‹ Histoire naturelle des drogues simples ou cours d'histoire naturelle professé a l'Ecole de Pharmacie de Paris (volume 4)Chapitre 80 sur 85 · GROUPE DES MALVACÉES · texte numérisé non relu

GROUPE DES MALVACÉES

La famille des malvacées , telle qu’elle a été établie par Laurent de Jnssicu, forme un groupe très important de végétaux dont voici les caractères communs.

Les feuilles sont alternes, stipulées, très souvent palmatilobécs. Les fleurs sont régulières , pourvues d’un calice gamosépale à 5 divisions, souvent doublé d’un calice extérieur mono- ou polysépale. La corolle est h 5 pétales égaux , contournés dans la préfloraison , tantôt distincts et hypogynes, tantôt insérés sur une gaine formée par les étamines; alors la corolle paraît être monopétale. Les étamines sont définies ou indéfinies, insérées sous l’ovaire, tantôt presque entièrement soudées en un tube qui entoure l’ovaire, tantôt réunies seulement h la base, en forme de godet. L’ovaire est simple en apparence, le plus souvent scs- .sile, surmonté de un ou de plusieurs stigmates. Fruit tantôt composé de plusieurs capsules disposées circnlairement, mono- ou polyspermes, ou formé d’une seule capsule sèche ou charnue , à plusieurs loges. Les graines sont fixées à l’angle intérieur des loges ou à un réceptacle central qui supporte les capsules et leurs loges. La graine est formée d’un embryon homotrope, arqué, contenu dans un albumen mucilagineux ou charnu, souvent très mince, et suivant les contours des cotylédons qui sont foliacés, repliés sur eux-mêmes et chiffonnés. La radicule est droite ou recourbée, regardant le hile.

Les botanistes divisent aujourd’hui le groupe des malvacées, qui prend alors le nom de columnifères on de malvoïdées, en trois ou quatre familles, mais ils ne le font pas de la même manière. Ainsi De Candolle divise les malvacées de Jussieu en trois familles, sous les noms de malvacées, de bombacées et de byttnériacées, et cette dernière famille comprend comme tribus, les sterculiées et les hermannicées , dont quelques botanistes font encore deux familles particulières ; tandis que Endlicher, réunissant les sterculiées aux bombacées, donne h la seconde famille le nom de sterculiacées.

Enfin, M. Adrien de Jussieu divise le groupe des malvacées en malvacées, bombacées, sterculiacées et byttnériacées, dont voici les caractères distinctifs.

I. Malvacées. Calice quinquéfide , souvent doublé par des bractées verticillées ; étamines réunies en un tube qui entoure l’ovaire et le

Style, et qui paraît porter au sommet un grand nombre de petits filets munis chacun d’une anthère uniloculaire. Ovaire sessile, composé de 5 carpelles ou plus , disposés circulairemont autour d’un axe central stylifère ; ovules solitaires ou en plus grand nombre, fixés à l’angle central des carpelles. Fruit composé de coques verticillées , presque libres ou plus ou moins soudées en une capsule polycoque , ou entièrement soudées et formant une capsule à 5 loges ou plus, à déhiscence loculicide ou plus rarement indéhiscente. — Genres; lamtera, altliœa, mcdva, hibiscus, malvaviscus, abelmoschus, gossypiwn, sida, abutilon, etc.

II. Bombacées. Fleurs complètes, à calice quinquéfide, irrégulièrement divhsé ; corolle régulière; étamines indéfinies, soudées en un tube qui surpasse les ovaires. Anthères .solitaires ou réunies par groupes, h loges distinctes ou confluentes ; ovaire sessile ou stipité ; carpelles soudés en un fruit capsulaire ou distinct. ■ — Genres : adansoniu^ pachira, bombax, eriodendron, cheirostemon, helicteres, etc.

III. Stekculiacées. Fleurs diclines; calice régulier; corolle nulle; filets des étamines réunis en un tube soudé au carpophore. Anthères biloculaires. Fruit composé de follicules vcrliciliés, déhiscents ou indéhiscents. Arbres à feuilles simples ou palmées-composées, h pétiole renflé au sommet. ■ — Genres : heritiera, sterculia, etc.

IV. Byttkériacées. Fleurs complètes, régulières, à calice quadri- ou quinquéfide ; pétales souvent soudés par le bas avec le tube anthérifère, et souvent ligules à la partie supérieure. Tube staminal fendu au sommet en plusieurs lanières, dont les unes alternent avec les pétales et sont stériles, et dont les autres, opposées aux pétales, portent de une à trois anthères biloculaires. Ovaire quinquéloculaire ; fruit capsulaire à déhiscence loculicide ou septicide. Embryon nu ou entouré d’un endosperme charnu. — Genres : abroma, byttneria, theobrama, guazuma, hermannia, pentapeies, pterospermum, etc.

Aucun des végétaux compris dans le groupe entier des malvacées n’est vénéneux , et presque tous sont empreints d’un mucilage qui les rend adoucissants et souvent nutritifs. La guimauve, la mauve et leurs congénères, les hibiscus, les cotonniers, \esb07nbax, le baobab, et le cacao, fixeront plus particulièrement notre attention.

Guliiianve ofllcinale (fig. 399).

Althœa officinalis L. — Car. gén. : Calice double, l’extérieur offrant de 6 à 9 divisions ; un grand nombre de carpelles capsulaires monospermes, disposés circulairement. — Car. spéc. : Carpelles privés de marge membraneuse ; calice extérieur à 8 ou 9 divisions. Feuilles simples, couvertes d’un duvet doux sur les deux faces, cordées

588 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES,

OU ovales , simplement dentées ou sous-trilobées ; pédoncules axillaires inultiflores, beaucoup plus courts que les feuilles.

Cette plante est vivace ; elle pousse des tiges hautes de 1 mètre , dures, cylindriques et velues. Ses feuilles sont pétiolées, à 3 ou 5 lobes peu marques , blanchaires , molles et douces au toucher.

Sa racine est longue, cylindrique , brancliue , charnue , très mucilagineuse , amylacée, blanche en dedans, recouverte d’un épiderme jaunâtre.

Dans le commerce, on la trouve mondée de son épiderme , d’une belle couleur blanche, d’une odeur faible et d’une saveur très mucilagineuse et légèrement sucrée. 11 faut la choisir bien nourrie et peu fibi euse ; on l’emploie en poudre , en infusion et en décoction; elle entre dans les sirops de guimauve et &'althœa de Fernel. Elle contient un principe cristallisablc qui a d’abord été regardé comme lui étant particulier, et qui avait en conséquence été nommé ulthéine; mais on a reconnu depuis qu’il était identique avec \' asparcujine de l’asperge, de la réglisse et de quelques autres racines. Les feuilles de la plante sont aussi employées comme émollientes , et les fleurs comme pectorales. Celles-ci, outre leur double calice cotonneux, à neuf divisions extérieures, qui les distingue, ont 5 pétales d’un blanc rosé et d’une odeur faible et agréable. Elles sont, comme le reste de la plante, mucilagineuses et adoucissantes.

Rose (rcmicrc, OU passe-rose, althœa rosea Cav . , alcea rosea L. Cette plante , réunie aujourd’hui au genre althœa , diffère de la guimauve par ses carpelles bordés d’une marge membraneuse sillonnée , et par soninvolucre ou calice extérieur à 6 divisions. Elle produit de sa racine ünc ou plusieurs tiges hautes de 16 à 26 décimètres, droites.

vcliif s, garnies (le larges feuilles rugueuses, cordiformcs-arronclies, à 5 ou 7 lobes crt'iielés , couvcrlcs de poils des deux côles. Scs fleurs sont grandes, belles et de couleurs variées , depuis le blanc et le jaune juscpi’au rouge et au pourpre noirâtre le plus foncé. Elles sont presque sessilcs dans l’aisselle des feuilles supérieures , où elles forment, par leur rapprochement, un long épi terminal. Cette plante croît naturellement dans les lieux montagneux du midi de la France , et est cultivée pour l’ornement des jardins. Ses fleurs sont employées en médecine , et sa racine est quelquefois substituée dans le commerce à celle de guimauve. Elle est plus ligneuse que celle-ci, d’une couleur moins blanche, d’une saveur moins douce , et ordinairement hérissée h sa surface de fibres courtes et emmêlées.

Mauve sauvase.

Malua sylvestris L. — Car. gén. : Calice à 5 divisions, doublé d’un involucre triphylle ; carpelles capsulaires nombreux , monnspermes , disposés circulairement. — Car. spéc. : Tige droite , feuilles à 5 ou 7 lobes pointus et dentés, pédicelles et pétioles poilus.

Racine vivace, pivotante, blanchâtre. Tiges cylindriques, un peu pubescentes, rameuses, hautes de 6 à 10 décimètres, garnies de feuilles vertes longuement pétiolées , arrondies, échancrées en cœur à la base, découpées en 5 ou 7 lobes peu profonds , munis de poils sur les nervures. Les fleurs sont d’une couleur rose , rayées de rouge plus foncé, portées en certain nombre , dans l’aisselle des feuilles , sur des pédoncules inégaux. Le fruit est formé d’une douzaine de capsules glabres et monospermes.

Les feuilles de mauve soutirés mucilagineuses et sont usitées comme émollientes, en fomentations et en cataplasmes. Les fleurs changent de couleur en séchant et deviennent d’un bleu pâle, qui se détruit promptement à la lumière et à l’humidité. Depuis plusieurs années déjà, on leur substitue à Paris les fleurs d’une autre mauve , cultivée dans les jardins, qui paraît originaire de Chine et dont les fleurs sont beaucoup plus grandes, d’un reuge plus prononcé, et acquièrent en séchant tme couleur bleue très intense , qui se conserve beaucoup mieux que celle de la mauve sauvage. Cette mauve cultivée est le 7nalva glabra de Desrousseaux , à tige très glabre et dont les feuilles présentent 5 lobes obtus.

On emploie dans les campagnes, comme émollientes, les feuilles d’une autre espèce nommée petUc niaMTC ou mauve i\ feuilles rondes [maiva rotundifolia L.). Celle-Ci a les tiges couchées, les feuilles velues, échancrées en cœur à la base, orbiculaires, avec 5 lobes très peu

590 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

marqués. Les pédoncules fructifères sont déclinés et pubescents. Les

fleurs sont petites, d’un rose très pâle, et se colorent à peine en bleu

par la dessiccation. Aussi ne sont-elles pas récoltées séparément de la

plante.

Semence d’Alielmoscl» , ou Graine d’Ambretic ( fig. 400 ).

Abelmosclms communis Medik. , hibiscus abelmoschus L. — Car. gén. : Involucre à 5 ou 10 folioles et caduc; calice à 5 divisions caduques. Corolle h 5 pétales obovés, ouverts, soudés à la base avec le tubeslaminal. Ovaire sessilc, simple, à 5 loges, contenant un grand nombre d’ovules insérés sur deux séries , à l’angle central des loges. Fruit caj)sulaire pentagone et pyramidal , à 5 loges et à 5 valves sepüfôres. Semences nombreuses, sous-réniformes, h testa crustacé , ombiliquées au fond de l’échancrure.

L’abelmoschdoit être originaire de l’Inde , mais il a été transporté en Égypte et dans les Antilles. Sa lige est hérissée de poils un peu roides et s’élève à la hauteur de 10 à 13 décimètres. Ses feuilles sont cordiformes, à 5 divisions aiguës (1) et dentées; les pédoncules sont droits , solitaires dans l’aisselle des feuilles , uniflores. Les fleurs sont grandes, jaunes, avec le fond pourpre. Les capsules sont velues , longues de 55 millimètres ; les semences sont grises, réniformes, comprimées près de l’ombilic, marquées sur leur surface d’une rayure fine et régulière qui suit la courbure du test. Ces semences sont jiourvues d’une odeur de musc très prononcée, et sont très employées par les parfumeurs. Les plus estimées viennent aujourd’hui de la Martinique.

Gomho on Oamia , abelmoschus esculentus Medik., hibiscus esculentus L. Cette plante a beaucoup de rapport avec la précédente, et est

(1) Dans la figure 400, les feuilles sont trop profondément incisées , et les semences devraient offrir la rayure mentionnée au texte.

Fig. 400.

cullivcc clans les mêmes contrées. Elle est aiuiuelle, herbacée, haute de 65 ceniimèlres, munie de feuilles velues, cordiformes, à 5 lobes palmés, élargis et dentés. Les fleurs sont axillaires, grandes, campanulées, d’un jaune de soufre, avec le fond pourpré. Le calice extérieur est velu, à 9 ou 10 folioles et caduc. Les capsules sont pyramidales, pentagones , longues (le 7 ceniimèlres, à 5 loges et à 5 valves septifères dont les bords se roulent en dehors. Les semences sont globuleuses , du volume de la vesce, d’un gris verdâtre, à surface unie.

On fait dans les contrées chaudes de l’Asie, de l’Afrique et de l’Amérique, une grande consommation des fruits verts du gombo , soit pour en tirer, au moyen de l’eau bouillante , un mucilage abondant qui sert à donner de la consistance aux aliments liquides; soit pour les manger en nature, cuits et assaisonnés de diverses manières.

Le genre hibiscus ou ketmie, dont les deux plantes précédentes ont été séparées, comprend un grand nombre d’espèces dont les fleurs sont d’une grande beauté et font l’ornement des jardins : telles sont surtout la rose <le Chine [hUnSCUS rosa sinemislj.) , la mauve en arbre (hibiscus syriacus L.), la ketmie rouge (hibisciis phœniccus L.), etc.

Gotou.

Le coton est un long duvet floconneux et très fin que l’on trouve fixé après les semences d’arbrisseaux de la famille des malvacées , auxquels Linné a conservé le nom de yossypium , qui leur avait été donné par Pline. Ces végétaux sont caractérisés par un calice cyaihiforme à 5 dents obtuses, ceint d’un involucre à trois larges folioles soudées à la base , profondément dentées ou incisées à la circonférence ( lig.

èOl ). La corolle est formée de 5 pétales obovés, contournés, soudés avec la base du tube siaminifère. Celui-ci est dilaté en forme de dôme à la partie inférieure , qui recouvre l’ovaire , rétréci au-dessus , et recouvert de nombreux lilaments simples ou bifurqués, portant des anthères réniformes eljbivalves.|L'ovaire est sessile, à 3, A ou 5 loges, surmonté d’un 'style et’de 3 à 5 stigmates. La

Eig. 401.

592 DICOTYLÉDONES TH ALAMIFLORES.

capsule est à 3 , U ou 5 loges, et h autant de valves septifères. Les semences sont nombreuses, ovoïdes, couvertes d’un épiderme spongieux, auquel adhère une laine dense et très fine, le plus souvent très blanche, quelquefois jaune, très rarement rouge.

Les cotonniers sont quelquefois annuels et herbacés, comme le coton herbacé [gossijpium herbaceum L.), qui paraît originaire de la haute Égypte et qui est cultivé à Malle, en Sicile, dans les îles grecques, en Égypte et en Barbarie ; mais la plupart des autres sont des arbrisseaux qui s’élèvent à une hauteur de 1 h 4 mètres. Ils sont munis de feuilles alternes, péliolées, cordées, palmalinervées , à 3 ou 5 lobes pointus, et souvent parsemées de points noirs , ainsi que les jeunes rameaux et les involucres. Les conlonniers sont indigènes aux contrées les plus chaudes de l’Asie, de l’Afrique et de l’Amérique; mais on en a peu à peu étendu la culture vers le Nord, jusqu’à la latitude à laquelle ils ont entièrement refusé de produire. Dans l’ancien continent, on trouve les cotonniers dans les îles de l’archipel Indien, à Siam, dans les deux Indes, en Perse, dans la Natolie , la Turquie, la Grèce, l’Italie et l’Espagne. Dans le nouveau continent, ils sont répandus depuis le Brésil jusqu’au Mexique, aux Antilles et dans les provinces méridionales des États-Unis, qui en font un commerce très considérable. Les principales espèces cultivées sont le gossijpiwn herbaceum, cité plus haut; le G. indicum (fig. 401), le G. arboreurn et le G. religiostem, originaires de l’Inde; les G. peimvianwn hirsutum et racernosum , trouvés en Amérique , etc. Lorsque leurs fruits sont mûrs, les capsules s’ouvrent spontanément, et le coton, qui se trouvait comprimé à l’intérieur, en sort en grande partie et s’élève au-dessus des valves. On le sépare des semences au moyen d’un moulin approprié. Les semences, loin d’être inutiles, sont recueillies et fournissent par expression une huile assez abondante qui sert à l’éclairage et pour la fabrication du savon.

Les semences d’un certain nombre de plantes de la sous-falnille des bombacées sont pourvues d’un duvet analogue au coton , mais beaucoup plus court, ce qui doit rendre très difficile leur application b la fabrication des tissus. Deux arbres de ce genre sont surtout cités pour leurs fruits cotonneux. L’un est Vochroma lagopusAe Swartz [bombax pyramidale Cavan.), arbre élevé des Antilles dont les capsules sont cylindriques, b 5 cannelures, longues de 30 centimètres et plus , s’ouvrant on 5 valves septilifères linéaires. Celles-ci, en se roulant en dehors sur ellesmêmes, se trouvent entièrement recouvertes par le duvet court et fauve sorti des loges , de sorte que le fruit, ainsi modifié, présente une ressemblance assez grande avec un pied de lièvre, d’où lui est venu le nom de lagopus, qui signifie pied de lièvre. Le second est un arbre des îles Moluques, nommé capock, qui a été décrit par Rumphius sous le nom

MALVACÉBiS. 593

A' ci'iojjhorus juuana, nommé par Linné bombax j)entcmdrum , par Gæriner ceiba pentmvJra, et par UccîiinAoWc modendron anfnœtuoswn. Le fruit est une capsule ovoïde, amincie en pointe aux extrémités, longue de 12 à 16 centimètres , à 5 loges, et s’ouvrant du côté du pédoncule en 5 valves septifères. Les loges sont remplies par un nombre considérable de semences arrondies, un peu terminées en pointe d’un côté, entassées régulièrement les unes sur les autres, et entourées d’un duvet soyeux et lustré formant autour de chaque semence un globule à |)cu près sphérique. 11 est fàclieux que ce duvet soit trop court pour Ctre filé, car on en ferait des étoffes qui imiteraient la soie. Mais il peut remplacer l’écircrton, duvet d’un prix ti'ès élevé, eidevé, dans les contrées du Nord, aux nids de l’cidcr (anr« mollissima L.).

Baobab

Adansonia digitata L. Le baobab est un arbre monstrueux qui croit au Sénégal et dans les pays environnants. Son tronc , à partir de terre jusqu’aux branches , n’a que 4 à 3 mètres de baulcur ; mais il acquiert jusqu’à 2o mètres et plus de circonférence, ou 8 à 9 mètres de diamètre. Ce tronc se divise à son sommet en un grand nombre de rameaux fort gros , longs de 10 à 20 mètres , dont les plus inférieurs s’étendent horizontalement et touchent quelquefois, en raison de leur poids, jusqu’à terre ; de manière que, cachant la i)lus grande partie de son tronc, cet arbre parait former de loin une masse hémisphérique de verdure, de 40 à 30 mètres de diamètre sur une hauteur de 20 à 21 mètres.

Aux branches de cet arbre répondent des racines aussi considérabie.s et beaucoup plus longues : celle du milieu forme un pivot qui s’enfonce perpendiculairement à une grande profondeur; les autres s’étendent horizontalement à fleur de terre, et Adanson en a mesuré une qui avait 3b mètres de longueur dans sa partie découverte , et qui pouvait se prolonger encore de 13 à 16 mètres sous le sol.

Les feuilles du baobab ressemblent, pour la forme et la grandeur, à celles du marronnier d’Inde ; mais elles sont alternes , accompagnées de 2 stipules à la base, lisses et sans aucune dentelure sur le contour dès folioles. Les fleurs répondent par leurs dimensions à celle de l’arbre qui les porte ; elles sont larges de 16 centimètres, solitaires et pendantes à l’extrémité d’un pédoncule cylindrique long de 30 et quelques centimètres. Le calice est évasé en forme de soucoupe, à 3 divisions recourbées en dessous et caduques. La corolle est à b pétales blancs , orbiculaircs , très étalés, soudés entre eux par le bas des onglets et avec le tube des étamines. Ce tube est épais, cylindrique, divisé à la partie supérieure en un nombre très considérable de filets filiformes ( plus de 700 d’après Adanson), très étalés, terminés chacun par une anthère rénilorme. L’ovaire est sessilc, libre, velu, à 10 ou Ib loges, surmonté d’un style longuement exscrle , flexueux, terminé par 10 à 1b stigmates rayonnants. Le

(t) iioiu- iM nguics , le Mémoire d'Adansou , dans les Mémoires de VM-adémie des

.tr/enre.,- , année 1761 , et la Flore des Ji, tilles ie M. de Tussac, I. lit, jd. 33 cl .il.

lit. 38

594 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

fruit, d’après Adansoii, est une capsule ligueuse , ovoïde, amincie en poiule aux deux extrémités , longue de 33 à 30 centimètres , large de 11 à dO centimètres , marquée de 10 à 14 sillons dans le sens de sa longueur ; mais tous ceux de CCS fruits que j’ai vus, venant des Antilles , étaient plus arrondis, longs de 18 à 29 centimètres seulement , épais de 12 à la centimètres , et à surface très unie. Ce fruit est revêtu extérieurement d’un duvet dense, un peu rude et de couleur verdâtre , formé de poils courts cl couchés. Dessous ce duvet se trouve une coque noire, ligneuse, épaisse de 3 à 7 millimètres , divisée intérieurement en 10 à 14 loges , toutes remplies d’une pulpe lihrcuse et aigrelette , qui est bonne à manger et très rafraichissanle. Celte pulpe, en se desséchant , devient friable et se sépare d’elle-mème en petites masses polyédriques renfermant chacune une semence réniforme , portée à l’extrémité d’un long funicule.

Toutes les parties du baobab abondent en mucilage et ont une vertu émolliente. Les nègres font sécher ses feuilles et les réduisent en une poudre nommée lalo, dont ils font un usage journalier dans leurs aliments , et à laquelle ils attribuent la propriété d'exciter une transpiration abondante et de calmer la trop grande ardeur du sang. Adansou lui-niémo en a éjjrouvé les bons elfels, et la tisane de ces mêmes feuilles l'a préservé des diarrhéi s , des lièvres inflammatoires et des ardeurs d’urine , maladies auxquelles sont fréiiuemment en proie les Français qui résident au Sénégal. En 1S4S, .M. le docteur Duchassaing , médecin à la Guadeloupe , a préconisé l'écorce de baobab comme succédanée du quinquina et du sulfate de quinine, il ne jiarait pas douteux que la qualité émolliente de cette écorce ne puisse la rendre utile dans les cas spéciliés par Adanson, et dans d’autres qui prendraient également leur source dans un état phlegmasique des intestins ; mais il est moins certain qu’on doive reconnaître à l’écorce de baobab une proin iélé antipériodiipic analogue à celle du quinquina. Combien d’illusions do ce genre n’ont-ellcs pas été détruites par un examen ultérieur!

Le cacao est la semence d’un arbre peu élevé de l’Aniéritjue, nommé theobroma cacao L. (fig. 402), appartenant à la sous-famille des byttnériacées. Ses caractères génériques, assez différents de ceux des malvacées propres et des bombacées, consistent dans des feuilles simples et entières, dans un calice coloré, à cinq divisions profondes, régulières, aiguës, tombantes. Corolle à 5 pétales bypogynes, fortnéspar une sorte de cornet ou de capuchon qui se termine en une languette élargie en spatule au sommet. Le tube staminal est très court et à 10 divisions, dont cinq, alternes avec les pétales, sont linéaires-siibulces et stériles, et donc les 5 autres, plus courtes et opposées aux pétales, portent chacune une anthère biloculaire cachée sous le capuchon du pétale. L’ovaire est se.5sile, à 5 loges, terminé par un style sim|)le, portant 5 stigmates disposés en étoile. Le fruit est ovale ou oblong, coriace ou ligneux, indéhiscent, à 5 loges remplies par un nombre considérable de semences

nichées dans une pulpe peu abondante , aigrelette. Les semences sont pourvues d’un épisperme chariacé, fragile, et contiennent un embryon formé de 2 cotylédons épais, bruns, huileux, plissés et lobés, entre les plis et les lobes duquel on n’aperçoit que des traces d’endosperme, sous

Fig. 402.

forme d’une membrane blanche, très mince et lustrée. La radicule est cylindrique, placée à l’extrémité la plus grosse de la semence, proche du hile.

Plusieurs espèces de theobrotna, distinguées par la forme et le volume de leurs fruits , paraissent propres h fournir leurs semences au commerce. Telles .sont les suivantes :

1. Theobroma cacao L./(de Tussac, Fl. anf., vol. I, pl. 13;Ncesii’/. medic., tab. 419). Cet arbre croît au Mexique et dans les provinces de Guaiimala et de Nicaragua; cultivé également dans la Colombie et dans les .intilles, il paraît produire la plus grande partie du cacao du commerce. Il a le fruit ovale, glabre, jaune, long de 14 à 18 centimètres, épais de 9 à 10 centimètres ; il est un peu piriforme du côté du pédon-

596 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORLS.

cule, et s’amincit en une pointe obtuse du côté opposé. Il est obscurément pentagone, et présente, à l’état récent , dix côtes un peu proéminentes qui laissent souvent, après sa dessiccation , dix bandes assez également espacées, légèrement tuberculeuses. Le péricarpe, qui paraît être charnu à l’état récent, présente, à l’état sec, la forme d’un parenchyme demi-ligneux, recouvrant un endocarpe ligneux, solide, mais très mince.

]I. Cacao minor deGærlncr, tab. 122, Tournefort {Inst., tab. hkh ; Blackw. , tab. 373). Fruitglabre, fusiforme, long, h l’état sec, de 20 centimètres sur 6,5 à 7 centimètres d’épaisseur. La pointe du côté du pédoncule est arrondie et un peu piriforme; celle de l’extrémité opposée est prolongée en forme de rostre pointu , souvent recourbé. Le fruit est obscurément pentagone, et présente, très près des angles, deux bandes tuberculeuses qui, ainsi rapprochées, paraissent n’en former que cinq à la première vue. Le péricarpe est moins épais que dans l’espèce ou la variété précédente, mais il est formé des mêmes parties.

III. Theobroma sylvestris Kohl, Guian., pl. 276. Fruit ovoïde, un peu allongé en poire du côté du pédoncule; uni, sans arêtes, couvert d’un duvet roussâtre. Il est long de \h centimètres sur 8 centimètres d’épaisseur.

IV. Theobroma cjuianensis Aubl., pl. 275. Fruit ovoïde-arrondi , couvert d’un poil ras et à surface unie, à l’exception de cinq arêtes arrondies et saillantes. Dimensions, 12 centimètres sur 7.

V. Theobroma b icolor H, B., Plant, équin., vol. I, pl. 30. Fruit ovoïde, long de 16 à 22 centimètres, épais de 11 à 15, offrant extérieurement dix côtes peu marquées.

Il est formé d’un brou soyeux au dehors, n’ayant pas plus de 2 millimètres d’épaisseur, appliqué et modelé sur une capsule épaisse de 9 à 14 millimètres, ayant la dureté du bois et marquée à l’extérieur de cavités oblongues et irrégulières. .

La récolte du cacao se fait de la manière suivante : A raesnre c[ue les fruits sont mûrn, on les abat avec de petites gaules, on coupe les capsules en deux (ces capsules portent le nom de cabosses), et l’on en retire la pulpe et les semences que l’on dépose dans des auges en bois, couvertes de feuilles de balisier. Sous vingt-quatre heures , la pulpe entre en fermentation et se liquéfie. On la remue tous les jours pendant quatre jours, ou jusqu’à ce que l’épisperrac, de blanc qu’il était, soit devenu rouge, et que le germe soit mort. Vers le cinquième jour, on sépare les semences de la pulpe et on les fait sécher au soleil, sur des nattes de jonc. Dans quelques contrées, et principalement dans la province de Caraccas, on fait subir aux semences de cacao une autre préparation qui consi.ste à les enfouir pendant quelques jours dans la terre.

MAr,VACÉES. 597

a(iii de leur donner un goût moins âpre et moins désagréable. On les fait sécher de nouveau avant de les livrer au commerce.

On distingue dans le commerce un grand nombre de sortes de cacaos, qui diffèrent par le pays d’où ils proviennent et par le terrage qu’ils ont ou n’ont pas subi. Les principales sortes sont :

Le cacao caraqiic, provenant de la côte de Caraccas. Il a été terré, ce qui lui donne une couleur terne et grisâtre à l’extérieur, et rend l’épisperme facile à séparer de l’amande. Il est d’ailleurs gros et arrondi, violacé à l’intérieur, d’une saveur douce et agréable; mais il est sujet à sentir le moisi.

Le cacao Trîiiitc cst apporté de l’île de ce nom, h l’est de la côte de Caraccas et de Cumana. Il est terré moins exactement que le cacao caraque, et est généralement plus petit et plus aplati.

Le cacao Soconuseo vient de la république de Guatimala. 11 est très gros, non terré, d’un brun clair à l’intérieur, a peu d’arome, est très estimé. Les autres cacaos non terrés sont ceux de Maragnan, de Para, de Saint-Domingue, de la iHurtinique, etc.; ils SOIlt généralement petits, aplatis, à épisperme adhérent, plus rouges à l’extérieur comme à l’intérieur, et d’une saveur un peu âcre et amère. On les emploie seuls pour la fabrication des chocolats communs, ou mélangés avec les cacaos terrés pour les chocolats de bonne qualité. Ils servent préférablement au cacao caraque jiour l’extraclion du beurre de cacao , d’abord à cause de l’infériorité de leur prix, ensuite par ce qu’ils en fournissent un peu plus.

La composition des semences de cacao n’est pas encore parfaitement connue. Elles contiennent environ moitié de leur poids d’huilesolide, un principe colorant rouge, soluble dans l’alcool, un principe tannant qui précipite les dissolutions de fer en vert, de la gomme, pas d’amidon, enfin un principe azoté crislallisabie, analogue à la caféine et qui a reçu le nom de théohromine. Pour obtenir ce principe, on épuise les semences pulvérisées, au moyen de l’eau bouillante; après le refroidissement des liqueurs, ou sépare le beurre ; on filtre, on précipite avec précaution le liquide filtré par l’acétate de plomb. On prive la liqueur de l’excès do plomb par l’hydrogène sulfuré, et l’on évapore h siccité, à la température du bain-marie. On traite le pi oduit par l’alcool bouillant qui laisse déposer par refroidissement, ou concentration, une poudre cristalline qui est la théobromine.

Cette substance est faiblement amère, peu soluble dans l’eau , l’alcool et l’éther, inaltérable à l’air; elle brunit et se volatilise en partie à une température supérieure à 250 degrés; elle paraît composée de C’II‘^202.

A froid, le beurre de cacao est solide et cassant comme de la cire; il

598 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

se fond par la seule chaleur des mains, et, lorsqu’il a été liquéfié au feu, il redevient solide entre le 26' et le 21” degré centigrade. Il a une couleur jaune pâle, une odeur agréable et une saveur très douce. Suivant 31M. Pelouze et Boudet, il consiste en une combinaison de stéarine et d’oléine, et se convertit uniquement , par la saponification , en acides stéarique et oléique.

Il est arrivé une fois dans le commerce, venant de Cayenne ou de Caraccas, du beurre de cacao en pains, ayant la forme d’un tiers de tronçon de cylindre, pesant chacun 500 grammes, et enveloppés dans des feuilles de maranla, comme la plujiart des productions de ces contrées. Il est remarquable que ce beurre n’olfre pas la moindre rancidilé depuis dix ans et plus qu’il existe dans mon droguier et dans celui de l’École ; tandis que le beurre de cacao préparé dans nos pharmacies se rancit avec une grande promptitude, à moins qu’on ne le soumette au mode de conservation que j’ai indiqué ailleurs (1).

On connaît à la Guadeloupe, sous le nom (Xornic des bas, un arbre de la tribu des byttnériacées que Linné avait compris dans le genre theobroma, sous le nom de theobroma idmifolia, mais dont Lamarck a formé un genre différent, sous le nom de guazuma tdmifolia. L’écorce de cet arbre a été quelquefois employée, sous le nom à! écorce d'orme, à la clarification du sucre.

FAMILLE DES LINÉES.

Celte petite famille a été établie par Decandolle jiour le genre linum de Linné, que Jussieu avait associe aux caryophyllées, mais qui se trouve presque intermédiaire entre cette famille et celles des malvacées et des géraniacées.

Les lins sont des plantes annuelles ou vivaces, à feuilles linéaires, très entières, dépourvues de stipules. Fleurs complètes, régulières, terminales, souvent paniculées; calice persjstant à 5 sépales; corolle à 5 pétales onguiculés, contournés, quelquefois un peu soudés par la base avec l’anneau formé par les étamines. Étamines au nombre de 5, alternes avec les pétales, monadelphes par la base, entremêlées de dents opposées aux pétales, qui doivent être considérées comme des étamines avortées. Ovaire globuleux, le plus souvent à 5 loges, rarement moins. Styles en nombre égal aux loges, libres, terminés par un stigmate simple. Capsule globuleuse, souvent surmontée par la base persistante des styles, formée de carpelles verticillés, h marges indiiplicatives, bivalves au sommet, divisés en deux petites loges par une cloison incomplète, née du centre du fruit. Une semence dans chaque petite loge, ovale.

(1) Pharmacopée raisonnée, ou Traité de pharmacie. Paris, 1847, p. 133.

Page 1