ÉCORCE AMÈRE DE MADAGASCAR
Tournesol
Rougi .
Rougi fortement.
Nitrate de baryte
Précipité.
Précipité de sulfate assez abondant.
Nitrate d’argent
Précipité abondant de
Précipité de chlorure
chlorure.
très- abondant.
Emétique
Sulfate de fer
Précipité grisâtre.
Coloration brunâtre , trouble et précipité grisâtre.
Gélatine
Noix de galle
Léger trouble.
Louche.
Eau de chaux
Acide azotique
Trouble, qu’un excès d’acide dissout.
— sulfurique
Précipité.
Louphe.
Oxatate d'ammoniaque.. . .
Se trouble fortement.
Deutochlorure de mercure.
Quant à l’écorce de bé-lahé, qui est à peine connue, j’ai reçu depuis, sous ce nom, une écorce roulée, assez épaisse, d’apparence ligneuse jaunâtre, inodore et amère. Cette écorce est revêtue d’une croûte blanche, très-mince, comme papyracée. Cette croûte blanche est elle-même recouverte, en grande partie, d’une couche très-mince d’une substance noirâtre, partie pulvérulente, partie filamenteuse, de nature cryptogamique.
Iiasionema rosea, Don.
Arbre d’une grande élévation, très-touffu, devenant fort beau au temps de sa floraison. Les fleurs sont roses, petites, à tube légèrement renflé et recourbé; le limbe est très-ouvert, à 5 dents obtuses, un peu velues sur le bord. L’écorce appelée écorce d’ Asmonich se trouve chez M. Delessert (lettre G) et au Musée britannique, n° 8 des écorces. Elle est mince, dure, compacte, cassante, d'une couleur de chocolaté l’intérieur, couverte d’un épiderme grisâtre et uni. Elle ne présente qu’une saveur peu marquée. D’après Ruiz, celte écorce est peu amère, mais très-astringente. Elle est nulle sous le rapport médical.
Exostemina floribumlum, Rœm. et Schull (fig. 610.)
Arbre de 10 à 13 mètres. Feuilles courtement péliolées, toutes glabres, très-ouvertes, longues de 14 à 16 centimètres, elliptiques-lancéolées ; stipules oblongues, obtuses, engainantes; panicule terminale très-étendue, à rameaux glabres, comprimés; calice à dents subulées très-petites. Corolle glabre. Tube long de
RUBIACÉES. — EXOSTEMMA CARIBÆUM.
27 centimètres ; limbe à 5 divisions longues et linéaires. Filets et style capillaires, aussi longs que les divisions du limbe; stigmate ové,' indivis. Capsule obovée, glabre. Découvert en 1742, par Desportes, à Saint-Domingue. Cet arbre croît également sur les montagnes des autres Antilles; et comme dans ces îles le sommet des montagnes se nomme piton , l’écorce en a pris le nom de quinquina piton (1).
Quinquina Piton ou de Sainte-Lucie. Cette écorce, telle que je l’ai trouvée anciennement dans le commerce, est roulée, cylindrique, grosse comme le doigt, recouverte d’un épiderme variable : tantôt cet épiderme est d’un gris foncé, très-mince, ridé longitudinalement; tantôt il est recouvert de plaques cryptogamiques, blanches et tuberculeuses, et marquées de légères fissures transversales; d’autres fois, enfin, il est épais, fongueux, crevassé, blanchâtre à l’extérieur, jaunâtre à l’intérieur. Dans tous les cas l’écorce elle-même est mince, légère, très-fibreuse, sans ténacité, facile à déchirer ou à fendre dans le sens de sa longueur. Sa cassure est d’un gris jaunâtre, mais sa surface interne est d’une couleur plus ou moins noire, entremêlée de fibres blanches longitudinales; son odeur, quoique faible, est nauséeuse ; sa saveur est excessivement amère et désagréable; elle donne une poudre d’un brun terne; elle possède une propriété vomitive.
Le quinquina piton donne, par la macération dans l’eau, un liquide rouge très-foncé, très-amer, ne rougissant pas le tournesol, et paraissant plutôt alcalin qu’acide. Fourcroy en a fait le sujet d’une fort belle analyse (1). Pelletier et M. Caventou l'ont aussi soumis à quelques essais, dans la vue d’y chercher la quinine ou la cinchonine, qu’ils n’y ont pas rencontrées.
ESxostcmma caribæum, Rœm. et Schult.
Quinquina caraïbe ( fig . 6H). Arbuste de 3 ou 4 mètres d’éléva-
(1) Fourcroy, Annales de chimie, t. VIII, p. 113.
Fig. 610. — .Eiostemma floribundum.
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tion, trouvé à la Jamaïque, à Cuba, à Saint-Domingue et à la Guadeloupe; ses rameaux sont d’un brun pourpre et persemés de points cendrés ; son bois est d’un jaune foncé, très-dur, et a reçu par dérision le nom de tendre en gomme. D’après Murray, l’écorce sèche du tronc est en fragments un peu convexes, d’une ligne et demie d’épaisseur, composée d’un épiderme profondément gercé, jaunâtre, spongieux et friable, et d’un liber plus pesant, dur, fibreux, d’un brun verdâtre. L’écorce des branches est également brune et couverte d’un épiderme mince, grisâtre, recouvert de lichens.
Je n’ai que deux faibles échantillons de quinquina caraïbe dont jesois certain: l’un m’a été donné anciennement parM. Cap, et l’autre par Pelletier.
L’échantillon (A), donné par M. Cap, se compose de fragments d’écorces plates qui n’oflrent que des restes d’une croûte blanche, quelquefois épaisse de 2 à 5 millimètres, dure et profondément crevassée, mais ordinairement mince et offrant à sa surface une quantité considérable de petits cryptogames noirs et tuberculeux, entre autres le Verrucaria tropica , Ach. Le liber est épais de 2 millimètres, formé de fibres plates qui se séparent facilement les unes des autres par plaques minces . Sa couleur naturelle paraît être le jaune foncé, mais, par la dessiccation ou par l’action prolongée de l’air, la plupart des morceaux ont pris une teinte rouge ou brun noirâtre; l’amertume en est très-forte et désagréable, la salive est colorée en jaune orangé; la poudre ressemble à celle du quinquina jaune.
Cette écorce, malgré son caractère fibreux, est très-pesante, et semble avoir été plongée dans une dissolution saline et séchée ensuite; d’autant plus qu’elle offre à la loupe, et même à la simple vue, des points brillants dont plusieurs ont une forme cristalline bien prononcée. Pour m’assurer si ce caractère n’était pas effectivement accidentel, j’ai lavé une écorce dans de l’eau froide, qui n’a offert ensuite aucun indice de chlorure ou de sulfate ; je pense donc que les cristaux doivent être attribués à quelque principe inhérent à l’écorce.
L’échantillon(B), donné par Pelletier, est en écorces plus jeunes que les précédentes, très-minces, cintrées ou à demi roulées, couvertes d’un épiderme blanc jaunâtre ; leur texture est très-fine ; leur cassure est nette, non fibreuse , d'un jaune orangé foncé ; la surface interne est très-unie et d’un brun noirâtre. La saveur et la coloration de la salive sont semblables à celles du premier échantillon.
Quinquina bicolore.
Écorce sous la forme de tubes très-droits, fort longs, bien
RUBIACÉES. — QUINQUINA BICOLORE. 19!
roulés en volute ou en double volute; elle est épaisse d’un millimètre à un millimètre et demi. Elle est dure, compacte, non fibreuse et cassante. La surface extérieure est très-unie, d’une couleur uniforme gris jaunâtre; la surface intérieure est d’un brun foncé ou noirâtre, quelquefois grise comme l’extérieure; et alors l’écorce n’offre véritablement que deux couleurs, ce qui lui a valu son nom. La cassure est orangé foncé ; la saveur est amère, désagréable, analogue à celle de l’angusture; l’odeur nulle. La poudre a la couleur des quinquinas gris et rouges mêlés.
Celte écorce, répandue il y a vingt-cinq ans en Italie, sous le nom de Quina bicolorata, était connue en Angleterre sous celui d epitat/a, que nous avons vu appartenir à un vrai quinquina. M. Batka, droguiste de Prague, l’avait décrite à tort comme étant le quinquina de Sainte-Lucie ou quinquina piton. En France, on la regardait généralement comme une espèce d’angusture; mais j’ai toujours pensé qu’elle se rapprochait plus des Exostemma que des Galipea, et j’ai été confirmé dans cette opinion par la manière dont se comporte son macéré aqueux avec les réactifs chimiques. *
Depuis, L’Herminier père, pharmacien à la Guadeloupe, et M. Batka, ont pensé que le quinquina bicolore était d’un grand arbre de la famille des Rubiacées et du genre Malanea, que L’Herminier a nommé Malanea racemosa (1). Cet arbre est connu à la Guadeloupe sous le nom de bois jaune, à cause de la couleur de son bois (2). Son écorce, telle qu’on la trouve dans le commerce, est en morceaux larges, plats, très-minces, d’un jaune tirant un peu sur le fauve; la surface extérieure seule est d’un gris jaunâtre ; sa texture est finement fibreuse, sa saveur très-amère ; elle communique à l’eau une belle couleur jaune. Cette écorce offre donc, en effet, beaucoup de rapport avec le quinquina bicolore, et je les crois semblables; cependant l’écorce de Malanea est toujours d’un beau jaune dans l’intérieur, tandis que la surface intérieure du quinquina bicolore acquiert à la longue la couleur noirâtre des écorces d 'Exostemma.
Quel que soit le nombre d’écorces que je viens de décrire comme appartenant aux Cinchona ou à d’autres genres voisins de la famille des Rubiacées, le nombre en aurait encore été plus grand si j’y avais ajouté les écorces des Portlandia , des Coutarea, des Remijia, etc., auxquelles on a pareillement donné le nom de Quinquina. Quant aux écorces appartenant à d’autres familles, et
(1) Journ. depharm., t. XIX, p. 384.
(2) Je pense que c’est cet arbre que De Candolle a décrit sous le nom de Steno- ? tomum acutatum ( Prodr ., t. IV, p. 460).
DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
que l’on a nommées Quinquina ,à cause de leur usage comme fébrifuges, j’en ai décrit deux précédemment, dont l’une, nommée quina de Saint-Paul , est produite par le Solanum pseudo-china (1), et dont l’autre, appelée quina do campo, appartient au Strychnos pseudo-china (2). A la suite de cette dernière, j’ai décrit succinctement une écorce mexicaine, du nom de colpachi, analysée par M. Mercadieu, et dont je ne pouvais alors indiquer la plante mère. Il me paraît probable aujourd’hui que cette plante est le Coutarea lati folia, qui porte au Mexique le nom de copalchi (3).
On se plaint dans tous les pays de la rareté toujours croissante des quinquinas médicinaux, et le gouvernement français, en particulier, se préoccupe de la dépense considérable qu’il est obligé de faire en sulfate de quinine pour le service des hôpitaux militaires. Il a demandé aux corps académiques ou à des commissions, s’il n’y avait pas possibilité de remplacer le sulfate de quinine par un autre agent moins coûteux, indigène ou exotique. 11 serait véritablement singulier et bien malheureux qu’il n’en existât aucun; mais je suis persuadé, au contraire, que des recherches pharmaceutiques, chimiques et médicales, dirigées avec méthode et persévérance sur beaucoup d’agent thérapeutiques aujourd’hui délaissés, conduiraient, pour le moins, à circonscrire l’usage du sulfatedequinine dans un petit nombre de cas rebelles. Parmi nos végétaux indigènes, sur lesquels je désirerais voir de nouveau se lixer l’attention des médecins et des pharmaciens, je citerai le houx, le chardon-bénit, l’artichaut, l’absinthe, la camomille romaine, la petite centaurée, la gentiane, plusieurs lichens ; et quant aux végétaux exotiques, on aurait assez à choisir entre le chiretta de l'Inde, la racine de Colombo, la cascarille, le quassia, le simarouba, l’angusture vraie, le Strychnos pseudochina , l’écorce de pao-pereira, et beaucoup d’autres encore.
[Nous terminons ce travail en donnant le tableau suivant qui comprend la liste des principales espèces commerciales sous leur nom vulgaire et avec l’indication de leur origine botanique.
(1) T. Il, p. 500.
(2) T. II. p. 563.
(3) DC., Prodrom., t. IV, p. 350.