XXXII. Cincliona suberosa
(Pav., Quinol., m How., loc. cit.)
Arbre à feuilles oblongues, acuminées, pubescentes, à la face inférieure; écorce subéreuse; fleurs paniculées.
Habile la province de Loxa.
Quinquina suberosa. — Celte écorce se trouve parfois mêlée aux quinquinas gris ou même au Calisaya de Carabaya. Reichel, qui l’a parfaitement décrite (fide Howard), la distingue du pseudo-Looxa de Bergen : 1° à sa moindre densité; 2° à sa couleur passant au gris-brun ;
(1) Cascarilla delgada (Laub. , Bull, pharm ., II, pag. 29G). — Vulgo Cascarilla fina delgada des Péruviens. — Au Wiry Loxa bark ^Pereira, Mat. méd . , 1640?).
(2) Laub., Bull.ph., loc. cit.
182 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
3° au petit nombre de ses fentes transversales, si faiblement imprimées qu’elles échappent à un premier coup d’œil; 4° à son goût moins amer.
Son action paraît aussi puissante que celle du pseudo-Loxa.
Faux quinquinas.
Nous venons de passer en revue toutes les espèces du genre Cinc/iona qui sont connues pour fournir des écorces officinales. Nous pourrions traiter maintenant avec les mêmes détails des faux quinquinas fournis par des genres voisins et qui ont à diverses époques paru dans le commerce mêlés aux quinquinas vrais ou donnés comme tels ; mais nous ne croyons pas devoir y insister. Ces écorces sont actuellement assez dépréciées pour ne tromper personne, et l’analyse chimique est là pour faire justice de celles qui se glisseraient dans les pharmacies : nous nous contenterons de décrire très-brièvement les principales, celles qui ont joué un rôle de quelque importance en matière médicale.]
Cascarllla magnifolia.
Weddell, Hist. nat. Quinquinas , p. 79 ( Cincliona magni folia , Ruiz et Pavon; Cinchona oblongi folia, Mutis; — Quinquina rouge de Mutis).
Cette espèce fournit le quinquina rouge de Mutis, qu’on a longtemps confondu avec le quinquina rouge vrai (voir pag. 172), et que nous décrirons sous le nom de quinquina nova [fig. 608). Arbre élevé de 45 mètres, dont la tête est large et trôsloufl'ue; les feuilles sont pétiolées, amples, ovales-oblongues, très-entières, d’une couleur pâle, brillantes en dessus, veineuses en dessous; veines infléchies vers le sommet et portant à la base de nombreux poils fasciculés, blancs. Les plus grandes feuilles sont longues de 30 à 40 centimètres; les pétioles sont demicylindriques, pourpres, longs de 3 à 5 centimètres. Le calice est pourpre, petit, à cinq dents; la corolle est presque longue de 27 millimètres, blanche, à limbe ou\erf, un peu velu en dedans; la capsule est oblongue, presque longue de 4 centimètres, faiblement striée, couronnée par le calice.
Quinquina nova. — Écorce longue de 35 centimètres, plus ou moins, roulée lorsqu’elle est petite, ouverte ou presque plate
Fig. 608. — Casearilla magriifolia.
RUBIACÉES. — CASCARILLA MAGNIFOLIA.
lorsqu’elle est plus grosse, ayant en général une forme parfaitement cylindrique, ce qui lui a fait donner le nom de quinquina chandelle . L’épiderme est mince, blanchâtre à l’extérieur, uni, offrant à peine quelques cryptogames, dont un entre autres est sous forme de plaques jaunes, cireuses, mamelonnées. 11 n’offre pas d’autres solutions de continuité que quelques déchirures ou fentes transversales répondant à celles de la couche extérieure de l’écorce; et celles-ci ne paraissent être qu’un effet de la dessiccation, tandis que les impressions circulaires observées sur d’autres quinquinas, sur le Calisaya principalement, tiennent à l’organisation même de l’écorce. Quelquefois l’épiderme manque. L’écorce proprement dite est épaisse de 2 à 7 millimètres, d’un rouge pâle incarnat, devenant plus foncé à l’air, surtout à la surface externe qui, lorsqu’elle est dénudée, est toujours d’un rouge brunâtre. La cassure est feuilletée à l’extérieur, courtement fibreuse à l’intérieur ; lorsqu’on l’examine à la loupe, on découvre entre les fibres, et surtout entre les feuillets, une très-grande abondance de deux matières grenues, l’une rouge et l’autre blanche, ce qui donne à la masse sa couleur rosée. Quelques morceaux offrent dans leur cassure, plus près du bord externe que de l’interne, une exsudation jaune et transparente, ressemblant à une gomme. L’écorce a une saveur fade, astringente, analogue à celle du tan et du quinquina gris. La poudre est d’un rouge assez prononcé.
Pelletier et M. Caventou n’ont trouvé dans ce quinquina ni quinine ni cinchonine, et ils en ont retiré 9 principes, savoir : une matière grasse ; un acide particulier, analogue aux acides gras et nommé acide kinovique ; une matière résinoïde rouge; une matière tannante; une gomme; de l’amidon; une matière jaune ; une substance alcalescenfe en très-petite quantité ; du ligneux (I).
Quinquina nova colorada. — J’appelle ainsi une écorce qui a paru dans le commerce, en 1825, sous le nom de Quina colorada et qui, loin d’être analogue aux bonnes espèces de quinquina qui ont été nommées de même, se rapproche des Quinquinas nova , malgré son aspect extérieur qui paraît l’en éloigner.
Écorces roulées, grosses comme le pouce ou davantage, pourvues d’une croûte très-rugueuse, d’un rouge brun à l’intérieur, mais généralement couverte d’un enduit blanc argenté , et offrant en outre, souvent, un champignon foliacé, découpé, d’un beau rouge de carmin sur ses bords et sur toute sa face inférieure (Ihjpocnus rubro-cinctus, Fée). Dans les plus jeunes écorces, la croûte
(1) Journ. pharm .) t. VII, pag. 109.
DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
est seulement striée longitudinalement, presque sans fissures transversales, et ressemble beaucoup à la croûte du jeune quinquina rouge non verruqueux (espèce xi, A). Dans les écorces plus âgées, la croûte est plus épaisse et marquée de profondes crevasses tant longitudinales que transversales. Le liber est d’une couleur lie de vin , assez mince dans les jeunes écorces, épais de 5 à 7 millimètres dans les grosses; il est compacte, médiocrement fibreux, et présente souvent, vers sa partie interne, une exsudation jaune et transparente.
Cette écorce possède une saveur très-astringente, plus ou moins amère, et une odeur faible, analogue à celle des quinquinas gris. M. Ossian Henry a constaté qu’elle contenait une petite quantité de cinchonine.
Je suis certain que le quinquina que je viens de décrire arrivait du Pérou. Il m’a cependant été présenté depuis sous le nom de quinquina du Brésil et comme venant de Rio- Janeiro, et on l’attribuait en conséquence au Buena hexandra, Pohl. (1). Mais ce quinquina, quoique contenant un certain nombre d’écorces courtes, mondées à l’extérieur, très-épaisses et souvent courbées en arc (2), ce qui lui donnait un aspect différent du premier, lui ressemble trop par ses écorces non mondées, pour que ce ne soit pas la même espèce. J’ai d’ailleurs cherché plusieurs fois à faire venir directement de Rio-Janeiro ce quinquina, qui aurait dû en être originaire, et je n’ai pu y parvenir. On ne le connaît pas dans les pharmacies de Rio-Janeiro. Mais ce qui est fort singulier, c’est que M. Félix Cadet-Gassicourt m’a remis, pour le droguier de l’École de pharmacie, un échantillon de nova colorada envoyé en 1834 de Haïti, par M. Germain Cadet, juge de paix de la commune de Verrette, qui proposait d’en faire des envois commerciaux, ce quinquina étant alors cultivé en assez grande quantité à Haïti, ainsi que la rhubarbe et deux autres espèces de Çinchona désignées sous les noms de rubra et de spinosa. Quant au nova colorada, il est nommé dans la lettre d’envoi quinquina brun ou Cinchona cordifolia, ce qui est une erreur, sans aucun doute. Je présume que l’espèce y avait été transportée de la Colombie.
Comlaminea tinetoria, D. C.
Écorce de paraguatan, nommée socchi au Pérou, Tafalla. L’écorce, telle qu’elle se trouve dans le commerce, est en morceaux
(1) Voir De Candolle, Prodr.,t. IV, p. 356.
(2) Cette écorce est quelquefois épaisse d’uu centimètre et tellement compacte, que sa coupe transversale, opérée à l’aide de la scie, présente la dureté et le poli du bois d’acajou.
RUBIACÉS. — CASCARILLA MACROCARPA. 1 85
courts, épais de 5 à 15 millimètres, souvent courbés en dehors par la dessiccation. Elle est raclée à l’extérieur, ou pourvue d’une croûte blanchâtre ou jaunâtre et fongueuse, semblable à celle du gros Quinquina nova. Elle a une texture grenue du côté externe, un peu fibreuse du côté interne; mais cette partie interne est gorgée d’un suc rouge desséché qui lui donne une grande compacité et de la dureté. Cette écorce du commerce, étant plus ou moins altérée à sa surface par la lumière ou l’humidité, ne présente qu’une teinte générale d’un rouge rosé terne; mais elle possède à l’intérieur une belle couleur de laque rouge qui est très-foncée, surtout du côté interne, où elle est gorgée de suc rouge. Tafalla dit qu’en raclant la surface interne des écorces fraîches, on en tire un suc qui, épaissi au soleil, peut remplacer la laque (I). Cette écorce est propre à la teinture; on la trouve au Musée britannique sous le nom de Cinchona laccifera , Quina parecida à la cinchona 6 Quina roxa de Mutis (écorce n° 14).
Cascarilla macrocarpa, Weddell {fig. 609).
( Cinchona macrocarpa , Vahl. — C. ovali folia, Mu lis.)
Feuilles pétiolées, ovales-oblongues, longues de 12 à 14 centimètres, larges de 7. Elles sont épaisses, glabres et brillantes en dessus, pubes-
Fig. 609. — Cascarilla macrocarpa.
centes en dessous, à côtes saillantes, velues. Pétiole long d’un pouce, plan en dessus, convexe en dessous; stipules plus longues que les pétioles, lancéolées, soudées à la base, glabres en dedans, caduques. Panicule terminale, raccourcie, trichotcme, à pédoncules triflores. Fleurs sous-sessiles, accompagnées chacune à la base d’une bractée
(1) Bull, pharm ., t. Il, p. 307.
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subulée. Calice campanulé-urcéolé, à 5 dents très-courtes et obtuses, plus rarement à 6 dents ou plus. Corolle épaisse, longue de 40 millimètres, tomenteuse au dehors. Divisions du limbe lancéolées-obluses, de la même longueur que le tube, velues à l’intérieur. Filets des étamines très-courts; anthères linéaires dépassant un peu l’ouverture du tube. Capsule glabre, cylindrique, longue de 55 millimètres, un peu rétrécie à la base; s’ouvrant de haut en bas; semences entourées d'une membrane.
On en connaît une variété à feuilles complètement glabres.
Quinquina blanc de Mutis. — L’écorce de cet arbre est tout à fait différente du quinquina blanc de Loxa et des autres quinquinas blancs précédemment décrits. Telle qu’elle a été rapportée par M. de Humboldt, au Muséum d’histoire naturelle, elle se compose de morceaux plats souvent recourbés en arc, en dehors, par la dessiccation. Souvent ils sont épais seulement de t ou 2 millimètres, et les plus épais ne dépassent pas 7 millimètres. Ils sont durs, cassants et ont une cassure grossière et grenue. Ils sont composés de deux couches distinctes : l’extérieure rougeâtre, offrant des libres transversales blanches, entremêlées d’une matière rouge; l’intérieure formée seulement de fibres longitudinales, dures, demi-transparentes et comme agglutinées. La surface extérieure des grosses écorces est souvent déchirée comme celle du gros Quinquina nova, auquel alors elles ressemblent beaucoup . L’épiderme manque entièrement. La poudre est d’une teinte rosée, dure sous la dent, d’une saveur peu sensible d’abord, qui devient ensuite d’une amertume forte et désagréable. Elle n’offre rien de savonneux, comme on l’a dit jusqu’ici.
On rencontre assez souvent chez les droguistes de petites parties de vieux quinquina blanc de Mutis, dont ils ne connaissent pas la nature. Il est épais de 5 à 9 millimètres, plut, taché de brun noirâtre et de blanc à sa surface; brunâtre à sa face interne et comme recouvert d’une pellicule formée de fibres agglutinées; d’une cassure toujours grossière et grenue, rougeâtre du côté externe, plutôt jaunâtre du côté interne. J’ai aussi vu anciennement, chez M. Marchand, une écorce venant de Neybas, dans la Colombie, assez volumineuse, cintrée, en partie couverte d’un épiderme blanc et uni, toujours rougeâtre au dehors, jaunâtre en dedans, très-amère , qui me paraît être encore du quinquina blanc de Mutis. Enfin Goudot m’a remis, comme étant une variété du quinquina blanc de Mutis, une écorce bien cylindrique, roulée en volute, du volume du pouce, épaisse de 2 ou 3 millimètres, couverte d’un épiderme uni et d’un gris un peu rosé; rosée à l’intérieur et toujours formée de deux couches distinctes, l’une inté-