‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 5)Chapitre 31 sur 121 · QUINQUINAS JAUNES · texte numérisé non relu

QUINQUINAS JAUNES

XVIII, Quinquina jaune du roi d’Espagne.

Ce quinquina, aussi différent du guinquina de Loxa rouge fibreux du Roi (espèce IT) qu'il lui est supérieur en qualité , avait été envoyé à M. de Chateaumont, ancien garde-wallone et colonel au service d’Espagne, par le duc de Frias. Il provenait de la pharmacie du roi CharlesIV, et se trouvait accompagné d’une lettre du pharmacien du roi, qui recommandait de le tenir toujours hermétiquement renfermé.

Ce quinquina, suivant ce qui a été rapporté à M. de Chateaumont par le chevalier de Croï, qui avait été pendant longtemps vice-roi du Pérou, était cultivé dans des parcs encloset gardés, On avait grand soin surtout de priver les arbres des cryptogames qui s’y attachent, ce qui est tout à fait rationnel et opposé à une opinion qui a longtemps régné dans le commerce, que le quinquina est d’autant meilleur qu’il est plus chargé de lichens, transformant ainsi un accident, qui pourrait tout au plus servir à reconnaître l’espèce,en un caractère de qualité supérieure(1).

Le quinquina du Roi, récolté avec une sorte d'appareil et séché avec le plus grand soin, était alors renfermé dans des caisses d’étain parfaitement soudées, défendues des atteintes extérieures par une caisse de

(4) Un autre écart de nos commerçants, vendeurs ou acheteurs, est d’avoir transformé la finesse des écorces en leur extrême jeunesse, au point que j'en ai vu s’extasier devant du quinquina si délié qu’on y distinguait à peine des traces d'organisation fibreuse. Le quinquina du roi d’Espagne n’est récolté que sur des branches bien développées, et l’on peut juger par sa grosseur, qui est un peu inférieure à celle du petit doigt, qu'il serait loin de contenter nos amateurs.

ITL, 9

150 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

bois et par une peau de buffle, scellées et expédiées pour Cadix et de là à Madrid. Un pareil envoi avait lieu chaque année , et ce qui restait du quinquina de l’année précédente était donné en cadeau aux personnes de la cour. Telle est l’origine du quinquina envoyé par le duc de Frias, dans les dernières années du règne de Charles IV, avant que les diverses révolutions qui se sont succédé en Espagne et au Pérou aient influé sur la régularité de ce service et l’aient ensuite détruit. Ce quinquina, gardé religieusement par M. de Chateaumont dans un bocal de verre cacheté, s’est conservé dans toute son intégrité, et il jouissait d’une telle efficacité que, nombre de fois, lorsque les amis du possésseur étaient fatigués de prendre sans succès des quinquinas du commerce, constammént dés quantités fort peu considérables de celui de Madrid les ont délivrés des lièvres opiniâtres qui les tenaient abattus.

Ces faits nous montrent combien l'humidité, qui agit sans cesse sur les quinquinas du commerce lant sur mer que dans les magasins où ils séjournent, altère leur qualité, au point de les rendre souvent tout à fait inertes. C’est cette vérité, que j'avais anciennement sentie, qui m’avait fait élever avec force, dans la première édition de ce traité, contre ceux qui pensaient augmenter la vertu du quinquina en le gardant pendant longtemps ; car cétte vertu ne peut s’augmenter, et elle s’altère au contraire d'autant plus vite que les écorces sont moins abritées de l'air humide. 11 serait même bien à désirer que le commerce imitât le procédé dé l’ancien servicé espagnol, et ne fit traverser lés mers aux quinquinas que dans des caisses hermétiquement fermées, où il serait consérvé jusqu’à son emploi dans les fabriques ou son débit dans les pharmacies.

Le quitiquina du roi d’Espagne est remarquable par sa couleur vive d’un jaune orangé, et par son odeur pénétrante, analogue à celle du tabac, bien différente de l’odeur de chanci présentée par la plupart de nos quinquinas. En examinant les écorces qui le composétit , on y trouve un peu de quinquina brun compaéte dé Loxa et une petite quantité de quinquina Lima: mais la presque totalité paraît formée dés jeunes écorces d’un quinquina presque semblable à celui nommé ca/isaya ou jaune royal , et cette ressemblance , au moins, peut servir à expliquer ce dernier non Que nous avions peine à comprendre jusque là, parce que nous voulions toujours que le quinquina du roi d’Espagne fût un quinquina gris analogue au loxa du commerce (1).

Je ne crois pas cependant que le quinquina jaune du roi et le caligaya soient tout à fait identiques. Le premier répond plutôt à celui que

(4) Il est plus exact de dire que la pharmacie des rois d’Espagne n’était pas restreinte à une seule espèce de quinquina, et qu’on y envoyait le premier choix des écorces du Pérou reconnues pour être les plus efficaces,

RUBIACÉES. 131

Laubert a décrit sous le nom de cascarilla amarilla del rey, où de quinquina jaune du roi (Bull. de pharm., t. 2, p. 292), et ses caractères ne coïncident pas entièrement avec ceux du calisaya. En prenant des écorces du même âge, on trouve constamment celles du quinquina du Roi moins amères, d’une astringence agréable, dures et cependant faciles à broyer, un peu moins fibreuses ; enfin elles précipitent beaucoup moins abondamment par le sulfate de soude (1).

Page 1