DES BAUMES DU PEROU ET DE TOLU
Les sucs balsamiques connus sous ces deux noms sont produits par des arbres appartenant au genre #yrospermum , de la tribu des sophorées, dans la sous-famille des papillionacées. Ces arbres ont un calice largement campanulé, à 5 dents peu marquées et persistantes ; les pétales sont au nombre de 5, dont 4 réguliers, étroits, presque linéaires, et le 5° (l’étendard) terminé par un limbe très élargi et orbiculaire. Les étamines sont au nombre de 40, à filets libres et subulés ; l'ovaire est stipité, oblong, membraneux, à un petit nombre d’ovules, terminé par un style filiforme un peu latéral. Le légume est stipité, bordé dans la plus grande partie de sa longueur par ane aile membraneuse, et terminé par une loge un peu renflée qui contient une ou deux semences. Les feuilles sont imparipinnées ; les folioles alternes, très courtement pétiolées, marquées de points et de lignes translucides ; les grappes sont axillaires et terminales. Les fleurs sont blanches ou roses. Fe
Les espèces de ce genre ne sont pas toutes bien déterminées ; les suivantes sont généralement admises :
1. Myrospermum frutescens Jacq. (Amer., p.120, tab. 174, fig: 34; Kunth., Nova genera, t. VI, p. 370, tab. 570 et 571). Cette espèce se distingue de toutes les autres par ses filets d’étamines persistants et par son légume qui semble sortir du calice sans être stipité. L'arbre est peu élevé. Ses feuilles sont caduques, composées de 11 à,14 folioles alternes,
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glabres, oblongues-elliptiques, très entières, arrondies et échancrées au sommet, Elles sont longues de 25 à 27 millimètres et larges de 14 à 16 ; les pétales sont d’un blanc rosé et inodores. Le suc résineux qui remplit la loge du fruit, d’après Jacquin, est d’une odeur forte et désagréable. Cet arbre est très abondant dans les environs de Carthagène en Colombie , sur la pente australe des montagnes de Caracas, et sur les bords humides du rio Guarico.
2. Myrospermum peruiferum DC. ; myrospermum pedicellatui Lam., Dict. AV, p. 491 ; Zlust., tab. 341, fig. I; myrorylum perurferum Mutis et Linn. fils, Suppl., p. 233. Ce myrosperme (fig. 367) est un grand arbre dont le tronc, couvert d’une écorce épaisse, rugueuse et cendrée, acquiert jusqu'à 65 centimètres de diamètre. Le bois en est blanchâtre à l'extérieur, mais d’un rouge brunâtre intérieurement , d’une grande dureté et très estimé pour la construction des édifices et des moulins à sucre. Les feuilles sont composées de 7 à 15 folioles alternes, ovales-oblongues, entières , quelques unes un peu pointues, mais la plupart un peu échancrées au sommet ; ces folioles sont longues de 27 à 45 millimètres, larges de 16 à 23, vertes, fermes, coriaces, glabres, saufla partie inférieure de la nervure principale qui est un peu pubescente , ainsi que les pétioles partiels et le pétiole commun. Les filets d’étamines sont longtemps persistants. Le fruit est une gousse pédicellée, glabre , jaunâtre , linéaire , très aplatie et membraneuse sur toute la longueur , qui varie de 5,5 à 11 centimètres, excepté à l’extrémité, qui présente un renflement oblong, rugueux, ne contenant qu’une seule graine fauve et réniforme. Cet arbre croît au Pérou, où il porte le nom de qguino-quino , et d’où les échantillons en ont été rapportés par Joseph de Jussieu. Il paraît varier par la forme de ses folioles, que Ruiz a décrites comme étant ovées-lancéolées et pointues, quoique l'extrémité en soit toujours un peu obtuse et incisée (1).
Fig. 367.
(4) Le myrospermum veruife-um de Ruiz, dont malheureusement la description manque à la Flore du Pérou, croit dans les montagnes des Pana-
Suivant Ruiz , le baume de quino-quino s’extrait par des incisions faites à l'écorce, à l'entrée du printemps, c’est-à-dire quand les pluies sont courtes et fréquentes. Lorsqu'on le reçoit dans des bouteilles, il se maintient liquide pendant quelques années, et, dans ce cas, on lui donne le nom de baume blanc liquide (1); mais quand on le renferme dans des calebasses;, comme on le pratique communément à Carthagène et dans les montagnes de Tolu, au bout de quelque temps il se durcit comme une résine et prend les noms de baume blanc sec ou de baume de Tolu, sous lesquels il est connu chez les pharmaciens et les droguistes.
3. Myrospermum pubescens DC. ; myrozylum pubescens Kunth. ; myrospermum peruiferum Lamb., 2n Ilust. cinch., p. 92, fig. 1. Feuilles alternes, pétiolées, composées de 10 à 13 folioles alternes, courtement pétiolulées, quelquefois presque opposées à l’extrémité, oblongues ou ovales-oblongues, à pointe obtuse et émarginée , arrondies et quelquefois légèrement cordiformes à la base, très entières, etc.
La nervure médiane et les pétioles propres sont velus et brunûtres ; les folioles ont de 64 à 70 millimètres de long, sur 23 à 29 de large ; les filets des étamines sont caducs. Les fruits sont semblables aux précédents ; longs de 9 à 10 centimètres, larges de 18 à 20 millimètres. Cet arbre est cultivé dans les environs de Carthagène et dans la province de Popayan.
Le myrospermum peruiferum de Lambert, que l’on fait synonyme du pubescens, offre des dimensions plus considérables. Les folioles ont de 7 à 10 centimètres de long sur 4 de large, et les fruits sont longs de
tahuas , dans les bois de Puzuzu, de Muna , de Cuchero et autres lieux voisins du cours du Maragnon. Celui que M. Weddell a trouvé dans la Bolivie a les folioles conformes à la description de Ruiz, toutes étant oblongues-lancéolées, et terminées par une pointe mousse, divisée en deux par une petite échancrure. Le contour des feuilles est légèrement ondulé, et leur limbe, placé entre l’air et la lumière, parait tout criblé de points et de petites lignes transparentes, dirigées parallèlement aux nervures secondaires. Les plus grandes ont 44 millimètres de long sur 20 de large, et les plus petites ont 32 millimètres sur 15.
Le bois du même arbre, rapporté par M. Weddell, est aromatique, tres dur, compacte et d’une assez belle couleur rouge. Sa coupe horizontale présente un pointillé blanchätre très serré, et des lignes radiaires très nombreuses, sans aucunes lignes concentriques ; l’aubier est jaunâtre et peu épais ; l'écorce est blanchâtre, inégale, crevassée, imprégnée de suc résinobalsamique.
(1) Ce baume du Pérou, blanc et liquide, n’est peut-être jamais venu dans le commerce. D’après Lemery, ce qu’on donnait sous ce nom, de son temps, était du baume liquidambar.
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12 à 14 centimètres sur 3 de large. Je pense que c’est à cette espèce, et surtout au #yrospermum de Lambert, qu’il faut rapporter l’hoëtzilozitl d'Hernandez ( Wezx., p. 51), dont la figure se rapporte presque exactement à celle donnée dans l'illustration du genre cinchona. D'après Hernandez, en quelque temps de l’année qu'on incise l'écorce de l’arbre, mais surtout à la fin de la saison pluvieuse, on en-obtient ce noble baume d'Inde qu'on ne saurait assez louer, qui est liquide, d’une couleur fauve inclinant au noir, d’une saveur âcre , un peu amère , d’une odeur véhémente et cependant de la plus grande suavité.
h. Myrospermum toluiferum DC.; myrozylon toluiferum ou toluifera Ach. Rich. et Kunth. Arbre très vaste, dont le bois du tronc est rouge au centre et pourvu d’une odeur de baume où plutôt de rose. Les feuilles sout composées de 7 à 8 folioles alternes, courtement pétiolées , acuminées, très entières sur la marge, mais sous ondulées, réticulées, veineuses, membraneuses, très glabres et brillantes , toutes parsemées de linéoles et de points transparents. La foliole terminale est longue de S0 centimètres et large de 34 ; celles intermédiaires ont de 63 à 77 millimètres sur 25 à 27; les plus inférieures, qui sont les plus petites, sont encore longues de 54 millimètres. Les fleurs et les fruits sont inconnus.
Le myrospermum toluiferum croît dans les environs de Turbaco, et principalement dans les hautes savanes , proche de Tolu, de Corozol et de la ville de Tacasuan ; on le trouve aussi à l'embouchure du fleuve Sinu, proche e/ Zapote, et cà et là sur les bords de la Magdelaine, aux environs de Garapatas et de Montpox. Cet arbre avait été nommé par Linné {oluifera balsamum , et avait été rangé par Jussieu dans la famille des térébinthacées , par suite d’une erreur de Miller , qui avait joint à la description des feuilles un fruit étranger à l'espèce. C’est Ruiz qui a le premier émis l’opinion que le fo/uifera de Linné devait être réuni en un seul genre avec les myrozylon et les myrospermum (Appendice à la Quinologie, p. 97). Ge célèbre botaniste pensait même, ainsi qu’on l’a vu plus haut, que le baume de Tolu ne différait pas du baume du Pérou sec (p. 100). La première opinion a été confirmée par M. Ach. Richard (Ann. sciences nat., 4. IL, p. 168, 1824) ; nous allons voir que la seconde est aussi bien près d'être une vérité.
Baume de Tolu.
Ce baume est produit en très grande quantité dans les diverses parties de la Colombie qui viennent d’être indiquées par le myrospermum toluiferum. West see ou mou.
- Le baume de Folu see arrivait autrefois dans des calebasses d’une pétité dimension, qui sont devenues très rare aujourd’hui ; il est venu
ensuite dans des potiches de terre d’un volume et d’un poids considérables Aujourd’hui on le renferme presque exclusivement dans des boîtes de fer-blanc du poids de 3 kilogrammes environ. Il est solide et cassant à froid, mais il coule facilement et se réunit en une seule masse, comme le fait la poix. Il est fauve ou roux, d’une transparence imparfaite, d’une apparence grenue ou cristalline. 11 possède une odeur douce et très suave, moins forte que celle du storax et du baume du Pérou. Il est ductile sous la dent et présente une saveur douce et parfumée, seulement accompagnée d’une légère âcreté à la gorge, due aux acides qu'il contient. 11 fond au feu en répandant une fumée très agréable; il est très soluble dans l'alcool, moins soluble dans l’éther. Il cède à l’eau bouillante une assez grande quantité d'acide cinnamique et d'acide benzoïque mélés.
Le baume de Tolu mou se trouve toujours en boîtes de fer-blanc ; il a une consistance de poix molle ou de térébenthine épaisse ; il est plus transparent que le premier, plus foncé en couleur et contient souvent des impuretés. Il possède une odeur suave et aromatique, plus marquée peut-être ; mais il a une saveur peu marquée et contient moins d’acides benzoïque et cinnamique. Je me suis convaincu que cette différence tepait à ce que le baume était plus récent: en exposant pendant longtemps ce baume mou à l'air, sur une assiette, il est devenu sec et cristallin, sans rien perdre de son poids; et l'ayant alors traité par l'eau, j'ai constaté, au moyen de la saturation par un alcali, que le baume solidifié à l'air contenait plus d’acide que lorsqu'il était récent. Il à été évident pour moi que cette augmentation d’acidité était due à l’oxygénation de l'essence.
Il faut prendre garde, en achetant du baume de Tolu, de prendre en place du liquidambar mou, ou un mélange des deux, ou du baume de Tolu qui ait déjà été traité par l’eau. Le baume de Tolu ne doit pas être opaque, ne doit pas contenir d’eau, doit avoir une odeur el un goût marqués, très agréables et tout à fait distincts du styrax et du liquidambar.
Le baume de Tolu, distillé avec de l’eau, fournit une essence liquide composée de trois corps volatils : 1° de to/ène, essence liquide bouillant à 170 degrés, formée de C#H'8; 2° d'acide benzoïque ; 3° de cinnaméine bouillant à 340 degrés. Les acides dissous par l’eau, ou qu’on peut en extraire par un carbonate alcalin, sont un mélange d'acide benzoïque et d'acide cinnamique. Quant à la résine, on peut l'obtenir en dissolvant dans la potasse caustique étendue le baume épuisé d'essence et d'acides par l’ébullition dans l’eau ; on précipite ensuite la résine en faisant passer dans la liqueur un courant d'acide carbonique , on la lave et on la fait sécher, Elle est rouge , fusible à 103 degrés et composée de G'ÉH100:.
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Baume du Pérou sec.
Nous avons vu précédemment que, d’après Ruiz, le myrospermum peruiferum, au moins celui qu’il nomme ainsi, fournit, par incision , un baume liquide et blanchâtre qui, lorsqu'il est solidifié à l'air, ou dans des calebasses, porte le nom de baume blanc sec ou de baume de Tolu. Je suis heureux de devoir à M. Weddell un échantillon de ce vrai baume sec du Pérou, recueilli par lui dans le sud de la Bolivie, au pied du myrospermum, dont il a rapporté les feuilles et le bois. Ce baume est tout à fait solide, d’un blond rougeûtre, seulement translucide, dur, très tenace et d’une cassure esquilleuse ou cristalline. Il possède une odeur très aromatique, analogue à celle du baume de Tolu ordinaire, mais beaucoup plus forte sans cesser d’être très agréable ; il se ramollit entre les dents et présente le même goût très parfumé , accompagné d’une âcreté marquée, mais non désagréable. En un mot, le baume du Pérou sec et le baume de Tolu doivent être considérés comme deux sortes d’une même substance dont la première l’emporte beaucoup en qualité sur la seconde.
Baume du Pérou brun.
Baume du Pérou en cocos de ma 3° édition. Je laisse encore à cette substance le nom de baume du Pérou, quoique j'aie lieu de penser qu’elle soit originaire du Brésil et qu’elle ne soit autre chose que le cabureicica de Pison (Bras., p. 57), produit par le cabureiba , arbre très vaste el aromatique, à feuilles petites, semblables à celles du myrte, croissant dans les districts de Saint-Vincent et du Saint-Esprit, ainsi que dans la province de Pernambouc. Ce qui me fait croire qu’il en est ainsi, c’est que M. Fr. Ph. Martius nous apprend que ce baume, qui est d’une fragrance extraordinaire et semblable à celui du Pérou, est renfermé par les Indiens dans les fruits non mûrs d’une espèce d’eschwerlera ou de lecythis, et que le fruit dans lequel le baume du Pérou brun est ordinairement renfermé et que j'avais pris anciennement pour un petit coco, est en effet le fruit d’une lécythidée, Quoi qu'il en soit, ce baume est demi-liquide, grumeleux et d’une couleur assez foncée. Il n’est pas transparent, si ce n’est étendu mince sur une lame de verre. Il paraît formé de deux sortes de matières; une plus fluide et une autre plus solide, grumeleuse et comme cristalline. II a une saveur très douce et parfumée, et il jouit d’une odeur forte et des plus suaves qui se rapproche beaucoup de celle du stcrax calamite.
Ce baume vient aussi quelquefois en calebasses, comme le baume de Tolu. J’en possède une de ce genre, haute de 9 centimètres, large
LÉGUMINEUSES. hhA de 7,5, à moitié pleine d’un baume dont une partie est encore un peu coulante, unie, lisse, transparente et d’un rouge brun ; tandis que l’autre présente une masse de petits cristaux étincelants, imprégnés de la première substance. Ces cristaux n’ont aucune saveur âcre et ne doivent pas être de l’acide benzoïque ; la calebasse, renfermée dans un bocal de verre, le recouvre en peu de temps d’un sublimé blanc qui le rend complétement opaque.
Baume de San-Salvador.
Baume du Pérou noir, ou Baume du Pérou liquide du commerce. On a cru pendant très longtemps que ce baume venait du Pérou, et que sa seule différence avec les précédents provenait de ce qu’il était obtenu par décoction dans l’eau des rameaux de l'arbre. Mais d’abord un baume qui serait obtenu par décoction dans l’eau, au lieu d’être plus liquide et plus aromatique que celui par incisions, serait plus consistant et moins pourvu d'huile volatile, et c’est le contraire qui a lieu. Secondement, ce baume ne devrait pas contenir d’acide benzoïque ou cinnamique, et le baume noir du Pérou en contient beaucoup : ainsi ce baume n’est pas obtenu par décoction.
D'un autre côté, un pharmacien français qui a exercé pendant plusieurs années à Lima n’y a pas vu de baume du Pérou noir, et deux voyageurs qui ont parcouru le Paz, pour y chercher les quinquinas, n’y ont rencontré pi baume, ni fruit semblable à celui des myrospermuun (4). Ces deux circonstances me faisaient déjà fortement douter que le baume du Pérou noir (et l’autre de même) vint du Pérou, lorsqu'un négociant français (M. Bazire), revevant de la république de Centre- Amérique, me remit ce même baume qui est obtenu en abondance sur la côte de San-Sonaté, dans l'État de San-Salvador, par des incisions faites à un #yrospermum dont il m'a rapporté le fruit. Ce fruit, que j'ai décrit dans le Journ. de pharm.,t. XX, p. 552, manquait de l'aile membraneuse qui distingue les myrospermum , et j'avais cru m'être assuré, par l'inspection des bords du fruit, que cette absence n’était pas accidentelle; mais la figure de l’arbre que j'ai vue depuis dans Hernandez (Mex., p. 51) m'a montré qu’il ne différait pas à cet égard des autres-#1yrospermum , et qu'il était probablement le même que le M. peruiferum L. Quoi qu'il en soit , il ne pouvait rester aucun doute que le prétendu baume noir du Pérou ne fût le même que le baume d'Inde d'Hernandez, auquel j'ai cru pouvoir restituer son véritable nom en l'appelant Baume de San-Salvador, J'ai donc été assez étonné de voir cette année M. Recluz, pharmacien à Vaugirard, donner comme
1) Cet arbre y existe cependant, ainsi qu’on l’a vu.
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nouveau dans le Journal de pharmacie (août 1849), ce que j'ai dit
en 1834 sur l’origine de ce baume. Je n’en aurais pas fait l'observation si M. Recluz n'avait reproduit en même temps, comme fait nouveau, une erreur de Jacquin, répétée par tous les botanistes qui Font même inscrite au nombre des caractères du genre #myrospermum : c’est que les loges séminifères et les semences elles-mêmes sont remplies de suc balsamique, d’où Jacquin a même formé le nom générique myrospermum (semence-parfum), et d’où Chaumeton d’abord, mais avec doute, dans la Flore médicale, et M. Recluz ensuite, sans aucune hésitation, ont supposé que le baume du Pérou étail retiré des semences, et non du
LE hr
tronc ou des gros rameaux de l'arbre. Or les semences des myro- +
sperimes sont formées d’un épisperme membraneux, bianc et très mince,
et de deux cotylédons jaunâtres, huileux et d’un faible goût de mélilot, -
qui ne contiennent aucune portion de baume ; la loge elle-même en est complétement dépourvue, et ce n’est qu'en dehors de l’endocarpe et dans plusieurs lacunes formées par le mésocarpe que l’on trouve une petite quantité de baume résineux, jaune et transparent, liquide à l'état récent, mais sec et cassant dans les fruits parvenus par la voie du commerce. Il est impossible que cette faible quantité de suc résineux soit l'origine de celui du commerce; et d’ailleurs les autorités réunies d'Hernandez , de Pison , de Ruiz, de M. de Humboldt pour le baume de Tolu, de M. Bazire pour celui de San-Salvador, et de M. Weddell pour celui de la Paz, ne laissent aucun doute sur ce fait, que tous ces baumes sortent naturellement, ou par suite d’incisions, du tronc des arbres qui les fournissent. Je reviens maintenant au baume de San-Salvador.
Ce baume a la consistance d’un sirop cuit; il est d’un rouge brun très foncé et transparent ; il a une odeur forte, tirant un peu sur celle du styrax liquide, mais toujours très agréable, et une saveur dcre et amère presque insupportable. W brûle avec flanime lorsqu'il est chaud, et se dissout entièrement dans l'alcool ; mais la liqueur est toujours louche, et laisse déposer une petite quantité d’une matière fauve, pulvérulente ; il cède de l’acide à l’eau bouillante et en contient quelquefois assez pour en former à la longue une belle cristallisation aiguillée et prismatique, au fond des flacons qui le renferment ; il est employé dans plusieurs compositions pharmaceutiques et dans la parfumerie.
Le baume noir du Pérou est très sujet à être falsifié avec de l'alcool rectifié, différentes huiles fixes, du baume de copahu, etc. L'alcool rectifié se reconnaît par la diminution que le baume éprouve après son mélange avec l’eau ; les huiles grasses, hors celle de ricin, se reconnaissent en dissolvant le baume dans l'alcool ; le copahu est signalé par son odeur ; en général, la pureté et la force de l'odeur, jointe à la transparence parfaite du baume, sont des indices assez certains de sa bonté.
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sf - Le baume du Pérou noir a été le sujet de recherches de M. Stolze dourn. de chim. méd.,t, I, p. 137), mais c'est M. Frémy principaæ * jeu qui nous à éclaie sur la nature des principes qui le consti- £
D’après M. Frémy, le baume de San-Salvador (du Pérou noir) est ‘principalement formé d’une résine, d’une huile liquide à laquelle ïl . donne le nom de cinnaméine et d’un acide cristallisable que l'on avait pris jusqu’à lui pour de l’acide benzoïque ; mais qui est de l'acide cinpamique.
Pour analyser le baume de San-Salvador, M. Frémy le dissout dans de l’alcool rectifié, puis y ajoute un soluté alcoolique de potasse, laquelle forme avec la résine un composé insoluble qui se précipite. Le namate de potasse et l'huile restent en solution. On y ajoute de l’eau “qui précipite l’huile, mêlée d’un peu de résine; on purifie la première : . en la faisant dissoudre dans le naphte et évaporant dans le vide. L'huile ainsi obtenue est liquide, peu colorée, presque inodore (1), pourvue d'une saveur âcre , plus pesante que l’eau qui la dissout à peine. Elle tache le papier comme une huile grasse ; elle se volatilise cependant à une température élevée, mais en se décomposant partiellement à la manière des huiles grasses. Cette huile, ou cinnaméine, est composée, suivant M. Frémy, de G5##H?60S8, ou, suivant M. Mudler, de C1 #08. Cette dernière formule, dont le quart est de GHH7O?, à l'avantage de mieux représenter les rapports qui existent entre la cinnaméine, l’essence d'amandes amères (C#H60?) et l'acide benzoïque (C'H60#). En effet, quand on traite la cinnaméine par l'acide nitrique ou le sur oxyde plombique, on la convertit en essence d'amandes amères; et quand on la traite par le chlore, on la convertit en chlorure de benzoïle que l'eau décompose en acides chlorhydrique et benzoïque.
De l’Indigo.
L'indigo est une matière colorante que l’on retire des feuilles d’un certain nombre de plantes appartenant presque toutes à un genre de la famille des légumineuses , qui à été nommé à cause de cela ëndigofera. Les principales espèces qui en fournissent sont : 1° l'indigofera argen- . tea, ou indigotier sauvage, qui fournit le plus beau, mais en petite quan- tité; 2° l’éndigofera disperma, où Guatimala; 3° l'indigofera anil , ou l’anil (fig. 368) ; 4° l'indigofera tinctoria, où l'indigotier français ,
(1) IL manque alors quelque chose à l'analyse de M. Frémy : c'est de faire connaitre le principe auquel est due l'odeur si forte et si caractérisée du
baume, |
hhl DICOTYLEDONES GALICIFLORES.
qui le donne moins beau que les autres espèces, mais en plus grande quantité, ce qui est cause de la préférence qu’on lui accorde pour la culture. (Edward.)
Le genre 2ndigofera appartient à la tribu des lotées, de la sousfamille des papillonacées. Le calice est à cinq dents aiguës ; l’étendard est arrondi; les ailes sont de la Jongueur de la carène , qui est gibbeuse ou éperonnée de chaque côté; les étamines sont diadelphes; le style est filiforme et glabre. Le légume est cylindroïde ou tétragone , droit ou falciforme , bivalve, polysperme ou monosperme par avortement, séparé par des étranglements entre chaque semence. Les semences sont ovoïdes, tronquées aux deux extrémités, ce qui leur donne une forme à peu près cubique. Les feuilles sont imparipinnées, rarement à une Seule paire de pinnules, et quelquefois unifoliées.
Les indigotiers sont indigènes aux Indes et au Mexique, d’où ils ont été propagés dans les deux Amériques et aux îles. Il paraît que la manière d'en retirer l’indigo et celle d'appliquer cette couleur aux tissus ont été très anciennement connues dans l’Inde ; mais ces procédés ont été ignorés en Europe jusque vers le xvi° siècle, que les Hollandais commencèrent à faire connaître l'importance de l’indigo. Néanmoins l'usage en fut restreint jusqu’au milieu du siècle suivant. Alors sa supériorité sur tous les autres produits tinctoriaux fut généralement reconnue ; on cultiva les indigotiers au Mexique et dans les îles, et avec assez de succès pour faire oublier l’indigo de l'Inde. Enfin, depuis un certain nombre d’années, les Anglais ont fait recouvrer à l’indigo de l'Inde son ancienne réputation, et maintenant ils pourraient à eux seuls en approvisionner toute l'Europe.
La plante qui fournit l'indigo est bisannuelle , mais elle est ordinairement épuisée dès la première année. On la sème tous les ans au mois de mars; deux mois plus tard on en fait une première récolte , deux
Fig. 368.
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mois après une autre , et quelquefois une troisième et une quatrième dans le courant de la même année, selon le pays. Mais la première coupe est la meilleure, et les autres vont en déclinant : au Mexique et dans les îles on en fait ordinairement trois ; dans l'Amérique méridionale on en fait deux au plus, la première ne pouvant avoir lieu que six mois après l’ensemencement de la terre.
On coupe la plante avec des faucilles et on la dispose par couches dans une très grande cuve appelée #rempoir ; on en remplit cette cuve aux trois quarts, et l’on charge la plante de poids, pour l'empêcher de surnager l’eau que l’on verse ensuite dessus, de manière à ce qu’elle en soit surpassée d’un pied environ. On laisse fermenter le tout jusqu'à ce qu'on voie se former sur la surface de la liqueur une écume irisée; alors on soutire l’eau et on la laisse couler dans une autre cuve inférieure nommée batterie. Là on l’agite fortement pendant quinze ou vingt minutes, à l’aide de quatre ou cinq grandes perches disposées en bascules sur un des côtés de la batterie, et munies à leur extrémité d’une auge sans fond. Lorsque la liqueur, de verdâtre et de trouble qu’elle était d’abord, devient bleue et se caillebotte, on y ajoute une certaine quantité d’eau de chaux, qui facilite beaucoup la précipitation de la matière colorante et qui préserve la liqueur de la putréfaction. On laisse reposer , on décante l’eau, on lave le précipité, on le met égoutter sur des toiles ; après quoi on en remplit de petites caisses carrées en bois munies d’un fond de toile, et l'on en achève la dessiccation en suspendant ces carrés à l'ombre.
L’indigo , considéré sous le rapport du commerce et par ses propriétés physiques, est une substance sèche, d’une couleur bleue foncée, qui varie cependant du bleu au violet etau bleu cuivré. Il est facile à casser, d’une cassure uniforme et très fine. Une de ses propriétés les plus caractéristiques est celle de prendre un éclat cuivré par le frottement de l’ongle. On préfère celui qui prend le plus d'éclat par ce moyen, qui est le plus léger et d’une belle nuance bleue-violette foncée.
On distingue les sortes d’indigo par le nom du pays qui les fournit. Ainsi, on à l’Indigo de l'Inde, qu'on distingue en Bengale, Madras, Coromandel, etc. ; l'Indigo Guatimala, ou Indigo flore, qui est le plus estimé ; l’indigo de la Louisiane, et d’autres encore,
L'indigo flore est le plus léger de tous ; il a une belle couleur bleueviolette. L'indigo du Bengale est celui qui s’en rapproche le plus. L'indigo de la Louisiane est plus compacte, plus foncé, et a une cassure cuivreuse ; il doit fournir beaucoup à la teinture.
Les indigofera ne sont pas les seules plantes qui puissent fournir de l'indigo ; le nerium tinctorium L. (Wrightia tinctoria R. Br.), arbre très commun dans l'Inde, en contient une grande quantité : pour l'en
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extraire, on traite les feuilles à chaud au lieu de les traiter à froid : mais: du reste on agit de même.
La Guède, Vouède , ou Pastel (/safis tinctoria L., tétradynamie siliqueuse, famille des cruciféres), fournit aussi de l’indigo. Pendant la grande guerre continenta'e, la France étant privée de produits coloniaux, on à essayé d'extraire cet indigo, et quelques uns de ces essais ont eu lieu à la pharmacie centrale des hôpitaux civils. On y a traité le pastel de la manière précédemment exposée, et l’on a observé les mêmes phépomènes ; seulement on a été obligé d'ajouter une plus grande quantité d'eau de chaux pour opérer la précipitation de Ja matière bleue : il s’en est suivi que la grande quantité de carbonate de chaux formée, jointe à la matière verte de la plante, qui s’est précipitée également, a tellement étendu la couleur bleue, que l'indigo ainsi préparé n’a pu soutenir la concurrence avec celui du commerce ; mais on à pu, en traitant cet indigo, alternativement par la potasse, qui dissout la matière verte, et par l'acide chlorhydrique, qui décompose et dissout le carbonate de chaux, en obtenir de l’indigo très pur, identique en tout aux meilleurs indigos exotiques ; seulement la quantité en était peu considérable.
On emploie en Chine, depuis un temps immémorial, pour la teinture en bleu, une plante de la fanille des polygonées, nomnée polygonum tinctorium. Cette plante, ayant été introduite en France, devint l'objet d’un certain nombre de recherches, à la suite desquelles, en 1839, la Société de pharmacie de Paris proposa un prix pour lextraction de l’indigo du polygonum finctorium. Ce prix fut remporté par Osinin HERYY , préparateur à l’école de pharmacie, qui périt bientôt après, victime du plus funeste accident (1). Il résulte de son mémoire et de celui de MM Girardin et Preisser, imprimés dans le Journal de pharmacie de 1840, qu’il serait possible, dans des circonstances données, et si cela devenait nécessaire , d'extraire de l’indigo du polyg0num. Je passe sous silence plusieurs autres plantes qui en contiennent également, mais en trop petite quantité pour qu’il soit possible d’en tirer un parti utile.
L'indigo du commerce, considéré chimiquement, ne doit pas être regardé comme un principe immédiat des végétaux. C’est une pâte colorante dont une grande partie , à la vérité, est formée d’un principe immédiat particulier, mais qui contient en outre une résine rouge , soluble dans l’alcool , une autre matière rouge verdâtre soluble dans l'eau, du carbonate de chaux, de l’alumine , de la silice, et de l’oxyde de fer en assez grande quantité. Ce n’est
(4) Le 30 décembre 1840, Hervy, préparant de l’acide carbonique liquide dans un des laboratoires de l’école, fut renversé par l'explosion de l’appareil ; il avait les deux jambes brisées. Il est mort le 3 janvier suivant, emportant les regrets des professeurs et des élèves , ses condisciples et ses amis.
LÉGUMINEUSES. h47
qu’en épuisant lindigo flore successivement par les différents agents capables de dissoudre ces corps (1), qu'on obtient le principe immédiat pur, ou l'in digotine , dont alors voici les propriétés :
Il a une couleur bleue violette superbe; il est inaltérable à l'air; chauffé dans un vase clos , il se fond et se volatilise, partie décomposé, partie non altéré , sous la forme de belles vapeurs pourpres qui se condensent en aiguilles cuivrées : chauffé avec le contact de l’air, à la chaleur strictement nécessaire à sa sublimation, l’indigotine se volatilise entièrement et sans décomposition.
L’indigotine est une substance azotée, dont la composition est de C!5 H5 Az O?, Elle est tout à fait insoluble dans l’eau, l'alcool, les alcalis et les acides faibles. L’acide sulfurique concentré la dissout et forme ce qu’on nomme le bleu en liqueur, que Berzélius considère éomme formé de deux acides analogues à l'acide sulfo-vinique, et qu’il nomme acide sulfo-indigotique et acide hyposulfo-indigotique. I se produit aus:i un composé pourpre insoluble dans la liqueur acide étendue, mais soluble dans l'eau pure , qui a reçu le nom d’acide sul/o-purpurique.
L’indigotine, traitée par un mélange d’acide sulfurique et de bichromate de potasse , donne naissance à un composé oxygéné nommé #satine, cristallisable en prismes rhomboïdaux, d’une couleur aurore foncée et très éclatante , et dont la composition égale C'6 H5 47 Ox.
Ce corps, découvert par M. Laurent, a été transformé par lui en une foule de composés chlorés, bromés , iodés , sulfurés, etc.
L’acide nitrique agit de deux manières différentes sur l’indigo ; lorsqu'il est en petite quantité et étendu d’eau, il le convertit en acide indigotique cristallisable, incolore et volatil, dont la composition est C1+ H5 47 O1, que l’on représente plutôt par G1* H* 47 O4 HO, une molécule d’eau se trouvant remplacée, dans les sels , par une molécule d'oxyde métallique.
L’indigo , traité par dix à douze fois son poids d'acide nitrique concentré , donne naissance à un acide jaune , cristallisable, très amer et détonant ,
(4) L'indigo Gualimala a fourni à M. Chevreul : | Ammoniaque,. , .,
Matière verte, , .,
Parent. Mia taie «nel Indigo blanc, peu. .
ExIRaelii 245.
Gomme, 47.750 2
LH de LE 1) | dériiciciicrat On Résine rouge.. , .
Indigo bleu, peu.
Résine rouge.. . , .
Carhonaté de AE
D, ie,
| ) Matière verte. . ., l lé
Par l’acide chlorhydrique. . TOR 2 Alumine, ,.,.
Résidu non dissous. , , « »« ; 3
Indigo bleu, . ... | 43
M. Berzelius a signalé dans les indigos du commerce la présence d'un brun d'indigo, soluble dans les alcalis, qui paraît avoir de l'analogie avec l'acide ulmique , et celle d’un rouge d’indigo , qui est probablement le même corps que la résine rouge de M, Chevreul,
LS DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
nommé acide nitro-picrique, acide picrique, carbazotique, nitro-phénisique , amer de Welter, lequel se forme également par l’action de l'acide nitrique sur un grand nombre d’autres corps, tels que la salicine, la coumarine, la soie , etc. Cet acide cristallisé égale C'? H° Az3 O'*, desquels HO sont remplacés , dans les sels, par M O. Ces sels détonent par l’action de la chaleur.
L’indigo bleu , mis en contact à la fois avec un alcali et avec un corps avide d'oxygène , tel que du miel , du glucose, du proto-sulfate de fer, du sulfure jaune d’arsenic , etc., se change en un corps incolore ou verdâtre , nommé indigo réduit ou indigo blanc, qui est très soluble dans les alcalis , et susceptible de s’oxygéner de nouveau à l'air , ce qui lui rend sa couleur bleue et son insolubilité, La manière la plus simple d'expliquer ces faits serait de supposer que l'indigo blanc est de l’indigo bleu désoxygéné, et de représenter sa composition par C5 H5 A7 O ; mais comme ce corps contient en plus HO , et que sa composition est en réalité C!% H5 Az O?, M. Dumas préfère le regarder comme de l'indigo hydruré ; ce qui s’explique d'ailleurs facilement, en admettant que, dans la décoloration de l'indigo , c’est l’eau qui se trouve décomposée et qui cède , d’une part son oxygène au corps réductif, de l'autre l'hydrogène à l’indigo. Pareillement, dans la réapparition de l'indigo bleu au contact de l’air , Poxygène ne ferait qu’enlever à l’indigo blanc 4 équivalent d'hydrogène.
On admet généralement que l’indigo existe dans les plantes à l’état d’indigo blanc, parce que, en effet, il y est privé de couleur, et que le contact de l'air paraît indispensable à son extraclion ; mais, comme l’a supposé Robiquet, il serait possible que le corps primitif qui existe dans la plante fût non seulement incolore, mais encore privé d’azote , et que l’indigo se formât par la fixation des éléments de lammoniaque et d’une petite quantité d’oxygène sur ce corps primitif (Journal de pharm., t. XIE, p. 281). Quoi qu'il en soit, c’est sur la propriété que possède l’indigo d’être dissous après avoir été hydrogéné ou désoxygéné, qu'est fondée la manière de lappliquer aux tissus de laine et de coton. On le met d’abord en contact, soit avec des matières végétales qui, par un commencement de fermentation putride, s'emparent de son oxygène , soit avec des sels métalliques au minimum , ou avec des sulfures, que l’on accompagne d’alcalis ; de sorte que l’indigo, désoxygéné et dissous par ces différents moyens, donne un bain de teinture verte; cette couleur passe ensuite au bleu par exposition à l’air ; en dernier lieu on lave le tissu, et on le fait sécher.
L'indigo n’est employé en pharmacie que pour colorer quelques onguents.
FAMILLE DES TÉRÉBINTHACÉES.
Arbres ou arbrisseaux souvent résineux, ayant les feuilles alternes, généralement composées , non stipulées. Les fleurs sont hermaphrodites ou uni-sexuelles, généralement petites et disposées en grappes. Chacune d'elles présente un calice composé de 3 à 5 sépales quelquefois soudés à la base; la corolle, qui manque quelquefois, est régulière et se compose d’un nombre de pétales égal aux lobes du calice. Les étamines sont
TÉRÉBINTHACÉES. hh9 en nombre égal aux pétales et alors alternes avec eux, quelquefois en nombre double, ou très rarement quadruple. Le pistil se compose de 3 ou 5 carpelles distincts ou plus ou moins soudés, entourés à leur base d’un disque périgyne. Quelquefois plusieurs carpelles avortent et il n’en reste qu’un surmonté de plusieurs styles. Chaque carpelle est à une seule loge contenant tantôt un ovule porté au sommet d’un podosperme filiforme, tantôt un ovule renversé, ou deux ovules renversés et collatéraux. Les fruits sont secs ou drupacés, contenant généralement une seule graine, sans endosperme.
Aujourd’hui plusieurs botanistes regardent les térébinthacées telles qu’elles ont été définies par de Jussieu et Decandolle, comme un groupe ou une alliance à laquelle on réunit d’abord les rutacées, et qu’on divise ensuite en un assez grand nombre de familles. Mais je préfère suivre M. Richard, qui laisse ces deux groupes séparés, et qui divise celui des térébinthacées en cinq tribus dont voici les caractères :
I. ANACARDIÉES. Pétales et étamines insérés sur le calice ou sur un disque calicinal; ovaire uniloculaire et monosperme ; graine portée sur un podosperme basilaire; radicule repliée sur des cotylédons épais. — Genres anacardium, semecarpus, mangifera, pistacia, astrontum, comocladia, picramnia, rhus, schinus.
II. SPONDIACÉES. 5 pétales insérés sous un disque dentelé, entourant l'ovaire ; 10 étamines ; ovaire quinquéloculaire ou bi-quadriculaire par avortement ; loges uniovulées ; drupe à noyau bi-quinquéloculaire ; cotylédons plano-convexes ; feuilles imparipinnées. — Genres spondius, poupartia.
IL. BURSÉRACÉES. 3 à 5 pétales insérés sous un disque calicinal ; étamines en nombre double des pétales ; ovaire 2-5 loculaire , à loges bi-ovulées. Style simple ou nul. Autant de stigmates que de loges à l’ovaire, Drupe à noyau bi-quinquéloculaire; cotylédons chiffonnés ou charnus ; radicule droite, supère, — Genres boswellia, balsamodendron, elaphrium, icica, bursera, marignia, colophonia, canartum , hedwigia, garuga.
IV. AMYRIDÉES. Fleurs hermaphrodites ; 4 pétales imbriqués ; 8 étamines ; torus épais et proéminent ; ovaire uniloculaire, biovulé; stigmate sessile, en tête ; drupe à noyau chartacé, monosperme, indéhiscent ; semence sans endosperme à cotylédons charnus , à radicule supère, très courte; feuilles composées, marquées de points transparents ; péricarpe glanduleux. — Genre amyris.
V. CONNARACÉES. 5 pétales insérés sur le calice ; 10 étamines ; 5 carpelles à un style, distincts, ou en nombre moindre par avortement ; biovulés, monospermes par avortement. Semences élevées du fond du carpelle, souvent arillées, pourvues ou privées d endosperme , à cotvlé-
LLLR 29
h50 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
dons foliacés ou charnus ; radicule située au sommet ou près du sommet de la graine ; courie et épaisse ; feuilles composées, non ponctuées. — Genres comarus, omphalobium.
La famille des térébinthacées fournit un très grand nombre de matières résineuses, plusieurs gommes-résines, un certain nombre de fruits alimentaires ou médicinaux , et plusieurs bois usités dans la teinture ou l'ébénisterie. Quelques espèces sont vénéneuses , ou pourvues d’un suc caustique.
Sumac des corroyeurs.
Roure des corroyeurs, 7hus coriaria L. Tribu des anacardiées.
Car. gén. : Fleurs souvent dioïques ou polygames; calice monophylle à 5 divisions persistantes ; corolle à 5 pétales ovales, étalés; 3 étamines à filaments très courts ; ovaire uniloculaire, pourvu de 3 styles très courts où de 3 stiginates sessiles. Le fruit est un drupe uniloculaire et monosperme.
. Le sumac des corroyeurs croît naturellement dans les lieux secs et pierreux du midi de l'Europe. C’est un arbrisseau de 3 à 4 mètres de hauteur, dont les rameaux sont revêtus d’une écorce velue. Les feuilles sont imparipinnées , à 5 ou 7 paires de folioles velues , à pétiole nu, un peu marginé au sommet; les folioles sont elliptiques et grossièrement dentées. Les fleurs sont petites, verdâtres, disposées en grappes serrées à l'extrémité des rameaux; les stigmates sont sessiles. Le fruit est un petit drupe aplati, verdâtre, d’un goût acide et très astringent, contenant une semence de forme lenticulaire. Ce fruit était usité autrefois dans les cuisines comme assaisounement. Les feuilles, séchées et pulvérisées grossièrement, servent au tannage et à la teinture. Du temps de Clusius, la province de Salamanque en faisait un commerce considérable.
Sumae de Virginie, 7 us fyphinum L. Arbrisseau originaire de l'Amérique septentrionale, cultivé depuis longtemps en Europe pour l’ornement des jardins. Ses jeunes rameaux sont couverts d’un poil ras, épais, roussâtre et doux au toucher, ce qui les fait ressembler aux jeunes andouïillers de cerf. Ses feuilles portent, sur un pétiole très pubescent, 8 à 46 paires de folioles avec impaire, glabres en dessus, pubescentes en dessous, lancéolées, très aiguës, finement dentées en scie. Les fleurs forment des épis veloutés et rougeâtres au sommet des rameaux ; les fruits sont rouges, arrondis, pressés les uus contre les autres, pubescents, d’une saveur acide et astringente très marquée.
Le sumac de Virginie peut servir aux mêmes usages que le précédent ; il découle de son écorce incisée un suc lactescent qui se concrète en une gomime-résine.
On caltive dans les jardins un autre sumac originaire de l'Amérique,
TÉRÉBINTHACÉES. h51 nommé Sumae glabre, z4us glabrum L., qui diffère du précédent parce que ses rameaux et ses feuilles sont glabres et ses fleurs verdàtres. On peut citer encore Je Sumace vernis, Aus verniz L., arbrisseau du Japon, qui fournit par incisions un suc laiteux qui se condense et noircit à l'air, et qui sert à faire un vernis noir, après avoir été dissous dans une huile siccative ; le r/us copallinum du Mexique, qui fournit une résine que l’on a crue être le copal dur ou animé dure du commerce, dont l’origine est bien différente , ainsi que nous l’avons vu; enfin, le »hus metopium L., arbrisseau de la Jamaïque, dont les feuilles ont deux paires de folioles avec impaire, dont les fleurs sont hermaphrodites, et dont l'écorce incisée laisse découler une gomme-résine purgative, émétique et diurétique, nommée Log-qum ou doctor-qum. Celte gomme- résine est en larmes ou en masses demi-opaques, friables, d’un jaune assez prononcé, ainsi que le serait de la gomme ammoniaque teinte avec de la gomme gutte. Elle est inodore et faiblement amère,
Sumacs vénéneux.
Deux espèces de sumacs, peu distinctes l’une de l'autre, se font remarquer par une forte qualité vénéneuse. Ce sont les Aus radicans et {ozicodendron (fig. 369), originaires tous deux de lAmérique septentrionale, et cultivés depuis longtemps dans les jardins. Ces arbrisseaux ont des tiges nombreuses, faibles et flexibles, pouvant s'attacher aux arbres par des radicules qui s’enfoncent dans leur écorce.
Leurs feuilles sont composées d’une seule paire de folioles avec impaire. Lesfleurs sont dioïques, disposées en petites grappes verdâtres dans l’aisselle des feuilles.
Les fruits sont de petits drupes blancs, arrondis, ayant presque l'apparence du poivre blanc. Le rhus radicans a les folioles ovales, pointues, vertes, glabres, très entières’ le r4us foxicodendron a les siennes pubescentes, anguleuses, quelquefois incisées,
Fig. 369.
h52 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
Le toucher de ces deux plantes, et suivant beaucoup d'auteurs, la seule exhalation d’un principe âcre qui s’en dégage, suffit pour causer la tuméfaction et l’inflammation des paupières et du visage, et une caisson brûlante des mains, suivie d’inflammation et d’éruption de petites vésicules pleines de sérosité. Mais ces propriétés dangereuses disparaissent par l’action du feu, et l'extrait des feuilles a pu être administré à des doses assez considérables sans produire aucune action délétère. |
Fustet.
Bihus cotinus L. ‘Les tiges de cet arbrisseau sont hautes de 2 à 3 mètres, divisées en rameaux glabres comme toute la plante, garnis de feuilles simples, ovales, d’un vert gai et luisantes en dessus, d’un vert blanchâtre en dessous. Les fleurs sont petites, verdâtres, disposées au sommet des rameaux en panicules très rameuses, dont les divisions filiformes s’allongent beaucoup, quand les fleurs sont stériles, et se chargent de poils glanduleux et rougeâtres, qui leur donnent l'aspect de grosses houppes de duvet.
Le bois de fustet, tel que le commerce le présente ordinairement, est formé de souches et de branches tortueuses de 3 centimètres de diamètre environ ; 1l est pourvu d’un aubier blanc, poreux, que les vers attaquent facilement, et d’un cœur assez dur, d’un jaune foncé, à la fois branâtre et verdâtre. Les grosses souches, sciées et polies, offrent, comme la racine de buis, des dessins de couleurs variées, qui les font rechercher des -tourneurs et des tabletiers ; mais le plus grand usage du fustet est pour la teinture. 1 teint les étoffes en jaune orangé, mais qui est trop altérable pour être appliqué seul. On l’emploie toujours avec une autre couleur, qu'il modifie par le mélange de la sienne propre.
On trouve aussi du fustet provenant de troncs cylindriques et réguliers dépourvus d’aubier, et ayant cependant encore 6 centimètres de diamètre; il est moins riche en principe colorant que le précédent.
Noix d’acaijou.,
Cassuvium pomiferum L.; anacardium occidentale L., tribu des anacardiées (fig. 370). Arbre de moyenne grandeur, répandu dans presque toutes les contrées chaudes de la terre, comme aux îles Moluques, aux Indes, au Brésil, dans la Guyane et aux Antilles. Ses feuilles sont simples, entières, ovales, un peu atténuées à la base, très obtuses et échancrées au sommet. Ses fleurs sont disposées eh panicules terminales, et sont accompagnées de bractées nombreuses. Le calice est par-
TÉRÉBINTHACÉES. L53 tagé jusqu’à moitié.en divisions aiguës ; la corolle est à 5 pétales linéaireslancéolés , trois fois plus longs que le calice et réfléchis au sommet ; les anthères sont au nombre de dix, soudées par la partie inférieure des filets, libres par le haut; de ces dix étamines, ordinairement une seule est exserle et pourvue d’une anthère biloculaire fertile; les autres, plus courtes et renfermées dans la corolle,ne , Fig. 370.
portent que des anthères atrophiées et stériles ; l'ovaire est simple, uniloculaire, porté sur un torus charnu, qui remplit la partie non divisée du calice. Il est pourvu d’un long style latéral, terminé par un stigmate arrondi. Le fruit, provenant de l’ovaire développé, est composé d’un péricarpe en forme de rein, lisse et grisâtre, qui, sous une première enveloppe coriace , présente des alvéoles remplis d’un suc huileux, visqueux, brun noirâtre, âcre et caustique ; ces alvéoles sont bornés à l’intérieur par une seconde membrane coriace, semblable à Ja première, et renfermant une amande réniforme, à deux lobes, blanche, huileuse, douce, bonne à manger et d’une saveur agréable. Cette amande est encore recouverte immédiatement par une pellicule rougeûtre.
Ce fruit, dans son état naturel, est suspendu par le plus gros de ses deux lobes, à l'extrémité d’un corps charnu, présentant presque le volume et la forme d’une poire, et provenant du développement du torus calicinal. On donne à cette partie le nom de Pomme d'acajou ; elle est acide, sucrée, un peu âcre, non désagréable,
La noix d’acajou n'est plus usitée, Si les médecins voulaient l’employer, ils ne sauraient trop avoir l'attention de prescrire s’ils désirent le péricarpe seul ou l’amande, ou les deux ensemble, vu les propriétés
h5k DICOTYLÉDONES GALICIFLORES.
tout à fait opposées de ces deux parties. Le suc huileux du péricarpe a quelquefois été employé pour ronger les cors, les vieux ulcères, et pour dissiper les dartres.
La noix d’acajou n’est pas produite par l’arbre qui fournit le bois de même nom, si recherché pour les meubles. Gelui-ci provient du Swietenia Mahogoni L., de la famille des méliacées; mais c’est l'arbre à la noix d'acajou qui donne la Gomme d'acajou dont il va être parlé.
Gomme d’acajou. Cette gomme arrive en quantité assez considérable des divers pays où croît le cassuvium pomiferum, et pourrait être utilisée pour les arts, en raison de la gomme soluble qu'elle content.
Elle est en larmes stalactiformes, souvent très longues, jaunes, transparentes, dures, à cassure vitreuse , el ressernblant au succin. Elle se dissout difficilement dans la bouche et s'attache fortement aux dents. Traitée à froid par 48 parties d’eau, elle s'y gonfle et s’y dissout en partie, La portion non dissoute présente les propriétés de la bassorine, La liqueur surnageante, qui passe facilement à travers un filtre, en raison de son peu de consistance, ne rougit pas le tournesol, se trouble par l’oxalate d’ammeniaque , et forme par l’alcool un précipité blanc, abondant, floconneux, que je regarde comme de larabine , ou gomme soluble d’Arabie ou du Sénégal.
Anacarde orientale.
Anacardium longifolium Lam. ; senecarpus anacardium L. f. (fig. 371). Arbre des montagnes de l'Inde, à feuilles simples, elliptiquesoblongues, pourvu de fleurs petites, disposées en panicules axillaires et terminales ; le calice est à cinq divisions aiguës, Ja corolle à cinq pétales oblongs, très ouverts ; les étamines sont au nombre de cinq, libres, égales, alternes et insérées avec les pétales, sur un disque urcéolé; ovaire uni-
TÉRÉBINTHACÉES. h55 que, libre, uniloculaire , uniovulé, surmonté de trois styles terminaux. Le fruit est cordiforme, un peu aplati, porté sur un torus épaissi, qui peut être mangé impunément. Ce fruit, tel que le commerce l'apporte, est noir, lisse, cordiforme, et présente souvent à sa base son réceptacle entier, plus petit que le fruit lui-même, fortement ridé et durei par la dessiccation, On observe souvent en outre, à l'extrémité atténuée de ce réceptacle, un pédoncule ligneux, qui était le véritable pédoncule de la fleur, A l’intérieur, l’anacarde est entièrement disposée comme la noix d’acajou : première enveloppe coriace et élastique ; alvéoles remplis d’un suc oléo-résineux, noir, visqueux, caustique, d’une odeur fade (ce suc y paraît plus abondant que dans Ja noix d’acajou) ; seconde enveloppe coriace, semblable à la première; amande blanche, douce au goût, encore recouverte immédiatement par une pellicule rougeûtre.
. Comme on le voit, les différences entre l’anacarde et la noix d’acajou sont toutes superficielles ; et si une chose peut étonner, c’est que des arbres qui produisent des fruits aussi intimement semblables, diffèrent autant par leurs organes sexuels : aussi sont-ils séparés dans le système de Linné, l’anacardier ayant été rangé dans la pentandrie, et le pommier d’acajou dans l’ennéandrie ou la décandrie.
L’anacarde a les mêmes propriétés que la noix d’acajou ; cependant elle paraît moins dangereuse prise à l’intérieur, et elle a été plus souvent prescrite comme purgative.
Fruit et Semence de Mango.
«Mangifera indica L.; mangifera domestica Gærtn. , tab. 100. Le mango est un arbre des Indes orientales, qui a été propagé dans les Antilles, où il a formé un grand nombre de variétés. Il s'élève à la hauteur de 12 à 14 mètres. Ses feuilles sont simples, entières, oblongues-lancéolées. Les fleurs sont en panicules droites, et accompagnées de bractées. Le calice est à 5 divisions ; la corolle a 5 pétales plus longs que le calice: les étamines sont au nombre de 5 , alternes avec les pétales, soudées à la base ; il n’y en a qu’une seule exserte et fertile, les autres sont raccourcies et stériles. L’ovaire est libre, sessile, oblique, uniloculaire , à un seul ovule ascendant ; le style est latéral, courhé en arc, exserte , terminé par un stigmate obtus. Le fruit est un gros drupe un peu réniforme , très variable dans ses dimensions , sa couleur et son goût, mais généralement très recherché pour sa saveur parfumée , acidule et sucrée. Le noyau est plus ou moins volumineux , comprimé, un peu réniforme, formé d’un endocarpe ligneux , tout couvert de fibres blanches et chevelues. La semence présente deux enveloppes complètes, membraneuses , tout à fait distinctes et isolées l’une de l'autre; la première, qui est un arille, puisqu'on trouve à l’intérieur le funicule qui
456 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
conduit au hile , a la blancheur et la finesse d'une baudruche. Le tégument propre de la semence est lui-même formé de deux tuniques soudées : Pune, extérieure, blanche et lustrée ; l’autre, intérieure, d’un rouge foncé. L'amande est formée de deux cotylédons tournés en spirale et comme formés de pièces articulées. Cette amande présente un goût fortement astringent, et contient, suivant l'observation de M. Avequin, une forte proportion d'acide gallique libre , qu’on peut en extraire par un procédé beaucoup plus facile et plus expéditif que celui qui sert à extraire cet acide de la noix de galle {/ourn. de pharm.,t. XNIT, p. 421).
On donne en Amérique le nom de prunier d'Espagne, de mombin ou de #7yrobolan mombin, à deux espèces de spondias, qui sont les spondias purpurea et lutea X. Le premier surtout produit des fruits très recherchés pour la table; ils sont ovales, revêtus d’une peau colorée de jaune et de pourpre , et sont formés, à l’intérieur, d’une chair parfumée, un peu acide et sucrée. Le noyau est volumineux, à 5 loges monospermes, tout hérissé de crêtes ligneuses à l'extérieur.
Pistachier et Pistaches,
Pistacia vera L., tribu des anacardiées (fig. 372). Car. géo. : Fleurs dioïques. F1. m. : calice petit à 5 dents; corolle nulle; étamines 5, opposées aux divisions du calice ; filaments très courts, réunis en disque à la base ; ovaire rudimentaire. FI. fem. : calice à 3 ou 4 divisions pressées contre l'ovaire; corolle, étamines et disque nuls ; ovaire unique, sessile, uniloculaire , offrant très rarement les rudiments de 2 loges avor-
tées; style très court; 3 stigmates ; drupe sec. | ; Le pistachier croît
naturellement depuis la Syrie jusqu’au Bokhara et au Cabul. Selon Pline, ses fruits furent apportés pour la première fois à Rome par Lucius Vitellius, pendant qu'il était gouverneur de Svyrie, sur la fin du règne de Tibère, et, vers le même temps, Flaccus Pompeïus, chevalier romain, les porta en Espagne. Le pistachier
Fig. 372.
TÉRÉBINTHACÉES. h57 est très répandu d’ailleurs dans les îles grecques et en Sicile, et est cultivé jusque dans la Frovence et le Languedoc, en France.
Le pistachier s'élève à la hauteur de 7 à 10 mètres. Ses feuilles sont composées de 2 à 3 paires de folioles glabres, un peu coriaces , ovales ou ovales-lancéolées, avec une impaire. Dans une variété, les feuilles n’ont que 3 folicles. Les fruits, nommés pistaches , sont gros comme des olives, et composés : 4° d’un brou tendre, peu épais, ordinairement humide, rougeâtre, très rugueux, légèrement aromatique ; 2° d’une coque ligneuse, blanche, qui se divise facilement en deux valves; 3° d’une amande anguleuse, recouverte d’une pellicule rougeâtre , d’un vert pâle à l’intérieur et d’un goût doux et agréable. Ces amandes nourrissent beaucoup ; elle donnent de l'huile par l'expression, servent à faire des loochs qui sont verdâtres, et sont très employées par les confiseurs, qui en font des dragées, et par les glaciers, qui en mettent dans leurs crèmes.
Lentisque et Mastic.
Le lentisque, pistacia lentiscus L., est un petit arbre, haut de 4 à 5 mètres, divisé en rameaux nombreux et tortueux, garnis de feuilles ailées sans impaire , composées de 8 à 10 folioles lancéolées-obtuses, coriaces , persistantes , d’un vert foncé en dessus , plus pâles en dessous. Les fleurs mâles ou femelles , sur des individus différents, sont très pettes, purpurines, et disposées en petites grappes axillaires. Les fruits sont arrondis, brunâtres, et peuvent être mangés. On en retire par expression une huile propre à léclairage et pour l’usage de la table, Mais le produit principal du lentisque , celui pour lequel il est cultivé avec soin dans l'Orient, et surtout dans l’île de Cho ou Scio, est sa résine, connue sous le nom de mastic. La chaleur du climat influe beaucoup sur la production de cette résine ; car bien que le lentisque soit abondant dans le midi de l’Europe et en Provence, il n’y fournit aucune quantité de mastic.
C’est donc de l’île de Scio principalement que nous vient cette résine. Pour l'obtenir, on fait, dans le courant de l'été, de nombreuses et légères incisions au tronc et aux branches principales de l'arbre. Le suc liquide qui en découle s’épaissit peu à peu, et prend la forme de larmes d’un jaune pâle, dont les plus grandes sont aplaties et de forme irrégulière, et les plus petites souvent sphériques. La surface de ces larmes est matte et comme farineuse, à cause de la poussière provenant du frottement continuel des morceaux ; leur cassure est vitreuse ; leur transparence un peu opaline, surtout au centre. Leur odeur est douce et agréable ; leur saveur aromatique ; elles se ramollissent sous la dent, et y deviennent ductiles.
158 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
Le mastic est légèrement tonique et astringent. On en fait une grande consommation en Orient, comme masticatoire , pour parfumer l’haleine et fortifier les gencives : c’est de cet usage que lui est venu le nom de mastic.
Le mastic n’est pas entièrement soluble dans l'alcool. La partie insoluble, qui est tenace et élastique tant qu’elle contient de l'alcool interposé , et sèche et cassante lorsqu'elle n’en contient plus , paraît anaiogue à celle que nous avons précédemment trouvée dans la résine animé. Le mastic est soluble en toutes proportions dans l’éther, et il se dissout facilement à chaud dans l’essence de térébenthine.
La résine sandaraque , produite par le fhuya articulata (famille des conifères, t. II, p. 243), ressemble beaucoup à celle du lentisque; on l'en distingue facilement, cependant , à la forme allongée de ses larmes, à sa grande friabilité sous la dent , à sa complète solubilité dans Palcool, et à sa solubilité beaucoup moins grande dans l’éther et l'essence de térébenthine,
Pistachier atlantique, Pistacia atlantica Delf. Grand et bel arbre de l’état de Tunis, qui s'élève à une hauteur de plus de 20 mètres, sur 65 à 100 centimètres de diamètre, au bas du tronc. Ses feuilles sont caduques, composées de 7 à 9 folioles lancéolées, un peu ondulées, glabres, sur un pétiole un peu ailé. Il découle du tronc et des rameaux de cet arbre un suc résineux, d’un jaune pâle , qui a beaucoup de ressemblance avec le mastic, et qui sert aux mêmes usages.
Térébenthine de Chlo.
Chez les anciens, le mot térébenthine n’était d’abord qu'un nom adjectif et spécifique, qui, joint au nom générique résine, s'appliquait exclusivement au produit du térébinthe (pistacia terebinthus L.). Mais, plus tard , ce nom a été appliqué génériquement à tous les produits résineux mous ou liquides, composés, comme le premier , d’essence et de résine. Alors il a fallu désigner plus particulièrement la térébenthine du térébinthe par le nom de l'arbre qui la produit, ou par le lieu de sa provenance la plus habituelle.
Le térébinthe croît naturellement dans le Levant, dans la Barbarie el dans l’île de Chio, d’où nous vient la térébenthine la plus estimée. C’est un arbre assez élevé, dont les feuilles sont caduques, composées de 7 à 9 folioles ovales-oblongues, vertes , luisantes, portées sur un pétiole un peu ailé. Le suc résineux s’en échappe naturellement. pendant l'été, par les fissures de l'écorce; mais on en obtient davamtage à l'aide d’incisions, faites au printemps, au tronc et aux principales branches ; le suc résineux en découle pendant tout l'été, et tombe sur des pierres
TÉRÉBINTHACÉES. 459 plates placées au pied de l’arbre, où on le ramasse tous les matins, quand il a été épaissi par la fraîcheur de la nuit. On le purifie en le faisant couler à travers de petits paniers exposés aux rayons du soleil.
Les térébinthes fournissent fort peu de résine; car un arbre de soixante ans, dont le tronc a 13 à 16 décimètres de circonférence, n’en produit ordinairement que 300 à 350 grammes par an. Aussi cette térébenthine-est-elle toujours rare dans le commerce , et d’un prix élevé. Elle est toujours très consistante et souvent presque solide ; elle est pour le moins nébuleuse et quelquefois presque opaque. Elle est d’un gris verdâtre ou jaune verdâtre. Son odeur paraît très faible à l'air ; mais quand elle est renfermée dans un vase de verre, elle en conserve une assez forte, agréable , analogue à celle du fenouil ou de la résine élémi. Elle offre une saveur parfumée, privée de toute amertume et d’âcreté, et qui rappelle tout à fait celle du mastic. Comme le mastic également, la térébenthine de Chio se dissout en toutes proportions dans l’éther , et laisse, quand on le traite par l’alcool, une résine glutineuse, Cette coïncidence de propriétés n’a rien qui doïve étonner, en raison de lé troite parenté. des arbres qui produisent les deux résines. Aussi suis-je tout à fait de l’avis des moines éditeurs de Mésué ; qui disent que, à défaut de la térébenthine de Chio , la substance la plus propre à Ja remplacer est le mastic, et non les résines de conifères.
Le térébinthe présente dans son organisation un fait très singulier. D’après Théophraste, cet arbre est mâle et femelle, Chez les anciens, ces qualifications n’ont souvent aucun rapport avec le sexe des plantes; mais ici elles se trouvent justement appliquées. Seulement Théophraste distingue deux arbres femelles : un, portant des fruits rouges, de la grosseur d’une lentille, non mangeables ; l’autre, produisant des fruits verts d’abord, puis rouges, enfin noirâtres, et de la grosseur d’une fève. Dühamel nous a donné l'explication de ce fait, d’après Cousineri: c’est que l'espèce du ‘térébinthe comporte trois sortes d'individus ; les uns mâles , les seconds femelles et les troisièmes androgynes, c’est-à-dire portant à la fois des fleurs mâles et des fleurs femelles. Ce sont ces derniers qui produisent les fruits les plus petits, ligneux et presque privés d'amandes. Les arbres véritablement femelles fournissent seuls un fruit complet et susceptible de germination. Ce fruit peut être mangé comme lespistaches, quoiqu’ilsoit moins agréable et qu'il ne serve guère qu'aux pautres gens.
a Galles de Térchinthe.
On trouve , dans les observations de Lobel (p. 538, fig. 2), dans les Rariorum plant. de Clusius, et dans plusieurs autres ouvrages postérieurs, une seule et mêne figure de térébinthe , portant, à l’extrémité du rameau, une galle en forme de corne allongée et contournée, qui est
h60 DICOTYLÉDONES CALIGIFLORES.
connue sous le nom de €aroub de Judée, soit qu’on l'ait comparée, pour la forme, au fruit du caroubier, soit qu'on ait tiré son nom directement du mot hébreu kerwb, qui signifie corne,
Fig. 373.
SS
Mais cette galle, en forme de corne, n’est pas la seule que produise le térébinthe, puisque Clusius lui-même mentionne une autre galle vésiculeuse, adhérente aux feuilles ou aux branches de l'arbre, et semblable à la galle des feuilles de l’orme. Belon, les moines éditeurs de Mésué, J. Bauhin et Kæmpfer, ont aussi parlé de ces différentes galles du térébinthe, dont la plus connue est toujours cependant celle en forme de corne, ou la caroub de Judée (1).
Cette galle, représentée fig. 373 et 374, a la forme d’une vésicule longue et aplatie, élargie au milieu et amincie en pointe aux deux extrémités. Elle est généralement repliée sur elle-même près du pédoncule, et souvent dirigée en sens contraire vers l’autre extrémité. J'en possède
(4) Consultez, pour plus de détails , mon Mémoire sur les galles du térébinthe et sur la galle de Chine , inséré dans la Revue scientifique, t. XXIV,
TÉRÉBINTHACÉES. A61 une entière, longue de 7 centimètres sur 17 millimètres delarge, et de plus grands échantillons non entiers de 30 à 35 millimètres de large, et dont la longueur peut avoir été de 16 à 18 centimètres. CeLte galle est d’une couleur rouge décidée, surtout à l'extérieur, qui est strié longitudinalement et doux au toucher. Elle est épaisse de 1 millimètre seulement , et vide en dedans, excepté une petite quantité de dépouilles des pucerons (aphis pistaciæ L. ) qui ont été cause de son développement. La substance même de la galle est compacte , translucide, mêlée de fibres ligueuses blanches, qui vont d’une extrémité à l’autre. Elle est chargée d’un suc résineux qui exsude par places, à l'extérieur ou à l'intérieur, et elle possède une saveur très astringente , accompagnée d’un goût aromatique semblable à celui de la térébenthine de Chio. Enfin, on peut observer que cette galle, étant formée par la piquûre d’un bourgeon terminal, est toujours simple et terminée par une pointe unique.
Galle noire et cornue du pistachier. J'ai attribué cette galle à un pistachier, parce qu’elle m’a paru être la galle corniculée, qui, dans les Adversaria de Lobel (p. 412), accompagne la figure du péstacia narbonensis L., lequel n’est qu’une simple variété du pestacia vera. Cependant, comme la galle du térébinthe, en séjournant longtemps sur l'arbre après la sortie des pucerons, ou en restant sur la terre exposée à l'humidité, peut acquérir les caractères de cette nouvelle galle, je n'oserais dire aujourd’hui que cette galle est certainement produite par un pistachier. Dans tous les cas, elle diffère beaucoup de la première espèce , étant longue seulement de 4 à 6 centimètres , épaisse de 8 à 15 millimètres, plus ou moins recourbée et terminée par une pointe aiguë. Elle est souvent comme toruleuse dans sa longueur ; elle est d’un gris noirâtre à la surface, et offre souvent de petites glandes plates et circulaires, d’où exsude une résine jaune. La substance même de la galle est entièrement noire, légère, fragile, épaisse de 1/3 à 1/2 millimètre. La saveur en est mucilagineuse , sans astringence, mais avec un goût aromatique.
Galle de pistachier, de Boukhara (fig. 375). D'après M. Royle, on importe dans l'Inde, de Boukhara, les fruits du pistachier, conjointement avec une petite galle, nommée gool-i-pista (fleur de pistache), reconnue pour appartenir à cet arbre, ainsi qu’une résine appelée a/uk-columbat.
Les plus grosses de ces galles ne dépassent pas le volume d’une petite cerise ; elles sont rougeâtres ou brunâtres extérieurement, vides à l'intérieur, quelquefois lobées ou didymes, d'un faible goût de térébenthine de Chio ; elles sont mélangées de très petites larmes rondes semblables au mastic. Cette galle paraît
Fig. 375.
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être la même que la petite galle de pistachier figurée par Lobel ( Advers., p. M2).
Galle de Chine ou où-poey-lse.
Cette galle jouit d'une grande célébrité en Chine, non seulement comme substance propre à Îa teinture, mais encore comme un puissant astringent dont les médecins savent tirer parti dans un grand nombre de maladies, La description de cette substance et de ses propriétés a été empruntée par Duhalde au célèbre livre chinois le Pentsau (1). Geoffroy l’a très bien décrite également dans les Mémoires de l’Académie des sciences (année 1724, p. 320), et il paraît qu’on la recevait alors par la voie du commerce; mais, depuis longtemps, il n’en restait plus que des échantillons brisés et inconnus dans les droguiers, lorsque le commerce anglais l’introduisit dé nouveau en Europe, où elle peut être appelée à partager les divers emplois de la noix de galle, des bablahs, du libidibi, du cachou, du gambir et des autres astringents d’un arrivage facile.
D'après Duhalde, la grosseur des ow-poey-tse varie depuis celle d’une châtaigne à celle du poing ; la plupart sont d’une forme ronde ou oblongue ; mais il est rare qu'ils se ressemblent entièrement par la configuration extérieure; leur couleur est d’abord d’un vert obscur, qui jaunit ensuite. Alors cette coque , quoique ferme, devient très cassante. Les paysans chinois recueillent les ou-poey-tse avant les premières gelées. Ils font mourir les insectes que les coques renferment en les exposant pendant quelque temps à la vapeur de l’eau bouillante.
J'ai donné, dans le mémoire que j'ai cité précédemment (/ev. scient., t. XXIV, p. 418), la description des différentes galles de Chine que j'ai en ma possession : l’une, que j'avais depuis longtemps sans la connaître, et qui se trouve ici représentée [fig. 376 a), paraît résulter du développement monstrueux d’un bourgeon, retenant encore à sa base des vestiges d’écailles imprégnées d’un sûc gommeux. Dès sa base, ce bourgeon se trouvait partagé en trois ou quatre branches, dont chacune produisait une galle ; mais, de ces galles, il n’ea reste qu’une entière et une petite partie d’une seconde, Ea galle entière, à parür du pédoncule, s’élargit rapidement en forme d’éventail, et se sépare en deux parts inégales, sur lesquelles paraissent des points proéminents, qui indiquent d’autres divisions moins marquées, où d’autres parties plus complétement soudées et confondues. Cette galle, étant ré-
(4) Pen-isao ou pun-tsao cong mou, ou herbier chinois en 52 hvres. — Description géographique et historique de la Chine , par Duhalde, Paris, 1738 ,t. II, p. 496. — Description de la Chine, par Grosier, t. I, p. 6M,
TÉRÉBINTHAGÉES. h63 cente, devait être couverte d’un duvet jaunâtre, qui persiste dans les endroits creux, tandis que les parties proéminentes sont devenues brunes et polies par le frottement. La substance de la galle à plus d’un
Fig. 376.
millimètre d'épaisseur ; elle est blanchâtre, translucide et si gorgée de suc, qu'elle présente, quand on la coupe, l'apparence d’une gomme résine desséchée. Elle possède un goût très astringent, sans aucune odeur ni saveur résineuse.
La galle de Chine, importée récemment en Angleterre, e4 dont M. Morson, de Londres, a bien voulu m'envoyer une assez forte quanüté, est d’un gris blanchâtre, d’où il me paraît certain que la première ne doit sa couleur brunâtre qu’à son ancienneté. Elle est d’ailleurs entièrement couverte d’un duvet blanc, velouté; elle a la même substance translucide et cornée, et la même astringence, sans goût aromatique ou résineux. D’après M. Pereira, ces galles sont ordinairement revêtues à l’intérieur d’une matière d'apparence crétacée et contiennent des débris de pucerons ; leur forme est très sujette à varier, quelques unes étant arrondies et presque unies ; mais la plupart offrent des protubérances ou des cornes semblables à des andouillers de cerf. (Voir la figure 316,bet c.)
J'ai donné, dans le mémoire cité, une figure grossière de l’arbre qui fournit la galle de Chine, tirée du Pen-fsao, et quelques détails fournis par des commerçants anglais, qui ne suffisent pas pour en reconnaître le genre, ni même la famille. |
h64 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
Eaume de la Mecque.
L’arbuste qui produit ce suc résineux portait chez les Grecs le nom de Bahcapoy, et les trois substances qu'il fournit au commerce étaient connues sous ceux de Omobahsapoy (suc de baumier), E5a06%cauoy (bois de baumier), et Kapæoéasauss (fruit de baumier). Chez les Latins, le Baume portait simplement le nom de Bal/samum, comme étant la seule substance qui le méritât, par l'excellence de son odeur et de ses propriétés. Ce n’est qu'après la découverte de l'Amérique et lorsque diverses parties de ce vaste continent nous eurent donné les bawmes d'Inde, de Tolu, du Pérou, de Copahu, etc., qu'il devint nécessaire d’ajouter une désignation spécifique au baume de l’ancien monde, et alors on lui donna les noms de Baumé de Judée, Baume de la Mecque. Baume de Giléad, Baume du Caire: elc., des différentes contrées ou villes qui le fournissaient au commerce. Aujourd’hui, cependant, que les chimistes sont convenus de ne donner le nom de baume qu'aux composés résineux naturels, pourvus d’acide benzoïque ou cinnamique, le baume de la Mecque est menacé de perdre son nom primitif, pour prendre celui d’oléo-résine ou de férébenthine de Judée, de la Mecque, etc., à l'exemple des autres produits végétaux
formés comme lui de principes résineux Fig. 377. rendus plus ou moins fluides par la présence d’une huile volatile.
L’arbuste au baume de la Mecque appartient au genre balsamodendron (tribu des burséracées) dont voici les caractères :
Fleurs polygames ; calice campanulé à k dents persistantes ; corolle à 4 pétales insérés sous un disque annulaire, pourvu de 8 glandes. Les étamines sont au nombre de 8, insérées sous le disque annulaire.
Ovaire sessile, biloculaire, surmonté d’un style très court et d’un stigmate quadrilobé. Drupe gobuleux ou ové, à noyau osseux à deux loges, ou uniloculaire et monosperme par avortement. Feuilles non ponctuées.
Deux espèces très voisines, et qui ne sont plutôt que deux variétés d’une même espèce, fournissent le baume de la Mecque :
a l’une, nommée balsamodendron gileadense Kunth (amyris gileadensis
L., fig. 377), est un petit arbuste à rameaux grêles et divergents, dont
TÉRÉBINTHACÉES. h65 les feuilles sont alternes, pétiolées, très petites, composées seulement de trois folioles très rapprochées, glabres, entières, ovales ou obovées, dont celle du milieu est plus grande que les deux autres. Les pédoncules sont uniflores, portés à l’extrémité de petits rameaux, seuls ou plusieurs ensemble.
L'autre espèce, ou variété, nommée balsamodendron opobalsamum, ne diffère de la première que par ses feuilles composées de une ou deux paires de folioles sessiles , avec une impaire.
Ces arbustes sont très rares, difficiles à cultiver, et ont successivement disparu de diverses contrées qui ont été indiquées pour le posséder. C’est ainsi que la Judée, qui le produisait anciennement, aux dires de Théophaste, de Dioscoride, de Pline, de Justin et de Strabon, en est complétement privée depuis longtemps. De la Judée, qu'il ait été transporté en Égypte, ou qu'il y ait été apporté d'Arabie comme cela est beaucoup plus probable, toujours est-il qu’à partir du x1° siècle, jusqu’au xvI° ou au XVII‘, l’arbre du baume était cultivé auprès du Caire, dans un lieu nommé Watarée, enclos de murs et gardé par des janissaires. Mais, lors du voyage de Belon au Caire (en 1550), et malgré plusieurs importations successives de baumiers de la Mecque, il n’en restait que neuf à dix pieds, presque privés de feuilles et ne donnant plus aucune quantité de baume; le dernier pied est mort en 1615, dans une inondation du Nil. Ce n’est donc plus dans la Judée, ni en Égypte, qu’il faut chercher l’origine du baume de la Mecque; c’est dans l'Arabie Heureuse, et dans les environs de Médine et de la Mecque, où l'arbre croît naturellement et où il n’a pas cessé d’exister,
Abd-Allatif, médecin de Damas, qui a vécu de 1161 à 1231, a donné sur l'extraction du baume, au jardin de la Matarée, des détails que je crois devoir reproduire ici.
« Le baumier a deux écorces : l’une, extérieure, qui est rouge et mince ; l'autre, intérieure, verte et épaisse. Quand on mâche celle-ci, elle laisse dans la bouche une saveur onctueuse et une odeur aromatique. On recueille le baume vers le lever de la canicule , de la manière suivante : après avoir arraché de l'arbre toutes ses feuilles, on fait au tronc des incisions avec une pierre aiguë, en prenant garde d’attaquer le bois. Lorsque le suc en découle, on le ramasse avec le doigt que l’on essuie sur le bord d’une corne. Quand la corne est pleine , on Ja vide dans des bouteilles de verre ; ce qu’on continue sans interruplüion, jusqu’à ce qu’il ne coule plus rien de l'arbre. Plus l'air est humide, plus la récolte est abondante ; au contraire , elle est médiocre dans les années de sécheresse. On prend à mesure les bouteilles et on les enfouit dans la terre, jusqu’à ce que l'été soit dans toute sa force ; alors on les retire de terre et on les expose au soleil. Chaque jour on les visite et l’on trouve l'huile qui surnage sur une substance aqueuse mélée de parties terreuses. On retire l’huile surnageante et l’on remet les bouteilles au soleil, ce qui se répète