‹ Histoire naturelle des drogues simples ou cours d'histoire naturelle professé a l'Ecole de Pharmacie de Paris (volume 4)Chapitre 85 sur 85 · I.a fciioneiile , OU srenoiiîIIc«o , rcmunculus bulbosus · texte numérisé non relu

I.a fciioneiile , OU srenoiiîIIc«o , rcmunculus bulbosus

— Car. spéc. : Feuilles radicales pétiolées , partagées en trois parties , à segments trifides, ilicisés-dentés, celui du milieu comme pétiole. Tige droite, à collet bulbeux. Fleurs Jaunes ; calices réfléchis. Commune dans les prés, le long des haies et dans les jardins.

Ellcboï c noir.

Les anciens ont donné le nom d’ellébore à plusieurs plantes très dangereuses ou suspectes qui appartiennent à deux familles très dilférentes, celle des colchicacées ou mélanthacées, et celle des renonculacées. Ils en distinguaient deux espèces, le blanc et \c noir. Il n’y a aucun doute à élever sur le premier, qui est le veralncni allnmi de la famille des colchicacées ( t. II, p, 155); mais on est incertain si l’ellébore noir des anciens était Vhelleborus niger L. , de la famille des renonculacécs , ou une espèce voisine trouvée jiar Tournefori dans l’île d’Anticyrc, et wommèc helleborus nricntolls; ou si, enfin, cet ellébore noir n’était pas plutôt la racine du veratrion nigriim L. , dont la propriété fortement drastique peut seule expliquer celle qui avait été attribuée à la racine des Jtelleborus.

Quoi qu’il en soit, l’ellébore noir de Dioscoride , auquel il donne aussi le nom de melampodhon, est ccriainement une racine à' hellcborus. Le nom de melampodium lui a sans doute été donné à cau.se de la couleur noire de sa racine : suivant d’autres, ce nom serait celui d’un berger nommé Alclampm , qui , ayant observé que ses chèvres étaient purgées lorsqu’il leur arrivait de manger de l’ellébore , imagina de s’en servir pour guérir de leur folie les filles de Prœtus , roi d’Argos. Le meilleur ellébore noir croissait dans l’île d’Anticyre et sur la cote de Thessalie. Tournefort, qui a parcouru ces contrées , n’y a trouvé que l’espèce d’ellébore nommée depuis Itelleborus orientalls, dont les feuilles radicales sont très large.s , éjtais.ses , à 7-9 divisions pédalées; les feuilles de la tige sont plus petites, à 3-5 divisions palmées. La lige est haute de 35 à oü centimètres , simple par le bas , rameuse dans sa partie supérieui e, tei ininée par un petit nombre de fleurs larges de èü à 55 millimètres, pédonculées , penchées, d’un vert brunâtre. La racine est grosse comme le pouce , dure, ligneuse, placée transversalement dans la terre et munie de l adicules à sa par.ie inférieure. On ne peut douter que cette esivèce ne constituât une des sortes d'ellébore noir des anciens. ÎNous possédons , quant à nous, et nous enqiloyons sous le même nom , la racine de deux ellébores indigènes qui sont Vhelleborus niger et Vhelleborus viridis L. Voici leurs caractères respectifs ;

RENONCULACÊF.S. 691

Hdleborus niger L. { fig. /i33 ). Celle plante croît clans les lieux rudes el monlagneux d’une parlie de l’Europe; elle est cultivée dans les jardins , où elle porte le nom de de Noël , à cause de la forme de sa Heur et de l’époque de l’année où elle fleurit ordinairement. Elle pousse de sa racine des feuilles longuement péliolées, à divisions très profondes et pédalées , fermes ,

luisantes el d’un vert très foncé. Fig- 433.

Ses fleurs, d’une belle couleur incarnate, sont porléesau nombre de 1 ou 2 sur une liampe de 16 à 19 cenlimèlres. Ces fleurs sont composées d’un calice persistant à 5 sépales arrondis , de 8 à 10 pétales très courts et formés en cornet, cachés entre le calice et les étamines; de 30 à 60 étamines, et de 6 à 8 ovaires supères qui deviennent autant de capsules folliculeuses , polyspermes.

La racine àcVhellcborusniger est entièrement noire au dehors et blanche en dedans. Elle se compose d’un tronçon principal très court, muni d’un certain nombre de radicules tendres et succulentes, noires au dehors également, blanches en dedans, n’olfrant aucun meditiUliimi ligneux , devenant très cassantes par la dessiccation. Toute la racine a une saveur aslringcnie, douceâtre, amère, un peu âcre, nauséeuse, fort désagréable. Suivant beaucoup d’auteurs , cette racine, séchée et pulvérisée, purge à la dose de 30 centigrammes à 1 gramme, mais cause de violentes irritations qui doivent en faire proscrire l’u.sage. J’ai dit que ces propriétés appai tiennent seulement aux racines àe.veratrim, tandis que la racine de Yelleborus niger, séchée el pulvérisée, ne possède ivresque aucune propriété purgative , ainsi que M. Rayer s’en est assuré.

La racine de Vhellcborus niger ne se trouve pas dans le commerce à Paris; pour re la procurer, il faut la faire venir d’Allemagne.

Ellébore à fleurs rertes, hellcborus viridis !.. Celte espèce produit de sa racine des feuilles palmécs-divisées , longuement pétiolées ,

DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

et des tiges faibles, droites, glabres , hautes de 15 ii 30 ccniimèlrcs, garnies de quelques feuilles sous-sessiles ; les tiges sont connue dicliotoincs h la partie supérieure. Les fleurs sont peu nombreuses, à divisions du calice ouvertes et d’une couleur herbacée. La racine de cette piaule esl formée de plusieurs tronçons d’un brun noirâtre, très irréguliers, accolés les uns aux autres, d’où partent un grand nombre de longues radicules. Cette racine , desséchée , est plus dure et plus ligneuse que celle de Vhelleborns niger, ce qui tient à ce qu’elle est vraiment vivace et dure plusieurs années; tandis que la racine à' Itelleborus niger est au plus bisannuelle, et se détruit à mesure qu’une nouvelle racine et une nouvelle plante se forment à côté delà première. Ses radicules desséchées sont donc ligneuses dans leur intérieur, tandis que celles Ael'àelleborus niger ne le sont pas. Cette racine sèche était vendue autrefois, à Paris, sous le nom A’ellébore noir ; mais elle ne s’y trouve plus depuis longtemps. Ses longues radicules étaient tressées à la manière de celles de l’angélique de Bohême. Elle a une odeur forte , nauséeuse , et une saveur très amère. Cette amertume, mentionnée aussi par Murray, doit être regardée comme un des caractères de cette espèce.

ElIéI»ore fétide , OU pied-dc-grifïon , holleborus fœtidus L. ( fig.

Ù3â). Celte plante esl pourvue d’une tige droite, haute de 30 h 50 centimètres , i-ameuse et comme jtaniculée à la partie supérieure. Les feuilles inférieures sont pétiolées, d’un vert noirâtre, coriaces, partagées jusqu’à leur base en 8 ou 10 digitations pédalées , aiguës , dentées en scie.

Les feuilles supérieures , servant

de bractées aux fleurs, sont d’un vert pâle et jaunâtre, presque réduites à l’état d’un pétiole dilaté et membraneux. Les fleurs sont paniciilées , verdâtres, bordées de rouge. Toute la piaule, telle que nous la voyons dans nos contrées , dans les pâturages, sur la lisière des bais et sur le

UliKONCULACÉliS. 693

-bord des roules qui les iraversenl , est pourvue d’une odeur nauséeuse et féiidc. Ses feuilles sont très amères el très âcres ; séchées cl pulvérisées, elles ont élé vanlécs comme un anlhelminiitiue puissant. Sa racine sert quelquefois à entretenir les sétons des chevaux : elle est formée d’un tronc principal pivotant, d’un gris noirâtre, ligneux, muni d’un grand nombre de radicules ligneuses qui se ramifient elles-mêmes en un chevelu très fin. Cette racine possède , quoique séchée , une odeur fort désagréable ; mais je la trouve à peine âcre et nullement amère.

Fausse racine d’ellébore noir du coiumcrcc. J’ai dit qu’ailciennement on trouvait dans le commerce de l’hèi-boristerie , à Paris , sous le nom A'dlébore noir , la racine de Velleborus viridis. Mais , vers l’année 1836, ayant voulu me procurer de nouveau cette racine , je n’en ai trouvé que chez un seul droguiste, et encore était-elle brisée , mêlée de racine d’aconit napel, et d’une autre racine inconnue, longue de plu.sieurs pouces, réduite à l’étal de squelette fibreux et d’une saveur amère foi t désagréable. Chez' tous les autres droguistes ou herboristes, je n’ai plus trouvé, sous le nom A' ellébore noir , qu’une autre substance apportée du Midi, laquelle, au lieu d’être une véritable racine, est plutôt une souche rameuse ou articulée, longue de 6 à 14 centimètres, brunâtre ou rougeâtre au dehors , presque toujours privée de ses radicules, terminée supérieurement, et à chaque articulation, par un tronçon de tige creuse , et présentant sur toute sa longueur des impressions circulaires, qui sont les ve.stiges de l’insertion des feuilles. Cette souche est rougeâtre à l’intérieur, avec un cercle de fibres blanches et ligneuses placées immédiatement sous l’écorce. Les radicules, quand elles existent, sont egalement ligneuses. La souche offre une saveur purement astringente , avec un léger goût aromatique non désagréable. Celle même odeur aromatique se manifeste pendant la pulvérisation. La poudre, administrée à la dose de 4 à 6 grammes, n’a produit aucun effet appréciable.

On lit dans VAppca'atus medicaminum de Murray (t. III , p. 48), que la seule racine vendue eu France comme ellébore noir est celle de Yactœa spicata , ou i»eri»c de Saint-ciirUtophe , et BergiuS,- dans sa Materia medica, donne à la racine de Yactœa racemosa , plante américaine peu différente de la première, des caractères de forme et de texture qui sont bien ceux du faux ellébore noir du commerce ; enfin , la racine de Yactœa spicata, que je me suis procurée au jardin des Plantes de Paris , offrant bien la texture fibreuse et les liges radicantes rougeâtres du faux ellébore, il paraissait naturel d’en conclure que celle dernière racine était bien celle de Yactœa spicata. Ccjtendant, comme la racine récoltée au jardin des Plantes présentait l’odeur désagréable des ellébores, cl une saveur très amère el nauséeuse , j’ai cru pouvoir

694 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

en conclure , dans ma dernière édilion, que ce n’éiait pas elle qui était vendue h Paris comme ellébore noir, et j’ai avoué ne pas connaître la plante qui produit celle-ci. L’année d’après , je m’assurais que cette racine était produite par l’ellébore fétide, et c’est un exemple frappant des différences d’aspect et des propriétés que peuvent offrir les plantes, suivant les contrées où elles croissent.

Dans notre pays , dans les lieux humides et ombragés , le pied-degrilTon offre une couleur verte foncée et presque noire , et une odeur fortement nauséeuse; sur les Alpes de la Savoie, où je l’ai observée en 1837 , toute la plante présente une teinte générale rougeâtre, une odeur non désagréable, et la souche desséchée présente exactement la forme, la teinte rougeâtre , l’odeur aromatique et la saveur de la racine du commerce ; de sorte que je crois avoir trouvé lâ l’origine de la fausse racine d’ellébore du commerce.

Nigclles.

Les nigelles , ou nielles , sont de jolies plantes annuelles dont plusieurs sont cultivées dans les jardins. Leurs feuilli's sont pinnatisectées, à divisions multifides et capillaiics. Leurs fleurs sont solitaires îi l’extrémité de la tige et des rameaux , formées d’un calice à 5 sépales pétalo’itles , ouverts, le plus souvent de couleur bleue, et d’une corolle à 5 ou 10 pétales très courts, büabiés. Les ovaires sont au nombre de 5 ou 10 , plus ou moins soudés à la base, terminés par de longs styles simples et persistants. Les capsules sont plus ou moins soudées, déhiscentes du côté intérieur, polys|)erines. Leurs semences sont presque toujours noires, ce qui a valu aux plantes leur nom grec de melanlkium, et le nom latin de nigella, dérivé de niger.

Kigeiie des ciiamps , nigella arvensis L. Tige droite , haute de 22 à 28 ceniimètres . glabre comme toute la plante , simple ou divisée en rameaux divergimts. Feuilles 2 fois pinuatiQdes, à lobes linéaires. Fleurs dépourvues de collerette, portant cinq sépales étalés , d’un bleu clair , quehiuefois blancs, ayant leurs onglets longs et tiès étroits ; les pétales sont au nombre de huit, d’un bleu plus foncé, rayés de brun en travers. Les cinq ovaires deviennent des capsules allongées, rcnfei mant des graines noirâtres qu’on peut ct)mparer à de grosse poudre à canon. Ces semences sont triaugidaires, ainineies en |iointe à l’extrémité ombilicale, comme chagrinées à leur surface. L’embryon est très petit , droit , placé près de l’ombilic dans un endosperme huileux.

Cette semence possède une odeur aromatique qui devient plus forte par l’écrasement, en acquérant de l’analogie avec celle du carvi et non du cumin, à laquelle on l’a comparée ; d’où lui est venu le nom de cimin noir qu’on lui a donné anciennement. Pour la distinguer des suivantes.

RENOINCUI.ACÉliS. 695

j’ajouterai qu’elle csl cl’uu gris noir foncé, mais non complétemenl noire ; qu’elle offre des angles très marqués et un peu marginaiits ; que ses surfaces sont planes , un peu enfoncées et seulement chagrinées, sans indice de plis transversaux proéminents ; enfin, qu’elle est moins aromatique.

tvif^cllc euHivéc , OU iiiscllc roinaïnc, cumin noie également ;

ni/jella sativaJj. Tige droite, légèrement pubescenic, haute de 30 centimètres, ramifiée. Feuilles sessilcs , deux fois jtinnatifides , à folioles linéaires, aiguës. Les fleurs sont bleues ou quelquefois Jjlanches , solitaires à l’extrémité de la tige ou des rameaux, dépourvues de collerette. Les pistils et les capsules .sont au nombre de ,3 à 5 , et ces dernières sont chargées de petits points tuberculeux. Les semences sont noires, excepté dans une variété dite citrina, qui les a jaunes.

La nigelle cultivée ordinaire a les semences nôtres , triangulaires, amincies en pointe du coté de l’ombilic ; leurs surfaces sont planes , plus profondément rugueuses que celles de la nigelle des champs , et oflVent quelques indices de plis transversaux proéminents; leur odeur est forte , agi’éable et tient à la fois du citron et de la carotte. La variété citrina a les semences semblables , sauf leur couleur jaune grisâtre et leur odeur encore plus forte, qui tient du poivre et du sassafras.

On trouve dans l’Inde une nigelle nommée par lloxburg nujclla indica , mais avec l’indication qu’elle est à comparerait nigella arvensis ; elle est nommée par Ainslie nicjella salioa, et e.st rangée par Decandolle parmi les variétés de cette dernière espèce. Cette plante porte dans rinde le nom Ae kala-Jira -, et j’ai raconté précédemment (page 61) comment scs semences, arrivées en France parla voie du commerce , avaient été prises pour celles de vernonia antkelmifitica. Ces semences ne diffèrent pas de celles du nigclla sativa a et p, non plus que d’autres venues d’Égypte sous les noms de graine noire et de suiieg.

ivisciic rtc Bamas, nigetla Damascena L. Cette espèce diffère de la précédente par l’involucre polyphylle , multifide et capillacé qui est situé immédiatement sur la fleur et qui l’entoure presque complètement, et par la singulière, disposition de ses 5 capsules qui , étant soudées jusqu’au sommet, sont chacune divisées intérieurement eu deux loges concentriques : l’ime intérieure , séminifère ; l’autre extérieure, vide , paraissant résulter de la séparation de l’épicarpe , accru et tuméfié , d’avec l’endocarpe. Les semences sont un peu plus grosses que les précédentes, complètement noires, triangulaires, mais à faces bombées , ce qui leur donne une forme presque ovoïde. Leur surface est traversée par de nombreux |)lis transversaux, proéminents. Elles exhalent , lorsqu’on les écrase , une odeur des plus agréables que j’ai peine à comparer à une autre.

696 DI COTYLÉDON lis THALAMIFLORliS.

Toutes les espèces ou variétés de semences de iiigelle dont je viens de parler, auxquelles il faut ajouter celles de nigelle de Crète (\ariété du nigella sativo) qui sont très aromatiques, sont usitées comme épice dans tout l’Orient. En Égypte, on en saupoudre le pain et les g.âteaux, pour les rendre plus appétissants , et les femmes lui attribuent la propriété d’augmenter l’embonpoint, qui constitue la beauté suprême chez les Orientaux.

11 ne faut pas confondre les vraies nigelles avec une plante qui en porte aussi le nom, mais que l’on désigne plus habituellement sous ceux de nielle des bleds , fausse nielle ou de nigellastrum, et qui doit ses diiïérenls noms à scs semences noires et tuberculeuses. Cette plante, qui est très commune dans les blés, esücli/chnisgitliago Lamk. {Agrostemrna githago L.), de la famille des caryophyllécs (page 600). Ses semences ont h peu près la grosseur de la vesce, sont tout à fait noires, recourbées sur elles-mêmes, couvertes de tubercules rangés par lignes longitudinales ; elles ont été comparées par Ilay, quand on les voit à la loupe , à un hérisson roulé ; elles sont inodores et ont une saveur farineuse accompagnée d’un peu d’amertume et d’àcrcté.

Ancolie vulgaire.

Aquilegia vulgaris L. Car. gén. : Calice pélaloïde , tombant , à 5 divisions ; corolle à 5 pétales ouverts supérieurement , bilabiés ; lèvre extérieure grande et plane ; l’intérieure très petite , jirolongée en un éperon creux , calleux au sommet, sortant entre les divisions du calice ; étamines nombreuses disposées on 5 à 10 faisceaux; les plus intérieures abortives et se transformant en écailles qui entourent les ovaires apres la floraison. — Car. spéc. : 5 ovaires; 5 capsules droites, polyspermes; éperons recourbés ; capsules velues. Tige feuillue , multillore. Feuilles presque glabres ; style ne surpassant pas les étamines. 2:.

Cette plante s’élève à la hauteur de 50 centimètres. Ses feuilles rcs semblent h celles de la grande chélidoine; leur couleur verte est inégalement mélangée de brun et de noir. Ses (leurs sont d’une belle couleur bleue lorsqu’elle croît naturellement dans les prés , dans les buissons et dans les bois un peu humides ; mais leur couleur varie beaucoup par la culture, ainsi que le nombre et la situation de leurs cernets. On les dit corniculées lorsque les pétales accessoires, nés de la transformation des étamines, sont tous éperonnés , les éperons étant prolongés en dessous ; inverses, quand les éperons sont dirigés en l’air par la torsion de l’onglet des pétales; êtuilées, quand les pétales accessoii-es sont planes et privés d’éperons; dégénérées , lorsque les pétales et les étamines avortent, et que les sépales du calice, mnlii|)liés, prennent une couleur verte.

REKONCUtACÉl-S. 697

L’ancolie a fté iisil6e comme diurétique et apéritivc, et ses semences, mises en émulsion , passaient pour faciliter la sortie des pustules varioliques. Ses fleurs bleues peuvent servir à faire un sirop susceptible d’être emiiloyé comme réactif, à l’instar de celui de violettes, pour démontrer la présence des acides et des alcalis.

Daiipiiinclles.

Genre de plantes renonculacées , appartenant h la tribu des clléborées, dont voici les principaux caractères ; Calice coloré, tombant, h 5 sépales dont le supérieur est terminé, à la base, par un éperon creux ; corolle à h pétales quelquefois soudés entre eux , et dont les deux supérieurs sont allongés , par la base, en appendices renfermés dans l’épei on ; étamines nombreuses ; de 1 à 5 ovaires devenant autant de follicules distincts.

Ce genre comprend un assez grand nombre d’espèces dont plusieurs sont répandues en Europe et sont cultivées comme plantes d’ornement. Les deux plus communes portent le nom vulgaire Aq pied-d'alouette et se distinguent en iiîcd-d’aloHeMe des champs et pied-d’alouette des jardins. La première portait autrefois le nom de consolide royale {.consolida vegalis] , et a reçu de Linné le nom de delpldnimn consolida. Elle croît dans les champs. Sa racine fibreuse et annuelle donne naissance à une tige droite, haute de 35 à 50 centimètres, divisée en rameaux étalés et garnie de feuilles à trois divisions principales , découpées elles-mêmes en plusieurs lanières linéaires. Ses fleurs, dont le calice est ordinairement d’un beau bleu, sont disposées à l’extrémité de la tige et des rameaux en grappes peu garnies. Les quatre pétales sont soudés et forment une corolle monopétale blanchâtre , prolongée à sa base en un éperon renfermé dans celui du calice. Il n’y a qu’un ovaire , et le fruit se compose d’une seule capsule glabre, polysperme. On dit que les semences possèdent l’âcreté de celles de la staphisaigre, et qu’elles peuvent servir également à détruire la vermine de la tête.

Le picd-d’aiouctic des jardins {delphinium Ajacis I,.) diffère de la précédente en ce qu’il s’élève davantage et se ramifie moins. Ses feuilles sont plus rapprochées , plus grandes , à un plus grand nombre de divisions, et ses fleurs sont plus nombreuses également, plus rapprochées, plus grandes , portées sur des pédoncules plus courts. Elles sont formées, de même que dans la première espèce, d’un calice à 5 sépales naturellement bleus , mais pouvant devenir blancs ou roses et pouvant se doubler par la culture. La corolle est blanche et marquée , vers le haut, de quelques lignes d’un pourpre foncé, dans lesquelles on a cru voir les Icttics A I A I , ce qui a fait penser aux commentateurs que la

698 DICOTYI.ËDONES THALAMIFLORES,

plante pouvait êtivj l’iiyacinthc de Théocrite et d’Ovide, de laquelle ce

dernier poëte a dit , en parlant d’Apollon :

Ipse suos semilus foliis inscribit, et AI, AI Flos habet iiiscriptum ; funestaque liltera ducla est.

ou bien la fleur d’Ajax, à laquelle Virgile fait allusion dans sa troisième Églogue :

Die quibus in terris inscripti noniina regum Nascantur flores , et l’hyliida soins habelo.

Staphisaigre ( lig. 43u ).

Delphinium staphisagria L. Racine annuelle , pivotante , simple ou peu divisée. Tige cylindrique , droite , peu rameuse , velue , ainsi que les pétioles des feuilles; baille de 35 à 65 cenlimèlres. Feuilles palmées , toutes pétiolées , découpées en 5 ou 7 lobes. Les fleurs sont d’un bleu clair, disposées en grappe terminale , munies de bractées à lu base des ])édicelles. Les pétales sont libres ; les deux inférieurs sont unguiculés et les deux supérieurs prolongés en apliendices qui pénètrent dans l’éperon.

L’éperon est très court. Le fruit est comiiosé de 3 capsules courtes et ventrues , terminées par les styles persistants. Les semences sont volu-* mineuses , au nombre de ciiuj dans chaque capsule, et tellement comprimées les unes contre les autres (|u.’elles forment une seule masse solide, remplissant toute la capsule et simulant une semence unique. Les semences isolées sont grosses comme celles de la gesse, irrégulièrement triangulaires , à surface noirâtre et réticulée, contenant une amande blanche et huileuse. L’amande et le test ont une odeur désagréable et une saveur âcre , insupportable.

La staphisaigre croît dans les lieux ombragés de la France méridionale et do l’Italie; on peut la cultiver dans les jardins comme plante d’agrément. Ses semences sont un poison très actif pour l’homme et les animaux ; elles enivrent le poisson , comme le fait la coque du Le-

RENONCULACÉES. 699

vanl. Elles sont aujourd’hui coniplélemcnt bannies de la médecine interne , et ne servent h l’extérieur que pour faire mourir la vermine de la tête , ce qui a valu à la plante le nom à' herbe aiuc poux , ou pour guérir la gale et ipjckpjes affections dartrcuses.

MM. Lassaigue et Feunclle ont obtenu de l’analyse de la semence de staphisaigre : un principe amer brun , une huile volatile , une huile grasse, de l’albumine, une matière animalisée, du mucoso-sucré , une substance alcaline organique nouvelle , qu’ils ont nommée delphine et (|ui existe dans la semence à l’état de surmalate ; un principe amer jaune, des sols minéraux. (Voir, pour les propriétés de la delphine et pour les observations de M. Couerbe , la Pharmacopée raisonnée , page 688. )

Aconits.

Car. gén.; Calice à 5 sépales pétaloïdes, dont le supérieur est ample, concave et en forme de casque ; corolle formée de 5 pétales dont deux supérieurs dressés dans l’intérieur du casque , longuement onguiculés et en forme de cornet ou de capuchon ; les trois antres pétales sont très petits, réduits à l’état d’onglets ou convertis en étamines. Étamines très nombreuses; 3 ou 5 pistils; 3 ou 5 capsules ovales, dressées, aiguës , à une seule valve , polyspermes.

Les aconits sont des plantes fort vénéneuses , que la beauté de leurs fleurs fait cultiver datis les jardins. Les principales espèces sont :

L’aconit anthorc, acoïiitum ütithora L. Cette plante est vivace et croît dans les contrées montagneuses de l’Europe. Elle pou.sse une lige angideuse, ferme, un peu velue, haute de 50 centimètres. Scs feuilles sont nombreuses , à divisions palmées , multifules , terminées en lobes linéaires. Les fleurs sont d’un jaune paie , pourvues d’un casque en forme de bonnet phrygien. La racine est composée de tubercules charnus , fasciculés , pourvus d’un grand nombre de radicules; elle est brune au dehors , blanche en dedans, d’une saveur âcre et amère. Ou l’a conseillée autrefois comme contre-poison des autres aconits , et .spécialement d’une espèce de renoncule très vénéneuse nommée thora ou phlhüva {ranunculus thora L.) , et de là est venu à la première le nom iVanthorc ou à’aconit sahitifère; mais ses seules bonnes qualités sont peut-être d’être un peu moins [lernicieuse que les autres.

Aconit inc-ioup , acouitiini lycoctonum L. Plante haute de 60 à 100 centimètres, pourvue de feuilles pubescentes profondément divisées en 3 ou 5 lobes Irifides et incisés ; hractéoles placées au milieu des pédiceiles. Fleurs d’un blanc jaunâtre à casiiue conique, obtus, pubescent. Sa racine , coupée par morceaux et mélangée à une pâtée de viande, sert à empoisonner les loups.

700 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

Aconit iiapci , aconitum napellus L. (fig. Zi36). Espèce très variable dans sa forme, haute de 65 h 100 centimètres, ayant une lige droite terminée par un épi plus ou moins long et plus ou moins serré, ou par une panicule de belles fleurs bleues.

Ses feuilles sont d’une belle couleur verte, luisantes, presque entièrement divisées en lobes palmés, pinnatifides , dont les divisions sont élargies vers l’extrémité. Le casque est demi-circulaire , comprimé , terminé par une pointe courte. Le sac formé par le cornet des pétales est sous-conique , terminé par un éperon court , épais , incliné. Les ovaires et les capsules sont au nombre de trois. La racine, qui est très vénéneuse, a la forme d’un petit navet, et c’est de là que lui est venu le nom de napellus, diminutif de napus; mais cette racine est ligneuse , munie d’un grand nombre de radicules , et elle offre ordinairement l’assemblage de deux ou trois tubercules fusiformes, développés horizontalement h coté les uns des autres , et qui se détruisent successivement après avoir duré deux ou trois ans.

On trouve dans le Journal de clùmie médicale , t. III , p. 3/i4 , le récit de l’empoisonnement de quatre personnes, dont trois sont mortes, pour avoir bu environ 30 grammes d’eau-de-vie dans laquelle on avait fait infuser, par erreur, de la racine d’aconit au lieu de celle de livèche. Les jeunes pousses de l’aconit sont peu actives, et Linné rapporte que les Lapons les mangent cuites dans la graisse ; mais les feuilles développées sont fort dangereuses, comme plusieurs accidents l’ont prouvé. Cependant l’extrait , employé à petite dose, a été préconisé par Stoerk comme sudorifique dans les cas de syphilis , de rhumatismes goutteux , articulaires , etc. , et employé depuis, par beaucoup d’autres médecins, dans un certain nombre d’autres maladies. Malheureusement , le mode de dessiccation de la plante , de préparation de l’e.xtrait, et l’anciennetc plus ou moins grande des préparations, paraissent influer beaucoup sur l’activité des médicaments. On admet également que la plante venue naturellement sur les montagnes est beaucoup plus active que celle cultivée dans les jardins. Enfin, il est probable que l’c.spèce ou la variété

Fig. 436.

KENONCULACÈES. 701

(l’acoiiil employée influe également sur les résultats qu’on peut en attendre; mais il est difficile de dire quelles sont celles qui méritent la préférence , en raison du grand nombre d’espèces ou de variétés qui paraissent avoir été employées à peu près indifféremment sous le nom A' aconit napel. Ces plantes sont :

Les aconitum tauricum , spicatum , moxrostachyum , neubergense , etc. , variétés de ['aconitum napellus.

Et aconitum variegatum^ rostratum,j)cmiculatum, stoerkianum, intermedium , etc. , espèces ou variétés formées de ['aconitum cammariim L.

Pendant longtemps les chimistes ont vainement cherché à isoler le principe actif de l’aconit, et l’on avait fini par supposer que ce principe étant volatil , se perdait pendant les opérations employées pour l’obtenir . Cependant MM. Geiger et Hesse, d’un cote, et M. Berthemot, do l’autre , sont parvenus à extraire des feuilles d’aconit un alcaloïde fortement vénéneux, auquel la plante doit nécessairement ses propriétés ; mais connue les propriétés assignées à l’alcaloïde ne sont pas identiques, puisque celui de M. Hesse dilate la pupille , tandis que l’autre la contracte , il est à désirer que de nouvelles recherches soient entreprises sur ce sujet , et qu’elles soient dirigées sur la racine de la plante , de laquelle , probablement , le principe sera plus facile à retirer que des feuilles.

Aconit féroce , aconitum fci'ox Wallich. Celte plante croît dans le Népaul , aux lieux élevés de la chaîne de l’Hymalaya. Elle ressemble beaucoup à ['aconitum napellus la couleur et la disposition de ses fleurs, et par ses feuilles à 5 lobes palmés et pinnatifidcs. La racine est également formée de un, deux ou trois tubercules ovoïdes allongés ou presque fusiformes, longs de 5,5 à 11 centimètres , d’un brun noirâtre an dehors , blanchâtres à l’intérieur ; ils sont amylacés, inodores, d’une saveur âcre et amère, et renferment un des poisons les plus actifs du règne végétal , ainsi qu’il résulte des expériences du docteur 'Wallicli et de âl. J. Pereira. Un seul grain d’extrait alcoolique , introduit dans la cavité du péritoine d’un lapin, le tua en deux minutes; 2 grains introduits dans la veine jugulaire d’un fort chien l’ont tué en trois minute.s. L’extrait introduit dans l’estomac agit beaucoup moins , et l’extrait aqueux est plus faible que l’alcoolique. {Journ. deckim. méd,, 1830, p. 662, et 1835, p. 109.)

Pivotnes.

Car. gén. : Calice à 5 sépales concaves, orbiculaires, persistants ; corolle à 5 ou 10 pétales orbiculaires privés d’onglets; étamines très nom-

702 DICOTYLÉDONES TIl ALAMIFLORES.

Fig. 437.

breuses ; de 2 à 5 ovaires épais , enlourés , à leur base , d’un disque charnu , couronnés chacun par un stigmate sessile , épais , falciforme , coloré. Le fruit consiste en plusieurs capsules ovales-oblongues , ventrues, terminées par une pointe droite ou recourbée, îi une seule loge, s’ouvrant du côté interne et renfermant des semences globuleuses , lisses et luisantes.

Les pivoines sont de très belles plantes qui croissent naturellement dans les lieux rudes et montueux do l’ancien monde, du Portugal jusqu’à la Chine, et qui font rorncmenl des jardins par leurs magnifiques fleurs souvent doublées par la culture, très souvent d’un rouge, vif , quelquefois 1 blanches , jamais bleues ni jaunes. Une des plus belles espèces est le moii-tan , OU pivoine en ariire de Chine ( pœonia moutan Sims) , dont la tige est ligneuse , ramifiée, haute de 3 it h pieds dans nos jardins (plus élevée dans son pays natal ) , garnie de feuilles hipinnaiisectées, à segments ovales oblongs, glauques en dessous. Les fleurs sont larges de 13 à 19 centimètres, d’un rouge clair, quelquefois blanches, d’une faible odeur de rose; les capsules sont velues , portées sur un disque charnu qui, dans une variété {pœonia papaveracea) , les

renferme presque complètement.

Deux espèces de pivoines indigènes , connues sons les noms vulgaires de pivoine mâle et de pivoine femelle, oiit été longtemps préconisées en médecine contre l’épilepsie ; mais elles sont aujourd’hui presque complètement oubliées. La première , nommée aujourd’hui pœonia coralLina, est herbacée, haute de 6ü h 100 ceniimètres, rougeâtre dans la partie supérieure des rameaux. Les feuilles sont découpées en segments deux fois ternés, ovés, glabres , entiers , d’un vert foncé et luisantes en dessus, blanchâtres en dessous , portées sur des pétioles rougeâtres. Les fleurs sont solitaires à l’extrémité des rameaux , le plus souvent simples et de couleur purpurine ou incarnate. Les capsules sont écartées dès la base , recourbées en dehors, cotonneuses, déhiscentes par la partie supérieure du côté interne, et montrant des semences globuleuses gro.sses comme des petits pois, d’un beau rouge d'abord , puis d’un bleu obscui-, enfin noires. La racine est napiforme, grosse comme le pouce ou davantage, pivotante ou ramifiée, de couleur rougeâtre au

RKNONCUT.ACÉES. 703

dehors , blanchâtre en dedans, d’une odeur forte, analogue à celle du raifort, lorsqu’elle est récente. Nouvellement séchée, elle conserve encore une partie de son odeur et une saveur assez marquée ; mais lors- (|u’olle commence à vieillir , et telle qu’elle existe presque toujours dans le commerce , elle n’est plus que farineuse et un peu astringente. Elle entre dans le sirop d’armoise composé et dans la poudre de Guttétc. Ses semences servent à faire pour les jeunes enfants des colliers auxquels on attribue la propriété de faciliter la dentition. On prépare avec les fleurs une eau distillée et un sirop. La racine a été analysée par i\l. Morin [Journ. de pliarm.,X. X, p. 287).

La pivoine mâle est rare dans les jardins , où l’on ne trouve guère que la pivoine femelle qu’on lui substitue le plus ordinairement.

Pivoine l'cmeiic , pæoiüa offwincdis Iletr. (fig. Zi37). La racine de cotte plante est formée de tubercules oblongs, comme ceux de l’asphodèle, suspendus à des fibres. Sa tige est hante d’un mètre environ , ramifiée, verte et non rougeâtre, pourvue de feuilles découpées en segments deux fois lernés, glabres et oblongs , dont les lobes latéraux sont ordinairement entiers , et le lobe terniinal partagé en deux ou trois parties, [.es fleurs sont ordinairement d’une belle couleur rouge et souvent doublées par la culture ; les capsules sont velues, dressées à la base, divergentes par le sommet. Les semences .sont plus petites que dans l’espèce précédente et oblongucs.

On cultive dans les jardins beaucoup d’autres espèce ^ ou variétés de pivoine, et principalement ks pwoni a peregrina , Inbata , albiflora , hybrida , laciniaki , etc.

Aiïixrioaif

A l’article galle de Chine (PAGE 462).

J’ai terminé cet article en annonçant que la figure de l’arbre qui produit cette galle, tirée àü pen-tsao , ne sulTi.sait pas pour en faire connaître le genre, ni même la famille, âlais M. Decaisne , professeur au Muséum d’histoire naturelle, m’a fait savoir récenimeni que cet arbi'e paraît être le distylium raceinoswn de Zuccarini {Flora japonicn , I, p. 178, t. 9'i ) , grand arbre du Japon, de la famille des hamamélidées, dont les feuilles sont fréqiienmieni piquées par un puceron , et produisent une galle velue qui paraît semblable à celle du

/Vl)Dn•IO^.

ou-pey-tse. Lg temps ne m’ayant pas permis de faire copie la figure donnée par Zuccarini , je présente ici celle tirée du pen-lsao, telle (lu’elle m’a été communiquée par M. le professeur Pcreira.

Fig. 438.

nfl

Le nom qui se trouve au haut de la figure, à droite, contre la grappe de fleurs, est oii-pei-tse ou woo-pei-tsze ; celui qui est de côté, à gauche, contre les galles, est yen-fou-fsze, qui paraît être le nom particulier de la galle ; le troisième nom , placé au bas de l’arbre , est fou-muh.

FIN DU TROISliiME VOLUME.

Page 1