‹ Histoire naturelle des drogues simples ou cours d'histoire naturelle professé a l'Ecole de Pharmacie de Paris (volume 4)Chapitre 52 sur 85 · I-liGUMINKIISES · texte numérisé non relu

I-liGUMINKIISES

Acacia de Farnèsc .

Fleurs de cassie .

lîalibabolali .

Acac'.e I.ebbek .

Bois iiéphrélique .

üoinmier de la Nouvelle-Hollande.

( Acac'a furnesiana.

j Vachelia farnesiana Wigbt et Arn.

— Lebbek.

Acacia scandens Willd. ?

— decurrens W.

11 suffit d’avoir jeté les yeux sur cette nomenclature encore bien incomplète, pour voir quel nombre et quelle variété de plantes, de parties de l)lantes ou de produits, la famille des légumineuses fournit à la vie domestique, aux arts et à la pharmacie ; mais comme il est plus important peut-être pour nous de connaître ces parties ou produits, dont la plupart sont exotiques, que les végétaux qui les fournissent, dans la description que je vais en faire, je les rangerai plutôt d’après leur similitude de nature et de propriétés que suivant l’ordre botanique. Je décrirai donc successivement les racines , les écorces , les bois , les feuilles ou fleurs, les fruits, les sucs astringents, les gommes, les résines , les baumes et l’indigo.

Racine de Bugrane ou d’ Arrête-Bœuf.

Ononis spinosa "Willd. , tribu des lotées. Cette plante ligneuse et vivace croît dans les champs et le long des chemins ; elle pousse des liges hautes de 50 h (35 centirnclres, très ramifiées, pliantes, rougeâtres et velues; les rameaux se terminent ordinairement en une longue épine. Ses feuilles inférieures sont ternées , et les supérieures sinijiles; elles sont ovées-lancéolées , dentées, d’un vert foncé, velues, gluantes et d’une odeur désagréable. Ses fleurs sont axillaires et souvent géminées , purpurines ou incarnates , rarement blanches , pourvues d’un étendard ample , relevé, agréablement rayé ; les étamines sont monadeliihes, mais la dixième est fjuelquefois à demi séparée. Les racines sont longues de 65 centimètres, grosses comme le doigt ou moins, ligneuses , flexibles et difficiles à rompre. Elles arrêtent souvent la charrue du laboureur, ce cpii a valu à la plante son nom. Cette racine sèche est d’un gris foncé h l’extérieur, blanche en dedans, et offre une cassure rayonnée : elle a une saveur douce qui a quehjue analogie avec celle de la réglisse, mais qui est bien moins marquée; son odeur est faible et désagréable. On prétend qu’on a tenté quelquefois de la mêler à la salsepareille ; il faut avoir bien compté sur le peu d’attention de l’acheteur, car rien n’est si facile à distinguer que ces deux racines.

La racine d’arrête-bœuf est regardée comme apéritive. On emploie indifféremment avec elle les racines des ononis antiquormn, altissima et rcpms, espèces très voisines , souvent confondues avec la première.

DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

Racine «le RCgIisse ofliciiialc (fig. 3So).

Glycyirhiza glabra L. , Iribu des lotées. Celte plante croît naturellement dans le midi de l’Europe et est cultivée dans nos jardins; ses tiges sont hautes de 100 à 130 centimètres ; ses feuilles sont privées de stipules , à 6 ou 7 paires de folioles avec impaire, glabres et un peu visqueuses ; ses fleurs sont petites, rougeâtres, papillonacées, portées sur des épis axillaires, pédonculés , lâches et allongés ; le calice est tubuleux , bilabié ; la carène est formée de 2 pétales distincts ; le légume est ovale, com- ])rimé , glabre , à 3 ou 4 graines ; sa racine , qui est plutôt une lige souterraine pourvue d’un canal médullaire, est longue de 1 à 2 mètres, traçante, cylindrique , lisse , de la grosseur du doigt. Elle est brune au dehors, jaune en dedans , d’une saveursucrée, mêléed’une certaine âcreté. La réglisse qu’on nous apporte sèche de la Sicile et de l’Espagne est plus sucrée (pie celle des environs de Paris. Il faut la choisir d’un beau jaune à l’intérieur, ce qui est un indice certain qu’elle n’a pas été avariée ; car souvent elle est plus ou moins rousse, et d’un goût âcre fort désagréable.

Nous devons à Robiquel l’analyse de la racine de réglisse. Il y a trouvé : 1“ de l’amidon ; 2* une matière azotée , coagulable par la chaleur (albumine?) ; 3“ du ligneux; 4° des phosphates et malates de chaux et de magnésie; 5° une huile résineuse, brune et épaisse, à lacpielle la réglisse doit son âcreté ; 6“ un principe particulier, non crisiallisable , d’une saveur sucrée , nommée glycyrrhizine , soluble également dans l’eau et dans l’alcool , qui diffère du sucre parce qu’il n’est pas susceptible d’éprouver la fermentation alcoolique , qu’il ne

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donne pas d’acide oxalique jiar l’acide nitrique , enfin parce qu’il forme avec les acides des composés peu solubles dans l’eau. C’est même à l’état de combinaison avec l’acide acétique que Robiquel a connu la glycyrhizine , et c’est Berzélius qui a donné le procédé pour l’obtenir pure ; 7“ Robiquet a retiré de la racine de réglisse un principe cristallisable , azoté, soluble dans l’eau, qui a porté le nom d’n^etfoiïe jusqu’à ce que Plisson eût constaté son identité avec l’asparagine.

C’est avec la racine du cjhjcyrrhiza glabra que l’on prépare, en Italie et en Espagne , le suc de réglisse du commerce. Nous employons la racine en nature pour sucrer les tisanes ; alors il faut observer de ne la traiter que par l’eau froide ou tout au plus tiède , car le principe âcre , qu’il convient d’éviter , est insoluble par lui-même dans i’eau ; il ne s’y dissout en partie qu’à la faveur des autres principes , et s’y dissout d’autant plus que la température est plus élevée.

Réglisse de Russie. Cette racine, que l’on trouve maintenant facilement dans le commerce , est de forme pivotante , mondée de son épiderme , moins grosse que le bras, fibreuse, jaunâtre, un peu moins Fig- 331.

sucrée que la réglisse commune. La plante qui produit cette racine (fig. 331) est en effet originaire de l’Orient et est la réglisse décrite par üioscoride , glycyrrhiza ecliinata L. Elle diffère de la précédente par sa racine pivotante et volumineuse , par sa tige haute de 1"',30 à 2 mètres, par scs feuilles munies de stipules, ses fleurs rassemblées en tête , ses fruits ovales tout hérissés de poils épineux et ne contenant que 2 semences. Un auteur moderne a prétendu que cette plante servait à l’extraction du suc de réglisse de Calabre ; mais anciennement Jlatthiole, et beaucoup plus récemment M. Tenore, s’accordent à dire que le suc de réglisse de Calabre est extrait du glycyrrhiza glabra. Cette

plante est également la seule que M. Richard ait vu cultiver en

On emploie dans l’Indostan et dans les Antilles , comme succédanées

304 dicotylédones CALICIFLORES.

de la réglisse, la racine et les feuilles de l’abrus precatorius ^ qui doivent leur saveur sucrée à la glycyrrhizine. Los semences de cet arbuste sont presque sphériques , de la grosseur de petits pois, lisses, d’une belle couleur rouge, avec une tache noire autour du bile ; on en forme des chapelets et des objets d’ornement.

En Europe on donne le nom de fausse réglisse à Wistragalus (jlycyphyllos, plutôt, comme l’indique son nom , h cause de la ressemblance de ses feuilles avec celles de la réglisse , que par l’u.sage que l’on peut faire de sa racine. On a conseillé comme antisyphilitique la racine d’une autre espèce d’astragale , qui est Yaslragahis exscapus L.

Suc Ile RC-sIisse.

Le suc de réglisse provient de la racine du glycyrrlnza gluhra. On le prépare surtout en Italie, dans la Calabre, et en Esiiagne. Pour cela on fait bouillir plusieurs fois la racine, on l’exprime fortement, et ôn fait évaporer la liqueur dans une chaudière de cuivre. Lorsque l’extrait est cuit , on l’enlève avec des spatules de fer, et on en forme des bâtons longs de 12 à 15 centimètres, épais de 1,5 à 2, presque toujours aplatis à une extrémité par l’empreinte d’un cachet. Cet extrait contient tous les principes solubles de la racine, y compris l’amidon , et souvent des parcelles de cuivre métallique, enlevées à la chaudière par le choc des spatules. On le falsifie avec d’autres extraits sucrés , de la fécule ou des substances farineuses, et cette falsification , que j’ai longtemps citée sans l’avoir rencontrée , a recommencé il y a quelques années et est aujourd’hui assez commune. Je citerai entre autres un suc de réglisse fabriqué dans un canton d’Indre-et-Loire, qui, bien préparé , eût pu rivaliser avec celui d’Italie , et qu’une falsification blâmable a bientôt décrié dans le commerce. Voici d’ailleurs les caractères du bon suc de réglisse. Il est noir et luisant, souvent déformé par l’aplatissement des bâtons; cassant lorsqu’il est conservé dans un lieu sec , mais devenant mou et pliant dans un lieu humide ; il a une cassure noire, nette et brillante, et une saveur sucrée, accompagnée d’une légère âcreté; suspendu dans nn vase , au milieu de l’eau , il forme une dissolution sirupeuse et pesante, transparente et d’un brun foncé, qui tombe au fond du liquide , sans le troubler, et il laisse pour résidu une masse terne et grisâtre, qui conserve la forme et presque le volume des morceaux primitifs. On pourrait prendre d’abord ce résidu si abondant pour de l’amidon ; il en contient en effet et il bleuit par l’iode ; mais il ne présente aucun granule d’amidon au microscope ; il est très doux au toucher, disparaît sous la friction des doigts, s’épuise très lentement par l’eau et donne longtemps des dissolutions sucrées, parce

qu’il est eu effet formé , en giancle partie , de glycyrrhiziiie devenue iusüluhlc par sa combinaison avec l’acide acétique développé pendant la préparation de l’extrait.

Le suc de réglisse falsifié, et j’en ai vu plusieurs qui offraient ces caractères , est en bâtons cylindriques, d’un noir brun , à cassure terne et comme finement granuleuse; il a une saveur «jW’e et peu sucrée; suspendu dans l’eau, il s"y délaie, donne lieu ii une di.ssolution trouble, et le résidu , au lieu de conserver la forme des morceaux , forme au fond du vase un précipité en partie blanchâtre et en partie brun. Ce précipité est promptement épuisé par l’eau , et si alors on le soumet au microscope , on y découvre une grande quantité de granules de fécule de pomme de terre. Ce précipité desséché formait 32 pour 100 du suc de réglisse falsifié du département d’Indre-et-Loire.

licorcc fl’AIcornoquc.

Cette écorce a été apportée pour la première fois de l’Amérique en Ispagne, par don Joaquin Jove, en 180A ; elle ne l’a été en France qu’en 1812 , parM. Poudenx, médecin. On a pendant quelques années été réduit à former des conjectures sur l’arbre qui la produit. D’un côté, Virey s’était efforcé de prouver que c’était le quercus suber pris dans sa jeunesse , et avant qu’il eût donné de liège ; d’un autre , M. Foudeiix assurait que c’était un arbre analogue aux Guttiers; enfin le célèbre Ilumboldt est venu nous apprendre qu’elle provenait du boivdichia virgilioides , arbre de la famille des légumineuses et de la tribu des cassiées, qui croît dans l’Amérique méridionale, vers l’cmboucburc de l’Orénoque , où ou le nomme alcornoco. L’écorce de la racine paraît devoir être préférée à celle du tronc. Elle est épaisse et formée de deux parties distinctes ; 1” d’une partie extérieure ordinairement raclée et mondée au couteau , épaisse néanmoins de 5 millimètres, rougeâtre, d’une cassure grenue , d’une saveur astringente un peu amère; 2" d’une partie interne ou ffôer, jaune, mince, fibreuse, d’une saveur amère, et colorant la salive en jaune. L’écorce d’alcornoque a d’abord été annoncée comme un spécifique de la phthisie pulmonaire; on a proposé ensuite d’en isoler le liher, et de l’employer comme succédané de l’ipécacuanha ; elle n’a soutenu ni l’une ni l’autre épreuve; et, comme cela n’arrive que trop souvent, elle est passée d’une annonce fastueuse à un oubli trop complet.

Aicoi-no«iiBe »iii ïtn-é.sii. Cettc écorce , qui paraît semblable à la précédente, est jirodoîtc par le boicdichia major Mart. {sebipira-guaçu de Pison , Bras, , p. 78 ) , arbre dont le bois très dur et très tenace sert HT. 20

30G DICOTYr.ÉDONES CALICIFLORES.

à faire dos axes de presses et de roues de moulins. L’écorce est usitée au Brésil contre les douleurs rhumatismales, les tumeurs arthritiques , la syphilis , rhydropisiCj etc.

Écorce «te Barbaliinao.

Ce nom est donné , au Brésil , aux écorces astringentes de plusieurs arbres appartenant aux genres mimosa, acacia ou inga, de la tribu des mimosées. M. Martius en mentionne quatre :

1“ Acacia angico Mart. ; angico des Brésiliens.

2“ Acacia jurema Mart. ; jurema des Brésiliens.

3“ Phithecollohium avaremotemo Mart. ; abaremo - temo de Bison (Bras., p. 77); mimosa coc/iliocarpos Gom. ; inga avaremotemo Endlicher.

11° Stryplmodendron barbatimuo Mart. ; accæia adstr ingens Reise ; inga barbatimuo Endlicher.

Les bois de ces arbres, très durs, rougeâtres, avec des veines concentriques noirâtres irrégulières, se trouvent dans le commerce et sont usités dans l’ébénisterie sous les noms A'angica ou A’inzica. Quant aux écorces , ou en trouve deux dans le commerce. L’une m’a été envoyée anciennement par M. Théodore Martius, comme étant celle du mimosa cockliocarpos Gom. Elle est en morceaux longs de 12 à 25 centimètres, larges de 4 à 5,5 centimètres, mondés de leur croûte extérieure. Elle est tortueuse, mince, aplatie, d’une texture fibreuse entremêlée, et néanmoins dure et pesante par l’abondance du suc desséché qu’elle renferme. Elle est d’un rouge brunâtre dans toutes ses parties, offrant sur sa surface beaucoup de fibres courtes et de petites larmes jaunes et transparentes d’une exsudation gommeuse. Elle a une saveur très astringente et amère.

Cette même écorce , trouvée dans le commerce , est en partie pourvue de sa croûte extérieure (périderme), qui est épaisse, brune, très dure, profondément crevassée, couverte d’un enduit blanc, crétacé, et offrant ce beau lichen à bords d’un rouge de carmin (hypoenus rubro-cinctus), que l’on observe sur plusieurs quinquinas à suc rouge. L’écorce elle-même est tantôt mince , plate et fibreuse , comme la précédente, tantôt épaisse de plusieurs millimètres, roulée, d’un rouge foncé, très dure et très compacte. La coupe de l’écorce, opérée à l’aide d’une scie fine, est d’un rouge brun, dure et polie, à l’exception d’un cercle intérieur fibreux.

Je pense que c’est cette espèce de barbaiimâo qui se trouve représentée dans le Pharm. ivaarenkande de Ern. Schenk, vol. H, tab. 1, fig. 1 à û.

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