XIX. Quinquina Calisaya , dit aussi jaune royal
On a admis généralement, sur l’autorité de Humboldt, que cette sorte de quinquina doit son surnom de calisaya à une province de ce nom située dans l’ancienne intendance de La Paz, dans le haut Pérou. Mais, d'après Laubert, les habitants de La Paz nomment ce quinquina collisalla et non calisaya, et l'on ne trouve d’ailleurs ni l’un ni l’autre nom sur les cartes géographiques (2). Quoi qu'il en soit, ce quinquina vient des provinces de La Paz, de Potosi et de Santa-Cruz de la Sierra, dans le haut Pérou (Bolivie). On suppose généralement qu’il n’est connu que depuis la fin du siècle dernier; mais j'ai montré ailleurs (Journ. pharm., t. XVI, p. 233), par des passages tirés de Pomet et de Chomel, qu'il était bien plus anciennement connu et qu'il avait été plus estimé qu'aucune autre sorte; seulement il a pu être momentanément oublié pour le quinquina de Loxa, dont la célébrité s’est
(1) Le quinquina jaune du roi d’Espagne se rapproche également beaucoup du quinquina jaune orangé dont il sera question plus loin, et je l'y aurais probablement réuni, si je n’avais désiré en conserver l'historique, ainsi que les remarques auxquelles il a donné lieu. Quant à l'essai par le sulfate de soude, voici la manière d'y procéder : On pulvérise une écorce dans un mortier de fer, ontriture la poudre dans un mortier de porcelaine avec assez d’eau pour en former une bouillie liquide, et l’on jette le tout sur un filtre. En ajoutant dans la liqueur filtrée quelques cristaux de sulfate de soude, on produit un précipité blanc abondant dans la dissolution de quinquina calisaya, un trouble très prononcé avec le quinquina du roi d'Espagne; la liqueur reste transparente avec lous les quinquinas gris et la plupart des quinquinas rouges.
(2) Le quinquina porte généralement au Pérou le nom de cascarilla (petite écorce), et quelquefois celui de cascara ou de cortezon (grosse écorce). Ceux qui le récoltent se nomment cascarilleros. Le nom de quinquina y parait être inconnu aujourd’hui. Ce nom est cependant d’origine péruvienne, et La Condamine nous apprend que , même avant la découverte de l'écorce fébrifuge de Loxa, les jésuites de La Paz envoyaient à Rome, sous le nom de quina quina, une écorce très amère, que cet illustre académicien pense être celle du baumier du Pérou (Myrospermum peruifenum), mais qui était plutôt notre quinquina calisaya. Quant à ce nom calisaya, le docteur Pœppig pense que c’est un mot corrompu, dérivé de collisalla, colla voulant dire remède, et saila, terre pleine de rochers. (Journ. chim. méd., 1837, p.18.)
132 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
accrue de celle de La Condamine, et parce que ce savant jeta de la défaveur sur le quinquina de La Paz, en le supposant produit par un arbre tout à fait étranger aux cinchonas. Aujourd’hui ce quinquina à repris une prééminence qui lui est assurée par la quantité d’alcaloïde qu'il contient, et parce qu'il est presque le seul propre à la fabrication du sulfate de quinine.
Le quinquina calisaya se trouve dans le commerce pourvu ou dépouillé de sa croûte extérieure, On désigne ces deux états par les désignations de quinquina calisaya en écorce et de quinquina calisaya monde.
Quinguina calisaya en écorce. Ce quinquina varie de la grosseur du doigt à celle de 5 à 8 centimètres de diamètre.
A. Dans les petites écorces, la croûte est mince, très rugueuse, et marquée de distance en distance de crevasses transversales. Elle est presque insipide et paraît naturellement brune; mais sa surface est le plus ordinairement recouverte d’un léger enduit blanc et uniforme, qui devient quelquefois plus épais et manifestement tuberculeux. D’autres fois encore cet enduit est jaune et ressemble à de la cire fondue qui aurait coulé dans les fissures de la croûte. Quelquefois enfin, ce sont des lichens foliacés ou filamenteux, semblables à ceux qui sont si communs sur le quinquina brun de Loxa.
La croûte de ces écorces est presque toujours détachée , par parties, du liber, sur lequel on observe alors des empreintes transversales qui répondent aux fissures de la croûte enlevée. Le liber est épais de 2 ou 3 millimètres, d’un jaune brunâtre à l'extérieur, d’un jaune fauve à l’intérieur, d'une saveur très amère, un peu astringente. La cassure en est très fibreuse, surtout du côté interne, et grossière.
B. Dans les grosses écorces, la croûte est semblable , à l'extérieur, à celle des petites; mais elle est épaisse de 5 à 9 millimètres, et, par suite, encore plus rugueuse et plus profondément crevassée. Néanmoins les crevasses ne pénètrent pas jusqu’au liber, qui n'offre plus les impressions circulaires que l’on remarque sur les plus jeunes écorces. Cette croûte est composée de couches dont les plus extérieures paraissent se détacher paturellement au bout de deux ou trois ans, à mesure qu’il s’en forme de nouvelles par dessous. Chacune de ces couches est formée d’une matière rouge, pulvérulente, entremêlée de fibres qui ressemblent à des poils blancs, et elle est séparée des autres couches par une membrane papyracée, d’un rouge brun et comme veloutée. La disposition de ces couches est telle que leur coupe transversale présente l’image de plusieurs polyèdres inscrits les uns dans les autres. Du reste, celte croûte est insipide et la poudre est d’un rouge foncé.
Le liber est épais de 5 millimètres, d’un jaune fauve foncé, d’une texture entièrement fibreuse, mais fine et uniforme, Il paraît, par son
RUBIACEÉES. 133 exposition à la lumière, tout parsemé de points brillants, qui sont les extrémités mêmes des fibres dont il est formé, lesquelles, vues à la loupe, paraissent jaunes et transparentes , lorqu’elles sont dépouillées d’une matière rouge, briquetée, qui les recouvre. Ce liber laisse échapper, lorsqu'on le brise, de petites fibres aiguës qui pénètrent dans la peau et y causent une sensation désagréable; il a une saveur très amère et astringente, plus forte dans la couche externe que dans la partie du centre. Ses fibres sc triturent facilement entre les dents et y croquent un peu, à la manière de la rhubarbe de Chine.
Quinquina calisaya mondé. Cette écorce se présente sous plusieurs formes qui ne varient que par l’âge auquel elle à été récoltée.
C. Morceaux assez rares, gros comme le pouce, bien roulés, bien cylindriques, épais de 3 à 5 millimètres, ayant une surface très unie, d’un jaune brun, ressemblant à de la grosse cannelle. Cette écorce est très compacte, très pesante, d’une très forte amertume. Elle doit être d’une grande efficacité.
D. Morceaux plus communs, également roulés, d’un volume plus considérable, épais de 2 à 5 millimètres, à surface inégale, comprimée en différents sens. Ils sont moins pesants, plus fibreux , toujours très amers. Ce sont ces rouleaux qui, brisés par le transport, forment le calisaya le plus ordinaire du commerce.
Æ. Écorces très grandes et très larges, plates, épaisses de 5 à 7 millimètres , ordinairement munies par places d’une partie de leur croûte, qui présente toujours, pour caractère distinctif, des fibres blanches couchées au milieu d’une matière rouge pulvérulente. Cette écorce, nommée calisaya de plancha ‘calisaya en planches), est d'autant moins amère et moins estimée qu’elle est plus grossière et plus ligneuse.
Composition chimique du quinquina calisaya. Ce quinquina a été le sujet d’un grand nombre de travaux, dont un des plus marquants est dû à Deschamps , pharmacien de Lyon, qui a retiré de 500 grammes de calisaya jusqu’à 90 grammes d’un sel cristallisé, à base de chaux et à acide végétal. Il a donné à ce sel le nom de quinquinate de chaux, et à reconnu que le quinquina rouge et le quinquina gris en contenaient également, mais en bien moindre quantité, et plus difficile à séparer des principes résineux et extractifs. (Ann. chim., & XLVIIT, p. 65.)
Vauquelin, qui est venu ensuite , a isolé l’acide du sel précédent, en a fait connaître les propriétés et lui a donné le nom d'acide quinique : ce nom et celui de guinate de chaux, qui en est la conséquence , ont prévalu sur le nom primitif,
D'après Pelletier et Caventou , le calisaya diffère du quinquina gris principalement par son principe alcalin, qui a reçu le nom de quinine, et qui a pour formule C#H2Az2 04, {(andis que la cinchonine a pour
134 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
composition Ci2H?24 Az? 07, el contient par conséquent moitié moins d’oxigène.
La quinine, non combinée aux acides, est très difficilément cristallisable; sa teinture alcoolique , évaporée lentement , donne une matière translucide qui recouvre la capsule sous la forme d’un vernis transparent ; entièrement desséchée , elle est d’un blanc grisâtre et poreuse; elle est très soluble dans l’éther, tandis que la cinchonine l’est très peu. Elle a moins de capacité pour les acides et forme des sels très amers dont la plupart diffèrent complétement de ceux de cinchonine par leur aspect. Le sulfate neutre de quinine est sous forme d’aiguilles blanches, rayonnantes, flexibles et nacrées; il est très peu soluble dans l’eau froide, très soluble au contraire dans l’eau bouillante et se prend en masse par le refroidissement. Il est très soluble dans l’alcool et peu soluble dans l’éther; il contient 10 molécules d’eau ou 19,61 pour 100, dont il perd plus de la moitié (6 molécules) en s’effleurissant à l'air. Le bisulfate de quinine est soluble dans 11 parties d’eau froide, rougit le tournesol et cristallise en prismes carrés terminés par un biseau,
Le phosphate de quinine est soluble et facilement cristallisable en petites aiguilles blanches, translucides et nacrées; le phosphate de cinchonine est très soluble et difficilement cristallisable.
L'azotate de quinine neutre se précipite par l'évaporation de la dissolution aqueuse, sous forme de gouttelettes huileuses. Le nitrate de cinchonine se comporte de même.
L'acétate de quinine cristallise très facilement en aiguilles convergentes ou rayonnantes d'un aspect nacré et satiné ; l’acétate de cinchonine cristallise difficilement.
L'oxalate, le gallate et le tannate de quinine sont insolubles.
Pelletier et M. Caventôu avaient pensé d’abord que les quinquinas gris ne contenaient que de la cinchonine, et le quinquina calisaya seulement de la quinine; mais on n’a pas tardé à reconnaître que les deux alcaloïdes existent également dans les différents quinquinas officinaux, avec celte seule différence que les quinquinas gris ne contiennent ordinairement que peu de cinchonine et encore moins de quinine , tandis que le calisaya contient beaucoup de quinine et peu de cinchonine. Dans la fabrication du sulfate de quinine , la cinchonine est également sulfatisée, mais elle reste dans les eaux mères avec une portion du premier sel. Quelques chimistes admettent même que le calisava contient un troisième alcaloïde incristallisable, jaune, très amer et extractiforme, qui reste après la séparation complète de la quinine et de la cinchonine, et ils lui ont donné le nom de guinoïdine ; mais l'existence de cet alcaloïde me paraît être encore très problématique. 4 kilogramme de cali-
RUBIAUÉES. 135 saya mondé fournit ordinairement de 30 à 42 grammes de sulfate de quinine. rs
Origine du quinquina calisaya. Malgré toutes les raisons que j'ai pu produire contre cette opinion, beaucoup de personnes attribuent encore le quinquina calisaya , ou jaune royal, au cinchona cordifolia, par le seul motif que Mutis a donné le nom de quinquina jaune à l'écorce de cet arbre. Mais, ainsi que je lai montré depuis longtemps, les échantillons authentiques du quinquina jaune de Mutis, rapportés par Humboldt, prouvent que cette écorce , bien différente du calisaya, est celle qui est connue en France sous le nom de guinquina carthagène. D’autres personnes ont regardé le calisaya comme identique avec le quinquina orangé de Mutis, et l'ont attribué, en conséquence, au cinchona lance folia; mais il existe encore une grande différence entre les deux écorces, dont la dernière seule peut être attribuée avec certitude au €. lancifolra. Il faut donc chercher une autre origine à la première.
Dans l’année 1834, M. Auguste Delondre a voulu faire venir du haut Pérou l'arbre même qui produit le calisaya; mais cet arbre est mort dans la traversée, et les échantillons secs de fruits et de feuilles quisont parvenus en France et dont les grosses écorces sont mélangées dans le calisaya du commerce, au lieu d’appartenir à un seul cénchona, provenaient de plusieurs. Gelte tentative nous a donc été peu utile pour découyrir l'espèce de calisaya. Voici cependant la description de ces échanüllons (Journ. pharm., & XXI, pag. 505 et 508) :
4° Feuilles et fruits du cinchona micrantha. Je les ai décrits précédemment, p. 108. Les Indiens nomment Parbre cascarilla yana-yanc, en espagnol morena, ce qui veut dire jaune brun. D'après M. Delondre, cet arbre fournit les belles écorces plates du commerce. On le trouve principalement sur les coteaux fertiles de Tipuani, à 120 lieues de La Paz.
2° Cascarilla blanca où amarillaza (jaune pâle). Feuilles longues de 110 à 135 millimètres, larges de 55, amincies en pointe aux deux extréwités ; elles sont épaisses, tout à fait glabres, comme empreintes d’un suc rougeâtre ; quelques unes des plus jeunes sont scrobiculées ; les fleurs sont en panicules non développées ; les fruits sont ovales, amincis à lextrémité, striés, longs de 16 à 22 millimètres, larges de 9. Cette espèce se récolte particulièrement dans les environs d’Apollohamba. Je ne vois pas en quoi elle pourrait différer du L’. condaminea.
3° Cascarilla amarilla. Cette espèce croît sur les montagnes arides , dans les terrains pierreux : il y en ayait deux yariétés dans le même paquet. La première a les feuilles fermes, scrobiculées, e/liptiques ou terminées en pointe arrondie aux deux extrémités ; la plus grande feuille a 108 millimètres de long sur 36 de large, La seconde variété, représentée
136 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
ici (fig. 280), a les feuilles plus petites, plus minces, veineuses, très étroites et pointues; mais la pointe est toujours mousse et arrondie. Fig. 280. Leur longueur varie de 68 à 90 millimètres et leur largeur de 14 à 21 millimètres. Les fruits sont quelquefois semblables à ceux du C. condaminea; mais le plus ordinairement ils sont plus petits et plus arrondis, et il leur arrive souvent d’être recourbés à l'extrémité par suite du développement imparfait d’un des deux carpelles. Ce cinchona me pa- \ raît distinct de l’angusfifolia de Ruiz, auquel je l'ai anciennement assimilé. Depuis longtemps déjà, et Ÿ en me fondant sur la grande amertume de son écorce, j'ai annoncé dans mes cours que c'était lui qui devait fournir le quinquina calisaya (1).
Je pense que cette opinion sera confirmée par la publication de l’ouvrage de M. Weddell sur les quin-
(1) Indépendamment des spécimens précédents, M. A. Delondre a reçu plusieurs grandes calebasses (lagenaria), en partie remplies d’un extrait solide, siccatif à l'air, d’un brun noirâtre, préparé dans la province de Santa-Cruz de la Sierra, avec le sue de Parbre calisaya , obtenu par des ineisions faites à l'écorce, et épaissi au soleil dans les calebasses mêmes qui le renferment. Il est à remarquer que cet extrait n’a fourni que 2,8 pour 100 de sulfate de quinine (Journ. pharm., t. XXI, p. 512), tandis que le bon quinquina calisaya en produit 3,2. D’où il faut conclure que le suc de l'écorce (ou plus exactement sans doute la séve descendante qui circule au-dessous) est moins riche en alcaloïde que l'écorce même, telle que nous l'avons. Je possède, indépendamment d’une de ces calebassesque M. Delondre m’a donnée, deux autres extraits de quinquina préparés au Pérou. L’un, ayant appartenu à André Thouin, est renfermé dans une petite caisse en bois de carapa. Il est d’un beau rouge hyacinthe, transparent, comparable pour sa saveur amère, astringente et parfumée, au plus bel extrait sec de quinquina ; mais au lieu d’être déliquescent, il est siccatif à l’air. Cet extrait ne contient qu'une petite quantité d'alcaloïdes et provient sans doute des quinquinas de Loxa. L’autre extrait avait été donné à Laënnec par un médecin de Bordeaux ; il porte l’indication qu’il a été préparé au Pérou, avec l'écorce fraîche et l’eau, et évaporé à la seule chaleur du soleil. 1lest mou, un peu poisseux à l'air, d’un brun foncé, d’une saveur acidule et à peine amère. Il est évidemment d’une qualité tres inférieure. ,
RUBIACLES. 157 quinas; parce qu'il me paraît probable que le cénchona, que je viens de décrire, appartient spécifiquement au €. calisaya dont M. Weddell a bien voulu me communiquer le dessin (fig. 281), et qu'il m'a montré vivant dans les serres du Muséum de Paris, provenant de sem ences qu’il avait envoyées du Pérou (1). On remarquera d’ailleurs la grande ressemblance que tous ces cénchonas présentent avec le condaminea , et il ne faut pas se dissimuler que la nature différente des écorces entre pour beaucoup dans la distinction des espèces.
Adultération du quinquina calisaya. L’énorme consommation qui se fait aujourd’hui de ce quinquina pour la fabrication du sulfate de quinine, le haut prix auquel il se maintient et sa rareté toujours croissante, sont cause qu’on récolte au Pérou toutes les écorces qui peuvent lui ressembler, afin de les mélanger au véritable. M. Weddell a rapporté un assez grand nombre de ces écorces, dont voici l’énumération.
1° A. Cinchona micrantha, Écorce plate, fibreuse, fres ambre, astringente, d’une couleur orangée rouge vers l'extérieur, plus pâle à l’intérieur, ayant beaucoup d’analogie soit avec le quinquina jaune orangé que je décrirai plus bas (espèce XX ), soit avec le pitaya (XXI).
(1) Cinchona calisaya, Weddell. Feuilles oblongues ou obovées-lancéolées, obtuses, glabres, brillantes, scrobiculées en dessous, dans l’aisselle des nervures. Filaments des étamines plus courts que la moitié des anthères. Stigmate un peu exserle ; capsule ovée, égalant à peine la longueur de la fleur, un peu plus courte que le double de sa largeur. Semences pourvues d’une aile elliptique, denticulée-cilicée à la marge, à denticules rapprochées et un peu obtuses,.
B. Autre écorce plus compacte, plate, dont la surface extérieure, entièrement dénudée, présente une teinte verdâtre et des impressions transversales semblables à celles du calisaya. La fibre intérieure est presque blanche , mais elle prend à l’air une belle couleur orangée rouge. Cette écorce, qui est exactement le quinquina jaune orangé qui va suivre , est aussi attribuée par M. Weddell au €. #icrantha. I est évident pour moi que ces deux écorces ne peuvent appartenir au même arbre que le quinquina de Lima ou de Huanaco, rapporté par le docteur Pæœppig, avec la même indication spécifique. Nécessairement le €. micrantha de M, Pœppig n’est pas le même que celui de M. Weddell.
20 (C'inchona boliviana Weddell. Écorce presque semblable au calisaya ; fibre plus grossière et plus facile à brover ; saveur amère plus désagréable avec un goût de fumée. La cassure récente est presque blanche, mais elle rougit à l’air ; à la longue, la couleur passe au fauve uniforme comme dans le calisaya.
3° Cinchona scrobiculata. Écorce plate, dénudée, longuement fibreuse, assez dense cependant; surface extérieure d’un rouge brun, avec de légers sillons perpendiculaires à l'axe, assez régulièrement espacés ; couleur interne d’un rouge fauve et plus pâle ; saveur astringente et amère. La couleur de cette écorce explique pourquoi De Candolle à pu supposer que le €, scrobiculata produisait un quinquina rouge. On la trouve fréquemment mêlée au calisaya du commerce, ct l’on a vu précédemment que ses jeunes écorces se trouvent depuis longtemps au droguier de la Bourse, sous le nom de calisaya léger, L'écorce plate du commerce, isolée du calisaya et renfermée dans un bocal, présente une odeur douce et agréable, analogue à celle de la framboise.
L° Cinchona rufinervis Weddell. Écorce très plate, dénudée, ressemblant beaucoup au calisaya et en ayant l’amertume ; mais la fibre en est plus fine et beaucoup plus serrée, et la surface extérieure présente des taches noires, dues à des restes de croûte cellulaire gorgée de suc brun. J'ai vu un fabricant de sulfate de quinine qui se plaignait beaucoup d’avoir été trompé par l'apparence de cette écorce.
5° C'inchona pubescens Weddell. Cette écorce ne paraît pas différer de celle du n° 4. Elle présente à l'extérieur un très grand nombre de points noirs, comme tuberculeux, dus à Ja cause indiquée ci-dessus. Elle est tout à fait différente du guinguina jaune de Mutis, produit par le cn chona cordifolia M. (cinchona pubescens de Vahl),
6° Cinchona cordifolia Weddell, de ‘Fambopata. L’écorce n’est autre chose que le quinquina d’Arica analvsé par Pelletier.
7° Cinchona pelletieriona Weddell. L’écorce ressemble à la précédente.
Nous verrons également plus loin que les grosses écorces de quin-
RUBIACÉES. 139 quina de Cusco, très analogue au quinquina d’Arica, et celles du quinquina de la Colombie sont souvent mélangées au calisaya. On se mettra facilement à l'abri de ces mélanges, en s’attachant aux caractères précis donnés au calisaya et au moyen de l'essai par le sulfate de soude. {Voir également Journal de pharmacie, 1. XXI, p. 614.)
XX, Quinquina jaune orangé.
Probablement le cascarilla claro-amarilla de Laubert (Bull. pharm., t. II, p. 310).
A. Petites écorces roulées, de la grosseur du petit doigt, quelquefois recouvertes d’une croûte très mince et papyracée, qui se sépare avec une grande facilité du liber. L’écorce dénudée reste marquée de légères impressions circulaires et de quelques faibles proéminences propres à celte espèce. Elle est à l'extérieur d’une couleur jaune -grisätre, et quelquefois verdâtre; elle offre, dans sa forme générale, une certaine ressemblance avec la cannelle de Chine, et de là lui est venu, dans le commerce, le nom de guinquina cannelle. La saveur en très amère et astringente.
B. Ecorces moyennes en morceaux convexes, parti-cylindriques , quelquefois recouverts d’une croûte mince, feuilletée, d’un gris argentin; le plus souvent raclés à l'extérieur et offrant une surface unie, d’un rouge brun. Ces morceaux, raclés ou non, présentent çà et là, à leur surface extérieure, des enfoncements peu profonds, remplis d’une matière rougeûtre, pulvérulente, entremêlée de poils blancs.
Leur épaisseur n’atteint pas 5 millimètres ; la cassure en es! toute libreuse; les fibres, qui sont très fines, s’introduisent dans la peau comme celles du calisaya, et y causent la même démangeaison. En examinant la cassure à la loupe, on y découvre, quoique avec peine, des points blancs perlés différents des fibres, semblables à ceux du quinquina de Carthagène. L'amertume est très marquée, un peu désagréable : l'odeur faible.
C. Ecorces tout à fait plates, larges de 55 millimètres, et privées de croûte, dont quelques portions cependant , qui y restent encore, sont semblables à celles des écorces précédentes. La surface extérieure est comme verdâtre, marquée d’impressions transversales, de cavités ovales remplies de matière fongueuse, et offrant en outre des aspérités et des. inégalités qu'on ne retrouve sur aucune autre sorte.
C’est cette variété d'écorce que j'ai trouvée parmi celles de M. Weddell, et qu'il attribue au cinchona micrantha.
D. Æcorces du tronc dures, compactes, pesantes, offrant une surface extérieure inégale, et comme marquée de lignes longitudinales légère -
140 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
ment verruqueuses. La croûte est rougeâtre, mince et foliacée. Quelquefois aussi elle devient fongueuse, rouge, pulvérulente, et ressemble alors à la croûte fongueuse du quinquina rouge.
Toutes ces écorces se distinguent du calisaya par leur peu d’épaisseur , par upe texture beaucoup plus fine et plus compacte, enfin par un caractère qui disparaît en partie dans les vieilles écorces, mais qui est très tranché dans les nouvelles : c’est que la partie du liber qui touche à l'extérieur est rose, tandis que celle qui avoisine le centre est d’un jaune pur. Le mélange de ces deux couleurs donne à ce quinquina une teinte générale orangée, ce qui justifie le nom que je lui ai donné.
À une certaine époque, le calisaya du commerce s’est trouvé mélangé d’une grande quantité de quinquina jaune orangé , qui a diminué beaucoup la quantité de quinine que les fabricants comptaient en obtenir, et l'a déprécié auprès d’eux. Ce n’est pas que le quinquina jaune orangé, tel que je viens de le décrire, sur des écorces choisies et compactes, ne soit un très bon quinquina et riche en alcaloïde; mais d’abord il contient proportionnellement plus de cinchonine que le calisaya, et secondement celui qui se trouvait mêlé au calisaya du commerce était léger, facile à déchirer et de mauvaise qualité. On lui donnait le nom de calisaya léger, de même qu’à la plupart des autres écorces inférieures mêlées au calisaya.
XXE. Quinquina Pitaya.
Quinquina de La Colombie ou d’'Antioquia (Histoire des drogues) ; quinquina pareil au calisaya (Laubert, loc. cit., p. 303).
A. M. Auguste Delondre avait anciennement reçu de la Colombie, sous le nom de quinquina pitaya, une écorce demi-roulée, épaisse de 3 millimètres, assez compacte, à fibre fine, d'une couleur jaune orangée foncée, couverte d’une croûte jaunâtre, mince et foliacée. Cette écorce avait une saveur très amère et désagréable, analogue à celle de l'angusture. Sa poudre ressemblait à celle du calisaya.
M. Ossian Henry à constaté que cette écorce contenait une assez forte proportion de cinchonine et de quinine ; sa composition la plaçait donc à côté des véritables quinquinas ; mais ses caractères physiques et son nom même de pélayu, paraissant indiquer qu’elle était due à un exostemma, je la rangeai à la suite du quinquina Piton; je n'avais d’ailleurs qu’une seule petite écorce de ce quinquina.
B. En 1829 ou 1830, M. Labarraque me remit un quinquina très amer, venant d'Anfioquia, dans la Colombie , où on le disait très estimé. L’échantillon était assez ancien et offrait peu de rapports avec l'écorce précédente. M. Delondre m'en remit lui-même une petite quantité sous le nom de qguinquina de la Colombre.
RUBIACÉES. au €. Je trouvai en 1830, chez M. Marchand, droguiste, plusieurs caisses de ce même quinquina, récemment arrivées, qui me permirent de le bien caractériser. Dans les jeunes écorces , la croûte est mince , blanchâtre à l'extérieur, fendillée, presque semblable à celle du jeune quinquina rouge de Lima {espèce XII). Dans les grosses écorces, et dans les parties qui n’ont pas été usées par le frottement, la croûte est toujours blanche à l'extérieur ; mais l’intérieur est de couleur de rouille et fongueux. Le liber présente une texture fibreuse très fine, jointe à une densité et à une dureté considérables; sa surface interne est lisse. et rosée ; Sa saveur est très amère et désagréable, et son macéré aqueux précipite très fortement par le sulfate de soude, ce qui range cette écorce parmi les quinquinas les plus riches en alcalis. Elle en fournit en effet une grande quantité, mais proportionnellement plus de cinchonine que de quinine, ainsi que cela à lieu pour le quinquina jaune orangé.
Voilà quel était l'état de nos connaissances sur ce quinquina, lorsqu'il fut soumis, en 1839, à l’examen de l’Académie de médecine de Paris , après avoir été l’objet des recherches de M. Girolamo Torres, botaniste colombien, de M. Folchi, professeur de matière médicale à Rome, et de M. Peretti, professeur de chimie de la même ville. (Voir le Journal de pharmacie, 1. XXI, p. 513, et le Zulletin de l’Académie nationale de médecine, 1. IV, p. 245, où se trouve le rapport que j'ai fait sur la notice due aux trois auteurs précités. )
Le quinquina pitaya croît dans la chaîne centrale des Andes, sous une température de 27 à 28° centigrades, et principalement dans la contrée de Pitavo, dépendante de la province de Popayan. Il présente tous les caractères de celui reçu par M. Marchand, et cependant ayant été analysé par M. Peretti, ce chimiste a cru pouvoir dire qu’il ne contenait ni quinine, ni cinchonine, et qu’il devait ses propriétés à un nouvel alcaloïde auquel il a donné le nom de prtayne. Mais après avoir montré le peu de fondement des conclusions de M. Peretti, j'ai fait à mon tour l'analyse du quinquina pitaya, et j'en ai retiré, pour un kilogramme, 23 grammes de cinchonine cristallisée, et 11 grammes 52 centigrammes de sulfate de quinine, ce qui place cette écorce au nombre des plus riches en alcalis et des plus fébrifuges. Quant à l'espèce de cinchona qui le produit, voici les données qui pourront servir à la déterminer :
1° Parmi les quinquinas anciennement examinés par Vauquelin, il y en a un, c’est le n° 9 (Ann. chèm., t. LIX, p. 132), qui porte, de la main de Mutis, cénchona officinalis Vahl. Ce quinquina est du pitaya,
2° Le Musée britannique possède deux échantillons de quinquina pitaya : l’un, n° 23 des écorces, est nommé guina parecida à la quina amarilla de Mutis; l’autre, n° 40, est désigné par ces mots : cénchonæ nova species, parecida à La quina naranjada de Mutis.
142 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
3° Le mémoire sur le quinquina pitaya, imprimé à Rome en 1838 , contient une description et une figure de l’arbre, données par M. Girolamo Torres. En comparant l’une et l’autre avec les espèces précédemment décrites, je trouve que le quinquina de Pitayo ne se rapproche d'aucun autre autant que de celui décrit par La Condamine {cènchona academica) , et je doute à peine qu'il n’appartienne à cette espèce.
XXII, Quinquina de Colombie ligneux.
Woody carthagena bark de Pereira.
À. Morceaux larges de 2 ou 3 centimètres, épais de 7 à 14 millimètres, formés d’une croûte blanche , fongueuse , douce an toucher , et d’un liber rosé vers l'extérieur, jaune à l’intérieur, tout à fait ligneux et fibreux, encore dur et compacte cependant, mais moins que dans Île quinquina précédent. Sa saveur est aussi moins amère, mais égale encore à celle du calisaya et toujours plus désagréable,
B. Ecorces plates, longues de 60 à 70 centimètres, larges de 10 à 15 centimètres, épaisses de 1 centimètre; elles sont en partie pourvues d’une croûte fongueuse , rouge, recouverte des débris d’un épiderme blanc et velouté, et séparée du liber par un feuillet blanc de nature analogue à l’épiderme. Le liber est ligneux et fibreux, toujours très manifestement amer, toujours rosé du côté de l’épiderme, et d’un jaune pâle ou blanchâtre vers l’intérieur.
Je pense que ce quinquina provient du tronc et des principaux raimeaux de l’arbre au quinquina pitaya. Il ne forme donc pas une espèce différente, Je l’ai décrit séparément cependant, à cause du nom particulier que lui a donné M. Pereira, et parce que je ne crois pas qu'il soit arrivé du même lieu, Les grosses écorces plates sont vendues comme quinquina calisaya. Elles S'en distinguent facilement par la couleur variée du liber (rosé vers l'extérieur, jaune pâle à l’intérieur), et par son double épiderme blanc et uni ; tandis que le calisaya est d’une seule couleur fauve foncée, et ne présente pas de feuillet blanc entre sa croûte fongueuse et son liber.
J'ai décrit précédemment un quinquina rouge à épiderme blanc (n° XVIT), qui ne diffère absolument du Colombie ligneux que par la couleur rouge de son liber.