MALVACÉES
velucs, garnies de larges feuilles rugueuses, cordiformes-arrondies, à 5 ou 7 lobes crénelés, couvertes de poils des deux côtés. Ses fleurs sont grandes, belles et de couleurs variées , depuis le blanc et le jaune jusqu’au rouge ct au pourpre noirâtre le plus foncé. Elles sont presque sessiles dans l’aisselle des feuilles supérieures, où elles forment, par leur rapprochement, un long épi terminal. Cette plante croît naturellement dans les lieux montagneux du midi de la France, ct est cultivée pour l’ornement des jardins. Ses fleurs sont employées en médecine , et sa racine est quelquefois substituée dans le commerce à celle de guimauve. Elle est plus ligneuse que celle-ci, d’une couleur moins blanche, d’une saveur moins douce, et ordinairement hérissée à sa surface de fibres courtes et emmélées.
Mauve sauvage,
Malva sylvestris L. — Car. gén. : Calice à 5 divisions, doublé d’un involucre triphylle; carpelles capsulaires nombreux, monospermes , disposés circulairement. — Car. spéc. : Tige droite, feuilles à 5 ou
7 lobes pointus et dentés, pédicelles et pétioles poilus.
Racine vivace, pivotante, blanchâtre. Tiges cylindriques, un peu pubescentes, rameuses, hautes de 6 à 10 décimètres, garnies de feuilles vertes longuement pétiolées, arrondies, échancrées en cœur à la base, découpées en 5 ou 7 lobes peu profonds , munis de poils sur les nervures. Les fleurs sont d’une couleur rose, rayées de rouge plus foncé, portées en certain nombre, dans l’aisselle des feuilles, sur des pédoncules inégaux. Le fruit est formé d’une douzaine de capsules glabres ct monospermes.
Les feuilles de mauve sont très mucilagineuses et sont usilées comme émollientes, en fomentations et en cataplasmes. Les fleurs changent de couleur en séchant et deviennent d’un bleu pâle, qui se détruit promptement à la lumière et à l'humidité. Depuis plusieurs années-déjà, on Jeur substitue à Paris les fleurs d’une autre mauve, cultivée dans les jardins, qui paraît originaire de Chine et dont les fleurs sont beaucoup plus grandes, d’un rouge plus prononcé, et acquièrent en séchart une couleur bleue très intense , qui se conserve beaucoup mieux que celle de la mauve sauvage. Cette mauve cultivée est le #alva glabra de Desrousseaux, à tige très glabre ct dont les feuilles présentent 5 lobes obtus.
On emploie dans les campagnes, comme émollientes, les feuilles d’une autre espèce nommée petite mauve On mauve à feuilles rondes (malva rotundifolia L.). Celle-ci a les tiges couchées, les feuilles velues, échancrées en cœur à la base, orbiculaires, avec 5 lobes très peu
590 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
marqués. Les pédoncules fructifères sont déclinés et pubescents. Les fleurs sont petites, d’un rose très pâle, et se colorent à peine en bleu par la dessiccation. Aussi ne sont-elles pas récoltées séparément de la plante.
Semence d’Abelmosch , ou Graine d’Ambrette (fig. 400 ).
Abelmoschus communis Medik., libiscus abelmoschus L. — Car.
gén. : Involucre à 5 ou 10 folioles et caduc; calice à 5 divisions caduques. Corolle à 5 pétales obovés, ouverts, soudés à la base avec le tube staminal. Ovaire sessile, simple, à à loges, contenant un grand nombre d’ovules insérés sur deux séries, à l’angle central des loges. Fruit capsulaire pentagone et pyramidal, 5 loges et à 5 valves septifères. Semences nombreuses, sous-réniformes, à testa crustacé, ombiliquées au fond de l’échancrure.
L’abelmosch doit être originaire de l'Inde, mais il a été transporté en Égypte et dans les Antilles. Sa tige est hérissée de poils un peu roïdes et s'élève à la hauteur de 10 à 13 décimètres. Ses feuilles sont cordiformes,
divisions aiguës (1) et dentées ; les pédoncules sont droits, solitaires dans l’aisselle des feuilles, uniflores.
Les fleurs sont grandes, jaunes, avec le fond pourpre. Les capsules sont velues, longues de 55 millimètres ; les semences sont grises, réniformes, comprimées près de l’ombilic, marquées sur leur surface d'une rayure fine et régulière qui suit la courbure du test. Ces semences sont pourvues d’une odeur de musc très prononcée, et sont très employées par les parfumeurs. Les plus estimées viennent aujourd’hui de la Martinique.
Gombo ou Bamia, qbe/moschus esculentus Medik., hihiscus esculentus L. Cette plante a beaucoup de rapport avec la précédente, et est
(4) Dans la figure 400, les feuilles sont trop profondément incisées , et les semences devraient offrir la rayure mentionnée au texte,
MALVACÉES. 591 cultivée dans les mêmes contrées. Elle est annuelle, herbacée, haute de 65 centimètres, munie de feuilles velues, cordiformes, à 5 lobes palmés, élargis et dentés, Les fleurs sont axillaires, grandes, campanulées, d’un jaune de soufre , avec le fond pourpré. Le calice extérieur est velu, à 9 ou 40 folioles et caduc. Les capsules, sont pyramidales, pentagones , longues de 7 centimètres, à 5 loges et à 5 valves scptifères dont les bords se roulent en dehors. Les semences sont globuleuses, du volume de la vesce, d’un gris verdâtre, à surface unie.
On fait dans les contrées chaudes de l'Asie, de l'Afrique et de l’Amérique, une grande consommation des fruits verts du gombo, soit pour cn tirer, au moyen de l’eau bouillante, un mucilage abondant qui sert à donner de la consistance aux aliments liquides ; soit pour les manger en nature, cuits et assaisonnés de diverses manières.
Le genre hibiscus où ketmie, dont les deux plantes précédentes ont été séparées, comprend un grand nombre d’espèces dont les fleurs sont d’une grande beauté et font l’ornement des jardins : telles sont surtout la rose de Chine (/ibiscus rosa sinensisL.), la mauve en arbre (hibiscus syriacus L.), la ketmie rouge (Aibiscus phæniceus L.), etc.
} Coton.
Le coton est un long duvet floconneux et très fin que l’on trouve fixé après les semences d’arbrisseaux de la famille des malvacées, auxquels Linné a conservé le nom de gossypium, qui leur avait été donné par Pline. Ces végétaux sont caractérisés par un calice cyathiforme à 5 dents ob'uses, ceint d’un involucre à trois larges folioles soudées à la base, profondément dentées ou incisées à la circonférence (fig.
h01). La corolle est formée de 5 pétales obovés, contournés, soudés avec la base du tube staminifère. Celui-ci est dilaté en forme de dôme à la partie inférieure, qui recouvre l'ovaire, rétréci au-dessus, et recouvert de nombreux FenEe simples à ou bifurqués, portant des anthères réniformes et bivalves. IL" ovaire est sessile, à 3, A ou 5 loges, surmonté d’un style et de 3 à 3 stigmates: La
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capsule est à 3, 4 ou 5 loges, et à autant de valves septifères. Les semences sont nombreuses, ovoïdes, couvertes d’un épiderme spongieux, auquel adhère une laine dense et très fine, le plus souvent très blanche "quelquefois jaune, très rarement rouge.
Les cotonniers sont quelquefois annuels et herbacés, comme le coton herbaeé ({055/Dium herbaceum 1), qui paraît originaire de la haute Égypte et qui est cultivé à Malte, en Sicile, dans les îles grecques, en Égypte et en Barbarie ; mais la plupart des autres sont des arbrisseaux qui s'élèvent à une hauteur de 4 à 4 mètres. Ils sont munis de feuilles alternes, pétiolées, cordécs, palmatinervées , à 3 ou 5 lobes pointus, et souvent parsemées de points noirs , ainsi que les jeunes rameaux et les involucres. Les contonniers sont indigènes aux contrées les plus chaudes de l'Asie, de l'Afrique et de l'Amérique ; mais on en a peu à peu étendu la culture vers le Nord, jusqu’à la latitude à laquelle ils ont entièrement refusé de produire. Dans l’ancien continent, on trouve les cotonniers dans les îles de l'archipel Indien, à Siam, dans les deux Indes, en Perse, dans la Natolie, la Turquie, la Grèce, l'Italie et l'Espagne. Dans le nouveau continent, ils sont répandus depuis le Brésil jusqu’au Mexique, aux Antilles et dans les provinces méridionales des États-Unis, qui en font un commerce très considérable. Les principales espèces cultivées sont le gossypium herbaceum , cité plus haut; le G. indicum (fig. 401), le G. arboreum et le G. religiosum, originaires de l’Inde ; les G. peruvianum hirsutum et racemosum , trouvés en Amérique, etc. Lorsque leurs fruits sont mûrs, les capsules s'ouvrent spontanément, et le coton, qui se trouvait comprimé à l’intérieur, en sort en grande partie et s'élève au-dessus des valves. On le sépare des semences au moyen d'un moulin approprié. Les semences, loin d’être inutiles, sont recueillies et fournissent par expression une huile assez abondante qui sert à l'éclairage ct pour la fabrication du savon.
Les semences d’un certain nombre de plantes de la sous-famille des bombacées sont pourvues d’un duvet analogue au coton , mais beaucoup plus court, ce qui doit rendre très difficile leur application à la fabrication des tissus. Deux arbres de ce genre sont surtout cités pour leurs fruits cotonneux. L'un est l'ochroma lagopus de Swartz (bombaz pyramidale Cavan.), arbre élevé des Antilles dont les capsules sont cylindriques, à 5 cannelures, longues de 30 centimètres et plus, s’ouvrant en 5 valves septilifères linéaires. Celles ci, en se roulant en dehors sur ellesmêmes, se trouvent entièrement recouvertes par le duvet court et fauve sorti des loges, de sorte que le fruit, ainsi modifié, présente une ressemblance assez grande avec un pied de lièvre, d’où lui est venu le nom de lagopus, qui signifie pied de lièvre. Le second est un arbre des îles Moluques, nommé capock, qui a été décrit par Rumphius sous le nom
MALVACÉES. 593 d'eriophorus javana, nommé par Linné bombaz pentandrum , par Gærtner ceiba pentandra, et par Decandolle eriodendron anfractuosum . Le fruit est une capsule ovoïde, amincie en pointe aux extrémités, longue de 12 à 16 centimètres, à 5 loges, et s’ouvrant du côté du pédoncule en 5 valves septifères. Les loges sont remplies par un nombre considérable de semences arrondies, un peu terminées en pointe d’un côté, entassées régulièrement les unes sur les autres, et entourées d’un duvet soyeux et lustré formant autour de chaque semence un globule à peu près sphérique. Il est fâcheux que ce duvet soit trop court pour être filé, car on en ferait des étoffes qui imiteraient la soie. Mais il peut remplacer l’édredon, duvet d’un prix très élevé, enlevé, dans les contrées du Nord, aux nids de l’eider (anus mollissima L.).
Baobab (1),
Adansonia digitata L. Le baobab est un arbre monstrueux qui croit au Sénégal et dans les pays environnants. Son tronc, à partir de terre jusqu’aux branches, n’a que 4 à 5 mètres de hauteur; mais il acquiert jusqu'à 25 mètres et plus de circonférence, ou 8 à 9 mètres de diamètre. Ce tronc se divise à son sommet en un grand nombre de rameaux fort gros , longs de 10 à 20 metres, dont les plus inférieurs s'étendent horizontalement et touchent quelquefois, en raison de leur poids, jusqu’à terre ; de manière que, cachant la plus grande partie de son tronc, cet arbre paraît former de loin une masse hémisphérique de verdure, de 40 à 50 mètres de diamètre sur une hauteur de 20 à 24 mètres.
Aux branches de cet arbre répondent des racines aussi considérables et beaucoup plus longues : celle du milieu forme un pivot qui s'enfonce perpendiculairement à une grande profondeur ; les autres s’étendent horizontalement à fleur de terre, et Adanson en a mesuré une qui avait 35 mètres de longueur dans sa partie découverte, et qui pouvait se prolonger encore de 43 à 16 metres sous le sol,
Les feuilles du baobab ressemblent, pour la forme et la grandeur, à celles du marronnier d'Inde ; mais elles sont alternes, accompagnées de 2 stipules à la base , lisses et sans aucune dentelure sur le contour des folioles. Les fleurs répondent par leurs dimensions à celle de l'arbre qui les porte; elles sont larges de 16 centimètres, solitaires et pendantes à l'extrémité d’un pédoncule cylindrique long de 30 et quelques centimètres. Le calice est évasé en forme de soucoupe, à 5 divisions recourbées en dessous et caduques. La corolle est à 5 pétales blancs , orbiculaires, très étalés, soudés entre eux par le bas des onglets et avec le tube des étamines. Ce tube est épais, cylindrique, divisé à la partie supérieure en un nombre très considérable de filets filiformes (plus de 700 d’après Adanson), très élalés, terminés chacun par une anthère réniforme. L’ovaire est sessile, libre, velu, à 10 ou 15 loges, surmonté d'un style longuement exserte , flexueux, terminé par 10 à 15 stigmates rayonnants. Le
(1) Foy., pour les figures, le Mémoire d'Adanson, dans les Mémoires de l'Académie des sciences, année 1761, et la Flore des Antilles de M. de Tussue, t. IF, pl, 55 et 51.
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fruit, d’après Adanson, est une capsule ligneuse , ovoïde, amincie en pointe aux deux extrémités , longue de 35 à 50 centimètres, large de 41 à 16 centimètres, marquée de 10 à 14 sillons dans le sens de sa longueur ; maïs tous ceux de ces fruits que j'ai vus, venant des Antilles, étaient plus arrondis, longs de 18 à 29 centimètres seulement, épais de 12 à 15 centimètres, et à surface très unie. Ce fruit est revêtu extérieurement d’un duvet dense, un peu rude et de couleur verdâtre , formé de poils courts et couchés. Dessous ce duvet se trouve une coque noire, ligneuse, épaisse de 5 à 7 millimètres, divisée intérieurement en 10 à 14 loges , toutes remplies d’une pulpe fibreuse et aigrelette, qui est bonne à manger et très rafraichissante. Cette pulpe, en se desséchant, devient friable et se sépare d’elle-même en petites masses polyédriques renfermant chacune une semence réniforme , portée à l’extrémité d’un long funicule.
Toutes les parties du baobab abondent en mucilage et ont une vertu émolliente. Les nègres font sécher ses feuilles et les réduisent en une poudrenommée lalo, dont ils font un usage journalier dans leurs aliments , et à laquelle ils attribuent la propriété d'exciter une transpiration abondante et de calmer la trop grande ardeur du sang. Adanson lui-même en a éprouvé les bons effets, et la tisane de ces mêmes feuilles l'a préservé des diarrhées, des fièvres inflammatoires et des ardeurs d'urine , maladies auxquelles sont fréquemment en proie les Français qui résident au Sénégal. En 1848, M. le docteur Duchassaing , médecin à la Guadeloupe, a préconisé l'écorce de baobab comme succédanée du quinquina et du sulfate de quinine. Il ne paraît pas douteux que la qualité émolliente de cette écorce ne puisse la rendre utile dans les cas spécifiés par A danson, et dans d’autres qui prendraient également leur source dans un état phlegmasique des intestins ; mais il est moins certain qu'on doive reconnaître à l’écorce de baobab une propriété antipériodique analogue à celle du quinquina. Combien d'illusions de ce genre n’ont-elles pas été détruites par un examen ultérieur !
Cacao.
Le cacao est la semence d’un arbre peu élevé de l'Amérique, nommé theobroma cacao L, (fig. L02), appartenant à la sous-famille des bytinériacées. Ses caractères génériques, assez différents de ceux des malvacées propres et des bombacées, consistent dans des feuilles simples ct entières, dans un calice coloré, à cinq divisions profondes, régulières, aiguës, tombantes. Corolle à 5 pétales hypogynes, formés par une sorte de cornet ou de capuchon qui se termine en une languette élargie en spatule au sommet. Le tube staminal est très court et à 10 divisions, dont cinq, alternes avec les pétales, sont linéaires-subulées et stériles, et donc les 5 autres, plus courtes et opposées aux pétales, portent chacune une anthère biloculaire cachée sous le capuchon du pétale. L’ovaire est sessile, à 5 loges, terminé par un style simple, portant 5 stigmates disposés en étoile. Le fruit est ovale ou oblong, coriace ou ligneux, indéhiscent, à 5 loges remplies par un nombre considérable de semences
MALVACÉES. 595 nichées dans une pulpe peu abondante, aigrelette. Les semences sont pourvues d’un épisperme chartacé, fragile, et contiennent un embryon formé de 2 cotylédons épais, bruns, huileux, plissés et lobés, entre les plis et les lobes duquel on n’apercoit que des traces d’endosperme, sous
Fig. 402,
forme d’une membrane blanche, très mince et lustrée. La radicule est cylindrique, placée à l’extrémité la plus grosse de la semence, proche du hile.
Plusieurs espèces de f{heobroma, distinguées par la forme et le volume de leurs fruits, paraissent propres à fournir leurs semences au commerce. Telles sont les suivantes :
I. T'heobroma cacao V.. (de Tussac, FT. ant., vol. I, pl. 13; Nces F1. medie., tab. 419). Get arbre croît au Mexique et dans les provinces de Guatimala et de Nicaragua; cultivé également dans la Colombie et dans les Antilles, il paraît produire la plus grande partie du cacao du commerce. Il a le fruit ovale, glabre, jaune, long de 14 à 18 centimètres, épais de 9 à 10 centimètres ; il est un peu piriforme du côté du pédon-
cule, et s’amincit en une pointe obtuse du côté opposé. Il est obscurément pentagone, ct présente, à l’état récent, dix côtes un peu proéminentes qui laissent souvent, après sa dessiccation, dix bandes assez également espacées, légèrement tuberculeuses. Le péricarpe, qui paraît être charnu à l’état récent, présente, à l’état sec, la forme d’un parenchyme demi-ligneux, recouvrant un endocarpe ligneux, solide, mais très mince.
II. Cacao minor de Gærtner, tab. 122, Tournefort (/as£., tab. 44h ; Blackw. , tab. 373). Fruitglabre, fusiforme, long, à l’état sec, de 20 centimètres sur 6,5 à 7 centimètres d'épaisseur. La pointe du côté du pédoncule est arrondie ct un peu piriforme; celle de l'extrémité opposée est prolongée en forme de rostre pointu, souvent recourbé. Le fruit est obscurément pentagone, et présente, très près des angles, deux bandes tuberculeuses qui, ainsi rapprochécs, paraissent n’en former que cinq à la première vue. Le péricarpe est moins épais que dans l’espèce ou la variété précédente, mais il est formé des mêmes parties.
HI. Theobroma sylvestris Aub]., Guian., pl. 276. Fruit ovoïde, un peu allongé en poire du côté du pédoncule; uni, sans arêtes, couvert d’un duvet roussâtre. Il est long de 14 centimètres sur 8 centimètres d'épaisseur.
IV. Theobroma quianensis Aubl., pl 275. Fruit ovoïde-arrondi, couvert d’un poil ras et à surface unie, à l'exception de cinq arêtes arrondies et saillantes. Dimensions, 12 centimètres sur 7.
V. Theobroma bicolor H, B., Plant. équin., vol. I, pl. 30. Fruit ovoide, long de 16 à 22 centimètres, épais de 11 à 14, offrant extérieurement dix côtes peu marquées.
Il est formé d’un brou soyeux au dehors, n’ayant pas plus de 2 millimètres d'épaisseur, appliqué et modelé sur une capsule épaisse de 9 à 14 millimètres, ayant la dureté du bois ct marquée à l'extérieur de cavités oblongues et irrégulières.
La récolte du cacao se fait de la manière suivante : À mesure que les fruits sont mûrs, on les abat avec de petites gaules, on coupe les capsules en deux (ces capsules portent le nom de cabosses), et l'on en retire la pulpe et les semences que l’on dépose dans des auges en bois, couvertes de feuilles de balisier. Sous vingt-quatre heures, la pulpe entre en fermentation et se liquéfie. On la remue tous les jours pendant quatre jours, ou jusqu'à ce que l’épisperme, de blanc qu'il était, soit devenu rouge, et que le germe soit mort. Vers le cinquième jour, on sépare les semences de la pulpe et on les fait sécher au soleil, sur des nattes de jonc. Dans quelques contrées, et principalement dans la province de Caraccas, on fait subir aux semences de cacao une autre préparation qui consiste à les enfouir pendant quelques jours dans la terre,
MALVACÉES. 597 afin de leur donner un goût moins âpre et moins désagréable. On les fait sécher de nouveau avant de les livrer au commerce.
On distingue dans le commerce un grand nombre de sortes de cacaos, qui diffèrent par le pays d’où ils proviennent et par le tcrrage qu'ils ont ou n’ont pas subi. Les principales sortes sont :
Le cacao earaque, provenant de la côte de Caraccas. Il à été terré, ce qui lui donne une couleur terne et grisâtre à l’extérieur, et rend l'épisperme facile à séparer de l’amande. Il est d’ailleurs gros et arrondi, violacé à l'intérieur, d’anc saveur douce et agréable ; mais il est sujet à sentir le moisi.
Le cacao Trinité cst apporté de l'île de ce nom, à l’est de la côte de Caraccas et de Cumana. Il est terré moins exactement que le cacao caraque, et est généralement plus petit et plus aplati.
Le cacao Soconuseo vient de la république de Guatimala. Il est très gros, non terré, d'un brun clair à l'intéricur, a peu d’arome, est très estimé. Les autres cacaos non terrés sont ceux de Maragnar, de Para, de Saint-Domingue, de Ia Martinique, C1C.; ils sont généralement petits, aplatis, à épisperme adhérent, plus rouges à l'extérieur comme à l’intérieur , et d’une saveur un peu âcre et amère. On les emploie seuls pour la fabrication des chocolats communs, ou mélangés avec les cacaos terrés pour les chocolats de bonne qualité. Ils servent préférablement au cacao caraque pour l'extraction du beurre de cacao , d'abord à cause de linfériorité de leur prix, ensuite par ce qu'ils en fournissent un peu plus.
La composition des semences de cacao n’est pas encore parfaitement connue. Elles contiennent environ moitié de leur poids d'huilesolide, un principe colorant rouge, soluble dans l'alcool, un principe tannant qui précipite les dissolutions de fer en vert, de la gomme, pas d’amidon, enfin un principe azoté cristallisable, analogue à la caféine et qui a recu le nom de #hécbromine. Pour obtenir ce principe, on épuise les semences pulvérisées, au moyen de l’eau bouillante; après le refroidissement des liqueurs, on sépare le beurre ; on filtre, on précipite avec précaution le liquide filtré par l’acétate de plomb. On prive la liqueur de l'excès de plomb par l'hydrogène sulfuré, et l’on évapore à siccité, à la tempéra ture du bain-marie. On traite le produit par l'alcool bouillant qui laisse déposer par refroidissement, ou concentration, une poudre cristalline qui est la théobromine.
Cette substance est faiblement amère, peu soluble dans l'eau, l’alcool et l’éther, inaltérable à l'air; elle brunit et se volatilise en partie à une température supérieure à 250 degrés; elle paraît composée de CTHfAz20?.
À froid, le beurre de cacao est solide et cassant comme de la cire; il
598 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
se fond par la seule chaleur des mains, et, lorsqu'il a été liquéfié au feu, il redevient solide entre le 26° et le 21° degré centigrade. Il a une couleur jaune pâle, une odeur agréable et une saveur très douce. Suivant MM. Pelouze et Boudet, il consiste en une combinaison de stéarine et d’oléine, et se convertit uniquement, par la saponification , en acides stéarique et oléique.
- ILest arrivé une fois dans le commerce, venant de Cayenne ou de Caraccas, du beurre de cacao en pains, ayant la forme d’un tiers de troncon de cylindre, pesant chacun 500 grammes, et enveioppés dans des feuilles de maranta, comme la plupart des productions de ces contrées. Il est remarquable que ce beurre n’offre pas la moindre rancidité depuis dix ans ct plus qu'il existe dans mon droguier et dans celui de l'École ; tandis que le beurre de cacao préparé dans nos pharmacies se rancit avec une grande promptitude, à moins qu'on ne le soumette au mode de conservation que j'ai indiqué ailleurs (1).
On connaît à la Guadeloupe, sous le nom d’orme des bas, un arbre de la tribu des byttnériacées que Linné avait compris dans le genre theobroma, sous le nom de thcobroma ulmifolia, mais dont Lamarck a formé un genre différent, sous le nom de guazuma ulmifolia. L'écorce de cet arbre a été quelquefois employée, sous le nom d’écorce d'orme, à la clarification du sucre.
FAMILLE DES LINÉES.
Cette petite famille a été établie par Decandolle pour le genre /inum de Linné, que Jussieu avait associé aux caryophyllées, mais qui se trouve presque intermédiaire entre cette famille et celles des malvacées et des géraniacées.
Les lins sont des plantes annuelles ou vivaces, à feuilles linéaires, très entières, dépourvues de stipules. Fleurs complètes, régulières, terminales, souvent paniculées; calice persistant à 5 sépales; corolle à 5 pétales onguiculés, contournés, quelquefois un peu soudés par la base avec l’anneau formé par les étamines. Étamines au nombre de 5, alternes avec les pétales, monadelphes par la base, entremêlées de dents opposées aux pétales, qui doivent être considérées comme des étamines avortées. Ovaire globuleux, le plus souvent à 5 loges, rarement moins. Styles en nowbre égal aux loges, libres, terminés par un stigmate simple. Capsule globuleuse, souvent surmontée par la base persistante des styles, formée de carpelles verticillés, à marges induplicatives, bivalves au sommet, divisés en deux petites loges par une cloison incomplète, née du centre du fruit. Une semence dans chaque petite loge, ovale,
(4) Pharmacopée raisonnée, ou Traité de pharmacie. Paris, 1847, p. 133.
LINÉES. 599 comprimée, inverse, pourvue d’un tégument extérieur, coriace et brillant, et'd’üné endoplèvre charnue simulant un endosperme. Embryon nu, à cotylédons plans, elliptiques, oléagineux ; radicule supère, contiguë au hile.
On connaît plus de cinquante espèces de lins dont le plus grand nombre habitent l’Europe et l’Asie tempérée. L'espèce principale est le lin enitivé, linum usitatissimum L. (fig. 403), dont la tige est simple, glabre, ronde, menue, haute de 65 centimètres , garnie de feuilles longues, étroites et pointues. Ses fleurs sont disposées en un corymbe paniculé , terminal ; les sépales sont ovales-aigus, membraneux à la marge ; les pétales sont bleus, crénelés à la partie supérieure, trois fois plus longs que le calice. Les semences sont petites, aplaties, brillantes, et contiennent, sous un épisperme coriace très riche en principe gommeux, une amande huileuse. On en retire l'huile très en grand pour le besoin des arts; mais cette huile, obtenue par la torrefaction de la semence, est âcre, irritante ct nauséabonde : on peut en obtenir une beaucoup plus douce, et qui est quelquefois prescrite à l’intérieur, par la seule expression à froid de la farine de Jin; mais il faut pour cela employer de la farine que l’on ait préparée soi- même ; car celle du commerce contient somvent du son ou d’autres matières amylacées, ou tout au moins du tourteau provenant de l'extraction de l'huile; et ces mélanges rendent impossible l'extraction de celle que l’on désire obtenir.
La farine de lin est emplovée en cataplasme, et la graine entière l’est en infusion ou en décoction. La tige du lin, soumise aux mêmes apprêts que le chanvre, peut être convertie en fil et en tissu. Le plus beau lin vient du Nord.
Vauquelin a fait l’analyse du mucilage de graine de lin, obtenu par la décoction des semences dans l’eau. Il y a trouvé de la gomme, une matière azotée, de l’acide acétique libre, des acétates de potasse et de chaux, du sulfate et du chlorure de potassium , des phosphates de potasse et de chaux, enfin de la silice (Ann. de Chim., LXXX, 314).