V. Tacamaque angélique; tacamaque en coque OU sublime
Suivant Poftiet, cette résine viendrait de Madagascar, où les habi-
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tants auraient coutume de mettre la première qui sort de l’arbre dans de petites gourdes coupées en deux, qu’ils recouvriraient ensuite d’une feuille semblable à celle d’un palmier. Bergius la fait venir du Brésil et de la Guyane; Geôfiroy, de la Nouvelle-Espagne et de Madagascar, On voit que rien n’est moins certain que .son origine ; c’est tout ce que nous pouvons faire que d’en indiquer les propriétés.
J’ai trouvé dernièrement dans les collections du Muséum d’histoire naturelle un bel échantillon de cette résine. Il consiste en -un fond de calebasse ayant la forme d’un segment de s|)hère très peu profond , rempli de résine et recouvert d’une feuille mince , appartenant à une monocotylédone , adhérente à la surface de la résine. Cette substance est tout h fait semblable à celle que j’ai depuis longtemiis et dont j’ai vu un reste de calebasse en la possession de M. Bonastre. Bille est d’un gris blanchâtre à l’extérieur, d’un gris jaïuiâlre ou rougeâtre à l’intérieur, à demi opaque, d’une cassure terne et d’uue saveur amère; sa poudre est d’un gris jaunâtre. Son principal caractère réside dans son odeur, qui est une des plus suaves que je connaisse, et presque semblable à celle de la racine d’angélique. Elle n’est pas entièrement soluble dans l’alcool rectifié, même à l’aide de l’ébullition.
VI. Tacaiiiaijuc ordinaire , OU bannie focot. Cette SOl'le est OU masses jaunâtres ou rougeâtres . formées par l’agglomération de petites larmes molles et transparentes , et mêlées des débris d’une écorce jaune, très mince, à libres apparentes très serrées, droites et parallèles. Celte résine est amère , inodore en masse , donne une poudre blanchâtre lorsqu’on l’écrase , et exhale alors une odeur analogue à la précédente; mais moins suave , faible et disparaissant bientôt.
Il existe une dernière résine, verte, molle, gluante, nommée «acamafjiic «le l’ile Bourbon, bannie vert OU baume Marie, produite par le calophyllimi tacamahaca Willd. Elle sera décrite à la famille des guttifères.
Résine aloiiclii.
Pomet et Lemcry suppo.sent que l’arbre à l’écorce de Winter ou à la cannelle blanche, qu’ils confondent ensemble et qu’ils confondent aussi avec un arbre de Madagascar nommé fiiupi , fournit la résine alouchi. Du reste , ils ne donnent aucune description de cette résine. Pomet dit seulement que la résine alouchi ne peut être confondue avec le bdellium ni avec la résine de lierre, parce ([u’elle est mollasse , de dilfôrentes couleurs et fort vilaine.
En 1822, M. Bonastre a fait l’analy.so d’une résine alouchi qui se trouvait en fragments de !\ à 32 grammes, mais qui provenait d’une ptassc cylindrique de 3 â 4 centimètres de diamètre, laquelle s’elait
TÉRÉBINTHAOÉES. /l87
dessécliée après avoir été moulée et enfermée, à l’état mou , dans une grande feuille de dicotylédone. Cette résine est d’un gris noirâtre, terne, presque opaque , à cassure sub-luisante , et offre dans son intérieur des parties lamelleuses blanchâtres, qui la font paraître marbrée. Elle possède une odeur forte et agréable, analogue h celle des résines d’feica, dont sa composition la rapproche également; car elle est formée de :
Résine soluble dans l’alcool froid . 68,2
— cristallisable, insoluble dans l’alcool froid. 20,5
Huile volatile . 1,6
Extrait amer . 1,1
Acide libre, sel ammoniacal . . . . 0,6
Impuretés . A,1
Perte . 3,9
Je ne mels pas en doute que cette résine n’appartienne à un tc.ica, et je ne suis pas éloigné de penser que son nom ne soit une altération du nom arncoïtchini , que porte à Cayenne Vicica aracouchini d’Aublet ; de sorte que je la suppose produite par cet arbre.
Je possède dans mon droguier deux résines semblables pour la forme à la résilie alouchi de .M. Bonastre. Elles sont toutes deux noirâtres , opaques, avec des larmes blanchâtres entremêlées, et sont formées en cylindres de h centimètres de diamètre; mais l’une est enveloppée d’une feuille de canne d’Inde, et l’autre d’une écorce fibreuse, qui lui sert d’étui, 'foutes deux ont une odeur distincte , différente de la résine de JI. Bonastre, de sorte que ce sont encore deux espèces différentes de résines d’arbres biirséracés.
ncsliie caragne.
Suivant Monardès (cliap. 3) , on apporte de la partie intérieure du continent d’Amérique et des environs de Carthagène , ou du Nom-de- Jésus, une résine de la couleur delà tacamaque, nommée caranna chez les Indiens et par les Espagnols. Cette résine a une odeur de tacamaque , mais plus forte; elle est brillante, oléagineuse et tenace ;. elle a été apportée pour la |)reiniôre fois vers l’année 1560. Tout ce qu’on a ajouté depuis à l’histoire de la caragne, c’est de l’attribuer h un arbre du Mexique nommé par Hernandez arbor insanité, caragna nuncupata, et de dire qu’elle nous est apportée eu masses enveloppées dans des feuilles de roseau. Peut-être pourrait-on la croire produite par Vicica mmna DC, ; mais, suivant ie docteur Hancock , el}e est produite par
)1C0TVLÉI)0KES CALl
un autre arbre térébintliacé , qui est Yaniba guianennis d'Aiiblel («;drota longifolia 'Willd.).
La description la plus précise qui ait été donnée jusqu’ici de la résine caragne est celle de la Pharmacopée de Wirtemberg : résine tenace , ductile comme de la poix lorsqu’elle est récente, devenant dure et fragile en vieillissant. Elle est d’un vert noirâtre, d’une saveur amère et d’une odeur forte et agréable, principalement lorsqu’on la brûle. On l’apporte de la Nouvelle-Espagne , sous forme de morceaux cylindriciues enveloppés dans des feuilles de roseau.
N’ayant pas reçu d’échantillon authentique de résine caragne , je ne puis que décrire ceux qui sont en ma possession.
A. Le premier est en morceaux de la grosseur d’une noix, diversement comprimés à leur surface , durs, mais paraissant avoir été d'une certaine mollesse. Celte résine est d’un noir grisâtre, opaque, à cassure terne , couverte dans les sillons de la surface d’une poussière fauve. Elle présente , lorsqu’on l’écrase, une odeur mixte detacamaque et de résine de pin. Elle se fond facilement au feu et se dissout cûmpiéiemcnt dans l’alcool.
B. Le second échantillon constitue une masse du poids de 500 grammes environ , un peu aplatie et paraissant avoir été enveloppée dans une feuille dont l’impression re,ssemble à celle d’une feuille de maïs. Elle est d’un vert noir, opaque , à cassure grenue et brillante , et elle offre une odeur mixte d’élémi et de résine de pin ; je ne serais pas étonné quand ce produit serait artificiel.
C. La troisième résine caragne que je possède est en larmes grosses comme des fèves, plus ou moins, et elle est généralemcntaplatie, comme a pu le faire une résine molle qui serait tombée sur un corps dur. l.a surface des larmes est inégale, souvent plissée, brillante et d’un vert noir foncé. Elles sont très fragiles et leur cassure est inégale , mais très brillante et vitreuse , et les parcelles qui s’en détachent parai.ssenl transparentes. L’odeur de la résine est forte, analogue à celle des résines tacamaques , mais beaucoup moins agréable. Elle se ramollit en partie sous la dent et présente une saveur résineuse peu marquée, ni âcre ni amère. Elle forme avec l’alcool une teinture rougeâtre et laisse un résidu composé de deux sortes de parties ; 1” un peu de. matière terreuse accidentelle; 2'’ une substance pulvérulente, d’un vert foncé , qu’on doit considérer comme la matière colorante de la résine. Cette matière verte est insoluble dans l’alcool bouillant; elle fond imparfaitement à l’aide de la chaleur, en dégageant une fumée blanche aromatique ; elle finit par brûler sans flamme , et laisse une cendre grise, faisant effervescence avec les acides.
D. Résine earagne d’Ambolnr, Rumphius, dans son Herbariim
TÈRÉBliNTllACÉliS. Û89
amboinanse , décrit une espèce de mnariurn [caïuirium sylvestre; DC.) dont la partie inférieure du tronc produit une grande quantité d’une résine noirâtre, liquide, niais non visqueuse, et devenant fragile. Cette résine, que Rumphius dit être presque semblable à ia caragne d’Amérique , est arrivée en 1843 , en même temps que le dammar sélan. Elle ressemble en effet beaucoup à la résine caragne ; mais sa couleur est moins foncée, d’un fauve verdâtre , et elle est translucide sur les bords. Elle se pulvérise entre les dents, et ne présente qu’un goût peu sensible. Elle a une odeur analogue h toutes les résines de ce genre , moins forte que celle de la caragne, dont elle peut être regardée comme une es[)èce inférieure.
Je possède un nombre assez considérable d’autres résines de térébinihacées , dont les suivantes m’ont été communiquées avec leur nom.
ECésinc ctirncay <lc la Colombie [Journ. pho.vm.., t. XVI, p. 136). Résine fauve , translucide, d’une odeur très forte et peu agréable.
Résine sanilaraquc «le Cnatiinala [Journ. phcirm. , t. XX, p. 52Û).
Copal «le Santo [Journ. plt.arm., t. XX, p. 523).
Kitsiiie eaeicavita de la côte de Terre-Ferme , emjdoyée contre les affections du foie; donnée par M. Aug. Delondre. Résine grise, ayant aggloméré un grand nombre de petites larmes blanches et opaques , et beaucoup d’impuretés. Celte résine, par son odeur, se rapproche de la tacamaque angélique.
ün donne dans le commerce le nom de bois de citron à plusieurs bois de couleur jaune et d’odeur analogue à celle du citron , mais qui n’ont aucun rapport avec le bois de citronnier, lequel est blanc et inodore.
C’est ainsi que déjà, en traitant des laurinées ( t. If, p. 370), j’ai décrit le bois de Henri de Cayenne, qui porte aussi les noms de bois de rose môle et de bois de citron de Cayenne, et, à son occasion, j’ai mentionné un autre bois de Cayenne nommé bois de rose femelle et bois de cèdre blanc , lequel me paraît dû h l’un des icica d’Aublet , soit peut-être à son aniba (/uianensis, qui porte également à Cayenne le nom de bois de cèdre.
Quoique les bois de citron dont je dois traiter en ce moment soient bien plus. anciennement employés que les deux précédents, et qu’üs soient l’objet d’un commerce considérable, ils sont encore moins connus sous le rapport de leur origine ; ayant été attribués , tantôt à l'erithalis fruticosa L. (rubiacées) , tantôt aux amyris sylvatica. ou toæifera L. , qui ne paraissent pas pouvoir les produire , à cause de leur peu d’clé-
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vaiion et du petit volume do leur tige. Un seul arbre, parmi ceux dont l’espèce est déterminée , pourrait être supposé en produire un : c’est le xanthoxijlwn emarginatum de SwaiTz, que Sloane a défini : Laura a/finis arbor, terebenthi folio alato , ligna odorato candido , flore albo; niais on ignore si cet arbre croît à Saint-Domingue , d’où nous arrivent les bois en question.
Le premier de ces bois est celui que Pomet et Lemery ont décrit sous les noms de l>oî.s «le cilrom, bois «le jusinin et >»oi.s de chandelle, et ce sont ces noms mêmes, donnés aussi à l'erithalis fruticosa, qui ont fait supposer que cct arbrisseau devait produire le bois de citron. Ce bois porte aussi , dans le commerce, le nom d’iüspaniiie, parce qu’il vient surtout de l’ancienue partie espagnole de file de Saint- Domingue, qui a porté elle-même, pendant longtemps, le imm A' Hispa.niola. Il arrive sous la forme de madriers cquarris et privés d’aubier, longs de 2 à 4 mètres, larges de 33 à 50 centimètres, épais de 16 à 22 centimètres , et d’un poids considérable. Il est assez tendre et facile à travailler, susceptible d’un beau poli satiné, et fait de fort beaux meubles. Il est d’un jaune pfde et d’une odeur persistante, mixte et très agréable, de citron et de mélilot. Je lui trouve une saveur rance due sans doute à l’altération de l’huile qu’il contient. Sa coupe, perpendiculaire à l’axe, présente des lignes circulaires nombreuses, régulièrement espacées, et des lignes radiaires très serrées, très apparentes, non continues, et longuement amincies à leurs extrémités. Les points ligneux sont dispersés également partout, sur les lignes radiaires comme dans leur intervalle (1).
En 1846 , il est arrivé en France une partie de bois d’hispanille de Porto-Rico , et j’en possède depuis longtemps une bûche apportée de Cayenne. Cette bûche est cylindrique, épaisse de 15 centimètres, pourvue d’une écorce grise peu épaisse , assez compacte, amère et non aromatique. L’aubier est épais de 2 centimètres. Le canal médullaire existe encore au centre.
Petit bois de citron. Cc bois arrive en poutres carrées do 11 à 19 centimètres d’épaisseur; il est plus dur et plus pesant que le précédent, d’un jaune plus prononcé, avec des veines concentriques plus marquées et des restes d’aubier blanc sur les angles. Il a une odeur analogue 'a celle de l’hispanillc, mais beaucoup plus faible et disparais-
(1) Les Anglais nomment le bois d’hispanille satin-wood; mais ils distinguent deux bois satinés, l’un de Saint-Domingue et l’autre de l’fiïde. Ce dernier est produit par le chloroxyhim swietenia, do la famille des cédrélces. En France, c’est principalement le bois de Féroles {ferolia guianensis d’Aublet) qui porte le nom de bois satiné. Il est d’un rouge jaunâtre veiné de rouge , et susceptible d’uti beau poli satiné,
TÉliÉlUNTHACÉES. /|91
saiU il l’air. Lorsqu’on le râpe, celte odeur devient plus sensible , peu agréable et acquiert quelque chose de l’odeur des bêles fauves.
Ce bois constitue certainement une espèce différente du précédent. ,Ie ne sais si c’est lui que Nicholson a décrit sous le nom de bois de chcmdelle dans son Histoire de Scdnt-Dotnirujue (p. 167) :
ti «ois de cKaiidelIc. Taouia et alacoaly. Ün en distingue de deux sortes, le blanc cl le noiV. Le premier est un arbre de moyenne grandeur. Son tronc ne s’élève guère au-dessus de 12 à lo pieds ; son diamètre est tout au plus de 3 à 4 pouces; son écorce est lisse et d’un brun cendré ; .son bois jaunâtre , dur, odorant , résineux, pesant. Ses fouilles sont pointues, en forme de lanec, fermc.s, odorantes , sans dentelure, paraissant percées lorsqu’on les regarde au soleil, luisantes, disposées par trois à l’extrémité des branches, qui sont toujours terminées par une impaire (feuilles pinnéos, à 3 folioles, dont une impaire). Les Heurs sont petites, blanches, et produisent de pctitc.s baie; noires d’un goût aromatique et de très bonne odeur. On fait avec le bois de cet arbre des llambcaux pour .s’éclairer la nuit : c’est de là que lui vient son
La description qui précède convient très bien à un amyris.
Bols de Ciiroii du ]VIc.\i(|ue.
Ce bois porte au iMexique le nom de ligncdoe ou linalné ( bois d'aloès); Irompé par ce nom, il y a plusieurs années, un négociant français eu rapporta une assez grande quantité à Bordeaux et fut foi t désappointé qu’on ne voulût pas le lui acheter au prix de 18 ou 20 francs le kilogramme. Ce bois aurait cependant une certaine valeur pour la parfumerie. 11 est blanc à l’inlérieur, avec des veines longitudinales très irrégulières , légèrement brunâtres. Il est très léger, poreux et pourvu d’une très forte odeur de citron. II contient une si grande quantité d’essence, qu’on dirait qu’il en a été imprégné par -immersion, et que celle essence se condense par gouttelettes , contre le vase qui le renferme , et pénètre entièrement la carte de réliqueltc.
Ce bois se trouve décrit et attribué à un nrnyris , dans un jietit ouvrage intitulé : Ensayo pora la tnateria medica mexicano. l’uebla,
Bois de (ionzalo-Vlvfcs.
Ce bois, qui est un des plus beaux que l’on puisse emploi er pour l’ébénisterie , est confondu en France avec le courbaril , dont il porte le nom dans le commerce. Il vient de Rio-Jaiieiro et est produit par im arbre de la tribu des anacardiées , nommé astronium fraxini folium. H vient en bûches ou en gros madriers carrés. Il est très dur, compacte ,
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susceptible d’un beau poli, et présente , sur un fond qui varie du rouge de feu au rouge foncé, de larges veines noires du plus bel clïel. Il exhale une légère odeur désagréable lorsqu’on le râpe, et est astringent au goût.
Ce bois porte en Angleterre le nom de bois de zèbre , et dans plusieurs contrées de l’Ainérique celui de gateado , ce qui veut dire bois de chat , toujours à cause de sa rayure noire que l’on a comparée à celle du zèbre , du chat ou du tigre. Indépendamment de celui qui vient du Brésil, j’en ai de fort beaux échantillons venus de la Nouvelle- Grenade et de la Vera-Cruz. Le Brésil en fournit d’ailleurs plusieurs qualités, qui doivent être produites par plusieurs espèces à'astroniurn.
FAMILI-E DES RHAMNÉES.
Arbres OU arbrisseaux, à feuilles simples et alternes , très rarement opposées, accompagnées de 2 stipules caduques ou persistantes, et épineuses. Les fleurs sont petites, hermaphrodites ou unisexuées, pourvues d’un calice gamosépale, plus ou moins tubuleux par la partie inférieure, où il adhère plus ou moins avec l’ovaire ; le limbe est évasé, à 4 ou ;i lofes valvaires. La corolle est formée de 4 ou 5 pétales très petits, souvent voûtés. Les étamines sont en même nombre que les pétales , placées devant eux , insérées à leur base et souvent renfermées dans la concavité du limbe. L’ovaire est tantôt libre, tantôt demi-infère, quelquefois complètement adhérent, à 2, 3 ou 4 loges contenant chacune ! ovule dressé. Les styles sont en nombre égal aux loges de l’ovaire, mais soudés entre eux et terminés par autant de stigmates soudés ou distincts. Le fruit est charnu et indéhiscent , contenant ordinairement 3 nucules, ou sec et s’ouvrant en 3 coques. La graine est dressée et contient dans un endosperme charnu , qui est quelquefois très mince , un embryon homotrope, à cotylédons planes et appliqués.
La famille des rhamnées, depuis qu’on en a séparé les slapliyliers, les fusains et les houx , pour en former les familles des célastrinées et des ilicinées , ne se recommande plus guère à nous que par les genres ziziphus et rhamnus, qui nous fournissent les jujubes et les baies de nerprun.
Jujubier et Jujubes.
Ziziphus vulgaris Lam. ; rhamnus ziziphus L. ((fig. 379). Le jujubier est un arbrisseau très rameux qui s’élève à la hauteur de 5 à 7 mètres. Ses rameaux sont garnis d’aiguillons géminés, dont l’un est droit et l’autre recourbé. Ses feuilles sont alternes, lisses , très ferme ,
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ovales-allongées, légèrement deiuées, avec trois nervures longitudinales. Les Heurs sont très petites, jaunâtres, réunies en paquet dans l’aisselle des feuilles. Elles sont formées d’un calice à 5 divisions ouvertes et caduques; d’une corolle à 5 pétales très petits , alternes avec les divisions du calice; de 5 étamines opposées aux pétales et d’un ovaire biloculaire surmonté de 2 styles. Le fruit est un drupe ovoïde ou elliptique, du volume d’une grosse olive, recouvert d’une peau rouge, lisse, coriace, et renfermant une pulpe jaunâtre, douce, sucrée, assez agréable lorsque le fruit est récent. Au centre se trouve un noyau osseux, allongé , surmonté d’une pointe ligneuse, et divisé intérieurement en deux loges dont Tune est ordinairement oblitérée. La loge développée contient une amande huileuse. Ce noyau n’est d’aucun usage ; on le rejette lors- ([u’on emploie les jujubes. Le jujubier est originaire de Syrie, d’où il a été apporté en Italie sur la fin du règne d’Auguste.
Il est depuis longtemps naturalisé dans le midi de la France , et principalement aux îles d’Hyères, d’où les jujubes nous arrivent sèches avec les autres fruits du Midi. On en fait une tisane , un sirop et une pâte qui porte sou nom , mais d’où on les retranche à tort, le plus ordinairement.
On trouve en abondance , sur les côtes d’Afrique , principalement dans la régence de Tunis, et dans l’île de Zerbi , pays habité autrefois par les Lotophages , une espèce de jujubier [ziziphus lotos Desf.) haut de 13 h 16 décimètres, dont les fruits jouissaient, sous le nom de lotos , d’une grande réputation chez les anciens. Ces fruits sont rougeâtres, presque ronds, de la grosseur de ceux du prunier sauvage: ils contiennent , sous une chair pulpeuse , d’une saveur agréable , un noyau globuleux à 2 loges. Homère suppose que ce fruit avait un goût si délicieux, qu’il faisait perdre aux étrangers le souvenir de leur patrie, et qu’Ulysse fut obligé d’enlever de force ceux de ses compagnons qu’il avait envoyés pour reconnaître le pays.
Fig. 379.
DICOTYLÉDONES CAEIClFEOIiES.
Rkwnnus cathortkitëL. — Cai'. géii. : Calice à k ou 5 divisions, dont la base persiste souvent après l'anihèse, sous la base du fruit; d ou 5 étamines opposées aux pétales; stjle bi- ou quadrilide; fruit bacciforme ou presque sec , à 2 , 3 ou d loges monospermcs , s’ouvrant intérieurement par une fente longitudinale. Semence oblongue , marriuée, du côté extérieur, d’un sillon profond jilus large à la base. Arbrisseaux ou petits arbres dont les rameaux sont souvent spiue.scents h l’extrémité. Fleurs souvent unisexuelles. Fruits non comestibles.
I.e nerprun (fig. 380) croît à la hauteur d’un petit arbre; son écorce est lisse ; scs branches sont garnies d’épines terminales. Ses feuilles sont ovées , glabres , assez larges et dentées sur leurs boials. Ses Heurs sont petites, verdâtres, dioïques ou polygames, munies d’un calice et d’une corolle quadrifides.
Ses fruits sont gros comme ceux du genévrier , verts d’aboi’d , noirs quand ils sont mûrs. Ces fruits contiennent au centre quatre nucules accolées , et sont remplis d’ailleurs d’un suc rouge-violet très foncé ; ce suc devient rouge par les acides, vert par les alcalis, et offre un bon réactif pour reconnaître la plus petite quantité de ces coi'ps à l’état de liberté. C’est en combinant le suc de nerprun avec la chaux que l’on obtient la couleur connue sous le nom de vert de vessie.
On récolte les baies de nerprun dans les mois de septembre et octobi’c ; on les choisit grosses , luisantes et abondantes en suc. On en fait un extrait et un sirop qui sont purgatifs ; on ne les fait pas sécher ordinairement.
L’écorce du nerprun peut servir à teindre en jaune. Le bois du tronc est formé d’un aubier blanchâtre peu épais, et d’un cœur d’un rouge rosé, devenant satiné et comme transparent à la surface lorsqu’il
Fig. 380.
lUciNÉKS. A9;')
est poli. On en ferait do très jolis meultles s’il offrait dos dimensions plus considérables.
Autres espèces :
iVcrprun <ic.s «eintiiricr.s , rhamnus infectorius L. Celte espèce croît surtout dans le midi de la France et de l’Europe. Ses fruits, connus sous le nom de graine d’Avignon , sont usités dans la teinture , à laquelle ils fournissent une belle couleur jaune , mais peu solide. D’autres nerpruns, plus ou moins analogues, produisent dans l’Orient des graines jaunes plus estimées que celles d’Avignon, et conmiessous les noms de graine de Perse, d’Andrinople, de Morée , etc., suivant le pays d’où elles proviennent. Ces nerpruns paraissent être surtout les rhn.mnus amygdalinus , oleoides e\. saxatilis.
La graîne «le S'ersc est la plus estimée de toutes; elle est grosse comme un petit pois, arrondie, formée d’un brou mince, d’un vert jaunâtre, appliqué immédiatement sur 3 ou k coques jaunes, monospermes, réunies au centre, ce qui donne au fruit une forme trigone ou lélragone régulière ; elle a une saveur amère très désagréable , et une odeur nauséeuse assez forte.
La graine «r.^rignom est bcaucoup plus petite, plus Verte, quelquefois noirâtre, et paraît avoir été cueillie avant sa maturité. Elle offre rarement 3 coques réunies, et n’en a ordinairement que ‘2 , par l’avortement des autres; elle a une odeur moins forte et une saveur beaucoup moins marquée.
On prépare avec la graine d’Avignon et la craie une sorte de laque jaune , connue en peinture sous le nom de stil de grain.
La i»ourgè«« ou aune noir, rlummus frangidü L. Cet arbrisseau non épineux est commun dans les bois ; son écorce peut servir à teindre en jaune, comme celle dn nerprun ; ses fruits sont également purgatifs et peuvent être employés à faire du vert de vessie. Le bois, qui est tendre et poreux , donne un charbon très léger qui sert à la fabrication de la poudre à canon.
L’aiaterne , rkaimius alaternus L. Arbrisseau toujours vert , à feuilles luisantes, très souvent panachées, très employé pour la décoration des jardins paysagers.
FAMILLE DES ILICINÉES.
Très petit groupe de végétaux arborescents, confondu d’abord avec les rbamnées , puis avec les célastrinées , lorsque celles-ci ont été séparées des rbamnées, formant enfin aujourd’hui une petite famille qui se distingue des rbamnées par ses étamines qui alternent avec les pétales, et par ses ovules pendants du sommet de chaque loge ; et des cclastri-
^496 DlCüTYtÉDOlNES f.ALU'.ll'T.OUES.
liées, par l’absence d’un disque cniouraut l’ovaire , par sa corolle souvent gamopétale , par ses étamines insérées au réceptacle et par ses ovules pendants.
Le principal genre est celui des houx [ilex L.), dont voici les caractères : Calice à h dents, persistant; corolle liypogyne, à k pétales contigus à leur base ; k étamines alternes avec les pétales, réunies à eux par leur base et servant à établir la connexité qui existe entre eux ; un ovaire supère surmonté de 4 stigmates sessiles ; un drupe arrondi contenant 4 osselets monospennes, à semence inverse.
Uoux coinniuii , iie'x aquifoUwn L. ( fig. 381). Grand ai’brisseau ou petit arbre haut de 7 à 8 mètres. Son tronc est droit , garni de rameaux souvent verticillés , souples , à écorce lisse et verte. Les l'euilles sont alternes, pétiolées, ovales, coriaces, luisantes, d’un beau vert, le plus souvent ondulées , anguleuses, dentées et épineuses. Les fleurs sont blanches , petites , disposées en bouquets serrés et axillaires. Les fruits sont globuleux , de la grosseui' d’un grain de groseille , d’un rouge vif , d’une saveur douceâtre , désagréable.
Cet arbuste croît naturellement dans les bois montagneux de l’Europe tempéiée. On le cultive dans les jardins paysagei's, où il produit un bel effet parla persistance de ses feuilles pendant l’hiver, et par scs fruits d’un rouge éclatant, qui restent sur l’arbre presque jusqu’au printemps. La culture eu a produit un grand nombre de variétés , dont une à feuilles panachées de blanc ou de jaune.
Les feuilles de houx ont été usitées en médecine comme diaphoréliques et fébrifuges. M. Delescharaps , pharmacien, en a extrait un principe cristallisé et amer , nommé ilicine , qui a été proposé comme propre à servir de succédanée à la quinine. L’écorce de houx contient beaucoup de glu et c’est elle surtout qui sert à la préparation de cette singulière substance (page 181). Le bois de houx est très blanc dans les jeunes arbres, très dur, très pesant, susceptible d’un beau poli et prenant très bien la teinture noire , ce qui le fait servir à contrefaire l’ébène. Il est très recherché pour les ouvrages de tour et de marqueterie.
Ilonx sipahx'liiiic OU 4hc des Apalaches , tlpx vomitoritt Ait.
RUTACÉES. Z|97
Arbrisseau des lieux liuinides et ombragés de la Floride , de la Caroline et de la Virginie. Les sauvages de ces contrées en emploient les feuilles en manière de thé , et leur attribuent une grande vertu tonique , diapborétique et diurétique ; mais à forte dose elles purgent et excitent le vomissement. La célèbre herbe maté ou thé rt« Paraguay, dont on fait un grand usage dans toute l’Amérique méridionale, jouit des mêmes propriétés. C’est Vilex paraguariensis de Lambert. Lecassine gouguba de Martius possède des propriétés à peu près semblables et lui est quelquefois substitué.