ce qui leur donne une forme presque ovoïde. Leur surface est traversée par de nombreux plis transversaux, proéminents. Elles exhalent, lorsqu’on les écrase, une odeur des plus agréables que j’ai peine à comparer à une autre.

Toutes les espèces ou variétés de semences de nigelle dont je viens de parler, auxquelles il faut ajouter celles de nigelle de Crète (variété du Nigella sativa ), qui sont très-aromatiques, sont usitées comme épice, dans tout l’Orient. En Égypte, on en saupoudre le pain et les gâteaux pour les rendre plus appétissants, et les femmes lui attribuent la propriété d’augmenter l’embonpoint, qui constitue la beauté suprême chez les Orientaux.

11 ne faut pas confondre les vraies nigelles avec une plante qui en porte aussi le nom, mais que l’on désigne plus habituellement sous ceux de nielle des blés , de fausse nielle ou de Nigellastrum, et

DICOTYLÉDONES TDALAM1FLORES.

qui doit ses différents noms à ses semences noires et tuberculeuses. Cette plante, qui est très-commune dans les blés, est le Lychnis githago, Lamk. ( Agrostemmci githago , L.), de la famille desCaryophyllées (page 453). Ses semences ont à peu près la grosseur de la vesce, sont tout à fait noires, recourbées sur elles-mêmes, couvertes de tubercules rangés par lignes longitudinales; elles ont été comparées par Ray, quand on les voit à la loupe, à un hérisson roulé ; elles sont inodores et ont une saveur farineuse accompagnée d’un peu d’amertume et d’âcreté.

Aucolie vulgaire.

Aquilegia vulgaris , L. — Car.gén.: calice péfaloïde, tombant, à 5 divisions; corolle 5 pétales ouverts supérieurement, bilabiés; lèvreextérieuregrandeetplane; l’intérieure très-petite, prolongée en un éperon creux, calleux au sommet, sortant entre les divisions du calice; étamines nombreuses disposées en 5 à 10 faisceaux ; les plus intérieures abortives et se transformant en écailles qui entourent les ovaires après la floraison. — Car. spéc. : 5 ovaires ; 5 capsules droites, polyspermes; éperons recourbés; capsules velues. Tige feuillue, multiflore. Feuilles presque glabres ; style ne surpassant pas les étamines, y.

Cette plante s’élève à la hauteur de 50 centimètres. Ses feuilles ressemblent à celles de la grande chélidoine ; leur couleur verte est inégalement mélangée de brun et de noir. Ses fleurs sont d’une belle couleur bleue lorsqu’elle croît naturellement dans les prés, dans les buissons et dans les bois un peu humides; mais leur couleur varie beaucoup par la culture, ainsi que le nombre et la situation de leurs cornets. On les dit corniculées lorsque les pétales accessoires, nés de la transformation des étamines, sont tous éperonnés, les éperons étant prolongés en dessous; inverses, quand les éperons sont dirigés en l’air par la torsion de l’onglet des pétales ; étoilées , quand les pétales accessoires sont planes et privés d’éperons; dégénérées, lorsque les pétales et les étamines avortent, et que les sépales du calice, multipliés, prennent une couleur verte.

L’ancolie a été usitée comme diurétique et apéritive, et scs semences, mises en émulsion, passaient pour faciliter la sortie des pustules varioliques. Ses fleurs bleues peuvent servir à faire un sirop susceptible d’être employé comme réactif, à l’instar de celui de violettes, pour démontrer la présence des acides et des alcalis.

RENONCULACÉES. — DAUPHIN ELLES.

Dauphinelles.

Genre de plantes renonculacées, appartenant à la tribu des Elaborées, dont voici les principaux caractères : calice coloré, tombant, à 5 sépales dont le supérieur est terminé, à la base, par un éperon creux; corolle à 4 pétales quelquefois soudés entre eux, et dont les deux supérieurs sont allongés, par la base, en appendices renfermés dans l’éperon; étamines nombreuses; de 1 à 5 ovaires devenant autant de follicules distincts.

Ce genre comprend un assez-grand nombre d’espèces dont plusieurs sont répandues en Europe et sont cultivées comme plantes d’ornement. Les deux plus communes portent le nom vulgaire de pied-d’alouette, et se distinguent en pied-ii’aiouette tics champs et pied-d'alouette des jardins. La première portait autrefois le nom de consolide royale ( Consolida regalis), et a reçu de Linné le nom de Delphinium Consolida. Elle croît dans les champs. Sa racine libreuse et annuelle donne naissance à une tige droite, liante de 35 à 50 centimètres, divisée en rameaux étalés et garnie de feuilles à trois divisions principales, découpées elles-mêmes en plusieurs lanières linéaires. Scs fleurs, dont le calice est ordinairement d’un beau bleu, sont disposées à l’extrémité de la tige et des rameaux en grappes peu garnies. Les quatre pétales sont soudés et forment une corolle monopétale blanchâtre, prolongée à sa base en un éperon renfermé dans celui du calice. Il n’y a qu’un ovaire, et le fruit se compose d’une seule capsule glabre, polysperme. On dit que les semences possèdent l’âcrelé de celles de la staphisaigre, et qu’elles peuvent servir également à détruire la vermine de la tête.

Le pied-d'alouette des jardins ( Delphinium Ajacis , L.) diffère de la précédente en ce qu’il s’élève davantage et se ramifie moins. Ses feuilles sont plus rapprochées, plus grandes, à un plus grand nombre de divisions, et ses fleurs sont plus nombreuses également, plus rapprochées, plus grandes, portées sur des pédoncules plus courts. Elles sont formées, de même que dans la première espèce, d’un calice à 5 sépales naturellement bleus, mais pouvant devenir blancs ou roses et pouvant se doubler par la culture. La corolle est blanche et marquée, vers le haut, de quelques lignes d’un pourpre foncé, dans lesquelles on a cru voir les lettres AI Al, ce qui a fait penser aux commentateurs que la plante pouvait être l’hyacinthe de Théocriteet d’Ovide, de laquelle ce dernier poète a dit en parlant d’Apollon :

Ipse suos gemitus foliis inscribit, et AI, Al

Flos Iiabet inscriptum; funesta littera ducta est.

DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

Ou bien la fleur d’Ajax, à laquelle Virgile fait allusion dans sa troisième Églogue :

Delphinium Slaphisarjriu, L. (fig. 781). Racine annuelle, pivotante, simple ou peu divisée. Tige cylindrique, droite, peu ra-

unique. Les semences isolées sont grosses comme celles de la gesse, irrégulièrement triangulaires, à surface noirâtre et réticulée, contenant une amande blanche et huileuse. L’amande et le test ont une odeur désagréable et une saveur âcre, insupportable.

La slaphisaigre croît dans les lieux ombragés de la France méridionale et de l'Italie ; on peut la cultiver dans les jardins comme plante d’agrément. Ses semences sont un poison très-actif pour l’homme et les animaux ; elles enivrent le poisson, comme le fait la coque du Levant. Elles sont aujourd’hui complètement bannies de la médecine interne, et ne servent à l’extérieur que pour faire mourir la vermine de la tête, ce qui a valu â la plante le nom

Die quibus in terris inscripti nomina regtim Nnscuntur flores, et Phyllida solus habeto.

Stapliisaigre.

Fig. 7$i. — Staphisaigre.

meuse, velue, ainsi que les pétioles des feuilles; haute de 35 à 65 centimètres. Feuilles palmées, toutes pétiolées , découpées, en 5 ou 7 lobes. Les fleurs sont d’un bleu clair, disposées en grappe terminale, munies de bractées à la base des pédicelles. Les pétales sont libres; les deux inférieurs sont unguiculés et les deux supérieurs prolongés en appendices qui pénètrent dans l’éperon. L’éperon est très-court. Le fruit est composé de 4 capsules courtes et ventrues, terminées par les styles persistants. Les semences sont volumineuses, au nombre de cinq dans chaque capsule, et tellement comprimées les unes contre les autres qu’elles forment une seule masse solide, remplissant toute la capsule et simulant une semence

RENONCULACEES. — ACONITS.

Tôt)

d’herbe aux poux ou pour guérir la gale et quelques affections dartreuses.

MM. Lassaigne et Feunelle ont obtenu de l'analyse de semences de staphisaigre : un principe amer brun, une huile volatile, une huile grasse, de l’albumine, une matière animalisée, du mucoso-sucré, une substance alcaline organique nouvelle, qu’ils ont nommée delphine et qui existe dans la semence à l’état de surmalate; un principe amer jaune, des sels minéraux.

[L’étude des semences de staphisaigre a été reprise en 1833 par M. Couerbe (I), qui a donné une méthode rapide pour isoler le principe alcalin, et tout récemment par M. Darbel, qui pense que la delphine obtenue par le procédé de M. Couerbe n’est pas un corps parfaitement pur. Il a retiré de la Staphisaigre trois principes, tous très-vénéneux, auxquels il a donné le nom de delphine, slaphisagrine et staphisine ( staphisain de M. Couerbe), et qu’il regarde comme des alcaloïdes: et une quatrième substance résineuse qui présente quelques-unes des propriétés des alcalis organiques (2) .

La delphine pure a une couleur légèrement ambrée, mais devient presque blanche par la pulvérisation. Sa saveur est âcre et amère : elle est presque insoluble dans l’eau môme bouillante , soluble dans l’alcool, l’éther, le sulfure de carbone, la benzine et les acides.

La slaphisagrine pure a des propriétés analogues; précipitée de ses dissolutions par l’ammoniaque, elle se présente sous la forme d’une matière gélatineuse très-différente de la delphine.

Quant â la staphisine ( staphisain de M. Couerbe), c’est une matière résineuse d’un blanc sale, soluble dans l’alcool, le chloroforme, mais insoluble dans le sulfure de carbone et l’éther. Sa réaction est alcaline et elle forme avec les acides des sels colorés en brun et à réaction acide.]

Aconits.

Car. gén : calice à 5 sépales pétaloïdes, dont le supérieur est ample, concave et en forme de casque ; corolle formée de 5 pétales dont deux supérieurs dressés dans l’intérieur du casque, longuement onguiculés et en forme de cornet ou de capuchon ; les trois autres pétales sont très-petits, réduits à l’état d’onglets ou convertis en étamines. Étamines très-nombreuses; 3 ou o pistils;

(1) Couerbe, Annal, de phys. et de chimie , 2e série, LII, p. 352.

(2) Darbel, Recherches chimiques et physiologiques sur les alcaloïdes du Delphinium staphisogria ;Thèse de la Faculté de médecine de Montpellier, I86ï)

DICOTYLÉDONES THALAM1FLORES.

3 ou 5 capsules ovales, dressées, aiguës, à une seule valve, polyspermes.

Les aconits sont des plantes fort vénéneuses, que la beauté de leurs fleurs fait cultiver dans les jardins. Les principales espèces sont:

L’aconit anthore, aconitum Anthora , L. Cette plante est vivace et croît dans les contrées montagneuses de l’Europe. Elle pousse une tige anguleuse, ferme, un peu velue, haute de oO centimètres. Ses feuilles sont nombreuses, à divisions palmées, mullifides, terminées en lobes linéaires. Les fleurs sont d’un jaune pâle, pourvues d’un casque en forme de bonnet phrygien. La racine est c imposée de tubercules charnus, fasciculés, pourvus d’un grand nombre de radicules; elle est brune au dehors, blanche en dedans, d’une saveur âcre et amère. On l’a conseillée autrefois comme contre-poison des autres aconits, et spécialement d’une espèce de renoncule très-vénéneuse nommée Thora ou Phtora ( Ranunculus thora, C.), et de là est venu à la première le nom

d’ Anthore ou d 'Aconit salutifère; mais ses seules bonnes qualités sont peutêtre d’être un peu moins pernicieuse que les autres.»

Aconit tue-loup, Aconitum lljCOCtonum, L. Plante haute de 60 à 100 centimètres, pourvue de feuilles pubescentes profondément divisées en 3 ou 5 lobes trilides et incisés ; bractéoles placées au milieu des pédicelles. Fleurs d’un blanc jaunâtre à casque conique, obtus, pubeseent. Sa racine, coupée par morceaux et mélangée à une pâtée de viande, sert à empoisonner les loups.

Aconit napel, Aconitum JAapellus , L.

(fig. 782). Espèce très-variable dans sa forme, haute de 63 à 100 centimètres, ayant une tige droite terminée par un épi plus ou moins long ou plus ou moins serré, ou par une panicule de belles fleurs bleues. Ses feuilles sont d’une belle couleur verte, luisantes, presque entièrement divisées en lobes palmés, pinnatifides, dont les divisions sont élargies vers l’extrémité. Le casque est demi-circulaire, comprimé, terminé par une pointe courte. Le sac formé par le cornet des pétales est sous-conique, terminé par un éperon court,

Fig. 7S2. — Aconit.

RENONCE LACEES. — ACONITS.

cpais, incliné. Les ovaires elles capsules sont au nombre de trois. La racine, qui est très-vénéneuse, a la forme d’un petit navet , et c’est de là que lui est venu le nom de Napellus, diminutif de Napus ; mais cette racine est ligneuse, munie d’un grand nombre de radicules, et elle offre ordinairement l’assemblage de deux ou trois tubercules fusiformes, développés horizontalement à côté les uns des autres, et qui se détruisent successivement après avoir duré deux ou trois ans.

On a publié (I) le récit de l’empoisonnement de quatre personnes, dont trois sont mortes , pour avoir bu environ 30 grammes d’eau-de-vie dans laquelle on avait fait infuser, par erreur, de la racine d’aconit au lieu de celle de livèche. Les jeunes pousses de l’aconit sont peu actives, et Linné rapporte que les Lapons les mangent cuites dans la graisse; mais les feuilles développées sont fort dangereuses, comme plusieurs accidents l’ont prouvé. Cependant l’extrait, employé à petite dose, a été préconisé par Stoerk comme sudorifique dans les cas de syphilis, de rhumatismes goutteux , articulaires, etc. , et employé depuis, par beaucoup d’autres médecins, dans un certain nombre d’autres maladies. Malheureusement, le mode de d essiccation de la plante, de préparation de l’extrait, et l’ancienneté plus ou moins grande des préparations, paraissent influer beaucoup sur l’activité des médicaments. On admet également que la plante venue naturellement sur les montagnes est beaucoup plus active que celle cultivée dans les jardins. Enfin, il est probable que l’espèce ou la variété d’aconit employée influe également sur les résultats qu’on peut en attendre; mais il est difficile de dire qu’elles sont celles qui méritent la préférence, en raison du graiîd nombre d’espèces ou de variétés qui paraissent avoir été employées à peu près indifféremment sous le nom d 'aconit napel. Ces plantes sont :

Les Aconitum tauricum, spicatum , macrostachyum , neubergense, etc., variétés de Y Aconitum napellus.

Et les Aconitumvariegatunfi , rostratum , paniculatum , stoerkianum , intermedium, etc., espèces ou variétés formées de Y Aconitum cammarum, L. •

Pendant longtemps les chimistes ont vainement cherché à isoler le principe actif de l’aconit, et l’on avait fini par supposer que ce principe, étant volatil, sejperdait pendant les opérations employées pour l’obtenir. Cependant MM. Geiger et Hesse, d’un côté, et M. Berthemot, de l’autre, sont parvenus à extraire des feuilles d’aconit un alcaloïde fortement vénéneux, auquel la plante doit nécessairement ses propriétés ; mais comme les propriétés assignées à l’alcaloïde ne sont pas identiques, puis ue ce-

(1) Journal de chimie médicale, t. III, p. 3i4 .

762 DICOTYLÉDONES TI1ALAMIFLORES.

lui de M. Hesse dilate la pupille, tandis que l’autre la contracte, il est à désirer que de nouvelles recherches soient entreprises sur la racine de la plante, de laquelle, probablement, le principe sera plus facile à retirer que des feuilles.

[Dans sa thèse inaugurale à la faculté de médecine, M. E. Hottot (I) a montré que la racine était en efFet l’organe le plus actif de la plante. Il a ainsi étudié YAconitine qu'il a obtenue à un degré d’activité beaucoup plus considérable que celle du commerce. II lui attribue les caractères suivants : substance amorphe, en poudre blanche, très-légère, d’uneamertumetrès marquée, contenant 20 p. 100 d’eau, qu'elle perd en fondant à 85° : elle est alors jaune d’ambre, transparente. Elle est à peine soluble dans l’eau ; très-soluble dans l’alcool, l'éther, la benzine et le chloroforme. L’acide sulfurique la colore en jaune, puis en rouge-violet. Elle ramène au bleu la teinture de tournesol rougie par les acides et forme avec les acides des sels amorphes.

A côté de l’aconitine, MM. T. et II. Smith (2) ont signalé un alcaloïde, cristallisant très-facilement, et qui paraît avoir la même formule que la narcotine. Ils l’ont nommée aconelline .]

Aconit féroce, Aconitum ferox, Wallich. Celte plante croît dans le Népaul, aux lieux élevés de la chaîne de l’Hymalaya. Elle ressemble beaucoup à V Aconit um Napellus par la couleur et la disposition de ses fleurs, et par ses feuilles à 5 lobes palmés et pinnatifides. La racine est également formée de un, deux ou trois tubercules ovoïdes allongés ou presque fusiformes, longs de 5, 5 à 1 1 centimètres, d'un brun noirâtre au dehors, blanchâtres à l’intérieur; ils sont amylacés, inodores, d’une saveur âcre et amère, et renferment un Scs poisons les plus actifs du règne végétal, ainsi qu’il résulte des expériences du docteur Wallich et de M. J. Pereira. Un seul grain d’extrait alcoolique, introduit dans la cavité du péritoine d’un lapin, le tua en deux minutes; 2 grains introduits dans la veine jugulaire d’un fort chien l’ont tué en trois minutes. L’extrait introduit dans l’estomac agit beaucoup moins, et l’extrait aqueux est plus faible que l’alcoolique (3).

Ce sont les racines de cet Aconitum ferox, ou bish, qui, envoyées en 1863 comme jalap à Constantinople, y ont produit des empoisonnements nombreux (4).]

(1) E. Ilottot, Thèses de la Faculté de médecine de Paris. lSGi.

(2) T. et H. Smith, Pharm. Journ. 2e série. V, 317. I8G3-64.

(3) Journ. de chim. méd., 1830, p. CG2, et 1835, p. 109.

(4) Voir Schroff, Eine hôchst geführliche Verweschslung der Jalapwürzcl (Zeilsch. der allgem osier. Apothcker-Vereines. Juni, 18G5).

M. Guibourt avait rassemblé sur le bish de nombreux matériaux, pour Tin travail que la mort est venue interrompre et dont il n’avait pu malheureusement écrire que quelques pages d’introduction.

RENONCULACÉES. — PIVOINES.

Pivoines.

Car. yen. : calice à 5 pétales concaves, orbiculaires, persistants ; corolle à 5 ou 10 pétales orbiculaires privés d’onglets ; étamines très-nombreuses ; de 2 à 5 ovaires épais, entourés, à leur base, d’un disque charnu, couronnés chacun par un stigmate sessile, épais, falciforme, coloré. Le fruit consiste en plusieurs capsules ovales-oblongues, ventrues, terminées par une seule loge, s’ouvranf du côté interne et renfermant des semences globuleuses, lisses et luisantes.

Les pivoines sont de très- belles plantes qui croissent naturellement dans les lieux montueux de l’ancien monde , du Portugal jusqu’à la Chine, et qui font l’ornement des jardins par leurs magnifiques fleurs souvent doublées par la culture, très-souvent d’un rouge vif, quelquefois roses ou blanches, jamais bleues ni jaunes. Une des plus belles espèces est le mou-tan, OU pivoine en arbre de Chine (Pœonia rnoutan , Sims), dont la tige est ligneuse, ramifiée, haute de 3 à 4 pieds dans nos jardins (plus élevée dans son pays natal), garnie de feuilles bipinnatisectées, à segments ovales oblongs, glauques en dessous. Les fleurs sont larges de 13 à 19 centimètres, d’un rouge clair, quelquefois blanches , d’une faible odeur de rose; les capsules sont velues, portées sur un disque charnu qui, dans une variété ( Pœonia papaveracea ), les renferme presque complètement.

Deux espèces de pivoines indigènes, connues sous les noms vulgaires de pivoine mâle et de pivoine femelle, ont été longtemps préconisées en médecine contre l’épilepsie; mais ellessont aujourd’hui presque complètement oubliées. La première, nommée aujourd’hui Pœonia corallina , est herbacée, haute de 60 à 100 centimètres, rougeâtre dans la partie supérieure des rameaux. Les feuilles sont découpées en segments deux fois ternés, ovés, glabres, entiers, d’un vert foncé et luisantes en dessus, blanchâtres en dessous, portées sur des pétioles rougeâtres. Les fleurs sont solitaires à l’extrémité des rameaux, le plus souventsimples et de couleur purpurine ou incarnate. Les capsules sont écartées

Fig. 783. — Pivojne femelle.

DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

dès la base, recourbées en dehors, cotonneuses, déhiscentes par la partie supérieure du côté interne, et montrant des semences globuleuses grosses comme des petits pois, d’un beau rouge d’abord, puis d’un bleu obscur, enfin noires. La racine est napil'orme, grosse comme le pouce ou davantage, pivotante ou ramifiée, de couleur rougeâtre au dehors, blanchâtre en dedans , d’une odeur forte, analogue à celle du raifort, lorsqu’elle est récente. Nouvellement séchée, elle conserve encore une partie de son odeur et une saveur assez marquée ; mais lorsqu’elle commence à vieillir, et telle qu’elle existe presque toujours dans le commerce, elle n’est plus que farineuse et un peu astringente. Elle entre dans le sirop d’armoise composé et dans la poudre de Guttète. Ses semences servent à faire pour les jeunes enfants des colliers auxquels on attribue lapropriôté de faciliter la dentition; on prépare avec les fleurs une eau distillée et un sirop. La racine a été analysée par M. Morin (1).

La pivoine mâle est rare dans les jardins, où l’on ne trouve guère que la pivoine femelle qu’on lui substitue le plus ordinairement.

Pivoine femelle, Pœonia officinalis, Retr. (fig. 783). La racine de cette plante est formée de tubercules oblongs, comme ceux de l’asphodèle, suspendus à des fibres. Sa tige est haute d’un mètre environ, ramifiée, verte et non rougeâtre, pourvue de feuilles découpées en segments deux fois ternés, et le lobe terminal partagé en deux ou trois parties. Les fleurs sont ordinairement d’une belle couleur rouge et souvent doublées par la culture; les capsules sont velues, dressées â la base, divergentes par le sommet. Les semences sont plus petites que dans l’espèce précédente et oblongues.

On cultive dans les jardins beaucoup d’autres espèces ou variétés de pivoine, et principalement les Pœonia peregrina, lobatay olbiflora , hybrida , laciniata, etc. - i ...

(i) Morin, Journ. de phurm., t. X, p. 287.

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