‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 5)Chapitre 118 sur 121 · IL. hi · texte numérisé non relu

IL. hi

642 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

est venu le nom d’éclaire; mais son application doit exiger les plus grandes précautions. , .

M. Probst paraît avoir découvert dans le suc de grande chélidoine un

acide particulier auquel il a

Fig. 418. donné le nom d'acide chéli-

donique, et deux alcaloïdes

azotés nommés chélidonine

et chélérythrine ( Traité de

chimie de M. Liebig, t. IE,

p. 603 et 605, et t. II,

On donne à la plante que nous venons de décrire le nom de grande chélidoine pour la distinguer d’une autre plante plus petite, mais d’apparence assez semblable, nommée ficaire ou petite chélidoine ( ficaria ranunculoides Mœnch., ranunculus ficaria L., famille des renonculacées ),

Pavot cornu, ou Glaucier jaune.

=" Glaucium flavum Crantz (chelidonium glaucium 1). Racine fusiforme, vivace. Tige cylindrique, lisse, rameuse dans sa partie supérieure , haute de 35 à 50 centimètres, glauque comme toute la plante. Feuilles radicales allongées, pinnatifides, dentées, rétrécies en pétiole à leur base ; les supérieures sont amplexicaules, simplement sinuées en leurs bords. Les fleurs sont d'un beau jaune d’or, larges de 30 à 55 millimètres, solitaires sur de courts pédoncules opposés aux feuilles supérieures. Le fruit est une silique linéaire, tuberculeuse, un peu rude au toucher ; il est long de 44 à 22 centimètres, courbé en forme de corne, s’amincissant insensiblement en allant vers l'extrémité et terminé par un stigmate épais et glanduleux. Cette silique s’ouvre en deux valves, en allant du sommet à la base, et présente des semences nues, scrobiculées, nichées dans les cellules de la cloison spongieuse qui sépare le fruit en deux loges.

Le pavot cornu croît dans les lieux caillouteux et sablonneux des rivages de la mer, des lacs et des fleuves, dans l’Europe moyenne et méridionale, Par sa couleur glauque et par la forme de ses feuilles

PAPAVÉRACÉES. 643

supérieures, il a tout à fait le port d’un pavot; mais il s'en distingue par la couleur jaune de ses pétales et par la forme si remarquable de son fruit. Il est rempli d’un suc jaune, âcre, caustique et vénéneux. Sa racine contient, d’après M. Probst, les deux mêmes alcaloïdes dont il à constaté la présence dans la chélidoine.

On trouve dans les mêmes lieux une autre espèce de pavot cornu ou de glaucier, assez semblable au précédent, mais en différant par ses pétales d’un rouge pâle: c’est le glaucium fuloum Smith. Une troisième espèce plus petite, le glaucium corniculatum, a les feuilles pinnatifidesincisées, les fleurs d’un rouge écarlate et les siliques couvertes de poils, ainsi que toute la plante.

Pavot blane (fig. 419).

Papaver album Lob.; papaver somniferum « L. (L). — Car. gén. 2 sépales concaves, très caducs; 4 pétales ; étamines indéfinies ; ovaire ovoïde, stipité ; style nul ; stigmates au nombre de 4 à 20, sessiles, appliqués sur l'ovaire comme un disque terminal, radié et persistant. Capsule oblongue ou arrondie, uniloculaire, offrant à l’intérieur, sous forme de cloisons incomplètes, autant de trophospermes ‘pariétaux qu'il y a de stigmates rayonnés. Semences très nombreuses, très petites, réniformes, à surface réticulée.

Le pavot blanc est une plante annuelle, haute de 4 à 2 mètres, dont la tige est ronde, lisse, ramifiée à la partie supérieure, et munie de feuilles amplexicaules oblongues, ondulées, irrégulièrement divisées en lobes dont les dents sont obtuses, Les fleurs sont solitaires à l'extrémité de la tige et des rameaux. Elles sont

(4, Regardant les caractères différentiels du pavot blanc et du pavot noir comme suflisants pour en former deux espèces, et ne sachant pas qu'on ait pu les faire passer de l’un à l’autre par le semis ou la culture , je les désignerai spécifiquement par leurs noms communs , déjà employés par Lobel, papaver album et papaver nigrum. Les noms de papaver officinale Gmel. et de papaver

6GAl DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

penchées tant qu’elles sont renfermées dans leur calice diphylle ; mais elles se relèvent en s’épanouissant. Les pétales sont d’une belle couleur blanche, grands, étalés, orbiculaires avec un onglet très court , queiquefois laciniés et doublés par la culture. La capsule est ovoïde, complétement indéhiscente . d’abord verte et succulente , puis sèche, blanchâtre et très légère. Elle est séparée par un stipe court d’un bourrelct formé par le torus qui portait les étamines, et couronnée par un disque sessile, assez étroit, offrant de 10 à 18 rayons étalés, dont les extréwités sont moins élevées que le centre (fig. 419 et 420). Les dimensions de ces capsules sont très variables; les plus ordinaires ayant 8 centimètres de longueur sur 5 centimètres de diamètre, et d’autres acquérant 11 centimètres sur 7. A l’intérieur, les capsules sont spongieuses, très blanches et présentent des trophospermes pariétaux, sous forme de lames longitudinales, régulièrement espacées , minces, jaunâtres, et dont chacune répond à un des stigmates linéaires du disque rayonné.

Ces trophospermes portent un nombre très considérable de semences très petites, réniformes, d’un blanc jaunûtre, translucides, dont la surface est marquée d’un réseau proéminent ( voir la figure 420 a, qui représente la semence grossie). Linné a trouvé qu’une forte tête de pavot pouaait contenir 32000 graines, et comme un pied donne un certain nombre de têtes, on a calculé qu’au bout de peu d’années, si toutes les semences produisaient, la descendance d’une seule plante couvrirait la surface de la terre,

Les semences de pavot blanc ont été usitées de tout temps comme aliment, en Perse, dans la Grèce et en Îtalie. Tournefort rapporte qu’à Gênes les dames mangent ces graines recouvertes de sucre. Suivant Matthiole, on les mêle en Toséane à des pâtisseries qui portent le nom de paverata. Les oiseaux en sont très friands. Ces semences n'ont rien

Fig. 420.

somniferum L., admis par M. Nees dans ses plantes médicinales, sont moins exacts : d’abord parce que le pavot blanc n’est pas la seule espèce oflicinale ; ensuite parce que le nom papaver somniferum KL, appartient également aux deux espèces, et convient d'autant moins au pavot noir que ce n’est pas lui qui est usité comme somnifère,

PAPAVÉRACÉES. 645

de narcotique, et l'on pourrait en extraire l’huile (1), pour la table, comme on le fait avec la semence de pavot noir. Mais leur usage alimentaire et médicinal s’y oppose pour la plus grande partie.

Les têtes de pavot blanc sont d’un usage excessivement commun en médecine, comme calmantes; mais elles doivent être employées avec prudence, surtout pour les jeunes enfants qui ont été plusieurs fois victimes de l’abus qu’en font les nourrices pour les endormir. Elles contiennent évidemment de la morphine, puisqu'elles sont susceptibles de fournir de l’opium par incision ; mais elles ont une activité très variable suivant l’âge auquel elles ont été récoltées. C’est lorsqu'elles sont encore vertes et qu’elles ne font que commencer à jaunir qu’il faut les cueillir, et non lorsqu'elles ont blanchi et séché sur la plante.

Pavot blanc à capsules déprimées (papaver album depressum). Les pavots blancs que l’on emploie en médecine, à Paris, provenaient déjà, du temps de Pomet, de la plaine d’Aubervilliers ; non seulement celte culture n’a pas cessé depuis, mais elle a pris une grande extension et s’est propagée jusqu’à Gonesse, dont le territoire contribue aussi aujourd’hui à l’approvisionnement du commerce d’herboristerie de Paris. Mais depuis un certain nombre d’années, il s’est opéré dans la forme et la grosseur des capsules du pavot un changement remarquable qui, ayant été adopté par le commerce, tend à devenir de plus en plus général, les cultivateurs n’employant plus que la semence de la nouvelle

Fig. 421,

variété (2), à laquelle je donne le nom de papaver album depressum (Big. 421). La plante porte des pétales complétement blancs, comme a variété première. La différence réside dans la capsule, qui est plus ou

(1) Elles en fournissent de 42 à 45 pour 100 de leur poids. (2) Cette variété n’est nouvelle que relativement au commerce de Paris; car c'est elle qui se trouve figurée dans l’Herbarium de Blackw ell, t. 483, HA

que la capsule ne présente pas toute la dépression qu’elle est sisbeptible d'acquérir.

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moins déprimée, de manière à devenir souvent beaucoup plus large que haute. Le bourrelet inférieur, formé par le torus, est très gros et le plus souvent rentré dans un sinus proford, creusé à la base de la capsule. Celle-ci présente souvent des sillons longitudinaux répondant aux trophospermes de l’intérieur, et la capsule offre alors une singulière ressemblance avec le fruit de l’Aura crepitans. Les capsules ont souvent, dans ce cas, 10 centimètres de diamètre sur 5 centimètres seulement de hauteur ; mais elles ont plus ordinairement 9 centimètres de diamètre sur 6 de hauteur. De même que la base, le sommet en est déprimé et creusé en un sinus qui renferme plus ou moins les stigmates, et ceux-ci présentent un centre très déprimé et creusé , tandis que les rayons sont au contraire redressés en forme de couronne , parallèlement à l’axe. Les capsules me paraissent plus épaisses, plus compactes, plus chargées de suc que celles de la première variété. Les trophospermes sont plus larges, d’un jaune plus foncé, et sont munis de chaque côté, à la base , d’une petite aile plus marquée que dans la variété oblongue. Les semences ne présentent aucune différence appréciable.

Petit pavot blanc d'Arménie, Dans une note sur la culture de l’opium en Arménie (Journ. pharm. et chim., 1. XIE, p. 105), M. Gaultier de Claubry fait mention de quatre espèces ou variétés de pavots qu’il distingue par leurs semences blanches, jaunes, noires ou bleu de ciel. Les graines blanches produisent des fleurs d’un blanc de lis; les jaunes donnent des fleurs rouges, les noires des fleurs noires ; enfin les semences bleu de ciel donnent des fleurs d’un pourpre foncé assez vif.

Les graines blanches ou bleu de ciel produisent de grosses capsules oblongues ; les graines jaunes ou noires produisent des têtes petites et complétement rondes.

Les fabricants d’huile se servent souvent des graines blanches qui sont très oléagineuses, quoique de médiocre grosseur. Elles sont préférées par les cultivateurs.

Ces quatre espèces ou variétés de pavots paraissent servir à l'extraction de l’opium , quoique la note ne soit pas explicite à cet égard ; mais les capsules qui ont été remises à M. Gaultier de Claubry, avec une incision circulaire qui indique qu’elles ont servi à l'extraction de l’opium, étant des capsules de pavot blanc, il est probable que c'est cette espèce surtout qui sert à l'extraction de l’opium en Arménie, Les semences sout très petites, blanches et translucides ; les capsules sont fort petites, très blanches, très minces et probablement très peu productives en suc. J’en ai fait représenter une ici de grandeur natu-

relle (fig. 422 ).

PAPAVÉRACÉES. 647

Pavot noir.

Papaver nigrum Lob. Ce pavot ressemble au précédent , sauf qu’il ne s'élève qu’à 1 mètre ou 1°,20 ; que ses feuilles sont d’un vert plus prononcé , que ses pétales sont d’un rouge violacé pâle, avec une tache noirâtre à la base, et que ses capsules sont arrondies, plus petites, plus nombreuses, couronnées par un large disque rayonné, et contiennent des semences noires, opaques, réniformes, dont un des lobes est manifestement plus petit que l’autre et un peu aigu. Mais le caractère principal de ce pavot résulte de ce que, au moment de la maturité des graines , le disque stigmatifère se sépare de Ja capsule et s'élève à une petite distance, par suite de l'allongement des lames qui unissent les trophospermes aux stigmates. H en résulte, dans l’intervalle de deux sligmates, une petite fenêtre répondant à une fausse loge de l’intérieur, et par laquelle les semences s’échappent et se dispersent (voir la figure 423, qui représente une capsule de pavot noir de grandeur naturelle ).

Le pavot noir est cultivé dans les jardins , où il se sème de lui-même à l'automne, pour paraître au printemps suivant, en quantité considérable qu’on a beaucoup de peine à détruire, On en cultive aussi des

Fig. 422.

variétés à grandes fleurs, simples ou-doubles , à pétales entiers ou laciniés, Enfin, en Allemagne, dans le nord de la France ct dans la Belgique, on cultive très en grand, dans les champs, le pavot noir, pour l'extraction de son huile, qui est très usitée sous le nom d'huile

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d'æilletée (1) dans la peinture, comme siccative , et dans le commerce de l'épicerie, pour falsifier ou pour remplacer l'huile d'olive. On a cru pendant longtemps en France que cette huile était narcotique, et des peines sévères menaçaient, sans beaucoup les atteindre, ceux qui la substituaient à celle d'olive. Aujourd'hui celte substitution se fait presque partout; si elle ne nuit pas à la santé de ceux qui usent de l'huile comme aliment, elle n’en constitue pas moins une tromperie à leur égard, puisqu'ils paient comme huile d'olive un produit d’une valeur bien inférieure. Cette substitution est encore plus préjudiciable à ceux qui voudraient appliquer l'huile, sans le savoir, à la fabrication des savons et des emplâtres; les savons et les emplâtres formés avec l'huile d’œillette étant d’une grande mollesse et siccatifs à l'air, en même temps qu'ils y acquièrent une rancidité fort désagréable. J’ai indiqué précédemment (t. II, p. 537 et suiv.) les moyens de reconnaître la pureté de l’huile d'olive.

Pavot rouge sauvage , ou Coquelicot,

Papaver ras L. Racine annuelle, fibreuse, pivotante. Tige droite, feuillue, plus ou moins rameuse , haute de 35 à 60 centimètres, chargée, ainsi que les feuilles , de poils rudes. Feuilles d’un vert foncé, étroites, profondément pinnatifides, à lobes allongés, incisés-dentés, aigus. Les fleurs sont larges de 8 centimètres et plus, portées à l’extrémité de la tige et des rameaux sur de longs pédoncules. Les sépales du calice sont velus; les pétales sont d’un rouge éclatant, avec ou sans tache pourpre-noirâtre à la base.

La culture peut doubler les coquelicots, et les faire passer par toutes les nuances depuis le rouge pourpre jusqu’au blanc. Les capsules sont fort petites, glabres, obovées ou turbinées, couronnées ou plutôt couvertes par un large disque à 10 rayons; elles s'ouvrent par des trous qui se forment au-dessous du disque. Les semences sont très petites et presque noires.

Le coquelicot croit par toute l’Europe dans les champs de blé, où il produit un bel effet en juin et juillet, par le rouge éclatant de ses pétales, Ceux-ci sont récoltés et séchés pour l’usage de la médecine. Ils doivent être conservés dans un endroit très sec ; car ils sont très hygrométriques et se détériorent promptement. Ils sont mucilagineux , adou-

(4) Ce nom est la traduction du mot italien ol'etto (petite huile). La semence vendue par les grainetiers de Paris, sous le nom de semence d’œillette, n'est cependant pas celle du pavot noir figuré ci-dessus. Cette semence est plus grosse, toujours opaque, mais d’un gris bleuâtre, et non noire. Elle se rapporte probablement aux semences bleu de ciel d'Arménie.

PAPAVÉRACÉES. 649 cissants et calmants ; ils sont très utiles dans la coqueluche, les rhumes, les irritations intestinales , etc. On les emploie en infusion aqueuse, sous forme de sirop ou en extrait.

Pavot d'Orient, papaver orientalis L. Cette belle espèce de pavot a été découverte dans l'Arménie par Tournefort, et depuis ce temps elle est cultivée dans les jardins de l’Europe. Sa racine est grosse comme le doigt, pivotante, très vivace et peut durer, à ce qu’il paraît, un grand nombre d'années. Elle produit tous les ans une ou plusieurs tiges hautes de 50 à 70 centimètres, munies de feuilles pétiolées, grandes, profondément pinnatifides, à lobes oblongs, dentés et pointus ; elles sont toutes couvertes de poils rudes, ainsi que les tiges, les pédoncules et les calices. Chaque tige est terminée par une fleur longuement pédonculée , d’abord renfermée dans un calice à 2 ou 3 sépales; les pétales développés sont au nombre de 4 ou 6 , très grands, d’un rouge foncé, avec une tache pourpre noirâtre à la base ; les étamines sont très nombreuses, terminées par des anthères d’un violet noirâtre ; l'ovaire est turbiné, vert, lisse, terminé par un large disque à 12 ou 16 stigmates linéaires, d’un violet foncé, Capsule turbinée, déhiscente ; semences noires.

Le nom de pavot d'Orient, que porte cette plante, a fait supposer à quelques personnes que c'était elle qui produisait l’opium. Mais Tournefort dit positivement que les habitants n’en tirent pas d’opium , quoiqu’ils lui en donnent le nom {aphion), et que ses capsules, qui sont d’une grande âcreté, soient mangées par les Turcs, probablement dans le but de‘produire un effet narcotique analogue à celui de l’opium.

On doit à M. Petit, pharmacien à Corbeil, un bon mémoire sur le pavot d'Orient. Il en résulte que ce pavot contient de la morphine dans ses différentes parties, et surtout dans sa capsule. 100 parties d'extrait alcoolique de ces capsules vertes en ont fourni 5 de morphine (Journ. Pharm., t. XIIT, p. 183).

On cultive dans les jardins un pavot presque semblable au précédent, mais plus grand dans toutes ses parties, à folioles plus nombreuses et plus aiguës, à fleurs accompagnées de bractées, ce qui lui a fait donner le nom de papaver bracteatum. X paraît originaire des contrées asiatiques et méridionales de l'empire russe.

Opium,

L'opium est un suc épaissi fourni par les capsules du pavot blanc. Cclui que nous employons est tiré surtout de la Natolie et de l'Égypte ; mais il en vient aussi de la Perse et de l'Inde ; enfin, on peut récolter de l'opium dans beaucoup d’autres pays, et plusieurs personnes en ont

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obtenu en France et en Angleterre, par l’incision des capsules de pavot, qui élait peu inférieur à celui du commerce. Cependant les essais tentés jusqu'ici n’ont guère servi qu’à constater l'identité des produits, le prix du terrain, la main-d'œuvre et la petite quantité du suc obtenu , faisant revenir l'opium indigène à un prix au moins aussi élevé que celui du commerce.

L'opium est connu depuis un grand nombre de siècles. Les anciens en distinguaient de deux sortes : l’un extrait par des incisions faites aux capsules de pavots, qu'ils nommaient proprement opium (1) ; l'autre, beaucoup plus faible, obtenu par la contusion et l'expression des capsules et des feuilles de la plante : ils l’appelaient mecontum ( Dioscoride , lib. 1V, cap. 60 ). Beaucoup d’auteurs modernes ont prétendu qu'on n’en préparait plus de la première sorte, et que le seul Opium que nous eussions élait le meconium. D’autres, en admettant que l’on prépare encore de l’opium par incision, pensent que cet opium est entièrement consommé par les riches du pays, et que, par conséquent, nous n'avons toujours que le méconium des anciens ; mais il n'en est pas ainsi : non seulement parce qu’un extrait obtenu avec le suc de la plante, évaporé au feu, n'aurait en aucune manière l’odeur vireuse de l’opium du commerce, mais encore parce que tous les voyageurs s'accordent à faire récolter l’opium par incision, comme l'indique Dioscoride.

Ainsi, d’après cet ancien auteur, le matin, après que la rosée s’est évaporée, on fait aux capsules des pavots des incisions obliques et superficielles ; on ramasse avec le doigt le suc qui en découle et on le recoit dans une coquille. Peu de temps après on y retourne pour ramasser le nouveau suc écoulé. On mêle dans un mortier le suc obtenu tant de cette fois que le jour suivant, et l’on en forme des trochisques.

D’après Kæmpfer (Amænit., p. 643), en Perse, la récolte de l’opium se fait dans le courant de l’été, en incisant superficiellement les capsules des pavots proches de leur maturité (il remarque, comme Dioscoride, que les incisions ne doivent pas pénétrer dans l'intérieur de la capsule). On se sert à cet effet d’un couteau à cinq lames, qui fait d’un seul coup cinq incisions parallèles, Le suc est enlevé le lendemain avec un racloir et reçu dans un vase suspendu à la ceinture de l'opérateur. Alors on incise une autre face de la capsule , afin d’en recueillir le suc de la même manière. Cette opération se répète plusieurs fois sur le même champ, à mesure que les pavots arrivent au point convenable de maturité.

(1) Omuov, de ère: > SUC.

PAPAVÉRACÉES. 651

La préparation de l’opium en Perse consiste principalement à l’humecter d’un peu d’eau, afin de pouvoir l’agiter et le pétrir dans un vase de bois aplati, jusqu’à ce qu'il acquière la consistance et la ténacité de la poix ; alors on le malaxe dans les mains, et l’on en forme de petits cylindres qui sont exposés en vente.

Suivant Belon (Singularités, liv. 1, ch. 15), l’opium se récolte principalement dans la Paphlagonie, la Cappadoce , la Galatie et la Cilicie, provinces de l’Asie Mineure. Là on sème des champs de pavots blancs, comme nous faisons pour le blé; et, quand les têtes sont venues, on y fait de légères coupures, d’où sortent quelques gouttes de lait qu’on laisse un peu épaissir, Tel paysan en recueille 5 kilogrammes, l’autre 3, plus ou moins. Un marchand assura à Belon qu'il n’y avait pas d’années qu’on n’en enlevât la charge de cinquante chameaux, pour transporter én Perse , aux Indes et en Europe.

Le meilleur opium, dit toujours Belon, est fort amer, chaud, et âcre au goût; il est de couleur fauve et formé de petits grains de diverses couleurs ; car ces grains ne sont autres que les larmes recueillies sur les pavots, lesquelles se sont soudées ensemble en une seule masse.

Olivier, dans son Voyage dans l'empire ottoman , rapporte l’extraction de l'opium de la même manière que Belon. D’après lui, à Aphioum Kara-Hissar, ville de l'Asie Mineure, on obtient l’opium en faisant des incisions successives aux capsules de pavot blanc, avant leur maturité. Ces incisions ne doivent pas pénétrer dans l’intérieur du fruit. On recueille le suc à mesure qu'il s'échappe et se concrète.

Enfin, plus récemment, un autre voyageur français, M. Charles Texier, a encore décrit l'extraction de l’opium presque dans les mêmes termes (Journ. de pharm., t. XXI, p. 197). Seulement M. Texier ajoute qu’on pile le suc épaissi en crachant dessus, les paysans assurant que l'eau le fait gâter.

Comme on le voit, les auteurs les plus recommandables s'accordent à dire que l’opium du commerce est obtenu par des incisions faites aux capsules des pavots ; mais.de ces auteurs, trois, Dioscoride, Kæmpfer et M. Texier, font piler ou malaxer l'opium, ce qui doit en former une masse homogène ; tandis qu'Olivier, et Belon surtout, font sécher le suc directement, puisque ce dernier décrit l’opium comme formé par l’assemblage des petites larmes recueillies sur les capsules. Nous allons retrouver ces deux caractères dans les différents opiums du commerce, ce qui en montrera à la fois l'origine et l’exactitude des descriptions citées.

On trouve dans le commerce français trois sortes d’opiums qu'il importe de savoir distinguer, à raison de leur valeur bien différente en

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morphine et en propriétés médicales : ce sont les opiums de Smyrne, de Constantinople et d'Égypte. J'y joindrai la description des opiums de Perse et de l’Inde. Quant à ceux qui ont été récoltés à différentes reprises à Naples, en France, en Suisse et en Angleterre, à part l'odeur forte et vireuse et la saveur amère des opiums du Levant, is n’ont pas de caractère de forme particulière qui puisse les faire reconnaître.

Opium de Smyrne, Cet opium est en masses presque toujours déformées et aplaties, à cause de leur mollesse primitive, Sa surface est tout à fait irrégulière, grossièrement granuleuse, et offre des fissures qui indiquent la réunion de plusieurs masses en une seule. Elle présente quelques restes de feuilles de pavot, mais elle est surtout couverte de semences de rumez, qui souvent sont passées à l’intérieur par la soudure et la confusion en une seule de masses plus petites et d'abord isolées, Cet opium , d’abord mou et d’un brun clair, noircit et se durcit à l'air; il a une odeur forte et vireuse, et une saveur amère, âcre et nauséeuse.

L’opium de Smyrne est, à n’en pas douter, l’opium de Belon, qui a été tiré par incision des capsules, et séché sans aucune opération intermédiaire ; car, lorsqu'on le déchire avec précaution quand il est encore mou, et qu’on l’examine à la loupe, on le voit tout formé de petites larmes blondes ou fauves, transparentes, agglutinées ensemble comme celles du sagapénum , dont elles présentent l'aspect. C'est donc là l’opium le plus pur que l'on puisse trouver ; c’est aussi celui qui donne le plus de morphine et qui est le plus estimé.

Je pense que c’est à l’opium de Smyrne qu’il faut rapporter les principaux travaux chimiques qui ont été faits sur cette substance et les résultats qui en ont été obtenus. Quelles que soient la simplicité du procédé par lequel on se l’est procuré, et l’homogénéité apparente de la matière , sa composition est des plus compliquées ; puisque, en réunissant les travaux des chimistes qui s’en sont occupés à plusieurs reprises , tels que Derosne , Séguin, Sertuerner, Robiquet, Pelletier, Couerbe, elc., on ne trouve pas moins d’une vingtaine de principes, dont six cristallisables, azotés et plus ou moins alcalins, ont recu les noms de morphine, codéine, pseudomorphine, paramorphine , narcotine, narcéine; un autre, également cristallisable , non azoté , nommé méconine; deux acides, les acides acétique et méconique ; une huile fixe, une huile volatile, une résine, du caoutchouc, une matiere cætractive , de la gomme , des sulfates de potasse et de chaux , etc. On peut croire cependant, en raison de la facilité bien reconnue aujourd’hui avec laquelle les principes organiques se transforment les uns dans les autres, que tous ces corps n’existent pas simultanément dans

PAPAVÉRACÉES. 655 un même suc végétal, et que plusieurs d’entre eux résultent du procédé qui a servi à les en extraire.

De toutes les analyses quantitatives d’opium qui ont été publiées et qui varient considérablement, je n’en rapporterai qu'une, due à M. Mulder, qui me paraît présenter assez bien la composition moyenne des opiums du commerce :

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Cette analyse n’est cependant pas complétement satisfaisante, puisqu’elle ne fait pas mention des sulfates dont la présence a été constatée dans l’opium. Je remarquerai, de plus, que , bien qu’elle ait été donnée coinme se rapportant à la première sorte d’opium de Smyrne, je la considère comme ayant été opérée sur de l’opium de Smyrne inférieur ou sur de l’opium de Constantinople.

L'opium de Smyrne bien divisé, traité par l’eau froide, donne une liqueur fauve rougeâtre, qui s’éclaircit facilement par le dépôt de son résidu insoluble , lequel possède une propriété glutineuse très marquée lorsqu'on le malaxe entre les doigts. La liqueur filtre avec une grande facilité : elle rougit fortement le tournesol, devient d’un rouge de sang par l'addition d’un sel de sesquioxide de fer (réaction due à l'acide méconique ), et forme avec l’ammoniaque un abondant précipité blanchâtre caillebotté, principalement composé de morphine. Elle produit avec le nitrate de baryte un précipité abondant de sulfate de barvyte, et devient seulement louche par l’oxalate d’ammoniaque, en raison de ce que l’acide sulfurique se trouve combiné dans l’opium , principalement à la morphine et à la potasse, et fort peu à la chaux, qui n’y existe qu'en minime quantité,

L'opium de Smyrne, devenu sec à l'air, bien épuisé par l’eau froide, fournit de 58 à 61 pour 100 d'extrait sec et cassant ; mais cet extrait, étant redissous dans 15 parties d’eau froide et ramené à siccité , se trouve réduit à 55 ou 57. Le résidu insoluble desséché, réuni à celui

Le al

654 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

du premier traitement , pèse 37 ou 38 pour 100; d’où l’on voit qu’en moyenne , l’opium de Smyrne sec fournit :

Extrait aqueux purifié. . . . . . 56,0

Résidu insoluble. . : . . . . . . 37,5 Pau gt perte: «4 Soeurs perte 6,5 100,0

L’extrait purifié qui précède, étant redissous de nouveau dans l’eau froide et additionné d’ammoniaque en léger excès, fournit de 23 à 26 de précipité sec, pulvérulent et de couleur fauve, de morphine impure. Ce précipité, lavé d’abord avec de l'alcool à A0 degrés centésimaux, puis traité deux fois par de l'alcool à 90 degrés bouillant, fournit facilement de 15 à 17 pour 100 du poids de l’opium brut, de morphine cristallisée. Ce qui revient à 28 pour 100 du poids de l'extrait purifié.

Opium de Constantinople, Je présume que cet opium est tiré des parties les plus septentrionales de la Natolie et qu'il est apporté des ports de Ja mer Noire à Constantinople. Il y en a deux sortes bien distinctes.

L'un, que je nommerai epium de Constantinople en boules ou en gros pains, est en pains assez volumineux dont les plus gros, pesant de 250 à 350 grammes, ont été mis sous forme de boules; mais ils ont pris, en se tassant réciproquement , la forme de pains carrés et un peu coniques. Les autres , du poids de 150 à 200 grammes, sont aplatis, allongés et déformés à la manière de l’opium de Smyrne, mais ils le sont beaucoup moins. Tous sont entourés d’une feuille de pavot presque entière , ont une surface propre et assez unie, et ne présentent qu'un petit nombre de semences de rumex. Ces pains ayant été formés avec un opium beaucoup moins mou que l’opium de Smyrne, ne se soudent pas entre eux; à l’intérieur ils sont formés de petites larmes agglutinées, comme l’opium de Smyrne, mais d’une couleur plus foncée, quelquefois pures, d’autres fois. mélangées , surtout dans les gros pains arrondis , de raclures de têtes de pavot. Cet opium se rapproche donc beaucoup de l'opium de Smyrne, et bon nombre de commerçants à Paris l’achètent ou le vendent sous ce nom ; mais il lui est inférieur, en qualité. Traité de la même manière que l’opium de Smyrne, il m'a donné, après que l'extrait a été redissous dans l’eau el ramené à siccité :

ee.

PAPAVÉRACÉES. 655 Extrait aqueux purifié. . . . . . . . 51,98 Résidu insoluble desséché. . . . . . 38,05 PAR GR DÉFI. eee = mecs « 10,07 100,00

L'extrait, redissous dans l’eau et précipité dans l’ammoniaque , a fourni 16,37 de morphine brute, d’où j'ai retiré 40,9 de morphine cristallisée.

Opium de Constantinople en petits pains, Cet opium est en petits pains aplatis, assez réguliers, de forme lenticulaire, larges de 55 à 80 millimètres et du poids de 80 à 90 grammes. Il est recouvert d’une feuille de pavot dont la nervure médiane partage le disque en deux parties ; il a une odeur semblable aux deux opiums précédents , mais plus faible. Quelques personnes pensent que cet opium a été remanié et altéré à Constantinople; mais peut-être a-t-il été préparé en Asie même, en ajoutant au produit de l’incision celui de l'expression des pavots. Ce qu'il y a de certain, c’est qu'il est plus mucilagineux que l’opium de Smyrne et qu’il contient beaucoup moins de morphine. Dans un essai fait anciennement , cet opium, traité par infusion dans l’eau, m'a donné 60,94 d'extrait non purifié, lequel, redissous dans l’eau et précipité par l'ammoniaque, n’a produit que 11,68 de morphine impure, répondant, d’après les essais précédents, à 7 ou 8 pour 100 de morphine cristallisée.

Opium d'Égypte. 1l est probable qu'autrefois l’opium venait principalement d'Égypte, comme l'indique le nom d’opéum thébaïque qu’on lui donne encore aujourd’hui dans la pratique médicale. Mais cette sorte avait pendant très longtemps disparu du commerce, lorsqu'elle y reparul il ÿ à de vingt à vingt-cinq ans. Je me rappelle avoir assisté à l'ouverture de la première caisse qui en vint à Paris. Cet opium me surpril par son aspect tout particulier ; je le crus cependant de bonne qualité, et j'en pris.une certaine quantité ; mais, l'ayant essayé, comparativement avec l’opium de Smyrne, je vis qu’il contenait moins de morphine : on doit donc le rejeter.

L'opium d'Égypte est en pains orbiculaires aplatis , larges de 8 centimètres environ, réguliers, très propres à l'extérieur, et paraissant avoir été recouverts d’une feuille dont il ne reste que des vestiges. Cet opium se distingue de celui de Smyrne par sa couleur rousse permanente, analogue à celle de l’aloès hépatique ; par une odeur moins forte, mêlée d'odeur de moisi; parce qu’il se ramollit à l'air libre au lieu de s’y dessécher, ce qui lui donne une surface luisante et un peu poisseuse sous les doigts ; enfin, parce qu’il est formé d’une substance unie et non

656 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES, grenue , ce qui indique qu’il a été pisté ou malaxé avant d’être mis en masses, comme l'ont indiqué trois des auteurs précités.

Je n'ai fait anciennement qu’un seul essai sur l’opium d'Égypte, qui, tout en montrant que cet opium était inférieur à celui de Smyrne, le plaçait au-dessus de celui de Constantinople. J'avais trouvé, en effet, que 100 parties de cet opium fournissaient, par infusion dans l'eau, 61 parties d'extrait non purifié, et cet extrait, redissous dans l’eau et précipité par l’ammoniaque , m'avait donné 14,72 de précipité que je supposais contenir proportionnellement la même quantité de morphine que les autres, ce qui faisait environ 9,5 pour 100 du poids de l’opium.

Ce résultat a été contredit implicitement par d’autres chimistes, D'après M. Berthemot, la solution aqueuse d’opium d'Égypte contiendrait de l'acide acétique libre qui dissoudrait toute sa narcotine ; de sorte que ce principe, au lieu de rester en grande partie dans le marc, conne cela a lieu avec l’opium de Smyrne , se trouverait dans la liqueur et ferait partie du précipité formé par l’ammoniaque. D’autres n'admettent que 3 ou 4 pour 400 de morphine dans l’opium d'Égypte; mais M. Merck en a retiré 6 à 7, et M. Christison a obtenu du même opium 10,4 de chlorhydrate de morphine très pur, ce qui répond à 8,43 de morphine cristallisée.

A l’occasion de l’opium d'Égypte, je vais revenir sur l'espèce de pavot qui doit fournir l’opium. Il est remarquable que tous les auteurs, jusqu'à Belon, aient annoncé que l’opium était tiré du pavot noir. Dioscoride et Pline le disent pour l’opium en général ; Avicenne, Abd- Allatif, Ebn-Beitar, et Prosper Alpin l’énoncent spécialement pour l'opium d'Égypte. j'avais cru trouver là la cause de l’infériorité de cet opium; mais il paraît, d’après un renseignement qui m'a été fourni par M. Hassan-Hachim, élève égyptien de notre école, que c’est le pavot blanc qui sert aussi à l’extraction de l'opium d'Égypte. M. Hassan- Hachim m'a dit avoir vu au Caire les capsules de pavot qui y sont apportées en très grande quantité de la haute Égypte, à cause de l'usage que l’on fait de leurs semences comme aliment. Ces semences sont blanches, et les capsules portent l'empreinte des incisions qui ont servi à l'extraction de l’opium.

Opium de Perse, Cet opium paraît venir par la voie de Trébizonde : tel que je l'ai reçu de M. Morson, de Londres, il est en bâtons cylindriques ou devenus carrés par leur pression réciproque ; il est long de 95 millimètres, épais de 41 à 14 , enveloppé d’un papier lustré, maintenu avec un fil de coton. Chaque bâton pèse environ 20 grammes ; la pâte en est fine, uniforme , offrant cependant encore à la loupe l'aspect de petites larmes agglutinées, mais bien plus petites et plus atténuées que dans l'opium de Smyrne. Cet opium est bien celui dont la prépara-

PAPAVÉRACÉES. 657 tion a été décrite par Kæmpfer : il a la couleur hépatique de l’opium d'Egypte, une odeur semblable, c'est-à-dire vireuse, mêlée de l'odeur de moisi, une saveur très amère. 11 se ramollit également à l'air humide. Cet opium diffère beaucoup par sa nature de celui de Smyrne ; il ne contient pas de sulfate de chaux et ne renferme que très peu d’un autre sulfate soluble. Il fournit par l'eau froide 80,55 d'extrait, qui se réduisent à 78,76 par une seconde solution dans l’eau. Les deux résidus insolubles réunis ne pèsent que 18,26 : il ne reste que 2,78 pour l’eau et la perte.

L'extrait, redissous dans l’eau ct additionné d’ammoniaque, n'a fourni que 4,95 de précipité contenant de la morphine; mais le temps m'a manqué pour terminer l'essai, et je n'ai pu le reprendre depuis. M. Merck a obtenu avec peine, du même opium, 4 pour 100 de morphine et une trace de narcotine.

Lorsqu'on évapore la solution d’opium de Perse, elle forme pendant l'évaporation un dépôt blanc cristallin , et, vers la fin, elle se présente comme un miel grenu , de couleur orangée.

Opium de inde, On lisait dans plusieurs ouvrages que l'Inde fournit à l'Angleterre une immense quantité d’opium; mais quand je me suis adressé à M. Percira, à Londres, pour avoir de l’opium de l'Inde, il m'a répondu que cet opium était extrêmement rare en Angleterre , et que le seul échantillon qu'il en eût (et qu'il voulut bien partager avec moi) lui avait été envoyé de Bombay par un de ses élèves (Journ. de pharm., & XVII, p. 716). L'Inde cependant produit une grande quantité d’opium; mais celui qui n’y est pas consommé passe tout entier aux îles de la Sonde, en Chine et dans les autres contrées orientales de l'Asie, où l'usage de fumer l’opium est généralement répandu (1).

On connaît d’ailleurs dans l’Inde trois sortes principales d’opiums, savoir ceux de Malwa, de Patna et de Bénareés. L'opium de Malwa passe à Bombay, ceux de Patna et de Bénarès sont transportés à Calcutta et constituent l’opium de Bengale des commerçants anglais. Ces deux derniers opiums, récoltés dans deux contrées limitrophes, sur le bord du Gange, sont en effet presque semblables ; l’opium de Malwa seul cst différent et paraît se rapprocher de celui de Perse , par sa nature et sa préparation.

Opium de Malwa (Percira). Masse uniforme, ovale -allongte, aplatie, pesant moins de 30 grammes; extéricur projre , sans fouilles ni semences; intérieur d’un brun noirâtre, assez.mou, luisant comme

(1) En {827 ou 1828, l'exportation de l'opium de l'Inde pour la Chine a été de 330763 kilogrammes ; en 1833 elle était de 1397887 kilogrammes. Il est probable qu'elle est encore plus forte anjourd’hui.

ITL. h2

658 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

un extrait; Saveur piquante, très amère, laissant un goût nauséeux. Odeur de fumée un peu vireuse, bien différente de celle de l'opium du Levant. Cet opium, traité par infusion dans l’eau, m'a donné 57,12 pour 100 d'extrait, lequel, redissous dans l’eau et précipité par l’ammoniaque, à produit 8,33 de morphine impure, répondant à 5,5 de morphine cristallisée. C’est ce même opium qui, traité anciennement par le professeur ‘Thompson, lui a fait dire que l’opium de l’fnde ne contenait que le tiers de morphine de celui de Turquie. C’est lui encore qui à fourni à M. Smyttan, inspecteur de l’opium à Bombay, de 3 à 5 centièmes de son poids de morphine. Un opium de qualité supérieure, mais non commercial, obtenu dans le jardin de culture , a fourni de 7,75 à 8,25 de morphine pour 100 (Journ. pharm., t. XXI, p. 54h).

Depuis l'envoi de cet opium, M. Pereira a décrit dans la seconde édition de sa Matière médicale, une autre sorte d’opium de Malwa , consistant en un pain rond et aplati, du poids de 10 onces, qui semble avoir été enveloppé dans une poudre grossière faite de pétales de pavot brovés. La consistance de cet opium est celle de l’opium de Smyrne moyennement dur; son odeur est semblable ; sa substance intérieure paraît homogène.

Opium de Patna Ou de Bénarès, Cet opium, dont je dois un bel échantillon à M. Christison , est sous forme d’une boule grosse comme une tête d'enfant, pesant 3 livres 1/2 avoir-du-poids, ou 4587 grammes. Cette boule est enfermée dans une enveloppe solide, épaisse de près de 1 centimètre, formée de pétales de pavot serrés et agglutinés entre eux, et pesant à elle seule une demi-livre (227 grammes) comprise dans les 3 livres 1/2 ci-dessus. Dans l’état d’altération où sont ces pétales, il est difficile de décider s'ils appartiennent au pavot blanc ou noir. Cependant beaucoup paraissent blancs, ce qui s'accorde avec un passage de Roxburgh, qui se borne à dire que la variété blanche de papaver somniferum ; à semences blanches, est cultivée sur une très grande échelle dans plusieurs parties de l'Inde (Ælora indica, IE, 571). A l’intérieur, la masse est molle, d’un brun très foncé , possédant une odeur et un goût forts et purs d’opium.

M. Smyttan annonce n'avoir retiré de l’opium du Bengale que 2 ou 3, et jamais plus de 3,5 de morphine pour #00. Mais d’après M. Morson, chimiste et pharmacien très distingué de Londres, l’opium de Bénarès contiendrait environ moitié de la quantité de morphine trouvée dans les bonnes sortes d’opium de Turquie.

Opium du jardin de Patna, Cet opium na été donné par M. Christison sous le nom d’opium de Malwa , et je l'ai décrit sous ce norn dans ma dernière édition, tout en le distinguant soigneusement de l'opium de Malwa envoyé par M. Pereira. Postérieurement, M. Chris-

PAPAVÉRACÉES. 659 tison m’a appris que cet opium, non commercial, avait été préparé dans le jardin de Patna , par les ordres de M. Fleming, dans la vue de trouver les moyens de remédier à la mauvaise qualité des opiums de l'Inde; on peut donc considérer ce nouveau produit comme indiquant le degré de supériorité que l’opium de Finde peut acquérir. Ce produit présente la forme d’un pain carré, de 7 centimètres de côté et de 1°,5 d’épaisseur. Il est enveloppé dans une lame très mince et transparente de mica, et a l’aspect lisse et homogène d’un extrait pharmaceutique bien préparé. Traité par l’eau froide, il a produit 63,89 d'extrait sec, qui se sont réduits à 61,11 par une nouvelle solution à froid. Le marc insoluble pesait 36,11 ; il était huileux et graissait le papier. L’extrait, redissous dans l’eau, lui donnait la couleur rouge d’un bain de bois de teinture. Précipité par l’ammoniaque, il a fourni 40,07 de morphine impure, de laquelle j'ai retiré 6,7 de morphine cristallisée. M. Cbristison a obtenu du même opium 9,5 pour 100 de chlorhydrate de morphine très pur, une quantité considérable de narcotine , et, suivant M. Pereira , 8 pour 100 de codéine; mais ce dernier nombre est sans doute entaché d’erreur. M. Merck a retiré du même opium 8 de morphine, 3 de narcotine , 0,5 de codéine, 1 de thébaïne, des traces de méconine et 0,5 d’un nouvel alcaloïde auquel il à donné le nom de porphyroxzine. Enfin, c'est encore le même opium qui a fourni à M. Mouchead 10,5 de morphine, et 10,7 à M. Payen (Comptes rendus de F Académie des sciences, t. XVII, p. 849).

Opium indigène. C’est Belon qui a conseillé le premier de préparer en Europe, "et spécialement en France, de lopium, en employant le procédé usité dans l’Anatolie. Ceux qui s’en sont le plus occupés sont MM. Cowley et Staines en Angleterre, Young en Ecosse, Petit et le général Lamarque en France, Hardy et Simon en Algérie. Le plus beau de ces opiums m’a été envoyé d'Angleterre par M. Pereira : il a la forme d’un pain aplati, dont la cassure est très homogène , luisante et de couleur hépatique brune; il offre une odeur assez forte d’opium de Smyrne et une saveur très âcre et très amère. Je ne doute pas qu’il ne soit d’une excellente qualité et supérieur à celui de MM. Cowley et Staines, qui n’a fourni à M. Hennel que 7,37 de morphine pour 100. Un opium préparé aux environs de Provins a donné à M. Peut, de Corbeil, 16 à 18 pour 100 de morphine (Journ. pharm.,t. XIE, p- 183), ce qui le montré égal au meilleur opium de Smyrne, et M. Caventou parait avoir obtenu un résultat analogue.

L’opium récolté par le général Lamarque , à Eyrés, dans le département des Landes , w’a pas la belle apparence de l’opium anglais décrit plus haut, étant en grumeaux agglomérés auxquels on n’a pas cherché à donner la forme d’une masse homogène ; mais il est également d’une très bonne qualité. M. Caventou annonce, en effet, en avoir extrait, en 1828, plus de 14 de morphine pour 100 (Comptes rendus, t. XVII, p. 1075); et Pelletier, en employant la précipitation à chaud par le carbonate d’ammoniaque (ce qui est

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