IV. KliXOS
28. Suc astringent rtii ptcroco.rpus cvinaceus. Je mentionne ici celte substance , pour lui conserver sa place , dans le cas où elle deviendrait plus tard un objet de commerce. Il résulte des descriptions précédemment citées que le suc découlé de l’arbre se dessèche promptement à l’air et forme une substance presque noire et opaque en masse , mais d’un rouge foncé et transparente dans les lames minces ; il est très fragile, brillant dans sa cassure, d’une saveur très astringente et en grande partie soluble dans l’eau.
29. Suc astringent du ÿîdea fronclosa. Cet arbre (fig. 364) est plutôt un très grand arbrisseau de la famille des papillonacées , très voisin des érythrines. Le tronc en est ligneux, peu épais, tortu et muni d’un branchage très irrégulier. Les feuilles sont composées de trois larges
folioles eniièrcs, arrondies au sommet, coriaces , brillantes en dessus, légèrement blanchâtres en dessous. La foliole terminale est obovée et plus grande que les deux latérales. Les fleurs sont grandes, d’une belle couleur rouge ombragée par un duvet orangé et argenté, et disposées en grappes pendantes d’un très bel effet. Le légume est pédicellé, linéaire, d’environ 15 centimètres de longueur. Il ne contient, proche de l’extrémité pendante, qu’une seule semence ovale, très comprimée, douce au toucher, brune, ayant environ 38 millimètres de long sur 25 de large. Le cocciis lacca se fixe fréquemment sur les jeunes
branches et sur les pétioles du butea frondosa , et emprunte peut-être sa matière colorante au suc rouge de l’écorce.
Suivant Roxburgh , il découle des fissures naturelles ou des blessures faites à l’écorce de cet arbre, un suc du plus beau rouge, qui ne tarde pas h se durcir en une gomme astringente et friable, d’une couleur de rubis. Mais elle perd bientôt cette belle couleur h l’air, et, pour la lui conserver, il faut recueillir la gomme aussitôt qu’elle est durcie et l’enfermer dans une bouteille que l’on bouche bien. Elle se dissout promptement dans la bouche et possède une saveur forte , purement astringente. La chaleur ne la ramollit pas. Elle se dissout facilement dans l’eau pure et forme un soluté d’un rouge vif et foncé. Elle est en grande
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partie soluble dans l’alcool, mais la liqueur est pfile et un peu trouble. Le soluté aqueux se trouble également par l'alcool, tandis que l’alcoolique , au contraire , devient plus transparent par l’addition de l’eau. L’acide sulfurique étendu trouble l’un et l’autre soluté. L’alcali caustique fait passer la couleur au rouge de sang foncé. Les sels de fer changent le soluté aqueux en une bonne encre durable. Le hiitca superba, très grand arbrisseau sarmenteux, fournit un suc semblable.
Cette description de Roxburgb ne peut s’appliquer qu’à une substance friable, rouge, très astringente, facilement et complètement soluble dans l’eau, en grande partie soluble dans l’alcool. Elle ne convient en aucune manière,. comme on le verra , à la seule substance qui m’ait été donnée comme provenant du butca fronclosa , et que je décrirai plus loin sous le nom de gomme astringente naturelle de butea ; mais elle se rapporte très bien h une autre substance apportée de l’Inde par M. Beckett, qui a longtemps résidé dans le Doab septentrional. Suivant M. E. Solly, qui en a fait l’analyse , elle est transparente , fragile, d’une belle couleur de rubis et d’un goût fortement astringent. Elle contient 15 à 20 pour 100 d’impuretés, consistant en bois, écorce, sable et petits cailloux. Dans son étal brut , elle contient 50 pour 100 de tannin ; mais quand elle a été purifiée par simple solution dans l’eau, 100 parties contiennent 73,26 de tannin, 5,05 d’extractif peu soluble et 21 de gomme soluble, mêlée d’un peu d’acide gallique et de quelques autres substances. Au reste, la proportion de tannin varie beaucoup dans divers échantillons, suivant leur mode d’extraction et le temps de l’année auquel on y a procédé, et l’auteur recommande de récolter le suc aussitôt qu’il est devenu dur, et non après qu'il a été exposé ci l’air, ci la lumière et à l’humidité , ces dernières circonstances lui faisant perdre, ainsi que l’a vu Roxburgh, beaucoup de sa valeur et des ses propriétés. Cette dernière observation nous permettra de concevoir comment la substance suivante peut aussi être produite par le butea frondosa , bien que pourvue de propriétés bien différentes de celles qui viennent d’être exposées.
30. Gomme astringente natnrciie de butea frondosct. Cette Substance m’a été envoyée une première fois en 1831, par 51. Pereira. On venait de la trouver h l.ondres, après un oubli de plus de dix ans, dans un magasin de drogueries ; elle y était désignée sous le nom dégommé rouge astringente , et était contenue dans de grandes caisses que l’on présumait avoir été apportées d’Afrique. Sur ces données, j’ai pensé que cette .matière pouvait être la gomme astringente de Gambie anciennement décrite par Fothergill, bien qu’elle n’en offrît pas tous les caractères, ftlais en 1838, une substance presque semblable, extraite du butea frondosa, fut apportée de l’Inde en Angleterre par le docteur Beckett (c’est
l-ÊGUMlNliUSES.
celle dont il a été parlé plus haut) , et, au même moment , parmi des échantillons de substances envoyés de Bombay à Londres, on en trouva plusieurs de gomme de hutea qui étaient désignés comme kino{ï). Ceux-ci étaient plus remplis d’impuretés, en morceaux beaucoup plus petits et d’une couleur plus foncée que la substance apportée par M. Beckett; mais ils en étaient bien plus exactement semblables à la gomme astringente trouvée à Londres. C’est principalement sur cette dernière sorte , que tous les pharmacologistes anglais reconnaissent pour un produit du hutea frondosa , que je me fonde aussi pour admettre que la substance actuelle est également produite par le même végétal.
Cette substance est un produit naturel , ayant la forme de très petites larmes allongées ou de gouttes , qui se sont fait jour spontanément par les fissures de l’écorce et qui s’y sont desséchées. Elle paraît noire et opaque , vue en masse ; mais chaque petite larme placée entre l’oeil et la lumière, est en réalité transparente et d’un rouge foncé. Presque tous les fragments offrent, d’un côté, un débris de l’écorce grise d’où ils ont été détachés. Ils sont, au contraire, lisses, ridés et comme cannelés du côté qui a été exposé à l’air. Cette substance est très dure , non friable, difficile même à pulvériser. Elle est dure, sèche et aride dans la bouche et s’y dissout fort peu. Elle colore faiblement la salive et ne possède qu’une faible saveur astringente. Mise à macérer dans l’eau, elle s’y gonfle très lentement et augmente de trois ou quatre fois son volume; mais elle ne forme pas de mucilage et se dissout à peine; cependant le liquide se colore lentement en une belle couleur rouge. Si l’on examine alors la substance gonflée, on voit qu’elle est très inégalement colorée , souvent même dans l’étendue d’un même petit fragment. Les parties peu colorées ont l’aspect d’une gomme insoluble , tenace et élastique. Les parties colorées , qui sont surtout à l’extérieur, paraissent être une combinaison de la même gomme avec le principe colorant rouge devenu insoluble par une oxygénation à l’air. Au moins peut-on remarquer que la partie .superficielle des larmes résiste à l’eau bien plus que l’intérieure , et (lu’elle reste , malgré l’agitation et le broiement , sous forme de tnembranes rouges et tenaces. L’eau bouillante en dissout beaucoup plus , et forme une liqueur rouge foncée qui se trouble fortement par le refroidissement ; mais une grande partie de la substance rouge membraneuse résiste toujours à son action. Je conclus de cet examen que ce kino est formé par le mélange inégal d’une gomme insoluble et d’un suc rouge astringent qui ont coulé simultanément du végétal; mais je n’ai pu les séparer par aucun moyen.
(1) On a vu précédemment que le suc du bulea frondosa porte dans l’Inde le nom de liueni.
DICOTYOiDONHS GALtCIFLORliS.
La gomme astringente du butea frondosa ne cède à l’éther que 0,83 pour 100 d’une matière complexe qui n’est pas de J’acide caclinlique. Elle est peu soluble dans l’alcool froid , plus soluble dans l’alcool bouillant et lui cède , par des ébullitions réitérées , 36 pour 100 d’une matière colorante rouge d’une nature acide , fort peu soluble dans l’eau et dans l’alcool froid. Cette matière a beaucoup de rapport avec l’acide rubinique, et n’en diffère peut-être que par son mélange avec un peu de matière gommeuse qui donne à ses solutés concentrés la consistance d’un magma demi-gélatineux.
Car, indépendamment de la matière colorante rouge, cette exsudation naturelle contient certainement une autre substance que je ne puis désigner autrement que sous le nom àe. matière gommeuse, bien qu’elle soit insoluble dans l’eau , et qu’elle jouisse de la singulière propriété de se gonfler et de prendre une consistance gélatineuse dans l’alcool , même absolu. Il est d’ailleurs un fait que je ne puis expliquer : c’est que, tandis que la gomme astringente , traitée par l’eau froide d’abord et ensuite bouillante, ne m’a laissé que 16,84 pour 100 de résidu, cette même substance, épuisée par l’alcool d’abord et par l’eau ensuite , ait laissé 44,8 parties insolubles.
Dans tous les cas , les propriétés de cette exsudation naturelle sont trop différentes de celles du suc astringent décrit par Roxburgli et par M. E. Solly, pour qu’il ne faille pas l’en distinguer.
31. Hino de l’Inde orHentaic. Ce kiiio, qui est regardé eu Angleterre comme la véritable .sorte officinale , y a porté aussi pendant longtemps le nom de kino d'Amboine , et cette désignation a jeté beaucoup d’obscurité sur son origine. Mais il paraît certain aujourd’hui qu’il est originaire de la côte de Malabar, parce que toutes les importations dont on a pu suivre la trace sont venues de Bombay et de Tellichery.
Ce kino est en très petits fragments d’un noir brillant, noirs et opaques lorsqu’ils sont entiers, mais transparents et d’un rouge de rubis lorsqu’ils sont réduits en lames minces. Il est très friable et^se divise facilement en particules très petites sous l’effort des doigts. Il est entièrement inodore , se ramollit dans la bouche, s’attache aux dents, colore la salive en rouge foncé et possède une saveur astringente très marquée. Il est facilement soluble à froid dans l’eau et dans l’alcool, et leur communique une couleur rouge de .sang. Sa poudre a la couleur du colcoihar. [I paraît avoir été séché en couche mince dans des vases à surface cannelée , car il offre presque toujours , sur une de ses faces , des cannelures parallèles et régulières. Cette substance, toujours identique avec elle-même et bien préparée, est une des plus remarquables de ce groupe.
M. fioyle , professeur de maiière médicale au collège royal de Londres, a récemment publié une notice sur l’origine de cette substance et paraît l’avoir bien déterminée. Ayant trouvé dans la maison de la Compagnie de l’Inde orientale , à Londres , des échantillons de ce kino avec la marque de Anjarakandi , il parvint à savoir que ce nom était celui d’une ferme appartenant à la Compagnie et située à quelques milles de Tellichery. Ayant alors dirigé ses investigations de ce côté , il reçut par l’entremise du docteur AVight, botaniste distingué résidant à Coimbatore, une lettre du docteur Kennedy, qui accompagnait des specimen de feuilles , fleurs et fruits de l’arbre qui produit le kino à Anjarakandi , avec un échantillon de ce kino lui-même. L’examen des specinten a démontré à M. AVight que l’arbre était le pterocarpus 'marsupium , dont voici d’ailleurs la description abrégée faite sur les lieux mêmes par M. Kennedy :
« Arbre très élevé et d’une vaste étendue ; feuilles à S ou 7 folioles pînnées, ovales, un peu échaiicrées au sommet; épis branchus; calice verdâtre, un peu tubuleux , à 3 dents ; corolle papillonacée ; 10 étamines formant une gaine à la base, mais séparée par le haut ; légume pédicellé , long de 1 pouce 1/2 à 3 pouces , à une seule semence , entouré d’une aile membraneuse irrégulièrement arrondie , et terminée jiar une petite pointe fine à la marge ; fleurs jaunes avec des veines rougeâtres. D’après Al. J. Jlrown d’Anjarakandi, lorsque l’arbre est en fleurs, on fait des incisions longitudinales au tronc, et l’on recueille le suc rouge de sang qui en coule avec abondance. Ce suc est desséché au soleil jusqu’à ce qu’il se fendille et se divise en pelis fragments. Alors on en remplit des boites de bois pour l’exportation, a
Bien antérieurement aux botanistes précédents , Roxburgh avait décrit le suc du pterocarpus marsupium et avait émis l’opinion qu’il ne différait pas du kino.
« Par les blessures de l’écorce , dit-il , il coule un suc rouge qui se solidifie à l’air en une gomme d’un rouge brun, très friable, fournissant une poudre d’un brun clair comme celle du quinquina. Cette substance se dissout dans la bouche en développant une saveur purement astringente, aussi forte que celle de la gomme de butea , à laquelle elle ressemble beaucoup. Elle teint la salive, mais peu ; la chaleur ne la fond pas.
» Ce .suc astringent est presque entièrement soluble dans l’eau et dans l’alcool; les solutés sont d’un beau rouge foncé ; le soluté alcoolique est plus transparent, et paraît beaucoup moins astringent avec les sels de fer que celui-ci fait avec l’eau. En cela ce suc diffère de la gomme du butea dont le soluté spiritueux, quoique moins parfait en apparence , est bien plus astringent que le soluté' aqueux. Les deux solutés peuvent être mêlés sans décomposition. En résumé, cependant, cette substance est tellement semblable à la gomme de butea, qu’une même analyse peut servir pour les deux.
» Le spécimen de l’arbre à la gomme kino, dans l’herbier de Banks, est
/|0(> DICOTYLÉDONES GALICIFLOUES.
parfaitement semblable au pteroearpus marsupium. 11 est probable que c’est
le même, ou un arbre très voisin. » (Rosburgh, Flora indica, 1. 111, p. 234.)
En présence d’aussi grandes autorités, il est difficile de ne pas conclure que \e, pteroearpus marsupium produit le kino de l’Inde.
Examen chimique du kino de l’Inde. Il résulte d’un écliantillon du kino analysé anciennement par Vauquelin , et qui avait été conservé par Robiquet, que ce kino est celui de l’Inde, de sorte que je ne puis mieux faire que de renvoyer au mémoire de ce chimiste, imprimé dans les Annales de chimie, t. XLVI, p. 3dl. Je me bornerai à remarquer que les propriétés de ce kino, de même que celles des autres espèces, peuvent varier suivant leur ancienneté dans le commerce ou dans les pharmacies. Ainsi Roxburgh annonce que le suc du pteroearpus marsupium est presque entièrement soluble dans l’eau et l’alcool , et le kino que j’ai vu moi-même, récemment arrivé de l’Inde de '1H15 à 1820, était d’une grande transparence , d’une couleur claire , et possédait une grande solubilité, même à froid , dans l’eau et l’alcool; mais depuis ce temps ce suc est devenu d’un rouge brun beaucoup plus foncé , d’une apparence opaque et d’une solubilité moins marquée.
Ce kino, de même que celui examiné par Vauquelin, laisse aujourd’hui beaucoup de matière insoluble dans l’eau froide (0,60 de son poids), et 0,20 seulement dans l’eau bouillante. La partie insoluble dans l’eau est presque entièrement soluble dans l’alcool. Ce même kino est beaucoup plus soluble h froid dans l’alcool que dans l’eau , et forme un liquide épais et d’un rouge brun foncé , qui fdlre difficilement. Le résidu insoluble, bien épuisé par l’alcool, ne pèse (jiie 0,19 (0,26 d’après Vauquelin), et constitue une gomme rouge soluble dans l’eau. Le kino entier incinéré produit 0,036 de cendre formée de carbonate de chaux, silice , alumine et peroxyde de fer.