LÉGUMINEUSES. — BOIS D’ALOÈS
marqué d’enfoncemenis ou de trous dans lesquels on trouve souvent un restant de terre. Ce bois, qui est plus léger que le précédent, a probablement été enfoui dans les marais afin de détruire les parties les plus ligneuses et d’augmenter la proportion de résine odorante. Ces deux sortes de bois ont une odeur agréable et fortifiante, analogue à celle des écorces sèches du citron; ils se ramollissent sous la dent, en développant une légère amertume accompagnée d’âcreté, et la bouche s’en trouve toute parfumée; ils se ramollissent également par le frottement sur une pierre polie, et leur râpure y prend la forme de vermisseaux ou de crottes de souris. Tout bois d’aloès qui tourne à la couleur jaune ou blanchâtre, et qui porte des taches noires d’exsudation résineuse, doit être considéré comme une espèce de garo; aucun des bois qui offrent une forte amertume ne doit être considéré comme du calambac ou du garo vrai, mais bien comme un faux bois de ces deux espèces.
Rumphius n’a pu voir l’arbre qui produit le calambac, mais cet arbre a été décrit par Loureiro, sous le nom d ’Aloexylum agallochum ; il appartient à la décandrie monogynie de Linné, à la famille des Légumineuses et à la sous-famille ou tribu des Cassiées.
La seconde espèce de bois d’aloès est nommée garo. Rumphius en distingue deux sortes principales, une de Coinam et l’autre de Malacca, dont il décrit et figure l’arbresous le nom d’ Agallochum secundarium alaccense. Cet arbre est YAquilaria secundaria de De Candolle, de la petite famille des Aquilarinées; il diffère peu de l’ Aquilaria agallocha de Roxburgh et de l’ Aquilanamalaccensis deLamarck, qui fournissent probablement les autres variétés de bois de garo mentionnées par Rumphius.
Le bois de garo est jaunâtre, marbré de veines courtes et brunes; ou d’un gris cendré avec des veinules noires, et ressemblant presque au calambac, mais toujours plus dur et plus pesant. Les grands morceaux offrent çà et là des taches noires et résineuses ; il s’enflamme moins facilement que le calambac, et dégage une odeur irritante qui tient quelquefois du benjoin.
Le bois de garo est nommé par les Chinois tliim ou tim-liio et sock ou ioo ; les Portugais le nomment pao de aguila. Ce nom, qui est dérivé d ’agalugin, a été traduit à tort par lignum aqailœ et par bois d’aigle. Ainsi ce dernier nom n’est encore qu’une traduction altérée du mot arabe primitif.
Rumphius décrit ensuite deux faux bois d’agalloche : il nomme le premier garo tsjampacca , et le croit produit par un arbre nommé depuis Michelia tsjampacca , et appartenant à la famille des magnoliacées ; son odeur se rapproche de celle de la camomille, et son amertume est très-forte ; l’autre est fréquent dans les îles Moluques et provient de YArbor exccecans ( excœcaria Agallocha, L., de la famille des Euphorbiacées). Cet arbre est ainsi nommé parce que si, par malheur, en le coupant, le suc âcre et laiteux dont il est rempli tombe dans les yeux, on court risque d’en perdre la vue. Son bois est d’une couleur ferrugineuse, dur et fragile comme du verre, très-amer, très-résineux et
(I) Loureiro, flora cochinchinensis. Edit. Vildenow. Bcrolini, 1793.
GuiiiounT, Drogues, 6c édition. T. III. — 'i 2
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s’enflamme avec une grande facilité. Il a une si grande ressemblance avec le calambac, qu’on peut à peine l’en distinguer, et plusieurs pharmaciens ont assuré à Rumphius qu'il était envoyé en Europe comme bois d’agalloche.
Enfin Rumphius décrit un bois musqué qui est blanchâtre ou de couleur hépatique, avec des veines plus brunes, et qui est nommé par quelques personnes calambac blanc.
Voici maintenant la description des bois d’aloès que j'ai trouvés dans le commerce et dans les droguiers.
Bois «l’aloès «le l’École «le pharmacie «le Paris. Ce bois me paraît être le vrai bois de calambac, caractérisé par ses longues veines noires sur un fond de couleur plus claire. Ce n’est pas cependant le calambac le plus estimé de Rumphius, qu’il dit être d’un brun obscur veiné de noir; mais c’est celui qui vient après, dontje fond est pâle et cendré, qui a la fibre grossière, qui est léger, caverneux, et qui, probablement, a été enfoui sous terre, pour le faire pourrir et en augmenter la qualité. Suivant toutes les apparences, ce bois est fourni par l’Aloexylum Agallochum , Lour. : il présente une odeur forte, sui generis ; une saveur amère, âcre et fortement parfumée; il laisse une résine molle sous la dent, se ramollit également par le broiement sur le porphyre ; il brûle avec flamme et en répandant une odeur suave.
Bois «l’aloès ordinaire «lu commerce. Ce bois est d’une couleur grisâtre, et sa surface devient noire avec le temps. Sa pesanteur spécifique varie, et, un morceau ayant été scié en deux, une des parts a surnagé sur l’eau ; l’autre, qui contenait un nœud, est tombée au fond. Sa saveur est amère, son odeur est à peu près celle de la résine animé ; plusieurs morceaux offrent des excavations remplies d’une résine rouge. La coupe transversale y découvre un caractère particulier : la surface est lisse et résineuse, mais parsemée d’une infinité de points blancs, qui doivent résulter de la déchirure des parois d’autant de tubes dont la direction suit celle du bois. Lorsqu’au lieu de scier entièrement le morceau, on laisse au centre une portion intacte, et qu’on la rompt, la partie rompue offre de ces tubes, qu’on peut apercevoir à l’aide de la loupe.
Ce bois est très-probablement le garo de Rumphius, le bois d’aigle des Portugais et de Sonnerat, et doit être produit par 1 ’Aquilaria secundaria ou malaccensis.
Bois «l’aloès citriu. Je n’ai trouvé qu’une seule fois ce bois dans • le commerce, mêlé au précédent, dontje le regarde comme une variété. Il a la forme d’un tronçon tout à fait noueux et contourné, pesant, d’une odeur qui tient un peu de celle de la rose, mais qui se rapproche encore plus de celle de la résine animé chauffée. Ce bois est d’un jaune assez pur, amer, et se broie sous la dent. La coupe transversale de la scie y produit une surface lisse, résineuse ou comme cireuse, d’une couleur orangée assez uniforme. Ce bois n’est pas caverneux dans son intérieur ; il parfume l’air quand on le brûle.
Bois «l’aloès musqué. Ce bois a une couleur jaune sale, comme verdâtre :il est peu résineux, comparativement aux précédents, fibreux, quelquefois spongieux, difficile à diviser sous la dent. Il n’est nulle-