‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 5)Chapitre 13 sur 121 · IL · texte numérisé non relu

IL

l’action de l’hydrate de potasse fondu. Il se dégage de l'hydrogène et le sel de potasse produit est un mélange de valérianate et de carbonate de potasse , ainsi que l'explique l'équation suivante :

C12H1002 + 6HO0 — C'0H1004 2e 204 — 6H.

Nonobstant l'opinion de M. Gerhardt, je pense que l’essence de valériane, même récente, contient de l’acide valérianique. J'admets cependant que la racine fraîche n’en contient pas, et c’est sans doute une des raisons pour lesquelles elle possède une odeur beaucoup plus faible que la racine sèche. Mais après la dessiccation , lorsque les principes huileux ont imprégné tout le tissu de la racine et se trouvent en contact avec l’air, il est difficile de croire qu’ils n’éprouvent pas le genre d’altération propre à la production de l'acide valérianique. Il est d’'ailleurs certain que l'essence de valériane sèche , nouvellement préparée, contient toujours de l’acide valérianique.

Racine de Grande Valériane,

Valeriana phu L. Cette plante est cultivée dans les jardins; tontes ses parties sont plus grandes que dans la précédente, si ce n’est que sa tige qui n’a que À mètre de haut ; ses feuilles radicales sont entières; sa racine est formée d’une souche longue et grosse comme le doigt , d’une couleur grise et marquée d’anneaux circulaires qui sont des vestiges d'insertion d’écailles foliacéés noirâtres. Cette souche s'étant trouvée placée transversalement dans la terre , est nue du côté qui regardait Ja surface du sol et garnie de l’autre d’un grand nombre de radicules dirigées en bas, grises et ridées à l’extérieur, et d’une couleur foncée en dedans. L’odeur de la racine est analogue à celle de la première espèce , plus faible et cependant plus désagréable , ce qui peut tenir à ce que, étant ordinairement très ancienne dans le commerce , l'essence s'y trouve en plus grande partie convertie en acide valérianique ; sa saveur est manifestement très amère. Elle jouit dans un moindre degré des mêmes propriétés que la valériane officinale,

La racine de grande valériane est le Fhu ou nard de Crète, dont il est fait mention dans le douzième livre de Pline.

Racine de Valériane celtique ou Nard celtique,

Valeriana celtica. Gette espèce (fig. 259) croît sur les montagnes de la Suisse et du Tyrol, pays des anciens Celtes ; de là lui est venu le nom de nard celtique , qu’elle a toujours porté. Elle se compose d’une petite souche ligneuse, toute couverte d’écailles imbriquées , placée

VALÉRIANÉES. 67 obliquement près de la surface du sol et sous la mousse qui le recouvre, pourvue d’un côté de quelques radicules et terminée supérieurement

par une touffe de feuilles trèsentières, obovées, Fig. 239. et par une tige haute de 8 à 20 centimètres ;

les fleurs sont d’un rouge pâle, réunies au Re nombre de cinq ou six en petites ombelles Re portées sur des pédoncules axillaires ; celles "Se

de l’extrémité sont presque sessiles et comme Ka

verticillées. SX | Le nard celtique se trouve dans le com- \ merce sous la forme de paquets ronds et plats ù

qui le contiennent mélangé de mousse et de beaucoup de terre sablonneuse. La souche elle-même est très menue, longue de 3 à 5 centimètres, entièrement couverte d’écailles blanchâtres, et munie de quelques radicules brunes. Toute la souche est pourvue d’une saveur très amère et d’une odeur forte qui tient beaucoup de celle de la valériane, Cette substance , quoiqu’elle doive être très active, n’est plus guère employée aujourd’hui que pour la thériaque. Il faut la débarrasser de la mousse , de la terre et des feuilles qu’elle contient.

Nard indien ou Spicanard.

Cette substance a été célèbre dans l'antiquité et comptée au nombre des aromates les plus précieux ; son odeur passait pour exciter les désirs amoureux ; partant elle était en grand honneur auprès des dames romaines {1}, comme elle lest encore aujourd’hui chez celles du Népaul.

Cet usage peut s'expliquer jusqu’à un certain point, maintenant qu’il

(4) Un poëte , heureux imitateur des anciens, nous a dit :

Et de celle conque azurce

Tirons le nard délicieux

Dont l'odeur seule fait qu'on aime, Qui prête un charme à Vénus même,

Et l'annonce au banqgnel des dieux,

68 DICOTY LÉDONES CALICIFLORES.

est reconnu que le véritable nard indien appartient à une plante très voisine des valérianes. Et d’ailleurs une odeur qui nous paraît peu agréable aujourd'hui a pu sembler suave autrefois; de même que le citron dont toutes les femmes se parfument, de notre temps , passait anciennement pour désagréable, et ainsi de plusieurs autres.

Pendant longtemps le nard indien à été attribué à l’andropogon nardus L., de la famille des graminées , et l’on s'étonne que cette opinion ait pu durer ; car la racine de l’andropogon nardus (ginger-grass Angl.) ressemble pour la forme et la couleur à celles du schænanthe et du vétiver : elle‘ offre une odeur mixte de gingembre et d’acore , tout à fait distincte de celle du nard indien.

Le docteur Jones, qui a été président de la Société asiatique de Calcutta, à le premier fait connaître que la plante qui produit le spicanard est une valériane, qu'il a nommée, de son nom sanscrit, valeriana Jafamanst ; mais il l’a confondue avec le raleriana Hardiwickir de Don on de Wallich , qui ne donne pas de spicanard. I] faut dire , cependant, qu'il nous vient de l’Inde plusieurs espèces de nard, mais dont aucun n’est produit par le valeriana Hardwickii.

L'existence de plusieurs espèces de nard indien a été constatée dans tous les temps. Ainsi Dioscoride, à part même les deux nards qu’il nomme syriaque et samplaritique , décrit deux nards de l'Inde : l'un, croissant sur les montagnes, est court, aminci à l'extrémité, d’une couleur rousse, amer, et d’une odeur agréable qui se conserve longtemps; l’autre, venu dans des endroits très humides et nommé gangitis, du fleuve Gange, qui coule au pied des lieux où il croît, est plus grand, portant plusieurs épis chevelus sortant d’une même racine, et ces épis sont hérissés de fibres entremêlées, et de mauvaise odeur ; il est moins estimé.

On trouve des traces de cette distinction des deux nards de l’Inde dans Pomet et dans Geoffrov; mais nul ne les a mieux décrits que Charas, dans sa Pharmacopée , article THÉRIAQUE RÉFORMÉE. Suivant lui « le véritable nard des Indes à ses épis moindres que l’autre ; il est sans partie ligneuse, d’un jaune tirant sur le purpurin, d’un goût fort aromatique, mêlé d’amertume et d’acrimonie ; il est porté sur une petite racine sujette à tomber en poussière. et qu'il convient d’en séparer en secouant les épis sans les briser. Le faux nard est plus gros que le précédent, d’une couleur plus brune, portant une chevelure plus éparpillée et plus hérissée ; il est presque privé d’odeur et de goût ; il offre dans son centre une partie ligneuse qui sert de loin en loin de base à la chevelure. »

A la vérité, Charas dit avoir cueilli ce faux nard sur le mont Genèvre, en Dauphiné, ce qui tendrait à le faire regarder comme indigène :

VALÉRIANÉES. 69 mais, comme il parle d'autrefois, et que les caractères donnés par d’autres auteurs, à ce faux nard du Dauphiné, ne se rapportent pas à la description précédente , il me parait certain que Charas a confondu deux choses différentes, savoir : le faux nard de l'Inde, dont la description se trouve ci-dessus, et le faux nard du Dauphiné, dont la forme se rapproche beaucoup de celle du vrai nard de l'Inde, et qui est, au dire de Pomet, d'un gris de souris, tourné comme S'il avait été tourné au tour, et composé de filaments fort menus ; ces derniers caractères indiquent suffisamment que ce faux nard du Dauphiné n’est autre que le bulbe allongé et chevelu de la Victoriale (allium victoriulis L.). En résumé Charas à parfaitement distingué les deux nards de l'Inde ; il a eu tort seulement de croire que le second venait du Dauphiné. Voici la description plus précise de ces deux substances.

Nard Jatamansi,

Vrai nard indien Charas ; nard des montagnes de l'Inde Diosc., I, cap. 6; Valeriana jatamansi Lambert (an Ilust. of the génus cinch., p. 177, fig. ); nardostachys jatamansi DC. Coll. mém. vu, pl 1; Prodromus 1V, p. 624. Cette plante (fig. 260) croît dans les montagnes du Népaul, dans les provinces de Mandou et de Chitor, au royaume de Delhi, au Bengale et au Décan.

L'excellente figure qu’en à donnée Lambert, et l’échantillon que j'en ai vu dans l'herbier de M. Delessert, ne permettent pas de douter que ce soit elle qui produise le vrai nard indien. Cette subslance est devenue très rare dans le commerce ; telle que nous l'avons (fig. 261), elle se compose d’un tronçon de racine très court, épais comme le petit doigt, d’un gris noiratre, surmonté d’un paquet de fibres rougeûtres, lines et dressées, qui imitent un épi de la grosseur ei de la longueur du petit doigt, Get épi est ordinairement un peu ovoïde ou

70 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

renflé au milieu et aminci aux extrémités ; les fibres dont il se compose sont souvent encore disposées en réseau de feuilles, et ne sont effectivement que le sque- Fig. 261. lette desséché des feuilles qui entourent le collet de la plante, et qui se détruisent chaque année ; l'odeur en est forte et agréable, très persistante , analogue à celle du nard celtique ; la saveur en est amère et aromatique.

‘ En coupant l’épi longitudinalement, on trouve au centre un corps ligneux, formé d’une écorce grise et d’une partie intérieure blanche, spongieuse et friable. Ce corps ligneux estsouvent réduit à l’état pulvérulent par les insectes, ou manque entièrement. Ayant une fois ouvert un épi dont la racine était bien conservée, je lui ai trouvé une odeur très marquée de valériane.

Nard radicant de lPIinde (fig. 262 et 265 ).

Nard du Gange Diosc. Cette substance est abondante dans le commerce; elle se compose d’un corps de racine brun , dur, ligneux, gros comme une plume à écrire, tout hérissé de radicules brunes, rudes et chevelues. Cette racine se divise supérieurement en trois ou quatre tiges ou rhizomes, longs quelquefois de 19 à 22 centimètres, entièrement couverts de fibres brunes, dressées, qui sont, comme dans le vrai spicanard , le débris des feuilles radicales ; mais ces trois ou quatre tiges ayant été renfermées sous terre, jusqu’à un paquet de feuilles verdâtres qui les termine supérieurement, les fibres dont je parle sont entremêlées d’autres fibrilles ou radicules semblables à celles de la partie inférieure. Quand on dépouille les rhizomes de leurs fibrilles, on trouve dessous un corps ligneux (fig. 263, «), très dur, mince comme une petite plume, mais renflé et articulé de distance en distance, à la manière des souchets ; au total, ces rhizomes ramifiés ,

VALÉRIANEÉES. 71

longs de 16 à 19 centimètres , tout hérissés d’une chevelure brune, dure, irrégulière, sont très faciles à distinguer du vrai spicanard. Ils ont une odeur analogue à celle du pard celtique, mais beaucoup plus faible et désagréable; leur saveur est terreuse et presque nulle.

La plante qui fournit le nard radicant de l'Inde est encore inconnue. Aucune des valérianes de l'Inde que j'ai vues dans les herbiers de M. B. Delessert ne peut le produire. Le seul nardostachys grandiflora DC. ( fedia grandiflora Wall.), tel qu'il est représenté dans le VII® mémoire de de Candolle, pl 2, offre un rhizome long , cylindrique , hérissé de fibres, qui se rapporte assez bien au pard radicant ; mais Pinspection de la plante en nature pourra seule décider la question, par la conforination toute particulière que l’on doit trouver à son rhizome ligneux. | Ut

DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

Nard foliacé de lPinde ( fig. 264 et 265 }.

J'ai vu cette substance pour la première fois dans le commerce vers l’année 1825 , je ne sais si elle s’y trouvait auparavant ; elle y était assez

abondante. Au premier aspect, elle paraît assez différente de la précédente ; mais, après un examen minutieux, je la regarde comme la

Fig. 265.

même plante recueillie jeune. Au lieu d’être formée d’un long rhizome ramifié, terminé par une faible touffe de feuilles, cette substance est au contraire presque entièrement formée d’un épi foliacé jaunâtre, terminé inférieurement par une courte racine ligneuse , munie de radicules chevelues et jaunâtres. L'odeur est plus développée que dans le précédent spicanard, et offre quelque chose d’aromatique et d’agréable. Du reste, on observe dans les épis foliacés la tendance à se ramifier qui se serait développée plus tard ; on voit percer des radicules ligneuses même à travers les feuilles non altérées ; la consistance et la forme du rhizome sont les mêmes. Bref , le nard foliacé et le nard radicant de l'Inde ne me paraissent différer, que par l’âge auquel ils ont été récoités.

Faux Nard du Dauphiné (fig. 266).

Bulbe de la wictoriale longue de Clusius

(Bar, À, 189); allium unguënum du Matthiole de Bauhin , p. 422.

VALÉRIANÉES. 73 Gette substance n'a été qu’imparfailement décrite par Pomet. Elle a tout à fait la forme du nard jatamansi, c’est-à-dire qu'elle est grosse et longue comme le petit doigt, un peu renflée au milieu et amincic aux extrémités ; mais elle est d’un gris de souris, inodore Fig. 266 et d’une saveur terreuse. La surface de l’épi est généralement unie, et les fibres très fines dont il se compose forment un réseau régulier , disposé en losange. Lorsqu'on coupe l’épi longitudinalement, on voit au centre un Corps blanc cellulaire, arrondi, séparé en deux par une ligne rousse horizontale, qui forme la ligne de démarcation de deux bulbes d'années consécutives. Au-dessus du bulbe supérieur se trouve le bourgeon de celui qui grossira l’année d’après, et au - dessous sont les débris des bulbes des années précédentes. Cette disposition diffère de celle du colchique en ce que, dans celui-ci, les bulbes se forment latéralement , tandis que dans la victoriale ils se EME dans le sens perpendiculaire, et causent ainsi l'allongement progressif de l’épi. La victoriale croît dans les montagnes du Dauphiné, de la Suisse, de l'Italie, de l'Autriche et de la Silésie, J'ai dû à l’obligeance de M. Chatenay, alors pharmacien à Saint-Ymier, dans l’état de Berne, l'échantillon qui a servi à la description précédente.

D’autres substances que les précédentes ont porté le nom de nard ; telles sont la lavande spie, qui se trouve décrite par d'anciens auteurs sous le nom de nardus italica, et la racine d’asarum , qui à été nommée n0rd sauvage.

Mâche Où doucette, valerianella olitoria Mænch. Petite plante commune dans les champs à la fin de l'hiver, mais cultivée dans les jardins potagers pour lPusage de la table. Ses feuilles sont entières, vertes, succulentes, d’un goût doux; ses fleurs sont d’un bleu très

74 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

pâle, pourvues d’un calice à dents droites et de 3 étamines ; le fruit est une capsule à 3 loges dont une seule fertile.

Valériane rouge, centranthus ruber ou plutôt le centranthus angustifolius DC. Cette plante, remarquable par ses fleurs nombreuses eu d’un beau rouge, croît en France dans les lieux pierreux et sur les vieux murs, et est cultivée pour l’ornement des jardins. Le tube de la corolle est éperonné à la base et ne porte qu’une étamine, Le fruit est uniloculaire et monosperme. La racine sent la valériane.

FAMILLE DES RUBIACÉES.

Plantes herbacées, arbustes ou arbres à feuilles opposées , accompaguées de chaque côté de stipules , tantôt soudées et formant une sorte de gaine ; lantôt distinctes et se développant en feuilles semblables aux véritables, et simulant un verticille de feuilles. Les fleurs sont axillaires uu terminales, quelquefois réunies en tête. Le calice est formé d’un tube adhérent à l’ovaire et d’un limbe supère, entier ou partagé en 4 ou 5 lobes, le plus souvent persistants. La corolle est épigyne , gamopétale, régulière , à 4 ou 5 lobes; les étamines sont en nombre égal et alternes avec les lobes de la corolle ; l'ovaire est infère, surmonté d’un style simpJe et d’un stigmase qui offre autant de lobes qu’il y a de loges à l'ovaire, Le fruit est tantôt une mélonide ( fruit complexe, charnu, infère, indébiscent) à deux ou à plusieurs loges monospermes ou polyspermes ; tantôt un carcérule infère ne différant du fruit précédent que par la siccité du péricarpe ; tantôt une capsule à deux ou à un plus urand nombre de loges polyspermes et s’ouvrant en autant de valves qu'il y a de loges; les graines, souvent comprimées et bordées d’une aile membraneuse, contiennent un embryon homotrepe dans un endosperme corné où cartilagineux.

Malgré les différences observées dans les fruits, la famille des rubiacées est une des plus naturelles du règne végétal ; c’est aussi une des plus nombreuses et des plus essentielles à connaître, à cause du grand nombre de substances actives qu’elle fournit à l’art de guérir. Elle a été divisée de la manière suivante :

re sous-famille, coFFÉACÉES : fruits à loges monospermes (très rarement dispermes ).

Tribu I, operculariées : fruits uniloculaires, monospermes, rapprochés latéralement en capitules, enfin déhiscents et bivalves par le sommet, Genres pornax, operculariu.

Tribu IL, stellatées : fruit presque sec, bipartible, rarement

RUBIACÉES. 75 charnu et biloculaire ; stigmate en tête. Genres vaëllantia, galium . rubia, crucianella, asperula, etc.

Tribu III, anthospermées : fruit presque sec, bipartible, rarement charnu et biloculaire ; stigmate allongé , velu. Genres anthospermum , etc. 1

Tribu IV, spermacocées : fruit presque sec à 2 ou à 4 noyaux ; stigmate bilamellé. Genres serissa, borreria, spermacoce, richarsonia, perama , etc. °

Tribu V, psychotriées : fruit charnu , biloculaire ; semences convexes par le dos, planes et marquées d’un sillon du côté interne ; endosperme corné. Genres cephælis, patabea, palicourea, psychotria , ronabea, mapouria, coffea, faramea, pavetra, ixora, chococcu , siderodendron , etc.

Tribu VF, pædériées : fruit biloculaire, indéhiscent, à peine charnu ; tube du calice se séparant facilement des carpelles qui sont très comprimés et suspendus à un axe filiforme ; endosperme charnu. Genre pæderia.

Tribu VIT, guettardacées : fruit charnu, à 2-10 noyaux, semences cylindriques. Genres morinda, vanqueria, quettarda, malanea, antirrhœæa , stenostomum , erithalis, etc.

Tribu VIH, cordiérées : fruit charnu, multiloculaire. Genres cordiera , tricalysia.

2e sous-famille, cINCHONÉES : fruits à loges polyspermes.

Tribu IX, haméliées : fruit charnu, multiloculaire. Genres sabicea, hamelia, etc.

Tribu X, isertiées : fruit charnu à 2-6 noyaux. Genres #sertia , anthocephalus , etc.

Tribu XI, gardéniées : fruit charnu biloculaire (rarement uniloculaire) ; semences non ailées. Genres castesbæa, bertiera, randia, genipa, oxyanthus, mussænda, amaioua, etc.

Tribu XIT, hédyotidées : capsule à 2 loges, semences non ailées. Genres hedyotis, oldenlandia, ophiorrhiza, sipanea, rondeletia. portlandia, macrocnemum , condaminea , etc.

Tribu XIIT, einechonées : capsule biloculaire, semences ailées. Genres pinchkneya, manettia, danais, exostemuna, hymenodyction , luculia, lasiostemma , remijia, cinchona, cosmibuena , coutarea, nauclea , uncaria, etc.

Racine de Garance.

Hubia tènctorium L. Car. gén. : tube calicinal ové-globuleux, limbe à peine sensible; corolle rotacée , à 4 ou 5 divisions ; 4 ou 5 étamines

16 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

courtes ; ovaire infère, biloculaire, surmonté d’un style bifide; fruit succulent, sous-globuleux , didyme , à 2 loges cartilagineuses ( mélonide). — Herbes ou arbrisseaux ; tiges diffuses, très rameuses, tétragones ; feuilles opposées, accompagnées de stipules intermédiaires foliacées , constituant un verticille de 4 à 8 feuilles,

La garance est pourvue d’une racine vivace, très longue et rampante; elle produit des tiges longues , carrées, noueuses, garnies sur les angles de poils très rudes; les feuilles sont verticillées par 4 ou 6, hérissées de poils rudes; les fleurs sont très petites et d’un jaune verdûtre , les fruits sont noirs. La garance croît naturellement en Orient et dans le midi de l’Europe ; on la cultive dans les environs d'Avignon, en Alsace, en Zélande et dans d’autres contrées , à cause de sa racine qui est très employée dans la teinture en rouge ; mais celle qui vient d'Afrique, d'Orient et surtout de Chypre, est la plus estimée.

Cette racine est de la grosseur d’une plume à écrire ; elle est formée d’un épiderme rougeâtre, recouvrant une écorce d’un rouge brun foncé, et au centre se trouve un méditullium ligneux, d’un rouge plus pâle et jaunâtre ; elle à une saveur amère et styptique ; administrée en décoction , elle teint en rouge le lait, les urines et les os ; elle entre dans le sirop d’armoise composé.

La garance à été le but des recherches d’un grand nombre de chimistes, mais surtout de MM. Kuhlmann, Robiquet et Colin. Le premier a montré que cette racine contenait un acide libre, analogue à l’acide malique , une quantité notable de sucre qui donne au macéré aqueux la propriété de pouvoir subir la fermentation alcoolique , de la gomme, une matière colorante rouge, une fauve, divers sels à base de potasse , elc.; mais c’est Robiquet et M. Colin qui, les premiers, ont obtenu le principe colorant rouge à l’état de pureté ; ils lui ont donné le nom d’alizarine, du nom izart ou alizarti, que la garance porte dans le Levant.

Pour obtenir l’alizarine , on traite la garance pulvérisée par les deux tiers de son poids, ou par partie égale d’acide sulfurique concentré, et l'on empêche le vase de s’échauffer en le plongeant dans un mélange réfrigérant. En opérant ainsi, tous les principes solubles de la racine sont détruits ou charbonnés, hors l’alizarine. On lave le charbon sulfurique à l’eau; on le fait sécher, et il suffit alors de le chauffer très modérément dans un vase sublimatoire, pour obtenir lalizarine sous forme de longues aiguilles, d’un rouge orangé.

Ce corps est donc volatil ; il est presque insoluble dans l’eau froide , ! un peu soluble dans l’eau bouillante, et donne avec ce dernier une teinture jaune d’or. Il est soluble dans les alcalis qui lui font prendre une couleur pensée magnifique. 11 est insoluble dans les acides, Il donne

RUBIACÉES. 77 sur les étoffes, à l’aide des mordants, les couleurs les plus riches, et d’une grande fixité.

Robiquet et M. Colin ont également constaté, dans la garance, l'existence d’an autre principe colorant rouge, qu'ils ont nommé purpurine, plus foncé et plus riche en apparence que l’alizarine , mais fournissant à la teinture des teintes moins abondantes , moins belles et surtout moins fixes.

Beaucoup d’autres espèces du genre rubia contiennent dans leurs racines une matière colorante rouge applicable à la teinture : telles sont les rubia angustifolia, longifolia, peregrina, lucida, bocconti, olivieri, qui appartiennent à l'Europe ; le rubia munyista de l'Inde, les rubia chilensis et relbum du Chili, les rubia quadalupensis et hypocarpia des Antilles. Les racines de plantes appartenant à d’autres genres de la famille des rubiacées possèdent la même propriété tinctoriale : telles sont, en Europe , les racines des galium verum et mollugo, dans l'Inde celle de l’o/denlandia umbellata , connue sous le nom de ehayavair; dans l’Inde et dans la Malaisie les racines de la plupart des morinda (ML. citrifolia, tinctoria, bracteata , mudia, chachuca, umbellata, etc., dont une, la dernière sans doute, nous est parvenue sous le nom de moona (Ainslie, t. II, p. 253). Celle-ci est une racine ligneuse, tortueuse, grosse comme le doigt, couverte d’une écorce assez mince, offrant une teinte générale jaune orangée , une saveur amère, et teignant la salive en jaune safrané.

Chaya-Vair.

Saya-ver ou ümburel tam. ; chay-roof des Anglais. Quoique chayapair où chaya-ver ne signifie rien autre chose que racine de chaya, il est bon de conserver à ce nom sa forme particulière, afin de ne pas confondre la substance qu’il représente avec la racine de chaya dont il à été fait mention t. II, p. 412.

Le chaya-ver est donc la racine de l’oldenlandia umbellata, appartenant à la tribu des hédyotidées de la famille des rubiacées. Cette plante croit naturellement dans plusieurs parties de l'Inde ; mais elle est culüvée surtout sur la côte de Coromandel, où elle forme une branche de commerce assez importante.

Suivant Roxburgh, la racine de l’o/denlandia umbellata est longue de 4 à 2 pieds, mince, produisant peu de fibres latérales, pourvue d’une écorce orangée et d’une partie ligneuse blanche. Cette description semble indiquer une racine d’un certain diamètre; mais, tel que j'ai pu me le procurer, le chaya-ver est sous la forme d’un faisceau composé de racines longues de 20 à 22 centimètres, minces comme du

18 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

gros fil, tortueuses, généralement d’un gris rougeûtre , d’une odeur nulle et d’une saveur peu marquée. La couleur cependant varie beaucoup, suivant celle de l’intérieur de l'écorce qui, tantôt est d’un jaune verdâtre, et tantôt d’un rouge de garance. Beaucoup de racines même présentent les deux couleurs réunies, savoir la couleur jaune verdâtre dans la partie inférieure, et la couleur rouge dans celie qui avoisine la tige et dans l’écorce même de la tige. Le bois de la racine est gris, et celui de la tige blanc. Le tout réuni donne une poudre grise qui communique à l’eau froide une couleur jaune foncée devenant d’un beau rouge par les alcalis. La poudre épuisée par l’eau froide donne ensuite à ce liquide bouillant une teinte rougeâtre passant au rouge foncé par les alcalis. On obtient de ces liqueurs, par les procédés de teinture, des rouges aussi beaux et aussi solides que ceux de la garance, et Robiquet a montré que le chaya-ver devait ses qualités à celui des deux principes colorants de la garance qui fournit en effet les teints les plus solides (l’alizarine); mais il en contient environ trois fois moins que la garance, ce qui rendra toujours son introduction en Europe peu profitable.

(On peut consulter, sur les procédés de teinture applicables au chaya-ver, au munjit et au noona, le Rapport fait à la Société industrielle de Mulhouse , le 30 mar 1832.)

Caillelait jaune.

Galium luteum L. Cette plante est commune en Europe, dans les prés secs et sur le bord des bois ; ses tiges sont faibles, à moitié couchées, tétragones, hautes de 27 à A0 centimètres, garnies dans toute leur longueur de feuilles linéaires , glabres, verticillées par 6 ou 8 ; les fleurs sont très petites, jaunes, légèrement odorantes , disposées par petits bouquets le long de la partie supérieure des tiges. Elles sont formées d’un calice à 4 dents; d’une corolle en roue à 4 divisions ; de h étamines courtes, de 2 styles courts ; le fruit est formé de 2 coques indéhiscentes, monospermes, accolées.

Le nom de cette plante lui vient de la propriété qu’on lui a attribuée, mais qu'elle ne possède pas, de faire cailler le lait. Cependant dans quelques pays, par exemple à Chester en Angleterre, on l’ajoute au lait pour donner une teinte jaune au fromage. En médecine, les sommités sèches sont prescrites en infusion comme antispasmodiques, et son suc, à l’état récent, comme antiépileptique. On emploie au même usage le eaillelait blane (galium mollugo +.) et le gratteron (ga/un aparine L.).

RUPIACÉES. 79 Racines d’Ipécacuanhas.

L'ipécacuanha a été apporté en Europe vers l’année 1672. II était alors connu sous les noms de béconqguille et de mine d'or ; mais on en fit peu d'usage jusqu’en 1686, époque à laquelle un marchand étranger en apporta de nouveau en France. IL fut alors préconisé et employé avec Succès comme vomitif et antidyssentérique par Adrien Helvétins, médecin de Reims. Cependant la source en restant inconnue, Louis XIV en acheta le secret en 1690, et le publia.

L'ipécacuanha a eu le sort de tous les médicaments véritablement utiles et dont la découverte a fait époque dans l’histoire de la médecine : le besoin de s’en procurer en a fait trouver partout , et chaque pays a voulu avoir le sien. Alors le nom en à été étendu non seulement aux racines de quelques plantes voisines de la première découverte, et qui pouvaient , jusqu’à un certain point, se confondre avec elle ; mais encore à celles de végétaux entièrement différents, et qui n'offraient d'autre ressemblance avec l’ipécacuanha que celle d’être plus ou moins vomitives. On s’imagine facilement quelle confusion cette manière de procéder a dù jeter pendant longtemps sur l’histoire de cette précieuse substance. Aujourd’hui que l’origine des différentes racines qui en ont usurpé le nom est bien connue, il n’est plus permis de compter au nombre des ipécacuanhas que la première espèce employée et deux ou trois autres, d’une forme analogue, produites par des plantes de la même famille; celles qui appartiennent à des familles différentes ne seront considérées que comme des succédanées propres aux seuls pays qui les produisent, et n’ayant plus pour nous qu’une importance très secondaire.

Ipécacuanha officinal ou ipécacuanha annelé mineur.

C'ephælis ipecacuanha Rich.; callicocca ipecacuanha Gomez et Brotero; #pecacuanha fusca Pison: poya do mato des Brésiliens. Cette plante (fig. 267) croît dans les forêts épaisses et ombragées du Brésil. Sa tige, qui est simple et ligneuse, s'élève à la hauteur de 30 centimètres environ; elle porte à la partie supérieure 3 ou 4 paires de feuilles opposées, courtement pétiolées , ovales-entières , presque glabres, longues de 55 à 80 millimètres; chaque paire de feuilles est accompagnée de 2 stipules réunies à leur base, divisées par le haut en plusieurs lanières étroites. Les fleurs sont petites, blanches, infundibuliformes , et disposées en un petit capitule terminal, environné à sa base de 4 folioles pubescentes. Le fruit est ovoïde, peu charnu, et renferme 2 nucules qui se séparent à la maturité. La racine est fibrense et

s0 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

marquée d’impressions circulaires très rapprochées, Cette racine, telle que le commerce la fournit, présente deux variétés dont voici la description :

Première variété : pécacuanha annelé gris noirâtre (fig. 268) ; ipécacuanha brun de Lemery; ipéeacuanha gris ou annelé de M. Mérat (Dictionnaire des sciences médicales, 1. XXVI, p. 10). Racine longue de 8 à 12 centimètres ; tortue ou recourbée en différents

Fig. 268.

Fig. 267.

sens , ordinairement de la grosseur d’une petite plume à écrire, et s’amincissant d’une manière remarquable vers son extrémité supérieure. Elle est formée d’un cœur ligneux, blanc-jaunâtre , qui va d’un bout à l’autre de la racine, et d’une écorce épaisse, bouillonnée ou comme disposée par anneaux contre le cœur ligneux, et facile à en séparer. Cette écorce , dont l’épiderme est d’un gris noirâtre , est grise à l’intérieur, dure, cornée et demi-transparente. Elle à une saveur âcre manit festement aromatique. L’odeur de la racine respirée en masse est forte, irritante et nauséeuse.

Pelletier ayant analysé comparativement et séparément la partie cor-

RUBIACÉES. s1 ticale et la partie ligneuse de cette racine (1), en a retiré les produits suivants :

lcorce, Méditullinm, Matière grasse odorante . . . . . . .. 9 tracés. D ET RE, . 2 6 »

Extrait vomitif propre à l’ipécacuanba,

CL NOMIMNÉ ÉPRÉMME EN. … à … he 0 16 4,45 PACE NON VOIE MEL. To » » 2,45 POUSSE. aa - : LU 5 ARNO CR. , 20 RDS. A ed . usa. 08 66,40 LÉ ORPI, ESSOR ER lL h,80

1j à ainsi expliqué et confirmé la croyance où l’on a toujours été, que la partie corticale de lipécacuanha est beaucoup plus active que le meditullium Migneux.

Seconde variété : Kpéceacuanha annelé gris rougeñtre ; ipécaeuanha gris rouge de Lemery et de M. Mérat. Il à absolument la même forme que le précédent, mais il en diffère par la couleur de son écorce moins foncée et rougeàtre, par son odeur moins forte lorsqu'il est respiré en masse, par sa saveur non aromatique. M. Mérat, dans son excellent article du Âictionnaire des sciences médicales, le dit plus amer ; mais il faut que ce caractère soit variable, car je n’y trouve pas cette différence, et même l’amertume est si peu prononcée dans les deux, que je ne crois pas que l’on puisse en faire un caractère principal, et comme exclusif, pour séparer les ipécacuanhas vrais ou faux en deux séries (/oc. cit., page 14).

De même que dans l’ipécacuanha gris noirâtre , l'écorce de la variété grise rougeâtre est ordinairement cornée et demi-transparente, et même ce caractère y est plus apparent , en raison de la couleur moins foncte de l'épiderme ; mais quelquefois la section de cette écorce est opaque, mate et farineuse, et alors la racine, offrant en général des propriétés inoins actives, en est moips estimée. Cette manière d’être ne forme pas une nouvelle variété distincte , car on remarque des racines dont une partie de la section transversale est opaque et l’autre cornée, et j’en ai vu beaucoup d’autres dont l’extrémité supérieure était cornée et l'inférieure amylacée.

(4) C’est par erreur que dans le Mémoire de Pelletier, la racine qui a servi aux deux analyses suivantes se trouve désignée sous le nom de psychotria emetica, (Journ. de pharm.,t. WE, p. 148-451.)

it. 6

Pelletier { Journ. de pharim., t. , p. 57), ayant analysé l'ipécacuanbha gris rougeûtre privé de son meditullium Vigneux, l'a trouvé composé de :

Matièreigrasse . . . . . . .1Mn 2 EME. L'ONU Ah GOMMÉCSMRGEN SEULE RENTE 16

ADN NU . à 0 18 LIPTOUEE ass + + MAINS Perte. SP ANT. UT

Cette analyse rend raison de la propriété vomitive un peu moins forte de l’ipécacuanha gris rougeâtre comparé à la première variété ; mais il n’explique pas l’odeur plus marquée de celle-ci. Enfin je ne vois rien dans ces racines qui justifie les proportions presque inverses de l'ainidon et de la matière ligneuse, Cette anomalie serait-elle due à une simple transposition de nombres (1) ?

Ipécacuanha annelé majeur (fig. 269).

Ipécacuanha gris blane de M. Mérat. Cet ipécacuanba a été regardé jusqu'ici comme une simple variété de forme du précédent: mais la quantité considérable qui en est arrivée il y a plusieurs années, sans aucun mélange d’ipécacuanha gris ordinaire, me fait penser que c’est

‘une sorte distincte provenant d’une partie différente du Brésil et pro-

(1) Cette conclusion est d’autant plus probable, que Barruel père et M, Richard ont extrait de l'écorce de l’ipécacuanha gris annelé , sans distinetion de variété , les substances suivantes :

Cire et matières grasses . . . . . . . . 0. 1,2 BENe nu +. SR : RS nes EE ee L'oic di Gomme et substances salines . . . . . . . 2,4 ARE DE de OUI Pere LUN À 2,4 Did EN OL Gus : 1 ML ENENAUSS Éasenmihis | Là et 2 ee © At RS F Aeide galliqne.. . . .. 2... 08 CAUREeS:

PE ET : . . . . . s LÉ N ÉTREN. 4,3

Je pense que cette analyse donne une idée plus exacte de la composition de la partie corticale de l’ipécaguanha que celles qui ont précédé,

RUBIACÉES. 85 duite sans doute par un autre cephælis que le C. ipecacuanha. Cette racine se trouve mêlée d'une grande quantité de souches supérieures ou de fortes tiges ligneuses qui en diminuent beaucoup la qualité (4) ; mais quand elle en est privée par Fig. 269.

le triage, je la crois aussi bonne que l’ipécacuanha annelé ordinaire.

Elle est en morceaux rompus , souvent longs de 45 centimètres el épais de 5 à 6 mil-

- limèt. ; elle est généralement moins tortueuse que l'ipécacuanha annelé mineur ; elle est cylindrique el marquée d’anueaux plus régulicrs, moins sail- Jants, quelquefois presque nuls ; dans

ce dernier cas, la racine peut présenter extérieurement l'apparence d'une petite branche ligneuse, Lorsqu'on brise cet ipécacuanba , on le trouve formé d’une ‘écorce très épaisse, dure, cornée, translucide , dun gris jaunâtre ou rougeâtre, et d’un méditullium ligneux, jaune, très petit, cylindrique. La couleur générale de la racine est le gris rougeâtre ; l'odeur en est forte et irritante et la saveur âcre. Ces caractères, joints à cette circonstance que dans la racine privée des tiges ligneuses l'écorce l'emporte de beaucoup en épaisseur sur le méditullium , me confirment dans l'opinion que cette racine mondée doit être très active ; cependant l'analyse n’en à pas été faite.

st

(4) L'ipécacuanha gris ordinaire en sorte, ou tel qu'il arrive dans les balles, contient de même beaucoup de parties ligneuses dont on le prive par le triage ; mais ces parties sont beaucoup plus gréles que dans lipécacuanha annelé majeur.

S/i DICOTYLÉDONES CALICIFLORES,

Igécacuanha sirié.

Ipécacuanba gris cendré glyeyrrhizé de Lemerv; ipéeacuanha noir de quelques auteurs, ipéeacuonha strié de M. Mérat. Cette racine forme une espèce bien distincte des variétés précédentes, tant par ses caractères physiques différents que parce que la plante qui la fournit appartient à un autre genre de rubiacées. Elle est produite par le psychotria emelica L., lequel croît au Pérou et sur les bords de la Madeleine, dans la Nouvelle-Grenade. Cette plante a longtemps passé , sur l'autorité de Mutis, comme la source du véritable ipécacuanha ; nais il est bien reconnu maintenant qu’elle ne produit que l'espèce qui nous occupe.

Le psychotria emetica (Mg. 270) est un très petit arbrisseau ligneux dont la tige, haute de 30 à A5 centimèt., porte des feuilles opposées , lancéolées aiguës, accompagnées par chaque paire de : deux petites stipules Ÿ, entières, pointues et dressées. Les fleurs sont petites, portées en petit nombre et presque sessiles sur des pédoncules axil-

Fig. 270.

laires simples ou sous - ramifiés. Le fruit est une petite mélonide à 2 loges osseuses MOonvspermes. Les semences sont cartilagineuses , assez semblables à celles du café, mais beaucoup plus petites.

L'ipécacuanha strié, tel que le commerce le présente quelquefois

fig. 271), varie pour la grosseur entre 2 et 7 ou 9 millimètres, et pour D Le)

la longueur entre 3 et 11 centimètres. Il est formé, comme les autres,

d’un seditullium ligneux et d’une écorce plus ou moins épaisse ; mals

RUBIACÉES. 85 cette écorce n'offre que quelques étranglements circulaires fort espacés, et, ce que ne présentent pas les autres espèces , elle est ridée longitudinalement. D'ailleurs, elle est d’un gris rougeûtre sale à l'extérieur, d’un gris rougeûtre à l'intérieur, adhérente au corps ligneux. Elle a une odeur Fig. 271. mixte d’ipécacuanha gris et de bardane, et une saveur peu marquée. Le meditullium est jaunâtre et perforé de beaucoup de trous visibles à la loupe. En vieillissant, l'écorce devient moile et facile à tailler au couteau ou à se laisser pénétrer par l’ongle; elle prend également une teinte noirâtre, ou même devient tout à fait noire à l'intérieur, ce qui a valu à la racine le nom d’ipecacuanha notr, de la part de ceux qui ne l'ont vuc qu’ainsi altérée. Cet ipécacuanha a toujours passé pour moins actif que l'officinal, car Lemery en fixe la dose, en poudre, à 1 gros ou1 gros 1/2, ct en infusion à à gros. Cela s'accorde avec l'analyse de M. Pelletier (Journal de pharm., L VE, p. 265), qui a retiré de cette racine, seulement :

Matière vomilive. . . . . .. U ORNE TO 12 Ligneux, gomme et amidon. 79

ipécacuanha ondulé.

Ipécacuanha blane de Bergius (t. 11, p. 756) ; non l'ipécacuanha biane de Lemery, qui est la racine d’une apocynée ; ipéeacuanha amylacé Où blane de M, Mérat,

On à cru pendant longtemps que cette racine était produite par le viola ipecacuanha V., dont nous parlerons ci-après ; mais, ainsi que j'en avais fait observation dans la première édition de cet ouvrage, il était beaucoup plus raisonnable de Pattribuer à une plantelmwbiacée , congénère ou très voisine des cepheælrs. Et, en effet, dès 180T, le docteur Gomez, de retour d'un voyage au Brésil, avait publié à Lisbonre

86 DICOTYLÉDONES GALICIFLORES,

un Mémoire sur les ipécacuanhas, dans lequel il démontrait que la racine qui fait l’objet de cet article était produite par une plante du genré richardsonia (richardia L.), qu'il a nommée richardsontia brasiliensis. Cette plante (fig. 272), de la famille des rubiacées , croil dans les prés aux environs de Rio-Janeiro. Elle est couchée sur terre, velue, pourvue de feuilles ovées-oblongues , rudes sur les bords,

Fig. 273.

accompagnées de stipules en forme de gaîne divisée par le haut. Les fleurs sont disposées en capitules et entourées d’un involucre tétraphylle; le fruit est une capsule d’abord couronnée par le calice, puis dénudée et se séparant en 3 ou 4 coques monospermes , indéhiscentes.

La grosseur de l’ipécacuanha ondulé (fig. 273) varie dans les mêmes limites que celle de l’ipécacuanha officinal, Il est d’un gris blanchâtre à l'extérieur, et d’un blanc mat et farineux à l’intérieur. Il est de même pourvu d’un medifullium ligneux, et son écorce paraît quelquefois annelée au premier coup d'œil; mais, en y regardant avec plus d’attention $@ôn s'aperçoit qu’elle est plutôt ordulée, c'est-à-dire qu’une partie creusée ou sillonnée transversalement d’un côté répond de ’autre à une partie convexe, de manière que le sillon n’est que demi-

RUBIACÉES. 87 circulaire , au lieu de faire tout le tour de la racine comme dans l'ipécacuanha officinal. Lorsqu'on cassé l'ipécacuanha ondulé , et qu’on regarde un instant après la cassure au soleil, on aperçoit, à la simple vue et surtout vers la circonférence, des points éclatants et perlés, et la loupe fait voir qu’il s’est élevé ‘au-dessus de la cassure un tas de matière blanche et micacée, qu’on ne peut méconnaître pour de l’amidon. Aussi cette racine en contient-elle une énorme quantité, ainsi qu’il résuite de l'analyse qui en à été faite par Pelletier. Elle contient de plus, sur 100 parties, 6 parties de matière vomitive, 2 parties de matière grasse el très peu de ligneux.

L’ipécacuanha ondulé est encore reconnaissable par son odeur ; ilen à une de moisi {que je ne crois pas accidentelle), non irritante et tout à fait distincte de celle de l’ipécacuanha officinal. I] jouit de propriétés vomitives bien moins marquées, ce qui est d’accord avec l’analvse cidessus.

Faux Ipécacuanhas,

Je m’étendrai peu sur ces racines, dont l'importance est limitée aux pays qui les emploient comme succédanées de l’ipécacuanha. La plupart ne viennent- pas en France, et il est évident, d’ailleurs, que si l’on voulait remplacer chez nous la racine d’ipécacuanha par quelque autre production végétale analogue , il vaudrait mieux employer à cet effet l'une des racines indigènes qui étaient usitées comme vomitives avant l'inportation de la première (arnica, asarum, etc.) , plutôt que d’autres, d’un effet variable, nul ou dangereux, et dont la seule recommandation serait de venir de pays fort éloignés. Ces faux ipécacuanhas appartiennent presque tous à l’une des trois familles suivantes : wro/arides, euphorbiacées, apocynées.

Faux ipécacuanha du Brésil : 2021dtum ipecacuanha Vent., viola ipecacuanha L., pombalia ipecacuanha Nandelli, de la famille des violariées.

Racine, ou tige radicante (fig. 274), longue de 46 à 20 centimètres, de la grosseur d’une plume à écrire, un peu tortueuse ou flexueuse, et offrant quelquefois , dans les anses alternatives qu’elle forme, des fentes deni-circalaires qui lui donnent alors une sorte de ressemblance avec l'ipécacuanha ondulé. Cette racive est souvent bifurquée inférieurement ct Supérieurement, et elle se termine à la partie qui atteint la surface du sol par un grand nombre de petites tiges ligneuses.

L'écorce est mince, ridée longitudinalement et d’un gris jaunâtre clair. Le corps figneux est très épais, jaunâtre, composé de paquets de fibres bien distincts à là circonférence, et qui sont tordus comme les fils d'une corde. La cassure récente , examinée à la loupe, paraît cri-

85 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

blée d’une infinité de pores comme la tige d’un jonc. Cette racine est presque insipide et inodore, ct il est douteux qu’elle jouisse de propriétés bien marquées. Elle ne contient pas d’amidon, Pelletier en à retiré sur 100 parties : matière vo- Fig. 274. mitive 5, gomme 35, matière azotée 1, ligneux 57 (Journ. de pharm., t. LIL, p. 158; (1).

Autre faux ipécacuanha du Brésil. Celte racine est produite par l'éonidiun parviflorum Vent. (viola parviflora L.). M. Mérat la décrite sur un échantillon tiré de lherbier de M. de Jussieu. J'ai cru lavoir retrouvée dans une racine provenant du droguier de M. Lherminier (4re édition, n° 297); mais cette racine ressemble tellement à celle de l'ionidium ipecacuanha, qu'il n'est impossible de dire maintenant à quelle espèce elle appartient. II est probable que ces deux racines sont confondues dans le peu de faux ipécacuanha qui nous vient du Brésil.

On cite également, comme faux ipécacuanha du Brésil, la racine de l'ionidium brevicaule Mart. D’après la description que l’on en donne, cette racine doit pouvoir se confondre avec la suivante.

Faux ipécacuanha de Cayenne : /0n1düuon itouboa Vent., viola

calceolaria Y., viola itouboa Aublet. La racine de cette plante ressemble encore beaucoup à celle de l’ronidium ipecacuanha ; mais telle que je l'ai, elle est moins longue, beaucoup plus tortueuse, d’un gris plus foncé à l'extérieur, plus blanche à l’intérieur, mêlée de débris de

(4) On trouve dans les Annales de chimie et de physique, t. XXX VIN, p. 155, une autre analyse de la racine d'ionidium ipecacuanha, par Vauquelin, dont on ne peut tirer aucun parti, à cause des erreurs commises dans ! les chiffres. Vauquelin, à Pexemple de Pelletier, donne à la matière vomitive de cette racine le nom d’emétine, bien qu'il soit très probable qu’elle est différente de celle contenue dans l'ipécacuanha oflicinal.

RUBIACÉES. 59 feuilles et de tiges entièrement velues, ce qui est un caractère distinctif de lespèce. Les propriétés sont semblables.

Suivant Aublet, on emploie également à Cayenne, sous le nom d’ipécacuanha, la racine vomilive et purgative du bocrhaavia diandra L.

Racine de cuichunchilli, Cette racine est produite par un conidium très abondant à Guayaquil, dans l’Ainérique du Sud ; elle a été décrite et vantée contre la lèpre par le docteur Marcutius, ce qui lui a fait donner le nom d’ionidium mnarcutii. M. Gaudichaud en à rapporté de Guayaquil une certaine quantité, qui ne diffère guère de la racine de l'ionidium ipecacuanha que parce qu’elle est généralement plus petite. Je ne mets pas en doute que ces deux racines ne jouissent des mêmes propriétés, ni plus ni moins (1).

Faux ipécacuanha de l'Amérique septentrionale : gillenia trifoliata Mœnch, spiræa trifoliata X., de la famille des rosacées. La racine de cette plante est formée d’une souche couchée sous terre, du volume d’une grosse plume, portant à la face supérieure un certain nombre de tubercules d’où naissent les tiges, et garnie d’autre part de longues radicules, Cette racine est formée d’un épiderme gris-rougeàtre recouvrant une écorce blanche, un peu spongieuse, très amère, et d’un méditullium blanc et ligneux. La racine en masse a une odeur faible qu'il est difficile de préciser.

Autre faux ipécacuanha de l’émérique septentrionale : e4phorbia ipecacuanha %. Racine fibreuse, cylindracée, blanchâtre, inodore, peu sapide, cependant très émétique. Les racines de plusieurs de nos euphorbes indigènes jouissent des mêmes propriétés.

Faux ipécacuanha des Antilles : asclepias curassavica L. Cette racine est fortement émétique et n’est employée que par les Nègres, en place d’ipécacuanha.

Faux ipécacuanha de l'Ile-de-France, ipécacuanha blane de Lemery : {ylophora asthnalica Night et Arn., asclepias asthmatica x. , cynanchum vomitorium Lam. Je n'ai pas cette racine ; mais, suivant Lemery, elle est blanche, ni tortue ni raboteuse, et elle ressemble beaucoup à la racine de vincetoxium, dont celle a aussi les feuilles.

Dans la première édition de cet ouvrage, j'ai dit que cette racine était probablement celle qui avait été analysée par Pelletier, sous le nom &'épécacuanha blanc ou de vwiola ipecacuanha ; mais j'avais eu

(1) Une dame ayant apporté la racine de euichunchilli à la Guadeloupe, en a vendu une once au gouverneur de la colonie pour la somme de 1,000 franes. Je présume que c’est là l'effet le plus merveilleux que cette racine ait jamais produit.

90 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

soin d'ajouter que je ne l’avais pas vue. Depuis, je me suis procuré la racine analysée par Pelletier, à la même source que lui, et je puis assurer que c'était bien ceile da véola ipecacuanha. Je me crois obligé de le répéter, parce que d’autres avaient propagé l'erreur que j'avais commise. Je ne sache pas que la racine de fylophora asthmatica ait été analysée.

Faux ipécacuanha de l'ile de Bourbon : periploca mauritiant Poiret, camptocarpus mauritianus Dne. J'ai dû un échantillon de cette plante à Lemaire Lizancourt. Les tiges ressemblent à celles de la douceainère ; elles sont blanches à la partie inférieure, brunâtres aux extréinités. Les feuilles sont glabres, longues de 54 à 80 millimètres, échancrées en cœur par le bas, ovales-lancéolées. La racine est blanche ligneuse, presque grosse comme le petit doigt , accompagnée de radicules filiformes droites et cylindriques. Elle n’a pas de saveur sensible d’abord, mais après quelque temps on ressent une assez forte irritation sur la langue et aux glandes salivaires. Toute la plante, feuilles, tige el racine, est imprégnée d’une odeur forte, semblable à celle de l’arguel ou du séné de la Palte.

Racine de Caïnca.

Chiococcu anquifuga Martius. Arbrisseau croissant au Brésil, dans les forêts vierges des provinces de Minas-Geraes et de Bahia. IT s'élève à la hauteur de 2 ou 3 mètres ; ses feuilles sont opposées, ovales-acuminées, accompagnées de stipules ; ses fleurs sont disposées en grappes panicalées, sortant de Vaisselle des feuilles ; le fruit est une petite mèlonide sèche, presque didyme, couronnée par les dents du calice , et contenant deux semences à albumen cartilagineux, comme celui du café. La blancheur remarquable de ce fruit a valu au genre chiococen son nem, dérivé de 7:16, neige, xoxx2<, graine, Le nom anglais snowberry n’a pas une autre signification.

La racine du chiococca anguifuga est connue au Brésil sons le nom de raz preta (racine noire) ; sous celui de cainana, qui est aussi le -nom d'un serpent verimeux contre la morsure duquel la racine à été employée; et enfin sous celui de cainca, qui a prévalu en France, mäis que l’on à écrit de toutes les manières possibles (kakinca, kaïnca | cahinea, cahinca). L'orthographe véritable ct la plus simple est cainca.

La racine de-caïnca est rameuse, composée de radicules cylindriques longues de 35 centimètres et plus, et dont la grosseur varie depuis celle d'une plume jusqu’à celle du doigt. Elle est formée d’une écorce brunâtre, peu épaisse, entourant un corps ligneux blanchâtre , qui forme

RUBIACÉES. 91 à lui seul presque toute la masse de la racine, et dont la cassure paraît criblée de trous, lorsqu'on l’éxamine à la loupe. L’écorce offre souvent, de distance en distance, des fissures transversales, et se sépare assez facilement du bois. A cet égard, le caïnca se rapproche de l’ipécacuanha gris, et même quelques unes de ses plus petites racines ont pu souvent se trouver mêlées à lipécacuanba, auquel elles ressemblent beaucoup (1); mais le caractère le plus frappant de la racine de caïnca consiste dans des nervures très apparentes qui parcourent longitudinalement ses gros rameaux, et qui sont formées à l’intérieur d’un méditullium ligneifx entouré de son écorce , confondue avec celle du rameau : de sorte que l’on dirait des radicules décurrentes qui se sont soudées par approche avec le tronc principal.

En masse, la racine de caïnca offre une odeur assez marquée, analogue à celle du jalap. Quant à la saveur, l'écorce en a une très amère et âcre, fort désagréable, auprès de laquelle le bois paraît insipide ; c'est donc dans l'écorce surtout que résident les propriétés de la racine.

MM. Pelletier et Caventou ont analyséda racine de caïnca , et en ont

retiré : : Es 1° Une matière grasse, verte et nm 7 , dans laquelle réside toute l'odeur de la racine ; *

2° Une matière colorante jaune ;

2 Une autre substance colorée visqueuse ;

h° Un principe cristallisable , très amer, auquel la racine doit toute son amertume. Ce principe est blanc , inodore, très amer et âcre, non azoté, peu solubfe dans l'eau, facilement soluble dans l'alcool, fort peu soluble dans l’éther. Ses dissolutés rougissent le tournesol et neutralisent les alcalis. C’est donc un acide; les auteurs de l'analyse Pont nommé acide caincique.

La racine de caïnca jouit d’une propriété drastique très marquée. Elle est aussi quelquefois vomitive ; mais le plus ordinairement son action se porte à la fois sur les intestins et sur l’appareil urinaire , dont elle augmente considérablement la sécrétion. Elle a été employée avec succès contre l’hydropisie.

Autres espèces de caïnea, D’après M. Martius, le éhiôlbré densifolia, plante brésilienne également , fournit des racines semblables au caïnca , et qui peuvent lui être substituées.

On connaît aussi à la Guadeloupe, sous le nom de petit branda, une espèce de chiococca répandue dans toutes les Antilles ( chïococcu race mosa L.), dont la racine y est depuis longtemps usitée contre la syphilis

4) Principalement à l'ipécacuanha annelé majeur.

92 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

et les rhumatismes, Cette racine diffère de celle du chiococca anquifuqga par la prédominance de son principe colorant jaune : ainsi, lépiderme est d’un gris jaunâtre au lieu d’être d’un gris foncé et noirâtre ; l’écorce est intérieurement d’une couleur orangée rouge, et le bois est teint de jaune ; du reste, la saveur et l'odeur sont semblables, Enfin, j'ai recu de Guatimala une racine de caïnca très longue , plus noire au dehors que celle du Brésil, formée d’une écorce plus mince ct d’un bois blanc encore plus épais par conséquent. La saveur est semblable à celle de la racine brésilienne ; mais l'odeur est presque nulle. J’ignore quelle espèce a produite cette racine.

Café.

Le café est la semence d’un petit arbre de l'Arabie qui a été transporté à l'ile Bourbon et à la Martinique. Get arbre, nommé coffeu arabica (fig. 275), est toujours vert; ses feuilles sont opposées, oblongues, acumintes, glabres, assez semblables à celles du laurier ; les fleurs sont blanches, odorantes, courtement pédenculées, rassemblées en certain nombre dans l’aisselle des feuilles ; les fruits sont rouges , bacciformes, oblongs, gros comme une cerise, formés d’une pulpedouceâtre peu épaisse, entourant deux loges accolées, dont la substance à l'aspect d’un parchemin. Chaque loge contient une semence convexe du côté externe, plane et marquée d’un sillon longitudinal du côté interne, composée d’un albumen corné et d’un embryon droit, pourvu de cotvlédons foliacés. Le fruit entier nous arrive quelquefois desséché , comme objet de curiosité ; pour le commerce ordinaire, on l’écrase toujours sur une pierre , lorsqu'il est récent, pour en séparer la pulpe et l’endocarpe ; on lave les semences à l’eau et on les fait sécher au soleil. Telles que le commerce les présente alors, elles sont nues,

et sillonnées de l’autre ; elles ont Ja consistance de la corne, l'odeur du foin et la saveur. du seigle: leur couleur varie du blanc jaunâtre au jaune verdâtre, Les principales sortes sont :

Le eafé moka, qui est le plus estimé. Il vient de l'Arabie ; il est petit, jaupâtre el sonvent presque rond, ce qui est dû à la fréquence

ovales, obtuses, convexes d’un côté, planes .

KUBIACÉES. 93 de l'avortement d’une des deux semences; alors celle qui reste prend la forme du fruit. Son odeur et sa saveur sont plus agréables que dans Jes sortes suivantes , surtout après la torréfaction.

Le café bourbon, produit par le coffea arabica cultivé à Bourbon, est plus gros et moins arrondi que celui de Moka ; il ne doit pas être confondu avec une espèce particulière de café qui croît naturellement dans cette île, où on le nomme café marron. Gelui-ci est le coffea mauritiana Lamk., dont la baie est obiongue et pointue par la base. La semence est également allongée en pointe et un peu recourbée en corne par une extrémité ; elle a une saveur amère et passe pour être un peu vomitive. |

Le eafé martinique est en grains volumineux, allongés, d’une couleur verdâtre, recouverts d’une pellicule argentée (épisperme) qui s’en sépare par la torréfaction ; le sillon longitudinal est très marqué et ouvert. Odeur franche, saveur qui rappelle celle du froment.

Le eafé haïti est très irrégulier, rarement pelliculé, d’un vert clair ou blanchâtre, pourvu d’une odeur et d’une saveur moins agréables que le précédent.

Analyse du café. Beaucoup de chimistes se sont occupés de lanalyse du café, et malgré les derniers travaux de M. Payen, peut-être la composition n’en est-elle pas encore parfaitement connue. Cadet y a trouvé une petite quantité d'huile volatile concrète et de la gomme (Ann. chim., 1. LVIIT, p. 266); Armand Séguin, de l’a/bumine , une huile grasse fusible à 25 degrés, blanche, douce et inodore, et un principe amer, soluble dans l'alcool et très azoté, qui renfermait évidemment la caféine que Robiquet et Pelletier y ont découverte plus tard ( Dict. technol., t. IV, et Journ. pharm., t XI, p. 229). La caféine cristallise en belles aiguilles soyeuses; elle fond à l'aide d’une légère chaleur et se volatilise sans décomposition ; elle est soluble dans 50 parties d’eau froide, beaucoup plus soluble dans l'eau bouillante, assez soluble dans l'alcool à 70 ou 80 centièmes , très peu soluble dans l'alcool absolu et peu soluble dans l’éther. Ses caractères basiques sont très peu marqués ; cristallisée dans l’eau ou dans l'alcool ordinaire, elle est formée de CH°Az?0?; elle perd 8 pour 400 d’eau à la température de 120 degrés et devient opaque et friable. Elle existe également dans le thé et dans les fruits de Guarana (paullimia sorbilis).

M. Rochleder, par ses travaux, dont je ne connais que très imparfaitement les résultats , a constaté dans le café la présence de la légumine et d’un acide particulier, analogue à l'acide cachutique, auquel il a donné le nom d'acide cafétannique. Ce même acide avait été découvert précédemment par M. Pfaff, qui lui avait donné le nom d'ucide

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caféique. C’est encore le même acide que M. Payen à nommé depuis acide chlorigénique.

D'après M. Payen, la caféine existe sous deux états dans le café : une peute partie s’y trouye à l’état de liberté et peut en être extraite par l’éther, mélangée avec l’huile grasse dont le café contient 10 à 43 pour 100; le reste existe à l’état de combinaison avec l'acide chlorigénique et la potasse , formant un sel double nommé chlorigénate de potasse et de caféine ( caféate caféi-potassique Berz.).

On obtient ce sel en traitant par de l’alcool à 60 centièmes le café pulvérisé et préalablement épuisé par l’éther ; mais il est mélangé à d’autres matières dont on le sépare par plusieurs cristallisations et purifications. Ce sel est très électrique par la chaleur ; il est à peine soluble dans l'alcool anhydre ; mais il se dissout bien, à l’aide de l’ébullition, dans l'alcool à 85 centièmes et cristallise facilement. Ce sel exposé à la chaleur n’éprouve aucune altération jusqu’à 150 degrés ; mais vers 185 degrés, il se fond, prend une belle couleur jaune, quintuple de volume, et forme une masse spongieuse, jaunâtre , friable. À 230 degrés , la couleur brunit ; le sel éprouve une décomposition partielle d’où résultent des vapeurs de caféine et des produits empyreumatiques. C’est au boursouflement de ce sel par la chaleur qu'il faut attribuer l’augmentation de moitié de son volume que le café éprouve pendant sa torréfaction.

D'après M. Payen, l'acide chlorigénique combiné est égal à C14H$Or. D’après M. Rochleder, l'acide cafétannique cristallisé est égal C'5H°08. A Tétapanhydre, il eSLeompose dé, . 2 4... he, : . . U O0.

M. Payen pense que le principe aromatique du café y existe tout formé, inais qu’il y est masqué par sa combinaison avec la matière grasse ; mis en liberté par une torréfaction légère , il se compose de plusieurs principes volatils inégalement condensables, de telle sorte qu'en distillant une infusion de café dans une cornue munie de plusieurs récipients successifs, on obtient dans le premier, échaulTé à 90 degrés , un liquide aqueux jaune, mélangé d’une huile concrète, blanche, dépourvue de l’arome agréable du café. Le deuxième récipient, qui s’échaufie à 25 ou 30 degrés, condense une essence concrète , blanche, d’une odeur très agréable et très intense de café torréfié ; c’est elle qui paraît être le principe aromatique essentiel du café. Le troisième récipient, qui avañ été refroidi à plusieurs degrés au-dessous de zéro, n’avait condensé que quelques gouttes d’une eau offrant une odeur mixte de café et dp carbures pyrogénés. Cette dernière odeur, qui était peu agréable, se retrouvait encore plus forte que. dans un quatrième récipient et dans les produits gazeux recueillis à la suite.

RUBIACÉES. 05

Le café paraît avoir été connu d’Avicenne et de Rhasis ; mais ce n’est guère que vers la fin du xt11° siècle que l'usage de le prendre en boisson, après l'avoir torréfié, se répandit dans l'Orient. On commença d’en boire en Italie vers l’année 1645, et les premiers cafés furent établis à Paris en 1669. On prend le café en infusion sucrée ou non sucrée, surtout après les repas, pour faciliter la digestion. Il stimule les sens et cause des insomnies. Les personnes nerveuses doivent éviter d’en faire usage.

Succédanées du café. Lorsque la guerre continentale privait l'Europe presque tout entière de communication avec les colonies, on a cherché si quelques substances indigènes ne pourraient pas remplacer le café ou en diminuer la consommation ; les substances qui ont été le plus vantées à cet égard sont la graine torréfiée de l'iris pseudo-acorus , celle de pistache de terre (arachis hypogea), les pois chiches, la-

voine, le seigle, le maïs, le gland de chêne, les semences de gombo

{hibiscus esculentus) , celles de l'astragale d'Andalousie (astragalus bœticus), etc. ; mais aucune substance n’a obtenu une aussi grande vogue que la racine de chicorée torréfiée, dont il se fait, même encore à présent, une consommation considérable en France et en Allemagne. Cette racine n’a aucune ressemblance de goût avec le café, mais elle altère peu larome de celui avec lequel on la mélange en quantité plus ou moins considérable, et c’est sans doute ce qui l’a fait survivre au

rétablissement de nos relations d'outre-mer, malgré la propriété Jaxa-

tive dont elle est pourvue.

Écorces de Quinquinas.

Le quinquina vient du Pérou, et paraît avoir été apporté pour la première fois en Europe en 1640. On n’est pas d'accord si les Péruviens en connaissaient ou non l'usage avant cette époque; mais il est certain qu’en 1638 la femme du comte del Chinchon, vice-roi du Pérou, étant attaquée d’une fièvre opiniâtre , un corrégidor de Loxa lui indiqua le quinquina , dont elle fit usage et qui la guérit. Par la suite, cette comtesse distribua elle-même le quinquina réduit en poudre, ce qui lui fit donner le nom de poudre de la comtesse, et elle en rapporta avec elle à son retour en Europe, qui eut lieu en 4640. Mais ce ne fut guère qu'en 1649 que les jésuites de Rom?, en ayant reçu une grande qüantité d'Amérique, la mirent en vogue, et firent changer son nom en celui de poudre des jésuites ; car ils le distribuaient toujours en poudre, afin d’en tenir l’origine cachée ; enfin, en 1679, Louis XIV en acheta le secret d’un Anglais nommé Talbot, et c’est depuis ce temps seulement qu'on à reçu en France du quinquina en écorce.

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Mais si l'écorce était connue, on n’avait que des notions très imparfaites sur l'arbre qui la produit ; car celui-ci n’a été décrit pour la première fois qu’en 1738, par La Condamine, académicien français envoyé au Pérou pour y mesurer quelques degrés du méridien, ei qui s’est rendu également célèbre par deux genres de recherches aussi différents.

Suivant La Condamine, dont le Mémoire sur le quinquina se trouve inséré parmi ceux de l’Académie des Sciences pour 1738, cette précieuse écorce vient de Loxa, ville du Pérou située par 4 degrés de latitude méridionale, et le plus estimé croît sur la montagne de Cajanuma. C’est de là qu'est venu celui employé par la vice-reine du Pérou, et le premier apporté en Europe.

Mais, d’après La Condamine, le quinquina de Loxa ne constitue pas une seule espèce ou une seule sorte d'écorce. De son temps même, on en distinguait trois sortes principales , savoir, le Jaune, le rouge et le Yanc. (D'autres en reconnaissaient une quatriènie sorte que l’auteur ne désigne pas.) Le quinquina jaune et le rouge n’ont aucune différence remarquable dans la fleur, dans la feuille, dans le fruit, ni même dans l'écorce extérieurement, et ce n’est qu’en y mettant-le couteau qu'on reconnaît le quinquina jaune, à son écorce moins haute en couleur. Quant au quinquina blanc, il à la feuille plus ronde , moins lisse et même un peu rude; sa fleur est plus blanche, son fruit plus

gros et son écorce extérieurement blanchâtre. Il croît ordinairement

sur le haut de la montagne, tandis que le jaune et le rouge croissent à mi-côle , dans les gorges , et surtout dans les endroits les plus couverts.

Un homme qui s’est acquis une grande réputation comme auteur de la découverte de plusieurs quinquinas, mais qui n’a servi qu'à remplir l’histoire de ces écorces de confusion et d’obscurité, est Mutis, botaniste espagnol, qui partit, en 1760, pour la Nouvelle-Grenade, où il a séjourné depuis, et auquel le désir de se donner une grande réputation aux dépens des auteurs de la /lore du Pérou, à fait commettre des erreurs que lo? trouve répétées dans les ouvrages les plus récemment publiés. Pour justifier ce jugement sévère , il me suffira de dire que Mutis, qui ne pouvait pas ne pas connaître les véritables quinquinas du Pérou, en à cependant donné les noms à des écorces toutes différentes et de valeur presque nulle, qui croissaient à Santa-Fé. Ainsi, son quinquina orangé, Si vanté, n’est qu'une sorte de calisaya extrémement fibreuse et de la plus mauvaise qualité ; son quinquina rouge , écorce de son cinchona oblongifolia, n’est autre chose que la mauvaise écorce nommée depuis guinquina nova, et c’est lui qui est cause que tous les botanistes ont cru et répété que le quinquina rouge était pro-

RUBHACÉES. 97 duit par le cénchona ohlongifolia ; son quinquina jaune, différent de celui de La Condamine et produit par son cinchona cordifolia, est ce que nous nommons aujourd'hui quinquina Carthagène ; enfin son quinquina blanc, écorce inerte produite par son cinchona ovalifolix, n’a aucun rapport avec le quinquina blanc de Loxa. 11 est donc difficile, je le répète, qu'un homme ait plus nui que Mutis à l'avancement de nos connaissances sur les quinquinas.

Le genre cénchona tire son nom de celui de la comtesse de Chinchon. Réduit d'abord à la seule espèce décrite par La Condamine, il a successivement été porté à 50 ou 60 espèces, qui ont ensuite été divisées en 8 ou 10 genres, dont le plus important par le nombre, et parce qu'il renferme tous les quinquinas officinaux, a conservé le nom de rixrhona. Ce genre nous offre les caractères suivants :

Calice turbiné, soudé avec l'ovaire, à limbe supère , quinquéfide, persistant. Corolle supère, à tube cylindrique, à limbe velu , étalé, divisé en 5 lobes valvaires, obtus. Étamines 5 , insérées dans le tube de la corolle , à anthères oblongues-linéaires, droites, renfermées dans le tube de la corolle ou subexsertes. Ovaire infère, biloculaire, à ovules nombreux insérés sur deux placentas linéaires, de chaque côté de la cloison, et imbriqués en montant. Style simple, terminé par un stigmate bifide. Capsule oblongue, couronnée par le limbe du calice, se séparant à maturité en deux carpelles, par le dédoublement de la cloison, en apparence unique, qui séparait le fruit en deux loges. Semences nombreuses, imbriquées en remontant sur les placentas devenus libres ; comprimées, ceintes d’une aile marginale membraneuse , irrégulièrement dentée ou lacérée.

Plus récemment, M. Endlicher a partagé ce genre en deux sections, suivant que la déhiscence du fruit se fait de bas en haut ou de haut en bas, et M. le docteur Wedell a formé de ces deux sections deux genres distincts, dont le premier retient seul encore le nom de cinchona, le second prenant celui de cascarilla. Cette distinction , assez légère en apparence, est cependant encore appuyée sur ce fait, que tous les quinquinas reconnus fébrifuges appartiennent à la première section ou au genre cénchona, tandis que les écorces de propriétés nulles ou douteuses sont produites par des cascarilla.

Le genre cosmibuena R. P., ou buena DC., se distingue des cénchona par son calice qui se sépare de l’ovaire et tombe après la floraison ; par le tube de la corolle qui est fort long, renflé à la partie supérieure et un peu courbé; enfin parce que le fruit s'ouvre de haut en bas, comme dans les cascarilla.

Le genre exrostemma est caractérisé par ses étamines longuement

saillantes hors du tube de là corolle ; par le limbe de cette corolle qui

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