GOMMES DE LÉGUMINEUSES
Gomme arabique,
On nomme ainsi une gomme à cassure vitreuse, transparente , entièrement soluble dans l’eau , qui était autrefois apportée d'Arabie ou tout au moins d'Égypte; mais depuis très longtemps on la tire en très grande partie du Sénégal, qui en fait un commerce considérable. 11 en vient toujours cependant des deux pays que j'ai nommés d’abord, qui se distingue de celle du Sénégal par quelques caractères particuliers.
Cette gomme découle naturellement de plusieurs espèces d’acacia dont les principales sont :
4° L’acacia vera. Cet arbre croît en Arabie et dans toute l'Afrique , depuis l'Égypte jusqu'au Sénégal; c’est lui qui produit le bablah d'Afrique, le véritable suc d’acacia, la vraie gomme arabique et une partie de celle du Sénégal ;
2° L'acacia arabica, arbre de l'Arabie et surtout de l'Inde, où il produit le bablah de l’Inde et la gomme de l’Inde;
3° L’acacia Adansonii de la Flore de Sénégambie, qui produit une gomme rouge, assez abondante, qui fait partie de celle du Sénégal;
L° L'acacia seyal de Delile et de la Flore de Sénégambie , produisant une gomme en larmes blanches, dures, vitreuses et vermiculées , qui fait également partie de celle du Sénégal ;
5° L’acacia verek de la Flore de Sénégambie, qui habite l'Afrique occidentale , depuis le Sénégal jusqu’au cap Blanc; c’est lui surtout qui constitue la forêt de Sahel, la plus voisine du Sénégal, et qui fournit la vraie gomme du Sénégal, en larmes vermiculées, ovoïdes ou sphéroïdes , ridées à Ja surface, mais transparentes et vitreuses à l’intérieur ;
6° L’acacia qummifera de Willdenow, dont le fruit submoniliforme, cotonneux et blanchâtre, paraît ressembler à celui de l’acacia arabica. Cet arbre croît en Afrique , près de Mogador, et fournit très probablement la gomme de Barbarie ;
7° L’acacia decurrens de Willdenow, croissant aux environs du port Jackson, dans la Nouvelle-Hollande , et fournissant une gomme soluble, différente de celle du Sénégal.
Caractères particuliers des gommes du commerce.
Gomme arabique vraie, Cette gomme est blanche ou rousse; mais on ne trouve guère à Paris que la blanche ; elle y porte le nom de gomme turique, et est en petites larmes blanches et transparentes, qui, jouissant cependant de la propriété de se fendiller en tous sens à l’air, pa-
raissent opaques étant vues en masse. Elle se divise très facilement en petits fragments; elle est entièrement et facilement soluble dans l’eau, d’une saveur pour ainsi dire nulle.
Pomet et Lemery donnent le nom de gomme turique à la gomme arabique récoltée dans le temps des pluies, qui s’est agglutinée en masses plus ou moins considérables, claires et transparentes. Ce nom de gomme turique , appliqué ainsi à deux variétés de la gomme arabique, paraît tiré de celui de Tor, ville et port d'Arabie, non loin de l’isthme de Suez. Plusieurs auteurs font également mention d’une gomme ?edda ou gedda , du nom d’un port appelé Gidduk , situé proche de la Mecque ; mais je n’ai jamais pu savoir au juste ce que c'était que la gomme gedda,
Gomme du Sénégal, On connaît dans le commerce deux sortes de gomme du Sénégal : 1° celle du bas du fleuve Ou du Sénégal proprement dite; 2° celle du haut du fleuve ou de Galam, La gomme du bas du fleuve est la plus estimée. Lorsqu'elle est privée par le triage d’une petite quantité de gommes particulières et de quelques autres substances qui s’y trouvent mélées, elle se compose, soit de larmes sèches, dures, non friables, peu volumineuses, rondes , ovales ou vermiculées, ridées à l'extérieur, vitreuses et transparentes à l’intérieur; d’une couleur jaune très pâle ou presque blanche ; soit de morceaux plus gros, sphériques ou ovales , pesant quelquefois jusqu'à 500 grammes ; moins secs, moins cassants, toujours transparents et d’une couleur jaune ou rouge. Les uns et les autres ont une saveur douce , qui paraît un peu sucrée ou moins fade dans les grosses boules rouges, et ils sont entièrement solubles dans l’eau. Leur soluté, peu épais, en comparaison de celui des gommes d’acajou et de prunier, rougit le tournesol, se trouble abondamment par l’oxalate d’ammoniaque et est entièrement précipité par l'alcool.
La gomme du haut du fleuve ou gomme de Galam , est en morceaux beaucoup moins réguliers que la précédente , souvent anguleuse ou brisée, mêlée de menus fragments, et offrant à cause de cela un brillant que n’a pas la gomine du bas du fleuve. Souvent aussi les morceaux, vitreux et transparents à l’intérieur, sont recouverts d’une couche fendillée et opaque. Tous ces caractères sont dus à ce que cette gomme se rapproche de la nature de celle d'Arabie, et se fendille et devient friable à l'air, quoiqu’à un moindre degré. Elle est probablement produite par l’acacia vera , tandis que celle du bas du fleuve est due presque exclusivement à l’acacia verek.
La gomme du Sénégal offre constamment un certain nombre de substances étrangères , qui sont : 1° des semences et quelquefois des fruits entiers du balanites ægyptraca de Delile, arbre qui paraît accompagner
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les acacias, des bords du Nil au Sénégal ; 2° du bdellium, gomme-résine dont il sera parlé plus tard ; 3° de la gomme kutera ; h° une petite quantité d’une gomme molle, d’une acidité bien marquée ; 54 de la gomme pelliculée ; 6° de la gomme verte; 7° de la gomme luisante et mamelonnée ; 8° de la gomme lignirode. Je dirai quelques mots de ces quatre dernières substances.
Gomnre pelliculéc, Je désigne ainsi une gomme quelquefois blanche , le plus souvent d’un jaune rougeâtre et d’une transparence moins parfaite que la gomme du Sénégal. Ce qui la distingue surtout est une pellicule jaune, opaque, qui recouvre presque toujours quelques points de sa surface. Cette pellicule, examinée au microscope, présente des cellules hexagones et doit être considérée comme un épiderme végétal. Cette gomme se fond difficilement dans la bouche et s’attache fortement aux dents; un gramme ayant été traité par 50 grammes d’eau, s’y est dissous moins promptement que les sortes précédentes, et a laissé un résidu insoluble ayant conservé la forme des morceaux de gomme, et cependant peu considérable. La liqueur filtrée rougissait faiblement le tournesol , et précipitait abondamment par l’oxalate d’ammoniaque.
Gomme verte, Cette sorte est d’un vert d’émeraude qui se détruit à la lumière ; alors elle devient d’un blanc jaunâtre. Sa surface est ordinairement luisante et mamelonnée ; et l'intérieur vitreux et transparent. Elle jouit des mêmes propriétés que la gomme pelliculée, c'est-à-dire qu’elle est tenace sous la dent, difficilement et incomplétement soluble dans l’eau.
Gomme luisante et mamelonnée, J'ai vu quelquefois dans le commerce des quantités considérables d’une gomme à peine colorée et de belle apparence, que l’on vendait comme gomme du Sénégal, et dont le bon marché séduisait. Mais cette gomme était en général en morceaux irréguliers, allongés, souvent creux à l’intérieur, toujours d’une apparence glacée et à surface mamelonnée. Or, ces deux caractères indiquent presque avec certitude une gomme en partie insoluble dans l'eau, et qui doit être rejetée du laboratoire du pharmacien. Il me paraît probable que ces trois gommes, pelliculée, verte et mamelonnée, ont une origine commune , différente de celle de la vraie gomme du Sénégal.
Gomme lignirode. Cette substance est commune dans la gomme du Sénégal et porte dans le commerce le nom de #arrons. Elle mérite quelque attention par la singularité de sa formation. Elle est quelquefois jaunâtre, mais généralement d’une couleur brune foncée ct noirâtre ; elle est assez terne dans son aspect, opaque et raboteuse à la surface. Traitée par l’eau, elle lui cède de la gomme soluble semblable à la gomme arabique, et laisse un résidu du bots rongé. Or, en examinant ces
LÉGUMINEUSES. mA ‘marrons, j'ai obsérvé dans la plupart une large cellule ovoïde qui avait sérvi dé demeure à la larve d’un insecte ; d’où j'ai conclu qué cette sorte de mastic avait été pétrie par l’insécte lui-mêmé, éomine on ait que lé font plusieurs espèces dés ordres dés névroptères et des hyménoptèrés. La gomme de l'Inde présente des marrons semblables, qui ont l'apparence du galipot, jointe à une couléur rouge assez prononcée.
Gônimé dé Bafbarie, Celle gomme vient de Mogador, dans le royaume de Maroc. Elle est sans doute produite par lacacia qummafera Willd. Telle que je l’ai, élle est en larmes irrégulières, assez chargécs d'impuretés, d’une couleur terne et un peu verdâtre. d’uné trañspa rencé imparfaite. Elle pâraîtrait souvent luisante et glacée à sa surface, sans la poussière grise qui la recouvre. Elle est très tenace sous la dent , imparfaitement soluble dans l’eau , ét de la même nature par conséquent que les gommes insolublés du Sénégal.
Gomme de Sicile, On m'a donné sous ce nom ühe gomme qui à tous les caractères dé celle de nos arbres fruitiers et qui doit provenir dés mêmes végétaux. Ellé est en larmes généralement globuleuses, agglutinées ensemble et chargées d’impurétés. Elle se divise dans l’eau ei particules isolées, anguleuses ét qui occupent uñ volume considérable. Le liquide filtré est coloré , mais né contient qué des traces de goinme.
Gomme de Franée, Cette gomme est produité par les arbres fruitiers de notre pays, qui appartiennent à la tribu des amygdalées , de la famille des rosacées. Elle a été décrite pagé 294.
Gomme de l'inde, M. Pereira, dans sa Matière médicale, dit avoir recu de Bombay trois sortes de gomme : une marquée #aculla best gum arabic, très semblable à la gomme de Galam; une seconde, étiquetée miocha and Barbary qum, en grosses larmes roûgés et rugueuses; une troisième, dénommée swrat inferior gum arabie , en petites larmés brunâtres.
Quant à moi, la seule chose que j'aie connue pendant longtemps , sous le nom de Gomme de Finde , est une gominé brune , formée de larmes molles qui se sont soudées èn uné seule masse , laquelle ensuite a été cassée en morcéaux anguléux, à peu près dé la grosseur de là gomme du Sénégal (1). Cette gomme, paraissant avoir conservé long temps sa mollésse à l'air, s'est chargéé d'impuretés ét de sable ; mais les parties pures sont transparentes, et offrent une grañde variation de couleur, dépuis lé jaune pâle jusqu’au rouge foncé ; effet dû à ce que le suc coloré dé l'arbre , qui à coulé en méme temps que la gommé, s'v est inégalement réparti. Cette gomme est molle et glütinéusé sous la
4) Cetté Sorniñé répond assez bien à la déséription de là gomme turique dôhnée par Pomet et Leméry
h12 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
dent, et d’une saveur douce; à part les impuretés qu’elle contient, elle est entièrement et facilement soluble dans l’eau. Je suppose que cette gomme est produite par l’acacia arabica.
Gomme de l'Inde pelliculée, Il est arrivé de l’inde, en 1843, une quantité considérable d’une gomme fort distincte de la précédente et composée de trois substances différentes : 1° Une petite quantité d’une gomme résine aromatique , assez semblable à l’oliban, en petites larmes demi-opaques et jaunâtres ; 2° une quantité plus considérable d’une gomme pure, entièrement soluble dans l’eau , en larmes presque blanches, rondes ou vermiculées, comparables à la plus belle gomme du Sénégal ; 3° une gomme pelliculée , formant la plus grande partie de la masse. Cette dernière gomme est en larmes le plus souvent irrégulières, stalactiformes, ou convexes d’un côté , aplaties ou concaves de l’autre, et munies, très souvent, sur les deux faces, d’un feuillet d’épiderme jaune et opaque. Cette gomme est généralement d’un jaune de miel, brillante et transparente dans sa cassure : mais elle se ternit à l'air et présente un aspect général nébuleux et comme un peu nacré. Elle est dure, tenace, difficile à fondre et en partie insoluble dans l’eau, comme la gomme pelliculée du Sénégal ; mais elle s’en distingue par une odeur d’oliban qui la suit dans les préparations où on la fait entrer ; de sorte qu’elle est tout à fait impropre aux usages de la pharmacie.
Gomme éléphantine, Cette gomme, dont je dois un échantillon à M. le docteur Pereira, est produite dans l’Inde et dans l’île de Ceylan, par des incisions faites à l'écorce du féronia elephantum , arbre de la famille des aurantiacées. Elle recouvre l'écorce sous la forme d’un enduit brillant, comme vernissé, devenu très fragile par la dessiccation , et se brisant facilement en fragments brillants et transparents. Elle est incolore ou d’un jaune doré, très facilement soluble dans la bouche et dans l’eau. Enfin, elle ressemble beaucoup, par son apparence et ses propriétés, à la véritable gomme arabique , produite par l’acacia vera. Elle ne paraît pas être très abondante.
Gomme de l'Australie méridionale , south australian Gum Pereira. Cette gomme paraît être produite par l’acacia decurrens Willd. Il en est arrivé 50 caisses à Londres en 1844; et c’est probablement la même que M. Ménier a présentée à la Société de pharmacie de Paris, en 4849, et sur laquelle il a fait quelques essais d'application. Elle est en larmes assez volumineuses, tantôt stalactiformes et à surface luisante, tantôt globuleuses et à surface très rugueuse ou comme gercée. Cette gomme présente une teinte générale violacée qui la fait reconnaitre. Cette teinte violacée est surtout bien apparente dans les larmes globuleuses, qui présentent, en outre, une poussière blanche dans le fond des gerçures. Cette gomme se dissout très facilement dans l’eau ; mais
la dissolution est trouble et laisse déposer une matière floconneuse insoluble. Enfin , à poids égal, cetté gomme communique à l’eau une consistance bien moins épaisse et moins visqueuse que la gomme arabique. Elle est donc de nature différente, et pourra difficilement la remplacer, même dans les arts.
Gomme de Madagascar, Il est arrivé en France, il y a quelques années, une quantité assez considérable de cette gomme, qui m’a paru être de la nature de la gomme d’acajou dont il sera parlé plus loin (famille des térébenthacées ).
Gomme du cap de Bonne-Espérance, Depuis plus de vingt ans, cette gomme forme l’objet d’une importation considérable en Angleterre. D'après M. Burchell, elle est produite par une espèce d’acacia fort ressemblante à l'A. vera, et qu’il nomme A. capensis. M. Pereira ayant bien voulu m'envoyer le fruit de cet acacia, venu du cap avec la gomme, j'en donne ici la figure de grandeur naturelle (fig. 365), de laquelle il résulte que cet acacia a de très grands rapports avec l’acacia
Fig. 365.
seyal de Delile. Nonobstant l’assertion de M. Burchell, qui prétend que la gomme du Cap n’est pas inférieure à celle de l’acacia vera, il paraît qu’elle est considérée par les marchands de Londres comme une sorte très inférieure; mais ceux qui s’attachent plus à la qualité réelle des choses qu’à leur extérieur, donneront probablement raison à M. Burchell. La gomme du Cap possède, en effet , tous les caractères de la gomme du Sénégal, dite du haut du fleuve, produite par l’acacia vera, laquelle, malgré sa friabilité qui la brise pendant le transport, doit être considérée comme une gomme pure et de la meilleure qualité. Gomme sapote du Chili, Importée au Havre, en 1841. Le nom que porte cette gomme ne prouve pas qu'elle soit due à un arbre de là
Ah DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
famille des sapotées , ce nom étant donné, au Chili et au Pérou, à des arbres de familles différentes. La gomme est en larmes arrondies, souvent d’un volume considérable, d’un brun noirâtre et opaque vue en masse , mais brune , vitreuse et transparente dans l’intérieur, Souvent la larme brune et transparente est recouverte d’une couche de grains de gomme, d’une couleur moins foncée, qui paraissent s’y être agglutinés. Le caractère principal de cette gomme consiste dans une odeur et dans une saveur assez fortes, animalisées , que l’on peut comparer à celles d’un jus de viande un peu altéré. Mise à tremper dans l’eau, elle s’y gonfle beaucoup et s’y divise par agitation en particules anguleuses insolubles. Une petite partie seulement de la gomme se dissout et peut être précipitée par l'alcool. Sous ce rapport , elle ressemble beaucoup à la gomme de prunier, mais elle est un peu plus soluble.
Gomme adragantie.
La gomme adragante exsude dans l’Asie mineure , ‘en Arménie et dans les provinces septentrionales de la Perse, d’une espèce d’astragale
Fig. 366.
qui a été décrite, par Olivier, sous le nom d’astragalus verus. Cet arbrisseau (fig. 366) appartient à la section des astragales dont les
stipules sont soudées avec le pétiole, et dont le pétiole persiste et durcit après la chute des folioles, en prenant la forme d’une longue épine. Les fleurs sont sessiles et rapprochées au nombre de 2 à 5, dans l’aisselle des feuilles ; les folioles sont linéaires, velues , disposées sur 8 à 9 rangs.
Cet arbrisseau, cependant, n’est pas le seul qui produise de la gomme adragante. L'astragalus creticus Lam., observé par Tournefort sur le mont Ida de Crête, et par Sibtorp en Ionie, en produit également, Sieber indique aussi l’aséragalus aristatus; mais l’astragalus tragacantha L., qui est last. massiliensis Lam., n’en produit pas. Quant à l'astragalus qummifer, que Labillardière à vu exploité sur le mont Liban , il ne produit qu'une gomme de qualité inférieure qui sera décrile ci-après sous le nom de gomme pseudo-adragante.
La gomme adragante existe dans les astragales dans un grand état de concentration; car sa forme indique qu’elle a peine à se faire jour à travers l'écorce. Elle est en lanières ou en filets minces, contournés ou vermiculés. Elle est blanche ou jaune , et opaque. Elle est peu soluble dans l’eau ; mais elle s’y gonfle considérablement, en absorbe une grande quantité, et forme un mucilage tenace et très épais. Elle est très usitée pour donner de la consistance aux loochs, et pour lier les pâtes que l’on destine à la préparation des pastilles.
On trouve dans le commerce deux sortes de gomme adragante, dont l’une est en filets ou en rubans déliés et vermiculés, plus souvent jaunes que blancs. L'autre sorte, plus récemment connue, est en plaques blanches, assez larges, marquées d’élévations arquées ou concentriques. La différence entre ces deux sortes tient peut-être à ce qu'elles ne proviennent pas du même astragale (1) ; mais elle doit aussi être attribuée, au moins en partie, au mode d’extraction : la gomme vermiculée s'étant fait jour naturellement à travers l'écorce, tandis que la gomme en plaques doit avoir été obtenue par des incisions. Pour n'assurer d’ailleurs si, indépendamment de la forme, il existait quelque autre différence entre elles, j'ai mis une partie de chacune en contact avec A8 parties d’eau. La gomme vermiculée s'est gonflée presque aussitôt et a bientôt occupé tout le volume de l’eau. Le lendemain la gomme en plaques, quoique gonflée, avait conservé sa forme, et n'était pas mêlée à l’eau ; mais par l'agitation, elle n’a pas tardé à former un mucilage presque aussi épais que l’autre. Cependant il y a une différence entre les deux : le mucilage de la gomme en plaques est presque transparent, plus lié et plus tremblant que l’autre, comme s'il
(4) D’après M. Th. Martins , la gomme vermiculée viendrait de Morée et serait produite par l’astragalus creticus ; la gomme en plaques serait tirée de Smyrne et serait due à l'astragalus verus.
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contenait plus de gomme soluble ; enfin, il se colore à peine par l’iode : tandis que le mucilage de gomme vermiculée prend une teinte bleue très manifeste par ce même réactif. Du reste, les deux mucilages étendus de 3 fois plus d’eau, conservent encore une certaine consistance gélatineuse uniforme, et les liqueurs filtrées jouissent des propriétés suivantes :
Teinture de tournesol ; rien.
Teinture,d'iode ; rien.
Oxalate d'ammontiaque ; trouble.
Alcool ; y forme un précipité floconneux qui se rassemble en une seule masse opaque et muqueuse. Ce précipité, tout à fait distinct de celui que présente en pareil cas la gomme du Sénégai, montre que c’est bien de la gomme adragante elle-même qui s’est dissoute dans l’eau, et non une portion analogue à la gomme Sénégal qu'elle pourrait contenir, comme cela a lieu pour la gomme d’acajou.
Eau de chaux ; rien.
Eau de baryte ; la gomme est précipitée en flocons distincts et privés d’eau.
Acétate de plomb ; rien.
Sous-acétate de plomb ; il se forme deux précipités : l’un pulvérulent , l’autre muqueux comme celui formé par l'alcool.
Proto-nitrate de mercure ; précipité muqueux.
Quelle que soit la quantité d’eau froide que l’on emploie pour délayer la gomme adragante vermiculée, il en reste toujours environ la moitié qui ne se dissout pas, et cette partie insoluble bleuit fortement par la teinture d’iode. A la chaleur du bain-marie on obtient encore le même effet, c’est-à-dire une liqueur qui ne bleuit pas par l’iode et un résidu qui bleuit fortement ; à l’aide de l’ébullition on obtient une dissolution plus avancée, mais non complète de la gomme ; la liqueur alors bleuit par l’iode, mais la partie insoluble conserve toujours la même propriété dans un degré très intense. Quant à la gomme adragante en plaques, une ébullition suffisante dans une grande quantité d’eau la dissout presque en totalité.
Le microscope peut nous donner une idée encore plus exacte de la nature de ces deux gommes adragantes,
La gomme fine et vermieulée, divisée dans l’eau, additionnée d’iode et examinée au microscope , présente :
4° Une glaire sans limites visibles, parsemée de granules bleus d’amidon, sphériques et généralement d’un très petit volume; à la lumière diffuse , cette glaire ne se manifeste que lorsqu'on imprime un tremblement à la table qui supporte l'instrument ; alors tous les grains d’amidon qui appartiennent à une même glaire éprouvent un mouve-
LÉGUMINEUSES. 17 ment oscillatoire, en conservant leurs positions respectives, ce qui est un indice du lien invisible qui les unit; ”
2 Un grand nombre de granules d’amidon isolés et libres au milieu de la liqueur, par suite de l'entière division de la matière gélatineuse ;
3° Des membranes gélatineuses, transparentes, légèrement colorées en jaune par l’iode, à contour fini et distinct, et représentant assez exactement un pétale de renoncule âcre, Ces membranes, que je suppose former un sac dans leur intérieur, sont parsemées de granules d’amidon réunis par groupes irrégulièrement disposés ;
h° Des membranes plus compactes, épaisses, colorées en jaune, déchirées en parcelles distinctes , mêlées de granules d’amidon rassemblées en masses compactes;
5° Des fibres ligneuses.
Ces fibres ligneuses et les membranes compactes me paraissent accidentelles dans la gomme adragante. L’amidon lui-même, qui en fait partie nécessaire , Comme corps végétal organisé, doit être isolé de la gomme proprement dite, lorsqu'on veut considérer celle-ci sous le point de vue chimique. Car il est évident que ce n’est pas lui, qui est inattaquable par l’eau, qui donne au mucilage de gomme adragante ses caractères particuliers ; la partie essentielle de la gomme adragante, celle à laquelle je donne, avec M. Desvaux, le nom d’adragantine, est la glaire gélatineuse du n° 1 , et celle du n° 2, qui, plus divisée encore dans le liquide, passe même à travers le filtre, et communique à la liqueur filtrée les propriétés que l’on a vues ci-dessus.
L’amidon de la gomme adragante diffère de ceux des céréales et des racines féculentes, en ce que ceux-ci sont composés d’un tégument plus ou moins insoluble et d’une substance interne très facilement soluble, tous deux colorables par l’iode; tandis que l’amidon de l'adragante paraît entièrement formé d’une matière dense organisée, qui cède à peine quelque peu de matière soluble à l’eau bouillante ; aussi le résidu de l’ébullition dans l’eau de la gomme adragante vermiculée est-il formé d’une grande quantité d'amidon, de fibres et de plaques ligneuses.
La gomme adragante en plaques, examinée au microscope dans les mêmes circonstances, ne laisse apercevoir que quelques grains d'amidon isolés (n° 2), et quelques glaires gélatineuses (n° 1) parsemées d’amidon; les parties les plus nombreuses, sans l'être encore beaucoup, sont des membranes pétaloïdes (n° 3), amincies , peu visibles , et offrant à peine quelques granules noirs imperceptibles ; tout le reste a disparu par l’eau. (Journ. de chim. méd., t. VIII, p. 422.)
Suivant Bucholz, dont les résultats sont encore admis par beaucoup de chimistes, Ja gomme adragante est composée de 0,57 de gomme
Nil. 27
h18 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES. ;
soluble , semblable à la gomme arabique, et de 0,43 d’une gomme insoluble à froid , mais soluble dans l’eau bouillante. (Jowrn. de pharm., tu II, p. 87.) é
Ce que j'ai dit précédemment montre combien ces résultats sont fautifs, et l’on est étonné qu'ils aient été admis si généralement , quand on voit que Bucholz a traité cent grains de gomme adragante par seize livres d’eau, que le traitement à duré au moins quinze jours, et que la masse du liquide à été évaporée sur le feu ; toutes circonstances qui ont dû altérer profondément le principe gommeux.
Plus récemment un chimiste français, dans un travail très étendu sur les gommes, à également admis que la gomme adragante était composée d’arabine, c'est-à-dire de gomme identique avec celle d’Arabie, et de bassorine, ou de gomme insoluble identique avec celle de Bassora ; mais ces résultats sont encore inexacts. La gomme adragante né contient ni arabine ni bassorine, et est essentiellement formée par une matière organisée, gélatiniforme , qui se gonfle et se divise dans l'eau au point de pouvoir passer en partie à travers le filtre, et qui diffère beaucoup par ses caractères physiques et chimiques de la gomme arabique. Quant à la partie de la gomme adragante qui résiste même à l’ébullition dans l’eau. c’est, ainsi que je l'ai dit, un mélange d’amidon et de ligneux qui n’a rien de commun avec la bassorine,
Gomme pseudo-adragante et Gomme de Sassa.
Vers l’année 1830, je vis pour la première fois chez nn commerçant ue quantité considérable d’une gomme toute particulière, en masses mamelonnées, assez volumineuses, ou en forme d’ammonites ; il y en avait aussi des morceaux qui représentaient presque exactement d’énormes limacons retirés de leur coquille. Cette gomme est de couleur roussâtre ; sa surface est un peu luisante, et elle jouit d’une transparence plus marquée que la gomme adragante: elle en offre la saveur, mais mêlée d’âcreté; mise dans l’eau, elle y blanchit complétement , augmente de quatre à cinq fois son volume, y conserve à peu près sa forme et se dissout fort peu; la solution d’iode lui communique une couleur bleue très intense.
Bruce, dans son voyage en Abyssinie, a décrit un arbre nommé sassa ( ]nga sassa, Willd.), qu'il dit avoir vu chargé d’une si grande quantité de boules de gomme, qu’il en paraissait monstrueux. Cette gomme est rousse , d’un grain uni et serré; elle se gonfle dans l’eau et y devient blanche ; mais elle v conserve sa forme, ce qui la distingue de la gomme adragante, avec laquelle elle a d’ailleurs beaucoup de rapports. Les habitants s’en servent pour empeser les étoffes. Cette
LÉGUMINEUSES. h19 description se rapporte si exactement à la gomme dont je viens de donner les caractères, qu'il est bien difficile de ne pas croire que celle-ci ne soit la gomme de sassa de Bruce.
En cherchant depuis cette gomme dans le commerce, j'ai trouvé une caisse entière d'une substance étiquetée gomme adragante (1), et vendue comme telle, qui m'a frappé d’abord par plusieurs morceaux en forme d'ammonites. Cette gomme, triée à la main, se laissait séparer en deux parties. La plus grosse, qui comprenait tous les ammonites, était plus rougeûtre , se dissolvait à peine dans l'eau, et se colorait par l’iode presque à l’égal de l'amidon. Cette gomme ressemblait encore beauconp à la gomme de sassa. La seconde portion, comprenant la gomme la plus petite et la plus blanche, ressemblait tout à fait à la gomme adragante, Cependant elle n'était pas aussi petite que peut l’être cette dernière, et voici comment je me suis assuré qu'elle en différait : quand on fait tremper dans 48 parties d’eau 4 partie de chacune des gommes adragante et pseudo-adragante (je nomme ainsi la petite gomme blanche dont je viens de parler), toutes deux se gonflent et forment mucilage, quoique à des degrés différents. Mais si, lorsque les deux gommes sont aussi bien divisées que possible, on y ajoute encore 96 parties d’eau et une quantité convenable de soluté d’iodhydrate ioduré de potasse , alors la gomme adragante continue de former un mucilage épais et bien lié, coloré uniformément en bleu pâle, et qui ne se sépare pas par le repos ; tandis que la fausse adragante se - précipite et forme un dépôt bleu foncé , surnagé par une liqueur aqueuse et incolore. Or, comme ce résultat a été obtenu avec la gomme la plus fine et la plus semblable à la gomme adragante, et que les morceaux plus volumineux et plus colorés participaient encore plus de l’insolubilité de la grosse gomme de sassa, j'en ai conclu que toute cette gomme n’en constituait originairement qu’une seule, qui avait été triée dans la vue de tirer meilleur parti de celle qui simulait le mieux la gomme adragante. En conséquence, dans ma précédente édition, de même que dans mon Mémoire inséré dans le Journ. de chim. méd. (1832, p. 419), j'ai donné indifféremment à cette gomme le nom de gomme de sassa où de pseudo-adragante, et je l'ai toute supposée tirée de l’inga sassa. Aujourd’hui, je me crois obligé de séparer ces deux substances , et de donner le nom de gomme de sassa seulement à la grosse gomme brune, semblable à celle décrite par Bruce, et le nom de gomme pseudo-adragante à la petite gomme nommée coinmunément , dans le commerce, gomme de Bassora, et qui sert à falsifier la gomme adra-
(4) Cette gomme porte en réalité , dans le commerce , le nom de gomme de Bassora.
h20 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
gante. Je suis porté à faire cette séparation, parce que, après avoir lu le Mémoire de Labillardière sur l’aséragalus qummifer {Journ. phys., t. XXXVI, p. 46), et avoir retrouvé au Muséum d'histoire naturelle une portion de tige chargée de gomme, semblabie à celle qui se trouve représentée dans la figure jointe au mémoire, je reste convaincu que la gomme pseudo-adragante est produite par l'aséragalus qummifer. Cette opinion est d’ailleurs conforme à celle émise par Delens et M. Mérat, dans leur Dictionnaire universel de matière médicale (t. VIT, p. 403, ett. I, p. 80).
La gomme pseudo-adragante, délayée dans l’eau et colorée par l'iode , présente au microscope :
1° La même glaire gélatineuse n° 1, parsemée de granules d’amidon, qui forme la majeure partie de la gomme adragante vermiculéc ; seulement la glaire gélatineuse est plus dense et visible à la lumière diffuse, et les granules d’amidon sont plus rapprochés et plus nombreux ;
2 D'autres glaires gélatineuses bien visibles, non transparentes, offrant quelquefois la densité d’une membrane, et alors colorées en jaune par l'iode ;
3° Quelques membranes pétaloïdes jaunes, semblables à celles de la gomme adragante ;
h° Des amas d'amidon, des fibres ligneuses et des débris de tissus transparents.
La grosse gomme de sassa offre au microscope :
1° Des masses gélatineuses bien visibles , non transparentes, colorées en jaune , parsemées de grains innombrables d’amidon ;
2° Des débris de membranes compactes, transparentes, fortement colorées en jaune par l’iode ;
3° Des membranes pétaloïdes jaunes, privées de rules d’amidon, et d’autres qui en offrent encore ;
h° Des amas compactes d’amidon colorés en bleu.
Si, comme on le voit, l'examen microscopique fournit quelques caractères pour distinguer les deux gommes précédentes de la gomme adragante; d’un autre côté, il nous montre que ces gommes résultent d'une organisation semblable , que je crois consister dans un sac membraneux renfermant de la matière gélatiniforme et des groupes de granules d'amidon ; de telle sorte qu’arrivant la rupture du sac, la matière gélatineuse devient susceptible de le diviser et de se dissoudre en partie dans l’eau , et l’amidon de s’y disperser. Du reste, la gomme de sassa et la gomme pseudo-adragante diffèrent de la gomme adragante, exactement comme l’amidon et les diverses parties du grain d'orge diffèrent des parties correspondantes du blé, par une organisation plus
forte et plus compacte, qui les rend moins attaquables par l’eau et nuit aux usages auxquels on pourrait les appliquer.
J'ai dit plus haut que les droguistes nomment la gomme pseudoadragante gomme de Bassora. Je crois, en effet, que cette substance est la première qui ait porté le nom de gomme de Bassora. Mais j'ai toujours pensé que la gomme examinée par Vauquelin sous le même nom (£ull. de pharm., t. II, p. 56) était celle qui fait le sujet de l’article suivant, caractérisée par le volume considérable qu’elle acquiert sous l’eau, et par la complète insolubilité de la substance qui la constitue presque en totalité. Dans cette persuasion, je conserverai à la gomme de Bassora des droguistes le nom de gomme pseudo-adragante, et je continuerai à donner à la gomme suivante le nom de gomme de Bassora , jusqu’à ce que je lui en connaisse un plus convenable,
Gomme de Bassora.
Cette substance se rencontre constamment en petite quantité dans la gomme du Sénégal, et j'ai vu chez un droguiste une caisse d’origine indienne et étiquetée bdellium de l'Inde, qui était composée de gomme lignirode (p. M0), mélangée d’une grande quantité de notre gomme de Bassora. M. Théodore Martius l’a décrite sous le nom de gomme kutera, et lui donne pour origine l’acacia leucophlæa de Roxburgh (1). Virey a pensé qu'elle était produite par un mesembryanthemum , et MM. Desvaux et Damart par un cactus, Je suppose du moins que ces savants, en émettant cette opinion, ont eu en vue la présente gomme, et non la précédente, à laquelle elle ne peut convenir. Ce qui me paraît probable aujourd’hui, c’est que la présente gomme de Bassora, ou la gomme kutera de M. Martius, est, en effet, produite par une plante grasse, crassulacée , ficoïde ou cactée.
Cette gomme est blanche, ou de couleur de miel, comme farineuse et argentée à sa surface, en morceaux plutôt plats et allongés qu’arrondis, quoiqu’on en trouve aussi de cette dernière forme. Ces, morceaux sont de toutes grosseurs, depuis la plus petite jusqu'à 55 à 80 millimètres de diamètre ou de longueur. Elle est moins opaque que la gomme adragante, insipide, et se divise sous la dent en produisant une espèce de cri.
La gomme de Bassora mise dans l’eau se gonfle considérablement, et
(1) Niemann, avant M. Martius , a également attribué la gomme kutera à l'acacia leucophlæa ( Pharm. batav., t. A, p. 158). Je ne sais sur quoi celte opinion est fondée, Roxburgh n'ayant mentionné aucun produit gommeux de cet arbre. *
1h22 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
se convertit en une yelée transparente dont les parties n'ont aucune liaison entre elles; de sorte qu’elle ne forme pas, à proprement parler, de mucilage. Lorsqu'on y ajoute une plus grande quantité d’eau, toutes les particules gélatineuses se séparent et se suspendent par l'agitation dans le liquide ; mais elles retombent au fond , de suite après. Cet état d'isolement et l’insolubilité complète des particules gélatineuses forment le caractère propre de la gomme de Bassora, et la rendent im: propre à tous les usages. Cependant la gomme de Bassora n’est pas entièrement formée de cette substance insoluble ; l’eau qui sert à la laver dissout environ 0,08 d’une gomme semblable à la gomme arabique. C’est bien cette gomme qui est véritablement formée d'arabine et de bassorine , et non la gomme adragante,
La gomme de Bassora sur laquelle l’eau a puisé son action, traitée par l'acide acétique, ne s’y dissout pas sensiblement, mais lui cède de la chaux en plus grande quantité que l’eau n’en avait dissous d’abord. L'iode ne la colore pas en bleu; et bien que, au microscope, ce caractère ne soit pas absolu, cependant, comme la coloration paraît nulle à l'œil nu, ce caractère peut servir à distinguer sur-le-champ la gomme de Bassora des gommes adragante , pscudo-adragante et de sassa. La potasse caustique , les acides faibles et froids, ne lui font éprouver aucune altération ; mais ces corps la dissolvent à l’aide de la chaleur, après l’avoir altérée très probablement.
La gomme de Bassora est naturellement inodore; mais celle offre quelquefois une odeur, soit d'acide acétique , telle que M. Boullay l’a remarquée (Bull. de phar,, t V, p.166), soit d’acide sulfurique chaud et musqué, telle qu’on l’observe dans la décomposition du borax par cet acide. Dans tous les cas, l’eau par laquelle j'ai traité cette gomme odorante n’ayant pas sensiblement rougi le tournesol , je suis fondé à croire que son acidité n’était que superficielle et due à un commencement d’altération occasionné par l'humidité,
La gomme de Bassora divisée par l’eau, additionnée diode et examinée au microscope, paraît principalement formée d’une matière gélatiniforme , dense, mamelonnée, insoluble , uniformément grise ou très faiblement bleuâtre, qui est proprement ce que je nomme la bassorine. On y voit çà et là quelques grains de fécule isolés, sphériques et volumineux.
On y voit également d’autres parties gélatineuses qui offrent une structure fibreuse ramifiée, et qui paraissent formées par la réunion, sous forme de chapelets, de petits grains sphériques, jaunes et transparents La liqueur offre beaucoup de ces petits grains jaunes isolés , quelques grains de fécule volumineux, des fragments de membranes
denses et des fibres ligneuses; on n’v trouve rien qui ressemble aux
£ LÉGUMINEUSES. 423 membranes pétaloïdes des gommes adragante, pseudo-adragante et de sassa.
Gomme de nopal (cactus cochinillifer L.). Je mentionnerai ici cette gomme, à cause de ses rapports avec la précédente , et pour en montrer également la différence. Elle exsude en très grande abondance, au Mexique, des cactus qui portent la cochenille; mais elle ne peut être d’aucune utilité, Elle est sous la forme de concrétions vermiculées ou mamelonnées, d’un blanc jaunâtre ou rougeûtre, translucides ou demi-opaques, d'une saveur fade mêlée d'un peu d’âcreté; elle crie sous la dent, Mise à tremper dans l’eau , cette gomme se gonfle, blanchit, mais n’acquiert aucun liant. Quelques portions détachées nagent divisées dans la liqueur ; mais la presque totalité forme une masse résistante, non mucilagineuse , que la pression sépare eu parties non liées, et qui prennent en se desséchant sous les doigts un aspect farineux. L'iode la colore superficiellement en bleu noirâtre.
Divisée par l’eau, et vue au microscope, elle a la forme d'une substance gélatineuse, plissée, à bords finis, d’une épaisseur et d’une consistance très marquées. En y ajoutant de l’iode, la substance gélatineuse principale ne paraît pas se colorer ; mais on y observe une grande quantité de points colorés en bleu noir, opaques, très petits, devant être une espèce particulière d’amidon, Enlin, que la substance soit ou non additionnée d'iode , elle offre constamment, et disséminés à distance, des groupes de cristaux bien finis, terminés par des biseaux aigus , et exactement semblables à ceux que Tarpin a observés dans le tissu même du cereus peruvianus, et que M. Chevreul a reconnus pour être de l’oxalate de chaux. ( Voy. Ann. des scienc. nat. , L XX, p. 26, pl 1, et Journ. de pharm., t. XX, p. 526.) Ges cristaux caractérisent la gomme de nopal et serviront toujours à la faire reconnaître.
PRODUITS RÉSINEUX ET BALSAMIQUES DE LÉGUMINEUSES. Résines animé et Copal.
Le nom de résine animé a été inconnu aux anciens, à moins qu’on ne veuille le croire dérivé de celui de smyrna aminnea donné par Dioscoride à une sorte de myrrhe très inférieure. Ce qui est plus certain, c’est que, vers le commencement du xvi° siècle, les Portugais tiraient de Guinée et de la côte orientale d'Afrique une résine nommée antimuin , et que ce nom à été presque immédiatement traduit dans presque toutes les langues par le mot indéclinable animé.
Jean Rodriguez de Castel-Blanco , beaucoup plus connu suus le nom
L24 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
d’Amatus Lusitanus, est le premier qui ait fait mention de l’aniimum, et il en distinguait de deux sortes : une b/anche, qu'il croyait être le cancame de Dioscoride, et une notrâtre et odorante, qu’il assurait être le myrrha aminnea. Il est à peu près certain que cette dernière espèce n’est autre chose que le bdellium d'Afrique. Quant à la première , qui a bientôt pris le nom d’animé orientale , pour la distinguer d’une résine presque semblable apportée d'Amérique, elle venait de la côte orientale d'Afrique ; et en comparant tout ce qu’en ont écrit les auteurs du temps, on reste convaincu que cette résine orientale n’était autre chose que celle qui porte aujourd’hui dans le commerce français le nom de copal dur, mais à laquelle les Anglais ont toujours conservé le nom de gomme ou de résine animé (1).
Je viens de dire que l’animé blanche d’Amatus Lusitanus avait pris le surnom d’ortientale lorsqu'il avait fallu la distinguer d’une résine presque semblable ( animé occidentale) apportée d'Amérique, où elle découle en très grande abondance du courbaril ou du 7efaiba de Pison (Bras., p. 60). Je dois expliquer maintenant comment l’animé orientale a perdu son nom pour prendre celui de copal, et comment , au contraire , divers autres produits d'Amérique ont usurpé le nom d’animé.
C’est Monardès qui est le premier auteur de ce changement et des graves erreurs qui ont ensuite été commises sur l’origine de l’animé orientale. En effet, ce médecin de Séville , dans son ouvrage intitulé Simplicium medicamentorum historia, etc., ayant décrit la résine de courbaril sous le nom de copal (2) , et ayant nommé animé une autre résine beaucoup plus aromatique et plus huileuse (3) , cette nomenclature a été acceptée par la plupart des auteurs , et même le nom de copul a fini par s'étendre de l’animé d'Amérique à l’animé orientale. Alors voici ce qui est arrivé :
L’animé orientale ayant pris le nom de copal ( mot mexicain), on a supposé qu’elle venait du Mexique, et l'on s’est efforcé d’en trouver l’origine dans un des nombreux végétaux résineux, très imparfaitement décrits par Hernandez, rhus, elaphrium où autres. Secondement, on a cru avoir perdu l’animé orientale d’Amatus Lusitanus et de Garcias (il est évident qu’elle ne l’a jamais été), et, assez récemment encore,
(4) On trouvera les preuves de ce qui précède , avec des détails plus étendus, dans un Mémoire sur les résines dammar , copal et animé , imprimé dans la Revue scientifique , t. XVI, février 184%, p. 177.
(2) Les Mexicains donnaient généralement le nom de copal aux résines usitées en fumigations dans les temples.
(3) Cette résine est une tacamahaca ou tacamaque, que je décrirai plus tard sous le nom de tacamaque jaune huileuse.
LÉGUMINEUSES, h25 on s’est-efforcé de la retrouver dans le dammar puti ou dans le dammar selan des îles Moluques.
Enfin , quand on à cru savoir que le prétendu copal du Mexique venait de l’Inde , on en a cherché la source dans un des arbres résineux de l'Inde, tel que le vateria indica. Ce n’est qu’à la suite de recherches plusieurs fois répétées que je suis parvenu à rétablir la véritable origine de l’animé orientale ou copal dur ; origine qui, suivant ce que je pense , ne trouvera plus aujourd’hui de contradicteurs.
Animé dure orientale,
Copal dur du commerce français. Ainsi que je viens de l’exposer, cette résine, après avoir été supposée venir du Mexique , a été considérée comme originaire de l’Inde , parce que, en effet , elle nous arrive presque toute par la voie de Calcutta. Mais M. Ad. Delessert et M. Blanchard , négociant français établi à Calcutta, ont appris à M. Perrottet que le copal dur (gum animi des Anglais), transporté de cette ville en Europe, y était apporté de Maskate, sur des navires arabes qui vont le chercher à Zingibar, sur la côte d'Afrique. Vers le même temps, une personne qui a longtemps habité l’île de France me disait que les trois sortes de copal, dites de Madagascar, de Bombay et de Calcutta, ne sont qu’une seule et même résine recueillie à Madagascar et vendue sur la côte d’Afrique, notamment à Bombetec, aux Arabes qui la transportent à Surate , d’où elle est ensuite portée à Bombav, à Calcutta et jusqu’en Chine. La même personne ajoutait, en confirmation de ce que j’ai annoncé le premier dans l’Æistoire abrégée des drogues simples, que la résine copal est produite par l’Aymenæa verrucosa (1), qui porte à Madagascar le nom de fanrouk-rouchi (tanroujou, suivant de Jussieu ) et qui est cultivé à l’île de France sous le nom de copalier. On y cultive aussi l’hymenæa courbaril de Cayenne, lequel y produit une résine qui à beaucoup de rapports avec le copal, Mais moins dure et moins estimée.
D'après ce qui vient d’être dit, il serait oiseux ou contraire à la vérité de distinguer aujourd’hui des résines copal de différentes provenances ; il faut se contenter de dire que le copal affecte différentes formes suivant qu'il a été récolté suspendu aux arbres, à l'abri de toute impureté, ou suivant qu’il a été recueilli sur terre ou enfoui dans
(1) Hymenœa verrucosa Lam., Illustr., pl. 330, fig. 7. Cet arbre diffère de l'hym. courbaril principalement par son fruit, qui est long au plus de 45 millimètres, large de 20, d’un brun noirâtre, tout couvert de verrues, et vernissé par la résine qui exsude de sa surface.
426 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
le sable ; ce dernier pouvant présénter encore plusieurs aspects, suivant qu'il est brut ou mondé à l’aide du couteau ou autrement. On trouve donc dans le commerce du copal en larmes ou en stalactites, quelquefois longues et grosses comme le bras, telles que la belle larme recueillie par un voyageur sur l’hyrnenæa verrucosa, dans la vaste forêt d’Ivoudho, à Madagascar, et dont M. Bonastre à fait don à l'École de pharmacie. Ce copal, dit de Madagascar, est lisse et poli à sa surface, transparent, d’un jaune foncé uniforme ; il a une cassure Lout à fait vitreuse , et est tellement dur, que la pointe d’un couteau l'entame avec peine ; il est insipide et inodore à froid ; il se ramollit au feu et y devient un peu élastique , mais sans pouvoir se tirer en fils. Il ne se fond qu’à une chaleur très élevée et exhale alors une odeur aromatique, analogue à celle du bois d’aloès ou mieux du copahu de Maracaïbo.
Le copal trouvé à terre ou enfoui dans le sable , indépendamment de la terre ou du sable qui peuvent y adhérer, présente ordinairement une croûte extérieure blanche , opaque et friable , due à une altération de la résine par Pair et l'humidité. On le monde de cette croûte à l’aide d’un instrument tranchant, lorsque les morceaux sont assez volumiueux pour se prêter à cette opération : tel est le copal dit de Bombay. Dans le cas contraire , on débarrasse le copal de sa croûte , en le faisant tremper dans un soluté de carbonate de potasse : on le lav: ensuite et on le fait sécher. Le copal, ainsi purifié, nommé copal de Calcutta, se présente ordinairement sous la forme de morceaux plats, d’un jaune très päle ou presque incolures, très durs, vitreux et transparents à l'intérieur, mais offrant urie surface terne et fortement chagrinée par l'impression du sable grossier qui s’y trouvait fixé.
L’animé dure, ou copal dur, ressemble beaucoup au succin, mais peut s’en distinguer aux caractères suivants : ,
4° L'animé dure s’enflamme à la flamme d’une bougie, s’y fond complétement et tombe goutte à goutte. Le succin, beaucoup moins fusible , brûle en se boursouflant et sans couler,
2 L’'animé dure, éteinte et encore chaude, exhale une odeur que j'ai comparée anciennement à celle du bois d’aloès , mais qui se rapporte encore mieux à celle du copahu de Cayenne ou de Colombie. Le succin chauffé exhale une odeur plus forte, désagréable même et de nature bitumineuse. Cette odeur devient même sensible par le frottement du succin, ou lorsqu'on le tient renfermé dans un bocal; le copal dur non frotté est tout à fait inodore à froid.
3° L'animé dure , mouillée avec de l'alcool à 80 degrés centésunaux, devient poisseuse, et l’alcool évaporé laisse sur Ja résine une tache blanche qui lui ôte sa transparence. Le succin, soumis à la même épreuve, reste sec el transparent. |
LÉGUMINEUSES, h27
4° L'animé dure, soumise à la distillation, donne à peu près les mêmes quantités d’eau, d'huile et de charbon que le succin, et fournit aussi, sur la fin, une grande quantité de Ja matière jaune obtenue du succin ; Mais on né trouvé aucune quantité d’acide succinique dans ces produits , et cette différence est des plus remarquables entre deux corps qui ont presque la même constitution physique.
L'animé dure pulvérisée , traitée par de l'alcool à 92 degrés centésimaux, laisse un résidu considérable , d'abord pulvérulent , mais formant au bout de quelque temps une masse peu cohérente facile à diviser par l'agitation.
L'alcool bouillant en dissout un peu plus; mais, quelle que soit la quantité de liquide employée , la résine insoluble desséchée forme toujours de 61 à 66 pour 100 de la résine primitive.
L'animé dure, traitée par l’éther, s’y gonfle et y devient un peu molle , comme dans l'alcool ; mais les parties gonflées se divisent toujours facilement par l'agitation. Après plusieurs traitements par l’éther, il reste environ 61 pour 100 de résine insoluble.
L'animé dure, traitée par l’essence de térébenthine , s’v gonfle et y; devient un peu cohérente, mais ne s’y dissout pas, même à l’aide de la chaleur, La résine, séchée par une longue exposition à l'air, pèse 123 parties au lieu de 100. Pulvérisée et exposée pendant plusieurs heures à une température de 100 degrés, elle se réduit seulement à 114 parties; de sorte qu'il s'est formé une véritable combinaison d’aniné et d'essence, qui est insoluble dans l'essence.
L’animé dure, ou copal dur, a été le sujet des recherches d’un grand nombre de chimistes, parmi lesquels il faut citer Unverdorben et Berzelius :; mais les résultats obtenus par ces deux savants sont tels qu’il est perinis de croire qu’ils n'ont pas toujours agi sur la véritable animé dure. J’accorde beaucoup plus de confiance aux résultats publiés par M. Filhol dans une thèse sur le copal (1), dont j’extrairai seulement ce qui est relatif à la composition élémentaire de la résine et à son oxigénation par l’air.
Le copal dur le plus pur est éomposé, sur 100 parties, de :
ET ET RARE de RE tnt 80,42 HYATOP CREER PRE EPP TRE 10,42 CIRIRBRE. er da ee GS 9,15
Ce copal, pulvérisé et soumis à un courant d’air chaud , ou bieu porphyrisé à l’eau et conservé à l’air, en absorbe assez rapidement l'oxigène , et finit par arriver à la composition suivante :
CPMO RS cie lot ee 71,34 RENNOMENR SL ES RL 9,29 sn. ht rique RE 2 pete Rgé 19,41
1) Journ. de pharm, et chim,,\, XL. p. SUI et 507,
428 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES,
Le copal ainsi oxigéné est devenu complétement soluble dans l'alcool et dans l’éther ; et M. Duroziez , pharmacien à Paris , qui, sans avoir cherché à en déterminer la cause, avait trouvé ce moyen de rendre le copal soluble, assure que ce nouvel état ne nuit en rien à la qualité des vernis. Je crois, en effet, que des vernis à l'alcool ou à l’essence , fabriqués avec ce copal, peuvent être supérieurs, pour la durée, à ceux faits avec le mastic ou la sandaraque ; mais il est permis de douter, jusqu'à preuve contraire , que les vernis gras fabriqués avec le copal rendu soluble soient de la même qualité. On sait que ceux-ci se font en fondant le copal dur, sur un feu vif, dans une sorte de cucurbite ou de matras en cuivre ; aussitôt que la résine est complétement fondue et bien liquéfiée, on y ajoute de l'huile de lin cuite, qui s’y méle bien, et ensuite de l'essence de térébenthine , et on laisse refroidir.
Animé tendre orientale.
On trouve constamment dans l’animé dure orientale une certaine quantité d’une résine qui présente tous les caractères de celle du courbaril , de même qu’on trouve dans la résine du cuurbaril d'Amérique une certaine quantité de résine semblable à l’animé dure orientale ; il paraît raisonnable d’en conclure que ces deux résines peuvent, dans certaines circonstances , passer de l’une à l’autre.
L’animé tendre orientale se présente sous la forme de larmes globuleuses, quelquefois du volume du poing, qui, étant privées de la croûte opaque qui les recouvre, sont presque aussi incolores et aussi transparentes que du cristal. En vieillissant, elle prend une teinte jaune à sa surface ; elle jouit d’une odeur faible mais agréable ; sa friabilité est assez grande, et elle se laisse facilement entamer par la pointe d’un couteau. Exposée à la chaleur, elle devient molle, élastique et se laisse tirer en fils aussi déliés que la soie; elle se dissout en partie dans l'alcool , et la partie insoluble y prend la consistance et l'aspect du gluten humide : elle se dissout en très grande partie dans l’éther.
Cette résine forme des vernis gras moins colorés que l’animé dure , mais beaucoup moins durables , ce qui est cause qu’elle est moins estimée. Dans le commerce parisien, on lui a donné pendant longtemps, de même qu’à l'animé tendre d'Amérique, le nom de copal tendre ; mais depuis que le dammar tendre (t. IE, p.290) a été nommé par les commercçants copal tendre, la résine animé tendre a pris le nom de copal demi-dur, qu’elle porte aujourd’hui.
Animé tendre d’Amérique.
Cette résine , suivant ce qui a été dit précédemment, est produite par l'hymenæa coùrbaril L., arbre très élevé , qui croît dans toutes les contrées chaudes de l'Amérique (page 332). Elle se présente sous un très grand nombre de formes, dont les principales demandent à être décrites.
4. Ambre blane de Cayenne, J’ai vu sous ce nom une quantité assez Considérable d’une animé tendre en larmes ovoïdes, du poids de 10 à 25 grammes, ternes et blanchâtres à leur surface ;, mais vitreuses, transparentes et presque incolores à l’intérieur. Cette sorte ne diffère de la suivante que par la pureté et la régularité de ses larmes.
2. Ambre blanc du Brésil, Ou animé tendre du Brésil en sorte, Celte sorte, qui est celle que Guillemin a rapportée de Rio-Janeiro , comme résine de courbaril, se compose, pour la moitié environ, de larmes semblables à la précédente , mais beaucoup plus petites, moins pures et moins régulières, On y trouve ensuite d’autres larmes semblables, mais couvertes d’une couche plus ou moins épaisse d’une résine opaque, presque entièrement soluble dans l'alcool, et enfin un sixième environ de larmes jaunes d’animé dure.
3. Animé tendre de Hollande, Lorsque, il y a trente -six ans environ, Henry pére fit venir de Hollande , pour le droguier de la pharmacie centrale des hôpitaux, de la résine animé , la substance qui fut envoyée sous ce nom se composait de trois quarts environ de résine animé de Monard (tacamaque jaune huileuse) et d’un quert d’animé tendre , de laquelle nous séparâmes encore une certaine quantité de petites larmes d’animé dure. L’animé tendre offrait cela de particulier, qu’elle se composait de deux résines qui, isolées dans certaines larmes , paraissaient n’avoir rien de commun, tandis qu’elles se trouvaient réunies dans d’autres. Ainsi, on voyait des morceaux;(A) qui étaient blanchâtres au dehors, d’un jaune orangé en dedans, tout fendillés, opaques, friables , presque entièrement solubles dans l’alcool. On en rencontrait d’autres (B) semblables en apparence aux précédents, mais contenant au centre un noyau dur, jaune ou incolore, et transparent. Enfin, on y trouvait des larmes (C) entièrement vitreuses et transparentes , à l'exception d’une légère couche opaque superficielle. Cette résine vitreuse et transparente jouissait de toutes les propriétés indiquées plus haut pour l’'animé tendre orientale , à l'exception qu’elle se tirait difficilement en fils à l'aide de la chaleur, ce qui tenait sans doute à sa grande ancienneté, jointe à la petitesse des larmes , qui avait permis à la résine de se dessécher complétement. Quant à la résine jaune , friable et soluble dans l'alcool , des morceaux A et B, il faut la considérer comme produite par l’oxigénation de la précédente.
4. Copal tendre du Brésil. Cette résine vient sous la forme de larmes irrégulières et allongées, et quelquefois en morceaux qui paraissent avoir fait partie de larmes ou de masses d’un volume considérable. Elle est complétement mondée au dehors , vitreuse, transparente et d’un jaune pâle; elle ressemble donc beaucoup à l’animé tendre orientale , décrite précédemment ; cependant elle présente dans sa masse des variations de couleur et une sorte de nébulosité vague qui n’existent pas dans la résine orientale, Ses propriétés sont du reste exactement semblables.
5. Résine animé de Carthago. En 1816, Chaussier remit à Henry pére un morceau de résine, du poids de 500 grammes , qui lui avait été donné quelques années auparavant par M. Palois, médecin à Nantes. Ayant eu besoin, en 1823, d'étudier de nouveau cette résine, je m’adressai à M, Palois, qui eut l’extrème obligeance de m'en faire remettre un morceau de 300 grammes , avec les renseignements suivant(s :
Cette résine, dont la masse entière pouvait peser 3,500 à 4 kilogrammes, avait été donnée à M. Palois par un contre-maître revenant de Carthago au Mexique, et qui l'avait détachée lui-même du tronc d’un arbre ayant à peu près 3 mètres d’élévation de tronc, des branches très élevées et des feuilles petites, d’un vert foncé et en forme de lance aiguë.
Cette masse résineuse est généralement d’un blanc laiteux et à moitié opaque: mais elle offre cà et là des ondes transparentes qui augmentent avec le temps, et
L30 - DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
qui sont entremélées de stries rouges comme du sang. Elle a la cassure vitreuse et comme glacée du copal , ce qui fait que la pointe du couteau glisse dessus, à moins qu’on n’appuie un peu fortement ; alors elle paraît douée d’une certaine mollesse , et cède au couteau , caractère que n’a pas le copal dur. Sa pesanteur spécifique est de 1,047 , la même trouvée par Brisson au copal transparent.
Cette résine a une faible odeur lorsqu’elle est en masse. Elle se pulvérise facilement dans un mortier de porcelaine , et alors Podeur devient plus marquée. Elle se réduit en poudre sous la dent, et est insipide, quoique légèrement aromalique.
Cette résine, mise sur un fer chaud, s’y ramollit, devient élastique, tenace, et peut être tirée en fils très déliés , qui redeviennent cassants par son refroidissement. Tandis qu'elle est chaude, elle exhale une odeur aromatique assez agréable, (Les stries rouges exhalent, au contraire, par la chaleur, une odeur fécale (4).)
La résine , chauffée'dans une fiole, se fond, devient transparente, d’un jaune d’or, et forme des bulles dues à la volatilisation d’une huile qui vient se condenser contre la paroi supérieure de la fiole. Cette huile est jaune , transparente et grasse au toucher. La fiole brisée a offert une odeur fortement aromatique ; pesée avant sa fracture , elle n’avait rien perdu de son poids, c'est-à-dire que le poids de l'huile , plus celui de la résine restée au fond de la fiole, reformaient exactement celui de la résine employée.
Cette résine , mise dans l'alcool à 92 degrés , s’y ramollit , s’y gonfle, et se réunit en une seule masse remarquable par son volume, sa ténacité et sa grande élasticité. Cette masse devient brillante et nacrée par le frottement réitéré de ses parlies.
Cette résine paraît être dans l'alcool ee que le gluten est dans l’eau. Elle doit , à l’interposition de ce liquide , sa ténacité et son élasticité : dessécheée , elle redevient cassante et friable , ce qui ne permet pas de la confondre avec le caoutchouc.
L'alcool que l'on a fait bouillir +ur cette résine se trouble en refroïdissant, et, après cela , précipite encore fortement par l’eau. Une nouvelle ébullition dans d’autre alcool proeure une dissolution beaucoup moins chargée; une troisième l’est encore moins , se trouble à peine par le refroidissement, et ne se trouble plus par l’eau. Cependant il reste encore beaucoup de matière insoluble, ce qui montre que celte résine est au moins formée de deux principes immédiats , dont l’un est soluble dans l’acool, et l'iutre y est insoluble, mais peut s’y dissoudre à la faveur du premier.
La résine de M. Palois, traitée par l’ether, s’en pénètre de suite, s’y gonfle, y devient molle et gluante. Elle s'y dis-out visiblement en plus grande quantité que dans l'alcool , mais elle ne s’y dissout j'as entièrement.
La même résine , traitée par l'essence de (érébenthine , s’y gonfle et s'y divise en petites glébes peu cohérentes. Chaulfée à 400 degrés, puis refroidie
(4) Ce euvaciere me donnerait à penser que la résine de M, Palois pourrait être produile par le vouapa bifolia d'Aublet, arbre très rapproché de l'hymenæa courbaril, dont le bois rougcâlre el loul imprégné d’un sue résineux exhale une odeur féeale lorsqu'il est récent,
ou même ancien ; quand on le râpe. Ce bois se lrouve dans le commeree , où il est connu sous le nom de bois caca.
LÉGUMINEUSES. h34
et exprimée , elle a laissé une résine molle et transparente qui , desséchée à l'air, pesait 113,6 au lieu de 100, maïs qui s’est réduite à 75,76 par une exposition de plusieurs heures dans une étuve chauffée à 100 degrés.
En comparant cette résine , et les autres sortes d'animé tendre qui jouissent des mêmes propriétés , à l’animé dure ou copal dur, on trouve que 100 parties
de chacune fournissent de parties insolubles :
Dans l'alcool. Dans l’éther, Dans l'essence.
Animé dure orientale . . . 65,71 60,83 111 Animé tendre occidentale. 43,33 27,50 75,76
Malgré ces différences , il me paraît certain que toutes ces résines sont de nature semblable, et qu'elles ne différent que par la proportion de leurs résines soluble et insoluble, D'ailleurs, il me reste à montrer que les deux résines animé , dure et tendre , peuvent être produites par le même arbre, soit immédiatement, soit par suite d’une modification que l’animé tendre éprouverail à l’aide du temps, Ainsi : t
1° On trouve toujours dans l’animé tendre d'Amérique une certaine quantité d’animé dure , de même que nous ayons vu qu'il existait une petite quantité d’animé tendre dans l'animé dure de Madagascar.
2° Il est arrivé une fois du Brésil six caisses de copal dur, dont je possède un échantillon ayant la forme d’un large gâtean épais de 3 centimètres, mondé au couteau de la croûte opaque qui a dû le recouvrir. Ce copal est d’une transparence nébuleuse , ayec des taches ou des stries rougeâtres, et il dégage une odeur désagréable quand on le fond. On peut dire que c’est de la résine de M. Palois, durcie par une longue exposition à l'air.
3° On trouve dans les terrains d’alluvion, en plusieurs lieux de l'A mérique, ainsi que l’a dit Lemery, une résine qui parait avoir découlé des courbarils, mais qu’un long séjour dans cette sorte de terrain et sous un climat brûlant a convertie en animé dure. Il existe au Muséum d'histoire naturelle des quantités assez considérables d’animé dure d'Amérique qui me paraissent avoir cette origine , et, en 1843, un pharmacien du Havre m’a présenté un échanüllon d'animé dure, trouvée par un capitaine de navire dans les alluvions d’un fleuve de la province de Choco. Au dire de ce capitaine , ces allavions couvrent une forêt d'arbres renversés, parmi lesquels se trouve une trés grande quantité de résine semblable.
Enfin, soit que différents arbres des pays chauds puissent produire une résine semblable à celle des courbarils, soit que ces arbres aient été transportés dans beaucoup de contrées chaudes du globe, je possède : 1° une masse d'animé tendre, en partie opaque et en partie transparente , venant de la côte des Graines, à l'entrée du golfe de Guinée ; 2° un échantillon de copal tendre transparent, d’un jaune de miel, mélangé d’impuretés, venant de la Cafrerie ; 3° un échantillon de copal tendre de Nubie en larmes rondes, parfaitement vitreuses et transparentes à l’intérieur, maisentièrement couvertes d’une croûte très mince, et comme pelliculaire, d’une substance noirâtre et opaque. J'en ai encore beaucoup d'autres, mais de localités inconnues (1).
(4) 1Lest faitmention dans {a Pharmacopée de Wurtemberg, dans Apparatus de Murray, elce., de quelques résines que je rapporte à l’animé teudre ou dure. Ainsi, Murray décrit sous le nom de gomme look une résine apportée du Japon, qui, à la première vue , ressemble an succin;
32 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
Oléo-Résine de Copahu.
Cette substance résineuse, connue vulgairement sous le nom de bauine de copahu, est retirée de plusieurs arbres de Ja tribu des cæsalpinices et du genre copaifera, qui croissent en Amérique, depuis le Brésil jusqu’au Mexique et aux Antilles; mais c’est le coparfera officinalis qui paraît être l’espèce la plus répandue et qui en fournit le plus. Quand cet arbre est dans sa force , il donne facilement 6 kilogrammes de suc oléo-résineux par une seule incision, et l’on en fait deux ou trois par an. Les autres espèces ou variétés sont les copaifera quyanensis, Langsdorfii, coriacea, cordifolia, Sellowii, Martii et oblongifolia. Le suc qui découle de ces arbres varie par sa couleur plus ou moins foncée, par sa consistance et par la proportion d'huile volatile qu’il renferme, par son odeur plus ou moins forte, par sa saveur ou plus âcre, ou plus amère, et sans doute enfin par ses propriétés chimiques ; ce qui permet d'expliquer les différences observées entre les différents copahus du commerce.
1. Copahu ordinaire da Brésil. Ce baume résineux est à peu près aussi liquide que de l'huile ; il est transparent, d’une couleur jaune peu foncée , d’une odeur forte et désagréable, d’un goût âcre, amer et repoussant. Il fournit à la distillation avec l’eau 40 à 45 pour 100 d’une huile volatile incolore ; il se dissout entièrement dans l’alcool bien rectifié, Cependant la dissolution reste ordinairement un peu laiteuse, et laisse précipiter par le repos tantôt un peu d’une résine molle analogue à celle de la résine animé, tantôt une très petite quantité d’une huile fixe.
Ce copahu, mélangé avec un seizième de magnésie calcinée, se durcit quelquefois dans l’espace de plusieurs jours, de manière à prendre une bonne consistance pilulaire ; mais d’autres fois il reste coulant comme une térébenthine. J'ai remarqué que c'était le copahu qui contenait de
assez dure pour ne pouvoir être enlamée par l’ongle, transparente, jaunâtre, à cassure vilreuse, offrant souvent une forme hémisphérique : tous ces caractères couvieunent à l'anime tendre orientale. Pareillement, la Pharmacopée de Wurlemberg parle d'une résine Kikekunentalo , apportée d'Amérique, qui passe pour une espèce de copal et qui l'emporte sur le copal ordinaire pour la pureté, l'élégance et la transparence; qui se dissout plus facilement et quiest plus propre que loule autre pour faire des vernis très blancs : cette description semble désigner l'anime tendre du Brésil; tandis que Murray, en disant (t. VI, p. 208) qu'il trouve dans la résine kikekunemalo des glèhes peliles, ttansÿarentes, euveloppées d’une autre masse opaque, parle, à n'en pas donter, de l'anime du Brésil en sorte, nos 2et5.
C’est aux deux mêmes résines qu’il faut rapporter la gomme olampii de quelques auteurs. En effet, Lemery, qui définit la gomme olampi une résine d'Amérique, dure, j une lirant sur le blanc, transparente, ressemblant au copal, paraît désigner le copal du Bresil; tandis qu'on reconnail la seconde et la troisième sorte d’animé tendre dans la résine jauvâtre, grumeleuse, dure, friable, quelquefois transparente, quelquefois blanchâtre et un peu opaque, que Valmout de Bomare décrit comme de l'olamyi,
l'huile fixe qui durcissait le moins par la magnésie ; mais la quantité de cette huile est si minime , que je ne la crois ni ajoutée au baume par fraude, ni capable de s’opposer par elle-même à sa solidification. Je la donne seulement comme une marque distinctive du baume qui ne se solidifie pas.
2. Copahu de Cayenne. J'ai reçu deux échantillons de ce baume : l’un, qui m'a été donné par M. Fougeron , d'Orléans, était renfermé dans une calebasse et portait la date de 1721; l'autre à été remis à M. Baget par une personne qui revenait de la Guyane. L’échantillon de M. Fougeron était d’une transparence parfaite, d'un jaune foncé, d’une consistance un peu plus épaisse que le copahu ordinaire du commerce ; mais ce qui l’en distingue surtout, c’est une odeur assez agréable, analogue à celle du bois d’aloès, et une saveur plus amère, non repoussante et bien moins persistante. Ce copahu, qui est sans doute la première sorte de Geoffroy, offre un grand avantage sur l’autre pour l’administration intérieure, et l’on devrait s’efforcer de le faire venir en Europe. Celui de M. Baget est de la même qualité et joint au goût et à l’odeur du premier la liquidité et la faible coloration du copahu récent.
3. Copahu de Ia Colombie, Depuis plusieurs années déjà , il arrive de Colombie, par Maracaïbo, une quantité considérable de copahu pourvu de la même odeur que les deux précédents, et qui se distingue, en outre, da copabu du Brésil par un dépôt assez considérable d’une matière résineuse cristallisée qui se forme dans les tonneaux qui le contiennent. Lorsque ce copahu est arrivé pour la première fois en Europe, on a supposé qu’il avait été additionné d’une résine étrangère, et il a donné lieu à des contestations entre commerçants ; mais il y a tout lieu de penser que cette résine, qui n’est peut-être qu’un hydrate de l’essence, est naturelle au copahu de Maracaïbo , et tient à l’espèce de copaifera qui le produit ; de même, par exemple, que l’abies excelsa fournit une térébenthine épaisse et chargée de résine, au lieu de la térébenthine liquide et transparente de l’abres pectinata. Le copahu de Maracaïbo est, je crois, celui qui domine aujourd’hui dans le commerce.
Propriétés chimiques et composition. L’oléo-résine de copahu est soluble en toutes proportions dans l’éther et dans l'alcool anhydre , mais sa solubilité diminue rapidement avec la force de ce dernier liquide, et celui à 80 centièmes n’en dissout plus que un neuvième ou un dixième de son poids. Elle se combine facilement avec les bases salifiables. Lorsqu'on mêle, par exemple, 3 parties de copahu avec 1 partie de solution alcaline contenant un huitième d’hydrate de potasse, il en résulte, après quelque temps d’agitation, une combinaison complète et limpide. Si l’on ajoute une plus grande quantité de potasse , la combinaison du copahu avec l'alcali se sépare et vient à la surface. Ce composé se dissout dans l'eau pure, dans l'alcool et dans l'éther. La soude et lammoniaque se conduisent de même : ainsi, en agitant 3 parties ou
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2 parties et demie de copahu avec 1 partie d’ammoniaque liquide à 0,923 de pesanteur spécifique (22 degrés de Baumé), le mélange redevient presqueaussitôt transparent, mais se trouble ensuite lorsqu'on y ajoute un gxcès d’alcali. La magnésie se combine aussi au copahu : un trentième de magnésie calcinée s’y dissout complétement et forme avec lui un liquide transparent ; un seizième de magnésie s’y dissout encore, mais la combinaison reste opaline et acquiert quelquefois une consistance pilulaire. Cette combinaison, traitée par l’éther, s’y dissout, à l'exception d’une très petite quantité d’un résinate formé par la résine insoluble dans l'alcool. (Pour le carbonate de magnésie, voyez plus loin.)
Dans toutes ces combinaisons du copahu avec les alcalis et avec les autres bases salifiables , c’est la résine seule qui agit ; l'huile volatile y estétrangère, et ne fait que s’interposer dans la masse. C’est ce que prouve d’ailleurs un procédé donné par M. Ader pour obtenir l'huile volatile sans avoir recours à la disüllation. A cet effet, on agite bien 100 parties d’alcool à 83 degrés centésimaux avec 100 parties de copahu; on y ajoute 27 parties et demie de soude caustique liquide à 35 degrés, puis 150 parties d’eau; la résine saponifiée reste dissoute dans le liquide hydro-alcoolique, et huile volatile vient nager à la surface. Cette huile volatile, purifiée par la distillation sur du chlorure de calcium , présente la même composition que l'essence de citron, soit C'° H8,
Falsification du copahu. La liquidité du baume de copahu, qui le rend semblable à une huile, est cause qu’on a pensé à le falsifier avec des huiles grasses communes ; mais l’insolubilité de ces huiles dans l'alcool rendant la fraude trop facile à reconnaître, on a bientôt falsifié le copahu avec de l'huile de ricin : cette altération condamnable a excité les recherches de Planche, de Henry père et de M. Blondeau, qui nous ont fait connaître des moyens certains de la découvrir.
4 Par l'ébullition. 5 grammes de copahu pur mis à bouillir dans 1 litre d’eau jusqu'à réduction presque entière du liquide se réduisent en une résine sèche et cassante; lorsque le copahu est mélé d'huile, le résidu est d'autant plus mou et liquide que la quantité d'huile est plus considérable. (Henry.)
9» Par la potasse caustique. 8 grammes de copahu pur et 4 grammes de potasse liquide contenant un quart de potasse à alcool, mélangés dans une capsule, prennent l'aspect et la consistance du cérat; mais après quelques heures de repos, la séparation des deux liquides s'opère presque entièrement ; le copahu saponifié surnage , et la potasse en excès tombe au fond.
Lorsque le copahu contient un quart , ou seulement un huitième d'huile de ricin , le mélange alcalin ne se sépare pas; il perd peu à peu son opacité, et se convertit en une masse gélatineuse et transparente. (M. Blondeau.)
Avec la soude caustique (lessive des savonniers), résultats analogues: le savon de copahu pur se sépare ; celui qui contient de lhuile de ricin forme un savon homogène , d'autant plus consistant et plus opaque que la portion d'huile est plus considérable. (Henry.)
3 Par l’hydro-carbonate de magnésie. 4 parties de copahu pur et 1 partie d’hydro-carbonate pulvérisé, agitées dans une capsule, puis abandonnées à elles-mêmes , forment un mélange qui prend en quelques heures la transpa rence , l'aspect et la consistance d’une forte dissolution de gomme arabique,
Lorsque le copahu est mélé d'huile de ricin , le mélange reste d’autant plus opaque qu’il y a plus d'huile. (M. Blondeau.}
4° Par l’ammgmiaque. En agitant dans une bouteille bouchée une goutte d'ammoniaque à 22 degrés avec trois gouttes de copahu, ou 4 partie en poids de la première sur 2,5 du second, le mélange devient en peu d’instants parfaitement transparent lorsque le copahu est pur, et il reste d’autant plus opaque qu'il contient plus d'huile. ( Planche. ) Cette expérience, faite à une température de 10 à 15 degrés centigrades , offre des résultats certains, et peut faire découvrir un vingtiéme ou un trentième d’huile ajouté au copahu ; mais à une température de 20 à 25 degrés, le copahu qui contient un huitième d'huile redevient presque aussi transparent que le copahu pur, de même qu’à une température de 0 à 5 degrés, le copahu le plus pur reste trouble avec l’ammoniaque ; cet essai doit donc être fait à une température de 10 à 15 degrés , et cela est toujours facile.
On a aussi proposé l'acide sulfurique pour reconnaitre la pureté du baume de copahu, mais ce moyen est moins sûr que ceux dont je viens de parler.
Maintenant qu’il est connu que la térébenthine de Bordeaux donne au copahu la propriété de se solidifier par la magnésié, on trouve dans le commerce beaucoup de copahu falsifié avec cette térébenthine: on le reconnait à sa plus grande consistance et à son odeur. Ce dernier caractère devient sensible, surtout en laissant évaporer un peu de copahu falsifié sur du papier.