‹ Histoire naturelle des drogues simples ou cours d'histoire naturelle professé a l'Ecole de Pharmacie de Paris (volume 4)Chapitre 84 sur 85 · FAMILLE DES NY.MPHÉACÉES · texte numérisé non relu

FAMILLE DES NY.MPHÉACÉES

Grandes et belles plantes qui nagent à la surface des eaux et dont la tige forme une souche souterraine de forme variée. Leurs feuilles sont

662 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

alternes, entières, orbiculées, portées sur de très longs pétioles. Leurs fleurs sont grandes , solitaires , portées également sur de longs pédoncules qui les élèvent jusqu’à la surface de l’eau. Leur périanthe est composé d’un grand nombre de parties disposées sur plusieurs rangs; les plus extérieures, au nombre de h ou 6, sont de la nature des sépales, vertes au dehors et consistantes; les intérieures sont pétaloïdes et diversement colorées. Les étamines sont très nombreu.ses , insérées sur plusieurs rangs au-dessous de l’ovaire , ou même sur le contour de l’ovaire, de même que les pétales les plusjntérieurs, qui ne sont sans doute que des étamines transformées. L’ovaire est libre et sessilc au fond delà fleur, ou soudé avec le calice; il est surmonté d’un disque sessile à stigmates rayonnants , et divisé intérieurement en autant de loges qu’il y a de stigmates sur le disque. Le fruit est charnu, indéhiscent, à plu.sieurs loges polyspermes. Les graines sont formées d’un tégument épais, contenant un gros endosperrae farineux, surmonté d’un deuxième endosperme beaucoup plus petit, qui renferme un embryon à deux cotylédons.

La nature, en formant les êtres organisés, paraît n’avoir eu qu’un but, celui deles pourvoir d’organes itropres à les faire vivre; ou plutôt, peutêtre, parmi le nombre infini d’êtres qu’elle a pu créer, ceux-là seuls ont vécu dont les parties se sont prêtées à la permanence de la vie. Or que sont nos classifications auprès de l’innombrable variété des combinaisons nées de la fécondité de la nature?

Lesnymphéacées sont un des nombreux exemples de l’impuissance de nos méthodes. Les botanistes ne peuvent s’accorder sur la place qu’elles doivent occuper dans la méthode dite naturelle. Les uns , se fondant sur les deux cotylédons de l’embryon , les rangent dans les dicotylédones, et alors leur place doit être auprès des papavéracées; les autres, considérant la structure endogène du rhizome et le port général des plantes, les mettent dans les monocotjiédones , auprès des hydrocharidées. Le fait est qu’elles participent des caractères de ces deux grandes divisions du règne végétal , et qu’elles ne peuvent appartenir exclusivement ni à l’une ni à l’autre.

Les nyraphéacées ne comptent qu’un petit nombre de genres partagés en trois tribus. Dans la première , composée des genres euryala et Victoria, l’ovaire est adhérent au calice et les pétales sont distincts. Dans la seconde tribu, formée des genres nymphœaet nupliar, le calice est libre et les pétales distincts. Dans la troisième , ne contenant que le seul genre barclaya , le calice est libre et la corolle est gamopétale , portée sur le sommet d’un torus.

Le genre Victoria, dédié par .M. Lindley à la reine d’Angleterre, ne comprend que deux espèces, dont une nommée Victoria regina, est

NYMPHÉACÉES. 663

une plante magnifique et tout à fait extraordinaire i)ar réiionne grandeur de ses feuilles et de sa fleur, qui viennent s’étaler sur les bords du fleuve des Amazones et de la rivière Berbice, dans. la Guyane anglaise. Les genres mjmphœa et nuphar, autrefois réunis et formant aujourd’hui la tribu des nymphées , comprennent ensemble une trentaine d’espèces dont deux croissent naturellement en Europe et deux autres en Égypte , où elles ont été l’objet d’une sorte de culte religieux, comme tout ce qui tenait an Nil, à titre de produit ou d’attribut.

Nénuphar blanc (fig. 424).

Nymphœa alba L. — Car. gén. : Calice coloré à k folioles ; corolle à 16-28 pétales , insérés surtout autour de l’ovaire et sur plusieurs rangs ; étamines nombreuses insérées sur l’ovaire au-dessus des pétales ; ovaire ovoïde, couronné par un stigmate large, orbiculaire, étoilé ; capsule sphérique, couverte de cicatrices, charnue, divisée en 16 à 20 loges, contenant chacune plusieurs graines attachées aux cloisons. — Car. spéc. : Feuilles en cœur , arrondies , très entières ; stigmate k 16 rayons ascendants.

Le nénuphar blanc croît dans les étangs et dans les eaux tranquilles. Son rhizome est cylindrique , un peu comprimé , charnu , jaune à l’intérieur, moinsgrosque le bras, couché horizontalement au fond de l’eau ; il est muni de radicules fibreuses qui s’enfoncent dans le sol , et est pre.sque complètement recouvert par des écussons de couleur noire. Ses feuilles .sont flottantes à la surface de l’eau , très grandes , cordiformes-arrondies, ou mieux peltées-orbiculaires, mais échancrées d’un côté jusqu’au pétiole. Lesfleurs, qui viennent aus.si s’épanouir sur l’eau, sont larges de 8 à 11 centimètres , très belles , d’un .blanc éclatant, et lui ont mérité

664 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

Je nom de lis d‘eau ou de Us des étangs. Ces fleurs sont usitées pour faire un sii op que l’on croit être calmant et réfrigérant. Le rhizome passe pour avoir la même propriété; mais il n’est pas usité, parce que l’idée qu’on se fait de sa blancheur prétendue est cause qu’on emploie h sa place le rhizome du nénuphar jaune [nuphar lutea) , qui est blanc, tandis que celui du nénuphar blanc est jaune h l’intérieur et rendu presque noir à l’extérieur , par la grande quantité de tubercules foliacés ou radicaux qui le recouvrent.

Ces deux plantes étaient connues des anciens, et Dioscoridc les a bien décrites. Mais elles n’ont pas égalé en réputation les deux nymphæas du Nil, dont l’un, nommé /o^os, a la racine tubéreuse, oblongue, grosse comme un œuf de poule, noiiAtre extérieurement , jaune en dedans, d’une saveur douce. Ses feuilles sont cordiformes , ovales, dentées sur le bord. Ses fleurs .sont blanches, roses sur le bord, ii 16 ou 20 pétales. Ses fruits sont arrondis, do la grosseur d’une petite pomme, entourés h la base par les divisions du calice , un peu allongés en pointe à l’extrémité. Les Égyptiens mangent encore aujourd’hui la racine de cette plante, après l’avoir fait cuire dans l’eau ou autrement, et font une sorte de pain avec ses graines, ainsi que l’usage en existait déjà , au temps d’Hérodote et de Théophraste. Cette plante est le nympheea lotus L.

L’autre nymphæa du Nil [nxjmpliœa cœrulea Sav. ) a la racine tubéreuse , piriforme; les feuilles arrondies, échancrées à la base, et les fleurs d’une belle couleur bleue. On la cultive en France en la tenant toute l’année dans la serre chaude, placée dans une terrine , au milieu d’un grand baquet d’eau. Elle y fleurit très bien. Cette plante porte en arabe le nom de Imoufar ou niloiifar, d’où nous avons fait nénuphar.

Nénuphar jaune.

Nuphar lutea DC., mjmphœa lutea L.

Fig. 423.

Cette plante croît dans les mêmes lieux que le nénuphar blanc et dans les eaux courantes. Elle se distingue du nénuphar blanc par son rhizome blanc b l’intérieur, jaunâtre à l’extérieur, portant à sa surface, .sons forme d’écussons, des écailles trapézoïdales brunâtres, assez légulièrement espacées et disposées en .spirale. Ses feuilles sont oblongues ,

NYMPMÉACÉtS. C65

écbancrées (lu côté interne jusqu’au pétiole, qui est triangulaire. Ses Heurs sont formées d’un calice à 5 sépales et de 10 à 18 pétales, beaucoup plus petits que les sépales, jaunes , tous insérés sur le réceptacle , ainsi que les étamines, de sorte que l’ovaire est complètement libre, et que le fruit ( représenté figure 025 ) est lisse h sa surface et dépourvu de cicatrices. II est aminci en pointe à la partie supérieure et terminé par le disque qui porte les stigmates; il est divisé intérieurement en loges rayonnantes remplies par une pulpe au milieu de laquelle sont nichées les semences. Ainsi que je l’ai dit plus haut, c’est cette plante qui fournit la racine de nénuphar employée en pharmacie; de sorte que les parties connues en médecine sous les noms de fleur et de racine de nénuphar appartiennent à deux plantes différentes : la Heur appartient au nymphwa alha, la racine au nuphar lulea.

M. Morin, de Rouen, qui a fait l’analyse de cette racine, en a retiré beaucoup d’amidon , du muqueux, du tannin, du sucre incristallisable, de la résine, une matière azotée, différents sels, etc. [Journ. de pharm., t. VII, p. 050). La quantité de tannin est assez grande pour que la racine puisse servir à la teinture en noir.

Nélumbiacées. On a établi cette famille pour un genre de plantes très peu nombreux en espèces , dont le type a été fourni par une plante qui croissait autrefois dans le Nil , d’où elle a complètement disparu aujourd’hui ; mais elle a été retrouvée dans l’Inde par Rheede , et dans les îles Moluques par Rumphius, ce qui a permis de vérifier l’exactitude des descriptions que les anciens , et principalement Théophraste , nous en ont laissées.

Cette plante est la fève a'Égypte ( xûapo; «lyhKTto^ Tliéopli. ; nelumbium speciosum AVilld. ; nelmnbo nucifera Gærtn. ; nymphœa nelumbo L.). C’est autrement le lotos sacré qui surmonte la tête d’Isis etd’Osiris, et le tamarara de la mythologie indienne, qui sert de conque flottante à Vichnou et de siège à Brama.

Pour les modernes, c’est toujours une des plus belles plantes qui ornent la surface des eaux. Sa racine est longue, charnue, rampante, munie de distance en distance de nodosités d’où s’élèvent les longs pétioles des feuilles ou les pédoncules des fleurs , les uns et les autres couverts d’épines courtes. Ses feuilles sont peltécs ou en forme de bouclier, creusées au centre, larges de 60 à 70 centimètres. Les fleurs sont deux fois grandes comme celles d’un pavot, formées d’un calice à h ou 5 sépales et d’une corolle à 16 28 pétales roses. Les étamines sont très nombreuses, multisériées , in.sérécs sur le réceptacle, à filament prolongé en appendice au-de.ssus de l’anthère. Au centre de là fleur se trouve un torus charnu, turbiné, tronqué supérieurement et creusé, à la face supérieure, de 20 à fO alvéoles dans chacun desquels

DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

est placé un ovaire uui-ovulé , surmonté d’un style court et d’un stigmate. Les fruits sont des askoses ovoïdes, de la grosseur d’une petite noisette , dont le sommet excède un peu la surface du lorus accru et présentant la forme conique d’un guêpier ou d’une pomme d’arrosoir (fig. /1.26). Chaque askose contient, sous un double tégument, un embryon sans endosperme , épais , charnu , renversé , entier par la

Fig. 426.

partie supérieure, divisé en deux parties inférieurement, contenant, sous une membrane mince, une plumule descendante, dipbylle, germant dans l’intérieur du fruit. Les anciens mangeaient ce fruit récent ou desséché et réduit en farine; ils mangeaient aussi la racine cuite.

FAMILLE DES BERBÉRIDÉF,S.

Herbes ou arbrisseaux à feuilles alternes, accompagnées de stipules souvent persistantes et 6pineu.ses. Fleurs ordinairement jaunes , en épis ou en grappes; calice à ü ou 6 sépales, accompagné extérieurement de plusieurs écailles; pétales en nombre égal et ojtposés aux sépales; étamines en même notnbre , également opposées aux pétales ; anthères sessilos ou portées sur un filet, mais offrant toujours deux loges dont chacune s’ouvre de bas en haut par une sorte de panneau. Ovaire uniloculaire renfermant plusieurs ovules. Fruit sec ou charnu, uniloculaire, indéhiscent. Semences contenant un embryon droit au milieu d’un endosperme charnu. Cette, famille, composée d'un petit notnbre de genres, ne fournit à la pharmacie que le berbéris ou épine-vinette , dont nous employons les fruits ou les semences. La racine sert à la teinture.

lîERBÉRIDÉES.

BcrbÆris , ou Ëplnc-VineUc.

Berbei'is vulgaris L. (fig. 427). Arbrisseau haut de 2 à 3 mètres, divisé en branches rameuses , armées d’épines simples ou tripartiles. Ses feuilles sont assez petites, ovales - oblongues , rétrécies en pétiole à la base , glabres , bordées de dents très aiguës et presque épineuses. Elles sont pourvues d’une saveur acide agréable. Les fleurs sont petites, jaunâtres, pédonculécs , disposées en grappes simples et pendantes, qui sont eiitouréo's à leur base d’une rosette de 8 à 10 feuilles d’inégale grandeur. Elles ont une odeur désagréable et comme spermatique. Elles sont à 6 pétales et h 6 étamines insérées entre deux glandes à la base de chaque ])étale. Lors de la fécondation, les étamines, qui sont cachées dans la concavité des pétales, se redressent l’une après l’autre pour venir répandre leur pollen sur le stigmate. Ces étamines présentent d’ailleurs une irritabilité analogue à celle de la sensitive ; lorsqu’on irrite le filament par le contact d’une aiguille, elles se rejettent sur le pistil ; l’électricité cl la chaleur d’un verre ardent produisent le même phénomène, d’après Kœblrenter. Les insectes qui vont puiser le miel sécrété par les glandes situées à la base des pétales le produisent également et favorisent ainsi l’éjaculation du pollen.

Les fruits ont la forme d’une baie allongée, d’un rouge de corail (1), d’une acidité forte , mais agréable, due à l’acide malique. On en fait un sirop et une confiture qui sont très agréables. Les semences entrent dans l’électuaire diascordium. Elles sont petites, longues, rougeâtres, inodores, d’une saveur astringente et comme vineuse.

(1) Il y a des variétés dont les fruits sont jaunes , violets , pourpres , noirâtres ou blancs ; une autre n’a pas de semences.

668 DICOTYLÉDONES TIIALAMIFLORES.

La racine de berbéris est ligneuse , d'un jaune pur, à slruclurc rayonnée , connue celle des niénisperoiées. Elle est usitée pour la teinture en jaune , ainsi que son écorce , qui est quelquefois substituée à celle de grenadier. J’ai fait connaître précédemment (p. 259) les moyens de les distinguer. Le principe colorant de la racine de berbéris a été obtenu à l’état de pureté par ftlM. Bucbner père et fds , qui lui ont donné le nom de berhérine [Joiirn. pharm., t. XXI, p. 508).

FAMILLE DES MÉNISPER.MACÉES.

Plantes ligneuses , sarmenteuses et grimpantes des pays cbauds, dont les feuilles sont alternes, privées de stipules, et les fleurs le plus souvent dioïques. Le calice se compose de plusieurs sépales disposés par séries de 3 ou h ; il en est de môme de la corolle, qui manque quelquefois. Les étamines sont libres ou monadelpbes , en nombre égal , double ou triple de celui des pétales , ou indéterminé. Les carpelles sont peu nombreu,\, libres ou soudés, contenant un seul ovule ampliitrope ; d’autres fois uniques mais excentriques, d’abord dressés, puis recourbes de manière à rapproeber le sommet de la base. Le fruit est une baie ou un drupe droit ou réniforme , contenant une semence inverse , droite ou courbée en fer à cheval , pourvue ou dépourvue d’endosperme , contenant un embryon homotrope , à radicule courte , éloignée du hile.

La famille des ménispermacées, quoique peu nombreuse, renferme beaucoup de plantes actives, usitées dans les contrées qui les produisent. Il y en a trois surtout dont les produits viennent jusqu’à nous. Ces produits sont la racine de Colombo , celle de parcira-braoa et la roque du Levant.

Racine de Colombo.

Cocculm palmatm DC. — Car. gén. : Fleurs dioïques ; calice à 6 sépales, rarement à 9, disposés par séries ternaires; 6 pétales disposés sur deux séries ; fleurs mâles à 6 étamines opposées aux pétales ; fleurs femelles olfrant de 3 à 6 ovaires libres , uniloculaires , surmontés d’un stigmate scssile, simple ou bifide au sommet. Fruits composés de drupes presque secs, à noyau réniforme renfermant une semence conforme , dont l’embryon présente deux cotylédons séparés et pai’allcles, interposés dans un endo.sperme huileux (voir la figure 528 qui rcpiésente la coque du Levant, dont la semence est conformée de la même manière). — Car. spcc, : Feuilles cordées à la base , à 5 lobes palmés, profondément divisés, acuminés, très entiers, velus.

MÉNISPEBMACÉES. 66 9

La plante qui fournit la racine de Colombo a passé pendant longtemps pour croître dans l’île de Ceylnn , et surtout dans les environs de la ville de Colombo, d’où la racine a d’abord été transportée en Europe, et qui lui a donné son nom; mais des renseignements plus certains ont appris que le cocculus palmalus , qui la produit, était commun à Madagascar et sur la côte orientale de l’Afrique, d’où la racine était portée sèche à Ceylan. Maintenant que ce fait est bien connu , on tire directement la racine de Colombo de l’Afrique australe. La plante qui la fournit est vivace et à tige grimpante, comme toutes les ménispermées.

La racine de colombo , telle que le commerce la présente, est en rouelles de 3 ii 8 centimètres de diamètre , ou en tronçons de 5 à 8 centimètres de long. Elle est recouverte d’un épiderme d’un gris jaunâtre ou brunâtre, quelquefois presque uni , le plus souvent profondément rugueux ; les rugosités sont irrégulières et n’offrent aucune apparence de stries circulaires parallèles.

Les surfaces transversales sont rugueuses, déprimées au centre de la racine par suite de la dessiccation , ou offrent plusieurs dépre.ssions concentriques comme la bryone desséchée. Dans quelques morceaux dont la végétation paraît avoir souffert et qui sont presque entièrement ligneux , les fibres ligneuses offrent d’une manière frappante la disposition rayonnée des racines de pareira-brava. On observe la même disposition, mais plus difficilement, dans les morceaux mieux nourris et plus amylacés.

La racine de colombo a une teinte générale jaune-verdâtre ; cette couleur, observée dans la coupe transversale, va en s’affaiblissant de la circonférence au centre, à l’exception d’un cercle plus foncé qui se trouve à la limite des couches ligneuses et des couches corticales. Elle a une saveur très amère et une odeur désagréable , mais qui ne dévient sensible que lorsque la racine est rassemblée en masse. Sa poudre est d’un gris verdâtre.

La racine de colombo ne colore pas l’éther, et forme avec l’alcool une teinture jaune-verdâtre foncée; humectée et touchée avec la teinture d’iode, elle prend tout de suite une couleur noirâtre due à la présence de l’amidon ; elle forme avec l’eau un macéré brun qui n’exerce aucune action sur le tournesol, la gélatine et le sulfate de fer. Elle a été analysée par Planche, qui en a retiré : 1” le tiers de son poids d’amidon; 2” une matière azotée très abondante; 3° une matière jaune amère, non précipitable par les sels métalliques ; A" des traces d’huile volatile ; 6“ du ligneux ; 6” des sels de chaux et de potasse , de l’oxide de fer et de la silice. [Bulletin de pharmacie , t. IIl, p. 289.)

M. AVittstok a retiré en outre de la racine de colombo une substance particulière cristallisable , à laquelle il a donné le nom de. colorniine.

670 J)ICOTYLÉDONES THALAMLFLORES.

Pour l’oblenir, on épuise la racine par l’éther et l’on ahandoniie la dissolution à l’évaporation spontanée; ou bien ou évapore aux trois quarts la teinture alcoolique et on la laisse cristalliser. lüO grammes de racine de Colombo ne fournissent que ls'',56 de coloinbine. Cette substance est inodore , fortement amère , non acide ni alcaline , non azotée.

La racine de Colombo a été vantée contre les indigestions, les coliques, les dyssenteries et les vomissements opiniâtres. Elle paraît douée en effet de propriétés très actives. On l’emploie surtout en poudre, en extrait aqueux ou en teinture alcoolique.

Racine de faux Colombo. Vers les aimées ltj20 à 1826 , la racitie de Colombo avait entièrement disparu du commerce français, et on lui substituait presque partout , sans la moindre contradiction , une racine toute différente, mais d’un prix bien inférieur.

Cette fausse racine de Colombo est en rouelles ou en tronçons comme la précédente, mais elle est bien moins régulière dans sa forme. Elle, a une teinte générale jaune fauve, une saveur faiblement amère et sucrée, une faible odeur de racine de gentiane.

Elle offre un épiderme gris fauve , très souvent marqué de stries circulaires, parallèles et serrées. Les surfaces transversales sont irrégulièrement déprimées, comme veloutées, d’un fauve sale ou d’un jaune pâle et blanchâtre. La couleur intérieure est d’un jaune orangé avec nn cercle plus foncé vers la limite des couches ligneuses ; la racine de gentiane offre exactement le môme caractère. La poudre est d’un jaune pâle tirant sur le fauve.

La fausse racine de Colombo n’éprouve aucune coloration par le contact de l’iode , ce qui indique qu’elle ne contient pas d’amidon ; elle communique à l'éther une couleur peu foncée d’un jaune jiur; en faisant évaporer la teinture étliérée et reprenant le produit par l’alcool , il reste une matière jaune, solide, qui se lustre par le frottement comme de la cire. Cette racine colore l’alcool en jaune fauve , et l’eau en jaune orangé. Le macéré aqueux rougit la teinture de tournesol, se colore en vert noirâtre par le sulfate de fer, et se trouble légèrement par la colle de poisson ; de plus , la potasse caustique en dégage de l’ammoniaque sensible à l’odorat, et par l’approche d’un bouchon mouillé d’acide acétique. Rien de semblable n’a lieu avec le vrai Colombo.

J’ai signalé la substitution du faux Colombo au véritable dans le Journal de chimie médicale , t. 11, p. 334; mais sur une fausse indication qui m’avait été donnée, je su])posai alors qu’il venait d’Afrique, par la voie de Marseille. 11 y a longtemps que j’ai rectifié cette erreur en faisant connaître que cette racine provenait des États-Unis d’Amérique , où elle porte effectivement le nom de Colombo, et où elle est produite par le frasera Walteri Mich. , plante de la famille des gentia-

MÉNISPERMACÉES. 671

nées. Au moins avais-je signalé sa ressemblance avec la racine de grande gentiane, et avais-je conclu qu’elle devait appartenir à une plante voisine, mais différente.

Le faux Colombo ne pourrait pas même remplacer notre racine de gentiane, dont il n’est que la pâle copie. On l’en distinguera facilement a sa laible saveur amère, à son odeur peu marquée, et par son collet arrondi supérieurement et terminé par un bourgeon central écailleux; tandis que la gentiane possède une saveur et une odeur des plus caractérisées , et offre un large bourgeon qui occupe tout le disque de la racine. Eiiüh , la racine de gentiane contient une matière analogue à la glu et une grande quantité de principe gélatineux {grossuline ou pectim ) , dont le faux colombe paraît être dépourvu.

Racine de Batua nu de Pareira-Brava.

La racine connue dans les officines sous le nom de pareira - brava est produite par une liane ou plante sannenteuse du Brésil , dont les tigjs, en se tordant autour du tronc et des branebes des arbres voisins, (inissent par en atteindre le sommet, quelque élevé qu’il soit. Son nom pareira-brava veut dire vigne sauvage. Sa racine est ligneuse , très libreuse , dure , tortueuse, quelquefois de la grosseur du bras. Elle est brunâtre à l’extérieur et d’un jaune fauve et grisâtre à l’intérieur. Elle présente, sur sa coupe transversale, plusieurs cercles concentriques d’une couleur brunâtre, dont les intervalles sont traversés par une infinité de lignes radiaires très apparentes. Cette racine , bien nourrie , est gorgée de suc desséché , compacte et pesante ; mais dans des circonstances moins favorables, les faisceaux ligneux dont elle se compose se séparent facilement les uns des autres , suivant les lignes concentriques et radiaires ci-dessus, et la racine étant légère , presque ligneuse et de qualité moindre , doit être rejetée.

On trouve souvent mêlée à la racine de pareira la tige de la plante qui , étant moins active , doit être également rejetée. Elle est couverte d’un épiderme grisâtre, ridé longitudinalement par la de.ssiccatiou. Elle est ordinairement ronde , mais marquée d’uti angle obtus très près duquel se trouve situé le canal médullaire, lequel est ainsi tout à fait excentrique, les couches ligneuses ne s’étant développées que du côté extérieur de la tige volubile.

La racine de pareira-brava est inodore et pourvue d’une amertume très marquée, mêlée d’un goût un peu semblable à celui de la réglisse. Elle paraît être fortement diurétique et a été recommandée contre la colique, néphrétique, la suppression d’urine, l’empoisonnement par la morsure des animaux venimeux. On l’a même conseillée , mais avec

672 D[COTYLÉDONi;S THAIAMIFLORES,

peu de succès sans doule, pour dissoudre les calculs des reins ou de la vessie. Elle a été analysée par M. Foneulle, cjui y a reconnu la présence de l’azotate de potasse, sel que l’on .trouve dans la plupart des substances ligneuses qui ont vieilli dans les droguier.s. La quantité de ce sel est d’ailleurs trop petite pour expliquer la qualité diurétique de la racine , qui doit être attribuée plutôt à quelque principe organique particulier.

La racine de pareira-brava est coininunéincnt attribuée au cissmnpelospareira L, (1), qui croît principalement dans les bois montueux des Antilles; mais elle est plutôt produite par \e cocculus platip/iylla St.-Ilil. , croissant au Brésil, ou pai l’ntoarM/èscens d’AubIct {cocculus rufcscens Endl.) , dont la racine, au dire d’Aublet , est transportée en Europe sous le nom de pareira-brava. Il paraît d’ailleurs que plusieurs espèces de cissampelos ou de cocculus produisent des racines presque semblables et de propriétés très analogues. Tels sont :

1° Le cissampelos glaberrima St.-Hil. , qui est le caapeha de Pison et de Marcgraff, que Linné a eu tort de confondre dans son cissampelos pareira.

2° Les cissampelos ebracteuta St.-Hil., ciovalifolia DC., qui portent également au Brésil le nom de orellia de onca.

3" Le cissampelos caapeba L. , croLssant dans les Antilles, et le cissampelos mauritiana Petit-Thouars, dont les racines sont beaucoup plus grêles que le pareira-brava du Brésil, mais d’organisation et de propriétés semblables.

Coque Un Levant ( fig. -428 }.

Ammirta cocculus Arnolt ; cocculus suberosus DG. ; menispennum cocculus L. , Gærtn., Roxb. La coque du Levant est connue depuis très longtemps sous le nom de cocculi indi; mais l’arbre qui la produit n’est peut-être pas encore parfaitement déterminé. Gærtner, qui a figuré et décrit

I Fig. 428.

{\) Cissampelos pareira L. — Car. gén. : Fleurs dioï(|ues : fleurs mâles à 4 sépales ouverts et cruciformes ; corolle nulle ; disque sous-chaniu ; étamines

MliNISPEUMACÉliS. 673

jardin de Calcutta, provenant de semences reçues du Jlalaltaren 1807; mais à la On de 1812, quoique la plante surpassât en hauteur des arbres élevés , elle n’avait pas encore fleuri. Je ne sais si cet arbre est celui qui , ayant fleuri plus tard , a été figuré dans les plantes médicinales de M. Nees d’Esenbeck, sous le nom de menispermum cocculus Wallicb , et dont l’individu femelle seul se trouve représenté ; mais il ést probable que c’est lui dont l’individu mâle se trouve décrit, d’après M. Walker-Arnott , dans les Annales des sciences naturelles Ac 183A , t, II, p. 65 ; de sorte qu’il faudrait réunir les deux descriptions pour avoir une connaissance complète de l’espèce. M. AYalker-Arnott admet comme synonymes X'anamirta racemosa Colebr. et le menispermum heleroclilum de Roxburgb.

Voici les caractères du genre anamirta : Fleurs dioïques. Fleurs mâles offrant un calice court, tripartite ; une corolle à 6 pétales bisériés, réfléchis ; des étamines nombreuses réunies en un tube central, cylindrique, dilaté et arrondi au sommet, lequel se trouve couvert d’anthères sessiles , adnées, quadriloculaires. Fleurs femelles à calice triphylle , très caduc; corolle nulle ; 3 ovaires libres et sessiles au sommet d’un gynophore cylindrique ; styles très courts , stigmates arrondis sur le côté. Le fruit est formé de 3 drupes charnus, dont un seul persiste le plus souvent; cedrupe persistant et un peu recourbé en forme de rein, renferme un noyau incomplètement séparé en deux loges par un repli do la suture ; la semence est inverse et contient un embryon droit, au milieu d’un endosperme charnu.

La coque du Levant , telle que le commerce la fournit , est plus grosse qu’un pois, arrondie et légèrement réniforme; elle est formée d’un brou desséché, mince, noirâtre, rugueux, d’une saveur faiblement âcre et amère , et d’une coque blanche , ligneuse , à 2 valves, au milieu de laquelle s’élève un placenta central rétréci par le bas, élargi par le haut et divisé intérieurement en deux petites loges. Tout l’espace compris entre ce placenta central et la coque est rempli par une amande creuse à l’intérieur et ouverte sur le côté pour recevoir le placenta. L’embryon est formé d’une radicule cylindrique , supère , et de deux cotylédons foliacés , écartés et recourbés comme les branches d’un forceps, et plongeant, de chaque côté du placenta , dans une

réunie.s en une colonne monadelphe h 4 anthères uniloculaires. Fleurs femelles à un seul sépale unilatéral; corolle à un seul pétale opposé an sépale; ovaire ové surmonté de 3 stigmates ; drupe monosperme, réniforme, les stigmates ■s’étant rapprochés de la base. Endosperme nul; embryon long, cylindrique, périphérique — Car. spéc. : Feuilles peltées , sous-cordées, soyeuses en dessous ; grappes femelles plus longues que les feuilles. Fruits hispides.

()ll\ OICOTVLÉDONES THALAMIELORES.

loge plaie et longilucliiiale , praliqiice dans rciulospcrnie ( voir la

figure /|29).

L’amande de la coque du Levant est grasse et très amère. RJ. Boullay en a extrait un principe vénéneux crislallisable , qu’il a nommé picrotoxine. Cette amande se détruit avec le temps, de même que cela a lieu pour les ricins et les grains de Tilly, et il n’est pas rare de voir les vieilles coques du Levant presque entièrement vides. Il faut donc les choisir récentes, si l’on veut obtenir quelque résultat de leur analyse chimique. ,

La coque du Levant est usitée dans l’Inde pour la pêche du poisson, qui , après avoir avalé l’appât contenant cette subsiance, vient tournoyer et mourir h la surface de l’eau. D’après les expériences du docteur Goupil, cet emploi peut être suivi de graves inconvénients lorsqu’on n’a pas le soin de prendre et de vider le poisson aussitôt qu’il paraît sur l’eau ; car alors la chair devient vénéneuse et agit sur l’homme et les animaux comme la coque du Levant même [Bulletin de pharmacie, t. Il, p. 509).

Cette action vénéneuse réside dans l’amande du fruit, et l’enveloppe ligneuse est purement vomitive. RJ. Boullay n’en a retiré, en effet, qu’une matière jaune extractive, sans picrotoxine. Cependant RIRl. Pelletier et Couerbe , qui l’ont soumise à un, examen plus approfondi , y ont découvert une base alcaline crislallisable nommée ménispermine ; mais cette base est insipide et sans action mar(|uéc sur l’économie animale.

D’après RJ. Boullay, l’amande de la coque du Levant contient moitié de son poids d’une huile concrète, formée d’élaïne et de stéarine ; de l’albumine, une matière colorante particulière, 0,02 de picrotoxine, des surmalates de chaux et de potasse, du sulfate de potasse, etc. Suivant RIRI. Lccanu et Casaceca , le corps gras se trouve dans la coque du Levant en partie à l’état d’acides margarique et oléique ; mais il est probable que la présence de ces acides tient à l’état de détérioration dans lequel se trouve ordinairement le fruit. Quant à la picrotoxine, qui a passé quelque temps pour une base alcaline , elle paraît douée plutôt d’un faible caractère d’acidité ; ou l’obtient d’ailleurs facilement, d’après RlRl. Couerbe et Pelletier, en traitant la coque du Levant concassée par de l’alcool à 36 degrés bouillant; filtrant, distillant, et traitant l’extrait par l’eau bouillante, afin de dissoudre la picrotoxine, qui cristallise par le refroidissement de la liqueur préalablement et faiblement acidulée.

La picrotoxine est blanche, brillante, inodore, d’une amertume insupportable ; elle cristallise en prismes quadràngulaires très fins ; elle demande pour se dissoudre 150 parties d’eau froide et 25 parties seule-

ANONACÉES, 675

meut d’eau bouillanle; elle est soluble dans 3 parties d’alcool rectifié et dans 2 parties 1/2 d’éther sulfurique. Projetée sur les charbons ardents, elle brûle sans se fondre ni s’enflammer, en répandant une fumée blanche et une odeur de résine. Elle ne contient pas d’azote , et n’est pas alcaline , ainsi que je l’ai déjà dit : exception remarquable aux autres principes vénéneux tirés des végétaux, qui, jusqu’à présent, sont tous rangés dans la classe des bases alcaloïdes azotées.

FAMILLE DES AKONACÉES.

Les anonacées] sont des arbres ou des arbrisseaux dont les feuilles sont simples, entières, alternes, dépourvues de stipules. Leurs fleurs sont hermaphrodites, munies d’un calice persistant à 3 sépales, et d’une corolle à 6 pétales disposés sur deux rangs ; les étamines sont libres, quelquefois en nombre égal ou double de celui des pétales; mais le plus ordinairement elles sont indéfinies , insérées en séries nombreuses, sur un torus; les filaments sont très courts et les anthères presque sessiles. Les ovaires sont plus ou moins nombreux, libres ou en partie soudés , sessiles sur le sommet du torus ; ils deviennent autant dè fruits tantôt distincts , et offrant une seule loge qui contient un ou plusieurs ovules attachés à leur suture interne ; d’autres fois les fruits se soudent tous entre eux et forment une sorte de cône charnu et écailleux. Les graines sont ordinairement accompagnées d’un arille et contiennent , sous un double tégument , un endosperme corné et profondément sillonné. L’embryon est très petit , placé vers le point d’attache de la graine.

Les anonacées habitent presque exclusivement la zone torride ; elles sont pourvues d’écorces plus ou moins aromatiques et stimulantes, de fleurs odorantes et de fruits très aromatiques et poivrés lorsqu’ils sont formés de baies séparées (sarcochorizes) , ou seulement savoureux et comestibles lorsque les baies sont soudées en syncarpide. Vuvaria odorola 'Ld.mXi. {cananga Kuinph. ) , croissant aux îles Moluques, est renommé par l’odeur suave de ses fleurs , semblable à celle du narcisse. On en fabrique avec de l’huile coco , en y joignant des fleurs de miclielia cliampacca , et du curcuma, une pommade demi -liquide nommée borri-boiri ou borbori , dont on se frictionne le corps dans la saison froide et pluvieuse pour se mettre à l’abri des fièvres, et dont les femmes aiment à inonder leur chevelure noire et pendante, au sortir du bain. C’est cette huile, sans aucun doute, qui est connue ou imitée en Europe , et vendue sous le nom A' huile de Maco^sar.

L’unom œthiopica produit un fruit dont le premier est connu depuis très longtemps sous le nom Ae, poivre d’Éthiopie. Les xylopia d’Amé-

670 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

rique jouissent des mêmes propriélés. Les corossolicrs ou aiiones , répandus dans toutes les contrées chaudes du globe , mais originaires peut-être d’Amérique , sont reclierchés pour leurs fruits formés par la soudure d’un grand nombre de baies monospenncs , dont les sommets seuls paraissent souvent à l’extérieur, sous forme de lobes imbriqués, d’écailles , d’aiguillons ou de réseaux. Les plus connus sont l’anone ccailleu.«e {anona squamosa Gærtn. , t. 138 ), dont le fruit a reçu les dilTérents noms de ate , guanabane , pomme-cannelle , etc.; l’anone hérissée ou cachiman ( anona muricata ) , l’anone réticulée ( anona rciiculata) , le cherimolia du Pérou {anona cherimolia Mill.) , etc.

Poivre cl’Étlûoiiip.

Unona œthiopica Dunal, hubzelia œthiopica A. DC. Arbre élégant , h feuilles alternes , épaisses et luisantes, qui habite les contrées les plus chaudes de l’Afrique, depuis Sierra-Leone jusqu’à l’Abyssinie. Ses fleurs présentent un calice à 3 divisions , une corolle h 6 pétales , disposés sur deux rangs ; des étamines très nombreuses insérées sur les côtés d’un torus convexe ; une vingtaine d’ovaires grêles, cylindriques, pressés les uns contre les autres , terminés chacun par un stigmate aigu et portés sur le torus. Ces ovaires deviennent autant de baies charnues, courtement stipitées sur le torus, grosses comme une plume à écrire , longues do 27 à 55 millimètres, devenant un peu moniliformes par la dessiccation (fig. Ô29).

Ces baies contiennent de 4 à 10 semences lisses, noirâtres, pourvues d’un arille formé de deux membranes blanches , obeordées , inégales. Ces semences sont disposées obliquement en une seule série longitudinale , et sont fortement attachées à la pulpe fibreuse, desséchée , qui les entoure. Je trouve à la baie une saveur et une faible odeur de curcurua

MAGNOLIACÉES. 677

OU (le gingembre. Les semences ont une saveur beaucoup moins piquante et rance.

Le poivre d’Éthiopie paraît avoir été mentionné pour la première fols par Sôrapion , tant sous ce nom que sous celui de habzeli ou de grana zelim.

Aublet a trouvé dans la Guyane une espèce de canang aromatique , dont les nègres se servent en place de poivre , et qui diffère peu du précédent : z' eslVunona aromatica Dunal [habzelia aromatica A. DC.). Le fruit de Vunona musaria représenté dans Rumphius , t. V, p. /i2 , s’en rapproche aussi beaucoup.

Pacova. M. Tliéodore Martius m’a fait parvenir sous ce nom un fruit aromatique , usité comme épice au Brésil , et qui ressemble pour la forme aux anciens sébestes {cardia mixa L.). Gomme eux il est oblong, aminci en pointe aux deux extrémités, obscurément quadrangulairc, mais souvent déformé et ridé par la dessiccation. Ce fruit se distingue des sébestes par sa petitesse , n’ayant guère que de 10 à 15 millimèires de long; par sa surface lisse et rougeâtre, par son odeur et sa forte saveur de poivre , enfin par la disposition de ses parties intérieures , étant formé d’une baie capsulaire de.sséchée , à une seule loge, renfermant deux semences ovales, noires , lisses, pourvues d’un arille très court. Souvent la capsule est ouverte par la partie supérieure , et séparée en deux parties dont les bords se roulent en dedans. Tous ces caractères appartiennent au fruit du xylopia frutescens d’Aublet, qui sert d’épice à la Guyane , et qui d’ailleurs paraît être le même que l'embira ou \e pindaiba de Pi.son {xylopia grandiflora tS.. Sl-BW.). On cite comme une autre espèce moins active le xylopia sericea A. St-Hil.

FAMILLE DES MAGNOLIACÉES.

Arbres ou arbrisseaux élégants , dont les feuilles alternes , souvent coriaces et persistantes, sont accompagnées de stipules tombantes. Fleurs grandes, d’une odeur suave, pourvues d’un calice caduc h 3 ou 6 sépales, et d’une corolle à 6 ou 27 pétales disposés par verticilles ternaires et imbriqués. Étamines fort nombreuses et libres, disposées en spirale sut le même réceptacle qui porte les pétales. Pistils nombreux, verticillés sur une seule rangée, ou disposés en capitules allongés; ovaires uniloculaires h 2 ovules , surmontés d’un style peu distinct et d’un stigmate simple. Fruit multiple (carpochorize), c’est-à-dire composé de carpelles distincts, provenant d’ovaires distincts contenus dans une même fleur; car])elles indéhiscents ou s’ouvrant par une suture longitudinale; graine assez souvent portée sur un iropliospcrme filiforme qui s’allonge au deliors. Embryon droit placé à la base d’un eudosperme charnu.

678 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

La famille des magnoliacées se divise en deux tribus, de la manière suivante :

T. Magnoliées. Carpelles disposés en épi ou en capitule sur un tnrus allongé ; feuilles non ponctuées. G(imes:talauma, aromadendron, magnolia, michelia, liriodendron , etc.

IL Illiciées. Carpelles verticillés sur une seule série; feuilles ponctuées. Genres '. 'fasmania, drimys, illicium, etc.

Les magnoliacées se rapprochent beaucoup des anonacées par la disposition de leurs fleurs et de leurs fruits , ainsi que par leurs qualités amères et aromatiques, qui s’y trouvent même généralement plus développées.

J’ai déjà mentionné le michelia champacca L. ( t.sjampacca ) dont les fleurs récentes répandent une odeur des plus suaves et dont les Malais des deux sexes aiment à parfumer leurs maisons , leurs bains , leur corps et leurs vêtements. L’écorce est douée d’une saveur amère et d’une âcreté aromatique qui la rend excitante , fébrifuge , emménagogue, utile contre les rhumatismes, etc. Le michelia mont an a oX V aromadendron elegans de ,Tava , le magnolia gracilis du Japon , jouissent des mêmes propriétés. Les magnolia (\e l’Amérique septentrionale font l’ornement des forêts par leur beau feuillage, leurs superbes fleurs , et ne sont pas moins remarquables par leurs semences pendantes hors des capsules , à l’extrémité d’un long funicule. On en cultive un grand nombre d’espèces dans les jardins , principalement les magnolia grandiflora, glauca, acuminata , macrophylla , etc. Le liriodendron tulipifera (tulipier de Virginie) , arbre de 30 mètres d’élévation dans son pays natal , se fait aussi remarquer dans nos jardins par sa tige droite , ses rameaux largement étalés, ses feuilles longuement pétiolées, tronquées au sommet, à h lobes aigus; ses fleurs grandes, terminales, en forme de tulipe, et d’un jaune verdâtre. L’écorce de tulipier est jaunâtre, fibreuse, peu compacte , d’une saveur amère et faiblement aromatique. Elle a obtenu en Amérique une grande réputation comme fébrifuge et comme succédanée du quinquina. On en a retiré une substance cristalline , non azotée , non alcaline , amère , cristallisable , nommée liriodendrine , qui paraît avoir quelques rapports avec la salicine.

La tribu des illiciées nous fournit un fruit connu depuis longtemps sous le nom de badiane ou d’anis étoilé , et une écorce aromatique nommée écorce de Winter , mais dont l’origine me paraît encore très obscure.

MAGWOl.lACÉKS.

Badiane , mi Anis eioilË.

llUcimn anisntuniL. (fig. 630). Arbrisseau toujours vert , haut de 6 mètres environ , dont les feuilles sont lancéolées , éparses sur les rameaux on rapprochées en rosette vers leur sommet. Les fleurs sont jaunâtres, présentant un calice â 6 folioles caduqnes , dont 3 extérienres ovales et concaves , et 3 intérieures plus étroites et pétaliformesl 16 à 20 pétales disposés sur trois rangs ; 10 à 20 étamines plus courtes que les pétales ;

10 à 20 ovaires supères, redressés et ramasses en un faisceau conique , et se terminant chacun par un style très court , au sommet duquel est un stigmate ohlong et latéral.

Le fruit présente, sous la forme d’une étoile, la réunion de 6 à 12 capsules épaisses, dures, ligneuses, brunâtres, renfermant chacune une semence ovale, rougeâtre , lisse et fragile, qui contient elle-même une amande blanchâtre et huileuse. Tout le fruit a une odeur très analogue à celle de l’anis, mais plus douce et plus suave. Il est stimulant et stomachique. Les liquoristes en font un grand usage. On en retire aussi par la distillation une huile volatile liquide , un peu plus légère que. l’eau et d’une odeur très agréable.

Le bois de Yillicium anisaturn paraît participer de l’odeur du. fruit, et beaucoup d’auteurs ont pensé qu’il produisait le bois d’anis du commerce ; mais celui-ci vient d’Amérique, où il est tiré très probablement de l’ocotea [nchurim H. B. (voirt. II, p. 366).

On trouve à la Floride deux autres espèces à'illicium [illicium floridamm et illicium parviflorum) , dont les fruits aromatiques peuvent être substitués à l’anis étoilé de la Chine.

Écorce de WInter.

Cette écorce a pris son nom de celui de John Winter, commandant de vaisseau , parti avec Drake , en 1577, pour faire le tour du monde ,

680 DICOTYLÉDOKES THALAMIFLORES.

et qui, obligé par la leinpêlc de séjourner au détroit de Magellan, abandonna le chef de l’expédition , et revint en Angleterre en 1579, apportant avec lui cette écorce, dont il fit usage , comme d’épice, durant la traversée. Il crut pouvoir attribuer à son emploi la guérison du scorbut dont son équipage fut attaqué , et lui donna par là une sorte de célébrité.

C’est Charles de l’Écluse , généralement connu sous le nom de Clusius , qui a décrit le premier cette écorce et qui lui a donné le nom qu’elle porte. C’est donc à sa description qu’il faut recourir |)our éclaircir les doutes que l’on peut élever sur l’origine de la substance qui porte aujourd’hui le nom d'dcorce de Winte)\ D'après la description de Clusius {Exolic. , p. 75 ) , l’écorce de AVinter est assez semblable h de la cannelle commune, tant pour la substance que pour la couleur; mais elle est plus épaisse que la cannelle , d’une couleur cendrée ou brune à l’extérieur, rude au toucher comme l’écorce d’orme, quelquefois comme disséquée h l’intérieur et entr’ouverte par des gerçures nombreuses , à la manière de l’écorce de tilleul; quelquefois aussi elle est très solide et dure, d’une odeur non désagréable, mais d’une saveur très âcre , qui brûle la langue et le palais non moins que le poivre. A cette description se trouve jointe la figure d’une écorce très épaisse et compacte , reçue de Londres en 1605 , qui se rapporte évidemment h la dernière partie de la description et à notre écorce de AYiiiter actuelle.

D’après un capitaine de navire, nommé Sebalde de AVert, dont Clusius rapporte une lettre écrite en 1601 , l’arbre qui produit cette écorce croît sur toute l’étendue des terres qui bordent le détroit de Magellan. Il est toujours vert et pourvu de feuilles aromatiques ; il est très élevé, et son tronc, acquérant quelquefois deux ou trois fois la grosseur du corps de l’homme , peut fournir plusieurs fortes planches de 2 pieds 1/2 de largeur. Solander lui donne également 50 pieds d’élévation ; mais d’après Georges Forster, cet arbre est d’une grandeur très variable , sa hauteur variant de 6 à 50 pieds, suivant les lieux et le sol où il croît. Cet arbre a été nommé par Solander urinterana aromatica , par Murray luintera aromatica ; mais le nom drimys Winteri qui lui a été donné par l’orster est le seul admis aujourd’hui. 11 présente des feuilles simples , oblongues, obtuses , épaisses , persistantes , très glauques en de.ssous ; des pédoncules axillaires ou presque terminaux, simples, uniflores, réunis en faisceau; un calice à 2 ou 3 sépales; une corolle à 6 pétales oblougs ; des étamines nombreuses, très courtes, épaissies au sommet, portant chacune deux aniiières aduées , à loges latérales écartées et presque séparées; le pistil se compose de é h 8 ovaires dressés, terminés chacun par on stigmate sous forme de

MAGNOniACIÎI'S. 681

point. Le fruit se composé de 4 à 6 baies uniloculaires renfermant plusieurs semences.

Maintenant il me reste à dire que les échantillons d’écorces de différents drimys que je possède sont tellement différents de l’écorce de Winter du commerce, qu’il en résulte pour moi un doute très grand que cette écorce ai)partienne au drimys Winteri.

Le premier échantillon m’a été donné par M. Robert Brown ; il porte écrit sur le bois même , Port - Famine , capitaine P. Ring. Drimys Winteri. Il consiste en un tronçon de tronc ou de branche large de 8 à 9 centimètres, formé d’un bois un peu rougeâtre et peu compacte, et d’une écorce épaisse de 3 millimètres, couverte par un épiderme gris blanchâtre très mince et assez uni. Cette écorce est d’un rouge brun foncé à l’intérieur et d’apparence spongieuse , surtout dans la partie qui touche au bois, laquelle paraît formée de lames ligneuses longitudinales et rayonnantes , isolées les unes des autres. Cette écorce possède une odeur forte, un peu analogue h celle de la cannelle et un peu camphrée, et une saveur également très aromatique, accompagnée d’une âcreté assez grande, mais non coraparahle h celle de l’écorce du commerce.

Le second échantillon faisait partie de celui qui a été rapporté de la terre de Magellan , en 1840 , par M. Le Guillou (Voyage de l’Uranie). Les feuilles qui l’accompagnent sont très remarquables , et répondent bien à la figure du drimys punctata de Lamarck [Illust., t. 494, fig. 1). Elles sont longues de 8 centimètres environ , larges de 3,5, presque noires et luisantes à la face supérieure , d’un gris bleuâtre à la face inférieure , avec une seule nervure médiane noire. Examinée à la loupe, la face supérieure présente un réseau noir d’une extrême finesse, et la face inférieure une infinité de petits points glanduleux , blanchâtres et très serrés, sur un fond bleuâtre. Ces feuilles ont une consistance solide et leur cassure présente l’apparence d’une pâte brune, desséchée. L’écorce est roulée, de la grosseur du petit doigt, épaisse de 2 millimètres, formée d’un épiderme mince et uni , dont la couleur blanche tranche beaucoup avec la couleur brune rougeâtre de l’intérieur. Dessous l’épiderme se trouvent un certain nombre de couches concentriques très serrées ; mais la plus grande partie de l’épaisseur de l’écorce est formée de lames ligneuses rayonnantes et distinctes, tout à fait semblables h celles de l’échantillon précédent , et répondant bien h la première description de Clusius. Cette écorce possède, comme la première, une odeur et une saveur de cannelle canijilirée, et son âcreté est très inférieure à celle de l’écorce du commerce.

Fcorcc de pato piiiiianté du Mexique. En 1842, il a été apporté du Mexique , sous le nom à'écorce de ckachaca ou de palo piquante ,

682 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

une écorce lellemeni analogue à la précédente, qu’il n’esl pas douteux qu’elle n’appartienne à un drimys , que je suppose être le cbnmjjs mexicana DG. Cette écorce est en fragments de la grosseur du petit doigt, formée d’un périderrae blanchâtre, un peu fongueux, et d’un liber rougeâtre , peu serré, grossièrement fd)reux , offrant à l’intérieur des rides ou des replis proéminents. Elle possède une odeur douce, indéfinissable, et une saveur très aromatique et un peu astringente, accompagnée d’une âcreté véritablement brûlante.

Écorce <iia drimijs granatensis. J’ai dit précédemment (page 567 ) que plusieurs personnes avaient regardé le drimys granatensis comme la source de l’écorce de Malainbo; mais j’ai montré combien cette opinion était peu fondée. J’ajoute à présent que l’écorce du drimys granatensis que j’ai reçue de Goudot est tout à fait différente de celle de Malambo, et qu’elle présente au contraire dé grands rapports avec les trois précédentes. Elle est grosse comme, le doigt, épaisse de h à 5 millimètres , couverte d’un périderme rougeâtre , très rugueux à l’extérieur. Le liber est peu dense et présente de larges fibres ligneuses blanches et rayonnantes , sur un fond rougeâtre. Ces fibres ligneuses forment à l’intérieur de l’écorce des côtes ou des arêtes longitudinales proéminentes. L’écorce possède une odeur aromatique un peu analogue h celle de la cannelle , et une saveur aromatique semblable, accompagnée d'une grande âcreté.

Éeoi-cc de Winter du eomiuci-cc. Cette écoi'ce cst en uiorccaux roulés, durs, compactes et pesants, longs de 30 à 60 centimètres, ayant de 20 à 5.5 millimètres de diamètre et de 2 à 7 millimètres d’épaisseur. Quelques morceaux présentent un reste de périderme blanchâtre, peu épais, spongieux, crevassé, tendre et facile h détruire; de .sorte que, soit que cette partie ait disparu par le frottement réciproque des écorces , soit qu’elle ait été enlevée à dessein , la presque totalité, des morceaux en est privée. Alors l’écorce présente une surface presque unie, giise ou d’un gris rougeâtre sale; de plus, elle offre çà et là de petites taches rouges elliptiques , qui sont ou un vestige de l’insertion des pétioles, ou celui de tubercules qui , dans l’état naturel , s’élevaient au-dessus de l’épiderme. La surface interne de l’écorce est très unie dans les jeunes écorces, un peu moins unie et marquée de quelques arêtes proéminentes dans les gro.sses ; d’une couleur rougeâtre comme l’écorce, ou d’une teinte noirâtre développée pendant la dessiccation. La cassure transversale présente , à la simple vue, deux couches concentriques différemment colorées : la couche extérieure est très mince et blanchâtre; la couche intérieure est rougeâtre. Cette même cassure est grenue , ou présente de petites lignes proéminentes , concentriques et très serrées. La coupe transversale polie présente , au cou-

RENONGULACÉES. 683

traire, à la loupe, de petites lignes rayonnantes ondulées et blanchâtres, sur un fond brun.

L’écorce possède une odeur très forte et très agréable de basilic et de poivre mêlés. Sa saveur est âcre et brûlante ; sa poudre a la couleur de celle de riuinquiiia gris.

Celte écorce diffère beaucoup, comme on le voit , par sa compacité et par son odeur, de toutes celles qui ont précédé. Il en résulte d’abord qu’elle ne me paraît pas due au drimys Winteri ; secondement, qu’elle est peut-être produite par un arbre d’un genre différent. Je pense cependant que celle écorce est celle qui a été figurée par Clusius; je pense également que c’est pHe que Lemery a décrite sous le nom à'‘écorce caryocostinc.

L’écorce de Winter entre dans le vin diurétique amer de la Charité. Elle est rare dans le commerce , et on lui substitue souvent la cannelle blanche. Celle-ci s’en distingue par sa couleur extérieure jaune cendré, sa cassure grenue et marbrée, sa surface intérieure très blanche , son odeur d’œillet, sa saveur piquante et amère.

Écorce dite caiiciio. M. âlarchaiid , droguiste , m’a remis anciennement, sous ce nom, une écorce qui, par ce nom même et par sa qualité aromatique, me paraît être celle du drimys chilensis DC. Cette écorce est en longs morceaux aplatis, larges de 25 millimètres environ, cintrés, épais de 2 à 3 millimètres seulement; elle est formée d’un périderme gris, marquée à sa surface de nombreux tubercules blanchâtres, arrondis et aplatis; le liber est léger, très fibreux , d’un gris rougeâtre , formé de longues fibres aplaties , qui .se séparent facilement sous forme de lames difficiles h rompre transversalement. Sous ce rajiport , celte écorce diffère beaucoup de toutes les précédentes. Elle est pourvue d’une odeur de cannelle camphrée faible , et d’un goût semblable accompagné d’àcreié. Cette écorce paraissait avoir été détériorée par l’humidité.

Je possède encore trois autres écorces aromatiques , dont deux rouges et pourvues d’une âcreté brûlante, qui ne peuvent se confondre avec aucune de celles que j’ai décrites jusqu’ici. Je crois inutile de les décrire.

FAMILLE DES RENONGULACÉES.

Plantes généralement herbacées , portant des feuilles embra.ssantes à la base, le plus souvent divisées en un grand nombre de .segments ; opposées dans le seul genre clematis, alternes dans tous les autres. Fleurs très variables, régulières ou irrégulières, quelquefois privées de corolle. Étamines nombreuses , libres , hypogynes , à anthères terminales, biloculaires. Ovaires plus ou moins nombreux, surmontés cha-

68^1 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

cun d’un slylu et d’un stigmate simple; ils sont quelquefois soudés en un seul, le plus souvent isolés, ne contenant qu’un seul ovule ou en renfermant plusieurs. Dans le premier cas, les ovaires sont réunis en tète et deviennent un fruit multiple, composé d’askoscs disposés en tête ou en épi (xérochorize askosaire). Dans le second, les ovaires deviennent des follicules rapprochés ( xérochorize folliculaire ), distincts ou partiellement soudés. Les graines renferment un embryon très petit, placé à la base d’un endosperme corné.

La famille des renonculacées , quoique formant un groupe très naturel , peut cependant être divisée en cinq tribus faciles à distinguer par le port et les caractères. En voici le, tableau comprenant, comme exemples, un grand nombre de plantes, ou très communes dans notre pays, ou cultivées pour l’ornement des jardins, ou renommées par leurs propriétés médicales ou vénéneuses.

I" tribu, CLÉ.MATIDÉES. Calice coloré; corolle nulle ou formée de pétales plus courts que le calice et planes. Fruits libres, monospermes, indéhiscents (askoses) , surmontés par le style barbu coudé à la ba.se; semence inverse. Herbes ou arbrisseaux grimpants, à feuilles opposées, toutes caulinaires.

Clématite droite .

— odorante . . ,

— des haies . . ,

Clematis erecla DC.

— flammula L.

— • vitalba L.

— viticella L.

IF tribu , ANÉMONÉES. Calice très souvent coloré ; corolle nulle ou à pétales planes. Askoses surmontés d’un style barbu et coudé ; semence inverse. Herbes droites , à feuilles toutes radicales , ou alternes sur la tige. Fleurs souvent accompagnées d’un involucre.

Pigamon jaune, ou rue des prés. . .

Anémone pulsatille , ou coque -

lourde. . .

Anémone des prés .

— des fleuristes .

— des bois , ou sylvie .

Hépatique des jardins .

Adonis printanier .

— d’automne .

Queue de souris .

Thalietrum flavum L.

Anémone pulsatilla L.

— pratensis L.

— coronaria L.

— nemorosa L.

Hepatica triloba Chaix.

Adonis vernalis L.

— autumnalis L.

Myosurus minimus L.

IIP tribu , EENONCÜLÉES. Calice et corolle ; pétales à onglet tubuleux , pourvus à la base d’une petite lèvre intérieure squamiforme, ou nulle ; askoses secs; semence droite. Plantes herbacées, à feuilles radi

li'ENONCüLACÈES. 685

cales ou alternes sur la lige; à fleurs solitaires à l’extrémité de la lige ou des rameaux , non accompagnées d’involucre.

Renoncule des jardins .

— lliora . .

Grande douve .

l’elite douve .

Renoncule scélérate .

— âcre', ou bouton d’or .

-- bulbeuse .

— des champs .

Ficaire , ou petite chélidoine ....

Jlanunculus asiaticus L.

— thora L.

— lingua L.

— flamrtiula L.

— scehratus L.

— acris L.

— bulbosus L.

— arvensis L.

Ficaria ranunculoides Mœnch.

IV'' tribu , HELLÉiîORÉES. Calice corolloïde ; corolle nulle ou formée de pétales irréguliers , souvent bilabiés ; capsules folliculeuses , polyspermes , libres ou plus ou moins cohérentes , déhiscentes par une suture longitudinale ventrale. Plantes herbacées, à feuilles toutes radicales ou caulinaires et alternes.

Populage. ou souci des marais . . .

Ellébore d’hiver .

— d’Orient . . .

— vert . .

~ fétide, ou pied-de-griffon. . . .

Nigelle des champs .

— — à semences Jaunes .

— de l’Inde .

Ancolie .

Pied-d’alouette des jardins .

— des champs .

Staphisaigrc .

Aconit anthore .

- tue-loup .

— paniculé .

— de Stoerk . .

— napel .

— féroce .

Callha paluilris L.

Eranlhh byemalis Salisb.

Elleborus niger L.

— orientalis L.

— viridis L.

— fœtidus L.

Nigella arvensis L.

— saliva L.

Aquilegia vitlgaris L.

üeiphinhim Ajacis.

— consolida.

— staphisagria.

Aconilum anthora L.

— lycoclonmn L.

— paniculatxm.

- - stœrkianiim.

— fe^ox Wall.

V' tribu , PÆONIÊES. Calice très souvent corolloïde , rarement coriace et foliacé: corclle nulle ou à pétales planes; ovaires mulliovulés ; capsules déhiscentes ou charnues, souvent monospermes par avorlement, Herbes ou arbrisseaux.

Actée en épi, ou herbe de Saint-

Christophe . AclWa spicata L.

Chasse-punaise . Çimicifuga feetida L.

686 DICOTYLÉDONES THALAJIIFLORES.

Zanthorhiza apiifolia.

Pœonia corallina Relz.

Pœonia officinalis Relz.

— moutan Sims.

Les renonculacées sont des plantes généralement dangereuses, dont un certain nombre même sont des poisons très actifs , mais qui n’en ont pas moins été préconisées contre les maladies les plus rebelles. Je ne décrirai toujours que les principales , soit à cause de l’usage que l’on en fait encore en médecine, soit pour que l’on reconnaisse en elles des poisons dont il est nécessaire de se garantir.

Clëinadtc des liâtes , ou Vigne blaiicbe.

Cleniatis vitalba L. (fig. /t31). — Car. géii. : Calice à ou 5 sépales ; corolle nulle; étamines nombreuses; ovaires plusou moins nombreux , chargés d’un style persistant , ordinairement soyeux ou plumeux. Feuilles opposées. — Car. spéc. :

Tige grimpante; feuilles pinnées , composées de 5 folioles un peu eu cœur, pointues , plus ou moins dentées ; pétioles grimpants.

Cette plante , très communedans les haies, pousse des sarments nombreux , anguleux , grimpants, longs de 2 mètres et plus. Ses fleurs sont d’un blanc sale, petites et disposées en une panicule formée par des pédoncules plusieurs fois trifides. Scs fruits sont composés d’un grand nombre d’askoses ramassés, qui forment, par leurs aigrettes, des plumets blancs, soyeux, très élégants. Toutes les parties de la plante ont une. saveur âcre et brûlante ; ses feuilles vertes , écrasées et appliquées sur la peau , la rougissent, l’enflamment, et y produisent des ulcères superficiels et peu dangereux, dont les mendiants se couvrent quelquefois les membres pour exciter la commisération publique ; de là lui est venu le nom

herbe aux gueux. On a , dit-on , fabriqué d’assez beau papier avec les aigrettes plumeuses de ses fruits. Du reste , elle n’est pas employée.

Autres espèces : .

Clématite droite, clematis recta L. ; cLeimtis erecta DC. Cette

Fig. 431.

Pivoine mâle.

— femelle. .

RENOKCULACÉES. 687

espèce diiïère de la précédenle par ses tiges cylindriques, droites, non grimpantes, hautes de 1 h 2 mètres tout au plus. Ses feuilles sont formées de 5 h 9 folioles longuement pétiolulées, glabres, glaucescentes, ovales-lancéolées , très entières. Les fleurs sont blanches , disposées en panicule terminale, à 4 ou 5 sépales. Les fruits .sont orbiculaires , com|)rimés , glabres , surmontés d’un long style plumeux.

Clématite odorante, clematis flammulo. L. Sa tige est grimpante, longue de è à 7 mètres. Ses feuilles sont une ou deux fois ailées , à folioles ovales-lancéolées. Ses fleurs sont blanches , plus petites que dans la première espèce et d’une odeur très agréable ; elles sont disposées sur des pédoncules rameux, de manière à former une petite panicule. Les styles deviennent des aigrettes plumeuses. Celle plante croît naturellement dans le midi de la France, et on la cultive dans les jardins pour en couvrir des berceaux, des murs , etc.

ciénintitc IjIcuc, clcmatis viticellci L. Ses tiges sont des sarments anguleux, longs de 3 à 4 mètres ou plus. Feuilles composées de 5 pinnules , divisées elles-mêmes en 3 folioles ou 3 lobes ovales ou lancéolés , glabres; les pétioles s’entortillent comme des vrilles autour des objets environnants. Fleurs bleues , longuement pétiolées , solitaires à l’extrémité des rameaux ou dans leur bifurcation ; les pétales sont élargis au sommet et les pistils sont glabres.

J'ai distillé autrefois, sur l’invitation de Chaussier, une certaine quantité de fleurs de clématite odorante , et j’en ai obtenu une eau distillée limpide et incolore, qui , en quelques jours, a formé un dépôt blanc, pulvérulent, très abondant. Ce dépôt avait une saveur d’abord amylacée, puis âcre. Il était insoluble dans l’eau , l’alcool et l’éther. En redistillant dessus l’eau qui l’avait laissé précipiter, l’eau passait seule et la matière restait dans la cornue , ayant acquis par l’ébullition une couleur jaune sale , et s’étant ra.ssembléc en une masse , comme l’albumine ou le gluten. Mais cette matière diffère essentiellement de ces deux corps en ce (pi’elle redevient pidvérulente par la dessiccation. Elle est un peu soluble dans l’ammoniatiue et dans la potasse caustique bouillante ; enfin elle brûle à une chaleur inférieure à la chaleur rouge, sans se fondre ni se contracter, et en scintillant comme le ferait de l’amadou imprégné d’une très petite quantité de nitre. Cette singidière substance m’a paru azotée. Je n’ai pas eu lieu de m’en occuper depuis.

Car. yen. : Involucre distant de la fleur, à 3 feuilles diversement incisées; calice à 5-15 sépales pétaloïdes; corolle nulle; étamines nombreuses; carpelles nombreux, monospermes, tantôt surmontés d’une

688 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

longue queue barbue , tantôt nus. Plantes vivaces herbacées , à souclie tubéreuse à la manière des cylamen , lantot horizontale et rampante , d’autres fois fibreuse. Feuilles radicales, pétiolées , simples , plus ou moins divisées. Tige destituée de vraies feuilles , portant l’involucre foliacé au-dessous du sommet.

Toutes les anémones sont âcres et rubéfiantes à l’état récent ; mais elles perdent leur qualité dangereuse parla dessiccation ; ce qui permet de croire qu’elles doivent cette qualité à un principe qui se vülatili.sc pendant la préparation de leur extrait , ou passe à la distillation avec l’eau. Les principales espèces sont :

L’ancinoiic des Oenristes , menions coronaria L. Feuilles à trois divisions multifides et à lobes linéaires et mucronés ; celles de l’involucre sont sessiles , multifides ; les sépales sont au nombre de six , ovales , rapprochés, souvent multipliés par la culture. Les fruits sont dépourvus de plumet. Cette plante fait l’ornement des parterres , mais elle est inusitée en médecine.

La pulsalîllc, ou coijuclonrdc , anemone pulsatillaL. (fig. 032). Feuilles pinnées-divisées, h segments multipartites. Fleur penchée , à 6 sépales ouverts ; fruits munis d’une queue plumeuse. Cette plante fleurit au printemps , dans les terrains secs et montagneux.

L’ancmoiie des prés , anemone pratensis L. Cette plante diffère de la précédente, par sa fleur plus petite, foncée en couleur et penchée ; par ses sépales plus aigus , connivents à la base et réfléchis au sommet, 'foutes deux , distillées avec de l’eau , donnent une eau limpide ou laiteuse qui laisse déposer, après quelque temps de préparation , une substance blanche, cristalline, volatile et inflammable, pourvue d’une a.sscz grande âcreté, ni acide ni alcaline ( Jotw’??. de pliarm. , t. VI , p. 229). L’anémone des bois, ou sylvie {anemone nemorosa L.), donne un produit semblable, auquel on a cru reconnaître une

Fig. 432.

r.liiNONCL-I;.iÆÉES.

pi'opi'iclé acide, et qui a été nommé rwhie miémoniqiie [ihuL, XIF ,

Renoncules.

Car. gén. : Calice à 5 sépales herbacés, tombants; corolle à 5 pétales, rarement à 10, arrondis, portant une petite écaille à la base de l’onglet. Étamines et ovaires très nombreux. Fruits comprimés , secs, indéhi.sccnts, monospermes (a.skoses) , disposés en capitule globuleux ou cylindrique, terminés chacun par une corne à peine plus longue que l’adcosc.

Les renoncules sont des plantes herbacées , vivaces ou annuelles, à racines fibreuses, fasciculées ou grumeuse.s. Leurs tiges sont cylindriques, dressées ou couchées, ou quelquefois radicanies. Leurs feuilles sont entières, dentées ou muliilides, la plupart radicales, les autres situées sur la lige, à l’origine des rameaux ou des pédoncules. Les fleurs sont jaunes ou blanches , très rarement pourpres , presque toutes inodores. Les plantes fraîches sont presque toutes âcres et rubéfiantes à l’extérieur et plus ou moins vénéneuses à l’intérieur ; mais elles perdent la plus grande partie de leurs propriétés dangereuses par la dessiccation. Les principales c.spèces sont :

La renoncule des jardins , ranunculus asiaticus L.' — Car. spéc.: Feuilles découpée.s-ternécs ou biternées ; segments dentés ou incisôstrifides. Tige droite, simple ou rameuse parle bas. Calice ouvert et ensuite réfléchi. Los fruits sont disposés en épi cylindrique. Originaire d’Orient ; cultivée dans les jardins.

La grande douve, rammculus lingiia L. — Car. spéc. : Feuilles indivises, lancéolées, sous-dentées, sessiles, demi-amplexicaules. Tige droite et glabre. Fleurs jaunes; racine fibreuse et vivace. Cette plante croît sur le bord des étangs et dés fossés aquatiques, parmi les roseaux.

La rcnonculc-flaninje , OU petite douve, t'animculus flammida L. — Car. spéc. : Feuilles glabres , linéaires-lancéolées , les inférieures pétiolées. Tige déclinée un peu radicanic ; pédoncules opposés aux feuilles. Fleurs jaunes. Fruits lisses. Croît dans les prés humides.

La renoncule seèléraïc , ranunculus sccleralits L. ^ — Car. spéc. : Feuilles découpées, glabres : les radicules tripartites, à lobes trilobés, sous - incisés ; les supérieures tripartites, à lobes oblongs - linéaires entiers; les florales oblongues. Fleurs jaunes. Fruits très petits, disposés en épis oblongs. Q. Croît dans les marais, par toute l’Europe; très vénéneuse.

La renoncule s'icre , OU Uonton d’or , ranunculus ClCris L. — ■ Car. spéc. : Feuilles un peu pubescenles, à divisions palmées, à lobes incisés-dentés, aigus; celles du sommet linéaires. Tige droite, sous-

690 DICOTYr.ÉDOKKS THA.LA.MIFLORES.

pul)escciUe ; pédoncules cylindriques. Fleurs jaunes ; calice un peu velu. Fruits terminés par une pointe roide. droit dans les prés et les pâturages.

Page 1