‹ Histoire naturelle des drogues simples ou cours d'histoire naturelle professé a l'Ecole de Pharmacie de Paris (volume 4)Chapitre 75 sur 85 · I.cntisque et Mastic · texte numérisé non relu

I.cntisque et Mastic

Le leniisque ,■ lentiscus L. , est un petit arbre, haut de 4 à

5 mètres , divisé en rameaux nombreux et tortueux , garnis de feuilles ailées sans impaire, composées de 8 à 10 folioles lancéolée.s-obtuses , coriaces , persistantes , d’un vert foncé en dessus , plus pâles en dessous. Los Heurs mâles ou femelles , sur des individus différents , sont très petites, purpurines , et disposées en petites grappes axillaires. Les fruits sont arrondis, brunâtres, et peuvent être mangés. On en retire par expression une huile propre à l’éclairage et pour l’usage de la table. Mais le produit principal du lentisque , celui pour lequel il est cultive avec soin dans l’Orient, et surtout dans l’île de Chio ou Scio, est sa résine , connue sous le nom de mastic. La chaleur du climat influe beaucoup sur la production de cette résine ; car bien que le lentisque soit abondant dans le midi de l’Europe et en Provence, il n’y fournit aucune quantité de mastic.

C’est donc de l’île de Scio principalement que nous vient cette résine. Pour l’obtenir, on fait, dans le courant de l’été, de nombreuses et légères incisions au tronc et aux branches principales de l’arbre. Le suc liquide qui en découle s’épaissit peu à peu , et prend la forme de larmes d’un jaune pâle , dont les plus grandes sont aplaties et do forme irrégulière, et les plus petites souvent sphériques. La surface de ces larmes est matte et comme farineuse , à cause de la poussière provenant du frottement continuel des morceaux ; leur cassure est vitreuse ; leur transparence un pou opaline, surtout au centre. Leur odeur est douce et agréable ; leur saveur aromatique ; elles se ramollissent sous la dent, et y deviennent ductiles.

/l58 DlCÜTYLÉDOiNIîS CAUGlFLOUliS.

Le mastic est légèreQieut tonique et astringent. On en fait une grande consommation en Orient, comme masticatoire , pour parfumer l’haleine et fortifier les gencives : c’est de cet usage que lui est venu le nom de

mastic.

Le mastic n’est pas entièrement soluble dans l’alcool. La partie insoluble, qui est tenace et élastique tant qu’elle contient de l’alcool interposé , et sèche et cassante lorsqu’elle n’eii contient plus , paraît analogue à celle que nous avons précédemment trouvée dans la résine animé. Le inastic est soluble eu toutes pro|)ortions dans l’éther, et il se dissout facilement à chaud dans l’essence de térébenthine.

La résine sandara([uc , produite par le thuya articuluta (famille des conifère.s, t. II, p. 2/i3), ressemble bcaucoupà celle du Icntisque; on l’en distingue facilement, cependant , h la forme allongée de ses larmes, à sa grande friabilité sous la dent , à sa complète solubilité dans l’alcool, et ;i sa solubililé beaucoup moins grande dans l’éther et l’essence de térébenthine.

Pistachier atlantique, Pistacia atlantica Delf. Grand et bel arbre de l’état de Tunis , qui s’élève à une hauteur de plus de 20 mètres , sur 65 à 100 centimètres de diamètre, au bas du tronc. Scs feuilles sont caduques, composées de 7 à 9 folioles lancéolées, un peu ondulées, glabres, sur un pétiole un peu ailé. Il découle du tronc et des rameaux de cet arbre un suc résineux, d’un jaune pâle , qui a beaucoup de ressemblance avec le mastic, et qui sert aux mêmes usages.

TérÉbcntbIne de Cülo.

Chez les anciens , le mot térébenthine n’était d’abord qu’un nom adjectif et spécifique, qui, joint au nom générique résine, s’appli(|uait exclusivement au produit du teréhinthe (pistacia terebinthus L.). Mais, plus tard , ce nom a été appliqué génériquement à tous les produits résineux mous ou liquides, composés, comme le premier, d’essence et de résine. Alors il a fallu désigner plus particulièrement la térébenthine du térébinthe par le nom de l’arbre qui la produit, ou par le lieu de sa provenance la plus habituelle.

Le térébinthe croît naturellement dans le Levant, dans la Barbarie et dans l’île de Chin , d’où nous vient la térébenthine la plus estimée. G’est un arbre assez élevé , dont les feuilles sont caduques, composées de 7 à 9 folioles ovales-oblongues , vertes , luisantes , portées sur un pétiole un peu ailé. Le suc résineux s’en échappe naturellement, pendant l’été, par les fissures de l’écorce; mais on en obtient davantage à l’aide d’incisions, faites au printemps, au tronc et aux principales branches; le suc résineux en découle pendant tout l’été, et tombe sur des pierres

XiiKliBlNTHACÉES. ^59

piales placées au pied de l’arbre, où ou le rainasse tous les malins, quand il a été épaissi par la fraîcheur de la nuit. Ou le purifie eu le faisant couler à travers de petits paniers exposés aux rayons du soleil.

Les térébinlhes fournissent fort peu de résine; car un arbre de soixante ans, dont le tronc a 13 à 16 dccimèires de circonférence, n’eu produit ordinairement que 300 à 350 grammes par an. Aussi cette térébenthine est-elle toujours rare dans le commerce , et d’un prix élevé. Elle est toujours très consistante et souvent presque solide ; elle est pour le moins nébuleuse et quelquefois presque opaque. Elle est d’un gris verdâtre ou jaune verdâtre. Son odeur paraît très faible à l’air ; mais quand elle est renfermée dans un vase de verre , elle en conserve une assez forte , agréable , analogue à celle du fenouil ou de la résine élémi. Elle offre une saveur parfumée, privée de toute amertume et d’âcreté, et qui rappelle tout à fait celle du mastic. Comme le mastic également, la térébenthine de Ghio se dissout en toutes proportions dans l’éther, et laisse, quand on le traite par l’alcool, une résine glutineuse. Cette coïncidence de propriétés n’a rien qui doive étonner , en raison de l’étroite parenté des arbres qui produisent les deux résines. Aussi suis-je tout à fait de l’avis des moines éditeurs de Mésué , qui disent que, à défaut de la térébenthine de Chio , la substance la plus propre à la remplacer est le mastic, et non les résines de conifères.

Le térébinthe présente dans son organisation un fait très singulier. D’après Théophraste , cet arbre est mâle et femelle. Chez les anciens , CCS qualifications n’ont .souvent aucun rapport avec le sexe des plantes ; mais ici elles se trouvent justement appliquées. Seulement Théophraste distingue deux arbres femelles : un, portant des fruits rouges, de la grosseur d’une lentille, non mangeables; l’autre, produisant des fruits verts d’abord, puis rouges, enfin noirâtres, et de la grosseur d’une fève. Duhamel nous a donné l’explication de ce fait, d’après Cousineri: c’est que l’espèce du térébinthe comporte trois sortes d’individus; les uns mâles , les seconds femelles et les troisièmes androgynes , c’e.st-à-dire portant à la fois des fleurs mâles et des fleurs femelles. Ce sont ces derniers qui produisent les fruits les plus petits, ligneux et presque privés d’amandes. Les arbres véritablement femelles fournissent seuls un fruit complet et susceptible de germination. Ce fruit peut être mangé comme les pistaches, quoiipx’il soit moins agréable et qu’il ne serve guère qu’aux pauvres gens.

Galles de Téréftîntlie.

On trouve, dans les observations de Lobel (p. 538, fig. 2), dans les Huriorum plant, de Clusiiis, et dans plusieurs autres ouvrages postérieurs, une seule et même ligure de térébinthe, portant, à l’extrémité du rameau, une galle en forme de corne allongée et contournée, qui est

/|6ü ÜICOTYLÉDONKS CAUCIFLORIÎS.

connue SOUS le nom de Carouh de Judée, soit qu’on l’ait comparée, pour la forme, au fruit du caroubier, soit qu’oii ait tiré son nom directement du mot hébreu kervb , qui signifie corne.

Fig. 373. Fig. 374.

Mais cette galle, en forme de corne, n’est pas la seule que produise le térébinthe, puisque Glusius lui-même mentionne une autre galle vésiculeuse , adhérente aux feuilles ou aux branches de l’arbre , et semblable h la galle des feuilles de l’orme. Belon, les moines éditeurs de Mésué, J. Bauliiu et ICærapfer, ont aussi parlé de ces différentes galles du térébinthe , dont la plus connue est toujours cependant celle en forme de corne, ou la caroiih de Judée (1).

Cette galle, représentée fig. 373 et 37/i , a la forme d’une vésicule longue et aplatie, élargie au milieu et amincie en pointe aux deux extrémités. Elle est généralement repliée sur elle-même près du pédoncule , et souvent dirigée en sens contraire vers l’autre extrémité. J’en possède

(1) Consultez, pour plus de détails , mon Mémoire sur les galles du térébinlhe et sur la galle de Chine , inséré dans la Revue scientifique:, t. XXIV,

TÉRÊBINTHACÉES. /|6i

une entière, longuede 7 centimètres sur 17 œillimètresdelarge, et de plus grands échantillons non entiers de 30 à 35 millimètres de large, et dont la longueur peut avoir été de 16 à 18 centimètres. Cette galle est d’une couleur rouge décidée , surtout à l’extérieur, qui est strié longitudinalement et doux au toucher. Elle est épaisse de 1 millimètre seulement , et vide en dedans, excepté une petite quantité de dépouilles des pucerons {ap/iis pistaciœ L. ) qui ont été cause de son développement. La substance même de la galle est compacte , translucide , mêlée de fibres ligneuses blanches, qui vont d’une extrémité à l’autre. Elle est chargée d’un suc résineux qui exsude par places, à l’extérieur ou à l’intérieur, et elle possède une saveur très astringente , accompagnée d’un goût aromatique semblable à celui de la térébenthine de Chio. Enfin, on peut observer que cette galle, étant formée par la piquûre d’un bourgeon terminal, est toujours simple et terminée par une pointe unique.

«aile noire et cornue <lu pistueiiier. J’ai attribué cette galle à un pistachier, parce qu’elle m’a paru être la galle corniculée, qui, dans les Adversuria de Lobel (p. M2), accompagne la figure du pistacia narbonenitis L. , lequel n’est qu’une simple variété du pistacia vera. Cependant, comme la galle du térébinthe, en séjournant longtemps sur l’arbre après la sortie des pucerons, ou en restant sur la terre exposée h l’humidité, peut accjuérir les caractères de cette nouvelle galle, je n’oserais dire aujourd’hui que celte galle est certainement produite par un pistachier. Dans tous les cas, elle diffère beaucoup de la première espèce , étant longue seulement de 4 à 6 centimètres , épaisse de 8 à 15 millimètres , plus ou moins recourbée et terminée par une pointe aiguë. Elle est souvent comme tondeuse dans sa longueur; elle est d’un gris noirâtre à la surface, et offre souvent de petites glandes plates et circulaires, d’où exsude une résine jaune. La substance même de la galle est entièrement noire, légère, fragile, épaisse de 1/3 h 1/2 millimètre. La saveur en est mucilagineuse , sans astringence, mais avec un goût aromatique.

Galle de pistachier, tic Boukhara (fig. 375). D’après M. Iloyle , on iiftporle dans l’Inde , de Boukhara , les fruits du pistachier, conjointement avec une petite galle, nommée guol-i-pisla (fleur de pistache), reconnue pour appartenir à cet arbre , ainsi qu’une résine appelée aluk-columbat.

Les plus grosses de ces galles ne dépassent pas le volume d’une petite cerise ; elles sont rougeâtres ou brunâtres extérieurement , vides à l’intérieur, quelquefois lobées ou didyraes, d’un faible goût de térébenthine de Chio ; elles sont mélangées de très petites larmes rondes semblables au mastic. Cette galle paraît

Eig. 373.

462 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

être la même que ia petite galle de pistachier figurée par Lohcl

{Ad vers., p. 412 ).

Galle Ile Giiliic ou oii-poey-tse.

Cette galle jouit d’une grande célébrité en Chine, non seulement comme substance propre à la teinture, mais encore comme un puissant astringent dont les médecins savent tirer parti dans un grand nombre de maladies. La description de cette substance et de ses propriétés a été empruntée par Duhalde au célèbre livre chinois \e Penfsao (1). Geoffroy l’a très bien décrite également dans les Mémoires de l'Académie des sciences (année 1724, p. 320), et il paraît qu’on la recevait alors par la voie du commerce; mais, depuis longtemps, il n’en restait plus que des échantillons brisés et inconnus dans les droguiers , lorsque le commerce anglais l’introduisit de nouveau en Europe, où elle peut être appelée à partager les divers emplois de la noix de galle, des bablahs, du libidibi, du cachou, du gambir et des autres astringents d’un arrivage facile.

D’après Duhalde, la grosseur des ou-poeij-tse varie depuis celle d’une châtaigne à celle du poing ; la plupart sont d’une forme ronde ou oblongiie ; mais il est rare qu’ils se ressemblent entièrement par la configuration extérieure; leur couleur est d’abord d’un vert obscur, qui jaunit ensuite. Alors cette coque, quoique ferme, devient très cassante. Les paysans chinois recueillent les ou-poey-t.se avant les premières gelées. Ils font mourir les insectes que les coques renferment en les exposant pendant quelque temps à la vapeur de l’eau bouillante.

.]’ai donné, dans le mémoire que j’ai cité précédemment {/lev, scient., t. XXIV, p. 418), la description des différentes galles de Chine que j’ai en ma possession ; Tune, que j’avais depuis iongtenijis sans la connaître, et qui se trouve ici représentée (fig. 376 a), paraît résulter du développement monstrueux d’un bourgeon, retenant encore à sa base des vestiges d’écailles imprégnées d’un suc gommeux. Dès sa base, ce bourgeon se trouvait partagé en trois ou quatre branches, dont chacune produisait une galle; mais, de ces galles, il n’en reste qu’une entière et une petite partie d’une seconde. La galle entière, à partir du pédoncule, s’élargit rapidement en forme d’éventail, et se sépare en deux parts inégales, sur lesquelles parais.sent des points proéminents, qui indiquent d’autres divisions moins marquées, ou d’autres parties plus complètement soudées et confondues. Cette galle, étant ré-

(1) Pen-lsao ou pun-tsao eong mou, ou herbier chinois en 32 livres.

Description géographique et historique de la Chine , par Duhalde, Paris, 1735, t. III, p. 496. — Description de la Chine, par Gro.sier, t. I, p. 641.

TÉRKBINTHACÉES. 463

cciile, dev.lit être couverte d’un duvet jaunâtre, qui persiste dans les endroits creux, taudis que les parties proéminentes sont devenues brunes et polies par le frottement. La substance de la galle a plus d’un

millimètre d’épaisseur; elle est blanchâtre, translucide et si gorgée de suc, qu’elle présente, quand on la coupe, l’apparence d’une gomme résine desséchée. Elle possède un goût très astringent, sans aucune odeur ni saveur résineuse.

La galle de Chine, importée récemment en Angleterre, et dont iM. Morson, de Londres, a bien voulu m’envoyer une assez forte quantité, est d’un gris blanchâtre, d’où il me paraît certain que la première ne doit .sa couleur brunâtre qu’à son ancienneté. Elle est d’ailleurs entièrement couverte d’un duvet blanc, velouté; elle a la même substance translucide et cornée, et la même astringence, sans goût aromatique ou résineux. D’après M. Pereira, ces galles sont ordinairement revêtues à l’intérieur d’une matière d’apparence crétacée et contiennent des débris de pucerons; leur forme est très sujette à varier, quelques unes étant arrondies et presque unies ; mais la plupart offrent des protubérances ou des cornes semblables à des andouillers de cerf. (Voir la figure 376, 4 et c.)

.l’ai donné, dans le mémoire cité, une figure grossière de l’arbre qui fournit la galle de Chine, tirée du Pen-tsao, et quelques détails fournis par des commerçants anglais, qui ne suffisent pas pour en reconnaître le genre, ni môme la famille.

DICOTYtÉDONliS CALICIFLORES.

Ile la Mecque.

L’arbuste qui produit ce suc résineux portait chez les Grecs le nom de pâXaopov, et les trois substances qu’il fournit au commerce étaient connues sous ceux de OtzoSaKaa^ia-j (suc de baumier), SûXoÇaXcrapov (bois de baumier), et KapiroêaXcrafiov (fruit de baumier). Chez les Latins, le Bannie portait simplement le nom de Balsamiim, comme étant la seule substance qui le méritât, par l’excellence de son odeur et de ses propriétés. Ce n’est qu’après la découverte de l’Amérique et lorsque diverses parties de ce vaste continent nous eurent donné les baumes d'Inde, de Tolu, du Pérou, de Copahu, etc., qu’il devint nécessaire d’ajouter une désignation spécifique au baume de l’ancien monde, et alors on lui donna les noms de Baume de Judée, Baume delà

l'ig. 377.

tVlecque, Baume de Giléad^ Baume du Cairc< etc. , des différentes contrées ou villes qui le fournissaient au commerce. Aujourd’hui, cependant, que les chimistes sont convenus de ne donner le nom de baume qu’aux composés résineux naturels, pourvus d’acide benzoïque ou cinnamique, le baume de la Mecque est menacé de perdre son nom primitif, pour prendre celui d’o/co-resme ou de térébenthine de Judée, de la Mecque, etc., à l’exemple des autres produits végétaux formés comme lui de principes ré.sineux rendus plus ou moins fluides par la présence d’une huile volatile.

L’arbuste au baume de la Mecque appartient au genre balsamodendron (tribu des burséracées) dont voici les caractères : Fleurs polygames ; calice campanulé à 4 dents persistantes ; corolle à 4 pétales insérés sous un disque annulaire, pourvu de 8 glandes. Les étamines sont au nombre de 8 , insérées sous le disque annulaire. Ovaire sessile , hiloculaire , surmonté d’un style très court et d’un stigmate quadrilobé. Drupe gobuleux ou ové , à noyau osseux à deux loges, ou uniloculaire et monosperme par avortement. Feuilles non ponctuées.

Deux espèces très voisines , et qui ne sont plutôt cjue deux variétés d’une même espèce, fournissent le baume delà Mecque : l’une, nommée balsamodendron cjileadense Kunth [amyris gileadensis L. , fig. 377), est un petit arbuste n rameaux grêles et divergents, dont

TÈRÉniNTHACÈllS. /|65

les feuilles sont alternes, pétiolées, très petites, composées seulement de trois folioles très rapprochées, glabres, entières, ovales ou obovées, dont celle du milieu est plus grande que les deux autres. Les pédoncules sont uniflores, portés à l’extrémité de petits rameaux, seuls ou plusieurs ensemble.

L’autre espèce, ou variété, nommée balsamodendron opobalsamum, ne diffère de la première que par ses feuilles composées de une ou deux paires de folioles sessiles , avec une impaire.

Ces arbustes sont très rares, difficiles h cultiver, et ont successivement disparu de diverses contrées qui ont été indiquées pour le posséder. C’est ainsi que la Judée, qui le produisait anciennement, aux dires de Théophaste, de Dioscoride, de Pline, de Justin et de Strabon, en est complètement privée depuis longtemps. De la Judée, qu’il ait été transporté en Égypte, ou qu’il y ait été apporté d’Arabie comme cela est beaucoup plus probable, toujours est-il qu’à partir du xi' siècle, jusqu’au xvi° ou au xvir, l’arbre du baume était cultivé auprès du Caire, dans un lieu nommé Matarée, enclos de murs et gardé par des janissaires. Mais, lors du voyage de Belon au Caire (en 1550], et malgré plusieurs importations successives de baumiers de la Mecque, il n’en restait que neuf h dix pieds, presque privés de feuilles et ne donnant plus aucune quantité de baume; le dernier pied est mort en 1615, dans une inondation du Nil. Ce n’est donc plus dans la Judée, ni en Égypte , qu’il faut chercher l’origine du baume de la Mecque ; c’est dans l’Arabie Heureuse, et dans les environs de Médine et de la Mecque, où l’arbre croît naturellement et où il n’a pas cessé d’exister.

Abd-Allatif, médecin de Damas, qui a vécu de 1161 h 1231, a donné sur l’extraction du baume, au jardin de la Matarée, des détails que je crois devoir reproduire ici.

« Le baumier a deux écorces : l'une, extérieure, qui est rouge et mince ; l’autre, intérieure, verte et épaisse. Quand on mâche celle-ci , elle laisse dans la bouche une saveur onctueuse et une odeur aromatique. On recueille le baume vers le lever de la canicule , de la manière suivante ; après avoir arraché de l’arbre toutes ses feuilles, on fait au tronc des incisions avec une pierre aiguë, en prenant garde d’attaquer le bois. Lorsque le suc en découle, on le ramasse avec le doigt que l’on essuie sur le bord d’une corne. Quand la corne est pleine , on la vide dans des bouteilles de verre ; ce qu’on continue sans interruption , jusqu’à ce qu’il ne coule plus rien de l’arbre. Plus l’air est humide , plus la récolle est abondante ; au contraire , elle est médiocre dans les années de sécheresse. Ou prend à mesure les bouteilles et on les enfouit dans la terre, jusqu’à ce que l’été soit dans toute sa force ; alors on les retire de terre et on les expose au soleil. Chaque jour on les visite et l’on trouve l’huile qui surnage sur une substance aqueuse mêlée de parties terreuses. On retire l’huile surnageante et l’on remet les bouteilles au soleil, ce qui se répète IH. 30

466 DICOXyLÉDONES CALICIFLORES.

alteniàlivement jusqu’à ce qu’il ne se sépare plus d’huile. Alors on prend loulc l’huile, et l’homme qui est chargé de ce soin la fait cuire secrètement, sans soulfrir que personne assiste à cette opération ; ensuite il la transporte dans le magasin du souverain. La quantité d’huile pure que l’on relire du suc monte, quand elle est passée, à un dixième du total. On m’a assuré qu’on recueillait annuellement environ 20 r'otls d’huile (7 kil., 2o0 gram.) (1). »

Si j’osais modifier quelque chose à la descr iption précédente, je dirais qu’ii me paraît peu probable que le baume huileux, épuré par le procédé décrit par Abd-Allatif, et qui était réservé pour le souverain, fût soumis à une cuisson quelconque, qui ne pouvait qu’en altérer la qualité. Je suppose que cette cuisson était appliquée plutôt au produit impur et mêlé d’eau, d’où le premier avait été séparé, et qu’il pouvait en résulter un baume de qualité inférieure, destiné à être versé dans le commerce.

Augustin Lippi, cité dans la Matière médicale de Geolfroy, indique un autre procédé usité pour obtenir deux autres qualités de baume de la Mecque. Ce procédé consiste à remplir une chaudière de feuilles et de rameaux de bauniier, à y verser de l’eau jusqu’à ce qu’elle les surpasse, et à chaulfer jusqu’à l’ébullition. Lorsque le liquide commence à bouillir, il vient surnagei’ une huile limpide et suave que l’on recueille à part et qui est réservée pour l’usage des dames turques ; en continuant l’ébullition, il s’élève à la surface de l’eau une huile plus épaisse et moins odorante, qui est destinée au commerce.

Pendant longtemps, ainsi que je l’ai dit ailleurs (2), je n’ai pu énoncer que d’une manière vague ou douteuse les véritables caractères du baume de la Mecque, faute d’en avoir eu à ma dis|)ositiün un échantillon authentique; mais en 1838, M. Benjamin Delcsserl, ayant bien voulu me permettre de puiser dans un flacon qui avait été rapporté d’Égypte paràl. le professeur Delile, j’ai pu dire alors à quels caractères on peut reconnaître la pureté de ce produit célèbre, et qui est d’un prix très élevé, même dans les contrées qui nous le fournissent.

Le baume de la Mecque de M. Uelessert était renfermé dans un flacon sphérique, bouché en cristal ; il pouvait y en avoir 900 grammes. Renfermé dans ce vase depuis la glorieuse expédition d’Égypte , ce baume s’était séparé en deux couches : une supérieure, liquide, mobile et presque transparente ; une inférieure, opaque, épaisse et glutineuse.

(1) Le Jardin d’Aïn-Schems, ou de la Malarée , avait 7 feddaiis d’élcndiic (plus de 9 arpens). Extrait de la lieUuion de l’Éfiyple, par Abd-Allatil, traduite par Sylve.strc de Sacy. Taris , 1810.

(2) ObseyuaUimi de phatmade, de chimie et d’histoire naturelle. Paris,

TÉRÉBINTHACÉKS. /l67

Ayant mêlé le tout par l’agitation, le baume a pris la consistance nnifornie et la demi-opacité qu’il doit avoir lorsqu’il est récent.

Ce baume offre alors la consistance et presque l’aspect du sirop d’orgeat, mais avec une teinte fauve que ne doit pas avoir le sirop. Il a une odeur très forte , analogue à celle de quelque plante labiée que je ne puis déterminer; cette odeur s’affaiblit promptement à l’air, et alors clic devient suave, tout à fait particulière et ne peut plus être comparée qu’à elle-même. La pureté et la suavité de cette odeur affaiblie forment déjà un bon caractère du baume de la Mecque. Sa saveur est très aromatique , amère et finit par devenir âcre à la gorge.

Une goutte de baume de la Mecque liquide , que l’on fait tomber dans un vase plein d’eau, pénètre d’abord dans le liquide à une certaine profondeur, puis remonte h la surface et s y étend aussitôt instantané ment et complètement , en une couche très mince et nébuleuse, cpii, vue à la loupe , présente une infinité de petits globules uniformément répartis sur toute la surface. Cette couche de baume , touchée avec un poinçon , s’y attache et s’enlève avec lui , comme le ferait une térébenthine. En attendant quelques instants, le baume devient assez solide, à cause de la prompte évaporation de son essence , pour que le tout s’enlève en une seule masse consistante. Ce caractère indiqué par Prosper Alpin, dans son Dialogue du baume (1), est d’une grande exactitude et un des meilleurs pour reconnaître la pureté du baume. J’ai pu l’observer sur un baume très ancien , presque épaissi en consistance de térébenthine, et d’une couleur un peu brunâtre ; seulement le baume reste un peu longtemps sous l’eau et est un peu plus de temps à s’étendre à la surface.

Une goutte de baume liquide, versée sur un papier collé , s’y étend un peu , mais ne pénètre pas le papier et ne le rend pas translucide. Après douze heures d’exposition à l’air, le baume est devenu assez consistant et assez tenace pour que, en pliant le papier en deux , on ait peine ensuite h le séparer sans déchirure.

5 grammes de baume, traités par 30 grammes d’alcool à 90 degrés, forment un liquide blanc comme du lait, qui ne devient transparent qu’après un repos de huit h dix jours. Alors on trouve au fond du liquide un dépôt glutineux, formé par une résine insoluble dans l’alcool et qui est analogue à celle de Vhymenœa courbaril. Cette résine se dessèche promptement sur un papier collé, sans le traverser et sans le rendre transparent.

Enfin le baume de la Mecque , trituré avec un huitième de son poids de magnésie calcinée , ne se solidifie pas comme le font la téré-

(1) Traduction d’Antoine Colin , Lyon , 1619, p. 61.

Ù68 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

benilline des pins et des sapins et plusietus baumes de copahu. Tels

sont les caractères du vrai baume do la Mecque.

Ce baume , à l’élat de pureté , est rare , mais u’est pas introuvable. J’en avais vu antérieurement chez plusieurs pharmaciens et droguistes , et, après avoir connu celui de M. B. Dclessert, j’en ai acheté deux fois de semblable , renfermé dans des bouteilles carrées en plomb, de la contenance de 230 gram. environ. Mais il faut dire que la plupart des droguistes n’en ont que de falsilié , et que plusieurs même vendent, de bonjie foi, de la térébenthine de Chio ou du baume du Canada pour du baume de la Mecque. Aniéricurcment à 1838, j’avais moi-même acheté d’un brocanteur une grande bouteille en plomb de baume de la Mecque, que je regardais comme bon et qui était cependant altéré avec de l’huile , ainsi que je l’ai reconnu depuis. Comme il peut être utile d’en exposer les caractères, les voici:

Ce baume est semblable , pour la consistance sirupeuse et la demi-opacité , à celui de M. Delessert; mais il a une teinte jaune verdâtre que n’offre pas ce dernier.

Dans le vase en plomb qui le renferme , il présente une odeur forte qui lient un peu du romarin. En vieillissant dans un flacon de verre en vidange , fermé en liège et quelquefois ouvert, l’odeur s’affaiblit et se rapproche beaucoup de celle du baume vrai ; cependant on y découvre quelque chose de rance, et le bouchon blanchit , comme cela a lieu avec les huiles rances.

La saveur en est aromatique , âcre et amère.

Une goutte versée sur l’eau s’y étend inégalement comme le fait l’huile ; et les yeux ou les dessins formés sur l’eau sont miroilanls et transparents, au lieu d’être nébuleux et opaques. La couche résineuse ne peut être soulevée avec un poinçon , même après vingt-quatre heures d’exposition à l’air.

Une goutte versée sur du papier collé le pénétre après quelque temps et le rend translucide. Le baume ne s’y dessèche pas , même après plusieurs jours d’exposition à l’air, et les deux moitiés du papier, pliées et appliquées l’une contre l’autre , se séparent sans effort et sans déchirure.

Ce baume , traité par l’alcool rectifié , le blanchit comme le véritable ; mais le dépôt qui s’y forme à la longue est un liquide épais , gras au loucher, et qui tache le papier à la manière d’une huile grasse.

Cette huile n’existe dans le baume qu’en petite quantité , mais elle suflit pour lui imprimer des caractères bien tranchés de celui qui est pur de tout mélange (1).

Fruit (lu Bauinicr rtc la Alecque, ou Garpolialsanium.

Ce fruit est d’un gris rougeâtre , gros comme un petit pois , allongé , pointu par les deux bouts, et marqué de quatre angles plus ou moins apparents. Il est composé d’un brou desséché et rougeâtre , d’une saveur très faiblement amère et aromatique ; d’un noyau blanc, osseux, convexe d’un côté, marqué d’un sillon longitudinal de l’atitre, etinsipide; enfin.

TÉUl'iBlNTHACÉIiS. Zl69

d’une amande huileuse d'un goût agréable et aromatique. Ce fruit eniier n’a pas d’odeur sensible ; il ressemble un peu aux cubéhcs, ou poivre à queue; mais celui-ci est plus ari'ondi, plus foncé en couleur, plus ridé, non ligneux, et jouit d’une saveur âcre, amère, très aromatique, tout à fait différente. Le fruit du baumier entre dans la thériaque.

Bols (Te Baumlcr, ou Xylobalsamum,

Ce bois, tel qu’on le trouve dans les droguiers, se compose de petites branches longues de 16 centimètres, épaisses comme de petites plumes à écrire, marquées alternativement de tubercules ligneux qui sont un reste des petites branches secondaires fort courtes , qui portent les (leurs rofdes (fig. 377 a). L’écorce est d’un brun rougeâtre et marquée de stries longitudinales régulières; le bois en est blanchâtre, dur, d’une odeur douce très faible et d’une saveur nulle, ce qui ne doit pas surprendre , vu l’ancienneté de cette substance dans les droguiers , et la facilité avec laquelle elle perd son odeur première, d’après Prosper Alpin (traduction du Dialogue du baume, p. 76). Cette substance est exactement représentée dans l’édition de Matthiole de G. Bauhin, p. 60.

J’ai trouvé dans le commerce deux autres substances vendues comme xylobalsamum. La première est formée de petits bouts de branches longs seulement de 11 à ik millimètres, épais de 2 millimètres au plus, couverts d’une écorce rougeâtre, très rugueuse et h stries transversales et non longitudinales. Cette substance a une saveur aromatique un peu amère et une odeur douce et agréable, lorsqu’elle est en masse. Froissée dans la main , elle développe une odeur forte , analogue à celle du romarin. Cette substance appartient aux petites branches secondaires de l’individu mâle (fig. 379 a). Elle est évidemment préférable aux rameaux inodores que j’ai décrits d’abord.

L’autre dernière substance, trouvée dans le commerce, est composée de petits fragments grisâtres, anguleux, d’une odeur de genièvre, et sont en effet l’extrémité des rameaux du genévrier commun.

Myrrlic.

La myrrhe est une gomme-résine dont l’usage, comme aromate et comme médicament, remonte à la plus haute antiquité. Elle est prescrite dans V Exode, ch. xxx, 23, sous le nom de ;«?«•, la première des substances aromatiques les plus exquises qui doivent composer l’huile sainte. Les Grecs la nommaient smyrna ou imjrrha, et la supposaient produite par les pleurs de la mère d’Adonis , après que les dieux compatissants l’eurent changée en arbre, pour la soustraire à la vengeance de son père Cyniras.

A70 IMCÜTYLÉDUNES CAMClFLORliS.

La myrrhe découle en Arabie el en Abyssinie d’un arbuste épineux que l’on a longtemps pensé pouvoir être un acacia, mais que Lorsltal avait regaidé antérieurement comme un végétal térébinthacé , voisin do sou amyris kataf. Cette dernière opinion a été confirmée par MSI . Ehrenberg et Hemprich , naturalistes prussiens, qui, dans un voyage dans le Dongolah et l’Arabie, ont décrit l’arbre à la myrrhe et en ont rapporié des speelmens.

Cet arbre se trouve figuré et décrit dans les Plantes médicinales de M. Nees d’Esenbeck sous le nom de bal samodendr en myrrha. Il présente des rameaux épars, très ouverts , terminés en épine aigue. Les feuilles sont petites , presque sessiles , composées de 3 folioles obovées , dont les 2 latérales sont peu développées et manquent souvent. La foliole terminale est souvent irrégulièrement dentée à l’extrémité. Le fruit ressemble beaucoup au carpobalsamum , à cela près qu’il est terminé par le style persistant et recourbé.

La myrrhe choisie , et telle que les pharmaciens doivent l’employer, est sous forme de larmes pesantes, d’un volume très variable, rougeâtres, irrégulières, comme efflorescentes à leur surface, demitransparentes , fragiles , brillantes et comme huileuses dans leur cassure. Les plus gros morceaux offrent , dans leur intérieur, des stries opaques et jaunâtres , demi-circulaires, qui paraissent dues à une dessiccation moins parfaite , et que l’on a comparées à des coups d’ongle, d’où est venu à cette myrrhe le smnam de unyuiculée. Les uns et les autres ont une saveur amère , âcre , très aromatique , et une odeur forte et aromatique toute particulière. On doit rejeter la myrrhe qui est en masses agglomérées , noirâtres , mélangées d’écorces de l’arbre qui la produit ou d’autres impuretés. On prépare avec la myrrhe plusieurs teintures alcooliques. Elle entre dans la thériaque , la confection de safran composée (ci-devant d’hyacinthes) , le baume de Fioravenli, et dans l’élixir de Garus , auquel elle communique rôdeur qui y domino.

Suivant l’analyse de Brandes , la myrrhe est composée de :

Huile volatile . 2,60

Résine molle . 22,24 ^

— sèche. . . 5,56 ^

Gomme soluble . 54,38

— insoluble . 9,32

Sels à base do potasse et de chaux. ... 1,36

Impuretés . 1,60

Perte . 2,94

TÉRÉFIINTHACKIÎS. 471

M. Bona: Irc , clans une note insérée dans le Journal de yharmacie , I. XV, p. 281, a signalé l’exislencc de plusieurs substances qu’il nomme myrrhe nouvelle ou fausse myrrhe , mais qu’il ne me paraît pas avoir nettement distinguées. L’une de ces substances est celle qui sera décrite tout à l’heure sous le nom Au bdelUum de l'indx, caractérisée par sa couleur brunâtre, sa cassure inégale , ré.sineuse, molle et collante par places, sa saveur très amère et térébinthacée. Une autre est celle que je nomme hdelliwn opaque , reconnaissable à son opacité blanchâtre et cireuse , et à sa saveur amère , un peu gommeuse , nullement âcre à la gorge. La troisième est une espèce de myrrhe jaunâtre , en grosses larmes d’une transjtarence imparfaite, toujours amère , mais surtout d'une très grande âcreté à la gorge. Toutes ces substances peuvent être attribuées , sans invraisemblance , à diverses espèces de halsamodendron, voisines de celles que j’ai déjà nommées.

Parmi les autres espèces de balsamodendron croissant en Arabie , j’en citerai deux qui ont beaucoup de ressemblance avec le balsam,odendron myrrha. L’une est Yamyris kataf de ForskaI, qui diffère cependant du balsamodendron myrrha par ses folioles quatre fois plus grandes et presque égales entre elles, et par ses rameaux non épineux. L’autre espèce , Yamyris kafal Forsk. , a les rameaux épineux et les feuilles composées de 3 folioles sessiles, desquelles les 2 latérales sont plus Itetites (juc la terminale ; de sorte que cette espèce a beaucoup plus de rapports avec l’arbre à la myrrhe et que je ne puis même en indiquer les différences. Ce balsaïuier kafal produit un bois rouge et aromatique, qui est un objet considérable de commerce pour l’Arabie.

Bdellîum.

Suivant Dioscoride, le bdellium est une larme produite par un arbre du pays de Saracène, en Arabie, qui est amère, translucide, ayant l’aspect de la colle de taureau , grasse en dedans , se liquéfiant au feu , et répandant une fumée odorante. On en connaît une autre sorte apportée de l’Inde, qui est noire , sale , agglomérée en gros morceaux, d’une odeur d’aspalathe. Enfin, on en trouve une dernière e.spèce qui tient le second rang pour la bonté , qui est résineuse , livide, venant de Pétra (Arabie).

Le commerce d’aujourd’hui nous offre aussi trois sortes de bdellium , qui paraissent être les mêmes que celles de Dioscoride.

lîdeiiiiiin «rAiriqu*-. Ce bdellium est probablement la première sorte de Dioscoride. Je lui donne le nom de bdellium d'Afrique , parce qu’on le trouve toujours mêlé en petite quantité à la gomme du Sénégal , et qu’on l’a quelquefois fait venir séparément de cette contrée et de

472 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

)a cote de Guinée; mais il en vient aussi d’Arabie qui paraît Cire de même nature. Il est en larmes arrondies , de 25 à 30 ccnlimèlres de diamètre, d’un gris jaunâtre, ou rougeâtre, ou verdâtre, demitransparent , d’une cassure terne et cireuse ; en vieillissant il devient tout à fait opaque et comme farineux à sa surface. Il a une odeur faible qui lui est particulière et une saveur amère. M. Pelletier l’a trouvé composé de :

Résine . 59,0

Gomme soluble . 9,2

Bassorine . 30,6

Huile volatile et perte . 1,2

Ce bdellium est produit au Sénégal par un arbrisseau épineux haut de 3 mètres , et de la famille des lérébinthacées , qu’Adanson avait désigné sous le nom de niottout , et que M. Richard et Guillemin ont décrit, dans la Flore de Sénégmnbie , sous le nom de heudelotia africana. Il appartient au genre balsamodendron, et porte aujourd’hui le nom do balsamodendron africanum. La seule circonstance qui paraissait contraire à cette origine, c’est que les larmes de bdellium recueillies par ftl. Perrottet sur cet arbrisseau n’étaient guère plus grosses que des pois, et il fallait, ou que le bdellium du commerce fût produit par une espèce dilTérenle , ou que le niottout pût devenir un arbre plus fort et plus élevé que âl. Perrottet ne l’avait vu. Cette objection a été levée par M. Caillé , qui a trouvé le niottout dans l’intérieur de l’Afrique, sous la forme d’un arbre élevé et d’une grosseur proportionnée. Il a également été trouvé dans le royaume d’Adel; d’où il est probable qu’il traverse l’Afrique de part en part, et rien n’empêche de penser qu’il ne croisse également en Arabie.

Bdellium de l’Inde. Cette substance est en masses noirâtres , souvent salies de terre à l’extérieur, et mélangées de tiges ligueuses et d’une écorce feuilletée comme celle du bouleau ; elle a une cassure terne ou brillante , et presque toujours l’une et l’autre à la fois , offrant comme un suc résineux , poisseux et brillant , qui exsude par gouttes d’une masse gommo-résineuse terne. Exposée entre l’œil et la lumière, elle paraît translucide et d’un gris brunâtre ; elle a une odeur assez forte et une saveur très amère et âcre, accompagnée tantôt d’un léger arôme de myrrhe, tantôt d’un goût fortement térébinthacé. Celte substance se rapproche de la myrrhe et est vendue par les droguistes sous le nom de myrrhe de l'Inde, C’est elle également que M. Bonastre a décrite sous

TIÎRÊCINTHACÉES. ^73

le nom de myrrhe nouvelle première espèce, dans le Journal de pharmacie , t. XV, p. 283.

Il est extrêmement probable, ainsi que l’a pensé M. Royle, que le bdellium de l’Inde est produit par Vamyris comm:ipho7-a Roxb. [balsamodendron Roxburghii Arnott ) , qui porte dans l’Inde le nom de googool , googul ou googula. On lit en effet , dans la Flora indica , t. II , p. 2Zi5 , que le tronc et les principaux rameaux de cet arbre sont couverts d’une pellicule légère et colorée, comme celle du bouleau , qui s’exfolie de temps en temps , en laissant à nu une enveloppe verte et unie qui , successivement , produit de nouvelles exfoliations : on vient de voir que le bdellium de l’Inde présente un débris d’écorce tout h fait semblable.

Udciiium opaque. Je désigne ainsi un suc gommo-résineux, d’origine inconnue, que j’ai sous forme d’une larme ovoïde, largo de 4 centimètres et longue de près de 8 centimètres; il est jaunâtre comme de la cire jaune à moitié décolorée , uniformément laiteux , presque opaque , d’une saveur très amère un peu aromatique , et nullement âcre h la gorge.

Ollban, ou Encens.

L’oliban est une gomme-résine qui a été apportée de tous temps de l’Arabie, où elle est produite par un arbre encore inconnu , assez semblable au lentisque. On a cru pendant longtemps, mais à tort , que cet arbre était \e. jimiperus lycia L. ; il est plus que probable que c’est un balsamodendron , ou au moins un arbre de la tribu des burséracées. Cette opinion se trouve en effet appuyée par la découverte qui a été faite au Bengale d’un arbre burséracé qui produit de l’encens, et qui maintenant fournit abondamment au commerce la plus belle sorte qui s’y trouve. Cet arbre est le boswellia serrata ( Decand. , Prodr. , t. II , p. 76) ; mais il est difficile de décider si c’est lui qui fournit également l’encens d’Arabie, et celui qui, moins beau, vient de l’Abyssinie et de l’Éthiopie , par la voie de Marseille.

Quelle que soit la solution de celte question , on connaît aujourd’hui deux sortes d’encens dans le commerce : celui d’Afrique , venu par Marseille , comme il vient d’être dit , et celui de l’Inde , apporté directement de Calcutta en Europe.

Encens «l’Afriqnc. Cet euceiis est formé d’un certain nombre de larmes jaunes, mêlées d’une quantité plus considérable de larmes et de marrons rougeâtres. Les larmes les plus pures sont oblongues ou arrondies, la plupart d’un petit volume, d’un jaune pâle , peu fragiles , à cassure terne et cireuse, non transparentes. C’est ce défaut de transparence qui les distingue du mastic , auquel elles ressemblent beaucoup.

hlli DICOTYLÉDONIiS CALK', [FLORES.

Mises dans la bouclic , elles se ramollissent sous la dont comme le mastic, et offrent une saveur aromatique faiblement âcre ; elles jouissent d’une odeur assez marquée , analogue à celle de la résine de pin et de la ré.sine tacaniaque réunies.

Les marrons sont rougeâtres , faciles à ramollir entre les doigts , d’une odeur et d’une saveur beaucoup plus fortes que les larmes , souvent mêlés de débris d’écorce , et , ce qui les distingue surtout , contenant une quantité assez considérable de petits cristaux de spath calcaire (carbonate de chaux) dont plusieurs sont d’une régularité parfaite (M. Marchand). Ün trouve également de ces cristaux isolés dans le menu des ballots; il est très probable qu’ils ont été ajoutés par fraude h la résine.

Les larmes rougeâtres tiennent le milieu pour la couleur, la saveur et l’odeur, entre les larmes jaunes et les marrons; elles ne sont pas à dédaigner sous le rapport des propriétés ou de l’usage qu’on en peut faire comme aromate.

Etneens <lc l’iiiac. Cet enceiis arrive en caisses d’un poids considérable; il est presque entièrement formé de larmes jaunes, demiopaques, arrondies, généralement plus volumineuses que celles de l’encens d’Afrique; les plus grosses larmes sont à peine rougeâtres et contiennent peu d’impuretés ; il jouit d’une saveur parfumée et d’une odeur forte qui tient beaucoup plus de la tacaniaque que de la résine de pin. Cet oliban est, avec raison, plus estimé que le pre-

L’oliban n’est qu’en partie soluble dans l’eau et l’alcool ; il sç fond difficilement et imparfaitement par la chaleur, brûle avec une belle flamme blanche lorsqu’on l’approche d’une bougie , enfin donne une petite quantité d’huile volatile à la distillation.

D’après l’analyse de âl. Braconnot, 100 parties d’oliban sont composées de : résine soluble dans l’alcool , 56,0 ; gomme soluble dans l’eau , 30,8 ; résidu insoluble dans l’eau et dans l’alcool , contenant probablement une résine in.soluble dans ce dernier, 5,2 ; huile volatile et perte, 8,0 {Ann. chim., t. LVIII, p. 60).

On distingue dans les anciens traités de drogues simples deux sortes d’oliban ou d’encens : l’un mâle , l’autre femelle. Le premier se compose des larmes les plus nettes, les mieux détachées , les plus pures; le second, des larmes moins sèches, ordinairement irrégulières et .soudées en.semble. Ces noms ridicules peuvent être oubliés.

L’oiiban a, de toute antiquité , été brûlé dans les temples, en l’honneur de la divinité. Cet usage, qui a passé dans l’église catholique, tire son origine de l’habitude où ont été presque tous les peuples de sacrifier des animaux , ce qui remplissait leurs temples d’émanations

TÉlililUINTHAClihS. U15

désagrûables , .souvciU putrides, et nécessitait remploi des vapeurs aromatiques, le seul moyeu qu’ils connussent d’y remédier.

En pharmacie , l’oliban fait partie de la thériaque de l’alcoolat de Eioraventi, de différents emplâtres, etc.

RCslue Cléml.

On a donné d’abord le nom à’élémi à plusieurs résines d’Amérique, jaunes et très odorantes, produites par différents arbres de la tribu des burséracées et de celle des amyridées. Ensuite et assez récemment, lorsque la résine élémi est sortie du domaine de la matière médicale pour entrer dans celui des arts industriels , on a fait venir des résines plus ou moins analogues de toutes les parties du monde, et notamment de la côte occidentale d’Afrique, de Madagascar, de l’Inde, des îles .Malaises et des Philippines. Enfin, on apporte des mêmes pays, et surtout d’Amérique, un grand nombre d’autres résines nommées cAfôow ou cnchibou , tacmnahaca ou tacamaqua , alouchi , aracouckini , cariujnc , etc. , toutes retirées d’arbres des mêmes tribus et jouissant de propriétés plus ou moins semblables , ce qui rend l’histoire de ces produits et leur distinction fort difficiles à faire.

Geoffroy distinguait deux sortes d’élémi : une vrak ou A' Ethiopie , en ma.sses cylindriques, souvent envelopitées de feuilles de roseau ou de palmier; et une fausse ou A' Amérique, en masses considérables, de couleur blanchâtre, jaunâtre, verdâtre, etc., produite par un arbre du Brésil , nommé icicariba. Ces deux sortes d’élémi existent toujours dans le commerce , mais toutes deux viennent d’Amérique ; et celle du Brésil , que Geoffroy nommait fausse , est aujourd’hui la plus estimée et est considérée comme le vrai type de la ré.sine élémi. Il ne vient pas d’élémi d’Éthiopie ; l’erreur de Geoffroi était causée par l’idée que l’on avait eue d’abord que cette résine n’était autre chose que la gomme d’olivier mentionnée par les anciens, et qui avait disparu du commerce. 11 est possible même que ce soit là l’origine du mot élémi , dont la racine paraît être é'Aaioç , nom grec de l’olivier.

I. Résine élémi du Brésil. L’arbre qui produit cette résine a été décrit par Pison et Marcgraff sous le nom A! icicariba ( icica icicariba DG.). La résine en découle abondamment , à la suite d’incisions faites au tronc. On la récolte vingt-quatre heures après , et on la renferme dans des caisses qui peuvent en contenir 100 à 150 kilogrammes. Elle est molle et onctueuse , mais elle devient sèche et cassante par le froid ou par la vétusté. Elle est demi-transparente , tantôt d’un blanc jaunâtre assez uniforme, mêlé de points verdâtres ; tantôt formée de parties larmeuses dont la couleur varie du blanc jaunâtre au jaune et

476 DICOTYLÉDONES CALICIFLOUES.

au vert jaunâtre. En vieillissant elle prend une teinte jaune plus foncée et plus uniforme. Elle a une odeur forte, agréable, analogue à celle du fenouil , et due à une essence qu’on peut en retirer par la distillation. Comme elle doit en partie ses propriétés à cette essence, il faut la choisir récente , pas trop sèche et bien odorante. Elle a une saveur très parfumée, douce d’abord, mais devenant très amère après quelque temps de mastication. Elle est soluble , en partie seulement , dans l’alcool froid , entièrement soluble dans l’alcool bouillant , à l’exception des impuretés qu’elle peut contenir, et la dissolution bouillante et concentrée laisse déposer, par le refroidissement , une résine aiguillée , blanche , opaque , très légère , inodore et insipide, qui a reçu le nom à'élémine.

La résine élémi contient , suivant âl. Bonastre :

Résine transparente , soluble dans l’alcool froid. . 60

ÉlémiUe . 24

Essence . 12,50

Extrait amer . 2

Impuretés . 1,50

La résine élémi du Brésil est quelquefois falsifiée avec du galipot ou de la poix résine , qui se reconnaissent à leur odeur propre , et par la solubilité beaucoup plus grande du mélange dans l’alcool.

IL Kesine élémi en pains. Cette résine est en masses triangulaires et aplaties, du poids de 500 à 1000 grammes, enveloppées dans une feuille de palmier. Elle paraît avoir été plus molle et plus coulante que l’élémi du Brésil ; elle est d’une substance plus homogène, d’une transparence plus marquée , et d’une teinte verdâtre uniforme. Elle offre çà et là des parcelles de matière ligneuse rougeâtre. Son odeur et son amertume sont celles de l’élémi du Brésil.

J’ai trouvé dans le commerce , h deux fois differentes , une résine semblable à la précédente , non en pains et venue probablement dans des caisses. Elle était tout à fait récente , très huileuse , presque coulante, mélangée d’une assez grande quantité de petites écailles rougeâtres.

S’il faut s’en rapporter à l’autorité de Lemery, la résine élémi en pains serait apportée du Mexique ; mais il est possible qu’elle provienne de la Colombie ou de la Guiane. Dans tous les cas , cette résine diffère d’une autre sorte d’élémi importée de Mexico en Angleterre, et qui paraît due à une espèce A' elaphriim. La résine élémi en pains ressemble

TÉRÉBlNTHACÉliS. 477

trop à celle du Brésil pour n’êire pas due à un icica voisin de X'icicariha.

III. Kesinc cicmi d« Mexique. Cette l'é.siue a été importée dirccletnenl de Mexico en Angleterre , avec des parties de l’arbre qui ont permis à M. Iloyle d’y reconnaître une espèce A'elaphrhim qu’il a nommée elaphrium elemiferum (1). La résine porte au Mexique le nom de copal, qui est appliqué, suivant ce que j’ai déjà dit (page 424), à toutes les résines odoriférantes usitées comme parfums. Cette résine, lorsque je l’ai reçue il y a quelques années , était très molle , presque Irausparente et d’un gris verdâtre ; elle est devenue aujourd’hui dure , sèche et fi iable, tandis que la résine élémi en pains, et la même résine reçue en caisse, conservent leur mollesse depuis beaucoup plus longtemps; de plus, l’élémi du Mexique présente, sous la friction des doigts, une odeur plus forte que celle de l’élémi en pains ou du Brésil, tenace, peu agréable et tenant de celle du cumin. Elle est dépourvue d’amertume. Celte résine diffère donc véritablement des deux précédentes.

IV. Copat de Santo de Guatimala. Résine SOUS forme d’uiie boule brune, luisante, vernissée, ayant une odeur et une saveur de galipot : elle est produite par un sumac voisin du rhus copaUina {Joicrn. pjharm., t. XX, p. 523).

V. Ré.sine éicmi de Manille. En 1821 , M. Maujeaii , pharmacien , fut chargé d’examiner, pour la Société linnéenne de Paris , une résine récoltée par M. Perrottet, aux îles Philippines, sur un grand arbre térébinthacé. Cette résine était molle , verdâtre , faiblement amère, d’une odeur de fenouil très prononcée et très analogue à celle de l’élômi du Brésil. Elle a fourni à M. Maujean la même résine cristallisable que M. Bonastre a retirée de l’élémi [Joiirn. pharm., t. IX, p. 47).

La résine élémi de Manille est arrivée depuis, plusieurs fois, dans le commerce ; elle est eu masses molles et d’un vert noirâtre à l’extérieur; grises, opaques, et d’une consistance de cire à l’intérieur; l’odeur et la saveur sont semblables.

VI. Résine de lu IVouvcIlc-Guinéc , iï odenr d’élénii. Cette substance a été rapportée par M. Lesson, de son voyage, autour du monde : elle est en une masse d’un blanc jaunâtre , recouverte d’une efflorescence blanche , qui est de nature résineuse comme le reste. Cette masse est solide, mais paraît avoir été molle pendant longtemps, et se ramollit encore facilement dans les doigts , en acquérant une élasticité très marquée. Elle a une odeur peu sensible à froid ; mais par la chaleur ou la

(1) A Manual of maUria medica. London , 1817.

478 DICOTYLÉDONES CALICIFLOHES.

simple trituration , elle eu acquiert une presque semblable h celle de la résine éléini. Cette odeur et la mollesse babituelle de cette substance pourraient faire croire que c’est celle que Rumpbius a décrite sous le nom de résine canarine , produite par le canarhim zéphyr inwn , lequel appartient à un genre lérébinthacé très voisin des icica. Sans oser décider la question , je rapporterai ici la description de Rumpbius :

<! Ces arbres (les canarium commune et zephyrinum.) , qui croissent O à Ccram et dans les autres grandes îles environnantes , produisent .) une résine si abondante, qu’elle pend en gros morceaux et en grosses » larmes coniques , du tronc et des principales branches. Cette résine » est d’abord blanche, liquide, \isqueusc; ensuite elle jaunit et se » durcit comme de la cire. Elle ressemble tellement , par son odeur et » sa couleur, h la résine élérai, qu’elle pourrait passer pour elle. »

Au reste , la résine de la Nouvelle-Guinée ne ressemble pas autant a l’élémi d’Amérique que la résine rapportée des Philippines par M. Perrottet ; car, lorsqu’on la traite par l’alcool , elle laisse pour résidu une substance molle très élastique, soluble dans l’éther, et qui conserve longtemps à l’air de la mollesse et de l’élasticité ; on pourrait presque considérer cette substance comme une sorte de caoutchouc (1).

Vil. Résine cléniî tlu Bengale. Cctte résine a été importée en France, de Calcutta , antérieurement à l’année 18S0. Elle est blanchâtre , molle et douée d’une odeur forte qui devient très suave lorsqu’elle est affaiblie à l’air; mais cette odeur est tout à fait distincte de celle de l’élémi du Brésil. Quand elle se dessèche à l’air , la résine devient jaune et friable. Elle est contenue dans des tronçons de tige de bambou, longs de 33 centimètres et de 68 millimètres de diamètre. Cette résine ayant été présentée par M. Pereira au docteur Wallich , ce savant botaniste crut y reconnaître une résine molle , nommée dans l’Inde guggid ou googgula, produite par Vamyris agallocha, Roxb. âiss. ; mais maintenant qu’il paraît certain que le guggul est le bdellium de l’Inde , produit par Vamyris commiphora R., qui paraît Ctre le même que Vamyris agallocha, Roxb. .Rss. , il vaut mieux considérer celle synonymie comme non avenue et déclarer que nous ne connaissons pas l’origine de la résine élémi du Bengale. M. Pereira dit avoir reçu de M. Christison la résine odoriférante du canarium balsamifernm W. [bosivellia glabra Roxb. ), cultivée à Ceylan. Je ne sais si cette résine se rapporte à celle qui fait le sujet de cet article.

(1) On trouvera d’assez longs détails , extraits de Runiphius , sur les nombreuses résines des canarium, dans mon Mémoire sur les résines dammar, etc. [Revue scientifique ,i.Wl , 1844).

TÉRÉBINTHACÉKS.

un

litïsincs cIc Gonimart.

Le gomrnart, hursera gummifera L. (lîg. 378), esl un grand arbre d’Amérique, répandu depuis la Guyane jusqu’au Mexique et dans toutes les Antilles. Il fournit une grande quantité d’une résine jaunâtre et aromatique qui arrive souvent sous des noms diffé- 3''®-

rents et avec des caractères particuliers, ce qui m’oblige à en donner plusieurs descriptions.

I. Résine cliibon OU eachihou. Cette résille arrivait anciennement de la Guyane ou de la Colombie , en masses aplaties du poids de 130 à 140 grammes , enveloppées chacune dans une feuille de maranta lutm, entière et plusieurs fois roulée sur ellemême ; et comme ce marantu porte , en langage caraïbe , le nom do chibou ou cachibou , le même nom a été donné h la résine et même à l’arbre qui la produil. Cette résine , telle que je l’ai, et fort ancienne, esl en masses aplaties, dures, sèches, un peu translucides, d’un blanc jaunâtre, d’une odeur très forte et peu agréable , d’une saveur immédiatement amère. L’étiquette en carte blanche , que j’ai renfermée dans le bocal , a pris une teinte brunâtre. La résine , traitée par l’alcool , est composée d’élémine et de résine soluble , de même que la résine élémi.

IL II y a quelques années qu’il est arrivé une quantité considérable d’une résine en masses assez volumineuses , à la surface desquelles on aperçoit des restes de feuilles d’une plante monocotylédone , différente du maranta liitea. .l’ai reçu deux échantillons de cette résine : l’un sous le nom de résine élémi de l'Aguyara , l’autre sous la désignation de résine d’un arbre nommé tacamahaca , à Caracas. Tous deux étaient vendus comme résine élémi. Cette résine présente à l’intérieur l’aspect uniforme , translucide et d’un blanc un peu verdâtre de l’élémi en pains. Cependant on y trouve quelques larmes jaunes et opaques. Elle

;i80 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

a une odeur forte, moins désagréable que celle de la résine précédente et se rapprochant un peu plus de celle de l’éléini. Elle a une saveur amère ; elle se durcit promptement ; enfin , l’un et l’autre échantillon , enfermés dans deux bocaux séparés , ont également communiqué au papier de l’étiquette une couleur brune très marquée.

III. Tacamaiiuc jaune terne de Y Histoire abrégée des drogues simples. Cette résine est en larmes ou en plaques opaques , d’un jaune blanchâtre assez uniforme , et ressemble assez h du galipot. Beaucoup de larmes sont volumineuses , aplaties, creuses à l’intérieur et comme formées d’une lame résineuse mal roulée sur elle-même. Cette résine, lorsque je l’ai eue , était vendue sous le nom de tacamaque ; je l’ai trouvée dans l’ancien droguier de l’Ecole sous celui de résine de gommier, bursera gummifera, et le papier de l’étiquette était bruni et tombait par parcelles , comme s’il avait été altéré par un acide. Enfin , ayant placé de cette même résine dans une des montres de l’École , et deux étiquettes sur la résine, le papier en a été promptement bruni , et cet effet s’est étendu , jusqu’à une certaine distance , aux étiquettes des substances voisines. Celte coloration , due à un principe volatil émané de la substance , forme donc un caractère propre à distinguer la résine du bursera de l’élémi , qui ne le possède pas.

IV. Tccoinajaea de Guatiuiala. Cette résilie , apportée Cil 183ff , par M. Bazire , a la forme d’une masse aplatie , jaune , à demi opaque , à cassure en partie terne , en partie brillante , recouverte d’une couche mince tout à fait opaque , blanche du côté de la résine et noire au dehors; elle acquiert par la friction une odeur forte, peu agréable. Cette résine présente la plus grande analogie avec les précédentes. Ôn peut raisonnablement l’attribuer au tecomahaca d’Hernandez (p. 55), qui pourrait bien être une espèce de bursera h feuilles simples , ovaleslancéolées et dentées, non connue des botanistes.

y. Ucsinc de gomœart d’Afrique. Eli 1840, le liavire français le Brésilien a rapporté de la côte occidentale d’Afrique une partie considérable d’une résine à laquelle je trouve tous les caractères de celle de bursera. Elle est en stalactites ou en morceaux de toutes formes , couverts d’une couche noire, opaque , en partie blanchie par le frottement, ce qui lui donne l’aspect de morceaux de plâtre noircis. Elle est à riiitérieur d’une teinte uniforme , d’un blanc verdâtre ou jaunâtre , translucide et d’un aspect un peu glacé. Elle se durcit promptement h l’air. Elle a la saveur amère et l’odeur forte et fatigante de la résine de bursera; enfin elle brunit le papier qui se trouve renfermé avec elle.

YI. Kcsinc de Madagascar. On a trouvé cu 1844, dans uiie caisso de copal dur de Madagascar, une quantité assez considérable d’une résine stalactiforme , formée de couches superposées de différentes

TÉRÉIUNTHACÊES. 481

iinances de jaune et de transparence ou d’opacité variables. Cette résine présente une saveur très amère et une odeur forte , non désagréable , qui tient un peu du citron. Je dois à l’obligeance de M. Méiiier une stalactite de cette résine qui , quoique rompue , est encore longue de 35 centimètres , large de 10 à 12 et pèse 1200 grammes. Cette résine brunit le papier de son étiquette. Je suppose qu’elle peut être produite liai- une des deux espèces de hursera trouvées par Comtnerson à l’île de France , où ils portent le nom de bois de colophane , et qui doivent habiter également Madagascar. L’un de ces arbres est le bursera panicidata Lam. [colophonia maurüiana DC.); l’autre est le bursera obtusi folia Lam. {marignia obtusifolia DC.).

VIL Résine de gomniart Italsamii'èi-e. On U’OUVe dans les Antilles un grand arbre très voisin des bursera , dont Persoon a fait une espèce sous le nom de bursera balsarnifera , mais qui avait été décrit jtrécédeminent par Swartz sous celui A'hedivigia balsarnifera, aujourd’hui adopté. Cet arbre diffère du gommart par son bois rougeâtre , par ses feuilles à folioles longues et étroites ; par ses fleurs dont les 4 pétales sont soudés dans leur moitié inférieure , et par son fruit drupacé , h 2 , 3 ou 4 osselets volumineux, renfermant une amande grasse et amère (1).

Cet arbre porte dans les Antilles le nom de sucrier de montagne , soit h cause de la pulpe sucrée de son fruit , soit parce que son bois sert à faire des douves pour les tonneaux à sucre. On le nomme aussi bois cochon , d’après l’opinion que les cochons marrons entament son écorce avec leurs défenses, dans la vue de frotter leurs plaies avec le suc balsamique qui en découle , lorsqu’ils ont été blessés par les, chasseurs. Ce suc, quand il n’a pas été solidifié à l’air, est liquide, rougeâtre, d’une consistance semblable à celle du copahu , dont il offre aussi un peu l’odeur et la saveur. Il a été analysé par M. Bonastre, qui en a retiré :

Huile volatile . 12

Résine soluble dans l’alcool froid . 74

— insoluble dans l’alcool (bursérine) . . 5

Extrait très amer . 2,8

Matière organique combinéé':à la chaux. . 8

Sels à base de potasse et de magnésie. . . 4

Perte . 5

(1) Le gommart [bursera gummifera) a le bois blanc, les folioles ovales, pointues , cordiformes par le bas ; le.s pétales distincts , le fruit drupacé , ovale , triangulaire , arrondi , assez semblable à une pistache , ordinairement réduit à un seul noyau monosperme par l’avortement des deux autres- III. 31

i82 DICOTYLÉDONES CALICIKLORES.

On trouve dans les forêts de la Guyane un grand arbre à bois rouge foncé , qu’Aublet a décrit sous le nom de hmmiri balsamifera , intermédiaire pour les caractères entre la famille des méliacées et celle des aurantiacées , et qui fournit par incisions un suc résineux rouge et liquide, qui doit avoir beaucoup d’analogie avec le précédent. Cependant Aublet dit qu’on ne peut mieux en comparer l’odeur qu’à celle du styrax et qu’il est dépourvu d’âcreté , ce qui suffira pour le distinguer du suc résineux de Yhediingia.

Késiucs tacaina<iucs ou ïacainaliaca.

Suivant Monardès (chap. 2), on apporte de la Nouvelle-Espagne une résine nommée taccmahaca par les Indiens , et par les Espagnols qui lui en ont conservé le nom. On l’obtient par incisions d’un arbre grand comme un peuplier, très aromatique , à fruit rouge comme la semence de pivoine. La résine a la couleur du galbanum avec des larmes blanches; elle est douée d’une saveur et d’une odeur fortes, au point qu’elle calme sur-le-champ les femmes qui ont des suffocations de matrice , étant jetée sur des charbons ardents et approchée des narines.

Cette description, la plus ancienne de toutes, a porté Linné à croire que la résine tacamaque était produite par un peuplier, et il a indiqué sou populus balsamifera, croissant dans l’Amérique septentrionale et en Sibérie , dont les bourgeons laissent découler une résine liquide , très odorante. Cette opinion avait cependant contre elle deux fortes objections, tirées de la différence de contrées et de celle des fruits; aussi est-elle tout à fait abandonnée aujourd’hui.

Jacquin est venu ensuite , qui a cru pouvoir attribuer la résine tacamaque à son elaplirium tornentosim [fagara octandra L.). Cet arbre concorde avec la description de Monardès par son fruit , qui consiste eu une petite capsule verdâtre, presque globuleuse, contenant une semence enveloppée h sa base par une pulpe rouge ; mais il no s’élève qu’à la hauteur de 6 à 7 mètres , et , sous ce rapport , ne peut être comparé à un peuplier. Nonobstant cette objection , l’opinion de Jacquin a été adoptée par Bergius et par Murray. Bergius décrit d’ailleurs deux espèces de résine tacamaque : une solide , en morceaux volumineux , à peine transparente, brune , marbrée de taches jaunâtres ou rougeâtres, fragile, friable, à cassure plane et brillante; une molle, verdâtre, sous-diaphane, un peu grasse, tenace aux doigts, renfermée dans des calebasses.

Beaucoup plus récemment, MM. de Humboldt, Bonpland et Kunlh, ont décrit dans leur iVom généra, somXc mm A’icica tacamahaca, un arbre térébinthacé peu différent de Vicica heptaphylla d’Aublet ,

TfiRÉBTNTIlACÉliS. 483

qui s’élève à plus de 10 mètres , et dont le fruit , capsulaire et déhiscent , renferme de 2 à 4 osselets entourés d’une pulpe rouge. On pourrait croire encore que cet arbre est celui dont a voulu parler Monardès, d’autant plus qu’on ne peut douter qu’il ne fournisse, conjointement avec ses congénères , la plus grande partie des résines lacamaques que l’on trouve aujourd’hui dans le commerce ; mais il faut remarquer que ces tacamaques ne répondent pas aux descriptions delà tacamaque donnée par Monardès et Bergius, et qu’elles ont été décrites , au contraire, par ces deux auteurs, sous le nom à' animé ; il reste donc douteux qu’aucun des iciquiers qui les produisent soit l’arbre de Monardès. Au reste, voici mes conclusions: 1” la résine tacamaque décrite par Monardès et Bergius , et attribuée par ce dernier à Ydo:phrium tomentomrn , ne fait pas habituellement partie de celle du commerce ; 2° la tacamaque du commerce actuel a été décrite par Monardès et Bergius sous le nom A' animé : et est produite jtar les iciquiers d’Amérique ; 3" il existe dans les droguiers d’autres résines tacamaques dont l’origine est moins certaine, et qu’il convient peut-être de rapporter à des calo- •phijllian. Je vais décrire successivement toutes ces résines.

Résines tacamaques provenant des iciquiers,

I. TncaHia<isie jïutue imîicnse. Cette résine est Celle que nous avons reçue de Hollande comme tacamaque et comme animé , et que presque tous les auteurs ont décrite comme résine animé (1) ; elle se présente sous deux formes qu’il convient de distinguer.

(1) L’anlinc est de couleur blanche , tournant à celle de l’encens, plas huileuse que le oopal ; ses larmes ressemblent à celles de l’encens, mais sont plus grosses, cl d’un jaune de résine à l’intérieur : elles ont une odeur très agréable et très suave , et sont facilement consumées sur les charbons. (Àlonardès.)

Il faut choisir la gomme animé blanchâtre ou jaunâtre , en larmes, huileuse, jaune en dedans, d’une odeur très excellente et d’un goût fort agréable. Elle doit .se fondre facilement sur les charbons : elle se dissout dans l’huile et dans l’e-sprit-dc-vin bien reclilié. ( De Meuve.)

Bésine blanche, sèche, friable, de bonne odeur, se consumant facilement sur les charbons. ( Lemery.)

Geoffroy répète la description de Monardès.

L’animé est une résine d’un jaune blanchâtre, comme farineuse à sa surface, mais brillante et transparente dans sa cassure; elle est en morceaux isolés et friables ; elle a une odeur résineuse et une saveur presque nulle. Elle se ramollit entre les dents, s’enflamme par l’approche d’une bougie, brûle presque entièrement sur les charbons , en répandant une odeur agréable ; elle se dissout en entier dans l’esprit-de-vin : elle donne un peu d’huile volatile par sa distillation avec l’eau. (Murray.)

Toutes ces descriptions se rapportent à la tacamaque jaune huileuse.

DlCOXyLÉDOiMiS CAI.ICIFI.OBES.

A. La première est en larmes ou en morceaux irréguliers, qui \arient en grosseur depuis celle d’une aveline jusqu’à celle de 55 à 80 millimètres en tous sens. Ces morceaux sont ou un peu opaques, ou transparents , souvent recouverts d’une poussière blanclt ; ils sont jaunes, quelquefois un jjeu rougeâtres; leur odeur, que je trouve très agréable, quoique forte, acquiert parla chaleur quelque chose du cumin. La résine a une saveur douce et agréable, devenant cependant un peu amère par une mastication prolongée; elle se fond très facilement par la chaleur, donne de l’huile volatile à la distillation ; enfin se dissout promptement dans l’alcool, à l’exceptiôn d’un petit résidu blanc, composé d’une gomme soluble dans l’eau et d’une résine insoluble dans l’alcool et l’éther.

B. Cette résine ne diffère de la précédente que parce qu’elle paraît avoir fait partie de bâtons cylindriques de /i5 millimètres de diamètre. Ces bâtons sont généralement opaques , friables et comme micacés à la circonférence, transparents et mous h l’intérieur; de sorte que leur friabilité et leur opacité paraissent dues à l’évaporation de l’huile volatile qui primitivement imbibait la résine. Aussi la résine a t-elle une odeur un peu moins forte que la précédente ; mais c’est absolument la même. Cette résine doit cristalliser avec une grande facilité.

IL Tacamaquc huileuse incolore. t'oiS l’année 1832 OU 1833 , il est arrivé une résine quia été vendue comme élémi, bien qu’elle eût une forme et une odeur toutes différentes. Cette résine était en bâtons demi-cylir.driques , longs de 16 à 22 centimètres, larges de 27 à 3A millimètres, amincis aux extrémités; elle était incolore, opaque à l’intérieur par l’interposition d’un peu d’humidité naturelle , mais elle devenait transparente et s’agglutinait à la surface. Elle avait une odeur très forte, semblable h celle de la résine précédente, et elle contenait une si grande quantité d’huile volatile, que ce principe se condensait en gouttelettes tout autour du vase qui la renfermait. Sa saveur était très parfumée et devenait un peu amère par une mastication prolongée. Cette même résine m’a été remise par un employé supérieur de la colonie de Cayenne , sous le nom d’encens de Cajenne. Elle est donc produite par Viaca heptaphylla ou par Vicica gtciajiensis d’Aublet, qui paraissent devoir constituer une seule espèce à laquelle on réunira probablement y icica tacamahaca H. B. Ces arbres laissent en effet couler un suc limpide, d’une odeur de citron, qui se dessèche promptement en une résine blanchâtre connue sous le nom d’encens (Aublet). Quant à la tacamaque jaune huileuse, elle doit être produite par les mêmes arbres, à moins qu’on ne préfère l’attribuer à l’icica decandra, dont le suc résineux , balsamique , blanchâtre , liquide , d’une odeur qui approche de celle du citron, devient, en se desséchant , une résine

TÉRÉBliNTHAtlÉliS. /iSÂ

jaune, transparente, qu’on trouve en morceaux plus ou moins gros sur l’écorce et au bas du tronc ( Aublet).

III. Tacainaquc jaune terreuse. Cette résine est abondante dans le commerce, où elle se vend presque seule aujourd’hui comme résine animé. Elle est en masses assez considérables , la plupart aplaties, ayant ,1 l’extérieur l’apparence de morceaux de plâtre noirci ; ce qui tient encore plus à une sorte d’efflorescence résineuse qui les recouvre qu’à une vraie matière terreuse. L’intérieur est jaune, de différentes nuances disposées par couches, et ayant assez l’apparence de l’arsenic jaune artificiel , à la couleur près , qui est beaucoup plus pâle. Cette résine est opaque , friable , ayant une odeur analogue à celle de la racine d’arnica , et une saveur peu sensible, qui ne devient un peu amère que par une mastication prolongée. Elle est entièrement soluble dans l’alcool , et se fond facilement par la chaleur.

Cette résine partage avec la tacamaque du Mexique de M. Bazire , et la résine d’Afrique attribuée à un bursera, la propriété de se couvrir à l’air d’une couche noire , pulvérulente et opaque. Il est évident d’ailleurs qu’il existe une grande ressemblance entre toutes ces résines , et (jue leur distinction eu élémi, résines de gommart , tacamaques , etc. , est quelquefois assez incertaine.

IV. Taesunaque rougeâtre. Je ii’ài pas eiicore décrit cette résine que j’ai trouvée, postérieurement à l’année 1836 , mélangée en assez grande quantité h la tacamaque jaune huileuse. Je ne suis pas éloigné de croire que c’est elle qui est la tacamaque de Monardès et la première tacamaque de Bergius, attribuée par lui h Yelaphriwn tomentosum. Elle est en larmes détachées , dont les plus petites ressemblent encore un peu , par leur couleur jaune un peu rougeâtre , h la tacamaque jaune huileuse ; mais elles ressemblent encore plus , par cette même couleur et par leur cassure terne, à l’oliban d’Afrique. Les grosses larmes sont très irrégulières et les plus volumineuses ont été réduites, par la cassure, au volume de l’extrémité du pouce. Ces larmes sont grisâtres et farineuses à leur surface, brunâtres h l’intérieur, non transparentes et d’une cassure terne. Au total , cette résine ressemble beaucoup, soit h l’oliban d’Afrique, soit au bdellium , et je présume qu’elle doit contenir une quantité notable de matière gommeuse. Elle a une odeur forte, agréable cependant, analogue, mais non semblable à celle de la tacamaque jaune huileuse.

Tacamaques non produites par les iciquiers.

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