‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 3)Chapitre 174 sur 176 · ÉCORCE DE WINTER · texte numérisé non relu

ÉCORCE DE WINTER

un doute très-grand que cette écorce appartienne au Drimys Winteri.

Le premier échantillon m’a été donné par M. Robert Brown : il porte écrit sur le bois même : Port-Famine , capitaine P. King , Drimys Winteri. Il consiste en un tronçon de tronc ou de branche large de 8 à 9 centimètres, formé d’un bois un peu rougeâtre et peu compacte, et d’une écorce épaisse de 3 millimètres, couverte par un épiderme gris blanchâtre très -mince et assez uni. Cette écorce est d’un rouge brun foncé à l’intérieur et d'apparence spongieuse, surtout dans la partie qui touche au bois, laquelle paraît formée de lames ligneuses longitudinales et rayonnantes, isolées les unes des autres. Cette écorce possède une odeur forte, un peu analogue à celle de la cannelle et un peu camphrée, et une saveur également très-aromatique, accompagnée d’une âereté assez grande, mais non comparable à celle de l’écorce du commerce.

Le second échantillon faisait partie de celui qui a été rapporté de la terre de Magellan, en 1840, parM. Le Guillou (Voyage de l’Uranie). Les feuilles qui l’accompagnent sont très-remarquables, et répondent bien à la figure du Drimys punctata de Lamarck (1). Elles sont longues de 8 centimètres environ, larges de 3, 5, presque noires et luisantes â la face supérieure, d’un gris bleuâtre à la face inférieure, avec une seule nervure médiane noire. Examinée à la loupe, la face supérieure présente un réseau noir d’une extrême finesse, et la face inférieure une infinité de petits points glanduleux, blanchâtres et très-serrés, sur un fond bleuâtre. Ces feuilles ont une consistance solide, et leur cassure présente l’apparence d’une pâte brune, desséchée. L’écorce est roulée, de la grosseur du petit doigt, épaisse de 2 millimètres, formée d’un épiderme mince et uni, dont la couleur hanche tranche beaucoup avec la coulenr brune rougeâtre de l’intérieur. Dessous l’épiderme se trouvent un certain nombre de couches concentriques très-serrées; mais la plus grande partie de l’épaisseur de l’écorce est formée de lames ligneuses rayonnantes et distinctes, tout à fait semblables à celles de l’échantillon précédent, et répondant bien à la première description de Clusius. Cette écorce possède, comme la première, une odeur et une saveur de cannelle camphrée, et son âcrelé est très-inférieure à celle de l’écorce du commerce. 4- Q Écorce *le palo piquante du Mexique. En 1842, il a été apporté du Mexique, sous le nom d 'écorce de Chachaca ou de palo piquanté , une écorce tellement analogue à la précédente, qu’il

(I) Lamarck, I/tust., t. CCCCXCIV fig. 1.

DICOTYLÉDONES TIIALAMIFLORES.

n’cst pas douteux qu’elle n’appartienne à un Drimys , que je suppose être le Drimys Mexicana, DG. Cette écorce est en fragments delà grosseur du petit doigt, forinéed’un périderme blanchâtre, un peu fongueux, et d’un liber rougeâtre, peu serré, grossièrement fibreux, offrant à l’intérieur des rides ou des replis proéminents. Elle possède une odeur douce, indéfinissable, et une saveur très-aromatique et un peu astringente, accompagnée d’une âcreté véritablement brûlante.

Écorce du Drimys granatensis. — J’ai dit précédemment (t. Il, p. 365) que plusieurs personnes avaient regardé le Drimys granatensis comme la source de l’écorce de malambo ; mais j'ai montré combien cette opinion était peu fondée. J’ajoute à présent que l'écorce du Drimys granatensis que j’ai reçue de Goudot est tout à fait différente de celle de malambo, et qu’elle présente au contraire de grands rapports avec les trois précédentes. Elle est grosse comme le doigt, épaisse de 4 à 5 millimètres, couverte d’un périderme rougeâtre, très-rugueux à l’extérieur. Le liber est peu dense et présente de larges fibres ligneuses blanches et rayonnantes, sur un fond rougeâtre. Ces fibres ligneuses forment à l’intérieur de l’écorce des côtes ou des arêtes longitudinales proéminentes. L’écorce possède une odeur aromatique un peu analogue à celle de la cannelle, et une saveur aromatique semblable, accompagnée d’une grande âcreté.

Écorce dite canello. M. Marchand , droguiste, m’a remis anciennement, sous ce nom, une écorce qui, par ce nom même et par sa qualité aromatique, me* paraît être celle du Drimys chilensis, UC. Cette écorce est en longs morceaux aplatis, larges de 25 millimètres environ, cintrés, épais de 2 à 3 millimètres seulement; elle est formée d’un périderme gris, marquée à sa surface de nombreux tubercules blanchâtres, arrondis et aplatis ; le liber est léger, très-fibreux, d’un gris rougeâtre, formé de longues fibres aplaties, qui se séparent facilement sous forme de lames difficiles à rompre transversalement. Sous ce rapport, cette écorce diffère beaucoup de toutes les précédentes. Elle est pourvue d’une odeur de cannelle camphrée faible, et d’un goût semblable accompagné d’âcreté. Cette écorce paraissait avoir été détériorée par l’humidité.

Je possède encore trois autres écorces aromatiques, dont deux rouges et pourvues d’une âcreté brûlante, qui ne peuvent se confondre avec aucune de celles que j’ai décrites jusqu’ici. Je crois inutile de les décrire.

RENONCULACÉES.

-j- FAMILLE DES RENONCULACÉES.

Plantes généralement herbacées portant des feuilles embrassantes à la base, le plus souvent divisées en un grand nombre de segments ; opposées dans le seul genre Clematis, alternes dans tous les autres. Fleurs Irès-variables, régulières ou irrégulières, quelquefois privées de corolle. Étamines nombreuses, libres, hypogynes, à anthères terminales, biloculaires. Ovaires plus ou moins nombreux, surmontés chacun d’un style et d’un stigmate simple; ils sont quelquefois soudés en un seul, le plus souvent isolés, ne contenant qu’un seul ovule ou en renfermant plusieurs. Dans le premier cas, les ovaires sont réunis en tôle et deviennent un fruit multiple, composé d’achaines disposés en tôle ou en épi. Dans le second, les ovaires deviennent des follicules rapprochés, distincts ou partiellement soudés. Les graines renferment un embryon très-petit, placé à la base d'un endosperme corné.

La famille des Henonculacées, quoique formant un groupe trèsnaturel, peut cependant être divisée en cinq tribus faciles à distinguer par le port et les caractères. En voici le tableau comprenant, comme exemples, un grand nombre de plantes, ou très-communes dans notre pays, ou cultivées pour l’ornement des jardins, ou renommées par leurs propriétés médicales ou vénéneuses.

lre tribu, cLÉMATiDÉss. Calice coloré; corolle nulle ou formée de pétales plus courts que le calice et planes. Fruits libres, monospermes, indéhiscents, surmontés par le style barbu coudé à la buse, semence inverse. Herbes ou arbrisseaux grimpants, à feuilles opposées, toutes caulinaires.

Clématite droite,

— odorante

— des haies . ..

— bleue

Clematis erecta , DG.

— flarnrnula , L.

— vitalba , L.

— viticella, L.

L® tribu, anémonées. Calice très-souvent coloré; corolle nulle ou à pétales planes. Achaines surmontés d’un style barbu et coudé; se mence inverse. Herbes droites, à feuilles toutes radicales, ou alternes sur la lige. Fleurs souvent accompagnées d’un involucre.

Pigamon jaune, ou rue de3 prés

Anémone pulsatile, ou coquelourde. . .

Anémone des prés

— des fleuristes

— des bois, ou sylvie

Hépatique des jardins

Adonis printanier

— d’automne

Queue de souris

Thalictrum flavum, L.

Anemone pulsatilla, L.

— pratensis , L .

— coronaria, L.

— nemorosa, L.

Hepatica triloba , Chaix.

Adonis vernalis , L.

— autumnalis, L.

Myosurus minimas , L.

IIIe tribu, henoncülôes. Calice et corolle; pétales à onglet tubuleux, pourvus à la base d’une petite lèvre intérieure squammiforme, ou nulle;

DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

achaines ; semence droite. Plantes herbacées à feuilles radicales ou alternes sur la tige; à fleurs solitaires à l’extrémité de la tige ou des rameaux, non accompagnées d’involu.cre.

Renoncule des jardins

— thora

Grande douve

Petite douve

Renoncule scélérate

— âcre, ou bouton d’or.. ..

— bulbeuse

— des champs

Ficaire, ou petite cliélidoine

Ranunculus asiaticus , L.

— thora , L.

— lin g ua, L.

— ftammula, L.

— scélérat us, L.

— acris , L.

— bulho<iUs , L.

— arvensis, L.

Ficaria rununculoïdes, Mœnch.

IVe tribu, iiei.léborées. Calice corolloïde ; corolle nulle ou formée de pétales irréguliers, souvent bilabiés ; capsules folliculeuses, polyspermes, libres ou plus ou moins cohérentes, déhiscentes par une suture longitudinale ventrale. Plantes lier Lacées, à feuilles toutes radicales ou caulinaires et alternes.

Populage, ou souci des marais Ellébore d’hiver

— noir

— d’Orient

— vert

— fétide, ou pied-de- griffon. . .

Nigelle des champ;

— cultivée

— à semences jaunes

— de l’Inde

Ancolie

Pied-d’alouette des jardins ...

— des champs

Staphisaigre

Aconit anthore

— tue-loup

— paniculé

— de Stoerk

— napel

— féroce

Cuit ha pa/ustris, L.

Eranthis hyemulis , Salisb.

Hel/ehorus niger , L

— orientulis , L.

— viridis, L.

— fœtidus, L.

Nige/la arveniis , L.

— saliva , L.

— citrina.

— indica.

Aquilegia vidgaris, L.

Delphinium Ajucis.

— consolida.

— slaphisagria.

Aconitum anthora , L.

— lycoctonum, L.

— panicuiatum.

— sloerkianum.

— napelius.

— ferox, Wall.

Ve tribu, PÆOtNiÉEs. Calice très-souvent corolloïde, rarement coriace et foliacé; corolle nulle ou à pétales planes; ovaires multiovulés; capsules déhiscentes ou charnues, souvent monospermes par avortement. Herbes ou arbrisseaux.

Actée en épi, ou herbe de Saint-

Christophe

Chasse-punaise.

Pivoine mâle

— femelle

• — en arbre

Actœa spicn/a, L.

Cimiciftigu fœtida , L.

Zanthorhiza apiifolia.

Pœonia corollina , Retz.

Pœouia officinalis, Retz.

— moutan , Sims.

Les Renonculacées sont, des plantes généralement dangereuses, dont un certain nombre même sont des poisons très-actifs,

RENONCULACÉES. — CLÉMATITE.

mais qui n’en ont pas moins été préconisées contre les maladies les plus rebelles. Je ne décrirai toujours que les principales, soit à cause de l’usage que l’on en fait encore en médecine, soit pour que l’on reconnaisse en elles des poisons dont il est nécessaire de se garantir.

Clématite des haies, OU vigne hlauelie.

Clematis Vitalba, L. (fig. 777) . — Car. gén : calice à 4 ou 5 sépales; corolle nulle; étamines nombreuses; ovaires plus ou moins nombreux, chargés d’un style persistant, ordinairement soyeux ou plumeux. Feuilles opposées. — Car. spéc.:

tige grimpante ; feuilles pinnées. composées de 5 folioles un peu en cœur, pointues, plus ou moins dentées; pétioles grimpants.

Cette plante, très commune dans les baies, pousse des sarments nombreux, anguleux, grimpants, longs de 2 mètres et plus. Ses fleurs sont d’un blanc sale, petites et disposées en une panicule formée par des pédoncules plusieurs fois trifides. Ses fruits sont composés d’un grand nombre d’achaines ramassés, qui forment, par leurs aigrettes, des plumets blancs, soyeux, très-élégants. Toutes les parties de la plante ont une saveur âcre et brûlante; ses feuilles vertes, écrasées et appliquées sur la peau, la rougissent, l’enflamment, et y produisent des ulcères superficiels et peu dangereux, dont les mendiants se couvrent quelquefois les membres pour exciter la commisération publique : de là lui est venu le nom d 'herbe aux gueux. On a, dit-on, fabriqué d’assez beau papier avec les aigrettes plumeuses de ses fruits. Du reste, elle n’est pas employée.

Autres espèces :

Cématite droite, Clematis recta, L. ; Clematis erecta, DC. Celte espèce diffère de la précédente par ses tiges cylindriques, droites, non grimpantes, hautes de t à 2 mètres tout au plus. Ses feuilles sont formées de 5 à 9 folioles longuement pétiolulées, glabres, glaucescentes, ovale»-lancéolées, très-entières. Les fleurs

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