‹ Histoire naturelle des drogues simples ou cours d'histoire naturelle professé a l'Ecole de Pharmacie de Paris (volume 4)Chapitre 49 sur 85 · TRIBU DES ROSÉES · texte numérisé non relu

TRIBU DES ROSÉES

Cette tribu est presque exclusivement formée du seul genre rosier ou rosa , dont les caractères consistent dans un calice tubulé , ventru , rétréci au sommet , à 5 lobes souvent divisés et pinnatiGdes. La corolle présente 5 pétales qui sont très souvent doublés par la culture ; les étamines sont indéfinies ; les ovaires sont nombreux , insérés sur le fond du calice, libres, uniloculaires, à un seul ovule pendant ; les styles naissent sur le côté des ovaires et sortent du calice. Le fruit est com-

272 DICOTYLfcDONKS ('.AI.ICIKLOUI-S.

posé d’un grand nn!nl)ri; d’nskoses velus, renfermés dans le tube du

calice accru et devenu charnu.

I.es roaieis sont des arbrisseaux à rameaux déliés, quelquefois très longs tl pouvant s’élever à l’aide de supports à une grande hauteur. Ils sont presque toujours armés d’aiguillons nombreux et pourvus de feuilles éparses, imparipinnées , pourvues de stipules soudées au pétiole et à folioles dentées. Leurs fleurs sont terminales, .solitaires ou disposées en corymbes , pourvues d’une grâce et d’une suavité qui leur assurent la prééminence sur toutes les fleurs. On en compte plus de 150 espèces assez rapprochées entre elles, et dont les variétés se multiplient tellement tous les jours , que l’oii est tenté de croire qu’elles proviennent toutes d’une souche primitive diversifiée par les migrations et la culture. J’en citerai seulement quatre espèces dont les ]iartics sont usitées en pharmacie.

ciioaoii , rosa caninaïj. (fig. 327). Cette espèce est commune, en Luropc, dans les haies et sur le bord des bois. Ses tiges sont grêles , longues de 3 à 5 mètres , armées d’ai- 327. guillons forts et recourbés, et pourvues

de feuilles à 5 ou 7 folioles ovales-lancéolées, doublement dentées, inodores lorsqu’on les froisse (1). Les fleurs sont roses ou blanches , portées au nombre de 2 à fl, à l’extrémité des rameaux.

Les divisions du calice sont pinnatifides, et la corolle , étant simple , n’offre que 5 pétales. Les fruits sont assez gros, ovales , lisses , d’un rouge de corail , couronnés par les divisions du calice flétries. Ils sont formés h l’intérieur d’un parenchyme jaune, ferme, acidulé et astringent. On en prépare en pharmacie une conserve sucrée , nommée conserve de cynorrhodons , agréable , usitée comme, astringente.

Celle espèce de rosier doit son nom de rose de chien, rosa caninam

(t) Il ne faut pas confondre le rosa canina„ qui est le véritable églantier, avec le rosa cgianleria L., auquel on donne aussi, dans les jardins , le nom à'éçjlantier. Celui-ci a les fleurs d’un jaune vif ou d’un rouge orangé ; les divisions du calice sont entières ; les feuilles frois.sées ont une odeur forte et agréable , analogue à celle de la pomme de reinette ; les Hcnrs , au contraire, exhalent une odeur de punaise.

n/nopriiodon , à ce que, dans l’anliquilé, sa racine passait pour être un remède efficace contre la rage; et cette opinion , qui n’a aucun fondement réel, a traversé des siècles pour arriver jusqu’à nous; car, encore aujourd’iiui , la racine d’églantier forme la base de remèdes populaires contre la rage, dont l’usage est répandu dans la plupart des départements montagneux de la France , tels que ceux de l’Isère, de la Haute- Loire, do la Loire, de l’Aveyron, du Puy-de-Dôme, etc. 11 ne faut cesser de répéter au peuple qu’aucun spécifique jusqu’ici ne peut guérilla rage, et que le seul moyen possible de la prévenir est la cautérisation complète de la morsure.

Bëdé;;uar OU gniic d’églantier. On nomme ainsi Une exci'oissance chevelue qui se forme sur les branches de l’églantier, par suite de la piqûre d’un insecte hyménoptère nommé cynips rosœ. Cette galle est divisée intérieurement en un grand nombre de cellules qui renferment autant de larves de l’insecte. Elles y passent l’hiver sous forme de nymphes, et en sortent au printemps à l’état d’insectes parfaits. On employait autrefois le bédéguar comme diurétique, lithontriptique, anthelmintique, antistrumique , etc. Il n’est plus usité.

Rose rouge ou Rose de Provins.

/{osa (jallica L. On dit que ce rosier a été apporté de Syrie à Provins, par un comte de Brie , au retour des croisades. Loiseleur Deslongchamps pense que ce fait n’est rien moins que prouvé, parce que la rose rouge était connue dans l’antiquité et que c’est elle probablement dont Homère a vanté les vertus dans V Iliade; mais en admettant ce fait, en admettant même, ce que je crois très probable, que la rose de Provins soit la rose de Milet dont parle Pline , on peut très bien croire que cette rose était peu connue en France , au temps des croisades , et qu’un comte de Brie l’ait apportée avec lui , à son retour. Ce qu’il y a de certain, c’est que, pendant très longtemps, la culture de cette espèce de rose a été comme un patrimoine de la ville de Provins ; ensuite un petit village des environs de Paris s’en est emparé , et en a gardé le le nom de Fontenay-aux-Iîoses ; Lyon et Metz ont eu aussi leur célébrité pour cette culture et fournissent encore, à ce que je pense, une certaine quantité de roses rouges au commerce ; mais il paraît que la plus grande partie de ces fleurs viennent aujourd’hui de Hollande et d’Allemagne.

Le rosier de Provins s’élève h la hauteur de 60 à 100 centimètres au plus ; ses rameaux sont nombreux et armés de faibles aiguillons ; ses feuilles sont composées de 5 à 7 folioles ovales , rigides , d’un vert assez foncé en dessus, ou peu pubescentes en dessous ; les boutons et les lit. 18

27^1 DICOTYLKDOINES CALICIFLORES.

pédoncules sont couverts de poils rudes ; les fleurs sont solitaires ou réunies au nombre de 2 ou 3 à l’extrémité des rameaux ; les divisions du calice sont dentées ; les pétales sont peu nombreux , étalés , d’un rouge foncé et presque inodores. Ils renferment cependant un principe aromatique qui se développe par la dessiccation. Pour faire sécber ces fleurs, on les prend en boutons, on en sépare le calice, on en coupe les onglets , et on les étend dans une étuve. Lorsqu’elles sont bien sèches, il convient de les cribler pour en séparer les étamines et les oeufs d’insectes qui peuvent s’y trouver ; on les renferme ensuite dans une boîte de bois que l’on place dans un lieu sec : il est bon do les cribler de temps en temps.

Les roses de Provins séchées doivent avoir une couleur pourpre fon cée et veloutée , une odeur très agréable, une saveur très astringente. Leur infusion rougit le tournesol , et précipite abondamment par le sulfate de fer, la colle de poisson , l’alcool, le nitrate de mercure, l’eau de chaux et l’oxalate d’ammoniaque. On voit d’après cela qu’elles coutieiineut un acide libre, une grande quantité de tannin, du muqueux et un sel calcaire soluble.

Ou prépare avec les roses rouges un sirop, un mellite et une conserve. Nous préparons la conserve avec la poudre ; mais à Provins et à Lyon on la fait en pistant les pétales récents avec du sucre.

Le rosier de Provins est l’espèce dont on a cherché à obtenir le plus de variétés, pour l’ornement des jardins. On en compte plus de èOO , dont une partie, si j’ose le dire , mérite peu les noms plus ou moins emphatiques dont on les a décorées.

Rose à cent feuilles.

Bom centifolia L. Ce rosier est originaire du Caucase oriental ; il forme un buisson haut de 100 à 120 centimètres ; ses feuilles ont 5 ou 7 folioles ovales , pubescentes en dessous , deux fois dentées ; les fleurs sont roses, ordinairement pre.sque complètement doublées, larges d’envii oii 8 centimètres , longuement pédonculées , portées ordinairement trois ensemble au sommet de ebaque rameau. On en connaît un assez grand nombre de variétés , parmi lesquelles on distingue la mse r/e Hnllmule ou grosse cent feuilles, l’une des plus belles et des plus communes; la rose des peintres, plus large que la précédente, moins double et d’une couleur plus vive ; la rose mousseuse , dont les pédoncules , les calices et leurs divisions sont couverts de poils ranieux, glanduleux et rougeâtres, etc.

Je pourrais citer encore le rosier itianc, rosa alba L. ; le rosier jaune, rosa sulfurea Ait. ; le rosier muUîiiore , rosa multip.ora

Tlmnl). ; l(; l'osîer nin.s<tu<-, rem rnoschnla Ait. ; le rosier toujours iieurî OU rosier «lu »eii{i;uie , rosa Hemperflorens Curt. ; mais la plus belle de toutes ces roses, celle qui réunit à une odeur suave l’ampleur et le nombre des pétales , est sans contredit la rose citent feuilles, qui sera toujours l’emblème de la grâce et de la beauté.

Cette rose , cultivée dans les jardins, n’est cependant pas celle que l’on estime le plus pour l’usage de la pharmacie et de la parfumerie. Trop de culture paraît en affaiblir l’odeur; et à Paris on préfère une variété de la rose de Damas {rosa damascena) , cultivée en pleine terre autour de Puteaux et du Calvaire. Celle-ci , nommée aussi rose de tous les mois ou rose des quatre saisons (1) , fleurit deux fois par an , au prinlenips et à l’automne , et quelquefois au milieu de l’été ; elle a plus d’étamines que la rose à cent feuilles, moins de pétales , est d’un rose plus vif et d’une odeur plus forte, mais toujours très suave; aussi se vend-elle tous les ans sur le marché de Paris le double de l’autre , qui d’ailleurs n’est ordinairement cueillie que lorsqu’elle est entièrement épanouie et (trête à tomber de l’arbuste dont elle faisait l’ornement.

Les roses à cent feuilles et cellesde Puteaux sont connues en pharmacie sous le nom commun de roses pâles, par opposition avec celles de Provins, qui portent le nom de 7'oses rouges. On prépare avec les premières une eau distillée d’iiiie odeur forte et suave; un sirop et un extrait qui sont légèrement purgatifs et astringents. Dans le midi de la France, on en retire une certaine quantité d’une essence butyreuse d’un prix très élevé et qui ne le cède pas en qualité à celle qui vient de l’Orient. C’est celle-ci principalement que l’on trouve dans le commerce.

Essence de roses.

Cette huile volatile est extraite surtqut dans la Perse, aux Indes et dans l’état de Tunis , de plusieurs espèces de roses très odorantes, telles que les rosa eentifolia , datnascena, moschata, et qui sont encore plus odoriférantes dans les pays chauds que dans le nôtre. On raconte qu’elle a été découverte en 1612 par une princesse Nour-Djihàn , femme du grand Mogol Djihanguyr, lequel, à l’exemple d’un autre grand roi, fit assassiner son premier mari pour l’éivouser. Se promenant avec l’empereur sur le bord de canaux remplis d’eau distillée de roses , elle vit nager à la surface une sorte d’écume qu’elle fit recueillir, et qui fut proclamée le parfum le plus précieux de l’Asie. Quelques personnes pensent néanmoins que l’essence de roses a dû être connue beaucoup plus tôt , |)uisque l’eau distillée de roses était très anciennement usitée ;

(1) Rosa prœnesirina de Pline.

27(3 dicotyi.édolNes r,Ai.u;ii''i,ORES.

niais les livres orientaux n’en font pas mention avant le comincncemcnl du xvir siècle {Journ. de pharm., t. V, p. 232). L’essence de roses est nommée en persan A'thcr gid, ou seulement A'ther, œthei\ œttr, olhr. On rapporte divers procédés pour l’obtenir.

Le premier consiste à disposer dans des pots, et par couches ailei uatives , des pétales de roses et des semences de sésame {sesamwn orientale L.). Après dix à douze jours de séjour dans un lieu frais, on sépare les semences et on les met en contact avec de nouvelles roses. On répète cette opération huit ou dix fois, ou jusqu’à ce que-le sésame cesse de se gonfler en absorbant l’humidité et l’huile odorante des roses. Alors on le soumet h la presse , et on en retire une huile jaune et odorante que l’on verse dans le commerce, mais qui doit être considérée seulement comme une espèce A' huile rosat obtenue par infusion , et non comme une véritable essence de roses.

Suivant d’autres , on remplit de grands vases de terre de pétales de roses et d’eau , de manière que l’eau surnage de quelques pouces. On expose ces vases au soleil pendant .six h huit jours, et au commencement du troisième ou du quatrième , on voit se former h la surface de l’eau une écume huileuse que l’on ramasse avec un petit bâton garni de coton h son extrémité. Suivant d’autres , enfin , appuyés de l’autorité de Kæmpfer {Amœn., p. 374) , on obtient l’essence de roses en distillant les pétales avec de l’eau , à la manière ordinaire. Quelle que soit la petite quantité qu’on en recueille ainsi , l’immense quantité d’eau de roses consommée dans tous les pays mahomélans peut suffire à produire l’essence du commerce.

L’essence de roses doit avoir une odeur de roses forte mais pure, ([ui devient d’une grande suavité lorsqu’elle est étendue; elle est ordinairement sous la forme d’une masse cristallisée, dans laquelle on aperçoit un très grand nombre de lames transparentes, acérées et brillantes, (pu se fondent et se dissolvent entièrement dans la portion restée liquide, pai- la seule chaleur de la main. Alors cette huile est transparente, mobile et d’un blanc légèrement verdâtre ; elle pèse spécifiquement de 0,864 à 0,870, à la température de 20 degrés centigrades. L’alcool chaud la dissout entièrement, mais l’alcool froid la sépare en deux |)()rlions : l’une .soluble (élæoptène) , qui est toujours liquide et très odorante ; l’autre insoluble (stéaroptène ) , qui reparaît sous la forme de lames brillantes , et qui n’est pas sensiblement odorante lorsqu’elle est bien purifiée. Suivant l’analyse faite par Th. de Saussure, ce stéaroptène serait formé seulement d’hydrogène et de carbone dans les proportions du gaz oléifiant (CH) , tandis que l’élæoptène contiendrait une petite quantité d’oxigène {Journ. de pharm., t. VI, p. 466).

L’essence de roses , comme toutes le.s substances d’un prix élevé , est

KOSACliES — - SANGUISÜRBÉES. ‘lll

très sujette à être falsifiée. Kii Asie d’abord, il paraît qu’on en augmente la quantité en distillant avec les roses du bois de santal blanc. En Hollande et à Paris , on la mélange d’huile de bois de Rhodes , qui présente à peu près la même odeur, mais qui lui communique sa liquidité. D’autres falsificateurs y ajoutent des huiles grasses et du blanc de baleine, ce qu’on peut reconnaître, soit par le moyen de l’alcool qui ne les dissout pas , soit par les alcalis qui les saponifient. Enfin, depuis un certain nombre d’années et surtout à présent , l’essence de roses est falsifiée avec l’essence de plusieurs espèces de pélargonium , qui sont principalement \ç.% pelargoniwn odoratissimum AVilld., capitatum Ait. , et rnseum Willd. J’ai indiqué trois moyens pour reconnaître cette falsification : d’abord le mélange avec l’acide sulfurique concentré qui n’altère en rien la pureté et la suavité de l’odeur de l’essence de roses , et qui développe dans celle Ae pélargonium une odeur forte et désagréable, capable d’en faire reconnaître de faibles quantités ; secondement l’exposition à la vapeur de l’iode qui ne brunit pas l’essence de roses et qui communique à celle de pélargonium une couleur brune très intense ; troisièmement la vapeur nitreuse qui colore en jaune foncé l’essence de roses et en vert pomme celle A& pélargonium [Journ. depharm. et chim. , t. XV, p. 3A5 ).

TRJBU DES SANGUISORBÉES.

Aieremoiue.

Agrimonia eupatoriu L. Plante herbacée, vivace, haute de 50 à 65 centimètres , croissant en Europe , le long des chemins et au bord des prés ; ses feuilles sont ailées avec impaire , molles et velues ; les folioles sont dentées en scie, alternativement grandes et très petites, et vont en augmentant de grandeur vers le sommet; la dernière est pétiolée. Les fleurs sont jaunes, disposées en épis terminaux , accompagnées chacune de trois bractées ; le calice est persistant , à 5 divisions, turbiné, nu à la base, entouré, au-dessous du limbe, d’un grand nombre de spinules terminées en crochet. La corolle est à 5 pétales; les étamines sont au nombre de 12 à 20 ; il y a 2 ovaires uniloculaires, contenant un seul ovule pendant, et surmontés chacun d’un style terminal , exserte , terminé par un stigmate dilaté. Le fruit se compose de 2 askoses cartilagineux renfermés dans le calice accru, durci, pourvu de ses appendices crochus.

Les feuilles d’aigremoine sont légèrement astringentes et usitées comme telles dans les inflammations de la gorge , contre rulcéraiion des reins , dans l’hématurie , etc,

DICOXYLÉDONIÎS CALlCll'XOHBS.

Alchlmille vulgaire ou Picd-ile-Moii.

Alchemilla vulgaris L. tar. gén. ; Calice tubuleux à 8 divisions , dont h extérieures plus petites; corolle nulle; 4 étamines courtes , insérées sur un disque qui rétrécit la gorge du calice; anthères à déhiscence transversale ; ordinairement un seul ovaire libre et stipité au fond du calice , portant un style latéral terminé par un stigmate épais. Le fruit est composé d’un askosc ordinairement solitaire , renfermé dans le tube du calice.

L’alchiinille vulgaire est pourvue d’un rhizome vivace, oblique, brunâtre, assez gros, donnant naissance du côté inférieur h des racines fibreuses , et du côté supérieur à des feuilles longuement péliolées , grandes, plissées, réniformes, à 9 lobes arrondis et dentés. Les tiges, ejui naissent avec les feuilles , sont hautes de 30 à 35 ceniimètres , garnies de feuilles plus petites, et sont terminées par une panicule dichotpme de petites fleurs jaunes. Cette plante se plaît aux lieux humides, dans les prés montagneux et au bord des vallées ; ses feuilles ont été employées comme astringentes et vulnéraires, pour arrêter les hémorrhagies, les évacuations de sang trop abondantes, contre la phthisie, etc.

Poterium sanguisorba. L. Racine allongée , rougeâtre, vivace, |)roduisant une tige haute de 35 centimètres, garnie , surtout à sa base , de feuilles ailées avec impaire, composées d’un grand nombre de petites folioles presque égales , arrondies ou ovales , glabres , assez profondément dentées. Les fleurs sont verdâtres, disposées à l’extrémité de la lige et des rameaux en épis courts et arrondis. Elles sont monoïques, mâles à la partie inférieure des épis, femelles à la partie supérieure , pourvues d’un calice h h divisions, sans corolle; les fleurs mâles ont 30 ou ôO étamines, beaucoup plus longues que le calice ; les fleurs femelles présentent 2 ovaires libres, uniloculaires, terminés chacun par un style filiforme et par un stigmate en forme de pinceau. Le fruit se compose de 2 askoses renfermés dans le tube du calice durci et devenu triangulaire.

La pimprenelle a une saveur astringente , faiblement amère et un peu aromatique. On l’employait autrefois en médecine , dans les mêmes cas que les deux plantes précédentes; mais elle n’est plus usitée que comme as.saisonneraent, dans les salades. Les bestiaux la recherchent beaucoup, et on l’a quelquefois cultivée comme fourrage.

On a employé une autre plante prestjue semblable a la précédente.

«OSACÉES - DHYADÉES. 279

niais beaucoup plus grande, nommée pinnipcnciie commune, d’itaiîe OU des montagnes , umguisorba officinalis L. Enfin les boucages ou pimpinclla , de la famille des ombellifères , ont aussi reçu le nom de Itim/ii'enelles , ce qui a causé une assez grande confusion entre toutes ces plantes.

TRIBU DES DRYÀDÉES.

Framboisier.

/tubus idœus L. Car. gén. ; Calice nu, aplati, à limbe quinquélide, persistant; corolle à 5 pétales plus grands que les divisions du calice; étamines nombreuses; ovaires nombreux, insérés sur un réceptacle convexe, libres et uniloculaires, surmontés d’un style un peu latéral ; le fruit se compose d’un grand nondire de petits drupes bacciformes devenus adhérents entre eux ( syncarpide ) , et simulant une baie portée sur un réceptacle conique. Chaque petit drupe renferme, sous un noyau crustacé , une semence pendante.

Le framboisier est pourvu d’une souche ligneuse et traçante qui donne naissance à plusieurs liges rondes , droites , hautes de 100 à 150 centimètres , hérissées d’aiguillons fins et très nombreux. Les feuilles inférieures .sont ailées, composées de 5 folioles ovales-aiguës, dentée.s , vertes en dessus , cotonneuses et blanchâtres en dessous ; les feuilles supérieures n’ont que 3 folioles; les fleurs sont blanches, rosacées, assez petites , portées sur des pédoncules grêles et rameux qui sortent de l’aisselle des feuilles supérieures ; les fruits , connus sous le nom de irumboiscs , sont d’un louge clair et comme cendré, ou quelquefois blancs, et d’une saveur acide, sucrée et parfumée, fort agréable. On les mange sur les tables, au dessert, et on en prépare un alcoolat, un sirop et un vinaigre aromatique qui sert lui-même à faire le sirop de vinaigre framboisé.

itoiicc ÿjniivngc , rubus fruticosus L. Arbrisseau très commun dans les haies , dont les tiges ligneuses, anguleuses et rameuses, .sont armées d’aiguillons forts et recourbés , et atteignent A à 5 mètres de longueur ; les feuilles sont aiguillonnées sur le pétiole et sur la nervure médiane , à 5 folioles , excepté celles de l’extrémité des rameaux qui n’ont que 3 folioles. Les folioles sont ovales-aiguës , deux fois dentées, glabres et vertes en dessus , cotonneuses et blanchâtres en dessous ; les pétioles sont aiguillonnés. Les fleurs sont ordinairement roses , quelquefois blanches , et forment dans leur ensemble une panicule terminale; les divisions du calice sont réfléchies. Les fruits sont arrondis , formés de petites baies noirâtres, luisantes, aigrelettes et sucrées à leur maturité; on les nomme mûres des haies, et quelques personnes en font un sirop

280 DICOTYLÉDONES CALICITLORES.

qu’ils vendent à tort comme du sirop de mûres. Les feuilles de ronce sont astringentes et chargées d’une quantité considérable d’albumine végétale; séchées, elles acquièrent une légère odeur de framboise; elles sont usitées dans les gargarismes.

Ronce odorante, rubuH odoratus L. Tiges simples ou peu rameuses, hautes de 130 à 150 centimètres , dépourvues d’aiguillons, mais abondamment chargées, surtout sur leurs parties supérieures, de poils rougeâtres et glanduleux ; ces poils , qui recouvrent également les pétioles des feuilles et les calices des fleurs , exsudent une humeur visqueuse , d’odeur résineuse et térébinthacée , qui rend toutes les parties qu’elle enduit poisseuses au toucher et odorantes. Les feuilles sont simples , très grandes , échancrées à la base , à 5 lobes palmées ; les (leurs sont d’un rouge clair, de la grandeur d’une petite rose , presque inodores ; les fruits, qui avortent souvent, sont noirâtres, d’une saveur aigrelette, peu parfumés , inusités. Cet arbrisseau est originaire de l’Amérique septentrionale et n’est cultivé dans les jardins qu’à cause de ses fleurs qui sont d’un joli effet dans les bosquets.

On tronve dans tout le nord de l’Europe , en Sibérie et dans l’Amérique septentrionale , une petite ronce herbacée ( rubus charnœmorus L. ) , à feuilles simples et lobées , dont les fruits acidulés et d’un goût agréable , sont d’une grande ressource pour les habitants.

Fraisier eonimiiii.

Fragaria vesca L. Car. géii. : Calice à 5 divisions étalées , pourvu à l’extérieur de 5 bractées ; corolle à 5 pétales ; étamines nombreuses ; ovaires nombreux , distincts , uniloculaires , munis d’iin style latéral et portés sur un réceptacle convexe ; fruit multiple [carpochorize] forme d’un grand nombre d’as/tYwes implantés tout autour du réceptacle accru et devenu charnu , tombant à maturité.

Le fraisier commun croît naturellement dans les bois, dans toute l’Europe , et a produit un grand nombre de variétés par la culture. Sa racine est une souche brune , demi-lignense, divisée inférieurement en fibres menues et nombreuses. Elle produit une touffe de feuilles longuement pétiolécs , composées de 3 folioles ovales , fortement dentées , vertes en dessus , soyeuses et blanchâtres en dessous. Le collet de la racine donne naissance à des jets fort longs, rampants et prenant racine de distance en distance, ce qui forme autant de nouveaux pieds propres à multiplier la plante. Du milieu des feuilles s’élèvent , en outre, une ou plusieurs liges hautes de 10 à 16 centimètres , terminées par un corymbe de fleurs blanches.

Le réceptacle des fruits, qui constitue la fru.ise , devient en mûris-

ROSACÉES ~ ÜRYADÉES. 281

saut d’un rouge veniieil (il est quelquefois blanc), pulpeux, succulent, sucré et très parfume ; c’est un des fruits les i)lus recherchés de nos climats.

La racine de fraisier est usitée en médecine comme astringente et diurétique. Elle se compose ordinairement de plusieurs souches ligneuses longues de 6 à 8 centimètres , réunies par la partie inférieure d’où partent de nombreuses radicules. Toute la racine a une couleur très brune à l’extérieur, une odeur nulle , une saveur très astringente.

Racine de Uuintcfeiiillc.

Potentilla reptuns L. Car. gén. : Calice à 4 ou 5 divisions étalées, doublé à l’extérieur par ù ou 5 bractées plus petites , les unes et les autres persistantes ; corolle à ù ou 5 pétales; étamines nombreuses ; ovaires nombreux portés sur un réceptacle convexe, uniloculaires, pourvus d’un style latéral. Fruit composé d’un grand nombre d’askoses portés sur le réceptacle un peu augmenté, mais resté sec et velu. Ce dernier caractère est presque le seul qui sépare les potentilles des fraisiers.

La quintefeuille re.ssemble à un fraisier et s’étend comme lui sur la terre , à l’aide de jets traçants qui prennent racine de distance en distance ; mais scs feuilles sont plus petites et divisées en 5 ou 7 folioles obovées , sur chaque pétiole ; les fleurs sont axillaires , solitaires et longuement pédonculées ; les divisions du calice sont ovales et plus courtes que la corolle ; les pétales sont jaunes et obeordés.

La racine de quintefeuille est plus longue que celle du frai.sier, cylindrique, pivotante, d’un rouge brun au dehors, blanche en dedans , d’une saveur astringente. Lorsqu’on veut la faire sécher, il faut inciser l’écorce longitudinalement ou en spirale , et la détacher du cœur ligneux, que l’on rejette. Cette écorce conserve ses conleursetsa saveur primitives : rouge brune au dehors , blanche à l’intérieur, astringente.

Argentine OU anscrine , potcntilla cmserina L. (Bull.,t. 157). Tiges rameuses, rampantes, garnies de feuilles ailées, composées de 15 à 20 paires de folioles ovales , dentées en scie , dont une foliole de chaque paire est alternativement beaucoup plus petite que l’autre et comme réduite à l’état rudimentaire. Les fleurs sont solitaires et longuement pédonculées, comme dans l’espèce précédente. Les feuilles sont usitées comme astringentes ; elles sont vertes et glabres à la face supérieure, tout à fait blanches et argentées sur la face inférieure.

R.tcine <U‘ 'rorinentillc.

Pottntilla tonnentiUa DC. ; tormentilla erecta L. Celle plante dif-

DICOTÏLÉüOlMiiS CAUCil'XORliS.

fère des potentilles , auxquelles elle esl aujourd’hui l éuuie , par son calice à 4 divisions , doublé de U bradées alternes et plus petites, et par ses pétales au nombre de h ; le port et les autres caractères sont les mêmes : ses tiges sont ascendantes, grêles , pubescentes , dichotomes, munies de feuilles semblables à celles de la quinlefeuille , c’est-à-dire à 3 ou 5 divisions profondes et palmées , mais plus grandes et sessiles. Les fleurs sont jaunes , petites , portées sur de longs pédoncules axillaires ; les askoses sont rugueux et placés sur un réceptacle sec et velu. La tormenlille croît sur les Alpes et les Pyrénées , d’où on nous envoie sa racine sèche.

Cette racine est d’une forme irrégulière , tantôt allongée et grosse comme le doigt , tantôt formée de tubercules réunis. Elle est brune au dehors , rougeâtre en dedans, dure, très pesante , d’un goût astringent. Elle a quelque ressemblance avec la bistorte; mais celle-ci est plus rouge, plus astringente, ordinairement coni|)rimée, et deux fois repliée sur elle-même.

La tormentille est astringente; elle est quelquefois employée à tanner les cuirs.

Racine rte Benoîte ou Racine giroliee.

Geimi iirhaimm L. La benoite s’élève h 50 centimètres de hauteur ; ses tiges sont menues, rameuses, rudes au toucher; ses feuilles radicales sont pinnatisectées, à 5 paires de folioles qui s’agrandissent en allant du pétiole à l’cxtrcmité, souvent interrompues par d’autres folioles plus petites; les feuilles de la tige sont seulement ternées ou palmées; les unes et les autres sont rudes au toucher, inégalement dentées. Les fleurs sont jaunes , presque semblables à celles des potentilles; elles sont composées d’un calice h 5 divisions, doublé de 5 bractées; d’une corolle à 5 pétales, d’un nombre indéfini d’étamines, et d’un grand nombre d’ovaires qui deviennent des askoses secs, velus, rassemblés en tête , et pourvus chacun d’une arête crochue. La racine est longue et de la grosseur d’une forte plume, ou tronquée près du collet et ' arrondie : elle est entourée d’un grand nombre de radicules d’une couleur obscure rougeâtre, d’une saveur astringente et d’une odeur de girofle : il faut la récolter au printemps. Elle contient un principe résinoïde analogue à celui du quinquina, et une huile volatile plus pesante que l’eau. Elle est tonique et astringente. (Analysée par Trommsdorff, Chimie de Berzélius, t. VI, p. 190.)

TRIBU DES SPIRÉACÉES.

Fllipcndiile.

Spini’a lUipendMla L. Car. gén. ; Calice quinquéfide persistant ;

ROSACÉES — SPIRÉACÉES. 283

corolle à 5 pétales très ouverts , insérés sur un disque adhérent au tube du calice; étamines nombreuses suivant l’insertion des pétales; ovaires libres , au nombre de 5 , rarement moins ou plus , scssiles ou courternent stipités au fond du calice , contenant de 2 5 15 ovules fisés 5 la suture ventrale ; styles terminaux; le fruit est composé de 3 5 5 capsules folliculeuses (quelquefois plus) . contenant un petit nombre de graines.

La fdipendule se trouve en Europe, dans les bois et dans les pâturages; sa tige est droite, peu rameuse, haute de 35 à 60 centimètres, garnie de feuilles stipulées , glabres , ailées avec impaire , dont les folioles sont oblongues, profondément et inégalement dentées, eniromêlécs d’autres folioles beaucoup plus petites. Les fleurs sont blanches, nombreuses, disposées en un large corymbe, au sommet des tiges et des rameaux; les divisions du calice sont réfléchies; les ovaires sont velus et varient de 8 5 12 ; les styles sont courts , réfléchis en avant et terminés par un stigmate épais. Les capsules sont velues.

La racine de fdipendule est fibreuse , chevelue , interrompue de distance en distance par des tubercules gros comme des olives, oblongs, noirâtres au dehors, blanchâtres en dedans, d’une saveur amère, astringente. Elle passe pour astringente et diurétique. On emploie egalement les feuilles.

Uliiiuirt! ou Reine des Prés.

Spirwa iilmuriu L. Cette plante , la plus belle de nos prairies , est pourvue d’une racine noirâtre, horizontale, grosse et longue cotmne le doigt, garnie de beaucoup de fibres. Elle produit une tige droite, un peu anguleuse, rougeâtre, haute de 60 5 100 centimètres, munie de feuilles ailées avec impaire, composées de 7 grandes folioles ovales , inégalement dentées, d’un vert foncé en dessus, blanchâtres en dessous; la foliole terminale est plus grande que les autres, ordinairement trilobée, et chaque intervalle entre les autres grandes folioles est garni d’une petite foliole. Les fleurs sont blanches, très nombreuses, odorantes, disposées au sommet de la tige et des rameaux en une large panicule corymbiforme ; les divisions du calice sont réfléchies ; les styles sont allongés; les carpelles sont glabres et contournés.

La racine d’ulmaire a été employée comme astringente, et les fleurs ont été recommandées en infusion théiforme, comme cordiales , sudorifiques et calmantes. M. Pagenstecher , pharmacien à Berne , en a retiré une essence qui a depuis été examinée par un grand nombre de chimistes. Cette essence, de même que beaucoup d’autres, est composée au tnoinsde deux huiles volatiles, dont une est neutre etTaulre

28^1 DlGOIYLÉUOINliS CALiClFLORKS.

acide. Celle-ci est très remarquable par ses rapports de composilioii avec la salicine et l’acide benzoïque ; on lui a donné le nom A’ acide salicyleux, et sa composition, qui égale est exactement celle de

l’acide benzoïque sublimé ; les sels qu’il forme avec les bases sont également isomériques avec les benzoates ; mais leurs propriétés sont bien différentes. On a aussi donné à cette huile acide de la reine des prés le nom A'hydrurc de salicyle , parce qu’on peut la considérer comme l’hyclrure d’un radical nommé salicyle, qui égale C'^HSO''; de même que l’essence d’amandes amères (C''‘H®0^) est considérée comme l’hydrure d’un radical nommé benzoyle Mm jt 1 1

pour expliquer les rapports de l’essence acide d’ulmaire ou acide saiicyleux avec la salicine , il faut se rappeler que M. Piria a obtenu ce même acide en traitant dans une cornue de la salicine par un mélange oxigénant composé de bichromate de jiotassc et d’acide sulfurique. Dans cette opération la salicine, qui égale C^2y29Q22^ gagne O et perd II "O"; il reste alors qui égale 3 fois ou l’acide salicyleux.

Unsso U’ Abyssinie.

L’arbre nommé cusso ou cousso , dont les fleurs sont très usitées en Abyssinie contre le ténia , a été décrit par Bruce sous le nom de bankesia abyssinica , et par Lamarck sous celui de hagenia abyssinka {lllust., pl. 311). Mais les caractères en ayant été énoncés d’une manière fautive, M. Kunlh a pu croire, en 182A , lorsqu’il a examiné quelques fleurs de cusso rapportées de Gonstantinople par M. le docteur Brayer, sous les noms de cabots et de cotz , avoir sous les yeux un végétal nouveau , et il lui a donné le nom de bmycra anthchnintica. Peut-être encore faudrait-il décrire la fleur de cusso un peu différemment que ne l’a fait M. Kunth, sur la vue de quelques fleurs presque pulvérisées.

L’arbre est élevé de 20 mètres ; le bois en est très mou et le tronc supporte une belle cyme de rameaux inclinés , dont les extrémités sont velues et marquées de cicatrices annulaires rapprochées , formées par la base des pétioles. Les feuilles sont amples, imparipiunées , ramassées vers l’extrémité des rameaux et supportées par un pétiole dilaté en gaine; elles sont composées de 6 à 7 paires de folioles sessiles, lancéolées-aiguos , dentées en scie, longues de 55 centimètres, entremêlées d’autres folioles très petites et presque rondes, comme dans la plupart des plantes précédentes. Les fleurs sont très petites et forment des panicules très ample.s , presque semblables pour l’aspect à celles de l’ulinaire. Ges fleurs sont accompagnées à la base de deux bractées qui cachent le tube du calice, (ielui ci est turbiné , très velu et se termine

. ROSACÊKS — SPIIÎÉACÉliS. 285

])ar nn limbe à 5 divisions écartées coiiime les rayons d’iine étoile , oblongues, obtuses, glabres, veioeos-es-rolicnlées. Le tube dn calice est rétréci par nn anneau membraneux , portant une corolle à 5 pétales, alternes avec les divisions du calice et de forme spatulée. îtl. Knntb considère cette corolle comme un calice de second rang et admet une autre corolle insérée pareillement sur l’anneau membraneux, à 5 pétales minimes et linéaires que je n’ai pas aperçus et qui ne sont peut-être que des étamines transformées. Les étamines sont au nombre de 20 environ , insérées comme les pétales. Il y a 2 ovaires uniloculaires , libres au fond du calice, surmontés d’un style terminal. Le fruit n’a pas été décrit. On emploie les fleurs contre le ténia, & la dose de 12 à 15 grammes infusés dans 375 grammes d’eau, que l’on prend en deux fois, à une heure de distance. (Voyez Mémoires de l’ Académie royale de médecine , t. IX , p. 689. — Bulletin de l'Académie royale de médecine , t. XII , p. 690 et suiv.)

lîcorce de Qiiilla! savonneux.

Cette écorce , telle que le commerce la présente , est en morceaux longs de 1 mètre environ , larges , plats , fd)reux et cependant assez denses et pesants. Elle est noirâtre au dehors , blanche dans son intérieur et donne une poudre presque blanche. Elle est inodore, mais elle contient un principe d’une si grande âcreté qu’on ne peut la remuer, à portée de la figure, sans en éprouver des éternuments violents ; elle est donc très dangereuse à pulvériser. Elle paraît cependant presque insipide au premier moment, mais ensuite elle développe une âcreté considérable. Cette écorce , pulvérisée et mêlée h l’eau , la fait mousser fortement et lui donne la propriété de dégraisser les étoffes. On en fait au Chili un commerce considérable. MM. Boutron et O. Henry l’ayant analysée, en ont retiré une matière grasse unie à de la chlorophylle, du sucre, etc., et une substance particulière très piquante , soluble à la fois dans l’eau et dans l’alcool, moussant beaucoup avec l’eau , enlin présentant les propriétés générales de la saponine et de la saheparine, [Journal de pharmacie , t. XIY, p. 247, et t. XIX, p. 4.)

L’écorce de quillai est fournie par un arbre du Chili dont les caractères ont été mal indiqués par Molina, mais ils ont été bien exposés par Ruiz et Pavon, dans leur Prodrome de la Flore du Pérou, sous le nom de smegmadennos (écorce savonneuse ), et ensuite par M. Endlicher, dans son Généra plantarum, sous le premier nom de quillaja. Cependant je ne crois pas superflu de les compléter, en donnant ici les caractères des feuilles et des fruits , tels qu’ils résultent d’un échantillon rapporté du Pérou, en 1848, par M. Auguste Delondre.

•28() RICOTYLÉDONES CALICIFr.OliES.

Smegmadermos emarginahis K. P.; quUlaja smegmadermos DC. Feuilles éparses, à peine péliolées, ovales-arrondies , très entières , à bords repliés en dessous, un peu échancrées au sommet , fermes et consislantes, à peine mar- <iuées de nervures transversales , vertes et entièrement glabres sur les deux faces. Fruit composé de 5 capsules oblongucs, un peu comiirimces latéralement, arrondies à l’extrémité, verdâtres, un peu pubescentes, non ouvertes et ])robablement difficilement déhiscentes. Ces capsules sont écartées comme les 5 rayons d’une étoile , pourvues d’une suture ventrale devenue supérieure et occupant, sous la forme d’une arête , presque toute la longueur des capsules. Le calice qui a persisté tout entier, est à peine pubescent au dehors ; il présente 3 dents larges à la base, pointues à l’extrémité, épaisses , solides , droites et suivant, en se redressant un peu, la direction des capsides ; les bords seuls sont un peu réfléchis au dehors. Lesea|)sules sont un peu soudées jiar la partie inférieure et ne peuvent être séparées sans déchirement. Lorsqu’elles sont enlevées , on aperçoit entre elles et le calice iO lilets subulés, dont 5 prennent naissance sur les lobes mêmes du calice, îi moitié de leur longueur et sur la ligne médiane ; les S autres sont insérés directement , ou sans support intermédiaire, presque sous le fruit , au fond du ealicc. Ce fruit, sans ses 10 filets persistants , se trouve très bien représenté dans le Prodrome de Ruiz et Pavon ( fig. 31) , et dans les Illustrations de Lamarck (i)l. 774 , qnillaja, n° 1). 11 a été récolté au mois de février 1848, par M. Auguste Delondre , sur l’arbre même qui fournit l’écorce de quillai.

Indépendamment de l’échantillon précédent, 51. Delondre a rapporté les feuilles et les fruits d’ure arbuste inconnu dont les feuilles ont le goût de celles du laurier-cerise. Je pense , malgré de nombreux caractères différentiels , que cet arbuste peut bien être celui que 51olina a si mal décrit sous le nom de qu'llaja saponaria , et que de Candollc a mentionné sous le nom de qudlaga Molinœ. Je suis plus certain en disant que cette même espèce est celle dont le fruit se trouve figuré dans les illustrations de Lamarck (jil. 774, qnillaja n“2). Mais, d’après M. üaudichaud , cet arbre n’est autre chose que le Kageneckia oblonga R. P. En voici les caractères, tirés de l’échantillon donné par M. Delondre.

Feuilles rapprochées vers l’extrémité des rameaux , sessiles, ovales-obloiigues ou obovées, quelquefois pointues, le plus souvent arrondies à l’extrémité, rarement émarginées. Les feuilles sont denticulées , celles qui sont pointues plus que les autres , et leurs dents très aiguës et piquantes, leur donnent une grande ressemblance avec les feuilles du chêne vert, auxquelles Molina les a comparées ; elles sont glabres, fermes, épaisses, à nervures transversales peu marquées , mais cependant plus apparentes que dans la première espèce. Les fruits sont généralement très petits et à S parties; mais (|uelques uns sont aussi volumineux que ceux de la première espèce ; quelques uns aussi, tout en conservant un calice à S divisions , présentent 6 capsules. Les capsules sont rougeâtres , pubescentes et présentent une forme imparfaitement tétraédrique, que l’on peut comparer à celle d’un trochisque de pharmaeie , la pointe du style occupant le sommet du trochisque. Ces pointes de styles , au lieu d’être très écartées comme dans le smegmadermos de Ruiz et Pavon , sont au contraire rapprochées du eentre et quelquefois presque conniventes. Les capsules s’ouvrent par le sommet, et l’ouverture embrasse non seulement la suture interne , mais elle se prolonge du côté extérieur, jusqu’à

ROSACIÎKS — AMYGOALIiES. 287

la base du Irocliistiuc ; les semences sont nombreuses, rougeâtres ; ailées, semblables à celles du smegmadermos.

Le calice est à 5 divisions rougcàlrcs , glabres, minces, striées longitudinalemem , complètement réfléchies et roulées en dehors , ce cjiii permet d’apercevoir des pointes plus intérieures (|ui constituent une différence essentielle entre ce fruit et celui du smegmadermos. En enlevant avec soin les capsules , on trouve tout le fond du calice occupé ])ar un disque membraneux très étalé, portant à sa circonférence 12 ou lo pointes aplaties qui doivent être des filets d’étamines, dont l’insertion est ainsi très différente de celle du smegmadermos.

J’ai mentionné à la page 89 de ce volume la racine d’une plante spiréacée , (le gillenia trifoliala) qui est usitée dans l’Amérique septentrionale comme succédanée de l’ipécacuanha. Il est inutile d’y revenir ici.

TRIBU DES AMYtiDALÉES.

Amundiei- coiiiiniiii ; lig. â-28J.

Amijgdalvs cmimmnis L. Car. gén. : Calice à 5 divisions imbriquées ; corolle à 5 pétales élargis, échancrés au sommet; étamines 15 à 30 , à filaments libres filiformes , à atillières biloculaires , déliiscenlcs longitudinalement ; ovaire sessile , uniloculaire , surmonté d’un style terminal et d’un stigmate épais ; drupe coriace ou charnu , à noyau sillonné ou percé de trous. — Car.

spcc. : Feuilles oblongues-laiicéolées, finement dentées; fleurs solitaires ou géminées , paraissant avant les feuilles ; calice campanulé ; fruit pubescent , à chair fibreuse-sèclie , à noyau uni, percé de petits trous.

L’amandier croît nalureilemeiit en Afrique ; on le cultive en Espagne, en Italie, dans le midi de la France et jusque dans la Touraine. Sous le climat de Paris, ses fleurs paraissent de très bonne heure, et il y porte rarement fruit. Ce fruit est un dnqie dont le péricarpe , presque sec, s’ouvre en mûrissant; le noyau renferme une sentence qui est douce ou amère : de là on distingue deux variétés principales d’amandier, l’une à fruit doux, l’antre à fruit amer.

On reconnaît encore plusieurs variétés d’amandes douces : les unes

288 OICOTYLÉDONES CALICIFLOHES.

sont à coques dures, presque rondes ou oblongues; les autres, à coques tendres et fragiles; celles-ci sont débitées dans le commerce avec leurs coques, et sont d’usage sur les tables; les premières soTit débarrassées de leur enveloppe ligneuse , et servent à la pharmacie et aux arts analogues. Elles viennent surtout d’Afrique et de nos départcmcnis méridionaux.

On doit choisir les amandes entières, bien nourries, sèches, blanches et cassantes : celles qui sont molles , pliantes et transparentes , sont altérées et doivent être rejetées. U faut les garder dans un lieu sec et les cribler de temps à autre pour en séparer les mites, qui attaquent leur robe et la réduisent en poussière.

Les amaniics «louces servent à l’extraction de leur huile , et à faire des émulsions, des loochs, du sirop d’orgeat, etc.

M. Boullay a retiré de 100 grammes d’amandes douces : eau 3,5 , pellicules extérieures contenant un principe astringent 5 , huile 5A , albunune jouissant de toutes les propriétés de l’albumine animale 24 , sucre liquide 6, gomme 3, partie fibreuse 4, perte et acide acétique 0,5. Il a ainsi confirmé une idée de Proust, qui, assimilant l’émulsion des amandes au lait des animaux , avait dit : Uémulüon des amandes est un caséum uni à d huile, avec un peu de sucre et de cjomme. [Jauni, de pharrn., 1817, p. 337 etsuiv.)

Les amandes amères , que l’oii mêle en petite quantité aux premières , afin de donner une saveur plus agréable aux diverses préparations dont elles sont la base , ont quelques propriétés remarquables ; elles sont un poison très actif pour plusieurs animaux et notamment poulies oiseaux , et prises à haute dose elles ne laissent pas que d’être nuisibles à l’homme. On en retire par la distillation à l’eau une eau distillée chargée d’acide cyanhydrique , et rendue laiteuse par une huile |)lus pesante que l’eau , d’une saveur très âcre et très amère.

Ces deux principes , qui donnent aux amandes amères des propriétés si actives et délétères, n’y existent cependant pas tous formés ; puisque, en broyant les amandes sans eau, on en extrait abondamment, et poulies besoins du commerce, une huile fixe aussi douce et aussi inodore que celle retirée des amandes douces; et qu’on peut également les chauffer sans eau , presque jusqu’à les rôtir, sans en dégager aucune odeur. L’huile volatile et l’acide cyanhydrique , qu’on extrait des amandes amères par la distillation aqueuse, sont donc dus à la réaction de l’eau sur quelques uns de leurs principes. Ce fait , que j’ai énoncé le premier, a été mis hors de doute par MM. Robiquet et Boutron : ces deux chimistes ont montré que , lorsque le marc d’amandes amères , épuisé d’huile douce, est traité par l’alcool, l’eau ne peut plus ensuite y développer d’odeur prussique , et n’en exirait qu’une matière azotée.

noSACÉES — AMYGDALÉES. 289

soluble , analogue à l’albumine et à la caséine , sans être cependant identiij.ue avec elles et qui a reçu depuis le nom A'émulsine ( Liébig) ou de si/naptase ( Itobiquel). Quant à la teinture alcoolique, on peut en extraire trois princijtes qui sont : 1° une résine jaunâtre , liquide , d’une saveur âcre ; 2" du sucre incristallisable ; 3° une matière blanche , cristallisable, azotée , nommée amygdaline. C’est ce dernier corps qui, par la réaction de l’émulsine , agissant sur lui à la manière d’un ferment, et avec l’intermède de l’eau , se convertit en acide cyanhydrique et en essence d’amandes amères ; mais il se produit en outre du sucre de raisin ou glucose, ainsi que le montre, soit l’équation donnée par Wœhler et Liébig, rapportée dans ma Pharmacopée raisonnée (p. 170), soit l’équation , plus simple, proposée par M. Gerliardt , et que voici :

Élcmeiils. riüJuils.

Amygdaline. . . C’*“ n” 0^“^ Acide cyanhydrique. G* H Az

Alto H’ O" Ess. d’am. amères. .

Glucose . 0^“*

Somme. . . G'*»

Voir, pour les réactions relatives à l’essence d’atnandes amères et pour sa préparation, la Pharmacopjée raisonnée, p. 169-171.

Pocher ; amygdalus persica L. ; pe?'sica vidgaris Mill. Get arbre ne diffère guère des amandiers que par son fruit à chair succulente et savoureuse et par son noyau marqué de sillons plus profonds. Il est originaire de Perse , comme l’indique son nom. 11 exige beaucoup de soin pour sa culture, et une belle exposition. Ses feuilles sont étroites , lancéolées, pointues, amères, purgatives , et ont une odeur d’amande amère; ses fleurs sont solitaires, d’un rouge incarnat très agréable , légèrement odo: antes, et d’un goût semblable d’amande amère. Ses fruits, recouverts d’une peau veloutée et parés des plus vives couleurs par les rayons du soleil, tiennent leur rang parmi les plus beaux et les meilleurs de nos climats. Leur amande contient les éléments de l’acide cyanhydrique , de même que celle de l’amandier amer ; et la boîte osseuse qui la renferme , imprégnée de la même odeur , sert à faire une liqueur de table très agréable.

Les fleurs de pêcher sont employées comme purgatives , et servent à faire le sirop qui porte leur nom.

A.hricoticr ; armeiiiaca vulgaris pt'unus arrneniaca L. Get

arbre , originaire de l’Arménie, est depuis longtemps cultivé dans toute l’Europe. II diffère des pruniers, auxquels Linné l’avait réuni, par ses feuilles cordiformes , larges , longuement pétiolées et pendantes ; par ses fleurs teintes à l’extérieur d’un rouge rosé ; par ses fruits presque sessiles , et contenant un noyau lisse , arrondi , pourvu de deux sutures TU. 19

290 dicotylédones caliciflores.

dont une est obtuse et l’autre pourvue de trois arêtes, dont celle du milieu est plus vive et plus saillante. La semence est arrondie et présente un goût d’amandes amères, auxquelles on les ajoute souvent dans le commerce. Les abricots sont pourvus d’uiu chair jaune, un peu fibreuse , sucrée , aromatique , non acide ; on les sert sur les tables et on en fait des conserves molles et .sèches.

On trouve dans les montagnes du Dauphiné et du Piémont un abricotier indigène , nommé «bi-icoiîer de Urîançon ( armcniaca brigantiaca) , dont les semences fournissent une huile douce , ayant un goût agréable d’amande amère, et usitée dans le pays sous le nom à' huile de marmotte. On attribue au tourteau la propriété d’engraisser les bestiaux ; mais il peut leur être très nuisible en raison de la grande quantité d’aci le cyanhydrique qu’il peut produire {Journal de pharmacie , juin 1817).

" Pruniers. Les pruniers se distinguent des abricotiers par leurs feuilles lancéolées ou ovales-laucéolées , non pendantes, à nervures proéminentes et rudes au toucher; par leurs fleurs blanches , le plus souvent ombellées-fasciculées ; par leurs fruits pédonculés et pendants, lisses, mais couverts d’une efflorescence cireuse qui disparaît par le frottement du doigt ; par leur noyau comprimé , terminé en pointe aux deux extrémités, pourvu de deux sutures dont l’une est creusée d’un sillon et l’autre marquée d’arêtes obtuses.

Quelques espèces de pruniers sont indigènes à la France et s’y trouvent à l’état sauvage : tel est le prunier épineux ou prniiellier, OU épine noire {prunus spinosa L. ) , dont les fruits très acerbes , petits , presque globuleux , d’un violet bleuâtre à maturité , ont servi anciennement à préparer un extrait nommé suc d’acacia nostras , qui était substitué au véritable suc d’acacia d’Égypte ; tel est encore le prunier sauvage [prunus insüitia L.) , arbrisseau plus élevé et moins épineux que le précédent, dont les fruits un peu plus gros, mais toujours d’une saveur amère et acerbe presque insupportable , servaient au même usage que les précédents. Il est possible également que quelques unes des races du prnnîer cnitivé {prunus domestica L. ) , soient indigènes à l’Europe; mais il paraît certain que la plupart sont originaires du Levant, puisque Pline assure que le prunier n’a été introduit en Italie que depuis Caton l’Ancien. Les races ou variétés principales sont la prune de reine Claude, la prune de Damas , h prune de Monsieur , celle de Sainte-Catherine et la Mirabelle. Non seulement on mange ce s Irmis â l’état frais , mais on les fait sécher alternativement au fou et au soleil , pour les amener à l’état de pruneaux , et on en fait un commerce considérable dans plusieurs parties de la France. Les pruneaux de table les plus estimés viennent de Brignoles , de Tours

ROSACÉES — AM-YGDALÉKS. 291

el d’Agen. Ceux de Tours sont préparés avec la prune de Sainte-Catherine. On trouve aussi dans le commerce des petits pruneaux noirs dits pruneaux à médecine , qui entrent , comme laxatifs , dans l’électuaire lénitif et dans les médecines que l’on donne aux enfants. On les prépare avec les petites variétés de Damas et de Saint-Julien.

Ccri§lcrs.

Tous les arbres rosacés , formant la tribu des amygdalées , se ressemblent tellement, par leurs caractères floraux , qu’on pourrait les considérer comme un grand genre subdivisé en sections fondées sur des caractères assez secondaires tirés de la grosseur, de la forme et de la surface du fruit. Les cerisiers nous présentent donc encore presque tous les caractères des pruniers , dont ils se distinguent par leurs fruits généralement beaucoup plus petits, globuleux, très glabres, lisses et dépourvus de toute efflorescence cireuse, et par leur noyau uni et sousglobuleux. Leurs fleurs sont tantôt portées sur des pédoncules uniflores, qui sortent, sous forme d’ombelle, de bourgeons écailleux, et, dans ce cas, elles paraissent avant les feuilles ; tantôt elles sont portées sur des grappes sorties des rameaux et paraissant après les feuilles; cette différence divise les cerisiers en deux sections , cerasophura et padus.

Mcrisiier, cerasus avium L. Arbre élevé de 10 à 13 mètres, dont les brandies redressées sont garnies de feuilles ovales , dentées en scie, pubescenies en dessous , portées sur des pétioles grêles, et pendantes. Les fleurs sont disposées au nombre de 4 ou de 2 , en ombelles sessiles, et sont quelquefois solitaires. Leur calice est réfléchi, et les pétales sont blancs, peu ouverts, ovales , échancrés en cœur au sommet. Les fruits sont très petits, ovoïdes, d’un rouge foncé ou noirâtre , d’une saveur âcre et amère avant leur maturité, devenant fade lorsqu’elle approche du terme.

Le merisier paraît indigène à l’Europe ; car on trouve des forêts qui en sont presque entièrement composées; son bois est très estimé des ébénistes et des tourneurs ; son fruit , surtout celui de la variété macrocarpa, cultivée en Suisse, est préféré aux cerises pour la préparation du vin de cerises et du kirschemvasser . Cette dernière liqueur forme une branche de commerce considérable pour nos départements de l'Est , pour la Suisse et la Souabe. C’est un alcool marquant de 22 à 28 degrés à l’aréomètre de Baumé (56 à 70 degrés centésimaux), aussi incolore et aussi transparent que de l’eau , ayant un goût de noyau très agréable.

Cvrisicr vulgaire OU griottier, ccrosus capromana DG. Cet arbre est originaire du Pont, d’où il a été apporté à Rome par Lucullus. Son

DICOTYI.ÉDONES OALICIFI.ORUS.

nom même n’est autre que celui de la ville de Cerasonte (aujourd’hui Keresoui) ) bâtie sur la côte du Poni-Euxin , au pied d’une colline couverte de cerisiers et entre deux rochers très escarpés. Le cerisier s’élève h la hauteur de 7 à 8 mètres, et son tronc peut acquérir 1 à 2 mètres de tour. Ses rameaux sont ordinairement étalés et forment une tête arrondie; ses feuilles sont ovales, dentées , glabres , d’un vert foncé , munies de pétioles assez fermes. Les fleurs sont blanches, disposées en ombelles sessilcs et peu fournies; leurs pétales sont ovales , entiers, faiblement échancrés; les fruits sont arrondis, d’un rouge vif, quelquefois d’un pourpre foncé, ou roses ou blancs jaunâtres, suivant les vai iétés qui sont très nombreuses. Ils sont très succulents, plus ou moins acides et sucrés, très sains et rafraîchissants. On en fait un sirop , une conserve , et on les confit dans l’eau-de-vie.

Cerisier inahnieb , cerasus vuihaleb Mill. Ce cerisier, quoique portant un nom arabe et devant, par conséquent, se trouver en Asie, croît naturellement dans diverses contrées de l’Europe et principalement dans les Vosges, aux environs du village de Sainte-Lucie, d’où l’arbre et son bois en ont aussi pris le nom de bois «ic Saîntc-Cncie. Il s’élève à la hauteur de 6 à 8 mètres, est pourvu de feuilles ovales, presque rondes, glabres, bordées de dents serrées et glanduleu.ses. Ses fleurs sont blanches, disposées au nombre de 6 à 8 ensemble en petites grappes (jui ont l’aspect d’un corj'inbe, parce que les pédoncules inférieurs sont plus longs que les supérieurs et s’élèvent presque à la même hauteur. Les fruits sont petits, noirâtres et très amers ; les grives et les merles en sont très friands.

Les amandes de mahaleb se trouvent dans le commerce; elles sont grosses comme le carpobalsamum , avec lequel elles ont quelque ressemblance extérieure ; mais celui-ci est un fruit pourvu de son péricarpe , et le mahaleb est une petite amande privée même de sa coque ligneuse. Celle amande est ovale , un peu aplatie, d’un jaune brunâtre, d’une saveur douce, parfumée et d’une odeur très suave. Les Arabes l’avaient mise en usage autrefois contre les calculs de la vessie; mais elle n’est plus usitée que dans la parfumerie. On vend souvent à sa place les amandes du cerisier commun, qui ont presque la même forme, mais qui sont blanches et inodores , pourvues seulement, quand on les mâche, d’une forte saveur d’amande amère.

Le bois de mahaleb ou de Sainte-Lucie est d’un blanc jaunâtre , uni , lin , compacte, assez pesant et d’une odeur très agréable. Il est recherché des ébénistes, des tabletiers et des tourneurs; il ne faut pas le confondre avec le palissandre , qui porte aussi le nom de bois de Sainte- /.vrie, à cause de l’île de Sainte-Lucie , dans les Antilles, d’oô il paraît

UOSACliliS — AAlV(;üALÉliS. 293

avoir été ai)i)oilù en Europe, bien qu’il n’y croisse pas, très probablement.

Merisier sA grappes , pntiet , faux bois de Sainte-Ijucie ; Cevosiis padus DG. Arbre ou arbrisseau de 7 à 8 mètres, à feuilles ovaleslancéolées, glabres et dentées ; ses fleur.s sont blanches , pédonculées, disposées en grappes pendantes plus longues que les feuilles; les fruits sont de la grosseur d’un pois, ronds, amers, noirs dans une variété, rouges dans une autre. Cet arbre croît spontanément dans les bois montagneux de l’Europe , et est très abondant dans les Vosges , où le nom A&putiet lui a été donné à cause de l’odeur forte et désagréable de son écorce, qui est de plus amère et astringente, ce qui a porté un médecin à la proposer comme succédanée du quinquina , dans le traitement des fièvres intermittentes. Le bois du putiet n’a pas les qualités de celui de mabalcb; dans les pays où il acquiert une certaine grosseur, on en fait des sabots.

Merisier de Virginie , cerasus virginicma Midi. C(t arbre ressemble beaucoup au précédent; mais il est plus élevé, pourvu de feuilles plus larges et lisses en dessous ; les grappes sont plus longues , plus serrées ; les pétales sont arrondis et non ovales. Dans son pays natal , cet arbre acquiert 10 à 13 mètres de hauteur ; son bois est rougeâtre , veiné de noir et de blanc , très odorant, susceptible de prendre un beau poli ; il sert h faire des meubles.

(tcrislcr laurlcr-ccrise (fig. 3-29).

I.aiirier - cerise OU laurier amande, cerasus lauro-cerosiis DG. , prunus lauro-cerasus L. Arbrisseau toujours vert dont les feuilles sont courtement pétiolées , ovales-oblongues, terminées en pointe, munies sur leurs bords de tjuelques dents écartées ; elles sont épaisses , coriaces , luisantes en dessus , parfaitement glabres des deux côtés, offrant 2 ou é glandes sur le dos. Les fleurs sont blanches, disposées en longues grappes axillaires et exhalent une odeur agréable analogue à celle des amandes amères. Les fruits sont ovales , pointus h l’extrémité , peu charnus , noirâtres à leur maturité.

On prépare avec les feuilles récentes du laurier-cerise une eau dis-

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tilléè, fortement imprégnée d’une huile volatile pesante, et d’acide cyanhydrique , et qui par cette raison doit être administrée avec prudence. Malgré cela , les feuilles de laurier-cerise sont assez souvent employées dans les ménages pour donner au lait une saveur d’amande agréable ; mais alors on se contente d’en faire tremper pendant quelque temps une ou deux feuilles dans un litre de lait , ce qui ne peut être dangereux.

Quelques chimistes, entre autres M. Winkler et M. Lepage, pharmacien h Gisors, ont pensé que, contrairement aux amandes amères, les feuilles de laurier-cerise contenaient une certaine quantité d’essence et d’acide cyanhydrique tout formés. L’opinion contraire est admise ])ar M; Gobley, qui a résumé les faits relatifs à cette question dans un Rapport inséré dans le Journal de pharmacie et de chimie , t. X’V, p. 40.

Goiniiic «le Cerisier.

Cette gomme découle de la plupart des arbres qui composaient le genre pruiius de Linné , et principalement du cerisier, du merisier, du prunier et de l’abricotier. Elle suinte spontanément du tronc et des branches de ces arbres devenus vieux. Elle est d’abord liquide et incolore, mais elle se colore et se durcit en se de.sséchant h l’air. On la trouve dans le commerce en gros morceaux agglutines, luisants, transparents, rouges, souvent salis par des impuretés. Elle se dissout très difficilement dans la bouche, et n’est qu’imparfaitement soluble dans l’eaü, avec laquelle elle forme un mucilage très épais. Elle n’est nullement employée en pharmacie , et n’est pas même propre à faire de l’encre; mais on s’en sert dans la ehapellerie pour l’apprêt du feutre.

La gomme de cerisier, mise en macération dans 50 parties d’eau , s’y gonfle beaucoup, lui donne une certaine consistance, mais s’y dissout fort peu. Le mélange étendu de trois fois autant d’eau est jaune, presque transparent , encore un peu glutineux. Par l’agitation , la gomme se divise dans le liquide en parties molles, transparentes, non adhérentes entre elles, insolubles, qui diffèrent de la kutérine ou bassorùie, par leur forme angulaire, analogue à celle des fragments de gomme dont elles proviennent. La liqueur filtrée ne conserve qu’une faible viscosité , ne rougit pas le tournesol , se trouble par l’oxalate d’ammoniaque , et très faiblement par l’alcool.

D’après fli. Guérin-Varry, la partie insoluble de la gomme de cerisier constitue une gomme particulière qu’il nomme cérasine et qui diffère de la bassorine parce qu’elle se change en arahine ou en gomme toute soluble , par l’ébullition dans l’eau. iN’étant pas parvenu à dissoudre la

cérasiiie par ce moyen , je suis porte à croire qu’elle ne diffère de la bassorine que par sa forme , et non par sa nature chimique qui doit être la même.

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