LÉGUMINEUSES. — BOIS DE SANTAL ROUGE
rieurs, et ont pensé que c’était à cause de cette figure que l’on avait donné à la résine rouge de ces arbres le nom de sangdragon.
Le genre Pterocarpus ne contient guère qu’une vingtaine d’espèces qui sont éparses dans les îles Moluques, dans l’Inde, à Madagascar, sur les côtes de l’Afrique, tant du côté de l’orient que de l’occident, et dans l’Amérique intertropicale. 11 se recommande à nous non-seulement par ses bois qui, sous les noms de santal rouge, de bar-ioood, de ealialour , de corail tendre, etc., sont usités dans la teinture et dans l’ébénisterie ou la tabletterie, mais encore par ses sucs rouges et astringents qui constituent, soit une espèce fort rare et très-pure de sangdragon, soit le kino de l’Inde orientale et la gomme astringente de Gambie.
Hois «le sautai rouge. Ce bois est généralement attribué au Pterocarpus santalinus de Linné fils ; mais il me paraît plus probable que cet arbre fournit le bois de ealialour qui a porté pendant longtemps le nom de santal rouge, et que notre santal rouge actuel est produit par le Pterocarpus indicus de Willdenow, que Rumphius a décrit sous le nom de Lingoum rubrum. En d’autres termes, le bois de caliatour, produit par le Pterocarpus santalinus, était nommé indifféremment, par Herbert de Jager et par Rumphius, caliatour ou santal rouge, et notre santal rouge actuel, inconnu cà Herbert de Jager, est le Lingoum rubrum de Rumphius.
Le santal rouge arrive principalement de Calcutta, en bûches de 6 à 27 centimètres de diamètre, privées d’aubier, en racines ou en mor* ceaux équarris. Les bûches sont souvent entaillées aux deux bouts, ou percées d’un trou pour y placer une corde, et usées extérieurement comme si elles avaient été traînées sur la terre (Holtzapffel). Ce bois est d’un brun noirâtre à l’extérieur, et d’un rouge de sang à l’intérieur. J’en ai vu une fois un morceau d’extraction récente, qui était presque blanc dans son intérieur et qui depuis est devenu complètement rouge, ce qui m’a confirmé dans l’opinion que j’avais émise anciennement et bienavantles recherches d’ailleurs très-belles et très-exactes de M. Preisser sur les matières colorantes organiques, que la couleur des bois de teinture était le résultat de l’oxygénation, par l’air, d’un principe primitivement incolore.
Le santal rouge présente une structure très-fibreuse, assez grossière, quoique souvent dissimulée par l’abondance de la matière résineuse dont il est imprégné, et très-remarquable. Ses fibres sont disposées par couches concentriques, dirigées ou inclinées alternativement en sens inverse ; de sorte que, lorsqu’on le fend dans le sens de son diamètre, il se sépare en deux morceaux, qui sont comme engrenés l’un dans l’autre, et que, lorsqu’on y passe le rabot, la surface est alternativement polie et déchirée (1). Les parties polies offrent un grand nombre de pores allongés remplis d’une résine rouge.
Le santal rouge est un peu plus léger que l’eau; il est doué d’une odeur faible, mais agréable, analogue à celle de l’iris ou du bois de Campéche; il n’a pas de saveur proprement dite, mais il parfume légè-
(1) Cette structure se retrouvant dans un assez grand nombre de bois appartenant à la famille des Légumineuses et à quelques autres, je la désigne, pour abréger, sous la dénomination de structure santatine.
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rement la bouche. 11 est aujourd’hui plus employé dans la teinture et la tabletterie que dans la pharmacie.
M. Pelletier a fait des recherches sur le santal rouge et sa matière colorante. L’eau n’a que peu d’action sur ce bois; l’alcool rectifié en a une beaucoup plus grande, et néanmoins ne le décolore pas entière- ■■ ment. La matière dissoute a les propriétés générales des Résinoïdes. j Elle est à peine soluble dans l’eau froide, plus soluble dans l’eau bouillante, très-soluble dans l’alcool, l’étlier, l’acide acétique et les alcalis. Elle est presque insoluble dans les huiles fixes et volatiles, excepté l’huile volatile de lavande et celle de romarin, ce qui est un caractère d’exclusion assez singulier (1).
La santaline pure et incolore, soluble dans l’eau et cristallisable, a été obtenue par M. Preisser, dans les recherches dont il vient d’être question (2). Ai.
Buis de caliatour. Le bois de caliatour vient de la côte dn Coro- > mandel (3), où il est produit, suivant toutes les probabilités, par le Pterocarpus santalinus. 11 est d’un rouge très-foncé, plus lourd que l’eau, très-dur, très-compacte, et susceptible d’un beau poli. Il n’ofï’re pas, ;i comme le santal rouge, un mélange d'exsudation résineuse et de fibres * ligneuses grossières ; sa texture est purement ligneuse et très-serrée; il présente, sur la coupe longitudinale, des petites lignes creuses ressemblant à des mouchetures faites au burin, dues à des vaisseaux ouverts ; i et sur la coupe perpendiculaire à l’axe un pointillé blanchâtre dû à la l section des mûmes vaisseaux, dispersé au milieu de lignes concentriques ondulées et très-serrées; il exhale, lorsqu’on le râpe, une odeur de i bois de rose très-marquée et très-persistante, car on l’observe sur de très-vieux échantillons; enfin il ne tient pas sensiblement l’eau froide, toute sa matière colorante étant passée à l’état de santaline rouge et insoluble.
On trouve dans le commerce deux variétés de caliatour. L’une, trèsancienne, est en bûches régulièrement cylindriques, qu’on ne dirait pas avoir été taillées extérieurement, et cependant dépourvues d’aubier; il est d’un tissu moins serré que le second, et présente une coupe trans- | versale un peu résineuse. L’autre est sous forme de grosses racines ou de bûches cylindriques ayant 7 centimètres de diamètre, et présentant, sur toute leur surface, l’impression des coups de hache qui ont servi à les dépouiller d’aubier. Ce bois est très-dur et très-pesant, dépourvu de toute apparence de lésine, et tellement semblable au cam-wood qu’on ne peut l’en distinguer qu’à son odeur de rose persistante, et au pointillé pâle de sa coupe transversale. Enfin, on trouve dans quelques collections un bois de Madagascar qui est un caliatour très-volumineux, d’un rouge vineux, moins compacte et moins pesant que les deux variétés précédentes. Rien n’empêche de croire que ces variétés ne soient
(1) Pelletier, Bulletin de pharm., 1815, pag. 453.
(2) Preisser, Journal de pharmacie et de chimie, t. V, p. 208.
(3) Suivant Herbert de Jager, cité par Rumphius, Caliatour est l’ancien nom d’un endroit du Coromandel nommé aujourd’hui Krusjna Patanam, ou Kisjna Pat an; mais il serait possible aussi que ce nom fût une altération de Paliacour, qui est celui d’une ville de Ceylan.
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dues à la môme espèce de Pterocarpus, croissant dans des localités différentes.
Santal rouge d’Afrique ; bar wood. J’ai trouvé chez les marchands de Londres, sous le nom de bar-wood, un bois rouge, en morceaux équarris de 120 à IbO centimètres de long, de 2b à 30 centimètres de large, et de 6 à 9 centimètres d’épaisseur. Ce bois ne diffère du santal rouge de l’Inde que parce qu’il est un peu moins dense, d’une structure encore plus grossière, et d’une couleur rouge plus vive et plus belle, ce qui tient seulement à ce qu’il est moins foncé et un peu moins riche en matière colorante. Il m’a paru tout à fait inodore et insipide. Ce bois vient d’Angola et de Gabon, sur la côte occidentale d’Afrique, où il est produit par le Pterocarpus angolensis, DC.
Sautai rouge tendre OU bois de corail tendre (I). On lit dans Pcmet qu’on apporte des îles du Vent, ou des Antilles, un bois rouge auquel on donne le nom de bois cle corail, à cause de sa vive couleur, et qu’on le substitue au santal rouge ; mais que cette substitution est facile à connaître, en ce que le bois de corail est d’un rouge clair, léger et fibreux, tandis que le vrai santal (caliatour) est d’un rouge foncé, sans aucun fil et fort pesant. Ce bois de corail de Pomet se trouve toujours dans le commerce, et est en effet très-souvent donné en place du santal rouge. Il est beaucoup moins riche en matière colorante, et présente, lorsqu’on le râpe, une faible odeur de campéche. Il doit être fourni par le Pterocarpus draco, L., ou par le Pterocarpus gummifer , Bert., qui appartiennent aux îles de l’Amérique.
Rosaliba du Brésil. J’ai trouvé sous ce nom, à Paris, un bois rougeâtre, léger, longuement fibreux, non résineux, à structure santaline tellement prononcée, que je le crois produit par un Pterocarpus. Je ne sais si ce bois est le bois blanchâtre, et cependant propre à la teinture, mentionné par MargrafT sous le nom d ’Arariba, et attribué par M. Iliedel à un Pterocarpus. 11 est d’ailleurs peu important, et je n’en parle ici que pour le distinguer d’un autre bois de teinture nommé Arariba rosa, dont il sera question plus loin.
Kangdragon (les Antilles.
Suivant Rumphius, le bois des vieux lingouns ( Pterocarpus indicus) est si résineux, surtout vers la base du tronc, qu’il exsude en assez grande abondance une huile résineuse rouge, lorsqu’on l’expose à un feu médiocre ; l’ardeur du soleil fait quelquefois suinter à travers l’écorce de l'arbre une résine semblable. Clusius rapporte également qu’on extrait en Amérique, par des incisions faites au tronc des Pterocarpus, un sangdragon en larmes, différent de celui qui est en pains dans le commerce. J’ai reçu anciennement de M. Fougeron un échantillon de ce sangdra-
(1) Le nom de bois de corail, sans addition d’épithète, a été donné A VErythrina corallodendron , non à cause de son bois qui est bianc, mais par rapport, à ses semences, qui sont des espèces de haricots couverts d’un épisperme lisse et d’un beau rouge. Le nom de bois de corail dur est donn$ par les marchands au santal rouge de l’Inde et au cam-wood, et celui de corail tendre au santal des Antilles.
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gon venant des Antilles, où je suppose qu’il a été produit par le Ptero carpus draco, ou par le Pterocarpus gummifer. Je ne reviendrai pas sur la description que j’en ai déjà donnée. Ce sangdragon, d’ailleurs, est fort rare dans le commerce, et tout celui que nous employons provient des îles Moluques, où il est extrait du Calamus draco (1).
Bois chatousieux OU bois «le If outouclii.
Moutouchi suberosa , Aubl.; Pterocarpus suberosus , DC. Cet arbre s’élève a la hauteur de Ifi mètres ; son bois est poreux, léger, pourvu d’un aubier blanc; le cœur est d’une forme très-irrégulière, dessiné, sur la coupe transversale, comme une carte de géographie, et offrant toutes sortes de couleurs, depuis le rouge vif jusqu’au violet, et depuis le châtain clair jusqu’au châtain-noir. Ce bois paraît généralement avoir été altéré par l’humidité, et il est peu estimé, quoiqu’on en trouve des morceaux du plus bel effet par leur mélange irrégulier de rouge et de châtain foncé.
Bois d’amarante.
On trouve sous ce nom, dans le commerce, deux bois très- cîi fféren Is que je désignerai par leur couleur, en appelant l’un bois d'amarante violet , et l’autre bois d’amarante rouge.
Bois d'amarante violet, Purple-vjood du commerce anglais. Ce bois est apporté de Cayenne et du Brésil, en bûches, en poutres ou en madriers d’un volume considérable. Il est compacte, pesant, d’une texture très-fine, et présente, sur la coupe perpendiculaire à l’axe, un pointillé d’une très-grande finesse, disposé par lignes ondulées, très-serrées. Nouvellement coupé, il est d’un gris foncé; mais il acquiert promptement à l’air une teinte violette uniforme ; il prend bien le poli, et paraît alors d’un brun rougeâtre. Son principe colorant est insoluble dans l’eau froide et peu soluble dans l’eau bouillante. Il forme avec l’alcool une belle teinture rouge, et il se dissout dans les alcalis sans tourner au bleu. Le bois d amarante violet est quelquefois confondu avec le bois violet , qui est beaucoup plus rare, plus beau et d’un prix bien plus élevé; la couleur uniforme du premier et les veines tranchées du second suffisent pour les distinguer. Le bois d’amarante violet a été considéré par quelques personnes comme une espèce d’acajou, et par d’autres comme une sorte de bois de Brésil. 11 est produit par les Copaïfera publiflora et C. bracteata, Beuth.
Bois d’amarante ronge. Ce bois, qui est fort beau et rare dans le commerce, paraît venir du Brésil. Il est très-lourd, très-compacte, et susceptible d’un beau poli. L’échantillon que j’en ai consiste en une huche cylindrique de 18 centimètres de diamètre, pourvu d’une écorce unie, compacte, très-dure, formée de deux couches distinctes, l’extérieure grise, et l’intérieure brune très-foncée. Cette écorce est douée d’une odeur et d’une saveur aromatiques de palissandre. L’aubier est
(I) Voyez tome II, p. 137-139.