FAMILLE DES CRUCIFÈRES
Cette famille , l’une des plus grandes et des plus naturelles du règne végétal, se compose de plantes herbacées dont la plupart croissent en Europe. Leurs feuilles sont alternes, privées de stipules, entières ou plus ou moins profondément divisées. Leurs fleurs sont disposées en épis ou en grappes simples ou paniculées. Leur calice est formé de 4 sépales caducs, dont deux , un peu extérieurs, sont dits placentaires, parce qu'ils répondent aux sutures du fruit et aux trophospermes ; tandis que les deux autres, un peu intéricurs, mais quelquefois bossus à la base, ce qui les fait paraître extérieurs, sont latéraux ou valvaires, c’est-à-
618 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
dire opposés aux valves du fruit. La corolle se compose de 4 pétales onguiculés; insérés sur le réceptacle, alternes avec les sépales. Les lames de ces pétales, étant étalées, forment la croix, ce qui a fait donner depuis longtemps aux fleurs le nom de cruciformes, où aux plantes qui les portent celui de cruciferes. Les étamines sont au nombre de six, dont deux plus courtes, écartées des autres et insérées un peu plus bas, sont opposées aux sépales latéraux. Les quatre autres étamines sont plus longues, égales entre elles, et rapprochées par paires qui répondent aux sépales placentaires. C’est sur ce caractère de six étamines, dont quatre sont plus grandes et semblent dominer les autres, qu'est fondée la fétradynamie de Linné. A la base des étamines, on trouve 6, 4 ou 2 glandes vertes et calleuses, diversement disposées. Le pistil est formé de deux carpelles intimement soudés, formant un ovaire biloculaire, dont les ovules sont fixés à deux trophospermes suturaux, réunis par une lame de tissu cellulaire qui forme la cloison. Le style est simple , terminal et semble être une continuation de la cloison ; il est surmonté de 2 stigmates étalés ou soudés, répondant aux trophospermes. Le fruit est une silique où une silicule (voy. t. IE, p. 21) ordinairement déhiscente , bivalve et biloculaire , mais d’autres fois indéhiscente ; quelquefois aussi la silique est divisée en plusieurs loges transversales, et se sépare en articles dont chacun renferme une graine. La graine est formée d’un tégument moyennement épais, quelquefois entouré d’une aile membrapeuse ; l’endosperme est nul; l’embryon présente, dans la disposition relative de ses cotylédons et de sa radicule, des différences qui ont servi de base à la division de la famille des crucifères en cinq sous-familles. Tantôt, en effet, la radicule est recourbée de manière à venir s’appliquer sur le bord ou la commissure des cotylédons , qui sont dits alors accombants, et qui, dans ce cas, sont toujours planes. On indique cette position respective des cotylédons et de la radicule par ce signe (0—). Les crucifères qui la présentent forment une première sous-famille , sous le nom de pleurorhizées. Tantôt la radicule est opposée à la face des cotylédons qui sont dits incombants, mais qui peuvent l'être de quatre manières différentes.
4° Les cotylédons incombants peuvent être planes et parallèles à l’axe de la radicule qui se trouve appliquée sur le dos de l’un d'eux. On les représente ainsi (O/{). Les crucifères qui présentent ce caractère portent le nom de noforhizées.
2° Les cotylédons incombants peuvent être courbés longitudinalement, de manière à former une gouttière qui embrasse la radicule. Ces cotylédons sont dits conduplicés , et s'expriment ainsi (0 > >). Les plantes qui les portent ont été nommées orthoplocées.
3° Les cotylédons peuvent être roulés en crosse ou en spirale, et sont
CRUCIFÈRES. 619 désignés par ce signe (O | ||), qui aurait pu être mieux choisi. Les plantes portent le nom de spirolobées. -
h° Les cotylédons peuvent être deux fois pliés transversalement et sont ainsi représentés (O | || || |.). Les plantes se nomment diplécolobées.
Si l’on voulait parler de toutes les plantes crucifères qui pourraient être utiles à la médecine ou à l’économie domestique , il faudrait les nommer presque toutes ; car il en est bien peu qui ne soient pourvues d’un principe sulfuré, âcre et stimulant , qui peut les faire employer comme antiscorbutiques. Ce principe disparaît par la cuisson et elles deviennent alors alimentaires ; aucune n’est vénéneuse. Un très grand nombre produisent des semences oléagineuses, et plusieurs sont cultivées en grand pour cet objet. Ne pouvant décrire toutes ces plantes, je donnerai d’abord, ainsi que je l’ai déjà fait plusieurs fois, un tableau systématique et nominatif des principales espèces, et je me restreindrai ensuite à la description de celles qui ont été plus spécialement appl:quées à l’art médical.
Ir° sous-famille : PLEURORHIZÉES. Cotvlédons plans, accombants à la radicule ascendante (O—\,
Giroflée des jardins. . . . . . . .. Matthiola incana Brown. Quarantaine, . . .. ........ — annua Sweet.
Giroflée des murailles . . . . . . .
— jaune ou violier jaune. . . . . .
Cresson officinal. . ........ Nasturtium officinale Brown. == SAUVASE. = -..… …. - TE — sylvestre Br:
Herbe de Sainte-Barbe. . . . . .. Barbarea vulgaris Br. Tourette glabre. . . . . ...... Turritis glabra L.
Arabette prin{anière. . . . . . . . Arabis verna Br.
Cardamine des prés . . . ..... Cardamine pratensis L. Dentaire. . . ... . . ...... .7 Dentaria pinnata Lamk. Alysson jaune, ou corbeille d’or . Alyssum saæatile L,.
Lunaire vivace. . . . .... . ... Lunaria rediviva L. Cochléaria officinal, . :...... Cochlearia officinalis L. Cran de Bretagne. . . . . . .. .. L
Raifort sauvage. . . .. ......f "moracja L.
Thlaspi des champs. . . . . .. Thlaspi arvense L. Jbéride ombellée. . . . . . . . : .
Thlaspi des jardiniers . , . .. .
Rose de Jéricho . . ........ Anastatica hierochuntina L.
Cheiranthus cheiri L.
ms
Iberis umbellata L.
II° sous - famille : NOTORHIZÉES. Cotylédons plans, exactement incombants par le dos sur la radicule (0 || ).
Julienne des jardins . . ......" Hesperis matronalis L. Erysimum officinal, ou vélar . . . Sisymbrium officinale Scop.
620 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
Sophie des chirurgiens, . . . . . . Sisymbrium sophia L..
Alliaire oflicinale. . . . . . . . . , Alliaria officinalis Andrz. Cameline cultivée, . . . . . . . . . Camelina sativa Crantz. Nasitort, ou cresson alénoiïis, . . . Lepidium sativum K..
Passeraper enr 5, + = latifoliumnt..
Thlaspi officinal , . . . ...... — campestre L.
Bourse à pasteur, . . . . . .... Capsella bursa-pastoris Mœnch. Pastel, ou guède . .......,.. Isatis tinctoriaL,
Cameline perfoliée. . . ...... Myagrum perfoliatum L.
IIIe sous-famille : ORTHOPLOCÉES. Cotylédons incombants , pliés longitudinalement, renfermant la radicule dorsale dans la plicature (O0 > >).
Chougulivé, sms). 2 .... Brassica oleracea L. Et MER. 2 à dass se <4cephal.
ne ATARI Lente 02 sente de sin — | CONS fGG.
— — dit chou-fleur. ..... .. — — botrytis.
— — chou-rave . . . .. s.... — — caulo-rapa.
— — champêtre... .. ...... — — campestris L. — — ditcolza. .. + . . 4... —-—.0leifera.
— — chou-nayet. . . ......,. — — napo-brassica. Rabioule, ou turneps. . ...... — rapa L.
Navet..… pitt nous otatlinlt— opus Li
— cultivé. . > + opinion a —— ciculenid.
— agreste, ou navetle . . . . .æ . —- —- oleifera. Roquette sauvage F. . . . . . . . . — erucastrum .. Moutarde noire, . ......... Sinapis nigra L.
— sauvage. « ss. glatmer -— arvensis L,
— blanche... 4 santisemeumné "alba EE
Roquette cultivée. . . . ..,... Æruca sativa DC, Chou marin. ............ Crambe maritimaL.. Radtfs cullivé, issues ttes Pete Ave: Eddie Ven Radis api 075. De si — — niger.
— sauvage . . se. ee — raphanistrum L.
mt
Raphanus sativus L,
IV: sous-famille : SPIROLOBÉES. Cotylédons linéaires, incombants, roulés en cercle (O | |).
Masse de bedeau. . . . . . . . . . Bunias erucago I..
Ve sous famille : DIPLÉCOLOBÉES. Cotylédons linéaires incombants, deux fois plissés longitudinalement (0 | | | |). |
Senchière pinnatifide. . . . . . . . Senebiera pinnatifida DC. — corne-de-cerf. ......... —- coronopus DC.
Cresson de fontaine (fig. 409).
Nasturtium officinale Br., DC. ; sisymbrium nasturtium L. Tribu des arabidées ou des pleurorhizées siliqueuses (0—).
Car. gén. : Silique presque cylindrique , raccourcie, un peu recourbée. Stigmate sous-lobé ; calice égal par la base , 4rès ouvert ; semences petites, irrégulièrement bisériées, pourvues d’une marge. — Car. spéc. : Feuilles pinnatisectées ; segments ovés sous-cordés, à surface irrégulièrement ondulée.
Le cresson croît dans les lieux humides , au bord des fontaines, ou même au fond de leur lit; on le cultive aussi à Senlis et dans les environs de Rouen, dans les jardins à demi inondés, nommés cressonnières. 11 pousse des tiges hautes de 6 pouces à 1 picd, rameuses,
Fig. 409.
creuses, vertes ou rougeâtres. Ses feuilles sont ailées avec impaire , et sont composées de folioles obrondes, ovales ou elliptiques, d’un vert foncé , lisses et succulentes ; la foliole terminale est plus grande que les autres. Les fleurs sont petites, blanches et disposées en une sorte de corymbe très court. Les siliques sont courtes, horizontales, un peu courbées , à peine aussi longues que le pédoncule.
Cette plante contient beaucoup d’eau de végétation, est un peu odorante etd’une saveur piquante non désagréable ; elle est excitante, diurétique et antiscorbatique. On la mange en salade.
M. Chatin, professeur de bôtanique à l'École de pharmacie, a fait récemment l'observation que le cresson et toutes les plantes d'eau douce renfermaient de l'iode, le plus souvent en quantité minime,
622 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
quelquefois en dose très apparente. Il a vu, de plus, que celles de ces plantes qui vivent dans les eaux courantes contiennent plus d’iode que celles placées dans les eaux stagnantes ; d’où il suit que le cresson qui croît naturellement dans les eaux de source en contiendrait plus que celui qui est cultivé dans des marais artificiels.
Autres plantes qui portent le nom de cresson :
Cresson sauvage , nosturtium sylvestre Br., DC. ; eruca sylvestris Fuchs., 263. Feuilles pinnatisectées, à segments lancéolés , dentés ou incisés; pétales jaunes plus longs que le calice. Cette plante croît sur le bord des rivières et dans les ruisseaux ; on la substitue quelquefois à la première.
Cresson des prés, Cardamine pratensis L. ; cardamine altera simplici et pleno flore (Clus., IX, p.128, fig. 2, et 429, fig. 4). — Car. gén. : Siliques linéaires, valves planes s’ouvrant avec élasticité ; semences ovées, non marginées ; funicules ténus. — Car. spéc. : Feuilles pinnatisectées; segments des feuilles radicales arrondis, ceux de la tige linéaires ou lancéolés, entiers ; style très court, à peine plus mince que la silique; stigmate en tête. Cette plante croît dans les prés humides de toute l'Europe.
Cresson alénois , cresson des jardins, nasitort , /epidium sativum L. (Blackwell, Herb., t. 23). Tribu des lépidinées ou des notorhizées à cloisons très étroites. — Car. gén. : Silicule ovée ou sous- cordée , à valves carénées où plus rarement ventrues ; déhiscentes, à loges monospermes; grappes terminales, fleurs blanches. — Car. spéc. : Silicules orbiculaires ailées. Feuilles diversement divisées ou incisées ; rameaux non spinescents. Fleurs très petites. Plante originaire du Levant, maintenant cultivée dans tous les jardins. Elle est âcre , antiscorbutique et sternutatoire ; on la mange en salade dans sa jeunesse.
Cresson de Para, spilanthus oleracea XL. Plante bien différente des précédentes, appartenant à la famille des synanthérées. {Voy. précédemment , page 52.)
Cochléaria officinal ( Gg. 410).
Herbe aux euillers , cochleartia officinalis L. Tribu des alyssinées siliculeuses ou à cloison élargie. — Car. gén. : Silicule sessile ou courtement stipitée, globuleuse ou oblongue , à valves ventrues ; plusieurs semences non marginées ; calice ouvert, égal à la base ; pétales à onglet très courts, très entiers au sommet ; étamines privées de dent. Fleurs blanches. — Car. spéc. : Silicules ovées-globuleuses, moitié plus courtes que le pédicelle. Feuilles radicales pétiolées, cordées , celles de la tige ovées-anguleuses.
CE
CRUCIFÈRES. 623 Le cochléaria est une plante annuelle qui vient naturellement dans les lieux humides, sur les bords de la mer, et près des ruisseaux dans les montagnes. Sa tige est haute de 20 à 30 centimètres, tendre, faible, quelquefois inclinée. Les feuilles ra- eu dicales sont nombreuses , arrondies, Fig. 410. cordiformes à la base, lisses, vertes, épaisses, succulentes, un peu concaves ou creusées en cuiller, et portées sur de longs pétioles; celles de la tige sont sessiles, oblongues , sinuées et anguleuses ; les supérieures sont embrassantes. Les fleurs sont blanches et disposées en bouquet terminal peu étalé. Les silicules sont grosses et globuleuses. Cette plante est dans sa plus grande vigueur au commencement de sa floraison : alors ses feuilles sont remplies d’un suc âcre et piquant, et elles exhalent, lorsqu'on les écrase, des parties volatiles très irritantes. Elle est éminemment antiscorbutique : elle contient la même huile âcre, soufrée, qui existe dans le raifort, et s’em-
ploie presque toujours simultanément avec lui.
Raifort sauvage (fig. 411).
Cran de Bretagne, cochlearia armoracia L. Cette plante diffère totalement de la précédente par la forme et par la grandeur de sa racine et de ses feuilles. Elle est vivace et croît dans les lieux humides et monlueux. Sa racine est longue de 35 à 70 centimètres, grosse coinme le pouce, cylindrique, blanche, charnue , d’un goût très âcre et brûlant. Ses feuilles radicales sont très grandes, longuement pétiolées, oblongues, sous-cordiformes par le bas, crénelées sur le bord ; celles de la tige sont également très grandes d’abord, longuement pétiolées , lancéolées-aiguës, dentées en scie, assez semblables à celles de certaines patiences , mais reconnaissables à leur âcreté. Les feuilles supérieures sont petites, presque sessiles , lancéolées, incisées. La tige est haute de 70 centimètres, droite, ferme, cannelée , ramifiée supérieurement. Les fleurs sont blanches , nombreuses, disposées en pani-
62 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
cules à l'extrémité de la tige et des rameaux ; le style est court ct filiforme , terminé par un stigmate en tête ct presque discoïde. La silicule est elliptique.
La racine de raifort sauvage est un des plus puissants excitants ct antiscorbutiques que nous ayons. Jointe au cochléaria, elle forme la base de l’alcoolat de cochléaria ; réunie au cochléaria, au cresson et à d’autres substances toniques ou excitantes , elle concourt puissamment
aussi aux proprié-
Fig. 411. tés du sirop et du
vin antiscorbutiques. Elle est complétement inodore lorsqu'elle est entüière, ct présente peu d'odeur lorsqu'on l’ouvre longitudinalement ou lersqu’on la coupe immergée dans de l'alcool rectifié.
Mais par la section transversale ou par la contusion opérées à l'air, elle développe un principe volatil d’une telle âcreté que les yeux ne peuvent le supporter. Cette circonstance indique que ce principe âcre, volatil, n’est pas tout formé dans la racine et qu’il ne prend naissance que lorsque, par la rupture des vaisseaux ct par l’intermède de l’eau, des principes différents, isolés dans des vaisseaux particuliers, viennent à se mêler et à réagir les uns sur les autres. Einhoff a fait anciennement l'analyse de la racine de raifort et en a retiré l'huile volatile produite par la réaction précédente , de j’albumine , de l'amidon, de la gomme, du sucre, une résine amère , de l’acétate et du sulfate de chaux, du ligneux. L'huile volatile est liquide, épaisse, d’un jaune clair, plus pesante que l’eau, d’une odeur insupportable et qui provoque la sécrétion des larmes. Cette huile est âcre, caustique, un peu soluble dans l’eau , à laquelle elle communique la propriété de rubéfier la peau ; elle est soluble dans l'alcool; ses dissolutions sont neutres ct précipitent en noir les sels de plomb et d'argent; elle contient du soufre au nombre
re CRUCIFÈRES. 625
de ses éléments. C’est à la présence de ce corps que le raifort doit la propriété de noircir les vaisseaux de métal dans lesquels on le distille, et Baumé a vu des cristaux de soufre se former dans un esprit de cochléaria très chargé, qu'il avait préparé à ce dessein.
Jérose hygrométrique,
Rose de Jéricho, anastatica hierochuntina L. Petite plante fort curieuse, haute de 8 à 41 centimètres , croissant dans les lieux sablonneux et maritimes de la Syrie, de l'Arabie et de la Barbarie. Elle pousse , d’une racine pivotante et ramifiée , une tige divisée dès sa base en plusieurs rameaux ouverts, subdivisés eux-mêmes en rameaux plus petits, garnis de feuilles alternes, spathulées, légèrement dentées, parsemécs de poils blancs fasciculés, de même que les rameaux. Les fleurs sont blanches , petites, placées sur des épis sessiles , axillaires, courts et velus. Le fruit est une silicule arrondie, surmontée du style persistant , recourbé en forme de crochet. 11 s'ouvre en deux valves munies chacune d’un appendice dorsal arrondi , et pourvues à l’intérieur d’un diaphragme incomplet qui n’atteint pas la cloison. Les semences sont au nombre de deux dans chaque loge, séparées par le diaphragme, sous-orbiculaires , un peu aplaties.
Lorsque cette plante à terminé sa végétation annuelle , et que ses fruits ont mûri, toutes ses feuilles tombent ; ses rameaux alors se dessèchent, se rapprochent, s’entrelacent, se courbent en dedans et se contractent en un peloton arrondi, moins gros que le poing, que les vents de l’automne arrachent de terre et portent sur les rivages de la mer. On la recueille en cet état et on l’apporte en Europe , comme un objet de curiosité, sous le nom très impropre de rose de Jéricho. Placée dans un air humide, ses rameaux s'ouvrent et s'étendent ; elle se resserre de nouveau et se remet en boule, à mesure qu’elle se dessèche. Des charlatans profitaient autrefois de cette propriété pour prédire aux femmes enceintes un heureux accouchement, si, mettant cette rose tremper dans l’eau, pendant leurs douleurs, elles la voyaient s’épanouir : c'est ce qui avait presque toujours lieu.
Erysimum ou Vélar (fig. 412),
Nommé aussi tortelle et herbe aux chantres ; sesymbrium of, ficrnale DC, ; erysimum officinale L. Tribu des sisymbriées ou des notorhyzées siliqueuses ( © || ).
Caractères du genre sisymbrium : Calice à À sépales Jâches, égaux par la base : corolle à 4 pétales onguiculés, indivis ; étamines privées de
LE h0
626 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES. 6 dents ; stigmaté simple ; silique bivalve, cylindrique-hexagone, à valves convexes , à 3 nervures; semences nombreuses, pendantes, unisériées, non marginées, lisses, à funicules filiformes. — Car. spécifiques : Feuilles roncinées, velues ; tige velue ; siliques subulées , terminées en style très court , appliquées contre la tige.
L'érysimum croît dans les lieux incultes, contre les murs et sur le bord des champs , dans toute l’Europe. Il est annuel et s’élève à fa hauteur de 60 à 100 centimètres. Ses tiges sont cylindriques, dures, rameuses , étalées. Ses fleurs sont jaunes et très petites. Ses siliques grêles et anguleuses, amincies en pointe de la base au sommet, et s’ouvrant en deux valves.
L'érysimum n'est ni âcre ni piquant, comme un grand nombre d’autres plantes crucifères ; ses feuilles sont seulement acerbes et astringentes.
On les emploie en infusion théiforme dans le catarrhe pulmonaire, et elles forment la base du sirop d’érysimum composé.
On emploie encore quelquefois en médecine deux autres plantes que Linné avait comprises dans le genre erysimum, Mais qui s’en trouvent aujourd'hui séparées. L'une est l’alliaire (erysimum alliaria L., alliaria officinalis DC. , sisymbrium alliaria Endl.). Cette plante est vivace, croît le long des haies et s'élève à la hauteur de 50 à 60 centimètres. Sa racine est longue, blanche et menue, pourvue d’une odeur d'ail , ainsi que les feuilles. Les feuilles sont cordiformes. Les fleurs sont blanches, petites, terminales, pourvues d’un calice lâche. Les siliques sont grêles, prismatiques, plusieurs fois plus longues que le pédoncule et longues de 50 à 80 millimètres ; les semences sont sous-cylindriques. Toute la plante est diurétique et antiscorbutique.
L'autre plante porte le nom de barbarée ou d'herbe de Sainte- Barbe (erysimum barbarea X., barbarea vulgaris Brown.) ; elle appartient à Ja tribu des arabidées ou des pleurorhyzées siliqueuses. Elle croît en France, dans les prairies humides et sur le bord des ruisseaux. Sa racine est fusiforme, ligneuse, vivace. Sa tige est striée, glabre, rameuse à la partie supérieure, garnie de feuilles glabres, dont les inférieures sont pétiolées et lyrées, et les supérieures sessiles et irrégulièrement dentées. Les fleurs sont d’un jaune d’or, disposées en grappes
Fig. 412.
FE 74 à l'extrémité de la tige et des rameaux. Les siliques sont courtes, redressées, terminées par le style persistant sous la forme d’une longue corne, Ars de quatre angles peu sailanss 8 pre cylindriques.
Cameline cultivée.
Camelina sativa Crantz. Cette plante croît dans les champs et est cultivée dans le nord de la France pour retirer de ses semences, par expression , une huile propre à l'éclairage. Elle est annuelle , et pousse une tige ramifiée , haute de 30 centimètres, garnie de feuilles amplexicaules, auriculées par le bas, ‘molles, un peu velues, à dentelure espacée. Les fleurs sont jaunes, disposées en grappes terminales paniculées. Ses siliques sont très courtes, biloculaires, polyspermes, renflées supérieurement en forme de coin ou de poire, à 4 côtes, et terminées par le siyle persistant, Les semences sont très petites et rougeâtres.
Thlaspi oflicinal.
Lepidium campestre Br. Le nom de {Alaspi, comme tous les anciens noms grecs ou latins de plantes imparfaitement décrites , a été appliqué à un très grand nombre de crucifères que l’on trouve aujourd’hui dispersées dans les différentes tribus de cette vaste famille ; mais il a été principalement donné au plus grand nombre de celles qui forment les genres {klaspi, hutchinsia, iberis, biscutella de la tribu des thapsidées ou pleurorhyzées à cloison rétrécie , et les genres capsella et lepidium de la tribu des lépidinées ou notorhizées à cloison étroite. Il était cependant intéressant de connaître à laquelle de ces plantes il faut rapporter la semence de thlaspi qui doit faire partie de la thériaque , semence que j'ai trouvée plusieurs fois chez les droguistes, où elle se trouve probablement encore, Cette semence, d’abord , ne peut pas appartenir au thlaspi des champs (///aspi arvense L.) dont la graine, bien représentée par Gærtner (tab. CXL1), est orbiculaire, un peu aplatie, brune, luisante, marquée, Sur toute sa surface, d’une rayure fine et régulière, parallèle à son contour, Mais elle appartient au lepidium campestre Br. (thlaspr campestre L.), qui est indiqué par les meilleurs auteurs comme la plante dont les semences doivent entrer dans la thériaque, tklaspi verum cujus semine n theriacà utimur, dit Camerarius (1). La racine
(1) Le thlaspi arvense L,. et le lepidium cam estre Br. ont été souvent confondus par les botanistes, et Decandolle lui-même, dans son Systema naturale, a commis à leur Sujet cnclcel erreurs de synonymie, On est tout d'aboré étonné qu’il ait indiqué également , comme synonymes des deux plantes, le thlaspi latifolium de Fuchsius et le thlaspi secundum de Matthiole. Voici,
quelques uns des synonymes les plus certains :
Thlaspi arvense L., thlaspi or treacle mustard de Blackwell (pl. 68 ) ;
628 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
de cette plante est annuelle, pivotante, peu divisée. Sa tige est droite, pubescente, rameuse dans sa partie supérieure, haute de 22 à 27 centimètres. Ses feuilles radicales sont ovales ou en lvre , pétiolées , glabres, ou presque glabres; celles de la tige sont lancéolées, pubescentes , plus ou moins dentées , sessiles et prolongées à la base en fer de flèche. Ses fleurs sont blanches, petites, d’abord resserrées en corymbe, ensuite allongées en grappes. Les silicules sont ovales, entourées d’un rebord distinct, tronquées au sommet , planes d’un côté, convexes de l’autre, contenant dans chacune des deux loges une seule semence ovoide, noirâtre , suspendue à la cloison par un funicule, et un peu terminée en pointe à l'extrémité supérieure. Examinée à la loupe, cette semence paraît toute couverte de petites aspérités rangées par lignes parallèles très serrées, et elle offre comme un commencement de séparation à la partie supérieure , de sorte qu’elle présente d’une manière moins marquée, il est vrai, et sauf sa forme ovoïde , les mêmes caractères que celle du éklaspi arvense. Elle possède une saveur âcre et piquante, analogue à celle de la moutarde. On l’apporte de la Provence et du Langucdoc.
Pastel des Teinturiers (fig. 415).
Guède ou vouëde , ?satis tinctoria 1.
Tribu des isatidées ou notorhyzées nucamentacées (0 ||).
Cette plante croît naturellement dans les contrées méridionales et tempérées de l'Europe, mais on l'y cultive aussi pour l'usage de la teinture. Elle est bisannuelle, Sa racine est un peu ligneuse et pivotante.
Sa tige, haute de 60 à 100 centimètres, est simple inférieurement , ramifiée par le haut , garnie de feuilles dont les plus inférieures sont lancéolées et rétrécies en pétiole à la base, tandis que celles de la tige sont hastées et amplexicaules ; elles sont glabres ou un peu poilues, suivant que la plante est cultivée ou sauvage. Les
thlaspi drabæfolio de Lobel (obs. 108, fig. 1); thlaspi cum siliquis latis J.-B., (Hist. WE, p. 923); thlaspi I de Matthiole (lib, 2, cap. 150).
Lepidium campestre Br. ; thlaspi campestre L. ; thlaspi vulgare or mithridate mustard Blackw. (t. 407 ) ; thlaspi vulgatissimum vaccariæ folio Lobel (obs. 108, fig. 2); thlaspi vulgatius J.-B. (Hist. IL, p. 921) ; thlaspi de Lemery et thlaspi X des différentes éditions de Matthiole,
CRUCIFÈRES. 629 fleurs forment à l'extrémité de la tige et des rameaux une panicule très garnie. Les silicules sont pendantes, comprimées, oblongues, obtuses à l'extrémité, terminées en pointe du côté du pédoncule, indéhiscentes, uniloculaires et monosperimes.
L'usage du pastel, comme plante tinctoriale , remonte à une époque très reculée ; les anciens Bretons l’employaient pour se peindre le corps en bleu , et avant la connaissance de l’indigo en Europe le pastel était devenu un objet de culture et d'industrie très importantes. J'ai exposé précédemment ( page 446; comment , pendant la grande guerre continentale , on est parvenu à en extraire une certaine quantité d’indigo pour le commerce ; mais dans les circonstances ordinaires , celui des indigofera obtiendra toujours la préférence, tant pour le prix que pour la qualité.
Choux.
PBrassicæ. Car. gén. : Calice à 4 folioles droites, conniventes , un peu bossues à la base ; 4 pétales longuement onguiculés, à lame entière ; h glandes sur le réceptacle, dont 2 entre les petites étamines et le pistil, et 2 entre les grandes étamines et le calice. Silique allongée, cylindracée , un peu comprimée ou tétragone, s’ouvrant par deux valves longitudinales convexes, portant au milieu une nervure droite , et deux autres latérales peu marquées; semences globuleuses , unies, disposées sur une série. Cotylédons conduplicés , renfermant la radicule ascendante (OZ >).
Espèces principales :
I. Le CHOU POTAGER , brassica oleracea L. Cette espèce est connue de tout le monde par l'usage général qu’on en fait comme aliment; mais cultivée depuis un temps immémorial, elle a produit un si grand nombre de variétés, qu'il est difficile de reconnaître au milieu d'elles le type primitif et d'en donner les caractères. Tout ce qu’on peut dire du chou cultivé, c’est qu’il est pourvu d’une racine caulescente et charnue, qui donne naissance à une tige rameuse, glabre, haute de 35 centimètres à 2 mètres, garnie de feuilles glabres et d’un vert glauque, dont les inférieures sont amples, pétiolées , roncinées à leur base, plus ou moins sinueuses, tandis que les supérieures sont plus petites, entières et amplexicaules. Les fleurs sont assez grandes, jaunes ou presque blanches, disposées en grappes lâches et terminales ; les siliques sont presque cylindriques. Les principales variétés sont :
1° Le chou vert (brassica oleracea acephala), doni les feuilles larges et vertes, écartées les unes des autres, ne pomment jamais. On en connaît un grand nombre de sous-variétés cultivées pour la nourriture de l’homme et des animaux.
2° Le chou bouillonné (brassica oleracea bullata), dont les jeunes feuilles sont un peu rapprochées en tête, puis étalées, bouillonnées ou crispées : telles sont les variétés nommées chou pommé frisé, chou de Milan, chou de Hollande, chou pancalier , et la variété si curieuse nommée chou de Bruxelles ou chou à mille têtes, toute garnie le long de sa tige et des rameaux de petites têtes de la grosseur d’une noix.
3° Le chou pommé ou chou cabus (hrassica oleracea capitata), dont la tige est raccourcie, et dont les feuilles concaves , non bouillonnées , et peu découpées, se recouvrent les unes les autres avant la floraison , de manière à former une grosse tête arrondie et serrée, dont le centre est étiolé. C’est dans cette variété que l’on trouve le chou rouge employé en pharmacie pour faire le sirop qui en porte le nom.
h° Le chou-fleur (brassica oleracea botrytis). Dans cette variété, une surabondance de séve se porte sur les rameaux naissants de la véritable tige, et les transforme en une masse épaisse, charnue, tendre, mamelonnée ou grenue. Quand on laisse pousser cette tête, elle s’allonge, se divise, se ramifie, et porte des fleurs et des fruits comme les autres choux. Les brocolis, compris dans cette variété, diffèrent des choux-fleurs proprement dits, parce que les jeunes rameaux, au lieu de former une tête arrondie, sont longs de plusieurs pouces et terminés par un groupe de boutons à fleurs.
5° Le chou-rave (brassica oleracea caulo-rapa). Dans cette variété, la surabondance de nourriture se porte sur la souche ou fausse tige de la plante, et y produit un renflement remarquable , tubéreux, succulent et bon à manger.
IT. Le CHOU CHAMPÊTRE (brassica campestris L.). Cette espèce diffère de la précédente par ses jeunes feuilles inférieures sous-hispides ou ciliées, et lvrées-dentées ; les autres sont cordées-amplexicaules, acuminées. On en connaît deux variétés principales :
4° Le eokza (brassica campestris oleifera), dont la racine est grêle et fusiforme, la tige allongée, les feuilles sinuées étroites, les fleurs jaunes, les semences sphériques, noires, non chagrinées à leur surface, ternes cependant, d’un goût de navet. Cette plante est cultivée en grand , dans le nord de la France et en Belgique, pour l'extraction de l'huile contenue dans ses semences, qui est très employée pour l’éclairage.
2% Le chou-navet (brassica campestris napo-brassica). Dans cette variété , la racine devient renfléc près du collet, tubéreuse , presque ronde, de 8 à 11 centimètres de diamètre. Elle se distingue du véritable navet, dont il va être question, par une chair plus ferme , une peau dure et épaisse et par une saveur de chou.
III. La RABIOULE, GROSSE RAVE OU TURNEP (brassica rapa L.). Cette
espèce a la racine caulescente, orbiculaire, déprimée , charnue, quelquefois aussi grosse que la tête d’un enfant ; on l’emploie comme aliment pour l’homme ou les animaux. Les feuilles radicales sont lvrées, inégalement dentées , d’un vert foncé , rudes au toucher, munies de poils courts. Celles du milieu de la tige sont incisées, et les supérieures sont lancéolées, amplexicaules, très entières, lisses et glauques. Les fleurs sont d’un jaune pâle, à sépales ouverts. La silique est longue de 27 millimètres ; les semences sont sphériques, brunes-rougeàtres, âcres, plus petites que celles du chou cultivé.
IV. La NAVETTE et le NAVET, brassica napus L. (fig. k1k). Gar. spéc. : Feuilles glabres, glauques, les radicales Ivrées, les caulinaires pinnatifides crénelées, les supérieures cordées-lancéolées, amplexicaules. Siliques très écartées. Cette espèce présente deux variétés très distinctes. L'une, nommée navette ( brassica napus oleifera DC.) , croît naturellement dans les champs ; mais on la cultive aussi en plein champ, dans plusieurs endroits, comme fourrage ou pour récolter sa graine, dont on retire l'huile par expression. Sa racine est oblongue, fibreuse , à peine plus épaisse que la tige, non charnue ; elle donne naissance à une tige glabre, rameuse, haute de 60 centimètres, dont les feuilles inférieures sont rudes au toucher ; les feuilles supérieures sont très glabres. Les fleurs sont petites, jaunes, et ont leur calice à demi-ouvert. Les semences sont plus petites que le colza, sphériques ou un peu oblongues, luisantes, paraissant chagrinées à la loupe, d’une saveur un peu âcre et mordicante.
Le navet, brassica napus esculenta DC., paraît avoir été très anciennement produit par la culture. Sa racine est épaisse, charnue , orbiculaire ou fusiforme, d’une saveur sucrée, un peu piquante et agréable. Elle est très usitée comme aliment pour l’homme et les bestiaux , et quelquefois aussi comme médicament.
V. La ROQUETTE SAUVAGE, brassica erucastrum L. (Bulliard, t. 331). Plante annuelle, commune dans les champs et dans les vignes, pourvue de tiges grêles, rameuses, hautes de 60 centimètres, un peu rudes au
Fig. 414.
632 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
toucher. Les feuilles sont roncinées, à lobes inégalement dentés ; les sépales du calice sont rapprochés ; les pétales sont jaunes , à limbes un peu spathulés, étalés horizontalement, formant par leur opposition une croix de Saint-André, Les siliques sont très grêles, longues de 30 centimètres , portées sur des pédoncules de même longueur, terminées par un rostre court et conique, contenant des semences unisériées.
Plusieurs autres plantes crucifères ont porté le nom de roquette sauvage; la plus connue est le sisymbre brülant de la flore française (sésymbrium tenuifolium L.), devenue aujourd’hui le diplotaris tenuifolium DC.
Roquette cultivée.
Eruca sativa Lamk., brassica eruca L. (Bulliard, t. 313; Blackwell, t. 242). Cette plante est annuelle. Sa tige est simple , un peu velue, ramifiée à sa partie supérieure. Ses feuilles sont lyrées, vertes, presque glabres. Ses fleurs sont blanches ou d’un jaune pâle, striées par des veines brunes, semblables du reste à celles du hrassica erucastrum ; mais les siliques sont bien différentes. Elles sont courtement pédonculées, rapprochées de la tige, courtes et épaisses, terminées par un ample style conique et ensiforme ; elles sont bivalves, bitoculaires et renferment des semences globuleuses, disposées sur deux séries.
La roquette croît naturellement en Espagne , en Suisse, en Autriche et dans le midi de la France. Il faut la cultiver sous le climat de Paris. Elle a une odeur forte et désagréable et une saveur âcre et piquante, On la regarde comme antiscorbutique et très stimulante, Les Italiens l'aiment beaucoup, et l'emploient comme assaisonnement dans leurs
salades.
Moutarde noire ou Sénevé (fig. 415).
Sinapis nigra X. — Car. gén. : Calice ouvert; onglets des pétales dressés ; glandes entre les étamines les plus courtes et le pistil et entre les plus longues et le calice. Silique sous-cylindrique, biloculaire , bivalve, polysperme, terminée par le style tantôt court et aigu, tantôt rostriforme, asperme ou monosperme. Semences globuleuses, unisériées; cotylédons conduplicés (0 >>>). — Car. spéc. : Feuilles inférieures lyrées ; celles du sommet lancéolées, entières, pétiolées. Siliques glabres, lisses, sous-tétragones , dressées contre la tige.
La moutarde noire croît dans les lieux pierreux ct dans les champs d'une grande partie de l'Europe, et on la cultive sur une grande échelle dans plusieurs contrées, à cause de l'usage que l’on fait de sa semence en médecine et pour la fabrication de la moutarde des vinaigriers. Elle est annuelle et porte une tige rameuse , haute de 1 mètre à 4,5, chargée de quelques poils qui la rendent rude au toucher, Ses
fleurs sont jaunes, assez pelites, disposées en grappes qui s’allongent beaucoup à mesure que la floraison s’avance. Les semences sont très menues, rouges, mais quelquefois recouvertes d’un enduit blanchâtre; elles sont douées d’une saveur très âcre, ct n’ont aucune odeur, à moins qu’on ne les pile avec de l’eau, alors elles en exbalent une très pénétrante. Examinée à la loupe, cette semence, dans son état parfait, est presque ronde ou elliptique-arrondie, et marquée d’un ombilic à une des extrémités de l’ellipse ; l’épisperme est rouge , translucide et très chagriné à sa surface ; l’amande est d’un jaune vif; des grains moins
Fig. 415.
parfaits, ou moins mûrs , sont plus allongés et offrent des rides longitudinales ; les grains blancs ne diffèrent des autres que par une sorte d'enduit crétacé qui adhère à leur surface.
La semence de moutarde nous vient surtout d'Alsace, de Flandre ct de Picardie; la première est plus grosse que les deux autres, et offre beaucoup de grains anguleux ou comprimés en différents sens. Elle est pourvue d’une saveur plus forte, et est plus estimée. Elle donne une farine presque jaune, el tout à fait jaune lorsqu'on en sépare l’épisperme. La moutarde de Picardie est la plus petite des trois ; elle donne une farine d’un gris noirâtre mêlé de jaune verdâtre ; elle est moins forte ct moins estimée.
Moutarde blanche , snapis alba L. (fig. 416). — Car. spéc. : Siliques hérissées, étalées, étroites; corne longue et ensiforme, Feuilles lyrées ; feuilles et tiges presque glabres. ©.
63h DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
La semence de moutarde blanche est beaucoup plus grosse que la moutarde noire et d’une couleur jaune; elle est formée de grains elliptiques-arrondis, qui renferment une amande jaune sous une coque mince , demi-transparente. L'ombilic est à une des extrémités de l'ellipse ; la surface de l’épisperme n’est pas parfaitement lisse ; elle paraît légèrement chagrinée à la loupe.
Moutarde sauvage OÙ sanve, snapis arvensis L. — Car. spéc. : Tige et feuilles munies de poils. Siliques horiz ntales, glabres, multangulaires, renflées, trois fois plus longues que la corne terminale.
Gette plante croît trop abondamment dans les champs, qu’elle couvre quelquefois entièrement d’un magnifique tapis de fleurs jaunes. Sa graine, mélangée au millet, sert à la nourriture des oiseaux de volière. Elle est tout à fait sphérique, luisante et d’un brun noir à maturité : c’est elle, plutôt que la moutarde officinale , qui devrait porter le nom de moutarde noire. Elle est plus grosse que la moutarde officinale, moins volumineuse que la blanche, offrant à la loupe une surface à peine chagrinée, et pourvue d’un goût de moutarde assez prononcé, mais beaucoup plus faible cependant que la moutarde officinale ; ce qui montre le tort que font ceux qui la mélangent à cette dernière. D'autres, plus blämables encore, y ajoutent de la navette (brassica napus oleifera) ou du colza (brassica campestris) ; la fraude est difficile à découvrir lorsque la moutarde est pulvérisée, ce qui doit engager les pharmaciens à préparer eux-mêmes leur poudre de moutarde. Le eolza entier ne peut pas d’ailleurs être confondu avec la moutarde noire : il est plus gros que la sanve même, sphérique comme elle, noir, non chagriné, mais terne à sa surface et d’un goût de navet. La navette, beaucoup plus rapprochée de la moutarde, est un pea plus grosse que la sanve , un peu allongée, souvent ridée, chagrinée à sa surface, mais moins que le sénapis nigra; d’une saveur un peu âcre et mordicante.
Composition chimique de la moutarde officinale. Quoique la semence de moutarde noire ait été l’objet des recherches d’un grand nombre de chimistes, la composition n’en est peut-être pas encore complétement connue. Boerhaave, et, sans doute , d’autres avant Jui, avaient reconnu que cette semence fournit deux espèces d'huiles : une par expression, parfaitement douce et usitée contre les douleurs néphrétiques; l’autre, par distillation , d’une qualité âcre et caustique.
M. Thibierge, pharmacien, a indiqué l’existence du soufre dans l'huile distillée de moutarde, et celle de l’albumine dans le macéré aqueux ; il a vu que ni l’éther ni l'alcool ne dissolvaient le principe âcre de la moutarde ; l'huile exprimée avait une très légère odeur que l'alcool lui a enlevée aisément ; cette huile est soluble dans 4 parties d’éther, dans 1200 parties d’alcool, et forme un savon solide avec la soude caustique. M. Thibierge supposait que l'huile volatile existait toute formée dans la semence de moutarde, mais
qu’elle avait besoin de la température de l’eau bouillante pour se développer ; et il admettait qu’elle se développait aussi bien par l’action du vinaigre que par celle de l’eau (Journ. pharm., t. V, p. 439).
C'est moi qui ai dit le premier, dans la seconde édition de cet ouvrage, que la semence de moutarde ne contenait pas d'huile volatile toute formée En effet, disais-je, la semence de moutarde pilée à sec n’a aucune odeur ; la poudre traitée par l'alcool et l’éther ne cède à ces deux menstrues aucun principe âcre ni volatil : ce principe n’y existe donc pas en quantité appréciable ; mais le contact de l’eau suffit pour le développer en très grande abondance, et, une fois formé, on peut l'obtenir par la distillation, sous forme d’un liquide huileux, plus pesant que l’eau , très volatil , très âcre, caustique, soluble dans l’alcool et l’éther, donnant du soufre par sa décomposition élémentaire. Quant à l'influence de la chaleur sur la formation de l'huile, j’ajoutais que , suivant M. Thibierge , une température élevée était nécessaire à son développement ; mais que c’était une erreur : que le contact de l’eau suffisait, et que seulement une chaleur modérée rendait le développement plus considérable. Enfin, pour ce qui regarde l'action des acides, et spécialement du vinaigre , sur Ja moutarde, c’est encore moi qui ai dit le premier, dans la Pharmacopée raisonnée, que si l’on se plaignait si souvent du peu d’action des sinapismes , cela tenait , d’une part, à ce qu’on employait de la farine de moutarde du commerce , qui est presque toujours altérée ; et de l’autre , à ce qu’on se servait de vinaigre pour la réduire en pâte. Car, disais-je, bien que cette addition ait été faite dans la vue de rendre le sinapisme plus actif, il est remarquable qu’elle neutralise presque tout l'effet de la moutarde, comme on peut s’en convaincre par le goût et l'odorat, et par l'application sur la peau.
En examinant à leur tour la moutarde noire, Robiquet et M. Boutron ont cru reconnaitre que le tourteau de celte semence, traité par l’alcool, se conduisait comme celui d'amandes amères; c’est-à-dire qu’il ne cédait à ce véhicule aucun principe âcre, et que l’eau ne pouvait plus ensuite y développer d'huile volatile, preuve que cette huile n’y existait pas toute formée (Journ. pharm., t. XVIX, p. 294).
Dans un premier travail sur la moutarde noire, M. Fauré ainé, pharmacien à Bordeaux, a reconnu comme woi que l'huile volatile ne préexiste pas dans celle semence et que le vinaigre s’oppose à son développement ; mais il a supposé, à l'exemple de M. Thibierge, que ce développement de l'huile volatile dans l’eau èst d'autant plus prompt que la température est plus” élevée (Ibid., p. 300). M. Fauré a constaté dans la moutarde noire la présence de la sinapisine. {l a cru voir, comme MM. Boutron et Robiquet, que la farine épuisée d’huile grasse par l’éther conserve la propriété de devenir âcre et rubéfiante avec l’eau , tandis que l’alcool lui enlevait cette propriété.
Dans un travail plus récent sur la moutarde noire, M. Fauré est arrivé à un résultat beaucoup plus important et qui n’a pas été sans influence pour la découverte de la véritable manière dont sé forme l'huile volatile dans les amandes amères. M. Fauré a constaté que l’eau chauffée au-dessus de 70 degrés centigrades , l'alcool , les acides , certains sels métalliques , le chlore, la noix de galle, tous corps qui coagulent l'albumine, mutent la poudre de moutarde ou s'opposent à la formation de l'essence, et il en a conclu que cette albumine, à l'état de dissolution, est indispensable à la production de l'essence, et qu’elle
636 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
perd cette propriété en se coagulant. Enfin M. Bussy est venu découvrir ce qui restait encore à connaître sur cette réaction. Jusqu'à lui on s'était bien aperçu que l'alcool enlevait au tourteau de moutarde noire la propriété de produire de l'essence, mais on supposait que cet effet était dû à ce que l’alcool enlevait au tourteau un corps très complexe et sulfuré, trouvé dans la moutarde blanche et nommé sulfosinapisine ou sinapisine, et le séparait ainsi de l’albumine qui restait dans le résidu. Les deux points importants du travail de M. Bussy sont : 1° d’avoir montré que l'alcool laisse, au contraire, dans le résidu, le principe sulfuré propre à produire l'essence; 2° que, à la vérité, ce résidu ne développe pas immédiatement d’odeur àâcre par l’eau ; mais que, par un séjour dans l’eau de vingt-quatre à quarante-huit heures , l’albumine recouvre la propriété d’agir sur le principe sulfuré. Pour obtenir ce principe, il suffit done de traiter brusquement par l’eau le tourteau épuisé par l'alcool. On fait évaporer en consistance sirupeuse , et l’on traite par Palcool, qui fournit ensuite , par l’évaporation , des cristaux d’un sel à base de potasse, dont l’acide, nommé acide myronique, est positivement le corps qui forme l'essence de moutarde lorsqu'il se trouve mis en contact avec l’albumine particulière de la moutarde noire et blanche. Cette albumine, qui jouit seule de la propriété d’opérer cette transformation, a reçu le nom de myrosine , de même que celle des amandes a été nommée émulsine. L'essence de moutarde est composée de carbone, d'hydrogène, d’azote et de soufre, et a pour formule CH*Az$?, Cette composition représente un sulfocyanure d’allyle (t. IE, p. 162), ainsi que le montre l'équation suivante :
C2 Az S? C5 H5 — C8 H5 4AzS?, LS, D, Te Sulfocyanogène Allyle Essence de moutarde
L’essence de moutarde présente d’ailleurs un grand nombre de réactions des plus intéressantes. Elle se combine avec un équivalent d’ammoniaque pour former une base organique cristallisable nommée thiosinammine :
C3 H5 Az S? + H 42 = CS H8 Az? S?, Re. CAS) CT — Essence de moutarde Ammoniaque Thiosinsmmine
Cette base alcaline forme des sels complexes en se combinant aux chlorures de platine , de mercure et d'argent.
La thiosinammine traitée par l’oxide de mercure (ou par l’oxide de plomb) devient noire, liquide , perd son soufre et forme une nouvelle base alcaline puissante et cristallisable, nommée sinammine, composée de C8 H7 Az?0 lorsqu'elle est hydratée , et de CS H5 47? à l’état anhydre. Enfin l'essence de moutarde traitée par l’oxide de plomb hydraté forme du sulfure de plomb, du carbonate de plomb et une troisième base salifiable , cristallisable et non sulfurée , composée de C!*H!? Az? 02, On la nomme sinapoline.
La moutarde blanche n’a pas été l’objet de moins de recherches chimiques que la noire; mais on est loin d'être aussi éclairé sur sa composition. Il est probable que l'intermède de l’eau est également nécessaire à la production de son principe âcre ; mais ce principe n’est pas volatil; aussi les pédiluves préparés avec la moutarde blanche, quoique très âcres au goût et très actifs , sont-ils presque imodores et n’exercent-ils pas à distance, sur les yeux, laction irritante des pédiluves de moutarde noire.
FUMARIACÉES. 637
MM. Ossian Henry et Garot, en traitant d’abord par l'alcool Phuile exprimée de moutarde blanche, en ont extrait un corps cristallisable , azoté et sulfuré , jouissant de la propriété de colorer les sels de sesquioxide de fer en rouge cramoisi et qui paraissait acide ; aussi les auteurs l’ont-ils nommé acide sulfosinapique. Mais M. l'elouze ayant contesté l'existence de cet acide, les deux premiers chimistes ont repris leur travail, et en traitant la moutarde blanche par l’eau, puis l'extrait aqueux par l'alcool, ils ont obtenu un corps cristallisé, jouissant des propriétés précédemment reconnues à l’acide sulfosinapique , hors l'acidité, ce qui les a engagés à changer ce nom d’acide en celui de sulfosinapisine (Journ. pharm., t. XVI, p. 1).
Robiquet et M. Boutron se sont aussi occupés de la moutarde blanche. Cette semence, pulvériséeiet presque épuisée d’huile fixe par expression, a été traitée par l’éther, et a fourni un produit huileux d’une âcreté très prononcée, d’où l’alcool a extrait un principe âcre, non volaül, rougissant les sels de fer, et une matière cristallisée. La moutarde blanche, épuisée par l’éther, traitée ensuite par lalcool, a produit de la sulfosinapisine rougissant les sels de fer, comme celle de MM. Henry et Garot.
Robiquet et M. Boutron ont ensuite traité directement le tourteau de moutarde blanche par l'alcool. Cette fois toute âcreté a disparu, non seulement dans le tourteau , mais encore dans la liqueur et la matière cristalline qui en est provenue. Cette matière différait de la sinapisine de MM. Henry et Garot par plusieurs propriétés, entre autres par celle de ne pas rougir les persels de fer, et par sa composition élémentaire ( ibid., p. 279 et suiv.).
On peut voir par ces résultats, qui sont, je crois, les derniers obtenus, que nous sommes encore loin d’être éclairés sur la composition chimique de la moutarde blanche,
FAMILLE DES FUMARIACÉES.
Cette petite famille a été formée pour le genre fumaria L., que Laurent de Jussieu avait réuni aux papavéracées, dont il se rapproche par son calice diphylle caduc , et par sa corolle tétrapétale ; mais cette corolle est irrégulière et forme comme une gueule profonde à deux mâchoires, et les étamines sont en nombre de six et diadelphes : ces deux caractères suffisent pour les en séparer.
Le genre fumaria L., une fois constitué en famille, a bientôt été divisé en plusieurs genres ; aujourd’hui il en forme six, dont voici les noms et les caractères :
1. Diclytra. k pétales, dont 2 extérieurs également gibbeux ou éperonnés à la base. Silique bivalve polysperme,
2. Adlumia. h pétales soudés en une corolle monopétale, gibbeuse à la base , fongueuse et persistante. Silique bivalve polysperme.
3. Cysticapnos (1). 4 pétales, dont un seul gibbeux à la base. Capsule vésiculeuse polysperme.
(4) Cysticapnos de xvsr1:, vessie, et xarvo:, fumeterre. De capnos sont aussi dérivés les noms capnoides, capnites , capnorchis , sarcocapnos , sphærocap-
638 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
h. Corydalis. L pétales, dont un seul éperonné à la base. Silique bivalve, comprimée, polysperme.
5. Sarcocapnos. L pétales, dont un seul éperonné à la base. Capsule bivalve, indéhiscente, disperme.
6. Fumaria. k pétales, dont un seul gibbeux ou éperonné à la base. Fruit capsulaire , indéhiscent , monosperme ( cariopse ).
Fumeterre oflicinale (fig. 417).
Fumaria officinalis L. Cette plante paraît être originaire de l'Orient ; elle était très rare en Europe du temps de Conrad Gesner (mort en 1565); mais elle y est très commune aujourd’hui dans les jardins,
dans les champs et
Fig. 417. dans les vignes culti-
vées. Sa racine est fusiforme et menue; ses tiges sont rameuses, dressées ou diffuses , hautes de 16 à 27 centimètres, carrées ou pentagones; les feuilles radicales sont pinnatisectées, celles de la tige deux ou trois fois tripartites, à segments multifides, dilatés et incisés au sommet, d’un vert glauque.
Les fleurs sont petites, d'un rose foncé mêlé de noir, disposées en grappes simples, opposées aux feuilles.
Le calice est formé de 2 folioles latérales, caduqués. La corolle réésente À pétaies dont l’antérieur est caréné, et le postérieur un peu
éperonné à la base et soudé aux deux pétales latéraux et intérieurs. Les:
ptamines sont divisées en deux faisceaux opposés aux deux pétales anté-
nos, platycapnos, que l’on rencontre dans les ouvrages descriptifs de botanique.
FUMARIACÉES. 639
rieur et postérieur. Chaque faisceau se compose d’un support élargi à la base, portant au sommet trois anthères, dont celle du milieu est à 2 loges et les deux latérales à une loge. L’ovaire est uniloculaire, à un senl ovule pariétal; il est surmonté d’un style terminal tombant, et d’un stigmate biparti. Les fruits sont des cariopses sous-globuleux , portés sur des pédicelles deux fois plus longs que les bractées, contenant une semence réniforme à ombilic nu.
La fumeterre possède une amertume prononcée et désagréable; elle est employée comme stomachique et dépurative. Elle entre dans la composition du vin antiscorbutique.
M. Winckler a retiré du suc de fumeterre un acide qui s’y trouve combiné à la chaux et qui est cristallisable, volatil, soluble dans l'alcool et dans l’éther, inattaquable par l'acide nitrique. Cet acide, nommé d’abord acide fumarique, a ensuite été trouvé semblable à l'acide paramaléique obtenu par M. Pelouze de la distillation de l’acide malique (Hor. Demarçay, Annales de chimie et de physique, t. LVI, p. 81 et A29).
On trouve dans le midi de la France et de l’Europe une fumeterre grimpante (fumaria capreolata XL. ), dont la tige est rameuse , haute de 60 à 100 centimètres , et susceptible de s'attacher aux corps qui sont dans le voisinage, au moyen des pétioles de ses feuilles qui s’entortillent en manière de vrilles. Ses feuilles sont deux fois pinnatisectées , un peu glauques, divisées en lobes cunéiformes, tripartis. Ses fleurs sont longues de 41 à 44 millimètres, blanchâtres, d’un pourpre noirâtre à l'extrémité. ;
On trouve fréquemment dans nos contrées, dans les mêmes lieux que la fumeterre officinale, une fumeterre moyenne (fumaria media Lois.) , intermédiaire entre les deux espèces précédentes. Elle est plus élevée que la fumeterre officinale, à tiges droites, moins rameuses, moins diffuses ; à feuilles plus grandes et plus glauques, dont les pétioles cherchent à s’entortiller autour des corps environnants. Les fleurs sont également plus grandes. Cette plante est employée concurremment avec la fumeterre officinale et ne paraît pas lui être inféricure en propriétés. Il n’en est pas de même d’une autre espèce qui croît également dans nos champs, où elle fleurit en mai et juin, qui ressemble beaucoup à la fumeterre officinale, mais qui n’en a pas l’amertume, suivant l’observation qu’en a faite M. Chatin, de sorte qu'il faut éviter de les confondre.
Cette espèce, dite fumeterre de Vaïllant (fumaria Vaillantit), a les pédicelles fructifères plus longs que les bractées, les grappes courtes, les fleurs roses , les feuilles surdécomposées, à lobes linéaires et planes entièrement glauques.
640 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
Les corydales se distinguent des fumeterres par leurs fruits en forme de silique, uniloculaires, bivalves, polyspermes. Un assez grand nombre ont une racine tubéreuse, une tige simple, des feuilles alternes plus ou moins divisées. Les plus communes sont la eorydale à racine creuse ( corydal is tuberosa DC.), la eorydale à racine solide (corydalis bulbosa DC.), la eorydale à fleurs jaunes (corydalis capnoides DC.), etc. M. Wackenroder a retiré des racines des deux premières un alcali organique cristallisable , dépourvu de saveur, nommé corydaline.
FAMILLE DES PAPAVÉRACÉES,
Plantes herbacées , très rarement sous-ligneuses , à feuilles alternes, entières ou plus ou moins profondément découpées. Leurs fleurs sont pourvues d’un calice à 2, très rarement à 3 sépales concaves, très caducs; la corolle est à 4 pétales (très rarement 6) planes, chiffonnés avant leur épanouissement. Les étamines sont libres et très nombreuses (très rarement définies); l'ovaire est libre, ovoïde ou linéaire , à une seule loge , contenant un grand nombre d’ovules attachés à des trophospermes pariélaux , saillants à l’intérieur sous forme de lames ou de fausses cloisons. Le style, très court ou presque nul, se termine par autant de stigmates qu'il y a de trophospermes. Le fruit est une capsule ovoïde , couronnée par les stigmates, ou une capsule linéaire , siliquiforme , s’ouvrant en deux valves ou se rompant transversalement par des articulations. Les graines sont ordinairement fort petites el accompagnées d’une caroncule charnue ; l'embryon est très petit, placé à la base d’un endosperme charnu.
Les papavéracées sont pourvues d’un suc laiteux, blanc ou jaune, âcre, amer, d’odeur vireuse, et de propriétés diverses. Dans les pavots, ce suc se fait remarquer par une propriété fortement narcotique, et c'est lui qui, obtenu par des incisions faites aux capsules d’une des espèces, constitue l’opium. Nous traiterons de ce produit d’une manière toute spéciale, après avoir décrit quelques plantes moins importantes, mais pouvant cependant rendre des services à l’art médical.
Sanguiraire du Canada,
Sanquinaria canadensis L. Cette jolie plante fait l’ornement des bois dans l'Amérique septentrionale, depuis le Canada jusqu’à la Floride. Elle est pourvue d’une racine de la grosseur du doigt, presque horizontale, d’un rouge sanguin. Du collet de la racine sort une feuille, quelquefois deux , entourées par la base de plusieurs spathes membraneuses. Ces feuilles sont longuement pétiolées, arrondies, profondément échan-
r di
PAPAVÉRACÉES. (QUE crées en cœur du côté du pétiole, incisées sur leur contour à la manière des feuilles de figuier. Elles sont vertes en dessus, d’un blanc bleuâtre en dessous , avec des veines rouges. Les fleurs sont blanches, solitaires à l'extrémité d’une ou de deux hampes de la même longueur que les pétioles. Ces fleurs présentent un calice diphylle très caduc, une corolle à 8 pétales dont les 4 intérieurs, alternes et plus étroits, ne sont sans doute que des anthères transformées. Les étamines sont au nombre de 24, à anthères linéaires. Le fruit est une capsule ovaleoblongue , amincie en pointe aux deux extrémités, couronnée par le stigmate persistant. Les semences sont portées sur deux trophospermes épais et persistants. Elles sont rouges , accompagnées d’une caroncule blanche.
La racine de sanguinaire est nommée par les Indiens puccoon, et par les Anglo-Américains furmerie, c'est-à-dire curcuma. Elle est pourvue d’un suc rouge sanguin, qui teint la salive de la même couleur ; elle a une saveur âcre, brûlante, et agit comme émétique, étant desséchée et pulvérisée, à la dose de 10 à 20 grains (0s'2",647 à 1s:2m,295). Le docteur Dana en a extrait en 1824 une substance alcaline qui a reçu le nom de sanguinarine, mais qui paraît être de même nature que la chélérythrine extraite de la chélidoine. Dans tous les cas, le nom de sanquinarine , étant le plus ancien, devra être préféré (voir le 7raité de chimie organique de M. Liebig , t. III, p. 503).
Grande Chélidoine, ou Éclaire.
Chelidonium majus L. (fig. 418). Cette plante se rencontre fréquemment dans les haies et au pied des murs, par toute l'Europe. Sa racine est fibreuse et donne naissance à plusieurs tiges rameuses, hautes de 35 à 60 centimètres. Ses feuilles sont pinnatisectées, à segments arrondis , dentés-lobés. Ses fleurs sont jaunes et portées sur des pédicelles qui sont réunis en nombre variable et comme ombellés à l’extrémité d'un pédoncule opposé aux feuilles. Les pétales sont jaunes et cruciformes ; les étamines sont très nombreuses. Le fruit est une silique bivalve, s'ouvrant de bas en haut, pourvue de deux trophospermes qui se réunissent à l'extrémité en un stigmate bilobé, et dont l'intervalle est libre de fausse cloison. Les semences portent sur l’ombilic une crête glanduleuse , comprimée.
Toutes les parties de la grande chélidoine exhalent une odeur forte et nauséeuse, et il en découle, à la moindre blessure, un suc propre abondant , d’un jaune foncé, amer, âcre et même caustique. On s’en sert pour détruire les verrues ; il a même été usité autrefois pour faire disparaître les taies qui se forment sur les yeux, et c'est de là que lui