‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 3)Chapitre 87 sur 176 · BOIS DE CAMPÊCHE · texte numérisé non relu

BOIS DE CAMPÊCHE

gvnie et de la famille des Légumineuses, à feuilles pinnées, non aromatiques, croissant à Campéche en Amérique, à l’île Sainte-Croix, à la Jamaïque, à la Martinique et à Saint-Domingue.

Le nom de bois d’Inde que ce bois porte dans le commerce, et sa qualité aromatique, ont fait croire pendant longtemps qu’il était produit par le Myrtus pimenta, lequel se nomme bois d’Inde dans les Antilles ; niais il y a longtemps aussi que cette erreur a cessé, et qu’on a reconnu que le bois de Campéche était fourni par YHœmatoxylum campe chianum.

Ce bois varie dans sa forme et porte une désignation particulière, suivant le pays qui le produit. Celui de Campéche même se désigne sous le nom de Campéche coupe d'Espagne ; les autres prennent le surnom de coupe d'Haïti, coupe Martinique, etc. 11 a été privé d’aubier par la hache, présente généralement une surface anguleuse, irrégulière, et offre souvent des angles rentrants et des trous encore pourvus d’un aubier blanc et de leur écorce. Il est naturellement d’un rouge brunâtre très-pâle à l’intérieur, mais devient d’un rouge vif lorsqu’il est conservé poli à l’air, ou passe au noir quand il est exposé brut à l’humidité. Aussi, dans le commerce, les bûches ont-elles toujours à l’extérieur une couleur noire qui les distingue à la simple vue du bois de Brésil. Le bois de Campéche est plus pesant que l’eau, à texture fine et compacte, susceptible d’un beau poli et pouvant faire de beaux meubles. Il exhale une odeur d’iris très-marquée et présente une saveur sucrée et parfumée.

Le bois de Campéche forme avec l’alcool une teinture d’un rouge jaunâtre foncé, et avec l’eau un macéré d’un rouge encore plus foncé et d’une odeur d’iris. Ce macéré teint le papier en violet, devient d’un violet extrêmement foncé par les alcalis, et passe au rougejaunâtre par les acides.

L’alun lui communique une couleur rouge-violet très-foncée, et l’ ammoniaque y détermine une laque bleue.

Avec le chlorure ferrique, précipité violet noirâtre.

Sous-acétate de plomb, précipité bleu un peu grisâtre.

Acétate de cuivre, précipité bleu noirâtre.

Sel d’étain , couleur rouge-violet.

M. Chevreul a obtenu le principe colorant du bois de Campéche à l’état de pureté, et l’a nommé hématine. Ce principe est sous la forme de paillettes dorées, solubles dans l’alcool et l'éther ; il est très-peu soluble à froid dans l’eau, plus soluble dans l’eau bouillante et cristallisable par le refroidissement. Sa solution aqueuse, vue en masse, est d’un rouge jaunâtre ; elle devient jaune, puis d’un rouge vif, par les acides, et violette par les alcalis (1).

L’hémaline ne contient pas d’azote; elle est décolorée par le sultîde hydrique (acide sulfhydrique), de môme que le principe colorant du bois de Brésil, l’indigo, le tournesol, et beaucoup d’autres matières co- . lorantes qui paraissent être incolores à un minimum d’oxygénation. 11 est probable même que l’hémaline de Chevreul est le produit de l’oxy-

(1) Chevreuil, Ann, de Chim. , t. LXXXI, p. 128.

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génation à l'air d’un principe non coloré, qui existe naturellement dans le bois de Campêche.

Le bois de Campêche est usité surtout pour la teinture en noir et en bleu. L’ébénisterie en emploie aussi une certaine quantité, rf

Bois (le cam.

Cam-wood, Engl.; Baphia nitida, Lodd., tribu des Cæsalpiniées ou Cassiées.

L’arbre qui produit ce bois croît en Afrique, dans la colonie anglaise de Sierra-Leone. Il arrive en bûches courtes, en morceaux, racines et écailles. 11 sert à la teinture en rouge et à l’ébénisterie. Il est beaucoup plus lourd que l’eau, d’une texture très-fine et susceptible d’un beau poli. Lorsqu’il est récent, il est blanc à l’intérieur et ne devient rouge qu’au contact de l’air; même dans des bûches assez anciennes, j’ai trouvé que l’intérieur était blanc, et que l’extérieur seul était devenu rouge jusqu’à une certaine profondeur; à l’air humide et probablement sous l’influence d’émanations ammoniacales, sa surface noircit, de même que le fait le bois de Campêche et caliatour. Ce bois, devenu rouge ou noir, ressemble tellement au caliatour, que je les ai longtemps confondus ensemble. Voici cependant à quels caractères on peut les distinguer : le bois de Cam est d’une structure encore plus fine que le caliatour ; sa coupe transversale et polie est complètement privée de points blanchâtres indiquant l’extrémité de fibres ligneuses, et ne présente que d’innombrables lignes concentriques, régulièrement ondulées et frès-rapprochées, que l’on dirait avoir été dessinées avec le tour ci guillocher. C’est avec peine qu’on observe, à l’aide d’une trèsforte loupe, d’autres lignes radiaires droites, très-fines et très-serrées.

Le cam-wood fournit avec l’eau froide une teinture d’nn rouge assez vif, tandis que le caliatour ne lui communique aucune couleur; enfin le cam-wood exhale, lorsqu’on le râpe, une odeur qui se rapproche plus de celle de la violette ou du palissandre que de la rose, et cette odeur, qui est assez fugace, disparaît avec le temps.

[On doit rapprocher du Cam-wood des Anglais, un Baphia du Gabon nommé laurifolia par M. Bâillon (1), et qui fait l’objet d’un commerce assez considérable entre le Cap des Palmes et le Grand-Bassam. C’est le mpano des indigènes. Son bois est surtout employé dans la teinture.]

(f Bois (le santal roug'e.

Le genre Pterocarpus, auquel appartient le santal rouge, est pourvu d’une corolle papillonacée, de 10 étamines monadelphes ou diadelphes et d’un légume indéhiscent, sous-orbiculaire, plus ou moins contourné, et entouré par une aile membraneuse; il est souvent monosperme, mais il peut aussi contenir 2 ou 3 semences séparées par des replis du péricarpe. Les anciens botanistes se sont plu à voir une figure de dragon dans les veines proéminentes du péricarpe ou dans ses replis inté-

(1) Voir Bâillon, Études sur l’herbier du Gabon du musée des colonies françaises. ( Adansonia , 1865).

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